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Quand, à la fin, c’est la lutte qui gagne. Ciné-débat avec les Mutins de Pangée

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, des jolies tasses anciennes, bonjour, amis du café, amis du cinéma, de l’engagement dans le cinéma, amies des luttes qui sont victorieuses. Aujourd 'hui, nous allons faire du feel-good movie. C’est -à -dire que nous allons regarder des films de gauche qui retracent des victoires de gauche. Nous parlerons par exemple d’Ambroise Croizat, le créateur de la sécurité sociale, nous parlerons de tout un tas de choses grâce à nos copains des Mutins de Pangée qui sont confortablement installés dans leur loft du 6ème arrondissement de Paris. Regardez, messieurs, dames. L’invité est dans le noir, chers amis qui regardent Auposte, je salue tout le monde. Mon cher Olivier, comment vas-tu ?
Olivier Azam
Ça va, ça va pas mal en ce moment, parce que franchement, ça bouge.
David Dufresne
Oui, tu veux dire ça bouge dans la rue et ça bouge dans vos serveurs.
Olivier Azam
Oui, mais ça bouge surtout dans la rue. Et puis tu as vu, c’est la première fois depuis très longtemps qu’on a un mouvement qui peut gagner. C’est pour ça qu’on voulait se voir.
David Dufresne
C’est ça, exactement, Mais d’abord, faisons un petit point commercial.
Olivier Azam
Ça tient la route parce qu’on est vieux. Il faut que t’expliques les mutins de Pangée, ciné mutins, c’est quoi,
Olivier Azam
C’est ça, ciné mutins, depuis 2005. Les mutins de Pangée, c 'est 2005. Et donc, maison de qualité, de production audiovisuelle coopérative et cinématographie, puisqu’on a fait beaucoup de cinéma en salle, on a une bande de réalisateurs, auteurs, autrices, enfin, voilà, techniciens. Enfin, on fait un peu de tout. Artisanat, paysan. On fait tout à la main. Et après, petit à petit, on a commencé à faire de l’édition DVD, parce qu’entre deux films, depuis Chomsky et compagnie, en passant par Awarding Histoire Populaire américaine.
David Dufresne
On va voir des extraits,
Olivier Azam
On va voir quelques extraits de nos films. Et en fait, on a édité nos films en DVD. On s’est imposé, comme on dit, sur la scène de l’édition DVD. Et puis, comme vous avez compris, le DVD, ce n’est pas l’objet le plus à la mode en ce moment. Enfin, ce n’est pas un truc qui… Il vaut mieux vendre des missiles que des DVD. Donc, en fait, on a, petit à petit, compris qu’ 'il fallait se… Comment disent-ils déjà ? Recycler. C’est la Macronie qui dit ça. Donc, qu’ 'il fallait se recycler et qu’il fallait aussi continuer à montrer des films, parce que c’était quand même ça l’intérêt de l’édition. Donc, on a fait de la VOD très tôt. Il y a très longtemps, on a fait de la VOD sur les Mutins.org, mais c’était un peu une usine à gaz. Et en 2020, accéléré par un petit virus qui nous a collé à faire que ça, on a mis en place Ciné Mutins en juin 2020, qui est la plateforme dédiée à la VOD, au téléchargement, et qui est donc une plateforme, comme toutes les plateformes de VOD, dans le sens où on peut louer des films, les voir en streaming, mais on peut aussi les télécharger. Ça, c’est un peu original parce qu' on fait partie des rares à pouvoir télécharger beaucoup de films.
Olivier Azam
Et puis après, petit à petit, on a un catalogue assez énorme, je crois qu 'on devrait être entre 1500 et 2000 films, je ne sais même plus, sachant qu 'il y a un bon tiers du catalogue qui est composé de films vraiment inédits, même plus que ça, je pense aujourd 'hui. Et beaucoup de films qui sortent aussi au cinéma. La boutique est un peu généraliste, mais avec une forte…
David Dufresne
Avec parfois des films très récents.
Olivier Azam
Il y a des films qui sont sortis au cinéma très récemment. Là, par exemple, il y a La Palme d’or qui cartonne, parce que le film est très bon, il faut dire. Il s’appelle Sans filtre de Oslo Ond.
David Dufresne
Il faut que je le voie, il paraît que c’est bien ça.
Olivier Azam
C’est un film… Ça déchire. Et vous voyez, Poulet frites, on fait des choses comme ça, ou le dernier Alors ça, c’est typique aussi.
David Dufresne
Alors Poulet frites, ça c’est très intéressant, Poulet frites, c’est l’équipe de striptease. C’est un film, à mon avis, enfin les images sont un peu anciennes quand on regarde les téléphones, les bananes, etc. Mais bon voilà c’est l’histoire d’un poulet, d’un flic belge qui enquête sur un homicide. Et il y a des histoires de frites, d’où le titre Poulet frites. Et c’est tragique, comique, comme ces faire striptease, avec une humanité absolument incroyable chez cet inspecteur de la police bruxelloise. Et des situations absolument cocasses. Et on voit la juge qui fait l’objet de l’autre film, ni juge, ni soumise, qui est plus récent, lui, pour le coup. Et là, on voit la même juge, mais un peu plus jeune, sur le terrain, avec ce flic.
Olivier Azam
Alors ça, c’est un film typiquement pour robots on pourrait le dire.
David Dufresne
Alors il y a un autre point qui est très important, c’est ce que je montre à l’écran. Je vais, si tu le veux bien, mettre un petit extrait, des films pour les caisses de grève, et on en parle dans deux secondes. Waouh ! Quelle bande annonce extraordinaire Clash ! Voilà. Des films de soutien pour caisses de grève. Donc, opération que vous menez, c’est -à -dire que vous mettez à la disposition de qui veut, les fichiers à tout petit prix, les fichiers originaux des films, pour que chacun puisse faire une projection, généralement à prix libre, et l’argent est reversé aux caisses de grève, ici ou là. Est -ce que j 'ai bien expliqué ? Parce que là, le mode d’emploi, il est un peu plus long que ce que je viens de raconter.
Olivier Azam
C’est simple, oui. En fait, on en avait déjà longuement parlé, chez vous, Auposte, quand tu m’as convoqué un dimanche.
David Dufresne
Ça sent le reproche.
Olivier Azam
Non, pas du tout.
Olivier Azam
En fait, c’est très simple. C’est très autogéré comme système. On avait déjà fait ça en 2020 pour la première on avait déjà gagné en 2020, je vous rappelle, un peu aidé par le Covid, mais quand même, sur la première réforme. Mais on avait fait la même opération, tout le monde l’a oublié, parce que depuis, le Covid a fait reset dans les mémoires et tout ça, sans secouer. Et donc, en fait, on a refait la même chose. Donc, on était un peu entraînés sur la méthode. C’est très simple. On a demandé rapidement à plein de copains et puis des gens qui nous ont on 'a pas contacté tout le monde, d 'ailleurs, mais des réalisatrices, très réalisateurs, enfin, des producteurs et distributeurs qui nous ont accordé les droits des films qui sont déjà sur Ciné Mutins, parce que c 'était beaucoup plus simple, et en nous disant, ben voilà, OK, on est d 'accord. Les gens peuvent les utiliser dans ce cadre -là, pendant la grève, pendant toute la mobilisation contre la caisse des retraites, on donne le droit aux gens, au lieu de leur faire payer une location, comme souvent les distributeurs font, parce qu 'en fait, c 'est normal de le faire, il faut le rappeler, puisque c 'est des films qui coûtent beaucoup d 'argent. Donc là, ils donnent ces droits, au lieu de payer 150 ou 200 euros de location pour projeter un film en public, ces droits sont libérés pendant cette période -là. Et pendant ce temps, vous pouvez programmer, alors, n’importe où, c’est -à -dire dans un lieu public, un lieu à tiers lieu, un bar, chez l’habitant, dehors si vous n’êtes pas froid, sur un rond -point, sur un piquet de grève, enfin n’importe où. Alors évidemment, il y a aussi des cinémas qui commencent à le faire, ils y arrivent. À Versailles, on ne peut pas, mais je crois qu'à l 'Élysée, il y a une salle vide, en ce moment, il n’est pas souvent là, le gars, peut -être en réaliser un truc. C’est très simple, vous nous prévenez, vous nous dites, ah ben moi, je vais organiser ça. J 'ai vu dans la liste, il y a toute la liste sur Ciné mutins des films que vous pouvez télécharger. Il y a une rubrique là que tu es en train de montrer, une collection qui s’appelle, voilà, où il y a, je ne sais pas, 90 films. Alors évidemment, c’est souvent les films qui sont plus liés à la grève qui sont utilisés, ce qui est à peu près normal, mais par solidarité, et puis symboliquement, il y a beaucoup de gens qui ont souhaité mettre leurs films à disposition. Il y en a encore, après, nous, on n’a pas démarché tout le monde. Si vous ne voyez pas des gens, ce n’est pas que ce sont des socials traîtres, c’est parce qu’ 'on ne les a pas démarché ou qu’ils n 'ont pas su qu’ 'on faisait ça. Donc ces films sont là, ils sont faits pour, enfin, ils sont là pour, en tout cas, sur cette liste, il suffit de, voilà, vous choisissez le film, vous nous dites, ah ben voilà, moi, quand vous vous organisez, vous trouvez une salle, vous vous organisez ça, mais rapidement, ce n 'est pas fin mars, c 'est maintenant, et là, vous faites à votre carrière d 'adresse, sur vos réseaux, tout le monde, vous dites, ben, venez, on se regroupe, on regarde un film. Et en même temps, vous vous foutez tout ce que vous avez comme pognon dans la poche aujourd 'hui dans la caisse de grève de votre choix, parce que nous, on ne veut pas toucher à tout ça, c’est vous qui gérez. Alors, ça marche, on a des retours. Après, on demande aux gens, voilà, on vous demande de nous rendre des comptes au sens, pour qu’ 'on rentre des comptes d 'ailleurs à tout le monde, qu’on dise, ben voilà, l 'opération a fait ça, eux, ils ont fait tant de, ils ont ramassé tant de fric, d 'autres qui l 'ont reversé à telle caisse de grève, parce que c 'est pareil, on ne choisit pas, on ne vous dit pas quelle caisse de grève, c 'est vous qui choisissez. Des fois, c’est local. Par exemple, on a la mairie de Vembre, dans le sud, qui nous a dit, ben, nous, nos employés se mettent en grève, on leur fait une caisse de grève, ils ont pris, voilà, à la mairie, ils ont carrément fait une projection avec une caisse en soutien. Et puis, il y a des caisses de grève nationales, vous les connaissez, vous cherchez sur Internet, vous vous débrouillez, qui sont des fois reversées d’ailleurs, inter -syndicales, les gens même qui ne sont pas syndiqués, ça, c’est à vous de voir où vous les donnez, c 'est très facile, maintenant. Le truc, c’est que les gens viennent, vous leur piquez un maximum de pognon, parce que des fois, ça tire un peu la langue. Ah ouais, mais bon, on n’a pas de souci, non, non, non. Si vous avez des roms pour payer une bière, vous avez des ronds pour filer dans une caisse de grève. Pour moi, c’est ma référence.Donc, en gros, mettez-vous dans la tête que payez au moins le prix d’une place de cinoche, et en fait, c’est ce qui se passe, parce que des premiers rapports qu’on a, en moyenne, on s 'est aperçu, c 'est marrant, les moyennes,
David Dufresne
Les gens donnaient plus qu’une place de cinéma ?
Olivier Azam
Non, ça fait à peu près 7 euros, la moyenne de ce qui est donné par le spectateur, il y en a qui filent plus, il y en a qui peuvent filer plus, il y en a qui peuvent pas…
David Dufresne
Philo nous dit, oui, je vais en voir un dans un bar demain organisé par SUD Éducation. Vest nous dit, j’ai vu plusieurs événements organisés comme ça sur mes réseaux, ça fait plaisir. Alors là, je montre les projections, c’est dommage, parce qu’en fait, je voulais montrer le déluge de projections.
Olivier Azam
On a changé de méthode, là. On n’arrivait plus à les remplir. Il y a 199 séances.
David Dufresne
C’est ça, c’est du délire.
Olivier Azam
Ce n’est pas clair, c’est ça, bon c’est les prochains films. Mais voilà, c’est ça. Il y a déjà eu 200 organisations. C’est le 14 février. Enfin, on va organiser ça mieux, peut -être si c’est pas clair. Voilà, t’as toute la liste. Ah oui, d’accord.
