4 668 € récoltés sur 16 000 €
Loyer
Gestion
Transport
Salaires
Divers
Site
Je soutiens Au Poste !
Pour défendre les libertés et nourrir le débat public
Au Poste retourne le réel Pour défendre les libertés et nourrir le débat public 100 % libre et LIVE Sans montage ni formatage

Retour à Gênes, 2001. Le roman comme arme, avec Frédéric Paulin

Retour à l'émission

Transcription de l’émission

David Dufresne
Alors je vais voir si Frédéric est là Il faudrait nous dire deux mots. Vous êtes, vous êtes à Rennes. Frédéric : C’est bien ça ?
Frédéric Paulin
Oui, je suis à Rennes, enfin, à 20 kilomètres de Rennes, dans la campagne au nord de Rennes. Mais chut, chut, à Rennes.
David Dufresne
Il est à Rennes et on va voir que ça a de l’importance que vous soyez à Rennes car dans votre ouvrage, il y a des Rennais Bon, ça va bien Frédéric.
Frédéric Paulin
Ça va très bien.
David Dufresne
Super ! Alors Frédéric, c’est donc l’auteur de cet ouvrage La nuit tombée sur nos âmes. Euh. J’ai intitulé l'émission Littérature et lutte font elles bon, bon ménage ? Parce que c’est un ouvrage, je vous l’ai annoncé plein de fois. C’est un ouvrage sur ce qui s’est passé en 2001 Agen, sommet du G8 et contre sommet altermondialiste qui va se terminer dans un bain de sang avec la mort d’un militant italien et des centaines de blessés côté manifestants, etc. Et cet ouvrage, Frédéric, vous racontez le périple de tout un tas de Français, de franchouillard même, on pourrait dire par certains aspects. Militants et flics de Chirac. Est ce que. Est ce que c’est à peu près bien présenté et bien résumé ou pas ? Ou j’ai oublié un truc pas très important ?
Frédéric Paulin
Non, non, c’est très bien, C’est disons, c’est une radiographie de Gênes. Fin juillet, les 20. 25 juillet. Et sur différentes strates. Effectivement. Des gens du Black Bloc, des flics plus infiltrés, des politiques qui sont dans la zone rouge et des journalistes également.
David Dufresne
Oui, absolument. Il y a un personnage, il y a plusieurs personnages et un photographe. Il y a une journaliste et on va on va, on va rentrer dans les détails. Votre éditeur vous a prévenu de reprendre un peu de temps ici.
Frédéric Paulin
J’ai tout toute la journée.
David Dufresne
Ou alors peut être pas toute la journée. On va passer du temps alors je sors votre fiche quand même. Et vous vous appelez Paulin ? Frédéric, Vous êtes né en 1972 à Brétigny sur Orge, en Île de France. Vous avez été objecteur de conscience qui n’est pas vraiment à nos services. Vous avez aussi été docteur en sciences politiques. Ce qui veut dire que là, vraiment vous.
Frédéric Paulin
Non, j’ai été doctorant, j’ai jamais soutenu ma thèse, je tiens à le préciser parce que j’ai une fiche Wikipédia qui dit que je suis docteur, mais je ne suis pas docteur, je suis doctorant.
David Dufresne
Alors là les amis, faut tout de suite dire que nous, nous, on aime bien essayer.
Frédéric Paulin
Si de temps en temps et si ça revient, il y a quelqu’un qui veut que je sois docteur. Alors c’est vrai.
David Dufresne
Vous avez été prof de collège ?
Frédéric Paulin
Oui.
David Dufresne
Ça on peut le dire. Vous avez une douzaine de romans à votre actif, peut-être même plus.
Frédéric Paulin
Oui, parce que j’ai commis quelques romans de gare sous pseudonyme pour gagner ma croûte il y a quelques années. Donc effectivement, j’ai fait une dizaine de littérature très populaire, mais c’est un exercice plutôt cool que j’aimais bien.
David Dufresne
Euh. Vous avez eu le Grand Prix du roman noir du Festival du film policier de Beaune en 2019 pour la guerre est une ruse. D’ailleurs, c’est votre éditeur est. Ils n’oublient pas de le signaler puisque c’est le bandeau.
Frédéric Paulin
Ça, c’est le Grand Prix de littérature policière.
David Dufresne
Oh là là, non, je me goure parce que j’en ai eu des prix, là. J’en ai eu aussi sur la trilogie précédente, j’en ai et j’en ai eu pas mal effectivement.
Frédéric Paulin
Ouais, sur la Nation. Sur l’arrivée du FN, sur les événements de novembre 2015 en France et comment on en est arrivé là. Donc c’est une remontée sur 30 ans sur trois bouquins par le djihadisme en France et puis l’ultra sécuritarisme qui arrive après le 11 septembre. Donc voilà. Mais c’est un roman.
David Dufresne
Mais c’est un roman. Euh vous avez. Je termine la fiche vite fait. Vous avez un blog, un blog que vous avez abandonné ? Euh je ne dis rien depuis 2020.
Frédéric Paulin
Ah ouais, c’est vrai que c’est. Moi même, je l’ai oublié.
David Dufresne
Oui, alors vous avez, vous avez dit Je suis désolé de parler de ça, mais vous avez deux tatouages.
Frédéric Paulin
Celui là.
David Dufresne
Celui ci, celui là, Just Homer.
Frédéric Paulin
Ah ouais. Ils ont raison. Effectivement. Mais moi aussi ça me parle totalement. Streamer, c’est un peu mal. Je ne suis pas très fanatique au sens propre du terme, mais Stromae, c’est quelqu’un qui m’a marqué à tel point. Il m’a tellement marqué que lorsqu’il est mort en 2003, choix, je l’ai appris cinq jours après, au Nouvel an 2003 2004 dans des vapeurs d’alcool et autres. Et quelqu’un m’a tapé sur l'épaule en me disant Ah, je dois être triste ! Stromae est mort et je ne le savais pas. Il était mort depuis cinq jours, c’est-à-dire. Mais au-delà de ça, c’est vraiment quelqu’un qui m’a marqué quand j'étais jeune et tout ça.
David Dufresne
Mais alors je me permets de démarrer par ci par ça. Parce que si c’est si intéressant qu’un écrivain et tatoué sur sa peau la fameuse phrase de Stromae Le futur n’est pas écrit.
Frédéric Paulin
Euh ouais mais c’est. C’est vrai, le futur n’est pas écrit. Moi, en parlant du forum, je travaille beaucoup sur le passé récent, enfin sur l’histoire récente, ça permet d'éclairer le présent et de nous faire comprendre ce qui se passe actuellement par les jeunes. Tout à l’heure, on pourrait rebondir sur les gilets jaunes et toutes les violences policières qu’on voit en ce moment. Mais de là à dire que je connais le passé et tout ça, je ne m’avancerai pas jusque là quoi. Donc effectivement, le le futur n’est pas écrit, sauf qu’il reste à écrire et c’est pour ça que moi je suis romancier sans doute.
David Dufresne
Voilà, c’est ça, c’est ça. Est ce que vous pensez que de s’intéresser au passé est permis, comme disait l’autre Orwell, de contrôler le futur ? Est ce que, par exemple, quand vous écrivez ce roman, à pouvoir rentrer dans les détails de quoi il s’agit ? Est ce que vous pensez que vous allez éclairer notre présent et notre futur ? Parce qu’il n’y a pas eu une phrase sur ça pour rester en 2001. C’est d’ailleurs la beauté du bouquin. Mais est ce que vous pensez que ça éclaire pour autant aujourd’hui ou demain ?
Frédéric Paulin
Non, j’espère, c’est clair je pense. En écrivant, questionnez sur tout. Et déjà la question de se poser les questions, c’est déjà ouvrir les yeux pour moi. Mais effectivement, j'écris sur le passé et c’est presque pas au début une volonté d'écrire sur le présent. Néanmoins, on voit qu’avec Gênes et les bons, les gilets jaunes, les violences policières, ça se répercute, ça se percute quoi. Bien sûr, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que lorsqu’on parle de l’histoire et de l’histoire récente particulièrement, on va vite, vite déborder sur le présent. C’est une manière de questionner le présent, certes. Maintenant, c’est vrai qu’une dictature, elle essaiera tout le temps. Vous avez, vous n'êtes pas parlé d’Orwell, mais une dictature. Essaye tout le temps de réécrire le passé, de réécrire l’histoire. Et effectivement, on ferme des bibliothèques, on ferme des librairies qu’on veut contrôler. Le présent, quoi, Français ? C’est une tactique connue et millénaire, sans doute par millénaires. Tout est relatif pour les librairies, mais c’est ancien en tout cas.
