« Quand les femmes ont pris la colère » (René Vautier). Au Poste Ciné Mutins Club #5
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Entrez, entrez, installez vous, installez vous, installez vous, prenez place. Alors nous allons, après ce premier court métrage, voir le clou du spectacle avec un film de René Vautier. Et je laisse la responsabilité à Olivier de qui est le comment dirais je, la pierre angulaire du cinéma documentaire en France. Il est à lui tout seul le Stéphane Bern du patrimoine documentaire. Et donc je vais lui passer. C’est de mieux en mieux. Donc tu peux prendre un petit micro pour nous présenter le film.
Alors merci monsieur. Quand tu m’as appelé Stéphane Bern, Stéphane Bern, dis donc Pierre Tchernia, je préfère quand même voir. Enfin bon, je ne m’appelle pas Rachida Dati. En fait, je vous remercie de m’avoir invité Monsieur Dufresne
Monsieur dit ça parce qu’il pensait être le ministre de la Culture. Il pensait que ce soir, ce serait sa première sortie en public en tant que ministre de la Culture. Malheureusement, il a été choisi par quelqu’un d’autre.
Je suis très déçu. Comme d’habitude, ça passe à côté. Alors on a invité une camarade. On se connaît depuis longtemps, Moïra Chappedelaine-Vautier on dit que tu es la fille de René Vautier et de Soizik Chappedelaine-Vautier Bon, c’est un long travail de longue haleine. On va en parler toute la soirée. C’est un travail de restauration, de cinéma, de patrimoine. Maintenant, ça fait drôle de dire ça, mais c’est la réalité maintenant, puisque le travail de René Vautier qui a démarré avec Africa 50 en 49 et même avant parce qu’il avait déjà tourné d’autres choses et qui a qui a toute sa vie fait des films qui pour la plupart étaient censurés ou disparus ou difficiles à retrouver ? Vous avez peut-être des noms en tête pour certains d’entre vous ? Après Afrique 50 et Avoir 20 ans dans les Aurès. C’est les films les plus connus, mais il y en a beaucoup. Et Moïra, tu as fait un travail énorme de restauration des films et on a pu enfin les éditer parce que ça, c’est un projet qu’on avait depuis 20 ans à peu près avec ton père.
. Je ne sais pas si c’est vraiment le clou du spectacle. C’est le film qu’on va voir là, mais un autre genre de spectacle on va dire. Voilà, qu’est ce que je peux dire rapidement, en tout cas sur le film qu’on va voir là, pour voir. Pour commencer, ce serait une bonne entrée en matière. C’est un film qui a été, qui est effectivement qu’on vient de restaurer, qui est rentré dans le cinéma de patrimoine parce que c’est un film qui a été projeté en version restaurée à Cannes, pas qui aurait dû l'être, mais c'était l’année du Covid, donc il n’a pas été projeté. Mais il y a quand même, il y a quand même le logo, on va dire voilà. Et puis c’est des films que moi je restaure depuis des années, pour lesquels je suis largement aidé par des subventions publiques pour le faire. Ce qui est toujours un petit peu drôle, c’est de se rendre compte que moi j’ai à peu près 10 à 15 fois plus de moyens pour restaurer les films qu’on avait à l'époque pour les faire. Voilà, ça dit plein de choses. Ça dit aussi que des fois, les images qu’on rejette à l'époque où elles sont tournées peuvent être rentrées quand même dans le patrimoine. Ça aussi, ça interroge. “50 ans plus tard”, ça peut être des films qu’on considère comme important. Et ce film-là, il a été tourné en 75/76, à l’issue d’une grève qui a eu lieu dans une usine en Loire-Atlantique. Une grève qui a eu lieu pendant huit semaines. Et René venait de finir un autre film qu’il avait tourné pas très loin, avec des ouvriers eux aussi en grève. Et au moment où, pour financer le film qui s’appelait Donc quand tu disais Valéry, il avait demandé aux ouvriers de pré payer leurs places de cinéma. On a un espèce de crowdfunding pour payer la pellicule, le développement de la pellicule et tout et tout le boulot,quand le film a été fini, il y a eu les premières rentrées d’argent. Il a dit aux ouvriers qu’il allait les rembourser et les ouvriers lui ont dit : "Écoute, non, nous, on préfère que notre voilà, que notre investissement et que la mise de départ serve à refléter d’autres luttes. Et il y a des femmes à Coron qui ont un problème et ce serait mieux d’aller là bas. Et donc c’est comme ça que René est arrivé et est arrivé à Coron pour filmer ces femmes. Qui a été en lutte. Ce n'était pas directement leur lutte, on va dire, parce qu’elles n'étaient que des femmes d’ouvrières, mais finalement elles sont devenues parties prenantes de la lutt. Et le film raconte ça, en fait, raconte la lutte et comment elles se sont révélées à travers la lutte. Et elles ne sont pas. Elles se revendiquent pas comme féministes par rapport aux films qu’on a vu précédemment, mais je pense que leur pensée l’est complètement et et que ce que le film raconte, c’est comment est ce qu’on elles prennent conscience en fait de leur vie, de leur condition de femme et que et que la lutte peut aller et que la lutte les change..
On peut dire aussi que tu l’as coréalisé avec Soizik Chappedelaine-Vautier qui à l'époque est monteuse déjà.
Assistante monteuse qui est toute jeune à l'époque, René a déjà fait déjà une partie de son et déjà connu on va dire. Il a déjà tourné avoir 20 ans dans les Aurès. Il est déjà identifié comme un cinéaste militant. Il a créé une société de production en Bretagne qui s’appelle l' UPCB, l’unité de production Cinéma Bretagne au tout début des années 70. Et quand il arrive sur ce terrain, on va dire, de Couëron. Très vite, il se rend compte que ce n’est pas un film de lutte comme les autres, puisque la caméra, très rapidement, va vers les femmes, ce qui n'était pas forcément le postulat de départ. Il ne savait pas forcément que c'était ça qu’il allait filmer. Il allait filmer pour lui, il allait filmer une grève initialement. Et puis il y avait un souci. Mais. Et clairement, vraiment, les femmes attirent son regard de cinéaste et très rapidement, il se rend compte aussi qu’il ne peut pas en fait faire un film, lui, en tant qu’homme de 50 ans ou presque, sur ces femmes qui ont 20 85 ans, Il y a quelque chose dans le regard qui n’est pas là, qui n’est pas le bon. Et donc il va demander à Soizik de coréaliser le film avec lui et elle arrive sur le plateau, enfin sur le tournage. En fait, elle a le même âge, quasiment que les jeunes femmes, que les femmes d’ouvrière.Quel film ! Et cette relation de confiance qui s'établit entre eux, celle qui vient de finir de qui vient de sortir de son école de cinéma, qui est issue d’une famille relativement aisée, bourgeoise on pourrait dire voilà, elle va rencontrer aussi la condition ouvrière. Et c’est cette c’est aussi ce regard, ce regard là, assez, assez, comment dire, innocent pour laisser la parole de l’autre germer. Et voilà ce qui est. Ce qui est assez troublant dans ce film, c’est la façon dont c’est le discours qui est hyper construit, de ces femmes qui a priori ne sont jamais exprimées en public, n’ont jamais pris la parole. Le film s’appelle “Quand les femmes ont pris la colère”, mais avant tout dans le film, elles prennent la parole, cette prise de parole, c’est quelque chose qu’on sent fragile mais qui, qui se déploie tout au long du film.
Peut être. David on va expliquer tactiquement ce qui va se passer parce qu’après on va revenir. Mais en fait, tout ça se passe pour la première fois en direct live
C’est à dire que nous allons, grâce à Amira dont je remercie encore la générosité, Nous, nous allons pouvoir diffuser en ligne le film dans de bonnes conditions, de la même manière que vous dans la salle, vous allez le voir projeté. Donc il y aura un petit, un petit et un petit décalage. Je ne sais pas s’il y a des oppositions et des positionnés dans la salle, mais René Vautier, c’est le même qui avait réalisé à propos de l’autre détail de Le Pen, que nous avons diffusé en début de semaine. Et je peux te dire que le lundi, voilà, c’est ça que le chat était absolument glacé pendant la projection et après l'émission est à nouveau disponible sans le film puisque nous respectons les droits, évidemment. Mais un grand, grand merci à toi de nous permettre de diffuser en direct les films et après on ne garde que le débat. Donc après le film, il y aura un débat avec vous, la salle et quelques extraits préparés par Stéphane Bern, Pierre Tchernia autour de René Vautier. Et surtout, on aura, on espère, un échange fécond et chouette. Voilà, à tout de suite. Enfin, tout à l’heure. Moi je reste juste deux secondes, le temps de lancer le film et après je libère le plancher, bien sûr. Comment ça, c'était en sélection officielle de Cannes en 2000 ? La version restaurée ? Ah oui, ce qui s’appelle Cannes. Ah ouais, Super ! Ok, alors on n’est pas chez les cons. On n’est pas chez les cons. Hop, c’est parti !
Vous regrettez rien ? Oh non, pas du tout. Au contraire, ce sera à recommencer. Je le referais même. Eh bien, espérons que vous n’aurez pas recommencé.
Moi, j’aurais voulu qu’on évoque un peu le travail de René, mais comme on vient de voir le film, c’est peut être qu’on peut déjà attaquer là dessus. Puis après on reviendra un peu en arrière sur. Parce qu' on a préparé quelques extraits dans un bout d’entretien avec René, des choses comme ça. Pour revenir un peu sur ce parcours incroyable de cinéaste quand même, qui est quand même hors du commun. Et qui fait qu’il y est unique et. Et donc ce film moi je l’avais pas vu jusqu'à ce que tu fasses la restauration jusqu'à peu de temps. Il fait partie de quand même d’une série de films qu’on a sorti dans le coffret Bretagne et qui sont des films qui ont été moins vus quand même qu’ils étaient beaucoup vus à l'époque, mais qui pendant longtemps sont restés moins vus qu “Avoir 20 ans dans les Aurès” ou “Afrique 50 qui sont les films les plus connus de René ? Est ce que tu peux nous raconter comment ce film, justement à l'époque, a été vu ?
Alors ce film, il est sorti fin 77 et il a été primé à Rotterdam. Enfin, il a une diffusion comme en fait il faisait des films qui étaient quand même souvent relativement attendus, des films qui allaient en festival, qui représentaient la France dans des festivals internationaux Locarno, Rotterdam, Cannes aussi. Ils ont fait plusieurs films qui étaient. Enfin, il a fait plusieurs films qui sont allés à Cannes et qui étaient relativement rares dans des festivals. Que maintenant, quand on a un film documentaire qui va dans un festival de Locarno ou à Rotterdam, c’est relativement prestigieux. Ça l'était à l'époque aussi. Mais je pense qu’il y en avait. On attendait les films français un peu militants, c'était ça, rentrer dans cette dans cette. Dans cette gamme de films là, on va dire. Et c’est beaucoup plus compliqué, l’exploitation en France parce que. Est parce que c'était des films militants et que ce qui était intéressant pour le public étranger était peut être plus difficile à vendre, on va dire en France. Donc le film a fait quand même le Festival de Paris fin 77. Et il faut savoir qu’au moment où le film aurait pu être au moment de la diffusion. Au moment de la diffusion du film, on va dire commercial, où le film aurait pu vraiment commencer à apprendre à faire des salles et tout ça. Il y a eu en début 78 mars 78 le naufrage de l’Amoco Cadiz et donc la diffusion du film a été un petit peu interrompue par le naufrage de l’Amoco parce que René a dit que cela allait tourner sur le sujet sur les côtes bretonnes et ils ont fait un film ensuite qui s’appelle Marée noire, Colère rouge. Et il y a eu une petite interruption de l’accompagnement du film et le film a été livré comme souvent. C'était le cas aux associations qui ont qui se sont associations, syndicats, comités d’entreprises, qui ont un peu pris en charge la diffusion du film. Et donc c’est un film qui a une vie de ce qu’on appelle de la diffusion non commerciale, mais une très petite diffusion en salles. Et pour autant, c’est un film qui a quand même énormément circulé et qui a circulé très longtemps avant de faire la restauration du film. C’est un film dont on n’avait que des copies, qui était rincé, vraiment fin, quasiment le son quasiment inaudible à force de diffusion.
Alors avant qu’on aborde tout le parcours de René, je pense que vous avez peut être des réactions au film ou des questions et je serai. Si vous avez envie d’intervenir, il suffit de lever la main,puis après on va revenir en arrière. Mais d’abord sur le film. Est ce que vous avez des choses à dire, à raconter, à réagir, à des questions à poser ? N’hésitez pas, parce que c’est assez ouvert aussi. David est assez généreux sur le passage du micro.
Pour la première question qui est la plus difficile.
T’es pas obligé non plus,je ne vais pas vous embêter.
Si vous êtes obligé.
David T’as peut-être une question toi d’ailleurs.
Non, Vous non, pas de questions, pas de remarques pour l’instant. Ah voilà, j’en suis sûr. Bravo, Monsieur !.
On apprécie à sa juste valeur la première question.