David Dufresne
Alors là, on a toute la liste des 15 février. Regardez, c’est du délire, c 'est du délire. Donc aujourd 'hui, on est donc le 14. Si vous êtes à Logone, il y a les jours heureux de Gilles Perret. Si vous êtes à Albi, il y a Requiem pour le rêve américain. Si vous êtes à Aust -sur -Si, il y a Merci Patron, à Amiens, Implique, à Brie -sur -Marne, La Sociale, A Brio, Debout les Femmes, à Lille, La Sociale, à Arboras, Debout les Femmes. Alors en plus, moi, ce que je trouve extraordinaire c’est qu' on voit cette France énervée dans des petits recoins, dans des communes dont le nom ne dit rien, mais qui fleure bon la lutte je connais très bien, c’est à côté de chez mes parents, c’est tout près, c’est haut en hauteur. C’est sur une colline, il y a une antenne pour diffuser la télé. Et là, ils sont sept. Ils nous ont dit, on est sept, on veut se réunir, on va essayer d’élargir. C’est génial, non ?
David Dufresne
C’est super.
Olivier Azam
Ça va jusqu'à Buenos Aires. Ça va jusqu'à New York. Parce qu’ 'il y a des gens qui font des projections de solidarité jusque là. Il y a encore d’autres pays à l’étranger, je ne sais plus où, très loin. Là, ça m’échappe tout de suite. Mais il y a énormément de trucs. Enfin, il y a eu, parce qu’ 'il y a des projections qui sont déjà passées, depuis le début de l’opération. Donc non, moi, j’adore parce qu’il y a la Guyane. Tu vois, Saint -Laurent -du – Maroni en, Guyane, quand même. C’est la France, mais c’est loin.
David Dufresne
C’est ça qui est magique, dit Aurore. Petite et moyenne ville, ça bouge partout, les projections publiques, les manifestations. Je suis sûr qu’Axel va nous organiser une séance dans l’hémisphère totalement opposée, c 'est -à -dire soit en Nouvelle -Zélande, soit en Australie, parce que je sais qu’elle traîne par là -bas. Voilà, en tout cas, bravo, bravo à vous pour cette initiative. Alors, alors là, on s’est dit il y a un mois, bon d’abord, il faudrait que les mutins reviennent. Maintenant que les mutins ont une grande nouvelle que tu n’as pas annoncée, c’est que désormais votre catalogue est disponible sur Allociné.
Olivier Azam
Ah oui, c 'est des années de travail et grâce à un certain Glaudioman, très, très, très favorablement connu de nos services, voilà qui est fait.
David Dufresne
Non, il n’est plus là. Et donc, vous êtes maintenant référencé par le CNC, par Allo ciné, donc c’est génial. Alors, on s'était dit, bon alors, qu 'est -ce qu 'on fait pour la prochaine émission, celle qui a lieu maintenant et on s 'est arrêté sur une idée qui serait de dire Racontons des luttes, des conquis sociaux victorieux, racontons des luttes qui ont marché pour donner du baume au cœur à tout le monde et tu m’as proposé Grand Puy petite victoire, au Warzine, la sociale, et voilà, la sociale sur la sécurité sociale. Par quoi voudrais-tu commencer ?
Olivier Azam
Dans l’ordre, mais en fait, j’ai voulu te prendre au mot parce qu’en fait, tu m’as dit une victoire qui gagne et j’ai dit, putain, il est gonflé le mec. On disait, chez Mermet, on dit de défaite en défaite jusqu'à la victoire finale. Mais quand même, c’est vrai qu’on prend des coups dans la gueule, mais il ne faut pas voir les choses comme ça. L’histoire des luttes n’est faite que de victoire, mais elle est faite aussi que de défaite, suivant comment on regarde les choses. Parce que si on regarde les choses à court terme, elle est faite de défaites. Par contre, le progrès social, c’est une succession de bagarres et c 'est ça que je voulais qu’ 'on explore un peu aujourd 'hui et à travers des dispositifs qui sont récurrents dans l 'histoire. Alors là, je voulais commencer sur les caisses de grève, parce qu’en fait, on en parle, on vient d’en parler, et c’est le nerf de la guerre. C 'est pour ça que nous, on a lancé tout de suite, quand tu dis les gens me disent bonne idée, mais non, pas bonne idée, vieille idée, très vieille idée, idée qui date depuis très, très longtemps, puisque la caisse de grève, ça fait partie de la grève. Et la grève, ce n’est pas, on va en reparler tout à l’heure parce qu’on va passer des extraits de l’histoire de la grève générale, etc. Mais en fait, c’est vraiment des vieilles histoires et c’est ça que je voudrais qu’ 'on montre aujourd 'hui, c 'est que ces outils de la lutte, en fait, qui sont toujours plus ou moins les mêmes, ils sont vieux et souvent, ils ont marché. Alors, des fois, c’est des espérances, ça dépend de ce qu’on attend. Là, si les gens attendent que Macron se barre à l’étranger parce qu’il a peur et qu’ 'il ne revienne plus jamais, parce que là, il se barre à chaque manif, c’est peut -être pas, ils seront déçus. Mais si on gagne des choses, c’est -à -dire un retrait Tout le monde veut le retrait ou même un référendum Déjà, c’est une victoire énorme. Et puis, il y a des victoires intermédiaires. Alors, on avait fait un film en 2010. Moi, j’avais tourné avec les raffineries de Grand Puy ; Grand Puy, c’est une raffinerie qui est en Seine -et -Marne, qui est à l’époque, un peu moins maintenant, mais en 2010, quand il y a eu la réforme de Sarkozy, Woerth, Eric Woerth, Sarkozy, quoi. Ils font cette réforme en se disant, bon, ben voilà, c’est une énième attaque contre les retraites. Il y a une grande grève qui se met en place pour ceux qui s’en rappellent. Ce n’est pas vieux, mais ça a quand même déjà 13 ans. Bien sûr, bien sûr. Donc, là, on se dit pareil, on se dit merde, il se passe un truc. En fait, ce qui est marrant, c’est qu’à cette époque -là, ce qui se passe, c’est Grand Puy, qui centralise un peu les choses je ne sais pas si tu te souviens, David.
David Dufresne
Et non, Je n’étais pas là, j’étais à l’autre bout du monde. Donc, il faut que tu nous racontes rapidement ou on regarde l’extrait, c’est comme tu veux.
Olivier Azam
Je raconte à toi, parce que toi, ne t’étais pas là.
Olivier Azam
Donc, quand tu n’étais pas là, la rue s’empare d’une grosse intersyndicale aussi, pareil, contre la réforme. Sauf que là, il y a une situation un peu différente, c’est que la majorité est très absolue et que la droite est très tranquille avec un Sarkozy qui pérore partout en disant, quand il y a une manifestation dans la rue, ça ne se voit plus. Donc, il fait le mariole, comme il sait bien faire, comme il sait toujours bien faire. Et ça énerve un petit peu la classe ouvrière qui est toujours là dans ce pays, il ne faut pas l’oublier. Et qui, à ce moment -là, dit, ben non, attends, tu vas voir si ça se voit pas. Notamment à Grand Puy, qui sont des raffineurs. Et qui, à l’époque, Grand Puy est centrale parce qu’ 'elle alimente une grosse partie du carburant en région parisienne. Alors là, quand tu touches à la région parisienne, ça veut dire que tu touches le monde politique, les journalistes, etc. Donc, ça a un effet un peu focalisateur, surtout que pour montrer les gros bras, la Sarkozie envoie les CRS, enfin les mobiles pour déloger les grévistes. Le piquet de grève qui est devant la raffinerie. Alors là, réquisition, tout bazar. Parce qu’en fait, c’est ce qui va se passer. Vous allez voir au bout de moment, quand ça bloque le débat à partir du 7 mars en France, ça va être ça. Oui, mais alors réquisition, c’est un scandale, on bloque le pays, machin de ça, il faut réquisitionner les grévistes. C’est pour ça que je trouve que c’est pas mal de s’y préparer. C’est pour ça que nous, on a des films qui permettent de s’y préparer toute l’année en fait. Parce qu’ 'en fait, s’y préparer, ça veut dire voir comment ça s 'est passé avant et en fait, déjà pas être surpris par comment le pouvoir refait le même coup à chaque fois. Alors Grand Puy, c’était ça.Moi, on se barre avec l’or et un copain parce qu’on n’avait pas de bagnole qui nous amène toutes les nuits à 2 heures, 3 heures du mat sur la raffinerie Grand Puy. Et on va commencer à filmer ça en 2010 au jour le jour. Et à l’époque, il n’y avait pas encore les réseaux sociaux comme maintenant. C’était le début. Il y avait Facebook, mais ce n’était quand même pas aussi développé. Il n’y avait pas Twitch, il n’y avait pas aux posts. Et on diffuse non, ça va, tu vois, il n’y avait pas tous ces outils là. Donc on diffuse quasiment tous les deux soirs. On rentre, on monte, on ne dort pas, on fait le boulot de direct. C’est à dire qu’on monte une série d’épisodes, mais en temps réel, c’est à dire que les gens se disent qu’ 'est ce qui va se passer de même parce que là, on n’est pas dans une série, on est dans une série en temps réel. On ne sait pas nous -mêmes ce qui va se passer et on monte ça comme une série pendant, 10, 12 épisodes. Tous les jours, on attendait, les gens attendaient ce qui se passait. Ça a été un gros succès sur Internet. Et puis, à l’issue de ça, on est allé plus loin. J’ai fait un film avec ça qui a tourné dans les salles de cinéma. Enfin, on est remonté, on a fait un film. C’est devenu grand plus, petite victoire. Mais c’était resté amer parce que c’était considéré comme une défaite surtout, petite victoire. Alors nous, on voulait montrer l’aspect positif aussi de cette grève. Comment des jeunes ouvriers syndicalistes, ils étaient tous très jeunes avec une pêche énorme, menaient cette bataille et apprenaient, mais moi, c’est ce qui m’avait marqué, et apprenaient à une vitesse dingue, à une vitesse folle, tout ce que nous, on a appris peut -être sur des années, ce que vous apprenez en lisant des bouquins. Par exemple, un truc qui m’a marqué, ce n’est pas l’extrait que j’ai choisi, c 'est pour ça que je le raconte. Non, mais c’est marrant parce que ça me revient. Hier, je me demandais merde, qu’est-ce qu’ 'on va passer ? Un truc qui m’a marqué, c’est qu' à un moment donné, ils repoussent les médias.
David Dufresne
Bonjour, Belle de Jour. Nous avons Olivier Azam qui parle de son travail, d’ouvrière, c’est absolument passionnant. Bienvenue à toi, bonjour à toute la communauté. On t 'écoute, Pierre Chouinard.
Olivier Azam
Non, arrête, tu ne parles pas là, dis -moi, on peut lire les posts, ce travail de référencement d 'un archiviste est très important. Oui, c 'est vrai, Sentier Battant. Et je pense que c 'est important de le faire parce qu 'en réalité, le pouvoir passe en temps à effacer ses mémoires, donc c 'est vachement important de le faire. Donc là, ce qui m 'avait marqué, c 'est qu 'ils apprenaient en quelques jours, ils avaient appris comment fonctionnent les médias, il n 'y avait pas besoin de lire Pierre Bourdieu ni de lire Deux ans d 'Archimède pour comprendre qu 'en trois jours, ils avaient compris comment fonctionnait BFM. Moi, j 'ai trouvé ça génial, j 'ai dit, mais quelle force, quand même. Et donc, ça, c 'est dans le film. Et puis, si tu veux, après, c 'est pour ça que j 'ai choisi cet extrait, le truc qui a été énorme, c 'est la caisse de grève. C 'est qu 'à l 'époque, tout le monde a filé du fric partout à Grands Puis, parce qu 'en fait, c’est devenu le cœur de la lutte, et un petit peu, ce qui est un peu triste aussi, une grève par procuration. Mais si tu veux, on verra l 'extrait.