David Dufresne
Alors on démarre le premier personnage. Les deux premiers personnages que nous rencontrons sont donc des Renés et Nathalie, est ce que je peux me permettre de vous demander de nous les présenter ?
Frédéric Paulin
Ce sont des militants, alors des militants de la, disons, de la gauche extraparlementaire, de l’extrême gauche. Et un militant de la LCR, alors ? C'était l’ancien pour les plus jeunes, l’ancienne NPA, si on peut dire, quasiment.
David Dufresne
D’ailleurs, c’est assez. C’est assez touchant de voir le nom d Alain Krivine qui revient souvent dans votre roman, Alain Krivine qui aujourd’hui est malade et qui est un des fondateurs de la LCR devenu effectivement NPA, donc Poutou, Besancenot, Besancenot qui apparaît aussi dans le roman. Retournons à Rennes.
Frédéric Paulin
Alors ouais, mon héros là, à la LCR, mais il est en rupture de ban, il est en questionnement essentiellement. Peut être parce qu’il a rencontré une jeune, une jeune autonome si l’on peut dire, Nathalie donc, dont il est tombé amoureux. Euh voilà, ils vivent vaguement ensemble, mais elle est plutôt du côté confrontation assumée, c’est-à dire de ce mouvement qu’on commence à qualifier à l'époque, en 2001, donc de 2000 2001, de Black Bloc. Et ça, à défaut de pouvoir mieux en dessiner les contours si on peut dire. Là, ce sont les deux personnages qui eux, sont dans la mouvance, disons entre guillemets, altermondialiste. À l'époque, on disait plutôt antimondialiste, mais ils se rendent à Gênes, au contre sommet du G8, en fait.
David Dufresne
Alors on est quand même. Je vais, je vais, je vais faire parler. Nathalie Euh, c’est. Page 82 Nathalie qui parle à une journaliste dont on parlera ensuite. Nous, ce qu’on veut, c’est que les gens ouvrent les yeux. On veut qu’ils sachent que la violence, on ne fait que la retourner contre les flics et l’Etat qui l’utilise bien avant nous. Au lycée, des anarchistes tenaient déjà à ce genre de discours. Ça, c’est la journaliste qui n’est pas très et qui n’est pas très convaincue. Donc grosso modo. Nathalie Ici, cortège de tête, elle est allée et elle est plus ou moins amoureuse de Wade qui lui n’est pas à l’aise. Mais surtout, surtout, Mais ça on est obligé de le dire parce que sinon moi je ne peux pas faire l'émission. C’est un traître. Sa wax c’est un traître, c’est un. C’est un mec qui bosse pour les flics et là ça va être un peu, ça va être un peu génial.Enfin je veux dire que ça va être un peu complexe. Et là j’ai plein de passages que je vais quand même me permettre de citer, parce que c’est ça, il faut, il faut quand même, il faut quand même le dire. Vous pouvez nous dire pourquoi il est informateur de la police ? Qu’est ce qui se passe ce cette. On peut le dire parce que c’est dès les premières pages je ne sais pas quoi.
Frédéric Paulin
Non ? Oui, bien sûr, c’est. Il y a cette rumeur qui court comme quoi l’extrême gauche, l’ultra gauche, est toujours extrêmement justement infiltrée par les flics, ce qui n’est pas réellement le cas, surtout en France en fait. Effectivement, il y a des indices dans la marge. Ce n’est pas des flics infiltrés ou ce genre de truc. J’imagine que comme dans tous les milieux politiques, il y a des mecs qui rencardent les flics. Pour le coup, mon personnage, lui, s’est fait coincer sur une histoire de cocaïne. Et puis il a mis le doigt dans l’engrenage en croyant donner quelques informations sans importance. Il s’est retrouvé indic des flics. Euh, c’est aussi un personnage de roman, donc ça permet aussi de faire entrer en jeu deux flics de la DST qui sont pour le moins dubitatifs quant à quant à l’ultra sécurisation en marche de leur hiérarchie. Mais oui, Y. Et un traître. La figure, la figure du traître et une figure éminemment romanesque, quoi. C’est quelque chose qui permet justement, surtout dans le roman noir qui permet d'être à la lisière. Quoi, Le bien, le mal, qu’est ce que c’est réellement ? Et puis trahir, qu’est ce que c’est quoi ? Pour citer un grand gauchiste, c’est Churchill qui disait La trahison, c’est une question de temps, simplement une question d’histoire.
David Dufresne
Étant bien ami du chat. Ce qui est, ce qui, ce qui est la preuve que c’est un roman ? Pour moi, il y a vraiment Page 61 un moment qui fait qu’on ne lâche plus le bouquin après, vous vous ne souvenez pas ce que c’est ? Page 60 Il faudrait, je vais vous dire c’est le dîner, c’est le dîner Ou Wang a très peur d'être repéré par les autres. Nathalie le regarde quand même un peu bizarrement, parce qu'évidemment personne ne sait dans ce petit monde. Reiner Euh, contestataire qu’il est, Qui dit qu’il y a des flics ? Il y a des doutes, mais c’est des doutes et des doutes sur tout le monde. Donc finalement y' a pas plus. Et là, il y a toute une page que je ne vais pas lire parce que voilà, il y a toute une page où on est, où on est, où on est à table avec eux et on a peur, on a peur pour lui et en même temps, dit ça ou pas. Voilà. Et ça, vraiment, c’est une scène que moi j’ai trouvé vraiment. Très forte quoi. Assure justement sur l’ambiguïté parce que. Parce qu’en fait on est de son côté et. On a mal pour lui quoi. On est mal pour lui parce que c’est vraiment super bien raconté.
Frédéric Paulin
Ouais, puis voilà, c’est effectivement un traître, mais ce n’est pas un salaud, c’est pas un salaud. Le mec s’est retrouvé piégé quoi. Et puis d’ailleurs là, le roman, il y a un peu une forme chez lui de rédemption, de rachat quasiment. Il porte cette traîtrise, il la porte au quotidien quoi. Mais ces cinq jours à Gênes vont être pour lui. Et comme beaucoup d’ailleurs, et pour moi, quand je dis été, ils vont être un. Un changement, un changement profond, un changement émotionnel, un changement de paradigme politique Sans doute, Et chez lui particulièrement, il y a une forme de pensée, pas christique non plus, mais de rédemption, de rachat, quoi. L’Ancien salaud, je n’arrive pas à le trouver.
David Dufresne
Ben non alors, vous allez prendre ça salaud ? Parce que dans la presse, vous avez expliqué que c’est un peu vous pas sur la côté prêtrise.
Frédéric Paulin
On m’a demandé si j’avais été le traître, mais le fait est que moi, j’ai été le doctorat en sciences politiques qui s’embourber dans sa thèse, qui vivait de petits boulots et qui, qui, qui, qui vivait un peu dans cette extrême gauche sans être. J’ai jamais été encarté et tout ça, mais j’avais des amitiés et tout ça. J’allais au contre sommet, mais je n’ai pas. Je n’ai pas été ce cet indic de la police. Je n’ai jamais été indic de la police, je tiens à l’assurer.
David Dufresne
Mais ils le disent tous.
Frédéric Paulin
Je dis qu'à digicode. Écoute.
David Dufresne
On se doute bien, mais ça nous permet effectivement de préciser que ce roman ne sort pas de nulle part. Vous le portez en vous depuis 2001 puisque vous étiez à Gênes. En fait.
Frédéric Paulin
J'étais à Gênes où j’y suis allé un peu, un peu par curiosité, en tant que je bossais sur les mouvements thèse, c'était sur les mouvements de la gauche extraparlementaire et comment les équipes qui avaient connu Mai 68 et les années 70 étaient réinsérés dans la société civile, dans les étudiants, dans l’université, dans les médias, dans les dans les associations, les syndicats, tout ça. Donc j’y allais un peu par curiosité, disons universitaire, mais aussi et essentiellement en tant que citoyen. C'était une époque. Les plus jeunes ont peut être du mal à s’en souvenir, mais c'était une époque où on croyait que l’alter mondialisme pouvait peser. Changer le monde, c'était un grand mot. Mais peser dans la balance qu’on était 500 000 à Gênes, on était plus encore dans le monde entier. Il y avait eu des grands contre sommet, Göteborg, Seattle, et on imaginait faire quelque chose de notre monde de sept, de ce qu’on appelait à l'époque la multitude contre ce qu’on appelait aussi à l'époque l’empire et le fait qu’on y va comme une grande fête, une grande réunion festive, et qu' on va voir que ça se tourne en tragédie. Deux jours après mon arrivée à Gênes avec la mort de Carlo Giuliani. Mais on n’y croyait pas. Moi, j’y croyais. Je me souviens d’y croire, même si c'était l'époque où la gauche était en train de se déliter et que. Et quand Jospin, premier ministre a affirmé aux ouvriers de Michelin que l’Etat ne pouvait pas tout parce que licenciements, parce que les actions de Michelin explosent en bourse alors qu’il y avait 2000 licenciements, Jospin disait aux ouvriers en grève Mais l’Etat ne peut pas tout. En gros, démerdez-vous. C’est quand même un peu le. Est ce qu’on peut écrire sur la tombe de la gauche, peut être d’une certaine gauche, soit, effectivement, de nos jours.