Oui, elle est en plus hyper intelligente et tout et vous allez voir, c’est merveilleux. En fait, j’ai été hyper étonnée par un truc au niveau de l’image ou j’en sais rien ou de la tronche des gens. Mais pourquoi ? Pourquoi les gens ont-ils les nez et les joues rouges alors que dans les autres films en fait je sais pas, les gens ils ont pas l’air comme ça, ni quand je regarde. Est ce que c’est un truc d'époque de. Ben je sais, ça m’a hyper perturbée le fait que femme comme homme d’ailleurs, on voit aussi des images d’hommes et tout, et ils ont vraiment le tarin tout rougeaud où des ou des bonnes joue bien rouges. Et je sais pas, c’est bizarre en fait.
Alors je pense que c’est une histoire de projection.
C’est pas l'étalonnage.
Non, ils sont là. Alors ceci étant dit sur cette sûr, je ne sais pas, je suis désolée, je suis partie au début et j’ai pas fait attention. J’ai vu juste les images dans l’usine qui me paraissaient à peu près normales. Donc je n’ai pas vu les visages des filles. Et quand je suis revenue la dernière, ça allait aussi, mais c’est à mon avis une histoire de projection. Enfin de projecteur plutôt. Et il faut savoir quand même que ce film là, moi je compte, j’ai travaillé dessus pour le restaurer, j’ai donc récupéré des éléments négatifs et j’ai récupéré. Donc c'était un double ban, c’est à dire que j’avais un plan sur une bobine à un autre plan sur une bobine B, un plan sur une bobine à un autre plan sur une bobine B qui s’enchaînent comme ça. Et j’en avais une qui avait viré Magenta, qui était devenue toute rouge et l’autre qui était devenue verte. Et donc il fallait que j’arrive à faire coïncider ces plans là qui avaient des. Voilà des images, faire des informations colorimétriques très pauvres dans beaucoup de plages colorimétriques. Donc ça a été une petite, mais normalement je ne l’ai pas pris. Enfin, je sais pas, je suis pas allé vers le parti pris de les faire tout rouge pour compenser. J’aurais pu.
Mais votre question c’est que votre question est rare et à la fois intéressante parce que ça touche vraiment au travail de restauration et aux conditions de projection. Parce que ça fait partie aussi des choses compliquées à avoir en dehors des salles de cinéma. C’est pour ça que nous n’arrêtons pas de militer pour que les gens retournent dans les salles de cinéma parce qu’il n’y a pas mieux pour vendre un film que des salles de cinéma. Mais en même temps, on organise ça ici, on est très contents, vous puissiez voir le film. Mais c’est vrai qu’un travail de restauration, c’est justement retrouver des couleurs, etc etc. Mais je ne sais pas si dans votre question il y avait une autre.
Il est breton.
Ah ! la réputation du breton ?
Comment dire Non, je crois pas. J’ai jamais entendu parler de ça en tout cas.
Bon, en tout cas voilà, tu confirmes.
Ce n'était pas la volonté du chef OP d’ailleurs, chef opérateur qui était Bruno Muel ? Il me semble que vous aviez déjà fait une soirée consacrée à Bruno. C’est marrant parce que cet été, lors d’une autre projection en hommage à Bruno Muel, ce film-là a été projeté et Septembre chilien a été projeté aussi. Donc y a un film qu’il a tourné au Chili en septembre 73 et au moment du coup d'État. Et il y a une façon qu’il a de filmer les visages de très très près, qui est quelque chose qu’on fait plus vraiment et qui, je pense qu’il l’avait fait sur ce film là seulement,en fait, je me suis rendue compte en voyant septembre chilien que c'était vraiment sa manière de filmer les visages. Voilà en très gros plan d’aller vraiment chercher le fait de vraiment amener le spectateur au plus près du personnage qu’il allait filmer. Et là où dans les écoles de journalisme, on nous apprend à aller, quand il y a une petite larme, à zoomer pour aller chercher l'émotion et tout ça. Ou au contraire, lui, au moment où il y a une des femmes qui se met à pleurer, en fait, la caméra, elle s'éloigne, elle prend le plan large justement pour pas être dans ce voyeurisme. Donc il y a vraiment tout un jeu d'équilibre et de respect de cette parole qui passe par la parole, par les cadrages de Bruno et normalement par une image bien équilibrée.
Alors voilà Bruno, on avait fait le premier ciné club du post ciné Mutins club en septembre pour montrer les films de Bruno qui s’appelait “Septembre Chilien”. Donc si vous étiez peut être certains parmi vous étaient déjà là
Et comme quand au chat il aimerait qu’on cesse le breton bashing sur les joues rouges ou roses, C’est Ronan qui dit quoi ? Les Bretons. Donc je propose qu’on passe à la suite.
Alors moi je voudrais revenir un peu en amont. Peut être que l’on montrera après des extraits, mais. On a affaire à des cinéastes, tu viens de le dire. Que ce soit Bruno d’ailleurs qui était cinéaste et opérateur, soit René Vautier. On tient beaucoup à ça aux Mutins de Pangée de rappeler que les films qu’on vous montre sont des films de cinéma. Ce n’est pas juste des petites vidéos faites par des gens comme ça. C’est d’abord c’est de la pellicule. Il faut quand même le rappeler, les conditions de tournage en pellicule, même seize mm, sont quand même d’une lourdeur incroyable. Les caméras sont lourdes, il faut recharger des bobines toutes les dix minutes. Là, c’est moins impressionnant parce que c’est assez statique. Mais quand on voit le cinéma de René, quand il est en conditions de tournage extrême comme en Algérie, ou dans des choses comme ça, dans des combats pour la guerre d’Algérie, tout ça, c’est quand même des prouesses techniques. Et donc il y a une prouesse technique. Mais en même temps, ce sont des gens qui ont été formés au cinéma. Alors, on y va. Moi, j’aimerais bien qu’on revienne à René Vautier du début et peut être pour commencer après moi, je propose qu' on diffuse parce qu’on va parler de René Vautier. Moi je trouve ça très bien de commencer par voir un peu René Vautier
Bien Sûr.
Alors tu vas lancer un entretien que tu as fait avec ton père en 2012. Et donc René venait de ressortir le film Avoir 20 ans dans les Aurès, qui est un film important dans l’histoire du cinéma français, puisque c’est un des premiers films qui, par la fiction, s’attaque à la guerre d’Algérie. En 71, il sort à Cannes Avoir 20 ans, c’est un titre que tout le monde, dans les générations d’avant en tout cas, avait en tête. Quand René vous fait cette entrevue, cet entretien, c’est au moment de la restauration du film de la ressortie. Tu veux qu’on le regarde d’abord ? Le mec qui lance Stéphane Bern depuis tout à l’heure, qui est quand même un peu lent.
Il lance le film.
C’est “Entretien avec eux”.
C’est ça, c’est 5 minutes d’entretien.
Alors on va couper les micros. A priori, c’est bon, Franck, Il faut simplement penser à filmer Voilà, c’est parti. Donc on envoie l’extrait.
Je ne suis pas un missionnaire. Je suis simplement. J’ai été amené, quand j'étais très jeune, à participer à des combats. Avec des armes. Et je m’en suis servi contre l’armée allemande. On m’a décoré pour ça et j’ai eu la Croix de guerre quand j’avais seize ans, au moment de la libération de la France. Bon, j’avais tiré, j’avais tué et je voulais plus utiliser des arguments de ce genre. Et les copains m’ont dit tu feras pour nous, tu feras du cinéma parce que ça, ça permet de montrer les choses et puis tu feras du cinéma sur des choses qui ne vont pas bien pour montrer qu’il faut que ça change. Et puis, et puis j’ai fait. Ensuite, un premier film anticolonialiste alors que j'étais parti faire un film sur la vie réelle des paysans d’Afrique occidentale française, destinée à la diffusion dans les lycées et collèges de France et de Navarre. J’avais 20 ans et puis après le rêve. Après j’ai continué à faire des films. Là bas dans une confortable maison de pierre. Monsieur l’administrateur fait la sieste écrasée de soleil. Mais ici, il faut travailler, suivre le troupeau cherchant pâture dans la brousse. Tu t'étonnes de voir un village sans école, sans médecins. En Afrique, on ouvre une école. Quand les grosses compagnies coloniales ont besoin de comptables, on envoie un médecin quand les grosses compagnies coloniales risquent de manquer de main d'œuvre. Et ce village a encore de la chance dans sa misère. C' est enfin. Ici, le chef de village. Si Kali Ouattara, arrêté en fumée et abattu d’une balle dans la nuque d’une balle française. Ici, une enfant de sept mois a été tuée. Une balle française lui a fait sauter le crâne. Tu t'étonnes. Les cases brûlées, les habitants massacrés, le bétail abattu, pourrissant au soleil. Ce n’est pas l’image officielle de la colonisation amie. La colonisation. Ici, comme partout, c’est le règne des vautours. Mon premier franchissement de frontière entre la Tunisie et l’Algérie, direction Algérie, c'était en 1956. Puis j’ai tourné là bas aux côtés des maquisards algériens 56 toute l’année 1957. Et puis le film a été Algérie en flammes. Lorsque j’ai tourné aux côtés des Algériens, je me suis rendu compte que l’armée française pendant cette guerre d’Algérie. Était dans la même situation que l’armée allemande. Luttant contre les résistants en France. Et que les. Il était nécessaire de D’essayer par l’image de montrer. Qu’une discussion aboutissant à l’indépendance de l’Algérie était nécessaire. Buchenwald Dachau. Non. Bossuet. L’Algérie concentrationnaire. Et j’ai fait avec les Algériens des courts métrages qui m’ont valu d'être blessé, emprisonné ou. Mais je ne regrette pas du tout cette période de ma vie, ni les passages à l’hôpital, ni les passages en cellule. Faut chez des hommes autour de comme.
Voilà, on voulait absolument vous montrer un peu de René Vautier. Voilà, René, c’est ce personnage quand même assez à la fois charismatique et incroyable, qui tourne depuis le début et donc qui a fait une école du cinéma parce qu’il a fait l’IDHEC.
Avec Pierre Tchernia.
Avec Pierre Tchernia, le vrai.
Sans sa promotion. Je te jure.
C’est vrai, je me souviens. Et donc à l'époque, il sort d’abord, il y rentre, ce qui l’explique. Il rentre à l’IDHEC parce que, en fait, il veut être utile en fait.