David Dufresne
Il paraît qu’à un moment, on voit des extraits, nous dit Vest, et bien c’est le moment, on en a pour 4 minutes et 59 secondes, exactement. Extrait de Grands Puits et petites victoires, caisse de grève, offert par les Mutins de Pangée Ça vient de Lorraine. La caisse de grève et la souscription, ce sont des histoires qui ne datent pas d 'aujourd 'hui. Regardez bien cette carte postale. Ce sont des mineurs qui postent pour la caisse de grève. Ça date de la catastrophe de Courrières, en 1906, dans le nord de la France. Le plus gros coup de grisou d’histoire. 1099 morts sous les décombres. Face à la colère de cette tragédie, qui a révélé les conditions de travail déplorables des mineurs, ça a suivi un grand mouvement de grève, 30 000 mineurs au début, puis des grèves dans tout le pays. Clémenceau, auto -proclamé premier flic de France, envoie les troupes pour mater la grève. Puis débute un grand mouvement de solidarité. 630 millions de cartes seront vendues au profit de la grève. Soit une quinzaine de cartes comme celle -ci par français. Il aura fallu ça, des années de lutte, des mois de grève pour obtenir un jour de repos hebdomadaire. L 'histoire des grèves est remplie d 'histoires comme ça. Le progrès social n 'a jamais été obtenu parce que l 'ouvrier avait demandé gentiment au patron ou au gouvernement de faire un geste. Les syndicalistes savent bien ça. Moi, c 'est le matin, je dirais, je n 'y viens pas que pour ça, mais le fait d 'ouvrir les courriers, de voir les petits mots, etc. Bon, ça booste, ça rebooste. C 'est comme si on rechargeait les batteries à fond. Le moral est… Ah ouais, il est franchement en hausse. Vous avez des gens qui vont faire leurs courses, des particuliers. Ils viennent avec un caba. Moi, je ne sais pas comment vous expliquer. J 'ai le sang qui est glacé partout. Ça me fait des frissons. J’ai envie de faire la bise aux gens, de les prendre et de les serrer en disant… Mais franchement, bravo, bravo. J 'ai eu un monsieur qui venait du 93 avec ses deux enfants en bas âge pour leur expliquer en disant ce qui se passe entre les médias et le terrain, c 'est deux choses différentes. Le monsieur est venu nous apporter un chèque plus des dons alimentaires et il m’a demandé d 'expliquer comment ça se passait depuis 15 jours. Donc il a assisté à une assemblée générale. J’ai trouvé ça génial. J’aurais envie de faire un câlin à tout le monde en disant merci. C’est trop fort. Je vous le souhaite. Il faut vraiment être là pour vivre. Je ne le vois nulle part. On dit toujours le français, Il est mal bouché, les Parisiens, mais il faut voir le nombre de mots de soutien. Ça vient de toute la France. Je suis vraiment heureux de vivre ça. Est -ce qu 'on peut voir un responsable si vous êtes un responsable sanitaire ? Je vais vous guider. Il y a un responsable. Il y a une AG à 14h, c’est ça, pour voter la reprise du travail Voter la reprise ou la continuité de la grève Un vote, ça permet de dire moi je suis pour continuer ou je suis pour l 'arrêt. En principe, le travail de l 'arrêt, c 'est vraiment ça. Comment ça se passe Moi, personnellement, non. Vous allez continuer. Moi, je suis pour l 'arrêt, encore, pour la grève par rapport au soutien qu’on peut avoir de droite et de gauche Enfin ça aurait été malgré tout une bonne lutte.
David Dufresne
Et voilà, je remets de notre invité un magnifique extrait de son film. Tu n’as pas donné la date tout à l’heure, exactement ?
Olivier Azam
C’est 2010, le film est sorti dans la foulée parce que je te dis, tous les jours il est sorti en direct quasiment sur internet et après, dans la foulée en salle, on a fait une tournée extraordinaire avec la bande de Grand Puy parce qu’on est devenus copains, évidemment, parce que c 'était une bande super sympa dans les défilés. Tout le monde les remarquait, ceux qui ont fait les manifs à Paris s 'en souviennent parce qu 'ils avaient un camion Mojito. C 'était des gros ambianceurs. Vous verrez l’abondance, je ne l 'ai pas mis non plus, mais on les voit dans les manifs. C’était quelque chose. ça met de la pêche. Ce sont des gens qui ont fait une pêche incroyable. C 'est l 'énergie de la lutte. Et j 'en garde un souvenir énorme parce que la tournée aussi a été énorme. Parce qu 'à chaque fois, ils ont pris des jours, des jours de congés, tout ça, pour venir accompagner le film. On est même allé jusqu 'en Belgique. C 'était génial.
David Dufresne
Donc ce film, il est dispo chez vous, et il est aussi évidemment dispo pour les caisses de grève. Sentier Battant nous dit « J 'ai toujours mon mutin aimantée sur mon frigo. Vest nous dit « L 'humeur du monsieur gréviste qui change direct quand la journaliste se pointe. Encore un autre qui dit « La question à peine orientée de la journaliste. » Alors moi, je voudrais te demander cette scène. Votre caméra, elle tend vers le bas, c 'est -à -dire que c 'est la journaliste qui vous a demandé de ne pas la filmer, ou comment ça se passe ?
Olivier Azam
Non, non, là, c’est des réflexes.
David Dufresne
Tu laisses tourner.
Olivier Azam
Je vais continuer à filmer, bien sûr, mais elle ne me dit pas de ne pas filmer, absolument pas, mais je voulais marquer le fait que c’était depuis moi qui avait le contrôle de la séquence.
David Dufresne
C 'est ça.
Olivier Azam
Puisque j 'étais dans une interview, donc je baisse la caméra, je filme. Et d 'ailleurs, on voit, lui, là, c 'est cool. Mais là, c 'est assez symptomatique de ce qui va probablement se passer dès qu 'il y aura des blocages. C 'est qu 'ils envoient des hordes C 'est quand que ça s 'arrête ? C 'est quand que vous reprenez le travail ? Mais oui, mais quand ? Mais alors ? Mais est -ce que vous allez bloquer toute cette France ? Alors les pauvres reporters, la plupart, ils étaient assez sympas, il faut dire ce qui est à BFM. Et des fois, ils sympathisent avec les… pas celles -là, mais d 'autres. Alors dès qu 'ils sympathisent, on les rappelle à la maison. Mais surtout, on voyait la différence entre les gens sur le terrain, qui étaient devant la raffinerie, et ceux qui étaient en plateau, qui étaient beaucoup plus virulents contre la grève. Ça, c 'est marrant. Je pense qu 'on va revivre ça à partir du 7 mars.
David Dufresne
Rappelle-toi, c 'était aussi à l 'époque des samedis des Gilets jaunes. T 'avais une distorsion entre les reporters de terrain et les éditorialistes. Enfin, c 'était absolument dingue. Oui, on voit la voiture France Inter derrière le gréviste. Mais là, en fait, c 'est une journaliste de Canal Plus, je crois, parce que vous filmez une caméra qui est signée Canal Plus. Non, je te demandais ça, parce qu 'il y a un paradoxe, c 'est que, parfois, les journalistes demandent à ne pas être filmés. Et j’aime bien ça.
Olivier Azam
Tu as remarqué dans tes lives, que les gens te disent que t 'es du métier, et qu 'on passe filmant entre nous.
David Dufresne
Ah oui, tu as vu ça ?
Olivier Azam
Non, non, t’as raison, il y a aussi une espèce de décalage. On passe notre temps à filmer les gens, et puis t’as des gens qui te disent de pas aller filmer. Franchement, c 'est pas cool. J’aime pas trop cette attitude. À partir du moment où t 'es sur le terrain, t 'es public, et puis voilà, puis t 'es filmé, et puis c 'est tout.
David Dufresne
Il y a des questions, je vais la poser maintenant, de valeur anarchiste. Qu 'il y a quand un film sur la lutte, alors j 'imagine contre l 'hégémonie culturelle, que font les mutins de Pangée ? Et il ajoute « Sérieusement, les mutins sont des acteurs de la lutte, comme les grévistes et manifestants » Est-ce que c’est comme ça que vous vous voyez ? Après, on reprend le fil du truc.
Olivier Azam
Non, non, il ne faut pas exagérer, il n’y a rien à voir. Nous, notre boulot est tout à fait tranquille. Là, on est derrière un écran, en train de programmer des films. Non, non, il ne faut pas comparer. Les gens qui font grève, d’abord, ils perdent des journées de salaire. C 'est très, très dur pour certains. Alors, il y a des bastions encore solides dans lesquels il y a une journée de salaire, pression. D’abord, tous les jours de salaire sont perdus, c’est pour ça qu 'il faut faire des caisses de grève. Mais au -delà de ça, c’est surtout la pression énorme qu 'il y a vis -à -vis des non -grévistes, du patronat surtout et des chefs. Faire grève dans certaines entreprises, c 'est beaucoup d 'entre vous, je ne vais pas leur dire, vous le savez, si vous bossez. Il y a des gens pour qui c 'est quasiment impossible, surtout quand le syndicat est très faible dans la boîte. C 'est pour ça qu 'il faut syndiquer, quoi qu’ 'il en soit, tout le temps, toute l 'année. Moi, je dis vraiment à tout le monde, syndiquez-vous à chaque fois que vous pouvez dans une boîte le faire. C 'est le minimum syndical, comme on dit. Il faut être syndiqué parce que quand on n 'est pas syndiqué, on est très faible. Et quand on est syndiqué, ouais, d’accord, on peut se taper des réflexions, tout ça, machin, mais on est quand même un peu plus fort. Alors, pas que dans les moments de grève toute l’année. Et donc effectivement, non, non, incomparable les gens qui sont… puis d 'abord les boulots de gens qui sont en première ligne dans le boulot déjà, en dehors de la grève. Il y a des gens qui font la première corvée, comme on dit, là. Ils ont une vie qui n 'a rien à voir avec la nôtre qu’on a choisie, qui absolument, nous, on fait… enfin, ils ont choisi souvent aussi, mais je veux dire, nous, on est nos propres patrons, on s 'exploite nous -mêmes. C 'est quand même vachement mieux. Hein, David ? C’est pas du tout pour dire, nous, c 'est super, on a de la chance, on a de la chance qu 'on a gagné, tout ça. Mais je veux dire, il ne faut pas comparer ce qui n’est pas comparable. Dans les luttes, les gens qui sont en première ligne, c 'est eux qu 'il faut soutenir. Donc, nous, on met à disposition modestement nos films pour… parce que ça contribue un tout petit peu symboliquement. C 'est aussi un geste de dire, voilà, le monde du cinéma engagé, quand il y a une grève, c 'est normal, quoi. C 'est minimum syndical, voilà. Après, effectivement, ça s 'organise. Mais en termes de lutte, il ne faut pas oublier que les gens qui ne peuvent pas faire grève doivent soutenir ceux qui la font d’une manière ou d 'une autre. Ça, je trouve que c 'est très important.
David Dufresne
Justement, Vest nous dit, le 7 mars, je serai en période d’essai, par exemple, donc je devrais lutter autrement que par la grève. Et c 'est un autre problème qu 'on abordera peut -être. Effectivement, la précarisation du travail, la temporalisation du travail, etc., fait que c 'est une façon aussi de disloquer ce genre d 'énergie. Je te propose qu’on fasse un tour en 1912. Tu es d 'accord ? Je suis ton conducteur. Je sais que tu es un grand prophète. Allons -y.
Olivier Azam
Il faut que j’y produise.
David Dufresne
Sinon, ce ne serait pas drôle.
Olivier Azam
Sinon, on ne comprend rien 'ai justement choisi un petit extrait très court. C 'est le film qu 'on a fait avec Daniel Mermet, qui s 'appelle Howard Zinn, une histoire populaire américaine. Tu m 'as demandé des grèves victorieuses. En voilà une, et une des plus fameuses, parce qu 'en fait, c 'est une des plus grosses victoires du monde syndical américain de ces époques -là, de toute l 'histoire syndicale américaine. C 'est dans le textile. C 'est 1912. On est à Lawrence et Massachusetts. Ceux qui savent l 'écrire, vous l 'écrivez. Il y a deux S partout. Après 1912, c 'est le moment où l 'IWW,les Woublises, les anarcho -syndicalistes, dont on reprend beaucoup l 'imagerie dans le monde libertaire, sans trop savoir parfois d 'ailleurs l 'histoire, mais souvent on voit des dessins qui viennent de là, etc.Il y a toute une littérature. C’est une période absolument géniale de l’histoire américaine qui a son apogée en 1912, parce qu 'en 1912, c 'est que des femmes, évidemment, puisque c 'est dans le textile à l 'époque. C’est que des femmes et des enfants qui travaillent, des enfants, des ados, des gamins, des gamines qui bossent dans les usines. C’est des usines énormes, les plus grosses usines de l’époque. Nous, on allait visiter ça avec Mermet quelques années après, les restes. Et alors, on a essayé de raconter cette histoire dans le film de cette victoire, parce qu 'en fait, ils organisent. Et alors, c 'est ça qui nous a frappé, c 'est qu 'ils organisent. C 'est -à -dire qu 'il y a cette mobilisation énorme et en même temps, il y a une organisation de deux petits gars qui sont envoyés par le syndicat, qui est Tore et Giovannetti. Ça m 'échappe un peu, on n 'en parle. Et en fait, ils arrivent, ils organisent. C 'est -à -dire qu 'ils aident.
David Dufresne
Le monsieur que nous voyons en 1912, il n 'est pas né. C 'est qui ? Tu nous le présentes vite fait.
Olivier Azam
C 'est vraiment typiquement ce petit enfant de la classe ouvrière qui essaye de continuer à montrer cette histoire, cette mémoire. Et il a fait un petit musée, Lawrence. Lawrence, il faut tomber dessus, le petit musée.