David Dufresne
À propos de ce qu’on peut écrire ou de sur une tombe ? Un titre, c’est un peu ça. Et quatre 94 vous remercie pour le titre de votre ouvrage dont on est en train de parler. Alors il y a deux autres personnages, il y en a plein, mais il y a Martinez et Casanova qui sont deux lieutenants de la DST. Vous écrivez page 47. Ils appartiennent à une équipe informelle qui travaille aux limites de ses compétences, quelque part entre la lutte contre les atteintes à la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme. En théorie, ce sont les renseignements généraux qui suivent la subversion gauchiste. Mais les chefs de Martinez et catalanes aiment appréhender une situation dans sa globalité, être au courant de tout ce qui se passe sur le territoire. Alors moi je veux savoir est ce que ça c’est de la. Si c’est tatoué sur votre bras, je veux dire, si c’est de l’imaginaire ou si quelque chose que vous avez constaté.
Frédéric Paulin
Oui, oui, Il y a un travail à la marge, même à la DST qui n'était pas censé être comme ça sur ces groupes. Effectivement. Mais il faut aussi se souvenir que ces années-là étaient des années où la classe dirigeante, la classe politique dirigeante en France et pas qu’en France pour le coup en Italie. On le verra sans doute, mais en France, la classe dirigeante avait cette peur du de l’extrême gauche, de l’ultra gauche. Le terrorisme allait venir de là. C’est clair. D’ailleurs, lorsqu’ils arrivent du côté, disons, des islamistes après, non, après le 11 septembre 2001 en France, on n’est pas trop au fait de tout ça, quoi. On pense que l’extrême gauche est encore capable d'être armée, de poser des bombes et tout ça. On verra plus tard avec l’affaire de Tarnac que ça a pris des proportions complètement dingue et qu’une classe politique au pouvoir était effrayée de ça, quoi. Donc effectivement, la DST, les RG étaient chauds sur le coup j’allais dire c'était sur quel coup, je ne sais pas, mais en tout cas, il était selon eux préparé à une possibilité de violence, pas simplement symbolique mais effective d’une extrême gauche d’une extrême gauche qui a finalement été jamais violente en France. Enfin, mise à part Action directe qui est un cas un peu spécifique, on a l’extrême gauche n’a jamais pris les armes en France de l’Italie ou de l’Allemagne, de l’Allemagne, la Belgique même d’ailleurs.
David Dufresne
Alors il y a dans le dans le tchat un témoignage de Xav Anar je le prends même si ça nous fait faire un bon une dizaine. Pour moi c’est une nuit de cauchemar. J’ai vu les copains, les copines se faire tabasser dans l'école Diaz pendant que nous étions retenus à genoux en face avec la presse indépendante. Les carabiniers nous mettaient en joue et nous demandaient de dire Vive le Douchez !
Frédéric Paulin
Bébé, je n’ai pas été à l'école Diaz. Moi, j'étais au stade Carini. Mais lorsque l'école Diaz a été prise d’assaut. Les organisations, enfin toutes les organisations qui font partie de ceux qui faisaient partie du Geneva Forum social, nous ont dit de quitter. Quitter Gênes, c'était quasiment Cassez vous, on ne maîtrise plus rien. Moi je suis là. Après, je suis monté pendant la nuit, je suis monté dans un quart et puis. Et j’ai quitté Gênes et l’Italie. Mais je suis content d’avoir ce témoignage parce que j’en parle dans le bouquin. Je ne l'étais pas, mais j’ai fait, j’ai récolté des témoignages et tout ça pour. Pour faire une scène effectivement, où les gens étaient supposés frapper par des flics. D’ailleurs, les flics italiens sont allés à la curée, quoi, Il y avait des flics qui n’avaient rien à faire là, qui sont rentrés dans l'école Diaz et qui ont quand même tabassé. Il y a des témoignages d’ailleurs de flics disant qu’ils ont vu des gamines, une gamine là, qui avait le crâne ouvert. Et le flic disait Je crois bien que j’ai vu son cerveau. C’est dire si la violence était à son paroxysme. C’est dire que s’il n’y a pas eu de mort à l'école Diaz, c’est vraiment. Il y a à mon avis une question de chance. Je dis à l'école Diaz, mais moi même j’ai vu des tabassages en règle quand les flics perçaient les cortèges à la poursuite de cette soi-disant poursuite du black bloc. Voilà, j’ai vu comment j’ai dit dans mon esprit la fin, une image d’une gamine, une jeune gamine qui devait avoir seize, 17 ans, qui se faisait tabasser par des flics alors que moi je partais en courant ou que je passais à travers. Enfin bon, Il y avait ce genre d’images.
David Dufresne
Alors il y a dans le geste déjà pas mal de rebond par rapport à ce qu’on dit. Je poursuis juste la présentation des personnages et de l’ouvrage parce que sinon ça va être un peu le bordel. Mais rappelons quand même que l’Italie a été condamnée, me semble t il, pour torture. Voilà, je sais qu’il y.
Frédéric Paulin
A une condamnation théorique, il n’y a pas de flics qui ont fait des peines ou très peu. Personne n’a été condamné du côté des forces de l’ordre ou des politiques. Mais oui, il y a eu des condamnations. L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme a reconnu les actes de torture. Amnesty International a fait sortir un gros rapport. Je crois que c’est Amnesty International qui parle d’actes les plus les plus graves atteintes aux droits humains les plus graves depuis 1945 en Europe occidentale.
David Dufresne
Absolument, Absolument. Il y a aussi un dénommé Laurent Lamarre. Lui me chiffonne et me chiffonne parce que j'écris un roman et fait chier.
Frédéric Paulin
Ceux là bas. Donc il va faire Je charge Laurent là bas, conseiller en com. de Chirac. Parce qu’il faut préciser que les grandes personnalités politiques portent leur nom dans votre dans votre roman, Chirac s’appelle Chirac. Euh. Berlusconi s’appelle Berlusconi et ainsi de suite. Bon et après ce sont des personnages de synthèse ou fictifs. Et donc il y a ce Laurent Lamarre, conseiller en com de Chirac, qui lui prépare son laïus. On le sent, son discours et qui joue un rôle dans l’histoire. Alors je préfère vous demander de nous le raconter, puisque je ne voudrais pas trop gâcher, comme on dit dans le Monde, le Québec où j’ai tant aimé vivre. Et c’est en fait, disons, mon excuse romanesque pour être dans la zone rouge. La zone rouge, c'était le centre de Gênes qui était barricadé. Il y avait des murs de quatre mètres de haut et tout ça, où les chefs d'État, les huit chefs d'État des pays les plus riches se réunissaient pour discuter de l’avenir du monde. Je mets tout ça entre guillemets, mais ils étaient là. Et Laurent Lamarre, qui est un conseiller en communication de la cellule communication de l’Elysée, proche en fait sous les ordres de Claude Chirac, qui était la fille de Chirac et qui gérait la communication de Chirac. Lamarre, lui, se retrouve à Gênes et Lamarre se retrouve en porte à faux entre l’extérieur, disons, de la zone rouge et l’intérieur de la zone rouge, quoi. Il y voit ce qui s’y passe, y voit l’infiltration des flics, y voit les violences des flics italiens, la mise en œuvre d’un scénario presque fomenté à l’avance des forces de l’ordre italiennes pour casser le mouvement altermondialiste, le casser physiquement. D’ailleurs, c’est ce qui s’est passé. Mais Lamarre, lui, c’est l’excuse aussi pour être auprès des grands, des chefs d'État, quoi. Donc on voit par ses yeux l'évolution de Chirac, l'évolution de Chirac qui semble à Gênes que quand même, il y a une carte à jouer au sens où c’est le seul chef des hommes politiques présents à dire il y a 500 000 personnes dans les rues qui sont en train de dire non à ce qu’on est en train de de leur proposer. Il faudrait peut être les écouter. Alors entre nous soit dit, je suis sûr que Chirac était un assez fin animal politique pour avoir flairé le truc. Et je ne suis pas persuadé qu’il était pro altermondialiste, c’est clair, mais néanmoins c’est le seul qui le dit parce que c’est une voix dissonantes quoi. Et au contraire, Berlusconi, Tony Blair. Et puis ne parlons pas de Bush, voire de Poutine qui sont invités au G8. D’ailleurs à ce moment- là, eux y sont plutôt favorables à des sanctions. Quoi ?