En fait, il fait. Il rentre un peu par hasard, comme tous ses copains Eclaireurs de France, qu’on entre à Quimper entre 15 h 14, quinze, seize, 17 jusqu'à 20 ans et il rentre en résistance sans vraiment se rendre compte des dangers de ce qu’ils font et tout ça jusqu’au moment où ils perdent, ils perdent des gens et que sur leur clan, sur 21 gamin, il y en a sept qui meurent et. Et au moment où il y a une prise de conscience quand même un peu violente, et au moment où ils arrêtent, où la guerre s’arrête, ils sont tous décorés de la croix de guerre. Donc quelque part ils pourraient tout ça et continuer une carrière dans l’armée. Mais René, vraiment, il n’a pas du tout envie de ça. Et donc il raconte ça comme ça qu' en fait, il dit voilà, il leur dit Moi je veux continuer à me battre parce qu’on a des idées, parce qu’on s’est battu pour des idéaux, des idéaux d’après guerre, mais je veux le faire de manière utile. Alors je vais peut-être écrire des poèmes ou faire des photos. Et à l'époque, voilà, le cinéma, c’est quelque chose d’hyper nouveau, d’hyper novateur et c’est un outil qui mérite d'être pris, d'être pris en main. Et donc il va passer le concours de l’IDHEC. Et moi, ce que je n’avais pas vraiment compris avant de faire le coffret DVD là, c’est qu’en fait c’est la quatrième promotion de l’IDHEC. Donc ça veut dire que ça fait juste quatre ans qu’on forme des réalisateurs, donc sont envoyés un peu comme des missionnaires à l’IDHEC, des gens qui ont des choses à défendre. Donc on a retrouvé une interview sur le site de l’INA, enfin une émission qui est tournée à l’IDHEC et où les élèves de l’IDHEC racontent pourquoi ils sont là. Et donc il y en a un qui est là pour expliquer que vraiment, Dieu, c’est la solution pour que le monde aille mieux et tout ça. Et en fait, chacun arrivait un peu avec ce petit voile, avec ses grandes idées. Et René lui arrive en disant je me suis battu contre l’allemand et donc il faut qu’on aille raconter. Enfin voilà, il faut qu’on se batte pour les principes, pour ces grands, pour ces voilà, pour ces grands idéaux là. Et assez rapidement, il rencontre plein de fois quand même pas mal de réalisateurs à l’IDHEC. Pas que des réalisateurs d’ailleurs, pas mal de techniciens à l’IDHEC qui vont aussi avoir ce genre d’idée. Donc ils vont commencer à faire des films militants. Et puis, à l’IDHEC Post après guerre, il y a aussi des directeurs d'études qui sont, voilà qui les soutiennent, on va dire, là dedans. Et puis une fois qu’ils sortent de l’IDHEC. Donc, c’est ce qu’il raconte, là, on lui propose comme il est sorti, très bien classé, on lui propose d’aller faire un film pour la Ligue de l’enseignement. C’est une mission. Ils partent avec plusieurs, plusieurs personnes et lui est chargé de faire un film. Donc il y en a qui sont chargés de faire des photos, il y a des géographes, il y a des peintres je ne sais pas quoi et et ils ils doivent ils doivent ramener une expo. Et lui est chargé de faire le film. Et le thème, c’est la vie réelle des paysans d’Afrique noire et. La vie réelle des paysans d’Afrique noire en 1949, c’est le colonialisme. Et en fait, ils arrivent là bas avec. Voilà, presque en culottes courtes. Il sort de son Finistère bien lointain et il n’a pas forcément d’idées très préconçues sur le colonialisme. Mais en revanche, quand il arrive là bas, il se prend une énorme claque. Et voilà, il a l’impression que lui, il s’est battu pour libérer la France et qu’en fait la France en son nom, elle fait pas la même chose que ce pourquoi lui il s'était battu contre l’occupant allemand. Donc il y a une prise de conscience qui fait qu’il va se séparer du groupe avec qui il est en tournage et il va partir avec un de ses copains qui était quand même sur place. Voilà qui s’appelle Raymond Vogel. Et en fait, ils vont partir tous les deux suivre. Enfin ils ne le savent pas, mais en fait ils suivent une colonne punitive et donc ils vont aller de village en village. Ils arrivent à chaque fois après la colonne punitive et donc ils arrivent dans des villages qui sont dévastés. Il y a des morts, voilà. Et donc ils vont filmer tout ça et puis évidemment ça va se savoir assez rapidement qu’il filme Il va être interdit par lui ? On lui reproche en fait dès le début des prises de vues, donc quand il est encore avec le groupe et c’est pour ça qu’il décide de quitter le groupe. En fait, on lui reproche de tourner sans l’autorisation du gouverneur parce qu’il y a un décret qui régit les prises de vues en Afrique occidentale française, qu’il y a un décret qui a été signé par Pierre Laval. Donc, Pierre Laval, lui, s’est fait fusiller. Après, à la fin de la guerre. René, lui, a été décoré de la Croix de guerre et on vient lui dire que Monsieur Pierre Laval a signé un décret disant que vous n’aviez pas le droit de filmer ce que vous vouliez. Donc, à partir de ce moment-là, il comprend qu’en fait, il ne peut pas rester avec le groupe. Et donc ils partent tous les deux et ils vont faire. Ils vont rester comme ça quelques semaines à tourner. Donc c’est l’histoire personnelle et franchement ça pourrait être pire. Mais comme on est des gens super bien organisés, on a mis tout ça dans un DVD qui est en vente à l’entrée.
Tout ça, c’est dans le DVD, dans le livret, dans le livre du copain anticolonialiste.
Il faut être précis. Il y a deux DVD.
Je vais les chercher.
Il y a deux coffrets parce que je n'étais pas très clair lundi dernier avec le chat. En fait, vous avez vous avez confectionné deux DVD.
Regarde, ce n’est pas deux DVD.
Muriel qui nous aide. Deux objets avec les DVD et les livrets.
Anticolonialistes. C’est le premier que j’ai sorti il y a quelques années qui a été réédité. D’ailleurs. On y trouve 17 films dans lesquels il y a “Africa 50 “et le tout récent en Bretagne. Mais ce qui est intéressant dans ce travail, c’est aussi en dehors des films, ce que tu viens de dire, les récits, parce qu’il y a un livre à chaque fois qui raconte ces histoires rocambolesques. Il faut rappeler que René, quand il fait Africa50, il a 21 ans, ça fait 20 ans. Donc c’est quand même incroyable d’imaginer quand même 21 ans. Il se retrouve à faire le premier film anticolonialiste français. Enfin, c’est comme ça qu’on l’a défini. Mais c’est la vérité parce qu’il n’y a pas eu d’autres films, il n’y a pas d’autres films comme ça qui sont critiques sur la chose. Il y a le chat.
Le chat M. D’Arbois. Bonjour. Alors donc, si c’est citadellejeteconstruirai. C’est son pseudonyme qui te demande si René Vautier avait un digne héritier aujourd’hui, qui serait celui- ci et quelqu’un d’autre. Lors de la projection tout à l’heure de l’entretien ajoutait Waouh ! Il ne mâche pas ses mots et c’est tant mieux pour l’histoire, c’est tant mieux pour la réalité. Donc Jean Jean. Ça m’inspire une question est ce que tu penses que ce que ton père pouvait dire pouvait écrire, pouvait filmer, pouvait déclarer dans les entretiens cette espèce de franc parler ? Tu penses que. Ou est-ce qu’aujourd’hui ce n’est plus possible ? Donc qui serait son héritier ? Et qui est-ce que le franc parlé date d’une période révolue ou pas ?
Alors le franc parler en fait. On peut tous le faire. C’est pas super compliqué. Voilà. Après, je pense que l’auto censure a largement été censurée par une par une institution qui disait ça. On peut dire ça. On ne peut pas dire que quelque part on savait où était l’ennemi. C'était clair. Je pense que maintenant.
Est ce que la censure permettait peut être plus de franchise que l’auto censure ?
Ben ça dépend où tu veux, ça dépend si tu veux travailler ou pas, ça dépend dans quel cas, dans quel camp entre guillemets. Enfin, pour l’UE, ça a été compliqué.
Il a fait de la prison.
Oui il a fait de la prison, il a été blacklisté même en fait. La fin du PCB, ça correspond avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir avec 81 ou ils se sont dit c’est bon, on n’est plus obligé en fait de faire ce qu’on fait, on n’est plus obligé de lutter comme ça. Et en fait ça a été, il y a, ça a été à partir de là pour lui, pas tout de suite, tout de suite, mais à partir de 84 85, il y a eu une espèce de traversée du désert. Il est reparti tourner en Algérie parce qu’en fait, en France.
C'était pas un peu trop loin ? Parce d’Afrique 50 à 85. Il y a aussi la guerre d’Algérie qui fait que c’est quand même là le logiciel de pensée de toute cette génération. C’est quand même la deuxième guerre mondiale, tu l’as bien souligné, en rappelant qu’il ne peut pas supporter l’idée qu’en ayant combattu contre les fascistes. C’est un communiste antifasciste, c’est l’ADN du communisme, c’est l’antifascisme. Et donc en fait, quand il fait ça, il fait ce travail là. Il pense qu’effectivement il y a ce décret Laval qu’il trouve insupportable et en même temps à l’attitude coloniale de la France qui, à cette époque terrible d’après guerre, est quand même digne des régimes les plus, les plus totalitaires. Donc évidemment, en tant qu’individu, il s’oppose. Mais il va devoir quand même, petit à petit, prendre des positions qui sont de plus en plus insoutenables pour un Français, puisqu’il va passer du côté du maquis algérien à peu près deux ans ou trois ans après le début de la guerre d’Algérie.
Et pardonnez moi, mais il y avait une autre question qui était : est -ce qu’il a un digne héritier aujourd’hui ? Et voilà, je voyais bien qu’il ne voulait pas y répondre.
Non, en fait. En fait, la question que je me pose vraiment, c’est Je suis pas sûr que le digne héritier soit un documentariste en fait. Parce que c’est ce que je disais dans le fait que c'était la quatrième génération de réalisateurs qui étaient formés dans une école publique. En fait, il y a quelque chose du caractère innovant de l’outil et de comment cet outil, on le voit comme révolutionnaire. Et en fait, je je je je me questionne beaucoup. C’est très personnel ce que je dis. Je me questionne beaucoup sur elle, sur les images maintenant et sur le fait que peut être on a trop d’images et peut être que c’est plus ça qui est révolutionnaire en fait que maintenant l’image, elle perd un peu de ce côté révolutionnaire.
Parce qu’il faut rappeler que tu es productrice.
Oui, c’est ça.
Oui, donc non, mais c’est génial !
Est ce que ce ne serait pas drôle sinon ? Mais c’est un vrai questionnement que j’ai sur voilà, sur mon métier aussi. Et des fois je me dis qu’en fait, peut être que voilà, c’est plus ça quoi. C’est un autre médium, c’est autre chose. C’est aussi pour ça que je crois qu’on fait et qu’on fait les cons. On préserve, on fait des DVD pour que les films continuent à exister. Parce que je pense qu’il n’y a rien de pire que ces films qu’on a essayé de faire disparaître à l'époque, qui étaient censurés et qui n’existeraient plus. En fait, ce serait une victoire quelque part de la censure. Et ça, on se bat contre. Mais moi, là où je mets le plus d'énergie aussi, c’est à transmettre les histoires autour des films en fait, c’est à transmettre. Voilà les archives, les autres archives. Et. Et pour moi, c’est hyper important et je pense que s’approprier ce support physique, il y a aussi quelque chose. Je ne sais pas, je n’ai pas de réponse parce que désolée.
Je t’en prie. Après, je laisse Stéphane Bern reconduire l’entretien. Bien, je vois que tu préfères. Parce que le CSA te suggère par exemple la fiction, Ken Loach
Oui, bien sûr.
Comme héritier, bien.
Mais bon, c’est presque la même génération. Quand je pensais à Héritier, j'étais. J'étais parti sur une génération un peu plus jeune que Ken Loach. Je pense qu’ils ont peut être quoi, Dix ans ? Peut être un peu. Je ne sais pas quel âge.
Mais c’est clair que c’est la génération qui a fait tout ça.
Mais en regardant, il y a toujours ce perturbant aussi, c’est de se dire qu’on va aller chercher des réalisateurs qui ne sont pas français. Enfin ça il y a aussi, c’est parce que Ken Loach Bon, alors que nous, c’est un mauvais exemple. Il y a plein de réalisateurs aussi qui dans leur pays ne sont pas forcément reconnus à leur juste valeur et que nous, en tant que Français, on va trouver hyper, hyper intéressant, hyper révolutionnaire. Donc ça aussi ça questionne quelque part notre résistance.
Je ne sais pas si vous avez des remarques, des questions.
Pour lever la main.
C’est très singulier quand même. Le dire, c’est un personnage très singulier et pas par sa génération, mais par son parcours précoce aussi, et par son avant garde dans la façon de voir avant tout le monde. Les thèmes qui vont être précurseurs parce que l’anticolonialisme à son époque, ce n’est pas l’air du temps. Non. L’indépendance de l’Algérie comprend tout de suite que ça va arriver. Et ce n’est pas l’air du temps. L'écologie plus tard, avec des films comme Marée noire, Colère rouge, il est quand même un des premiers à le faire. Le féminisme, ce n’est pas le premier, évidemment. Mais je veux dire, quand on voit que d’entrée, il a considéré ces questions là comme étant fondatrices, je veux dire, on peut dire que quand même, c’est un personnage quand même.
Oui, et ce que je veux dire, c’est que le féminisme, il n’est pas pris par le biais des féministes. En fait, c’est là où c’est, là où le regard est complètement décalé, c’est qu’en fait c’est aussi une histoire de qu’est ce qui est sujet de cinéma. Et lui va ramener au cinéma des sujets qui ne sont pas des sujets de cinéma quelque part, qui ne mériteraient pas d’avoir ce traitement là. Ces femmes-là, elles n’ont aucune raison d’apparaître sur un grand écran, elles n’ont aucune raison d'être là ce soir. En fait, aucune raison. Elles n’existent pas dans la société, elles n’existent pas dans l’espace public. Elles sont rien et lui va se dire si cette personne là, elle mérite. Et en fait, c’est énorme le pouvoir de l’image. Et c’est pour ça que je dis que je ne sais pas si on est toujours dans cette dynamique là, mais à l'époque, le pouvoir de l’image de mettre ces femmes là au centre en l’occurrence de cohérence. C’est-à -dire que tout à coup, elles sont devenues des stars dans leur bled, elles ont raconté leur vie, leur sexualité, leur intimité. C'était hyper français, c'était hyper fort. Mais enfin, je veux dire en termes d’investissement de leur part, d’arriver à déballer ça et de savoir que tout le monde allait le savoir. C’est pas juste. On raconte ça entre copines un soir, après avoir passé, après avoir picolé entre copines, C’est là tout d’un coup, le curé révolutionnaire. Il va le savoir, la boulangère, elle va le savoir. Tout le monde va savoir que Marylène, elle sait, elle a eu un curetage que. Enfin voilà tout.
Et en même temps, toutes ces questions qu’on vient d'évoquer sont toujours attachées à quand même à une notion de lutte de classe, comme quand même le rappeler. Parce que des fois on l’oublie que ce qui est le fil conducteur de ces luttes, ce sont quand même des rapports de classe aussi. Ce ne sont pas, ils distinguent quand même. Bon, je ne veux pas te piquer ce qu’il y a eu, mais moi j’ai envie de continuer le fil quand même. Excuse moi parce qu’après moi je suis attaché en tant que Tchernia de l’alternatif à la chronologie.
Donc j’envoie un autre.
On peut y aller, on peut envoyer le premier.