Olivier Azam
Donc, tu tombes dessus.
Olivier Azam
Il y a un tout petit musée qui raconte cette histoire de la grève. Il fait partie de ces rares personnes. Alors, évidemment, nous, on le connaît parce qu’on est allé là -bas. On est tombé dessus, en fait. Sinon, on n’aurait jamais entendu parler de lui. Après, on l 'a revu, on lui a montré le film. Il connaissait évidemment Howard Zinn parce qu’il l’avait lu, comme tous les Américains intéressés par l 'histoire sociale. Donc voilà, lui, il perpétue l’histoire de ses grands -parents. Donc, c 'est marrant parce que ça, tu en trouves partout. En France, on connaît bien dans les tout petits, tu vois, dans les deux casse -villes ou des endroits comme ça. T 'as de l 'histoire sociale qui est très forte. Aux États -Unis, c’est déjà plus compliqué. Et donc voilà, on est tombé sur lui. Il nous a raconté l’histoire. Là, si tu veux, on regarde le petit extrait qui est sur une partie de cette histoire. Parce que je reste dans le même thème. C’était la solidarité à l 'époque, déjà.
David Dufresne
Vidéo de 2 minutes 48 L’hiver 1912 est très rude. La nourriture se fait rare du côté des grévistes. On s 'inquiète pour les enfants. La solidarité se renforce. 400 familles dans le pays se disent prêtes à accueillir des enfants. La grève est vraiment devenue une cause nationale, voire même internationale. Et c 'est à ce moment -là qu 'on a proposé de transporter les enfants des grévistes chez les sympathisants dans d 'autres villes pour les héberger. Le 10 février 1912, 119 enfants quittent Lawrence pour New York. À l’arrivée à la gare, les enfants de l’hôpital de New York sont accueillis par des ouvriers du syndicat, qui entonnent l’Internationale et la Marseillaise. À Lawrence, la répression a été si violente qu 'une commission est créée devant le Congrès des États -Unis. Le témoignage de Camilla, une jeune ouvrière de 12 ans, dont le cuir chevelu a été arraché par une machine dans une filature, aura pour effet d’amener un règlement du conflit.
Olivier Azam
Les histoires de ces affrontements ne sont pas racontées dans les écoles américaines ou dans les textes américains. La plupart des Américains, même les travailleurs d’aujourd’hui, n 'ont jamais appris cette histoire. Par exemple, j’étais à Lawrence, Massachusetts, il y a quelques années, j 'ai trouvé que les gens de Lawrence, Massachusetts ne connaissaient pas l' histoire de cette attaque. C’est pourquoi je l 'ai considéré très important dans mon livre pour raconter l' histoire de ces affrontements du travail dans l 'histoire américaine. C 'est parce qu’ 'il y a tout ça, il y a une lutte d 'opinion énorme et qu 'ils vont gagner. Ils vont gagner pour des tas de raisons, mais ça fait partie des raisons. Il y a des morts. Elle est violente, la répression est très violente. Mais ça fait partie des histoires qui marquent durablement l 'histoire sociale américaine, mais en lien avec celle de la France ne vous le rappelez pas.
David Dufresne
C 'est ça. Comment se fait-il qu’ils entonnent la Marseillaise ?
Olivier Azam
C’est énorme. Il faut rappeler qu’aux États -Unis, il y a beaucoup de migrants, donc beaucoup d 'Européens, et que toutes ces idées un peu libertaires viennent beaucoup des Italiens, des Français. Ça vient beaucoup de l’héritage de la commune. Il y a énormément d 'impacts. C 'est pour ça qu 'il y a une lutte, on ne se rend pas compte, par exemple, de l 'histoire de la commune en France, dans n 'importe quel pays. Tous les gens qui sont engagés syndicalement ou politiquement savent cette histoire. Si tu vas en Asie, j’étais en Corée du Sud, tous tes camarades là -bas connaissent par cœur, mieux que nous peut -être, l 'histoire de la commune. C 'est extraordinaire de savoir que l 'impact, quand la France était grande, n 'est pas forcément grande que pour ses produits luxe LVMH fabriqués en Bangladesh ou en Pologne, à chaque fois, ils délocalisent, mais elle est aussi riche de toute cette influence politique et de la lutte. C 'est pas mal de le savoir parce que c 'est surprenant. Nous, on a été surpris de tomber là -dessus, qui chantait la Marseillaise dans les manifs internationales. Tout ça, c 'est des histoires internationales. Mais il y a une histoire, c 'est ça que tu es en train de montrer.
David Dufresne
Le 1er mai, Chicago.1886.
Olivier Azam
C 'est l’histoire fondatrice 1886. C’est l’invention du 1er mai. On défile tous les ans au 1er mai. Il y a des gens qui ne savent pas pourquoi. Il y en a même qui disent que c 'est la fête du travail. N’importe quoi ! Ce n’est pas du tout la fête du travail. Au départ, c 'est l 'histoire de la journée.
David Dufresne
C’est Pétain qui l 'avait transformé en fête du travail. Mais ce qui est fou, c 'est que ça reste dans l 'esprit de certains.
Olivier Azam
Ce serait plutôt la fête du repos après le travail. Mais c 'est la fête des travailleurs et des travailleuses. C’est pour ça que je voulais le montrer. C 'est fondamental, y compris dans la réforme des retraites. C’est cette histoire dès 8 heures. C’est cette idée que notre vie n 'est pas consacrée, ne doit pas être consacrée, à produire des richesses du patronat toute la journée. Ce n 'est pas le seul but dans la vie. Même si ça rend dingue les mecs de droite de dire que les gens ne veulent pas se tuer au travail. C’est pas toujours l 'enfer pour tout le monde. Mais c 'est une conquête énorme de la classe ouvrière qui a mis très longtemps. C 'est la conquête des 8 heures. Il y a 8 heures de travail, de l’osier, de sommeil. C 'est énorme. Dans les cerveaux, ça a mis des siècles à arriver. Un des épisodes fondamentaux, c 'est cette histoire, qui démarre à Chicago en 1886. C 'est un peu plus long. Il faut que tu enlèves nos images parce qu 'il y a des sous -titres.
David Dufresne
D 'accord, monsieur. Monsieur va aller chercher son petit café, peut -être. Vous pourrez attendre la pause ? À tout de suite. Super extrait. Il y en a pour 9 minutes. Je vois que Valeur Anarchiste dit honneur aux camarades anarchistes. Je fais un petit placement de produit. J 'ai eu hier au téléphone le réalisateur Tancrède Ramonet. Figurez -vous que les épisodes 3 et 4 exclusifs inédits seront diffusés soit en mars, soit en avril, ici même, au Poste. Génial. Une histoire d 'anarchie. Les deux épisodes qui sont pour l 'instant inédits seront au Poste, en mars ou en avril. Faites passer les amis.
Olivier Azam
Je tiens à dire qu 'il nous les a promis pour ciné Mutins.
David Dufresne
Ce qu’on fera, c 'est que… J’en ai parlé avec lui. On fera du réact, justement. On va diffuser le truc. Mais un peu comme on est en train de faire là. On arrêtera, on discutera, on reprendra. Ce qui veut dire que la saveur filmique sera conservée pour que vous puissiez aller la voir. Abonnez-vous. Tout de suite, c’est parti pour 8 minutes 54 Combien d 'habitants de Chicago se souviennent du mois de mai 1886 et les journées d 'un violent combat dans la guerre sociale ? Pour Howard Zinn, c 'est ici que fut écrit un chapitre fondateur dans l 'histoire des travailleurs du monde entier. Nous sommes à LA Market Square avec Tim Yeager du Syndicat national automobile et Matt Mieczkowski du IWW de Chicago. C 'est ici, à l 'emplacement de ce parking que fut inventé le 1er mai et la journée de 8 heures dont beaucoup de travailleurs bénéficient aujourd 'hui à travers le monde sans en connaître l 'histoire. La plus grande des manifestations de ce 1er mai 1886 était ici à Chicago. La principale revendication de cette série de grèves dans tout le pays, c 'était la journée de travail de 8 heures. À la fin du 19e siècle, les journées de travail sont de 10 heures, 12 heures par jour, 6 jours par semaine. En 1886, le mouvement pour la journée de 8 heures s 'étend à travers le pays et le 3 mai 1886 manif devant les usines McCormick, la police tire dans la foule, 4 ouvriers sont tués et des dizaines sont blessés. Le lendemain, 4 mai, la gauche anarcho -syndicaliste appelle à un meeting de protestation ici même au Haymarket Square. C 'était une journée ensoleillée. Lucy et Albert Pearson étaient venus avec leurs enfants. Chacun avait mis ses plus beaux habits. Et la police, qui était aux ordres des capitaines d 'industrie, cherchait une occasion d 'attaquer les manifestants. Ailleurs dans le pays, certains cortèges de manifestants ont été attaqués par la police. Et ici, à Chicago, où la manif était bien organisée, ils n 'ont pas eu cette opportunité. Et donc ça s 'est très bien passé. La foule est ensuite venue vers ici, à cet endroit, et les orateurs sont montés sur une charrette pour s 'adresser à la foule. Au moment où la manif se disperse, un bâton de dynamite est lancé sur les policiers. Huit policiers sont tués et une soixantaine sont blessés. En réaction, la police tire dans la foule. Deux sont blessés. Et on ne sait pas combien de morts parmi les ouvriers. Qui a balancé la bombe ? On n 'a jamais su. On soupçonne une provocation signée Pinkerton, la fameuse agence de détectives privés qui employait déjà plus de 10 000 agents au service du patronat et dont les agents savaient s 'infiltrer parmi les ouvriers pour renseigner la police et pour faire ce genre de provocation. Ça a été le prétexte pour une attaque à travers tout le pays contre le mouvement ouvrier. Oui, ici à Chicago, la police a fait des descentes dans les locaux syndicaux. Ils sont passés à tabac. Les ouvriers sont encore en grève pour la journée de huit heures. Incapables de trouver les coupables, la police arrête les syndicalistes qui ont organisé le meeting. Aucune preuve contre eux. C 'est une parodie de justice. En réalité, c 'est bel et bien pour leurs idées qu 'ils sont condamnés à la peine de mort. L 'un d 'eux, un jeune charpentier, Louis Sling, se suicide en prison avec une cartouche de dynamite. Il a 21 ans. C 'est un procès pour l 'exemple. On a ressorti tous leurs écrits sur le mouvement ouvrier et l 'anarchisme comme preuve à charge. C 'était sur invitation. Et ceux qui étaient invités, c 'était les capitaines d 'industrie, les riches et les puissants. La famille McCormick était invitée. C 'est -à -dire les propriétaires du journal qui est aujourd 'hui le Chicago Tribune. Et lorsqu 'un journaliste complaisant a demandé à un des spectateurs pourquoi il était venu assister à cette exécution,celui -ci a répondu, je suis venu assister à la mort du mouvement ouvrier. Quatre seront pendus le 11 novembre 1887. August Spies, Albert Pearson, Adolph Fischer, George Engel. Conséquence de cet événement à travers le monde, en 1889, à Paris, le 1er mai sera adopté comme journée de la lutte pour les 8 heures. La lutte pour la journée de 8 heures, c 'est la reconnaissance du droit de vivre en dehors du travail. Mais c 'est seulement le 23 mai 1919, après quatre années de sacrifices dans les tranchées, que les travailleurs français obtiendront la journée de 8 heures, le 1er mai sera désormais chômé. En 1893, les martyrs de Haymarket seront pardonnés par le gouverneur progressiste de l 'Illinois John P. Hadgeld. Il accorde sa grâce aux trois autres syndicalistes toujours en prison. Il a dit, oublions tout ça. Il faut maintenant gracier ces trois hommes et leur laisser la vie. Sur l 'échafaud, l 'accordo coup l 'un des martyrs August Spies avait déclaré, le temps viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd 'hui.
David Dufresne
Le tchat permet de lire certaines réactions pendant le film. Magnifique extrait. Merci Olivier de nous offrir des documents comme ça de bon matin. Qu 'est -ce que tu retiens de ton voyage à Chicago ? Quand tu filmes la rue du bâtiment où tout part, tu ressens quoi exactement ?