David Dufresne
Alors Frédéric, c’est marrant, est ce que vous dites sur Chirac, parce que je me suis quand même demandé à plusieurs reprises si. Vous n’aviez pas une petite indulgence qui est tout à fait coupable et n’ayant pas tous nos plaisirs coupables vis à vis de ce bon vieux. Jacques qui a quand même été bon. Je rappelle à ceux qui n'étaient pas là qu’il était premier ministre à l'époque de Malik Oussekine. Eh bien, ça s’est passé. Si je me doute bien de ce que vous pensez de lui. Mais je me suis demandé : Est-ce que, par exemple, Frédéric Paul Paulin d’il y a dix ans aurait écrit la même chose sur Chirac ? Est ce que je vous ai une forme de tendresse via votre personnage, Laurent Lamarre, qui ne dérange pas ? Mais oui, bien sûr.
Frédéric Paulin
On me l’a dit, on me l’a dit et effectivement.
David Dufresne
On vous l’a dit, mais pas honnête.
Frédéric Paulin
Je le dis, je le répète, je n’oublie pas Malik Oussekine. Je n’oublie pas le bruit et l’odeur. Je n’oublie pas la casse sociale. Je n’oublie pas tout ça. Le fait est que si on si on aime, si on le sort d’un contexte politique extrêmement long dans lequel Chirac est devenu président de la République, je veux dire, et ça faisait 40 ans qu’il travaillait pour Agen, il y avait quand même ce discours intéressant, quoi. Maintenant, est ce que l’auteur n’est pas un peu des fois dépassé par ses propres personnages ? Et je me pose la question vis à vis de Chirac est ce que son 100 ans sans pour autant devenir schizo mais est ce que ce n’est pas plutôt la marque qui est fascinée par par. Par Chirac ? Et d’une certaine manière, moi je me suis fait aussi un peu piéger par ça quoi. Néanmoins, Chirac et et aussi le roman sur Chirac, l’un sur la vie de Chirac reste à écrire quoi ? Parce qu’alors là, il y a du haut en couleur, il y a du dégueulasse, il y a de Dieu, il y a lu. Enfin, il y a quelque chose vraiment à écrire sur ce personnage. Effectivement, je ne suis pas. Je ne suis pas chiraquien.
David Dufresne
Non, non, bien sûr, vous n'êtes pas chiraquien, mais. Mais je voulais vous amener là sur l’ambiguïté de la position de l'écrivain. Et évidemment, ça m’intéresse. Et autre réflexion que je me suis faite à un moment donné, je me suis dit mais tiens, c’est marrant, ce Frédéric, il est dur avec lui-même à travers l’autre personnage dont on a parlé tout à l’heure. Et est ce que de temps en temps, quand on écrit, on ne force pas un peu trop le trait, quand il s’agit peut être de soi même ou d’un personnage dont on pourrait être proche ? Et finalement, je ne parle pas de haine de soi, mais pour être bien sûr de ne pas être dans l’auto satisfaction, être un peu dur parce que vous voyez avec soi même.
Frédéric Paulin
En tout cas, il se trouve qu’avec ce roman, je me suis fait piéger par un truc. C’est le côté c’est pas tout, ce n’est pas autobiographique, mais c’est très intime, très personnel. Et ça, en écrivant le roman, je m’en suis aperçu. C’est à la réception du roman, lorsqu’il est sorti, que j’ai compris. D’abord parce que ma compagne l’a lu un peu plus tard que d’habitude, donc il était déjà paru en livre et elle m’a dit et là, t’es en train de balancer un truc, Elle me connaissait à l'époque et elle m’a dit Tu parles de toi là, je te reconnais dans ce personnage, dans ce personnage tout ça et j’avais pas paramétré le truc. Voilà, je me fais, je me fais bloquer un peu, piégé quoi. Et quand vous dites que fut dur avec moi même, là on est sur des faits, sans doute dans un domaine un peu psychanalytique dans lequel j'éviterai de rentrer de biais.
David Dufresne
Surtout que c’est public ces type, surtout que nous avons une conversation publique. Donc on ne va pas s'épancher non plus. Mais simplement parce que donc là, les gens qui nous écoutent sont des lecteurs, des lectrices. Vous êtes écrivain. Et c’est vraiment cette question là, on va dire Oublions deux secondes vous même et les personnages du bouquin, euh, comment on se fait piéger par sa propre écriture alors ?
Frédéric Paulin
Simplement parce que tout, à mon avis, tout est écrit, tout est plus encore et surtout, tout roman est autobiographique. Vous pouvez écrire de la SF ou au XIVᵉ siècle, il y a quelque chose. Le romancier doit mettre des émotions en par écrit et ses émotions, il les ressent la plupart du temps. Il y a, je crois que c’est Philippe Prost, le romancier américain, qui qui disait lorsque lorsqu’un écrivain naît dans une famille, cette famille est foutue au sens où il faut s’inspirer de quelque chose. Et je vais vous dire un truc moi, quand ma compagne lit mes romans et qu’il y a une jolie jeune fille où elle me dit, je me dis c’est qui cette salope ? C’est qui ? De qui tu parles ? Elle me dit des trucs comme ça alors sur le mode de l’humour, mais elle me dit de qui tu t’inspires. Si c'était à l'époque cette jeune fille.
David Dufresne
Je vois le problème, je connais C’est la même chose.
Frédéric Paulin
Et le roman, même lorsqu’on précise sur la couverture du livre que c’est un roman, le roman est souvent autobiographique. Il y a quelque chose là-dedans. Et plus encore lorsqu’on parle d’un événement auquel on a participé, comme moi à Gênes en 2001. Quoi ?
David Dufresne
Alors, rapidement. Il y a un autre, il y a un autre personnage important qui s’appelle Franco Icardi, qui n’existe pas, je crois dans la réalité, mais qui ressemble à quelqu’un d’autre. Vous nous direz qui est ce qu’il faut se rappeler ? Un enfant en Italie vient d’arriver au pouvoir, le messie, le néo fasciste grosso modo. C’est-à-dire que voilà, pour ceux qui se demandent si en 2022, en France, ça pourrait arriver en Italie, c’est arrivé il y a 20 ans. Voilà. Il est responsable de la sécurité du G8 et il apparaît. Par exemple, j’ai noté page 114 Qu’est ce que j’ai noté de lui ? Un petit passage, un petit passage, un passage assez long. Je vais d’abord vous demander de nous le présenter, peut-être ce Franco qui est-il dit carlisle.
Frédéric Paulin
Et c’est un fasciste. C’est un type qui a fait ses études, qui est rentré dans la vie politique parce qu’il voulait, il voulait un gouvernement fasciste. Voilà, Il a une haute opinion de l’homme fasciste sur homme viril qui d’ailleurs se réalise dans l’affrontement physique, dans la castagne. Voilà, ce n’est pas un problème. Il accepte de faire, de suivre Gianfranco Fini qui est au gouvernement Berlusconi. Il est vice -président du Conseil, donc vice -premier ministre en 2001. Il accepte de le suivre parce que Gianfranco Fini a décidé de faire de l’entrisme. Il s’est dit que le MSI, c'était quand même plein de vieilles badernes et des mecs qui venaient de la République de Salo, qui avaient connu quasiment Mussolini. Et c'était un truc qui ne pouvait pas être très porteur finalement. Donc fini, il sort du jeu, il sort de ce de ce marasme là du MSI et il crée un nouveau parti et il entre au gouvernement. Donc c’est de l’entrisme. Mon personnage Franco Icardi lui- même va suivre Philippe. Il va se retrouver conseiller, conseiller à la sécurité du ministre de l’Intérieur. Donc voilà, lui y représente ce qui se passe à ce moment-là en Italie. C’est à dire que les démons du fascisme, du fascisme n’ont pas du tout été chassés. Qu’on parle d’un pays qui, 20 ans auparavant, a connu ce qu’on a appelé les années de plomb, c’est à dire les gars, la grande vague, la grande vague d’attentats qui est d’ailleurs attribuée à l’extrême gauche et qui en fait sera plutôt, du fait de l’extrême droite manipulé par les services secrets italiens, voire la CIA. On a parlé de la CIA, mais c’est un pays qui a connu 48, 40, 50 ans avant le fascisme et qui a connu presque une quarantaine d’années de fascisme. Donc il y a un terreau très fertile à une violence policière, une répression étatique quoi, contre un mouvement qui est qualifié de Berlusconi, de commune. Ici, ce sont les communistes, sont les communistes qui ont fait les attentats dans les années 60 10 à 80. On les a en face à Gênes quoi. Berlusconi dit à ses flics Quand vous êtes face à des ennemis, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
David Dufresne
Ben le chat se pose la bonne question à laquelle justement vous répondez page 214 Service secret ou service politique ? Parce qu’en fait, ce que vous écrivez de Franco Décarie, je vous cite Il fait son boulot, rien d’autre. Son boulot, c’est d’appliquer la deuxième phase, officieuse, celle-là, du plan de la sécurité publique à Gênes. La première partie consistait à mettre en place un climat de peur. Avant le sommet, les médias ont bien relaté la capacité violente du black block, mais aussi celle des. Alors je ne sais pas comment on dit tout est bien qui finit bien c’est ça et des autres organisations. Le deuxième mouvement, c’est l’infiltration des organisations anti G8. Les fascistes qu’ils s’apprêtent à rencontrer sont ceux qui orienteront le black block vers le saccage. Voilà, ça va énerver le chat. Je vous le dis tout de suite, un des biens des habitants, leur voiture, leur magasin, leur logement, ce sont eux qui finiront de retourner la population contre les manifestants et finiront l’excuse de la contre attaque de la police. Page 114 Ça, c’est un site à mon sens, un paragraphe extrêmement important. Je parlerai tout à l’heure de votre rythme d'écriture et de votre art du paragraphe, mais là, là, ça me semble extrêmement important, parce que vous mettez en place infiltration, provocation, répression à travers ce personnage de Charlie.