Alors c’est lequel ?
C’est pas parce que c’est mélangé à plein sur le premier coffret, c’est le teaser un ou je sais plus quoi anticolonialiste parce qu’on voit quelques extraits de films.
a alors très bien regardé.
Ah non mais là tu l’avais téléchargé.
Là il me propose de le télécharger, ce n’est pas l’idée 44 secondes.
Si tu veux, c’est pas celui-là.C'était plutôt sur le premier coffret que c’est intéressant de le voir maintenant.
Alors attends.
Voilà, ça je pense que c’est plus vendeur de parler là.
Veux-tu éteindre les lumières,mon cher Olivier ?
J’ai été amené quand j'étais très jeune à participer à des combats entre armées allemandes et je ne voulais plus utiliser des arguments de ce genre. Et les copains m’ont dit tu feras pour nous, tu feras des films, du cinéma sur des choses qui. Ne vont pas bien. Pour montrer qu’il faut que ça change. Ici, une enfant de sept mois a été tuée. Une balle française lui a fait sauter le crâne. Ici, du sang sur le mur. Une femme enceinte est venue mourir de balle française dans le ventre. Sur cette terre d’Afrique, quatre cadavres. Trois hommes. Une femme assassinée en notre nom à nous, gens de France. Bon, on va pas y aller par quatre chemins quand même qu’on y aille même pas du tout. Je vous connais, vous êtes déjà plein. Manifestation contre la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, après un an de notre indépendance, il nous faut faire comprendre le mouvement d’un peuple, un peuple vivant, un peuple debout. Mais il faut que chacun ait pour devise Je dis ce que je vois, ce que je sais. Ce qui est vrai. Pour moi c’est prises de vue et d'être probablement le seul cinéaste à avoir un morceau de caméra dans la tête.
Alors voilà, je vais peut-être enfin réussir à te faire parler de la guerre d’Algérie. En fait, René passe du côté algérien, ce qui est quand même assez peu courant. Alors il prend sa carte du Parti communiste, il la rampa et la dépose dans ce passage.
Il sort de l’IDHEC en 49 et tourne en Afrique 50 ans en 1950 51 et en 54, il commence avec des anciens camarades de l’IDHEC à travailler sur un film qui est un film tourné, entièrement tourné à la Bibliothèque nationale et qui raconte l’histoire de la colonisation de 1830 à partir de récits de généraux. C’est des gravures qui sont utilisées et les récits des généraux. Absolument. Le film n’existe plus, mais les récits sont bien explicites, on va dire. Et donc, au moment où éclate la Révolution, le début de la révolution algérienne, donc le 1ᵉʳ novembre 54, il est en train de tourner. Voilà, ils finissent leur film et le film La dernière phrase de commentaire, c’est quelque chose comme Il est évident que le film, c’est le sens de l’histoire veut que l’Algérie devienne indépendante. Il serait temps d’en parler avant que trop de sang ne coule de part et d’autre de la Méditerranée. Et pour cette phrase là, le film est interdit et lui, il est inculpé d’atteinte à la sûreté intérieure de l'État, à partir de là, en fait, il va dire bah en fait, puisqu’on me refuse le droit de dire ce que je pense sur ce sujet là, je vais aller voir ce qui se passe puisqu’on me refuse. Puisqu’en gros, on pouvait pas dire à l'époque que trois départements français allaient devenir indépendants. Imaginez qu’on dise ça maintenant, ce serait fou. Donc il décide de partir là-bas avec sa carte de visite qui représente un petit peu Afrique 50 quand même, qui est le premier film anticolonialiste. Donc ils arrivent à prendre contact avec des gens en Tunisie et puis en Tunisie, il va prendre contact avec le FLN et le FLN va avoir d’un très bon dauphin, d’un très bon œil, va en tout cas voir d’un très bon œil l’arrivée d’un opérateur, pas forcément l’arrivée d’un opérateur français et communiste, mais en tout cas, l’idée de se dire qu’il allait pouvoir avoir des gens qui allaient faire des images pour eux, ça, ça les intéresse énormément pour en fait parler au monde de leur combat indépendantiste. Donc il y a un deal qui est passé entre le FLN erroné pour que d’abord il le teste un petit peu et tout ça pour être sûr. Là, il n’a pas le droit de faire de prosélytisme communiste, il n’a pas le droit de il doit toujours. C’est eux qui achètent les bobines pour qu’ils sachent combien de bobines sont envoyées, combien de Bobigny films pour être sûr qu’il filme, Pas pour. Voilà pour eux, pour la France en fait quoi ? Et. Et il va rester, il va rester. Donc fin 57 et jusqu'à jusqu’en février 58 dans le maquis en Algérie. Et il faut savoir que ces images là que vous avez vues, en fait les deux sur les deux extraits, c’est des images qui ont été tournées, c'étaient des images documentaires qui ont été tournées en Algérie et c’est quasiment les seules images qui existent de la guerre d’Algérie.
D’ailleurs, on les voit toujours dans tous les documentaires sur la guerre d’Algérie. Ils sont sans arrêt.
Tous les documentaires, on les voit et surtout l’Algérie, c’est les seules images qu’elle a de son combat d’indépendance. Donc pour eux, c’est des images qui sont hyper importantes et erronées, étaient hyper connues en Algérie. Il y a vraiment pour.
Ces images, C’est ce qu’il raconte brièvement dans la bande annonce, il prend une balle qui éclate sa caméra. Une balle française ?
Oui, parce qu'évidemment il y a consigne. Donc on sait pour la pour l’histoire un peu personnelle et familiale quand même, je suis aussi la fille d’eux. Donc à cette époque là, il a deux, il a deux enfants et une femme accessoirement aussi, et il a deux garçons qui ont deux ans et quatre ans quand il part. Et il faut savoir qu’il reviendra en France plusieurs années plus tard et que donc elle, elle vit avec en Bretagne avec ses enfants et elle vit et son mari est considéré en France comme un traître. Il est parti rejoindre l’autre côté et en plus il est parti avec une caméra donc c’est vraiment double peine. Donc effectivement, il y a une consigne de deux de tirer dans la caméra et dans le caméraman si possible pour éliminer toutes les preuves. Donc on lui tire dessus. Il trouve que c’est l'œilleton de la caméra qui prend et en fait l'œilleton explosé et il y a un bout de la caméra qui lui rentre dans la tête. Et puis quand ils vont, il ne peut pas être soigné tout de suite et au moment où ils essaieront de le soigner, En fait, il y a eu une calcification qui s’est faite autour du morceau de caméra. Ils ne peuvent pas le ressortir effectivement. C’est pour ça qu’il dit que c’est un des seuls cinéastes à avoir un morceau de caméra dans la tête. Et donc il tourne en fait jusqu’en 58, jusqu’au bombardement de Sidi Youssef qui est donc un village tunisien qui a été bombardé par l’armée française qui est à la frontière. Et là c’est un des premiers opérateurs à arriver sur place. C’est un massacre. Il y a une école qui a été bombardée. Il y tourne des images qui pour lui sont vraiment le signe que c’est fini. Il faut qu’il arrête de tourner et il faut que le film sorte. Quoi, vraiment ? C’est une urgence qu'à partir de ce moment-là, il va partir dans le seul endroit où ils vont chercher des endroits où aller faire développer la pellicule. Évidemment, il ne peut plus voyager avec son passeport français, il est recherché. Donc ils vont aller en R.D.A. Où il n’y a pas de représentation diplomatique française. Et donc il peut y aller, il peut aller là-bas. Et quand il est, quand il a fait son pacte entre guillemets avec le film, il l’a fait avec une personne qui s’appelle Abane Ramdane, qui est responsable de la propagande du gouvernement algérien, du ministère de l’information, du gouvernement algérien et enfin du GPRA du futur gouvernement algérien et. Et le deal c’est qu’en gros l’Algérie et une copie du film que René reste responsable de la copie française et du commentaire français mais que la copie algérienne par la copie arabe, le commentaire soit un commentaire visé par le par l’Algérie et donc au moment où ils sont au laboratoire en Allemagne, le montage est fini. René a préparé le commentaire français. Il essaie de contacter Abane Ramdane. Pas de nouvelles, pas de nouvelles, pas de nouvelles. Il y a des émissaires. Il y a des mecs. Il y a des Algériens qui sont là pour vérifier que le montage se passe bien. Enfin, toujours la suspicion autour des images. Les gars n’ont pas non plus de nouvelles d’avant. Donc René décide de partir avec sa copine Véro sous le bras en disant tant pis, il y a une gang, il y a une réunion du GPRA en Égypte, je vais essayer d’aller là bas les choper. Donc il arrive là bas avec sa copine sous le bras et pas d’avant. Ramdane Ils demandent à tout le monde. Voilà, il faut imaginer un peu là aussi la scène un peu rocambolesque. Le Français qui arrive avec son film sous le bras, qui demande à parler à un mec. Tout le monde se regarde un peu en coin comme ça Mais non mais t’es qui là ? Il finit par leur expliquer la situation. Demandez à leur diffuser le film. Il diffuse le film. Les mecs sont hyper contents du film, trouvent ça hyper émouvant. Il y a juste un gars qui demande à ce qu’on coupe une séquence qui est une séquence d’ailleurs qu’on voit là, je crois, où en fait c’est l’appel aux morts et on voit les moudjahidines qui pleurent et une séquence qui est hyper émouvante parce que voilà, c’est des combats. Ben oui, c’est la guerre, il y a des morts et voilà. Même si on se bat pour la liberté, on est quand même triste quand les copains passent. Et il y a un des gars qui demande à ce qu’on coupe cette séquence-là parce qu’un moudjahidine, ça ne pleure pas. Finalement, René aura gain de cause, la séquence restera. Et sauf qu’il n' y a toujours pas Abane Ramdane, mais c’est toujours bref. Toujours est-il qu’on lui dit écoute, ce qu’on va faire, c’est que comme tu ne peux pas repartir, en fait on va t' on on va t’emmener en Tunisie et de Tunisie, tu pourras rester, on s’occupera de tirer les copies, tout ça. On va dire que t’as un prisonnier, On va te mettre à la malle dans la malle, dans le coffre de la voiture et puis voilà, on va on va t’emmener en Tunisie. C’est vraiment le moyen le plus simple de te faire sortir sans tes papiers, en fait, y passera deux ans en prison dans une prison algérienne. Parce qu' entre temps, il y avait eu un vrai forcing des services d’intoxication de l’armée française et que voilà, les Algériens se sont fait avoir entre guillemets, donc ils ont récupéré le film. Entretemps, évidemment, la bande ramdam s'était fait tuer. Guerre intestine au sein de la révolution algérienne. Donc ils ont planqué René pendant deux ans, ils l’ont mis dans une cellule à l’isolement. Et puis le film, en revanche, il a tourné partout, donc il a été tiré dans plus de 60 langues différentes. Il a été diffusé à l’ONU, il a été diffusé absolument partout. Et pour les Algériens, c’est le premier film algérien réalisé par un Français communiste. Un peu plus.
Il y avait des questions dans la salle peut-être ou dans le tchat.
Oui alors je suis un peu inquiet c’est le monsieur.
L'étalonnage ne va pas.
Et tout à l’heure on a parlé de caméra dans la tête. J’ai l’impression que ce monsieur. Il s’intéresse aux visages on va continuer à se marrer. En fait, je tique un peu sur ces missels d’images de l’Algérie machin et tout. Il y a un docu qui est sorti y' a pas longtemps sur le caméraman de Tito.
C’est la chaîne touche Rallye.
Et y raconte qu’il a fait une chiée d’images pour eux alors je suppose qu’il a dû en faire une. Il le dit plutôt. Moi j'étais juste l’opérateur, Il avait peut être pas comme René l’idée de dire moi je veux dire ce que je veux. Il s’est mis au service deux sans trop réfléchir, mais il y a une chiée d’images qui ont dû être faites.
'il n’y a pas une chiée d’images. Donc non, il y en a quatre, il y en a quatre. Et effectivement, il n’y a pas eu que René, mais les images en fait, c’est surtout les images qui sont hyper hyper importantes pour eux, c’est les images du train qui explose et qu’en fait ils sont en interne, ils restent en interne avec le même, avec la même unité. Donc c’est vraiment des images de l’intérieur. Mais il y a eu plein de journalistes on va dire, mais pas qu’il n’y avait pas forcément un regard de cinéaste. Il y a eu des journalistes étrangers qui sont venus, il y a eu aussi des journalistes algériens qui ont été formés, Djamel, Chanderli et tout ça. Mais c'était vraiment sur des sujets, des micro sujets. Et puis surtout, il y a eu Pierre Clément aussi. Voilà qui a aussi fait des films. Mais ce que je veux dire, c’est que quand je dis c’est les seules images. En tout cas, le film c’est le premier film, c’est les images du premier film.