Olivier Azam
C 'est dingue parce que nous, on a lu, relu, archi -lu. Attends, je vais te montrer un truc. Ça, c 'est mon exemplaire d 'une histoire populaire américaine de version française édité par Agone sur Awards In. Le bouquin, il est mort. Il est usé. J 'ai sa documentation écrite. Mermet, c 'est pareil, le sien, il est pourri. On a des années de travail sur ce truc parce que c 'est un projet, une fresque. Il y a trois épisodes prévus. On maîtrise bien le bouquin de zine, les écrits de zine, la vie de zine. On va sur place après sa mort parce qu 'on l 'a déjà filmé en 2009 et on va encore en 2013. On y retourne en 2016 sur les traces de l 'histoire populaire américaine et de zine. On connaît l 'histoire et on se dit, c 'est quand même incroyable. Ce que tu retiens, mais ça, tu le sais très bien, quand tu connais une histoire que tu vas voir sur place, tu comprends des trucs, même un siècle après. Là, c 'est plus que ça. Tu comprends les espaces, comment ça s 'est passé. Techniquement, comment l 'espace. Mais aussi, il graisse quelque chose de l 'ambiance. On est tombé sur ces deux syndicalistes qui sont venus. C 'est le libertaire de la IWW du coin alors qu 'il n 'y a plus la même force qu 'avant ce syndicat, mais l 'autre qui est plutôt dans l 'automobile, typique du syndicalisme puissant américain. Ils connaissent cette histoire et c 'est génial de confronter ce qu 'on sait de Warzine nous a raconté ou qu 'on a lu dans le livre et de voir ce parking sur lequel, tu as vu,il y a un fichu de bagnole. C 'est un gros parking il y avait une petite coupure microscopique avec cette architecture nord -américaine que j 'adore, que je connais pas mal. Ce que je voulais vous montrer dans cet extrait, c 'était l 'idée que défaite, victoire. C 'est quoi ? Défaite ou victoire ? C 'était la question que tu m 'avais posée. Je veux voir que des victoires, tu m 'as dit en gros. Des victoires, oui, je voulais te montrer qu 'il n 'y avait pas, tu le sais très bien d 'ailleurs, mais qu 'il n 'y avait pas que des fêtes. C 'est qu 'une défaite comme ça qui finit très mal parce qu 'ils remettent à mort la classe ouvrière. C 'est le but du patronat à cette époque -là. Il va y avoir des répressions énormes chez les mineurs dans le lot Colorado. Là, ils massacrent à la mitraillette les grévistes avec l 'idée qui sera répétée sans cesse par la famille Rockefeller. Il ne faut pas leur laisser croire que la lutte, ça peut marcher. Quand tu connais cette phrase de Rockefeller, père, petit -fils et tout ça, qui a été utilisée à Attica en 1973, dans la prison d 'Attica où ils massacrent avec la même phrase en tête, c 'est le petit -fils de cette fois -ci Rockefeller qui ordonne. Tu sais que c 'est la phrase qu 'ils ont tous quelque part en tête au pouvoir, ne pas leur laisser croire que la victoire, ne pas leur laisser penser que la victoire, ça peut marcher. C 'est quand même énorme parce que ça explique beaucoup de choses. Effectivement, ça a marché sur le coup, ils ont réussi à les écraser, mais cette idée du 1er mai fait son chemin. Elle va revenir en France, on va en faire notre 1er mai à nous, après ce qu 'on raconte dans le film, il faudra la première guerre mondiale pour qu 'en 1919, on accorde à la classe ouvrière ces 8 heures de travail. C 'est un progrès énorme qui est sans arrêt remis en cause par le patronat et les gouvernements qui succèdent, pour remettre en cause sans arrêt ce principe de base. Non, il y a certains gouvernements, tu ne peux pas dire par tous les gouvernements, il y a quelques gouvernements qui ont justement ce que je remarque, et puis après on va peut -être passer à la suite, ce que je remarque aussi avec toujours plein de délices, c 'est quand même la qualité graphique. Par exemple, cette horloge 8 heures avec cette aiguille où il y a à gauche la corde des ouvriers qui essaie de ramener la grande aiguille vers le zéro et le patronat qui pousse, c’est magnifique, c 'est ce qu 'on vient de voir, c' est absolument fabuleux.
David Dufresne
Tu nous proposes 4 extraits du documentaire Une histoire de la grève générale. Tu me fais une petite présentation rapido ?
Olivier Azam
Si tu veux, on peut arrêter au fur et à mesure, parce qu 'ils sont séparés dans le même fichier, donc tu pourras arrêter entre chaque extrait. C 'est des extraits d 'un documentaire qu’il a fait en bonus au départ de Grands Pus et petites victoires, parce que tout le monde nous dit qu’il n 'y a pas eu de grève générale, etc. Dans les manifs, on entendait toujours, on entendait encore de plus en plus de grève générale, grève générale. Mais ce qui est génial, c 'est que c 'est une idée qui traverse la classe ouvrière depuis le début, depuis la fin du XIXe siècle, depuis après la commune. On a voulu faire ça, de la commune au Front populaire, ça avait un sens, on aurait pu aller jusqu 'à mai 68, mais on n 'a pas eu le temps, parce que c 'est marquant, on est reparti dans les bouquins, on est allé voir des historiens, on s 'est beaucoup servi des bouquins d 'Agone, il n 'y a pas beaucoup d 'éditeurs qui continuent à travailler sur l 'histoire sociale, il y a Agone, il y a Libertalia, mais c 'est un travail important de documenter, de ressortir des vieux écrits de ça. Par exemple, le débat qu 'on verra entre Pouget et Jaurès, j 'ai trouvé ça génial, c 'est incroyable. Et tu vois aussi le niveau…On voit le niveau de la discussion politique à l 'époque, on n 'est pas sur Twitter, on est ailleurs.
David Dufresne
Allez, le premier extrait.
Olivier Azam
La commune de Paris n 'avait que quelques semaines, mais a marqué profondément les esprits. Comme toute insurrection populaire de l 'époque, elle avait commencé par des barricades face à des canons. En 1871, Marx, dans la guerre civile en France, décrit avec enthousiasme les mesures prises par les communards en faveur des classes laborieuses. Il raconte comment les ouvriers, organisés en coopérative, reprennent en main ateliers et manufactures, comment les déserteurs capitalistes abandonnent leurs usines, comment ils peuvent très bien redémarrer sans eux et comment les communards pensaient même à les indemniser. Pourtant, ce que l 'histoire des vainqueurs retient de la commune, c 'est son échec, la semaine sanglante. Entre le 22 et le 28 mai 1871, les Versaillais ont conduit en masse les communards au Père Lachaise, les ont collés au mur et les ont fusillés, d 'autres encore exécutés ou déportés les mois suivants. Il fallait écraser toute ambition révolutionnaire et cela pour longtemps, tuer les meneurs mais surtout tuer l 'espoir. À la sortie de la commune, le mouvement ouvrier était maté. Jusqu 'à la commune, la stratégie du mouvement ouvrier a été une stratégie qu 'on peut qualifier d 'émeutière, barricadier. L 'idée de grève générale s 'oppose à cette notion de révolution barricadienne ou émeutière. Elle oppose une autre idée de la révolution, qui serait la révolution non pas d 'une avant-garde révolutionnaire où le prolétariat serait juste les petits soldats à la manœuvre mais ce serait l 'expression de la classe ouvrière pour sa libération. Mais c 'est évident que c 'est une réaction, c 'est une des leçons que l 'élite syndicaliste, l 'élite ouvrière tire de l 'échec de la commune, c 'est qu 'avec les fusils on n 'arrivera à rien.Les images ont joué leur rôle. On a vu les cadavres des communards en photo. Puis on a commémoré devant un mur du Père Lachaise en souvenir des communards massacrés et jetés là dans la fosse. Pendant des années, les survivants sont venus saluer à la mémoire de leurs camarades. Les 30 000 morts de la commune ont marqué des générations de manifestants. La lutte a continué devant un pouvoir de mieux en mieux armé. Comme ici à Fourmi, le 1er mai 1891 lors d 'une manifestation pour la journée des 8 heures, la troupe tire. 109 morts et une soixantaine de blessés sur les pavés, dont un enfant et des adolescents tirés comme des lapins en un temps record grâce au nouveau fusil Lebel.
David Dufresne
Voilà extrait numéro 1. Je te mets en plein écran tu disais là c 'est pas Twitter. Mais on voit quand même que, alors que le cinématographe n 'est même pas inventé, que l 'iconographie, l 'image, la guerre culturelle, elle est déjà là en fait.
Olivier Azam
Ah oui, la guerre de la presse joue le même rôle qu 'après, c 'est -à -dire qu 'elle est du côté du patronat. À part la presse évidemment révolutionnaire, c 'est ce qu 'on voit beaucoup, mais à part la presse syndicale, enfin la presse des, pas syndicale mais là, pas encore, mais tout ce qui est produit est quand même forcément très visuel, parce qu 'effectivement comme tu dis, la photo c 'est le début, on voit bien les photos dans le début de la photo, c 'est la commune, c 'est les premières photos. C 'est très intéressant quand même de voir ces images -là qui sont très fortes, mais il y a une imagerie effectivement, mais après ce qu 'on va voir aussi au fur et à mesure de la montée du syndicalisme après plus tard, c 'est la montée aussi d 'une presse hyper réac du côté du pouvoir qui en permanence essaye de tenir très loin le peuple dangereux dont on a peur etc. Mais il y a toujours ce truc récurrent, et tu vois là ça fait écho à l 'extrait qu 'on a montré tout à l 'heure d 'ailleurs de la journée des huit heures, parce que c 'est ça qui va être dans la tête de la classe ouvrière pendant très très longtemps. Et tout ça, là il y a de l 'international. Alors nous dans ce petit film, on s 'est beaucoup appuyé sur des bouquins, sur des histoires, on a voulu faire ce travail qu 'on fait d 'habitude de lire, mais là on l 'a mis à l 'image pour montrer aussi quels étaient les débats à l 'époque. Alors pour ça qu 'on parle de Marx là ici bien sûr, mais après de Pouget, de Jaurès, tout ça, parce que ces débats à mon avis sont des débats qui restent aujourd 'hui évidemment avec beaucoup moins de violence, il ne faut pas exagérer, bien qu 'on compte quand même pour les gilets jaunes, tu es bien passé pour le savoir, une mort Zineb Redouane Plus les mains arrachées, plus ébranlées, on est quand même dans une violence qui est quand même… Ok, on tire pas à balles avec le fusil de Belle, mais on tire quand même et on fait des blessés graves. Le massacre de Fourmis dont vous parlez est un moment clé dans l 'histoire du maintien de l 'ordre à la française. Tiens, Émile Cheval ! Regarde, Tatas, regarde, regarde ! Elle est là Tatas, regarde, regarde ! Emile Cheval qui nous regarde depuis l 'autre bout du monde.
Olivier Azam
Ah ouais, et on aurait bien savoir comment ça se passe là -bas. On a quand même quelques infos. Elle a un repérage à l 'autre bout du monde.
David Dufresne
Alors, j 'envoie le deuxième extrait du film, l 'histoire de la grève générale, et on se retrouve.
Vidéo
Dans son texte paru dans la Petite République en 1901, Jean Jaurès monte à la charge. Il met en garde les grèves généralistes que le caractère révolutionnaire d 'un tel projet fait courir le plus grand risque. Il écrit, la grève générale provoquera d 'emblée un mouvement de terreurs et de réactions. Pire, il prévoit que les masses ouvrières s’affamer ont elles -mêmes et seront acculées à la violence. Jaurès, la grève générale révolutionnaire, il n 'y croit pas.Jaurès, il est un des chefs du socialisme. Il sait qu 'il doit composer avec une classe ouvrière qui, au moins dans ses élites et dans ses représentants, est bien plus à gauche que lui. Donc il est obligé de composer un petit peu avec ça. Mais il reste que l 'essai qu 'il écrit en 1901, qui s 'appelle Grève générale et révolution, ça naît intéressant. Lui, il pense qu 'effectivement la classe ouvrière française ne pourra pas mener à terme une grève générale qui n 'en a pas la force et que tout ça finira au bout du compte très très mal. Lui, il pense que la grève générale ne peut mener les ouvriers nulle part, qu 'elle ne peut être le fait au mieux que d 'une petite minorité, que de toute façon cette petite minorité serait vaincue. Même s 'ils avaient les usines en main, il ne saurait pas quoi en faire. Pouget répond sous le couvert de la CGT. C 'est lui qui écrit parce qu 'on reconnaît parfaitement son style. Là on voit bien qu 'il y a une opposition radicale entre la pointe la plus révolutionnaire de la CGT et celui qui représente le mieux le socialisme de l 'époque Dans sa réponse à Jaurès, Pouget l 'accuse de perdre le contact avec la classe ouvrière au fur et à mesure qu 'il se rapproche de hauteur du pouvoir. Le syndicaliste reproche à l 'homme politique de ne voir que la partie négative de la grève générale révolutionnaire. Le débat est celui qui divise les révolutionnaires des réformistes. Pouget défend une action minoritaire face à une majorité passive.