Frédéric Paulin
Là, il expose enfin, c’est quasiment un cours qu’on aurait pu donner à l'École des Amériques dans les années 70-80. Mais c’est la théorie, c’est la stratégie de la tension, c’est ça en fait, il faut, il faut. L’infiltration, le montage médiatique font qu’on va, on va prendre un groupe et pour le coup, là, ce sont les. Les Black Blocs, mais plus encore toute une gamme de petits puis tout. Tout. Les altermondialistes, on va les prendre, on va les stigmatiser, on va faire monter la peur de la population, des gens honnêtes si on peut dire. Et puis une fois que c’est fait, une fois qu’il y a quelques cassages de vitrines, quelques voitures brûlées, quelques affrontements avec la police, la légitimité de l’Etat est en place pour pouvoir appliquer cette violence légitime dont il est dépositaire. Ça s’est vu, ça s’est vu dans beaucoup de pays en Amérique du Sud, ça s’est vu en Italie dans les années 70-80. Enfin, la stratégie de la tension en Algérie aussi dans les années 90, si on monte, si on peut dire. Et voilà la stratégie de la tension, c’est ce sur quoi s’appuiera le gouvernement de Berlusconi et les autorités de police et des carabiniers lors de la répression à Gênes.
David Dufresne
Alors il y a aussi la question de l’utilisation ou de l’instrumentalisation de la violence des manifestants, notamment du black block. Et là, dans le roman, vous y revenez assez souvent puisque évidemment, vous exposez toutes les théories autour de ça. Vague, plutôt proche de la LCR, considère que pour aller très vite, le Black Bloc, c’est les idiots utiles de l’appareil d'État répressif. Nathalie qui fait partie du cortège de tête du Bloc, elle a une autre théorie et vous ne tranchez pas en fait.
Frédéric Paulin
Alors je ne tranche pas. D’abord, je tiens à préciser que moi, le Black Bloc, pour l’avoir un peu fréquenté, pour avoir connu des gens, pour avoir été proche de ce fameux cortège de tête dont on ne parlait pas à l'époque, ce n'était pas le. Ce nom de cortège de tête est arrivé plus tard et cette violence est à mon avis et extrêmement théâtralisée. La violence du Black Bloc c’est j’ai pas connu moi de gens, y en a peut être à la marge, mais il y en a dans tous les et dans tous les milieux qui voulaient réellement tuer un flic qui voulait tuer quelqu’un. Il n’y avait pas de ça, c'était. La théâtralisation était en œuvre. Et quand on brûle un restaurant sur les Elysées et que tout le monde crie, c’est une honte et tout ça, moi ça ne me pose aucun problème. Il y a des assurances, il n’y a pas de mort, il n’y a pas de blessé. Enfin je n’y vois rien. Donc cette théâtralisation, j’y tiens vraiment.
David Dufresne
Et Frédéric mise sur l’origine de l’incendie du Fouquet. Là aussi, il y a plusieurs théories. Donc évidemment, puisque il y a, il y a fumigène de la police qui apparaît sur le store du Fouquet, c’est un peu compliqué, c’est dommage je précise.
Frédéric Paulin
Oui, vous avez raison de préciser effectivement, le fait est que. Est ce que je ne prends pas position ? J’ai un personnage qui est donc ex fin de la LCR et qui lui a plutôt cette vision de l’anarchiste comme idiot utile du capitalisme et de la répression policière. Et Nathalie qui est plutôt favorable à un contact physique, effectivement, pour dénoncer la violence policière et la violence d’Etat qui est encore pire. Néanmoins, mon personnage de la LCR va évoluer, va évoluer et va lui-même comprendre que si la violence symbolique et la violence face à la police est aussi un moment, un moment de libération, effectivement, on ne va pas renverser le pouvoir en place. C’est compliqué même d’y croire. Mais néanmoins, il y a un moment de libération et c’est un moment où hors, hors du temps, hors de la ville, hors de la pression aussi. Des flics et de l’Etat, quoi. Et rien que ça, c’est déjà une libération. Et c’est en ça que le personnage va évoluer aussi vers l’acceptation de formes d’expression politique. Parce que moi je tiens à dire que c’est même l’action. Et cette violence théâtralisée est une forme d’expression politique.
David Dufresne
J’en suis bien sûr, bien sûr, évidemment, oui. En cela, vous vous approchez d’un autre René Romain huit que vous devez connaître, que je qualifie d’ethnologue. Mais. C’est ce que je cherchais tout à l’heure et j’avais son bouquin quelque part dans ma bibliothèque, mais je l’ai pas là. Romain qui est aussi dans mon film, un poéticien sage qui grosso modo et développe à peu près ce que vous êtes en train de dire. C’est à dire qu’en fait il y a le côté délictuel de cette violence, mais il y a le côté politique qui est toujours retiré et qui, qu’on soit d’accord ou non, etc. Et le roman, votre roman est traversé par cette question là. Quoi ? Est ce que c’est un acte politique ? Si oui, est ce que Est ce qu’il est efficace ou non ? Voilà. Et donc parce que. Il faut dire que le bouquin porte beaucoup sur les préparatifs d’Eugène, sur les premiers instants, sur les sur les premiers moments, sur l’arrivée là bas, qu’est ce qui se passe, les premiers jours, etc. Donc c’est des moments de réflexion, et puis après il y a l’action.
Frédéric Paulin
Oui, c’est des moments de réflexion et personne. Au début, on allait à Gênes et personne ne savait. Jusqu’où allait-on finalement ? Parce qu’on savait que les cortèges devaient se rendre sur la zone rouge qui était une zone totalement interdite. Et autour, il y avait une zone jaune où les flics étaient disposés et on n’avait pas le droit de l’aborder non plus. Et on se demandait jusqu’où les cortèges allaient pouvoir tenir. On savait. On savait qu’il y allait avoir un contact avec les forces de l’ordre, mais aussi à l'époque, il y avait tout type Bianchi qui avait développé cette cette stratégie du contact, du soft contact, si on pouvait dire, derrière leurs boucliers. Voilà, y repoussait les flics et ça fonctionnait parfois. Donc ce n'était pas non plus. Même aller sur la zone rouge, ça voulait pas dire qu’on va se castagner quoi. Ça ne voulait pas dire ça. Donc le fait est qu’on ne sait pas, en allant à Gênes, ce que ça va donner. D’ailleurs, je me souviens que beaucoup de gens se posaient la question "Toi tu vas aller au contact, est ce que tu vas aller au contact ? " C'était des mots, des questionnements qui revenaient. Et pour le coup, le contact est venu vers nous. Parce que les flics qui étaient dans la zone jaune et qui devaient pas sortir sont sortis, sont venus en zone blanche à la rencontre des cortèges, ont coupé les cortèges. C’est là où d’ailleurs Carlos Giuliani s’est fait tuer place planer sur la Plaza lui mandat à l’extérieur de la zone jaune quoi. Donc c’est là, moi où je vais avoir la peur de ma vie derrière les boucliers des Tutti Bianchi qui commencent à céder. Ouh Les flics là commencent à. Mais ils sont là pour castagner et sont là pour castagner. Et j’ai vu des flics balancer des canettes. Alors je ne dis pas que de notre côté on ne balançait pas des canettes et tout ça, mais j’ai vu des flics ramasser les canettes et les balancer sur la foule. Ça fait ça, ça pousse, ça pose là l’idée de la répression. Jusqu’où les flics voulaient aller ? C’est assez.