Et vous faites bien de rappeler ce film que vous pouvez voir sur ciné mutins. Ils sont d’une cinéaste qu’on adore, qui est une amie qui s’appelle Milla,, qui a fait qui est serbe et qui a fait des films extraordinaires sur les archives, notamment cinéma communisisto ou L’envers d’une histoire qui est un film magnifique, et les deux derniers qui sont sortis au cinéma il y a peu de temps. Et effectivement, ces images étaient quand même pas connues jusqu'à ce que Milla aille les retrouver sur les étagères en Yougoslavie. Mais pour revenir et pour terminer, l’histoire algérienne, peut être René en faisant ses films, va être le fondateur du système algérien. Mais au-delà quand même de ces films. Parce que quand la libération arrive enfin, l’indépendance est acquise en 62, René va être un peu plus actif que ça dans la création du cinéma algérien.
Oui, alors il va passer deux ans en prison. Donc en France, on pense qu’il est mort. Certains espèrent qu’il est mort, d’autres le craignent, mais en tout cas, il n' a pas de nouvelles de lui pendant deux ans et il va finir par être libéré avec une présentation en grande pompe de ce film en Tunisie puisque entre-temps il a été viré. Donc l’Algérie n’est pas encore tout à fait indépendante, donc il vit, il vit en Tunisie au sortir de la prison mais il peut plus rentrer en France. Il a été déchu de sa nationalité française. Donc à ce moment-là il y a une idée de créer un centre audiovisuel d’Alger en fait, pour former des cinéastes, voilà des cinéastes algériens. Et donc il va lancer le centre audiovisuel d’Alger avec, au moment ou au moment de cette fameuse année, là où on vous dise la première année, c’est long de peux commencer, formuler, mais voilà, ils vont former cette toute cette génération de cinéastes qui vont. Faire le centre audiovisuel d’Alger et prendre en main cet outil révolutionnaire qu’est le cinéma.
Alors, à propos de génération, il y a une question. Qui est posée Est ce que René Vautier, ton père, a travaillé en partenariat avec Jean Rouch ?
Ah.
Alors merde
Bonne question. Très bonne question.
Pourquoi c’est la merde ?
Pas du tout. Pas du tout. Alors en fait, quand René a tourné en Afrique et qu’on lui a sorti son décret Pierre Laval, il a été inculpé pour ce film pour Afrique 50. On revient en arrière. Olivier, C’est quoi ça ? Donc il a été inculpé pour “ Afrique 50” treize chefs d’inculpation. Il a été condamné à un an de prison. Et quand on a dit à Jean Rouch Ouais, il y a un mec, un jeune qui a des problèmes, il tourne en Afrique et tout. Jean Rouch Le fait n’a jamais eu de problème. Comment ça, un décret ? Pierre Laval ? Donc la petite histoire entre les deux est qu’il y avait une caméra qui filmait ce qu’on voulait bien qu’il filme et une caméra qui filmait ce qui ne devait pas être film. Donc il y a eu des petits moments de tension, je pense aussi. Parce que moi je ne sais pas, ces mots- là avec Jean Rouch, aux dernières nouvelles, ils s'étaient réconciliés. Mais effectivement, c’est exactement la même période.
Mais ça montre bien. C’est pas une question de personne, c’est une question quand même de regard, de regard de cinéaste ou d’ethnologue sur ce qui a été la colonisation et que Jean Rouch voyait peut être pas comme la colonisation, mais comme un travail qui était tout à fait honorable, mais qui n'était pas, qui était moins gênant qu’un travail qui était considéré comme anticolonialiste.
En tout cas, bonne question Ranik te remercie. Merci. Je ne connaissais pas cette partie de l’histoire et je vois qu’il y a des chiens et des chiennes qui quittent la salle en colère, énervés, en colère, qui ne supportent pas qu’on attaque comme ça. Jean Rouch Cinéma direct. Mais qu’est ce que c’est que cette histoire ? Je suis navré, c’est comme ça messieurs dames, c’est comme ça. Bonne soirée à vous. Alors attention. alors lui je le connais lui. Attends, on attend. Vous entendre ? Laurent Je le connais. Attention, Attention ! C’est un archiviste hors pair. Attention.
c’est une question d’archives. On voit. Je pense que c’est René Vautier qui marche à dans une mer de pellicule. C’est au Conquet.
C’est ça, oui.
C’est la forteresse sur la presqu'île du Conquet.
Ouais, c’est ça.
Non, c’est pas très bien rangé.
Oui, c’est bien rangé. C'était assez simple de retrouver les choses.
Vous faites référence à l'émission qu’il y a donc dont tu as parlé ?
Non, mais je ne pense pas que Laurent l’ai vu. En fait, il faut raconter l’histoire de ses archives. Nous sommes après le film sur Le Pen. Enfin, on est pendant le procès.
La chronologie, ce n’est pas grave C’est pas grave du moment que vous comprenez de quoi je parle devant. Ah non mais en fait on est encore dans la guerre d’Algérie.
Oui mais attends, un prolongement là.
Par une question, on a pas de.
Questions. Oui mais là c’est important d’expliquer parce qu’on n’a pas raconté quelles sont ces images.
Ces images, ce sont les images
Oui, alors. C’est un constat au début, mais la question c’est comment est ce que c’est arrivé là ? Est ce que c’est un bâtiment militaire ? En plus, c’est une redoute du XIXᵉ siècle.C’est un bâtiment militaire et les films ont été stockés dans un bâtiment militaire.
Ce qui vous intéresse vous c’est comment ? C’est marrant comme question,
C’est un bâtiment qui appartient au conservatoire du littoral ? Et les clefs avaient été données parce qu'à l'époque, il n’y avait pas de cinémathèque en Bretagne, que les films militants étaient considérés comme pas du cinéma pour la Cinémathèque française donc, en gros, René, mais pas que lui. Les réalisateurs de cinéma militant gardaient généralement les bobines avec eux et ça commençait à faire. Un certain nombre de bobines ont déménagé régulièrement en plus, donc on en avait mis un peu dans les caves, un peu partout chez les potes. Et donc y a un moment où le Conservatoire du littoral a proposé qu’on stocke, que René stocke toutes les bobines dans le fort, ce qui était une super opportunité. Jusqu’au jour où.
Ah parce que toi tu m’aurais dit oui mais Laurent va partir. Alors il faut en deux mots quand même expliquer en deux mots.
On est encore dans la guerre d’Algérie.
En deux mots.
En deux mots. En deux mots. Et après vous reviendrez en détail. En fait, dis moi si je ne me trompe pas. Nous sommes au moment où Jean-Marie Le Pen fait un procès au Canard Enchaîné et à Libération, parce que les deux ont ressorti des éléments, des témoignages sur Le Pen tortionnaire. Et ces témoignages sont notamment issus du film de René Vautier à propos de l’autre détail et au moment où il y a ce procès, René Vautier découvre ses archives ces pellicule totalement saccagées, renversées, mal rangées comme tu disais tout à l’heure, et ça se passe en Bretagne, c’est ça ?
C’est rapidement dit, Mais oui, c’est ça.
Nous sommes en 85/85.
En fait, en fait, au moment du procès, les témoins doivent venir et certains n’ont pas leur visa pour venir en France. Et donc on demande au tribunal de diffuser le témoignage. Et en fait, le tribunal fait deux reports d’audience parce qu’ils n’arrivent pas à statuer sur est ce que oui ou non on va laisser Vautier diffuser ces images ou pas ? Finalement, il accepte. Et entre la demande et le jour de la diffusion, il se passe deux mois. Et pendant ces deux mois là, le fort va être va être fracturé avec l’idée de bousiller les témoignages. Ils ont bousillé plein d’autres choses, mais pas les témoignages.
Oui, c’est ça le paradoxe, c’est qu’en fait les témoignages n’y figuraient pas. On ne sait pas qui a fait ça.
On ne sait pas qui a fait ça. Ça coïncidait comme les gendarmes du Conquet pensent que c’est des jeunes. Bon, il faut savoir que souvent. Ce. Sont souvent des jeunes. Il faut savoir qu’il y avait aussi une table de montage Atlas seize mm qui était au premier étage, qui a été balancée du premier étage, je ne sais pas. Une table de montage Atlas, ça pèse quoi ? Une tonne 800 kilos ? Je ne sais pas, c’est lourd quand même. 300 kilos, j’aurais dit 300 kilos. Enfin bref, il y avait une forte présomption que c'était quand même des gros bras en tout cas. Et surtout, ça correspondait à une période où nous recevions des menaces à la maison. Voilà, on sait où tu habites, on sait où ta fille va à l'école, on sait que ta femme a une Lada rouge et que t’es jamais là. Voilà. Donc il y avait un petit faisceau d’indices qui nous laissent penser que c'était peut être des nostalgiques de l' OAS.
, une des amies de Monsieur. Je vais redonner la main à Olivier pour la chronologie, mais il y a quand même une question, même si elle est cornélienne puisque ainsi qu’elle est posée, quel serait le film de tes parents qui vous tient le plus à cœur ? Même si le choix est probablement cornélien ?
Bah oui et non. Parce qu’en fait il y en a pas beaucoup qu’ils ont fait ensemble. Donc celui-là.
Quand les femmes étaient en colère.
Quand les femmes ont pris la colère après ma mère, celui-là, ils l’ont vraiment, ils l’ont coréalisé. Après, elle a monté des films avec lui. Après, à bosser face à celui là et juger, c’est difficile de choisir. Mais c’est vrai que celui-là, je l’affectionne particulièrement parce que c’est un film que j’arrive encore, que je diffuse et qui qui parle enfin, il parle tous malheureusement encore beaucoup, mais qui parle je trouve. Bien au-delà de la société d’il y a 50 ans, de ce qu’on a fait comme de comment elle a évolué, sur quels points elle n’a pas évolué. De la représentation des femmes, de la représentation des ouvriers dans le cinéma, elle raconte tout.
Alors effectivement, René Vautier, comme tu le dis encore, c’est quelqu’un qui est précurseur parce que finalement ses films y restent et parce que c’est du cinéma aussi. C’est la force du cinéma, les films qui restent et on peut les revoir aujourd’hui avec cette force qui résonne dans notre actualité. Parce que c’est l’histoire profonde du pays, parce qu’il est entré vraiment dans les sujets profonds. Effectivement, l’Algérie, l’Algérie, ça reste quand même quelque chose de très présent en France. On sent peut être pas tout le monde se rendre compte de cette histoire, mais c’est quand même très très important. Alors, quand René fonde le cinéma algérien, il faut dire qu’Alger ne ressemble pas à ce qu’est Alger aujourd’hui. Mais c’est que ça devient une espèce de pré 62 dans les premières années, ça devient une espèce de plate forme où tout le monde dit il y a des Black Panthers, il y a, on va voir par exemple des gens comme Malcom X, des gens qui vont venir à Alger, il y a le festival. Après il y aura le Festival panafricain en 67 C’est quand même un centre d’activité énorme. Et de là René et les cinéastes algériens qu’il forme aussi. Des jeunes cinéastes algériens vont faire de la production pour la TV algérienne. Ils vont faire des cinépop et divers, des cinémas qui vont diffuser dans les dans les campagnes. Ils vont aussi faire des films en Afrique du Sud comme le glas. Tu peux, tu peux juste faire une petit capsule.
En fait, à Alger, c’est 2 à 2 un à Le rendez vous des révolutionnaires en quelque sorte. C’est-à -dire que les Algériens ont réussi à chasser le colon. Et les Africains du Sud vont venir à Alger pour apprendre les techniques. En fait, il y a une émulsion politique et une émulsion culturelle qui est énorme à Alger dans ces années-là. Et voilà, René participe à ça avec toujours une volonté de faire, de transmettre la technique. Je pense qu’il ne s’est jamais vraiment considéré comme un très bon technicien, mais bon, il avait quand même fait une école de cinéma qui pouvait apprendre et en tout cas donner envie de dire et donner envie de témoigner et sur le film sur le glas. C’est un film qui n’est pas tourné en Afrique du Sud, qu’il tourne en Rhodésie.
En fait à Frontline C est un film sur l’Afrique du Sud.
Et bien en fait il y participe à plein de films, il y en a même certainement plein auxquels il a participé et que je n’ai pas forcément encore tout à fait identifié. Et voilà, il y a une vraie émulsion dans ces années-là. Mais quand même, lui, il aimerait bien rentrer en France aussi.
Alors c’est ça, c’est ce qui va se passer. Il finit par rentrer en France. On est dans quelle année ?
1965/66 ?
Voilà donc là la fin de la période algérienne qui est quand même énorme dans sa vie. Et là, peut être, on peut regarder le teaser qu’a préparé l’ami David qui concerne la deuxième période de René Vautier qui fait l’objet du deuxième coffret Bretagne Rouge Bretagne puisqu’il faut rappeler que donc il est breton.
Il est rouge, voilà, c’est ça.
Et donc Rouge Bretagne, c'était donc là, il commence à faire des films de façon autonome, mais en Bretagne, on regarde. Mais bon, c'était une façon de faire transition. Mais la fabrication de ces films en Bretagne, c’est très lié à ce qu’ils ont fondé qui est la coopérative. UPCB tu peux rappeler ce que c’est unité de production Cinéma Bretagne, c’est ça ?