David Dufresne
C 'est ce qui me plaît le plus Auposte le matin c 'est du sabotage. On prépare les cocktails face au molotov, nous dit encore un autre. On est là, t 'es les travailleurs en même temps. Oui, donne la papatte, Oui, au boulot en ce moment même, nous dit la gauche radicale. Sabotage, nous dit Caillot De. Ça donne très envie d 'organiser un truc dans mon bled. Pour la caisse de grève, projection, expo, débat, comment faut -il procéder pour se procurer les droits des films ? nous dit Jerk Horner. Olivier, tu peux répondre.
Olivier Azam
Petit rappel, je remets le lien, parce que je n 'ai pas eu le temps de le faire, pour remettre le lien du mode d 'emploi. C’est très simple, puisque les droits ont été mis à disposition avec les producteurs, réalisateurs et distributeurs des films. Ils ont mis à disposition les droits, il y a quasiment 90 films, donc vous avez de quoi faire. Pendant la période de grève, pendant la mobilisation, il suffit de programmer le film, de trouver une salle surtout, même si c 'est chez l 'habitant, vous vous débrouillez, vous regroupez des gens, on ne vous fait pas payer de droits, vous avez juste à télécharger le film sur le site, si vous ne l 'avez pas déjà, sur Ciné Mutins, vous avez la liste, etc. Nous, on reverse notre partie d 'achat du fichier, qui n 'est pas très cher, on verse tout ça aux caisses de grève, nous, de notre côté. Et vous, avec ce film, vous en faites non pas juste un truc pour regarder un truc entre vous, ça on s 'en fout, simplement c 'est à la fois du grain à moudre, mais aussi pragmatiquement, il faut collecter du fric pour le donner à la caisse de grève de votre choix. Il y en a plein, il y en a localement, il y en a nationalement, vous vous débrouillez, on ne vous dit pas à qui, c 'est vous qui choisissez, mais vous récupérez du fric, les gens vide leur poche, ils boivent une bière de moins, tant pis, peut -être d 'eux -mêmes, et ils mettent ça dans la caisse, et vous nous dites ce que vous avez versé, parce que nous, on tient un bilan pour montrer la puissance de frappe de ce mouvement de partout. Ce qui est génial, comme tu l 'as dit tout à l 'heure, c 'est qu 'il y a quand même, évidemment ça va très loin, il y a des projections, j 'ai dit jusqu 'à Buenos Aires et tout ça, et là ça y est, on est passé à 201 depuis qu 'on se parle, il y en a déjà trois qui se sont calés depuis ce matin. 201 projections, donc il y en a dans des petits endroits où on n 'a pas l 'habitude qu 'il y ait des projections, parce qu 'il n 'y a pas forcément de cinéma, etc. Et je ne l 'ai pas dit tout à l 'heure, il y a aussi des cinémas qui jouent le jeu, c 'est possible, c 'est plus compliqué parfois de faire des projections exceptionnelles, hors billetterie, CNC, tout ça, et de reverser les droits aux caisses de grève. Alors ça, vous vous débrouillez avec eux, mais c 'est possible aussi dans certains cinémas, on a des appels, voilà. Donc c 'est très facile, il n 'y a pas plus simple en fait. Vous n 'avez vraiment aucune excuse. Puisque Arboras, par exemple, que je citais tout à l 'heure, ils sont 7, ils m 'ont dit, on va élargir, on va essayer de trouver un peu des gens autour de nous, donc ils vont aller chercher des gens. C 'est aussi l 'occasion d 'aller parler à des gens que peut -être vous ne voyez pas souvent, un petit tractage, un petit truc, allez hop. Ça fait partie de la lutte, ça. Je dis ça comme ça, mais on ne pourrait pas organiser un stream où David projette un film sur Twitch et le commente et nous, on fait des dons. Il y a piqués de stream qui… Ah oui, ils t 'ont invité l 'autre jour. Mais toi, tu n 'es pas tout à fait favorable à ce qu 'il y ait la projection d 'un film sur Twitch. c 'est nul. Non, piquer du stream, c 'est très bien, attention, ça c 'est très bon. Mais non, le but de l 'opération, c 'est projection publique, parce que c 'est de voir des gens en vrai, surtout vous, les chatteurs qui ne sortaient pas de vos écrans, quand vous avez l 'occasion de sortir, sortez.
David Dufresne
Tu casses le métier, là !
Olivier Azam
Moi -même, j 'ai intérêt je commercialise en tant que vendeur de VOD que les gens restent chez eux, mais non, il faut sortir, il faut quand même aller voir des films avec des gens. La projection publique, c 'est mieux que la VOD, c 'est toujours mieux. Pour information, moi, je vais être dans plusieurs débats, deux à Paris. Vendredi, je serai dans un festival dans la Nièvre, du film engagé. Dis -le, c 'est bien,
David Dufresne
, il y a des gens qui vont pouvoir venir te voir en vrai. Je mets ça sur le site. C 'est pas celui -là. C 'est celui là tu voulais réagir.
Olivier Azam
Le tchat ne dit rien là -dessus, sur ce qu 'il vient de voir. C 'est un débat fondamental entre Pouget et Jaurès si tu réfléchis bien tu as cette séparation entre les syndicats et les partis politiques de gauche. Même s 'il fut un temps où c 'était beaucoup plus entremêlé entre la CGT et le Parti communiste français, ça allait moins aujourd’hui. En tout cas, il y a toujours une volonté de dire qu 'on n 'est pas sur le même terrain. Quand Mélenchon, la LFI, a appelé à faire des manifs le samedi il y a quelques semaines, avant le début, Martinez a dit qu 'on n 'y serait pas, qu 'on ne mélangeait pas les serviettes. C 'est pas chacun son rôle. Ça tire toujours un peu. En même temps, il y a une dynamique qui est intéressante. Mais il y a aussi un débat de fond entre Jaurès, qui est plutôt un réformiste, mais surtout qui croit en l 'Assemblée, en l 'Assemblée nationale, en qu 'est -ce qu 'on peut faire politiquement. Et un syndicalisme plus radical à l 'époque. La CGT était beaucoup plus radicale. C 'était la branche révolutionnaire, celle de Pouget, celle du début. C 'est -à -dire, reprise en main des outils. On n 'a plus besoin de se démerder. C 'est très autogestionnaire. Franchement, on n 'a pas tranché entre nous. Ce n 'est pas l 'un ou l 'autre, c 'est le mélange des deux. Mais ce qui est génial, c 'est que le débat était très riche et que les deux avaient raison quelque part. Ils avaient raison dans une réflexion que je trouve de très haut niveau quand on lit les écrits de l 'époque, les échanges.
David Dufresne
Extrait numéro 3, introduction ou on y va direct ?
Olivier Azam
Je ne sais plus ce que c 'est, donc vas -y direct.
David Dufresne
Ça, c 'est du professionnalisme. Attention, une cascade est réalisée sous vos yeux. Le syndicalisme, c 'est à la fois la défense des revendications concrètes de base quotidienne des travailleurs et en même temps, et j 'insiste bien sur le « et » en même temps, un projet de transformation sociale qui passe par l 'abolition du salariat et la reconstruction de la société par la base, avec la négation de l 'État. C 'est -à -dire qu 'en gros,les élections et la conquête du pouvoir d 'État ne servent à rien. C 'est un espèce d 'objet hostile qu 'il faut contourner et on va le contourner par la grève générale. Ce qui réunit tous ces gens -là, c 'est le fait que la guerre pour eux est la pire chose à éviter. Tout se positionne théoriquement, d 'une manière plus ou moins claire, sur cette opposition. Et au moment où ils sont confrontés à la réalité, c 'est -à -dire l 'éclatement de la guerre, ces gens -là ne savent plus quoi faire et en gros, se rallient au système. Il y a un leader qui arrive à ce moment -là, qui est le long jouneau et qui va être lui un professionnel inamovible du syndicalisme jusqu 'à sa mort et qui devient secrétaire de la CGT dans ces années -là. Et donc, ce même joueur, il se trouve qu 'au moment de la déclaration de guerre, il va totalement virer de bord et devenir ce qu 'on pourrait appeler un syndicaliste d 'union sacrée. L 'union sacrée, c 'est en gros le terme employé à l 'époque pour dire qu 'il faut arrêter les divisions, la lutte des classes, etc. Et qu 'il y a un seul objectif, c 'est vaincre l 'ennemi allemand. Quel destin là aussi pour les horaces, c 'est bien.
David Dufresne
C 'est quand même incroyable. Je te dis, je trouve qu 'il y avait quand même une inventivité absolument extraordinaire de la part de tous ces gens -là. Radico, CGT, socialiste, progressiste, catholique, monarchiste, l 'union sacrée dans la guerre. Qu 'est -ce qu 'on retient de ce passage, monsieur Azam ? Je rappelle qu 'il s 'agit du film Une histoire de la grève générale de vous -même et de Madame Laure Guillot, qui était au départ un bonus track. Donc, qu 'est -ce que tu retiens de ce troisième avant le dernier extrait ?
Olivier Azam
Une grosse inquiétude parce qu 'on voit dans l 'histoire, et on le voit aussi aux États -Unis, on le voit partout, à chaque fois qu 'il y a une crise énorme provoquée par le système capitaliste, comme disait Jaurès. Jaurès, je ne me rappelle plus exactement de la phrase, donc c 'est complètement con. Mais le capitalisme amène la guerre comme la nuée de l 'orage. C 'est ça, la citation de Jaurès. Et cette idée de guerre qui effectivement va être opportune parce qu 'elle va permettre de mettre fin à tout cet énorme mouvement qui s 'est construit depuis la commune, qui est le mouvement syndical, anarcho -syndicaliste, comme on dit maintenant, mais à l 'époque on ne disait pas ça. Donc ce syndicalisme révolutionnaire ou grève généraliste va finalement être totalement enfoui et massacré par la guerre parce que d 'abord, il y a ceux qui vont revenir dans le camp de l 'unité, c 'est -à -dire tout le monde pour la guerre, il n 'y a plus de doute. Et une partie totalement minoritaire qui va, comme des gens comme Monat, Pierre Monat, c 'est génial, mais qui va se retrouver au front en première ligne. Ils vont être envoyés en plus, il va s 'en sortir. Il va y avoir une marginalisation totale de ces syndicalistes. C 'est détruit depuis longtemps. La guerre a vraiment détruit pour longtemps. Je suis inquiet, mais on reparlera ça un autre jour, de ce qui se passe sur armement permanent actuellement par rapport à la guerre et de l 'absence de mouvement de paix à gauche. Je suis très inquiet de cette situation qui rappelle d 'autres temps, mais qui est inquiétante parce que c 'est le sujet tabou, personne n 'ose en parler. Parce que les Russes sont méchants, donc ça, c 'est sûr, Poutine est un tyran, c 'est sûr. Mais est -ce que, comme disait Howard Zinn, ce n 'est pas parce qu 'ils sont mauvais que nous sommes les bons ? Je me rappelle aussi de cette phrase de Zinn.
David Dufresne
Attention avec vos citations, Monsieur Azam, car ici, vous savez, nous avons des fact -checkers. Nous avons Sentier Bâton, qui est absolument redoutable, et qui a retrouvé. La citation de Jaurès Jean, Jaurès Jean, tu prends l 'avenue. Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l 'orage.
Olivier Azam
C 'était pas ça que j 'ai dit ?
David Dufresne
Tu as dit la pluie porte l 'orage.
Olivier Azam
C 'est ça que je pensais en tout cas.
David Dufresne
Oui, enfin, monsieur, écoutez, quand on fait de l 'éducation populaire, on travaille ses bases.
David Dufresne
J 'ai perdu mes notes, mais je ne les ai pas lues.
Olivier Azam
C 'est vrai, mais je ne critique pas le principe. Simplement, j 'ai dit "sortez.
David Dufresne
Il paraît que tu as bien dit. C 'est moi qui déconne.
Olivier Azam
Comme d 'habitude, c 'est David Dufresne qui ne suit pas. Il fait trois trucs en même temps.
Olivier Azam
Il a eu bon, c 'est toi qui déconne !
David Dufresne
Cela dit, tu viens de te donner ta prochaine mission. Peut -être que si on peut puiser dans votre catalogue faire quelque chose sur la guerre, ça pourrait être intéressant.
Olivier Azam
Malheureusement, ça n 'arrêtera pas la guerre, mais on pourra au moins comprendre ce qui nous arrive et essayer de comprendre quelle est la force de la propagande de guerre. C 'est énormissime et à chaque fois, ça marche. C 'est dingue, car c 'est toute l 'histoire qui est comme ça.
David Dufresne
Magnéto, Olivier. On met le quatrième extrait et dernier de ce film -là. Ensuite, on aura deux extraits du film de Jules Perret sur La Sociale, si tu as encore le temps.
Olivier Azam
On est encore dans les temps.