David Dufresne
Bien sûr. Dernier personnage, me semble-t-il. Il y en a beaucoup. Il y a beaucoup de personnages, mais disons qu’il y en a qui sont plus marquants ou plus déterminants, on va dire dans l’avancée du récit. Ainsi, cette sucette journaliste Gicquel avec un prénom breton, je ne vous ai pas écorché vu que vous êtes Rennais.
Frédéric Paulin
Comment j’ai Nova ?
David Dufresne
J’ai Nova chez Nova Gicquel. Journaliste au JDD. Nul n’est parfait. Kiki qui galère un peu. Et puis finalement, elle profite qu’une de ses collègues ne puisse pas aller à Gênes pour y aller où elle va. Elle va recueillir quelques scoops Et c’est ce personnage aussi qui vous permet d’aller dans la zone rouge Et les journalistes. Elle peut se promener, c’est la base même du web.
Frédéric Paulin
Elle peut se promener, elle a même une accréditation pour rentrer dans la zone rouge et techniquement, elle devrait être dans la zone rouge. Mais elle choisit d'être dans la. Du côté des contre-manifestants, des manifestants du contre-sommet, elle aussi, elle va évoluer, elle va évoluer. Enfin. Cette vision qu’elle avait des mouvements, des activistes altermondialistes et du Black Bloc va évoluer. Elle qui croyait que c'était, oui, de la violence pure. Elle avait cette vie, elle avait cette vision, que c'était du saccage, que c'était une volonté de casser. Pour casser quoi ? Elle va, elle va accepter de la chose. Voilà que c’est peut être autre chose. C’est une expression, une forme d’expression politique. Mais surtout, elle va s’apercevoir qu’en face, qu’en face, la vraie et sans la vraie violence, et du côté des flics et du côté de l'État, l'État italien, mais plus globalement de l'Éta de l'État en général.
David Dufresne
Voilà, c’est l'événement va agir comme un révélateur chez elle et on verra comment je l’ai. Ça, je laisse la surprise au lecteur. Comment, comment le ré, le chef va réagir par rapport à ça, etc. Quoi ? Je démarre. J’ai une question comme ça Comment on choisit les noms de ses personnages ? Vous avez de la chance, moi j’ai plus de café..
Frédéric Paulin
J’ai cherché Il est froid Le mien
David Dufresne
Vrai, mais comment On choisit les noms des personnages ?.
Frédéric Paulin
D’abord, on essaye de ne pas les construire comme ça. Ex nihilo. Un nom. J’ai tout individu, c’est quand même. C’est presque le condensé d’une histoire, d’une histoire familiale et sociale. Je ne pourrais pas créer un nom de famille comme ça. Donc j’essaie de trouver des noms d’abord qui mais qui sonne bien à l’oreille. Et parfois, lorsque je suis dans des pays étrangers, je vais même voir sur des pages internet les équipes de foot ou les équipes de sport comme ça. Donc ce qui me permet d’avoir plein de personnages qui reviennent et tout. Et donc ça permet aussi d’avoir des prénoms, des prénoms qui sont de l'époque. Parce que si je commence à appeler des légendes 2000 ou même des noms comme Kevin Arthur ou Basile ou Gaspard pour citer le nom de mes gamins mais qui sont quand même des prénoms qui sont venus dans les années 2010, ça ferait un peu anachronique quoi. Donc j’essaie de faire ça en allant sur internet, sur les pages de sport, comme ça, c’est marrant.
David Dufresne
Et vous vous dites.
Frédéric Paulin
C’est mon truc, il y en a peut être d’autres.
David Dufresne
Vous ne glissez pas des noms de copains pour les emmerder ou au contraire les flatter ? Non mais vous avez dit ouais, non.
Frédéric Paulin
Non, non mais ce n’est pas aux copines. Nathalie de Rouen est une est un nom que voilà. C’est une fille que j’ai connue au lycée de ce nom. Oui, oui, elle a existé, elle a existé.
David Dufresne
Donc on vous sent ému, on posera pas plus de questions, mais là j’ai mis le doute..
Frédéric Paulin
Une nouvelle ?
David Dufresne
Ben ça va venir je pense. Si je vais dire seize 93, on va mettre ta question de côté pour le pour le Québec, on va on va en parler, je reviens. Eugène Page 38 Donc, je remonte le temps en fait, parce que ça me semble important, c’est les rumeurs de la ville, donc vous vous laissez entendre quand même qu’elles ont été un petit peu provoquées par le Franco d’Italie dont on parlait tout à l’heure. Donc par exemple, vous dites, vous écrivez il y a quelques journalistes, alors là on est, on est, on est deux, deux ou trois jours avant, hein, Il y a quelques journalistes, certains ici de prendre des photos, de poser des questions. Le camp retranché de la zone rouge va-t-il tenir face aux milliers de contestataires ? Pourquoi le président Bush Dorothy, sur un bateau de guerre américain, ça m’avait complètement. J’avais complètement oublié ce truc là. C’est sidérant. Est-il vrai que le Black Bloc se rassemble sur le front de mer ? Les gardes du corps repoussent les importuns. Les importants sélectionnés sont aréopage, disparaissent dans les ascenseurs. Et un peu plus loin, vous écrivez la page d’après. Depuis une semaine, donc depuis une semaine avant le sommet des barricades de béton, des grilles d’acier de type New Jersey. C’est l’appellation officielle, ça. J’adore, ça se dit. Des précisions, j’adore. Et des vitres anti balles ont été installées. Tous les accès menant aux quatre kilomètres carrés de la zone rouge sont bloqués. Donc ça c’est l’ambiance de gêne avant, avant le sommet et avant la bataille.
Frédéric Paulin
C’est l’ambiance de la zone rouge de la zone qui protège les chefs d'État et tous les politiques. Parce qu’avant la bataille de l’autre côté, ce n’est pas du tout pareil. De l’autre côté, c’est très festif. Il y a des. Le premier Cortès et la première manifestation en soutien aux réfugiés de tout le pays. Elle est. Elle est colorée et musicale. Il y a des fanfares, des mecs tapent des Bella ciao à la trompette et tout ça. Enfin, ça crie, c’est chouette. Il y a Manu Chao qui fait son concert le mercredi soir je crois, mercredi soir sur le front de mer. Sur la place Kennedy, il y a la joie des dizaines de milliers de personnes qui le regardent. Il y a quelque chose de très festif à l’extérieur de la zone rouge, dans la zone rouge. On est déjà dans un phénomène psychologique d’assiéger. Et effectivement, c’est différent. D’ailleurs, cette dissonance entre les deux côtés, c’est sans doute ce qui va être le plus traumatisant pour nous à l’extérieur de la zone rouge. Pour nous à l'époque, quand on va, on va voir que les flics ne sont pas du tout là pour. Mais pour. Pour nous empêcher de passer uniquement alors.
David Dufresne
Frédéric je dois vous dire, je dois vous dire que sur Manu Chao, il y a un de vos personnages qu’il y a un truc que je n’ai pas apprécié. Mais il y a une petite vacherie. Ce n’est pas ça qui va changer le monde. Ce qu’on entendait déjà ? Enfin je veux dire, si c’est juste pour dire ça, pour dire que vous évoquez effectivement la présence de ce bon Manu.
Frédéric Paulin
Avec moi, c’est la bande son aussi, c’est une touche, c’est la bande son de ces années là de l’alter mondialisme français là, et c’est la bande son gène d’une certaine manière. The Machine pour d’autres raisons.
David Dufresne
Mais alors j’allais y venir puisqu' il y a trois références musicales dans votre bouquin. Il y a Manu Tchao. Mais je vois bien qu’il y a de la tendresse. Quand on vous fait dire ça aux personnages, il n’y a pas il y a aucun souci, il y a des mots machine dont il faut quand même dire que ces gars là, ils ont fait un morceau génial, mais un seul d’ailleurs que vous citez.
Frédéric Paulin
Ils en ont fait deux. Il y a un album qui est super bien.
David Dufresne
C’est le premier album avec une chanson la plus connue qu’on ne peut pas mettre sur Twitch parce que sinon on va se faire striker. Ça c’est le bordel Métro de la connerie. Vous voulez la chanter ?
Frédéric Paulin
Non, non, là je ne pourrais pas parce que j’adorerais que quelqu’un la sifflote. Ou quelque chose comme ça, juste pour que ça donne. En plus, je ne sais pas chanter.
David Dufresne
Bien sûr,
Frédéric Paulin
J’ai pas de voix, j’ai un sens du rythme qui fait rire mes enfants quoi.
David Dufresne
C’est ça ? Ouais, moi c’est pareil. Et donc peut être y a t il. Une même qui les anime, c’est ça ? Voilà, je t’emmerde, Je ne ferais pas ce que tu me dis de faire. Fuck you.