C’est ça en fait, quand René rentre en France, lui, sa grande question c’est de se dire mais comment ? Comment ? Comment est ce qu’on a fait pour envoyer, pour avoir 1 h 01 armée, d’appeler et de rappeler qu’on fait ce qu’ils ont fait en Algérie ? En fait, comment est ce que mes copains qui ont mon âge quasiment y sont ? Voilà, ils ont participé à ça. Et. Et le mécanisme l’intéresse beaucoup. Et donc il se dit qu’il veut faire un film sur la guerre d’Algérie et donner la parole aux appelés et aux rappelés. Et il se rend très vite compte en France que c’est absolument impossible de parler de ce sujet là et encore moins de faire un film là dessus et qui ne trouvera jamais aucun producteur pour partir là dessus. Il y en a un qui aurait pu dire Oui, c’est Jacques Perrin, mais il produisait déjà un documentaire à l'époque sur Sur la guerre d’Algérie. Donc bon, évidemment, il ne pouvait pas en faire deux. Mais Perrin va quand même les aider à faire les premiers films, les courts métrages qui vont tourner sur l’immigration. Mais il y a toujours ce scénario qui est dans un coin de sa tête, qui s’appelle à l'époque et le mot frère et le mot camarade et qui va devenir à avoir 20 ans dans les Aurès. Et donc il dépose, il décide finalement de monter leur structure de production. Donc il faut à l'époque, il faut s’inscrire au CNC, il faut un capital. Donc il va vendre un scénario à un réalisateur argentin. Le réalisateur argentin va lui acheter le scénario qui va lui permettre de mettre les fonds dans la société et ils vont monter leur coopérative qui va s’appeler donc l’unité de production Cinéma Bretagne et dont le premier film de long métrage produit va être “Avoir 20 ans dans les Aurès”. Donc il va super bien marcher entre guillemets puisque le film aura lieu à Cannes, aura le Grand Prix de la critique et il sera un petit peu un film de référence. Je dirais que même les gens qui n’ont pas vu le film connaissent le titre. Enfin pour certaines générations en tout cas.
Ça a été repris beaucoup avant. Mais au-delà de ce film qui fait Cannes, etc, il y a quand même toute une série de productions qui ne sont pas que des films de René. D’ailleurs, il y aura aussi Plogoff, Plogoff, c’est ça, issu quand même quelque part.
En fait, il y a une volonté d’aller s’installer en Bretagne et de refléter la réalité bretonne et de s’entourer de techniciens. Donc ils sont tous des camarades de lutte. Donc Bruno Muel, Antoine Bonfanti ne vont pas parler de lui, mais ça vaudrait le coup aussi de faire.
Un personnage.
Ingénieur du son fantastique, qui a travaillé avec Jean Rouch et René Vautier
Qui a fait des gros films et cætera, et qui était dans le cinéma et qui faisait partie de ces techniciens, qui a fait La Grande Vadrouille et tous ces trucs là
Il a fait tout et en même temps qui était un des premiers, un des pionniers du son direct à faire du cinéma direct avec. Enfin bref, avec la révolution qui a constitué le son direct et. Et donc il y a toute une bande qui se crée autour de René, et de Nicole et Félix Le Garrec qui vont être les fondateurs de l’unité de production Cinéma Bretagne, avec cette envie de casser l’hégémonie du cinéma parisien et de se dire Bah nous on veut vivre et travailler dans le territoire dans lequel on habite et qu’on aime. Et même si c’est le Finistère.
Ce qui est amusant, c’est que cette envie qui à l'époque était l'époque aussi et qui a un peu disparu avec le temps, est revenue plein pot depuis quelques temps, là, parce qu’on retrouve quand même, surtout après la période de pandémie, tout ça, des gens qui retournent dans les pays en exil, des territoires qui retournent chez eux ou dans les coins et se déterritorialiser. Personne ne sait le dire, ça. Bon, et il arrivent finalement, j’ai l’impression qu’il y a quand même un peu le même phénomène, même si ce n’est pas les mêmes, forcément la même motivation politique. Mais en tout cas, il y a quand même des phénomènes comme ça. C’est cette idée de regagner du terrain, de décentraliser quoi.
Oui oui, oui, effectivement. Après, je pense qu’il y en a une. En fait, ça a été un travail qui a été amorcé, je dirais, dans les années 70 et qui a appris à continuer. Il y a eu, il y a eu de plus en plus, même si ça allait pas vite, mais en fait de plus en plus de productions régionales qui arrivaient à faire des films en région, tout ça. Mais c'était vraiment principalement du documentaire quand même. Il y a il y a peu de grosses boîtes de fictions
Alors voilà, le cinéma, la diffusion, tout ça, ça ressemble à ce qui est un modèle qu’on a tout pompé avec différentes façons de faire, mais mais qui quand même, sur ce modèle de ciné débat, de films, de films qui vont être, qui va accompagner des débats partout, c’est l’origine. Ça, ça existe depuis les débuts du cinéma. Mais, René fait partie des gens qui ont énormément travaillé sur ça quand même, sur la façon de diffuser les films. Déjà parce. On ne va pas parler de ça. Mais tu peux peut être trop partir des cinépop en Algérie
Clairement lui sa conception du cinéma c'était ça. En fait, ce n’est pas juste, ce n’est pas on n’est pas passif face à un film. En fait, c’est un objet de débat et derrière il faut débattre, il faut débattre ou il faut bousculer ou il faut. En tout cas, il faut que voilà que, que ça, que ça change quelque chose, que ça bouge les gens. Et quand donc, au moment de l’indépendance de l’Algérie, en fait, ils ont récupéré les camions qui étaient les camions de l’armée française en fait, ce qu’ils ont fait, normalement, l’armée aurait dû repartir avec ses camions, mais en fait ils ont enlevé le delco, donc ils n’ont jamais pu démarrer les camions. Donc plutôt que d’avoir tous ces camions en panne,ils ont décidé de les laisser. Ils ont utilisé ces camions pour faire des camions de projection et donc ils sont partis parce que l’Algérie, c’est un pays immense. Et donc ils sont partis partout pour aller projeter des films triés sur le volet, sur voilà pour pour amener le cinéma aux gens puisque les gens clairement n’allaient pas, n’allaient pas en salles. Et avec toujours cette idée de débat derrière, de discussion et et c’est un peu ça qu’il a, qu’il a, que lui, il a continué toute sa vie. Alors après ça me fait toujours rire. Est ce qu’il n’avait pas son permis de conduire ? Donc bon, il n’y avait pas de camion, mais il se faisait camionneur, oui, il a fait toutes les salles.
Il y a un film qui raconte très bien ça. Il a édité aussi qui s’appelle Algérie tour des tours que Vous pouvez trouver un DVD chez les Mutins de Pangée, mais qui est un film formidable parce qu’on voit vraiment ce qu’est ce que c’est qu’un film à débat et parce qu’il est dans toute l’Algérie profonde. Mais très tardivement, il revient. Et c’est magnifique ce film, ce documentaire, parce qu’on voit vraiment les débats sont hyper vivants. Enfin voilà, c’est formidable.
Je dirais que c’est peut être pour revenir à la question de tout à l’heure, on a des fois ce débat là avec Olivier. C’est vrai que René, je ne sais pas ses mots et des fois même je retrouve des textes qu’on hésite un peu à éditer en se disant mais là quand même. Et c’est vrai qu’il y a qu’il y a quand même, il y a, on s’engueulait à l'époque, mais c’est pas pour ça qu’on se respectait pas, c’est pas pour ça qu’on continuait pas à discuter tout ça. Mais clairement on s’engueulait.
On en a parlé, on vous dit pas de quoi, mais on s’est vachement engueulé politiquement.
Ouais mais voilà, René, lui, il aurait dit tu sais de quoi tu m’as parlé tout à l’heure, il aurait pris tout le monde à partie.
On est tenté de lancer le débat.
Un petit placement de produit. Effectivement, nous nous sommes engueulés, mais nous nous sommes réconciliés autour de ce jeu-là. Alors puisque ici, c’est sûr, il y a Emmaüs et voilà. Donc je le mets comme ça. Voilà. Et Moïra a eu la gentillesse de m’offrir un geste incroyable, ce jeu des éditions Nathan.
Allô police.
Fred L’anguille s’est évadé. Il se terre dans la ville. Une poursuite pleine de suspense. Voilà. Allô, Police ! On va y jouer en tout cas. Mais attends, un petit point. Alors effectivement, on pouvait s’engueuler, etc. Mais quand je prends la parole comme ça, Il y a quand même deux écoles autour du cinéma. Il y a une école. Incarnée par la fiction, mais pas seulement, qui dit non, il n’y a pas de débat à avoir. Après un film, le film se suffit à lui-même et ensuite les spectateurs en font ce qu’ils veulent. Et une autre école qui est plutôt celle de René, si j’ai bien compris, qui est de dire non. Au contraire, le film n’est que le début du débat. Mais est ce que ça t’est arrivé de l’entendre, de discuter de cette question là ? Est ce qu’on doit faire quand on veut être méchant, le service après vente, quand on veut être positif, L'émulation, le débat ? Et est ce que lui, il était sûr de son coup par rapport à ça ?
Mais encore une fois, je pense que le cinéma, pour lui, c'était un moyen de débattre. En fait, on n'était pas autre chose que ça. Il ne faisait pas de films parce que. Parce qu’il y a toute une notion aussi de cinéma d’auteur par exemple, il dit clairement, il dit Nous, on n’est pas là pour faire, on n’est pas là pour refléter la parole d’un auteur. Nous, on fait des films collectifs. Et donc c'était récupérer cette part, même si c'était il disait ça et c’est quand même lui la figure, enfin surtout le collectif de lui, PCB, c'était lui le personnage qui ressortait le plus. Mais quand même, il y en avait. On a eu des gens qui nous ont conquis, qui sont venus vers nous sur un des opérateurs qui faisait partie du PCB, qui a bossé avec le PCB et donc effectivement qui disait qu’il avait des discussions politiques à n’en plus finir et que c'était aussi ces discussions politiques à n’en plus finir qui faisaient qu’il ne faisait pas des films de propagande. On n’est pas dans la propagande, on est dans essayé justement d’amener à une problématique sur la place publique qui est la salle de cinéma ou la médiathèque ou n’importe quel endroit. N’importe quel bar fera très bien l’affaire, mais uniquement dans le but de dialoguer.
C’est vraiment le mot d’ordre de renouer le dialogue en temps de guerre d’ailleurs. Dialogue entre les peuples. Et effectivement, c’est la formation du ciné pop. Et puis de la cinémathèque aussi, d’Alger après Paris qui va être un endroit vraiment de discussion permanente autour des films. Et c’est de ça dont il faut qu’on nous raconte ça, parce qu’on raconte d’où vient l’histoire des films avec des débats, parce qu’on ne sait pas. Maintenant, ça paraît totalement banal. C’est presque de la promotion pour un film de faire des débats. Je veux dire, c’est devenu, c’est devenu des actes de quasiment de de promotion, alors que c'était effectivement inhérent à toute cette frange là du cinéma de discuter, de ne pas avoir peur, de s’engueuler, ne pas avoir peur d'échanger sur des arguments opposés J’ai connu René quand on faisait les télés libres, alias TV. Comprenez, c'était le dialogue permanent, la discussion et surtout ne pas avoir peur de ne pas être d’accord, parfois de changer d’avis. Ce qui est diffusé dans nos sociétés. Parce que maintenant il y a internet, il y a machin, les gens de second degré sont compliqués. C’est assez compliqué aujourd’hui, mais en tout cas René c’est c’est un peu le fils de ça. C’est pas le seul, mais moi je trouve qu' il incarne quand même ce dialogue permanent toute sa vie, toute sa carrière et et une lutte contre la censure, c’est quand même les deux éléments quoi. Il y a d’autres questions où je peux enchaîner ?
Tu peux enchaîner.
Alors voilà, on va accélérer un petit peu. Il y a une autre histoire que je tiens absolument à ce qu’on raconte, que tu racontes avant qu’on en arrive au bout. C’est quand même que peu de gens savent que René Vautier est le personnage qui a fait tomber le visa de censure politique en France pour le cinéma. J’aimerais bien que les cinéastes le sachent déjà parce qu’ils ne savent pas dessiner. Ce sont des films aujourd’hui, ils ne savent pas que c’est grâce à René Vautier qu’il n’y a plus de visa, de censure politique. Il y a des visas. D’ailleurs, il y avait alors un camarade à la commission des visas, mais il est parti. Il y a des visas qui sont des visas de classification pour les âges aux moins de 18 ans, etc. Mais le visa de censure politique en France ne veut pas dire qu’il n’y a pas de censure. Mais le visa de politique de visas, de censure politique n’existe plus en France depuis 74.
Soixante treize.
C’est quoi un visa ? En termes de cinéma.
C’est une autorisation de diffusion du film dans les salles, C’est un numéro en fait techniquement. Mais ce numéro donne l’autorisation à l’exploitant, donc à la salle, de diffuser le film. Euh oui, quelque chose comme ça je crois.
Oui, c’est ça en tout cas, ça. Disons que ça vient de Vichy.