David Dufresne
On est bon. Un peu de concentration. Si vous saviez le bordel qu 'il y a devant moi, vous n 'imaginez pas ce que c 'est. C 'est difficile de faire une interview en direct et à distance, de balancer des trucs, des machins. Allez, à tout de suite. Faut pas me lire. Il faut faire payer les riches pour soulager la misère des pauvres, des travailleurs, donner du travail aux chômeurs, abroger les décrets noirs de famille. Et donc là, je pense qu 'il y a pas mal de gens qui se disent… En gros, maintenant, c 'est possible. Là, un gouvernement de gauche qui va s 'installer a peu de chance de balancer. La police et les forces de répression sur les grévistes. Il y a ce qu 'on appelle un peu battement dans les médias. Il y a un état de grâce qui fait que ça serait quand même un peu ballot, un peu maladroit de balancer la police d 'emblée sur les gens qui vous ont élus. Avant même la formation du nouveau gouvernement, les grèves ont éclaté au Havre dans les usines d 'aviation Breguet. Et c 'est la grève qui prend peu à peu place dans un terrain fertilisé par des années de lutte locale. C 'est la grève générale, la vraie, la spontanée, celle dont avaient rêvé les syndicalistes et révolutionnaires des débuts, celle que ne verrait jamais Émile Pouget, mort en 1931, enterré et oublié.
David Dufresne
Merci, mon cher Olivier, encore une fois pour ces 6 extraits et toute cette préparation, jusqu 'à la dernière minute, que cette nuit, tu as préparé.
Olivier Azam
C 'est comme ça parce que sinon c 'est pas marrant.
David Dufresne
Alors, est -ce qu 'on passe à la suite et à la fin ?
Olivier Azam
Sauf si le chat a des réactions, parce que je sais qu 'ils sont un peu mous ce matin.
David Dufresne
Alors, à quelle caisse de grève sont reversés les sommes pour l 'achat de films sur le site Ciné Mutins ?
Olivier Azam
On ne veut pas vous le dire, il y a une intersyndicale qui reverse notamment à d 'autres syndicats, donc ce n 'est pas compliqué à trouver. Si vous cherchez sur internet, vous allez la trouver. Mais on ne voulait pas donner d 'indication parce qu 'on ne veut pas être accusé de rouler pour une boutique ou pour une autre, etc. Pour un syndicat, pour un autre, ou pour une initiative. Ceux qui connaissent les piquets de stream connaissent la principale qui regroupe au niveau national. Mais il y a des locaux aussi, il y a des choses. Je pense qu 'il y a du choix. C 'est bien de remplir toutes les caisses parce qu 'il va y en avoir vraiment besoin pour la phase de blocage et de grève. J 'espère pas en soi qu 'il y ait la grève, mais je pense qu 'il n 'y a pas d 'autre solution. Je ne vois pas comment on pourrait gagner juste avec la mobilisation dans la rue. Pour que ça arrive, il faut qu 'il y ait un blocage, une grève, il faut leur tordre le bras. Il n 'y a pas le choix. Ce n 'est pas juste pour montrer les mouches, c 'est parce qu 'en fait, il n 'y a pas le choix. C 'est l 'histoire qu 'on voit, qu 'ils racontent. Ils ne plieront pas autrement que sous la contrainte. La contrainte, c 'est vraiment bloquer le pays et que les patrons disent aux politiques d 'arrêter parce qu 'ils sont en train de trop perdre. C 'est malheureux parce que ça a fait des dégâts collatéraux. Beaucoup de gens vont morfler. Donnez -moi un autre exemple où ça s 'est passé autrement, à part après une guerre de 1919. Souvent, c 'est l 'accumulation. C 'est ce qu 'on voit en 1936. C 'est le résultat de tout ce qu 'on vous a raconté depuis la commune. C 'est cette montée de l 'histoire à la grève générale qui monte, monte, monte et qui enfin éclos en 1936. Et qui, en même temps, pour reprendre les termes de macronisme, se sont coordonnés avec un pouvoir de gauche qui prend le pouvoir à l 'Assemblée, va faire des conditions qui vont être un des plus gros moments de l 'histoire sociale française avec les plus grands progrès. Les congés payés, les délégués de l 'entreprise. Vous connaissez toutes les… C 'est énorme. Simplement, c 'est le résultat, cette victoire, le résultat de nombreuses petites défaites qui apparaissent comme des défaites, mais qui finalement s 'accumulent et deviennent une victoire. Et puis après, il y a les guerres qui font qu 'après une guerre, le pouvoir est obligé de lâcher un peu. 1919, c 'est ça pour les huit heures 45, c 'est ce qu 'on va voir maintenant avec le social. C 'est l 'histoire de la sécurité sociale et c 'est pareil, c 'est énorme l 'histoire de la sécurité sociale. Alors là, si tu veux, on peut regarder l 'extrait, le premier extrait de 10 films
David Dufresne
Voilà, c 'est ça, c 'est un film de Jules Perret. Premier extrait qui dure 4 minutes et 32 secondes. Et on revient après avec le chat qui a aussi des questions, notamment sur les médias. Peut être qu 'on peut la faire tout de suite, on te dit, pensez -vous possible une grève générale quand les médias invisibilisent les grèves du secteur privé, notamment celle dans les groupes du 440 ?
Olivier Azam
Je pense qu 'il ne faut pas tout mettre sur le dos des médias invisibiliser. Si les gens veulent se mettre en grève, ils se mettent en grève. Le problème est plus profond que ça dans le pays, c 'est que vous savez très bien, si vous travaillez dans une entreprise, qu 'il y a très peu de gens à s 'indiquer. Alors peu de gens à s 'indiquer, ça veut dire des gens très faibles et en même temps, beaucoup de contraintes. Comme on voit, beaucoup de gens qui ont des boulots précaires dans lesquels c 'est vraiment très compliqué de faire ou quasiment impossible de faire grève, des tas d 'eux parce qu 'il ne faut pas croire le patronat et les gouvernements de droite, tel qu 'on est actuellement, mais depuis des décennies, sont des gouvernements et des pouvoirs qui ne pensent qu' à ça tout le temps. C 'est -à -dire qu 'est -ce qu 'ils vont mettre comme bâton dans les roues ? Comment ils vont contraindre finalement pour faire plus de dividendes, etc, etc. Donc eux, ils ne pensent qu 'à ça. Ils ont une grosse connaissance de l 'histoire, souvent malheureusement mieux que beaucoup de gens qui découvrent les luttes. Il y a une très grande connaissance de l 'histoire dans le monde syndical, mais souvent, eux, ils ne repartent pas de zéro. Ils sont au courant, ils savent comment marche une grève. Là, ils ont déjà prévu les effets, ils savent qu 'il y a un gros temps là, si vous lisez la presse bourgeoise, vous allez vous rendre compte qu 'eux, ils ont prévu que ça allait secouer. Ils savent, ils ont prévu tout ça. Après, il y a beaucoup d 'imprévus. C 'est là -dessus que la victoire peut se faire. C 'est sur les imprévus, mais en même temps, ils sont sans arrêt dans une logique d 'analyse historique de trouver. Donc, effectivement, c 'est de plus en plus compliqué de faire grève. Alors que la grève se généralise, c 'est tout le propos de notre film sur l 'histoire de la grève générale, ça ne se décide pas. Ça se construit parce que, effectivement, c 'est dans les têtes. Mais en fait, ce sont surtout les blocages. La prochaine étape, 7 mars, on annonce des blocages, c 'est à dire que les syndicats qui savent très bien que ce n 'est pas juste parce qu 'ils auront dit faite grève générale que les gens vont le faire, ils vont essayer d 'organiser, parce que c 'est le mot clé de toutes les luttes. C 'est :Organisez -vous, Organize, comme disait la chanson de Joe Hill. C 'était vraiment l 'idée que la révolte, c 'est bien, mais sans organisation, malheureusement, ça ne suffit pas, donc, l 'organisation, c 'est ça. Je trouve que les syndicats, actuellement, ont fait un boulot assez bien, stratégiquement assez bon. Là, ils vont essayer d 'organiser avec les moyens du bord, c 'est à dire ce qui pense être possible, des blocages ciblés, de préférence, évidemment, tous les postes clés, que sont les transports, l 'énergie, etc. C 'est les bastions forts. Mais il y a aussi des contraintes qui ont été mises en place. On n 'a pas le droit de bloquer vraiment. On n 'a pas le droit d 'occuper une usine. Tout ça, c 'est des questions de légalité aussi. On voit, par exemple, je ne sais pas si tu as repéré David, mais il y a des Robin des Bois qui continuent dans l 'EDF.
Olivier Azam
Tu as vu ça ?
David Dufresne
Oui, oui, oui, oui, absolument.
Olivier Azam
Des gens qui, alors ça, c’est hors syndicat, parce que c 'est totalement illégal, des gens qui, par exemple, à Marseille, dans des quartiers populaires et tout, qui travaillent pour EDF, etc. et qui vont, pour le gaz de France, qui vont, pour la partie gaz, qui vont, par exemple, couper les compteurs dans les quartiers pauvres pour que les gens ne payent pas. Alors ça, c’est des mesures de sabotage, si vous voulez, mais de sabotage très positif pour une partie de la population qui est déjà par terre à cause de l 'augmentation des prix.
David Dufresne
Incroyable, les Robin des Bois nous dit, encore lui, un article magnifique sur Mediapart. Alors, on y va, on est au sortir de la guerre et il y a un gars, c 'est pas celui qu 'on voit là, évidemment, qui s 'appelle Ambroise Croizat, qui va porter la création de la Sécurité sociale. C 'est un extrait du film de Monsieur Perret Jules que nous avons reçu ici même à Le Poste, un film intitulé La Sociale et qu 'on retrouve sur les mutants. Et évidemment, je l 'envoie 4 minutes 32.
On était décidé, on n 'était quand même pas les derniers venus, l 'affaire, on était des travailleurs. Donc la Sécurité sociale, c 'était pour nous. Alors on savait ce qu 'on voulait, pour notre bien-être.Ça, on ne savait ça. Tout ça se fait en 6 mois de façon magistrale, ce qui montre aussi les grandes capacités du mouvement ouvrier à gérer. C 'est ça qui est insupportable pour une classe dirigeante. C 'est pas d 'abord qu 'elle doit refiler des sous, son problème, c 'est pas le porte -monnaie, son problème, c 'est le pouvoir. Or, ce qui se joue en 46, c 'est la démonstration de la capacité de pouvoir du mouvement ouvrier.Accéléré, avec l 'aide de Marius Fatti je leur donne un gagne -pain.Croizat, c 'est une fracture complète, je pense que c 'est l 'invention sociale. Lors de son passage au ministère, il laisse un héritage social considérable. Et quand je compare les 2 ans d 'Ambroise Croizat au total du travail des ministres du travail depuis René Viviani en 1906 jusqu 'à François Rebsamen, j 'arrive pas bien à trouver la comparaison. Il y a un projet politique fort, et au fond, quand il y a un projet politique fort et des hommes et des femmes capables de l 'incarner, on a ce que l 'on a, c 'est -à -dire 2 ans de travail acharné qui ont changé notre vie. On a squatté votre bureau parce qu 'on est en train de faire un documentaire sur l 'histoire de la sécurité sociale, sur un de vos prédécesseurs ici, Le bâtisseur de la sécurité sociale. Je pense que vous voyez de qui je parle Viviani ? Ah non, la sécurité sociale. Ah, la sécurité sociale, c 'est pas mon secteur. Moi, je suis au travail ici. D 'ailleurs, ici, c 'est le ministre du Travail. C 'est plus ancien, c 'est monsieur Viviani, il y a 100 ans.D 'ailleurs, on va fêter le centenaire de ce ministère. Mais à la libération, il y avait le monsieur, le pâtissier de la sécurité sociale, c 'était monsieur Croizat. Oui, oui. Donc on fait un documentaire C 'est pas ici il était ministre du Travail ici ? Oui, mais ce n 'est pas ici aujourd’hui, c 'est au ministère. Ah oui ? Voilà. Mais juste une question. Monsieur Croizat, vous avez entendu parler ou dans son histoire, nous, on découvre un petit peu cette histoire -là, c 'est quelqu 'un qui a marqué le ministère ou pas ? Plus que d 'autres ministres ?Non, pas plus que d 'autres ministres, mais celui qui a marqué en 1945, c 'est le général de Gaulle. Merci, messieurs. Le prof de la classe dirigeante, c 'est de voler l 'histoire populaire, ça, on le sait tous. Et du part d 'attribuer à de Gaulle une paternité qui n 'est évidemment pas la sienne, c 'est un homme politique, il sait y faire. Et il assume, y compris des initiatives qui ne sont pas les siennes, mais très vite, il démissionne. C 'est pour lui insupportable, l 'arrivée de ça, qu 'il dise soit communiste dans son gouvernement, tout ça. C 'est un homme de droite qui a une véritable haine pour la démocratie sociale. Et donc, dès janvier 1946, il démissionne. Donc tout le boulot est fait par Ambroise Croizat avec un directeur, un haut fonctionnaire qui sort un peu du rang et qui est la rocade.