Frédéric Paulin
Ah oui, et puis c’est scandé comme ça. Moi, cette chanson, ce morceau, je l’entends. Quand on descend, on descend sur la zone rouge, là c’est le cortège des Tutti Bianchi, à la fin c’est la LCR. Il y a une refondation je crois. Il y a plein de groupes qui sont, qui sont dans le cortège et on descend sur la zone rouge et les tutti Bianchi ont un camion avec une sono dessus et ils balancent du gros son quoi. Il balance les clash, il balance Rage against the Machine et je me souviens de de cette chanson de Legend The Machine qui scandait What do what you want do it. Et ça donne une ambiance. Et c’est ça.
Frédéric Paulin
J’ai entendu des frissons 20 ans après, mais on est là. Et après ce qui va se passer ? La mort de Carlos, les affrontements, enfin tout, tout. Là, c’est peut être le tournant, c’est là où ça va tourner de la fête à la tragédie. Mais il y a cette musique qui fait, qui est, qui est, qui nous porte quoi. On descend, Il y a quelque chose, on y croit quoi, On y croit ?
David Dufresne
Alors Frédéric, je me fais engueuler dans le tchat en disant que je suis trop dur avec The Machine, évidemment que c’est trop dur. Mais juste pour l’anecdote, à l'époque je travaillais à Best qui était le Poulidor du rock critique et je me suis. Je me suis roulé par terre pour que l’album de machine soit l’album du mois, ce qui a été le cas. Et je peux vous dire qu'à l'époque ça avait du sens. Donc ne bombardez pas les amis. Non, je rigole. Ce que je veux dire, c’est que malheureusement pour eux, ce morceau-là a écrasé le reste de leur carrière. Les mecs étaient d’ailleurs très sympathiques et c’est ce qu’on a appelé le rock fusion.
Frédéric Paulin
De la Rocca et tout ça. Et un mec engagé, oui.
David Dufresne
Non, non, ils sont ils sont super. Mais c’est vrai que ce morceau là, qui est quand même très adolescent aussi.
David Dufresne
Qui crève, bah voilà C’est bizarre parce que visiblement personne ne l’a mis dans le tchat. Ce serait bien que vous vous trouviez comme ça, vous pourriez l'écouter chez vous en même temps qu’on fait l’interview. Et ce morceau là.
Frédéric Paulin
Il y a sur YouTube, il y a leur truc en live là, qui peut être adolescent comme vous dites, mais pas moi, Moi, moi, ça me parle encore maintenant, le mec il chante sur scène, c’est super, on aimerait être à sa place.
David Dufresne
Ça se sent que ça vous parle encore puisque la chanson revient sur une dizaine de pages.
Frédéric Paulin
Elle est citée par morceaux sur. Mais c’est cette descente sur la zone rouge.
David Dufresne
C’est ça ? Et le troisième groupe, vous l’avez dit, c’est Clash qui apparaît. En bande son ? Et alors, j’avais noté ça, je l’avais déjà dit page 93. Il y a trois grands courants irréconciliables. Donc là on est. Vous dites que sous la façade fédératrice.
Frédéric Paulin
Du Forum social de Genève, les dissensions couve. Il y a trois grands courants irréconciliables : ceux en faveur des actions pacifiques, ceux qui, comme est bien, qui sont pour opposer une violence symbolique au pouvoir et aux flics et ceux qui veulent tout péter pour que tout s’enflamme. Le Black bloc. Ils ne s’entendront jamais. Un des personnages, j’avoue, je ne sais plus lequel de journaliste Et c’est Corbet. Oui, Lui, ce photographe, je l’aime pas, mais si bien c’est dit. Si bien qu’il y a des personnages
David Dufresne
Oui, bien sûr
Frédéric Paulin
Mais les héros ne sont pas toujours des bonnes personnes, j’en suis convaincu. Bien sûr, dans la vie de tous les jours d’ailleurs aussi, il faut se méfier des héros.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr, Malet, lui, on s’en méfie. Mais il dit Ils ne s’entendront jamais, professe t il. Gênes, c’est le plus grand rassemblement altermondialiste jamais vu. Et là, vous écrivez un truc vraiment, à mon sens de romancier. Mais si tu veux mon avis, c’est le dernier. Pourquoi je dis romancier ? Parce que c’est à la fois facile, parce que vous l'écrivez après et en même temps, c’est absolument génial parce que ça résume le truc, quoi.
Frédéric Paulin
Mais sauf les gens qui étaient un peu proches du mouvement et moi pour étudier ce moment-là, je m’aperçois qu’il y a des vraies dissensions dures. Christophe Aguiton, qui était le porte parole d’Attac.
David Dufresne
Mais les mecs c’est ce que vous dites, c’est ce que vous faites dire à un de vos personnages.
Frédéric Paulin
Ouais, ils étaient face aux Black Blocs qui eux mêmes il y avait certains mecs qui étaient. On sentait qu’ils savaient faire quoi. Et je me suis dit ils vont se foutre sur la gueule et là y a tout le monde qui arrive, calme les deux camps en disant on se calme, La LCR fait ce qu’ils ont à faire, y ferme le cortège pour éviter la panique en cas de reflux et tout ça, laissez tomber tout ça. Bon, et si ça se balance des noms d’oiseaux ces temps-ci, c’est tendu. Effectivement, Berlusconi et tout. Tous ses potes, ils ont gagné, ils ont gagné là dessus aussi. C’est qu’ils ont fait péter ce mouvement. En quoi ont-ils réussi à faire péter ce mouvement ou quoi d’une certaine manière ? Alors il faut, il faut préciser aussi. On oublie peut être un peu vite. Je pense qu’on n’oublie pas ici, mais que deux mois après il y avait le 11 septembre 2001 et ceux-là ont changé d'époque. Elles ont changé. Moi je l’ai. Moi je l’ai pris dans la gueule parce qu’il y avait une on n’avait plus le droit de discuter, On nous disait Attends, attends tes conneries de gauchiste, ça va un instant Là, on est dans le sérieux. La tension, c’est un choc des civilisations, l’intention, voilà. Et ça nous a même. Dépossédé de la parole. Quoi ? Ça, ça nous a dépossédé de. De cette histoire, De ceux qui y sont allés, à mon avis, ont été ont dû se taire.
David Dufresne
Alors on comprend très bien, j’allais dire, la nécessité pour vous d'écrire ce roman, parce que justement, c’est une façon de dire vous m’avez empêché de parler. Les événements nous ont empêchés de parler parce qu’ils ont été éclipsés par un autre. Mais quand même, cette histoire doit être écrite. Mais est ce que vous pensez que votre roman permet par exemple il y a des mots qui nous disent non dans ce n’était pas des boules mais non, c’est beaucoup plus soif. Qui nous dit la division encore aujourd’hui ? Est ce que vous pensez que votre roman permet de comprendre les mécanismes qui sont à l'œuvre ? Le rôle de la police, le rôle des services, le rôle du politique, le service d’ordre, le bloc, etc. Ou est ce que ce n’est pas votre propos ou est ce que votre propos c’est de dire ben voilà, il y a une histoire à raconter, je la raconte, je ne suis pas là pour, pour la décortiquer, la décrypter. Ce n’est pas un essai, c’est un roman. Où est ce que quand même, le roman est une arme ?