En tout cas, c’est un dossier très intéressant et tout à fait consultable aux Archives nationales. Le dossier de commission de censure avec de la commission de censure, avec les films qui ont posé problème, qui ont été refusés. Maintenant, ça paraît un peu aberrant, mais quand même, à l'époque et vraiment ça existait et ça s’appelait commission de censure.
Comme aucun des films de René quasiment à cette époque-là jusque-là, n’avait eu un visa. Non mais je veux dire Afrique du Nord.
Non mais les autres, tous ceux que j’ai restaurés, en fait, tout ceux que j’ai réussi à restaurer en ont eu un.
Visa Afrique 50 par exemple. C'était un film qui était diffusé clandestinement. Voilà, il faut, il faut quand même prendre conscience de ça. C’est-à -dire qu’il pouvait être saisi, il a été saisi, enfin détruit, etc. Donc il y avait quand même une censure physique, du cinéma y compris. Ce n'était pas qu’une censure à la télévision. Il y avait une censure physique des films au cinéma. Et donc en 73 ?
En fait, ce qui est ce qui s’est passé, c’est qu’avoir 20 ans dans les Aurès aurait dû être censuré. Sauf que comme le film avait été à Cannes et avait été primé à Cannes, c'était impossible de le censurer puisqu’ils étaient en sélection. Donc finalement, le festival s’est fait prendre. Enfin, la commission s’est fait prendre par cette. Par cette histoire là. Donc ils ont accordé bon an mal an le visa. Mais bon, ça restait quand même la censure politique qui existait et René a décidé qu’il allait avoir la peau de ce visa de censure là. Donc il a pris un film qui n'était pas un film à lui, qui était un film de Jacques pas Nigelle, qui s’appelle Octobre à Paris, sur le massacre des Algériens en octobre 61 à Paris, qui est un film qui n’avait évidemment même pas été demandé, le visa de censure tellement c'était sûr qu’il n’aurait pas de visa et donc était diffusé sous le manteau et donc René a signé la fin, a contacté Niger, lui a dit :écoute, ce qu’on va faire, c’est qu’on va dire que c’est le PCB qui a produit le film et puis on va aller demander un visa de censure. Ils vont le refuser, c’est évident. Et j’entame une grève de la faim. Bon bah tout s’est bien passé, ils ont déposé le visa de censure, la demande, ça a été refusé. Et donc René a commencé une grève de la faim et il a tenu 31 jours. Et au 31ᵉ jour, on est venu lui dire enfin la SRF, donc la Société des réalisateurs français lui a dit que effectivement, le ministre acceptait enfin reconnaissait qu’il ne pouvait plus y avoir de censure politique en France.
Donc on est en ?
En janvier 1973. Entre temps, pendant sa grève de la faim, il avait quand même reçu la visite de quelqu’un qui s'était pas vraiment présenté mais qui était visiblement quelqu’un qui venait du ministère de la Culture, qui était venu le voir à l’hôpital ce qu’il avait été hospitalisé peut être une dizaine de jours avant la fin de la grève de la faim et qui lui avait dit :Écoutez, vous avez beau faire ce que vous voulez, mais de toute façon, la censure, elle continuera à exister et de plus en plus elle sera économique. Parce que nous, notre idée maintenant, avec l'évolution, avec la place de plus en plus importante que prend la télévision, c’est de faire un système dans lequel on ne pourra plus financer les films de cinéma sans après l’achat de la télévision. La télévision, c’est le RTF, le RTF, c’est le pouvoir. Donc ne vous inquiétez pas, de toute façon, si on veut qu’un film n’existe pas, il n’existera pas parce que économiquement, vous n’arriverez pas à faire les films pas tout à fait loin de la vérité.
Mais est ce que 50 ans plus tard. Là, c’est la productrice qui va répondre ? Est ce que tu penses que cet émissaire avait raison
Là où moi j’en suis maintenant et avec la facilité avec lesquels on fait des films, enfin avec lesquels on fait des images, les problématiques sont plus du tout les mêmes. En revanche, pour tous les films qui étaient tournés en pellicule avant que la vidéo arrive, en fait, la vidéo, ça a quand même été une révolution pour ces gens-là et pour ces films-là, parce que la pellicule, ça coûte super cher et en fait on pouvait. C'étaient des coûts qui étaient incompressibles. Donc effectivement, s’il n’y avait pas un minimum de fonds, on pouvait pas faire le film. D’où ce que je racontais tout à l’heure sur quand tu disais, Valéry, de faire financer les films par les ouvriers parce qu’il fallait ça. Et de la même façon, voilà, effectivement, ces films-là, c'étaient des films qui n'étaient pas diffusés en télévision et pas de projet de ça. Maintenant, on est dans des problématiques qui sont complètement différentes parce que c’est très facile de faire des images.
Donc de tourner, de monter, de produire l
Mais il y a la question de la diffusion. Voilà, exactement.
Donc, cet émissaire avait plutôt raison. Finalement en disant l’Ascension sera économique. La censure sera par le fait que la télévision décidera de l’existence
D’une certaine façon et la censure qui m’inquiète le plus. Parce que, évidemment, parce que je fais ce travail là, que je me questionne, c’est qu’est ce qui va nous rester ? Dans 30 ans des images qui sont tournées maintenant, comment elles vont être sauvegardées ? Moi ? Alors évidemment, c’est rouge. Bien sûr, ce n’est pas parfait. Mais moi, ces images, elles n’existent que parce que j’ai un support physique pour travailler. Elles n’existent que grâce à ça. Si je n’avais pas de support physique, si René avait tourné ces films-là dans les années 2000, je suis certaine qu’il aurait disparu. Certaines. Et la conservation en fait des images qui sont importantes. Elle est à mon avis une problématique dont on ne perçoit pas encore l’importance parce que, par exemple, quand on va faire un film d’archives, moi je suis productrice, maintenant, je vais produire un documentaire avec des archives où je vais chercher mes archives, je vais chercher mes archives à l’INA. Voilà. Mais l’INA, c’est la voix de la France, l’INA, RTF. Donc en fait, toutes les toutes les images qui me sont facilement accessibles, c’est justement des images qui sont passées par cette censure économique. Voilà, on a de la chance qu’on a de la pellicule, on a des cinémathèques régionales, qu’on a des fonds annexes, il y a d’autres pays. Donc on essaie d’aller chercher des fonds, d’aller chercher des images d’archives ailleurs. Mais la facilité, c’est de prendre les images de l’INA, vraiment, Et ça oriente une lecture. Enfin, moi en tout cas, je pense que ça oriente une lecture de l’histoire de France. Et c’est pour ça que pour moi, ces images, elles sont hyper importantes parce que c’est des images de lutte et qu'à un moment il faut aussi qu’on arrive à témoigner de ça. On ne peut pas faire comme si ça n’avait pas existé et avoir l’impression à chaque fois qu’on repart sur un nouveau combat, qu’on repart de zéro. Ce n’est pas possible, c’est trop usant.
Et on peut facilement faire comprendre ça aux gens qui nous écoutent et qui connaissent l’histoire récente. Parce qu’il suffirait de comparer. Par exemple, sur le mouvement des gilets jaunes, ce qui a été, ce qui serait un film fait juste à partir de BFM et un film fait à partir de téléphones portables comme tu as fait dans un pays qui t’a vu. Je parle toujours, mais en vrai, le travail de regrouper c’est ce travail que ce truc de téléphones qui ont été faits dans ce film. C’est un travail finalement pour l’histoire aussi parce que le film va exister est il est dans les étagères en DVD pour ceux qui ont encore des lecteurs. Ce film existe, mais effectivement toute cette mémoire, on voit bien que il y a plein de choses qui ne sont pas documentées alors qu’on n’a jamais eu autant de caméra et qu’il y on sait bien par exemple qu’aujourd’hui on en reparle, on en parle déjà. Il n’y a pas de journalistes qui sont autorisés à filmer à Gaza. C’est incroyable ! C’est-à -dire tourner dans la même situation qu' est ce qu’il y a actuellement qui filme en cachette à Gaza ? On ne sait pas. En tout cas, il y a des gens qui filment de Gaza, mais je veux dire quelqu’un qui vient de l’extérieur et qui vient témoigner de l’extérieur ce qui se passe ailleurs, avec sa culture, avec son regard qui n’est pas imprégné par l’environnement. Ça, c’est des problématiques qui sont absolument modernes et absolument actuelles, quoi. Je veux dire, on est en plein dans ce sujet là, quoi.
Oui, c’est ça. Sur la question, est ce qu’il y a quelqu’un ? Est ce qu’il y a un héritier ? Voilà. Faut quand même savoir que ce n'était pas un enfant. Il a de la chance d’avoir atteint l'âge de la retraite parce qu’il aurait pu mourir. Je ne sais pas ce c’est pas dit à la légère que c'était quelqu’un qui s’engageait physiquement et je ne sais pas. Évidemment, je souhaite qu’on en ait des gens comme ça. Parce que. Parce qu’il faut ramener ces images là. Et en même temps, je ne peux pas souhaiter à quelqu’un d’aller risquer sa vie pour. Voilà pour pour témoigner de ce qui se passe dans le monde.
Le tchat nous écoute sagement.
Il y a des gens qui veulent intervenir. Monsieur là bas qui a trouvé tout à l’heure que non, vous n’avez rien à dire vous ? C’est bizarre vous avez le droit
Ceux qui nous écoutent, qui ont décroché de BFM parce que c’est la pub et qui arrivent sur auposte. Eh oui, c’est comme ça.
Mais ouais, comme tu disais, il y a un truc tu posais la question quand on demandait un digne héritier et que tu te posais la question sur les images et tout, On est tellement noyés dans les images. Moi j’en vois tout le temps des docus. Je rentre chez moi, je dors et je mène ma vie paisible et je la change pas tellement plus. C’est le monde qui change, pas tellement plus. Je sais pas ce qui ferait bouger les choses en fait, mais je dis pas que c’est inutile les images maintenant et tout ça. Mais ça me perturbe vraiment d’avoir autant accès à plein de choses, de savoir plein de choses. On ne peut pas savoir, mais il y a tellement de choses qu’on sait et et il y a rien qui bouge. Et finalement, les discours de ces dames qui ont été au tribunal. Et quand elle parle de choses et tu disais ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, J’ai beaucoup de mal à voir ce qui a changé en fait. Avec 74, la lutte des classes et tout ça, il y a dû y avoir des choses. Mais moi j’ai du mal à les percevoir vraiment. Je perçois plus quand je vois. C’est même un truc que de me dire c’est déprimant. En fait, on pourrait tourner le même film quasi aujourd’hui, aller peut être pas, mais que fait on ?
D’abord, tu regardes ciné mutins Parce que franchement, si tu regardes BFM, tu vas avoir l’impression que les luttes ne servent à rien. Mais c’est pas la vérité là, c’est pas la vérité historique. Il y a quelqu’un qui veut parler d’autre chose.
Oui, j’aimerais savoir si René Vautier avait vu “The Heart of Killing” de Joshua Oppenheimer et qu’est ce qu’ils pensaient du travail de ce documentariste ?
Et bien je ne sais pas s’il a vu, mais le DVD, il a la maison, Il était, il était. Il était, mais je ne sais pas s’il a vu le.
On en a jamais parlé, mais c’est un film extraordinaire.
Oui, mais vous l’avez éditée.
Non,donc n’a pas édité.
C’est toi qui lui a envoyé le DVD ?.
Probablement parce que c’est un film qui témoigne du massacre dans le Timor en Indonésie et avec avec quand même des témoignages incroyables, Est ce que le cinéaste est allé voir les bourreaux au lieu d’aller voir les victimes ? Ils ont dit mais non, c’est debout, ils ont gagné. Donc allez plutôt voir les bourreaux et ce que je vous conseille qui est extraordinaire. Mais bon, on bifurque peut-être parce qu’on va arriver bientôt au bout. C’est difficile de raconter toute l’histoire de René.
Euryale met tous les liens, y compris le lien du jeu Nathan. C’est du délire. On n’a pas entendu le titre du film évoqué.
The Action of Killing un des films documentaires les plus, je dois dire, les plus impressionnants des 30 dernières années. J’en connais pas d’autres comme ça. The Heart of Killing, c’est un film, il ne faut pas croire. Il ne faut pas regarder ça comme vous faites là avant de dormir Il faut s’y préparer. C’est un travail parce que c’est un film qui est quand même assez, assez frappant. Mais pour revenir à René, parce qu’on ne peut pas raconter tout ce qu’il a fait, on sait qu’il a participé à quasiment 200 films, donc d’une façon ou d’une autre. Non, mais c’est énorme. Mais bon, après cette histoire de la grève de la faim, il y a plus. Il y a ces films dont on parle. Peut être qu’on pourra finir par le dernier teaser à la fin.
J’ai compris le message.