David Dufresne
C 'est magnifique, cet extrait. Attends, je te mets en grand. Voilà, magnifique extrait. Le chat, là, pour le coup, rigole comment Gilles Perret se retrouve dans le bureau de monsieur ?
Olivier Azam
Là, je ne sais pas. Je n 'étais pas au tournage. Je ne sais pas, mais il filme le bureau parce que c 'est là qu 'il y a tout le portrait de Croizat, tous les ministres qui ont défilé. Donc, il y a eu l 'autorisation de filmer. Et donc, au moment où le ministre de l 'époque, en 2016, rentre, qui est le socialiste.Quand on lit Jaurès et qu 'on voit ce socialiste -là, on se dit, mais putain, quel chemin.Quel rebond de chemin. Quel grand beau en arrière. Quelle impasse. Tout ça a créé Macron. C 'est les gens qui ont fait Macron. Donc, maintenant, il ne faut pas s 'étonner. Mais, si tu veux, il s 'appelait encore socialiste. C 'est ça qui est dingue. Le mec ne sait même pas qui est Croizat, évidemment. Mais ceci dit, il faut remettre quand même. Il faut rendre à César ce qu 'il veut. Si tu veux, quand même, le film de Gilles Perret, la sociale, a permis quand même à des dizaines de milliers,je ne sais pas combien de personnes, de centaines de milliers maintenant, qui ont vu le film,de connaître l 'histoire de Croizat qui n 'était pas très connue, y compris à gauche. Parce que ce n 'est pas… Alors, évidemment, ce n 'est pas Croizat lui tout seul. D 'ailleurs, c 'est ce que raconte le film. Croizat, c 'est un important. Il ne faut pas croire non plus à la puissance d 'un leader. Ce n 'est pas un leader. C 'est un bon. C 'est des gens qui ont fait la guerre, alors qu 'il a été emprisonné pendant la guerre. Donc, si tu veux,c 'est des gens qui sont quand même habitués à quelque chose de très fort. Mais c 'est quand même le mouvement communiste, à l 'époque,qui est très, très, très fort, et syndicaliste, qui travaille là -dessus. Mais c 'est des siècles de réflexion, la sécurité sociale, finalement.
David Dufresne
Alors, oui, c 'est ça. Moi, je suis d 'accord avec Sentierbattant, qui dit qu 'il y a quand même des avenues et des rues Ambroise -Croizat dans les communes communistes. Et même ailleurs, je crois. Enfin, je veux dire, c 'est quand même… Voilà, c 'est un nom qui circule.Et moi, pour tout te dire,je ne savais pas qu 'on attribuait à De Gaulle la Sécu. Là, je vois bien que Rebsamen, c 'est ce qu 'il fait.
David Dufresne
Le tchat dit, tous les jours, il faut répéter que la Sécu, c 'est pas De Gaulle. J 'avais jamais entendu parler de ça.C 'est rigolo.
Olivier Azam
Oui, mais parce que c 'est lié à la libération, au CNR.Alors, évidemment, c 'est tout le monde. Le CNR, ce n 'est pas les communistes, mais c 'est eux qui ont été à la cheville ou hier, vraiment, dans tous les sens du terme du projet. Oui, mais après, c 'est aussi la force de l 'État social. Après, on ne va pas faire un débat sur De Gaulle. De Gaulle, on le regrette maintenant par rapport à ce qu 'on a. Il y a plein de gens qui le regrettent. Mais c 'est quand même à l 'époque, à l 'issue de la guerre, que tout le monde tombe quand même d 'accord. Il faut quand même se rappeler que dans les résistants, il y a les communistes et les gaullistes.
David Dufresne
Bien sûr.
Olivier Azam
C 'est ça. Faites ça. Donc, ces gens, à la sortie de la guerre, il faut reconstruire. Et les avancées sociales sont énormes parce qu 'en fait,ils se mettent ensemble. Et alors, depuis le temps, ce qui est intéressant, c 'est que depuis cette époque -là, ils passent leur temps à essayer de détricoter tout ça. Ça leur est laissé en travers Ils n 'en peuvent plus. Comment peut-on casser tout ça ? Ça leur est insupportable. Et c 'est pour ça que j 'ai choisi trois extraits qui sont très courts. Avec Denis Kessler, vice -président du MEDEF. Quel personnage, là aussi. Alors lui, voilà. Ils sont très utiles. C 'est des gens très utiles pour nous. Parce que je veux dire, ils ne sont pas très habiles. Ils ne parlent pas, ils ne cherchent pas à se présenter politiquement. Donc, ils parlent à son milieu, à son monde, à lui. En l 'occurrence, là, c 'est au MEDEF. Et donc, ils ne prennent pas de grands. Ils disent les choses comme elles sont. Mais en fait, c 'est beaucoup plus clair. Et ça va sûrement choquer les propos qu 'ils disent. Mais c 'est absolument très clair. C 'est ce que pense la macronie.Il ne faut pas croire. Eux, ils l 'habillent. Ils sont politiques. Ils essayent de tergiverser. Mais voilà ce qu 'ils pensent.
David Dufresne
Kessler, c 'est pas celui qui a un parcours politique étrange, non ? Non, je me trompe.
David Dufresne
Il vient pas de..
Olivier Azam
Je ne sais plus.
David Dufresne
Je l 'ai oublié plus longtemps.
Olivier Azam
Mais en tout cas, a beaucoup d 'argent.
Olivier Azam
C 'est un grand patron. C 'est quelqu 'un qui a sûrement beaucoup de talents dans son milieu, mais qui, effectivement, incarne très, très bien le patronat dans tous les sens. Même physiquement, il incarne, il est extraordinaire.
David Dufresne
On y va. 1 minute 48. Gilles Perret, 2016. Il faut préférer l 'accumulation à la redistribution. Nous devons toujours privilégier l 'économie sociale,le salaire direct ou la prestation sociale, l 'équilibre entre les trois et deux devoirs plutôt que l 'octroi incessant et ininterrompu de nouveaux droits non financés et sans contrepartie. Nous devons soutenir le progrès scientifique plutôt que l 'obscurantisme écologique. Nous devons respecter le principe de raison. Nous devons préférer la retraite à la carte à l 'indéfendable retraite légale à 62 ans et la nouvelle hausse des cotisations réduisant le pouvoir d 'achat des salariés et réduisant les marges des entreprises. Je préfère les fonds de pension aux régimes avec des trous sans fonds. Je préfère la capitalisation à la répartition.
David Dufresne
Fondamentalement, ce qu 'il nous dit là,c 'est ce qu 'on entendait déjà à la fin du 19e siècle. Mais effectivement, après je dirais 30 ans, 40 ans de progrès social continuellement,effectivement, il peut paraître moderne ou nouveau de revenir en arrière. Voilà. Ce qui est moderne, c 'est de réactiver le vieux fonds libéral contre la solidarité et la sécurité sociale. C 'est ça qui paraît moderne. C 'est ça le grand coup de force. C 'est -à -dire que ceux qui défendent la sécurité sociale sont aujourd’hui accusés d 'être des conservateurs, des archaïques, des gens crispés sur les acquis, etc Et eux ont réussi à s 'incarner, ce projet réactionnaire a réussi à s 'incarner comme un projet de mouvement, de progrès. C 'est ça, c 'est -à -dire de déguiser le grand bond en arrière comme un grand bond en avant.C’est ça qui est assez fascinant. Et là, c 'est tout ce qui nous arrive quand même, c 'est ce retournement des… Oui, tu nous montres quoi ? Parce que là, je ne vois pas. Le grand bond…
Olivier Azam
Attends, attends, attends.
David Dufresne
Le grand bond en arrière.
Olivier Azam
C 'est trop petit pour moi, j 'ai un tout petit écran. Ah, Serge Halimi ! Oui, bien sûr, bien sûr. Le grand bond en arrière, c 'est parce qu 'il cite le grand bond en arrière, mais c 'est vrai que ce bouquin, je vous le conseille, c 'est vraiment un bouquin très important, un peu gros, chez Agone, de Serge Halimi, ex -directeur du monde diplomatique puisqu 'il vient de quitter ses fonctions pour redevenir un intellectuel à plein de temps, et plus un patron de presse. Et donc, en fait, c 'est un bouquin très important parce qu 'il montre comment on est arrivé là, dans la gauche, de ce qui était la gauche, enfin, qu 'on croyait être la gauche, comment, depuis les années 80, 83, le grand tournant de la rigueur dans le monde de Reagan et de Thatcher, nous en sommes arrivés finalement à Macron, parce que finalement, tout ça, c 'est un produit de quelques décennies de renoncement, de pas en arrière, et on voit bien dans le discours de Kessler, ici, quelle est la vraie pensée de ce monde -là, leur monde, leur monde à eux, qui est celui de Macron, de la finance, de la Macronie, de tout ça. Il n 'y a pas d 'ambiguïté, pour moi, c 'est très clair, je veux dire, quand on les écoute parler, ils essayent d 'habiller mieux, ils vont expliquer qu 'il faut absolument sauver le régime des retraites. Non, non, ils n 'ont qu 'un seul but, c 'est de contraindre les classes amoureuses à faire leur boulot pour qu 'ils s 'en foutent plein les fouilles, c 'est -à -dire pour que l 'actionnariat, c 'est très simple, en fait, ce n 'est pas du tout complotiste de dire ça, c 'est absolument très clair, tous les chiffres le montrent à chaque fois, l 'histoire le montre, ils accumulent, l 'écart se creuse, les inégalités se creusent, et ils continuent à taper sur les mêmes, donc c 'est clair, et là, on a des discours, c 'est pour ça que je trouve l 'extrait du film de Jules Pérez formidable, parce que là, on a dans cet extrait condensé tout ce discours -là.
David Dufresne
Merci infiniment Monsieur Azam Olivier, il est 10h55, je crois que pour la première fois, nous allons respecter nos horaires, puisque tu dois te rendre sur le plateau de CNews par un taxi qui m’attend en bas de chez toi.
Olivier Azam
Pas du tout, par contre, j 'ai fait une annonce pour ce soir, ça n 'a rien à voir, je suis au lieux dits à Paris à partir de 19h avec le comité Julian Assange, on est sur un autre sujet, mais on fait un point sur Julian Assange.
David Dufresne
ça n 'arrête pas là chez toi ?
Olivier Azam
Les sirènes arrivent !
Olivier Azam
On est sur ce bistrot que connaissent bien les militants parisiens, puisque c 'est un des lieux importants de regroupement, qui est le lieu-dit à Ménilmontant, chez Hausses, et donc à 19h on y est pour faire un point. Ceux qui sont par là, si vous voulez venir nous voir, on y est avec Arié Alimi et puis Laurent Doré, et tout ça invité par Nadia Genet et des réalisatrices qui voulaient qu 'on fasse un point public sur ça. Donc c 'était une petite annonce.
David Dufresne
C 'est parfait, tu as bien raison, et amusez -vous bien, chez Haussent, le lieu dit, c 'était là où on était allé faire l 'émission avec Rachid Bouchareb pour nos frangins, que j 'espère voir un jour sur les mutins de Pangée,
Olivier Azam
Oui, avec plaisir. Je ne sais plus quand est -ce que ça sera en VOD. Il y a aussi un truc que je voulais faire, c 'est vous faire un petit cadeau au chateurs, aux abonnés.Abonnez -vous bien sûr au poste, il faut toujours le dire et le répéter.
David Dufresne
Est -ce que tu peux le faire ? Je n 'osais pas te le demander, mais puisque tu viens de le faire avec maestria, est -ce que tu peux le faire avec plus de cœur s 'il te plait ?
David Dufresne
Abonnez -vous au poste, vous pouvez faire ce qu 'il faut le dire. C 'est quoi ça ? Je ne sais pas où j 'ai rangé ma tasse Abonnez -vous au poste, bien sûr. Ça va, je suis convaincu. J 'avais plus de trucs à vous dire avant de partir, simplement je vous avais fait un petit cadeau pour les twittos. Vous pouvez regarder sur Ciné Mutins avec le code en majuscules A -U -P -O -S -T -E C 'est le code promo pour regarder une histoire de la grève générale si vous voulez la voir en entier.
David Dufresne
Génial, bravo. Le code est pour le mode VOD c’est Auposte en majuscules.
David Dufresne
Merci beaucoup, Olivier je t’embrasse, merci beaucoup Olivier, 11h02, le taxi CNews est là.
Olivier Azam
Merci à toi. Je prends le taxi qui me ramène de ma chambre à mon salon parce que c 'est comme ça Auposte, c 'est à la maison.

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