Tous ces films dont on parle ici. Il y a des films de fiction, des documentaires. Il y a les courts métrages aussi qui sont extraordinaires, les agents. Bon, c’est des films qui ont été faits parce que dans la fiction, René est quand même un peu un cinéaste singulier aussi parce qu’il y cherche aussi dans la fiction, parce que je ne voudrais pas qu’on résume René Vautier ce soir à quelqu’un qui a fait juste des images d’archives. C’est un cinéaste et c’est un cinéaste avec un regard de cinéaste, avec une écriture, une originalité, un humour et une ironie qui est quand même assez infernale. Lui, il était très drôle. C’est des sujets graves,
Excuse moi Olivier, je te coupe, mais c’est pour renforcer ton propos. C’est Rani qui parlait tout à l’heure qui dit par point de vue le souci au niveau des images. Le trop plein d’images dont Monsieur parlait, c’est qu’il y en a beaucoup sous forme de reportage, mais peu sont nourries d’un point de vue, ce qui est l’essence du documentaire. Et il ajoute Par point de vue, j’entends la construction cinématographique. Le choix d’un cadre, c’est déjà inclure, exclure de son récit et en soi, c’est déjà un engagement.
C’est absolument essentiel comme réflexion, parce qu’on a déjà eu cette discussion ici après les films sur Sabb. Si on en est au stade où on ne peut plus distinguer une image faite avec un portable à l’arraché et un travail de cinéaste, on a un problème parce qu’en fait il y a toute une culture derrière, il y a toute une histoire, il y a un travail. Fabriquer une image, c’est pas rien faire un cadre, c’est pas rien. Le montage, c’est encore autre chose. Mais je veux dire, on est obligé de prendre en considération que si on renonce à ça, si on considère que toutes les images sont à cheval parce qu’elles témoignent.S’il n’y a pas une écriture derrière, y compris quand on utilise des images d’archives, je veux dire qui sont au départ des images, des témoignages. Si on ne prend pas en considération ça, le fascisme a gagné. Je pèse mes mots, c’est le fascisme. C’est à dire que si vous n'êtes plus capables de faire la différence entre une image comme ça fait à l’arrache et une image construite, écrite par des artistes, des cinéastes, posez vous la question vous avez du boulot à faire et c’est pour ça qu’on existe. Non mais je déconne pas, c’est notre seule motivation. C’est arriver à perpétuer cette histoire qu’il y a une histoire du cinéma. Il y a une histoire de gens qui ont non seulement risqué leur vie comme René, mais qui ont travaillé toute leur vie à essayer de raconter des histoires, comment raconter avec des images. Et René, c'était son obsession et tu peux en témoigner.
Oui, oui, c'était son obsession. Et l’autre obsession, c'était transmettre. Il y a aussi, et je pense que les deux sont liés.
Excuse moi, je voulais juste te demander, Olivier, si c'était bien celui là.
Oui alors c’est très court, c’est l’autre teasing. Tu sais, quand on a fait mon petit talk, moi si tu veux parler technique. Je pense qu’on peut terminer là dessus.
Non mais oui, je suis d’accord. Non mais c'était clairement un cinéaste. C'était clairement un point de vue. C'était un point de vue, un point de vue politique. C'était en fait chaque film et c’est ça qu’on essaye de raconter à chaque film, chaque film né d’un besoin, d’une envie ou d’un besoin de raconter quelque chose. Et puis à chaque film, il y a tout son lot de choses qui font que ça ne se passe pas comme prévu et que donc il faut être inventif pour pouvoir faire que le film existe quand même et quitte parfois par exemple sur avoir 20 ans dans les Aurès. Finalement ils ont eu un peu d’argent du CNC mais le CNC leur a donné suffisamment pour qu’ils n’aient pas suffisamment pour faire le film. Donc ils ont décidé qu’ils auraient eu besoin de six semaines de tournage et qu’ils allaient le tourner en mode happening pendant trois semaines et que donc ils allaient prendre un groupe plutôt que de prendre des comédiens, prendre des gens qui se connaissaient déjà, enfin qui étaient comédiens aussi, mais je veux dire un groupe déjà formé, plutôt que de simuler les fins, plutôt que de jouer cette entente de groupe. Et toutes les voilà. Chaque film va être comme ça une appropriation du jeu de tout un facteur de contraintes pour amener à la création, à l’expression du point de vue. Mais jamais de toute façon il ne sortira de cette histoire de point de vue en fait.
Dans les discussions que vous aviez à la fin de sa vie, René Parce que tu. Il y a dans ce coffret un film que tu as co-réalisé avec René qui est qui est un film difficile parce que c’est le dernier et que c’est difficile d’envisager ça. Mais c'était une histoire d' images. L’histoire, c'était quoi à ton avis, qui préoccupait ton père à ce moment-là quand vous avez réalisé ce dernier film ?
Franchement, lui il pensait pas que ce serait son dernier. On lui avait encore plein d’idées. Enfin, il est parti avec plein d’idées sur. Lui en fait, il a fait à la fin de sa vie, quand il réalisait plus, il a continué à avoir des idées. Il y voyait énormément de jeunes gens puisqu’il y en avait. Mais ça fait un petit peu ça. En fait, je pense qu’il y. Il a été un peu là, il a été le cinéaste français le plus censuré, celui qui s’est bougé, celui qui a dit non à la guerre d’Algérie, celui qui allait sur les combats du coup, ça a été un peu la mauvaise conscience du cinéma français aussi. Et donc il y a plein de réalisateurs qui pour qui ce n'était pas un cinéaste, mais c'était un militant et je pense que longtemps il a lutté contre. Enfin, il a lutté. Non, en fait, lui, il s’en foutait complètement. Mais bon, voilà, ça, ça le dérangeait pas plus que ça, mais en tout cas. Enfin, réhabiliter Vautier, c'était réhabiliter son cinéma comme étant un vrai geste cinématographique et pas juste du militantisme donc il y a une génération qui arrive après, ce n’est pas sa génération, ni celle juste en dessous, mais celle d’encore après elle, ou plutôt ma génération, voire ta génération. En fait, qui, qui ? Qui a qui l’a regardée avec ? Voilà, avec l’envie d’en savoir plus sur son cinéma, avec une certaine admiration, avec un certain respect pour son œuvre. Il y a des gens comme fins. Il y a des cons, des universitaires qui ont replacé son cinéma dans l’histoire du cinéma et tout à coup, il y retrouvait un peu des lettres de noblesse qu’il n’avait jamais eu. Et donc il y avait ces jeunes cinéastes qui venaient lui parler et je pense qu’il a toujours été très généreux là dedans, dans l’idée de raconter, pas de raconter que les bons, voilà. Pas de raconter que ces anecdotes, de dire aussi qu’il y avait des moments difficiles, mais que, en gros, je pense que le bilan de sa vie, c'était que quand même, ça valait le coup. Voilà.
Et pour en rajouter une couche, c’est vrai qu’il n’y a pas plus bel hommage que cet hommage qui nous revient parfois. J’ai filé il y a quelques années un DVD de l’Afrique 50 à des copains de Kinshasa, des jeunes cinéastes de Kinshasa qui n’avaient jamais entendu parler de René Vautier. Et ils sont tombés par terre quand ils ont vu qu’il y avait un mois de délai. Un blanc qui avait fait un film comme ça en 49 en Afrique et qui le diffuse dans les rues à Kinshasa depuis des années maintenant, c’est en pirate tout sans les autoriser à pirater. Et donc ça, c’est quand même moi je trouve que c’est la meilleure façon de rendre hommage à René. C’est cette continuité, ce film qui est son film il y a 20 ans, qui continue aujourd’hui à être découvert par des jeunes cinéastes de 20, 30, 40 ans ou d’autres pas que des cinéastes. Ça, c’est quand même génial. Oui, et ça, c’est grâce aux archives aussi
Et à Afrique 50, il avait été aussi remixé. Je ne sais pas comment on peut dire au moment du discours de Sarko sur Sarkozy, sur les bienfaits de la colonisation donc il y avait, il y avait un gars qui avait fait ça sur internet, il a pris des bouts d’Afrique 50 Qui est, qui est qui est entrecoupé ? Le discours de Sarkozy, c’est aussi très efficace, mais c’est là où c’est là où aussi c’est là où il y a un côté un peu, c’est là où c’est important et c’est là où c’est important que quand on ne vient pas de nulle part, en fait, on vient pas de nulle part. Ces images, elles ou elles ont été dures à produire, dur à conserver. Donc oui, c’est important, c’est super important qu’elles circulent, et puis c’est super important qu’elles soient vues par pas forcément non plus que par des cinéphiles en fait. Voilà, c’est l’idée. C’est pas de faire ça pour que ça reste dans des camps, dans une cinémathèque et des séances de 23h à la Cinémathèque.
Écoute, en tout cas, je te remercie infiniment d'être venus de chez toi là-bas pour faire cette soirée. On a ces deux coffrets. Vous entendrez encore parler parce que David va vous en parler toutes les deux minutes.
Moi, je voudrais faire une annonce parce que je suis allé voir l’expo d’Agnès Varda à la Cinémathèque française. Et j’aime. J’adorerais trouver un endroit pour qu’on fasse une expo Vautier en 2028. Ça, on a un peu de temps. Voilà donc qu’on réfléchisse à Ça vaudrait le coup. Quand je vois ce qu’ils ont fait à la cinémathèque sur Varda, on a largement de quoi faire une expo.
Voilà, c’est sur qu’avec tout ce que t’as retrouvé dans la cave, à Paris et en Bretagne. Où est-ce que tu veux faire ça ?
Je suis ouverte. Non, mais j’ai l’impression qu’en fait c’est un projet qui me titille depuis trois ou quatre semaines et je me dis qu’en en parlant, ça va me forcer parce que c’est comme ça que ça a marché avec Olivier, on se parlait tellement de ce DVD qu’il allait finir par sortir un jour qu’ils ont fini par sortir.
Pourquoi pas la cinémathèque justement ?
Je pense que c’est pas assez. Ou trop.
Je sais pas. Ils ont fait Chris Marker, ils devraient pouvoir faire deux trois jours.
Est ce que tu voulais qu’on montre ou on peut finir ?
Non mais c’est comme tu veux
Je vous mets donc derniers ce dernier extrait et après moi, j’aurai des petites annonces à faire. Voilà Shell Shell, sponsor officiel du poste. Voilà, je crois que Ronan, comme son prénom l’indique. Le breton, donc. Il a dit qu’il était à deux doigts d’acheter des coffrets. Je pense qu’il va le faire. Pas passe à l’acte, mon vieux, passe à l’acte. Est ce que vous voulez dire un petit mot de plus ou pas ?
Merci pour l’invitation, C’est très sympa le poste finalement
Merci, merci, merci ! Merci beaucoup à vous deux. Merci à la, à la à la salle qu’on ne montre pas tellement il y a de monde, un tel jeu et un tel triomphe. Restons modestes, restons modestes. Merci infiniment à tout le monde pour ceux qui aiment le cinéma. Si vous le voulez, je vous donne rendez- vous demain à 12 h à la au Centre Pompidou où j’aurai le plaisir d’aller parler d’un film. Je pense que vous l’avez chez vous d’Hervé Le Roux, Reprise. Voilà, puisque la BPI le projette en deux temps et demain c’est le deuxième temps et je montrerai quelques photos inédites de Saint-Ouen où je vais régulièrement sur les lieux du crime, c’est-à -dire ceux du palais de l’IDHEC. Tout à l’heure, des images de l’IDHEC, de la reprise du travail en 60 en juin 68, qui a donné ensuite le film d’Hervé Le Roux. Si jamais vous êtes à Paris demain à 12 h ou c’est pas qu’au foot, vous venez à Pompidou et au Centre Pompidou et on pourra parler de tout ça. Ouais ouais, c’est Beaubourg en fait, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai dit Pompidou, c’est ici. C’est là que nous ferons un prochain ciné débat le mois prochain.
On avait quand même pensé qu’il fallait faire rentrer un terroriste communiste juif au Panthéon. Manoukian, Manoukian donc on s’est dit quand même c’est intéressant, il faut quand même pas laisser passer ça comme ça sans qu’on en parle. Et effectivement, on aura un film de Mourad Laffitte qui s’appelle FTP-MOI, un documentaire qu’on va passer. Il y aura Mourad Laffitte, Duras, Annie Lacroix-Riz qui, historienne, spécialiste de toutes ces périodes là, assez érudit.
Très cocos.
Lutte des classes.
Lutte des classes.Non mais un minimum quoi ! Et après, je pense que ça va être quand même intéressant de voir. Un jour ce que c’est l’anarchie. Ce que tu sais pas bien ce que c’est. Il y a une histoire de l’anarchisme.
Très bien, allons- y ! Merci beaucoup à vous toutes et à vous tous d'être venus, d’avoir fait le déplacement. On va continuer comme ça entre nous. Je vous le rappelle si vous le voulez, c’est entrée libre. Il y a les DVD, les coffrets qui sont là bas. Et concernant Au poste, on a rendez-vous la semaine prochaine, notamment avec Ritchy Thibault jeune activiste qui a une émission chez nous qui s’appelle La Barricade et d’autres d’autres émissions qui sont prévues. Vous pourrez retrouver tout ça sur le site. Merci à vous toutes et à vous tous.