Frédéric Paulin
À bien d’autres mœurs ? Il y a des romans qui sont des romans plaisir, au même titre qu’il y a du blockbuster et tout ça qui peut être très bien fait, qui peut être intéressant. Et j’en regarde des blockbusters, mais moi je ne suis pas dans cette catégorie là. Quand j'écris sur quelque chose, c’est que je veux en parler au sens profond du terme. Je disais tout à l’heure que j’ai pas les réponses à beaucoup de questions. Néanmoins, je peux me questionner. C’est la force du romancier, il peut questionner, il peut rappeler aussi une chose sans pour autant partir dans l'œuvre mémorielle et tout ça, mais néanmoins écrire sur ce qui s’est passé il y a 20 ans. Les gens disent Mais moi je ne me souvenais pas. Mais moi je ne me souvenais pas qu’il se fût passé ça. Mais c’est dingue, c’est impossible. Et souvent les gens font d’eux mêmes d’ailleurs le lien avec eux, avec ce qui se passe de nos jours. Et souvent les violences policières reviennent sur le tapis en disant qu’est ce que vous pensez des violences policières ? Mais alors est ce que ça, ça a un lien ? Oui, il y a un lien. Oui, pour moi, jeune, ça a été tout d’un coup une, une autre une autre politique du maintien de l’ordre. Tout d’un coup, c’est moi. J’ai vu des flics qui avaient des armes de guerre sur eux, alors ils s’en sont servis, ce n’est pas le problème. Mais il y avait une espèce de. Voilà, on a la force de notre côté. Regardez ça, à l'époque, il n’y avait pas toutes les opérations antiterroristes, sentinelles et autres qui faisaient que maintenant dans la rue, on se balade et on n’est plus étonné de voir sept ou 8000. Ouf ! La militaire avec des femmes ratio de femmes, c’est un truc qui à l'époque était étonnant. Moi je vois ça à Gênes et je pense que Gênes a été le moment de bascule. Alors il y a eu le 11 septembre. Après ça a accéléré les choses, mais ça a été ce moment de bascule où l’opposant à l’État et plus encore si il était entre guillemets violent, était forcément un criminel, potentiellement un criminel. Et ça c’est une prise en compte aussi des nouvelles politiques de maintien de l’ordre. Les gens en lisant ce que j’ai écrit sur Gènes de même, font le lien avec ce qui s’est passé pour les gilets jaunes par exemple. Quoi ? Pour ou contre la loi travail également ? Vous parliez du CPU c’est déjà l'œuvre CPU en 2005, donc c’est allé assez vite. Et. Et donc il y a eu, il y a une modification. Oui, le roman peut être une arme. Je ne suis pas assez taré pour imaginer que je vais changer le monde avec un roman. Néanmoins, je vais me questionner. Questionner quelque chose. Quoi ? Et rien que ça, c’est à la marge. Ça peut faire quelque chose quoi. Moi j’y crois encore.
David Dufresne
Quand on travaille sur un tel sujet, à l'écrit ou même là, dans l’entretien fort sympathique que nous avons. Est ce que de temps en temps, le romancier que vous êtes, vous dites vous que je fasse attention à ce que j'écris ? Il faut que je fasse attention à ce que je dis. J’ai des copains ou des anciens copains qui pourraient juger mon curseur de radicalité. Est ce qu’il est allé par là ? Est ce qu’il est allé par là et est ce que. Est ce que c’est des préoccupations qu’on se donne ?
Frédéric Paulin
J’ai. L’autre jour, j’ai fait une rencontre dans une librairie. Et il y a un type qui demande à prendre la parole. Et je lui demande si demain vous êtes. Il dit Ouais, il enlève son masque et il dit Je suis Philippe Poutou. Il était là quoi, Philippe Poutou Et il avait lu le bouquin et il dit J’ai lu le bouquin, on en parlera plus tard. Et à la fin de la rencontre, on se retrouve et puis on discute comme ça. On était dans le centre ville de Bordeaux, comme ça, assez tard le soir et on discute, il dit, il me dit ça. Je t’avoue que ça piquait un peu quand tu parlais des militants de la LCR, des petits chefs et tout ça. Mais lui il disait mais ça existe, ça doit exister tout ça. Il reconnaissait ça. Alors le mec, moi j’aime bien, il a fait ça, c’est sorti sur la police qui a tué tout ça sont à mon avis intéressantes au sens où lui même là, en disant ce qu’il dit, alors c’est peut être dans une optique présidentialiste. Encore que non.
David Dufresne
Je ne crois pas non plus.
Frédéric Paulin
Je crois qu’il n’y croit pas trop non plus à un jour entrer à l'Élysée, c’est. Un problème qui questionne. Lui, il a le mérite, on peut dire. J’entends dire que ce qui fait la démagogie, non, la police ne tue pas. Non. Néanmoins, lui-même questionne Messieurs, sur la place publique comme ça, une question qu’on con, qu’on évite, qu’on convoque.
David Dufresne
Et la réponse qui lui est donnée, c’est à dire 48 h de bad buzz, est à la hauteur de sa question. C’est à -dire que le candidat à la présidentielle ne peut pas aborder cette question là. C’est complètement sidérant.
Frédéric Paulin
Mais bon.
David Dufresne
Mais, mais je reviens, je reviens à ma question vous concernant, vous, l'écrivain ? Est ce que de temps en temps on vous dit vous poussez dans l'écriture ou au contraire vous êtes élu ? On ne vous dira jamais. Quoi que je fasse gaffe Est ce qu’on est gêné par ses propres ombres.
Frédéric Paulin
Moche ? Oui, ben oui, on est forcément gêné. Je fais gaffe à ne pas faire de l’autobiographie totale. On ne s’intéresserait à personne, ce n’est pas le problème. Le fait est que Ouais. Oui, on peut être gêné par ses propres ombres, effectivement. Et d’autant plus que je pense que j’ai évolué en 20 ans, donc je n’ai pas aussi la même, la même appréhension de la réalité qu’il y a 20 ans maintenant. Maintenant, ce que j'écris, je le pense. Alors tout est relatif. Je ne pense pas ce que dit Djian. Le fasciste Franco, je Franco, je ne pense pas. Mais néanmoins, en lui faisant dire ça, je pointe du doigt ce qui est dit réellement. Donc oui, j’assume complètement toutes les phrases de mon roman. Pour le coup.
David Dufresne
Ça tombe bien parce que là, on va aborder ce qui m’a le plus plu et je. Et je suis tout à fait d’accord avec les réactions du chat en disant ça n’existe pas, la pureté militante, on s’en tape de soi disant pureté etc. On sait tous, puisqu’on est entre amis, on sait tous qu’effectivement ça traverse un peu certains milieux et c’est et c’est et c’est étouffant, c’est étouffant, c’est épouvantable. Enfin bref e qui m’a probablement tenu en haleine le plus, c’est la question de l’infiltration policière. Il y a aussi, mais il faut quand même en laisser aux lecteurs qui vont acheter le bouquin des surprises. Et il y a aussi toute la question des relations entre les polices française, italienne, etc qui sont très bien campées. Mais je reviens à la question de l’infiltration. Alors par exemple, on a page 125 Waouh ! Donc votre âme damnée qui se demande, qui se demande combien ils sont autour de lui à faire des rapports, à accomplir le boulot de supplétif de la flicaille que lui, il est à piétiner leurs idéaux pour éviter la honte, le déshonneur. Donc on rappelle qu’il a été mouillé dans une et dans une histoire de cocaïne et depuis il balance aux flics pour pas et en échange les flics lui disent on oublie ton affaire. Donc je reprends maintenant la lecture, donc l'écriture, euh l’indignité, toutes les balances la subissent tôt ou tard. On ne se fait pas d’illusions, il repousse seulement le moment où il sera définitivement happé, quoi qu’il arrive. C’est à son éthique, à sa fierté ou à son ego qu’il devra répondre de sa forfaiture à la lâcheté de la trahison. Il ajoute la lâcheté de repousser son examen de conscience.
Frédéric Paulin
Ah oui, mais alors personnage de roman ? Et effectivement. Mais le traître ne pense jamais être seul à trahir. Ce qui atténue d’ailleurs sa traîtrise, si on peut dire. Par contre, moi je ne pense pas qu’ils étaient très nombreux quoi. Dans son cas. Enfin si jamais il y en a eu. D’ailleurs, on est quand même dans le roman là, et on explique un peu les la barrière que construit ce personnage pour éviter d'être emporté par l’ignominie du songe sans action quoi. Effectivement, la traîtrise c’est le pire. On a Tb8, on a tendance. On avait tendance à l’extrême gauche à chercher le traître, à trouver le flic quoi, tout le temps parce qu’il y avait cette légende qui courait. Mais là pour le coup. Ils essaient de se prémunir de. De ce qui pourrait l’emporter psychologiquement. C’est-à-dire je suis le seul à faire ce que j’ai osé faire. Faire ça quoi.
Frédéric Paulin
Quand ils sont plus nombreux et tout ça, on est toujours moins félon à plusieurs que seul, quoi. Sans doute.
David Dufresne
Il y a eu un roman il y a une vingtaine d’années je crois. De mémoire, ça s’appelait Un traître. Les totaux de Guy Dardel Oui, qui parle de ça, mais qui, je crois, était inspiré de faits réels.
Frédéric Paulin
Ouais, ouais, ouais, J’ai un des flics qui parle de ce type là, qui a été infiltré et dont je ne me souviens plus le nom. Mais dans mon roman, à un moment, il y a une phrase, on voit passer le type qu’on voit passer. Un cas d'école si on peut dire. En tout cas dans la mouvance de Frédéric.
David Dufresne
C’est étrange parce que moi, quand je démarre le bouquin, vous laissez vachement entendre que ces milieux là sont très infiltrés. Bien sûr, là, vous jouez sur le cliché, quoi.
Frédéric Paulin
Alors oui, l’infiltration, c’est peut être le terme un peu un peu facile et galvaudé, mais néanmoins ils sont très surveillés, j’ai envie de dire, c’est à dire quand même. Et ça fait des années que ça dure. Je crois que c’est à la LCR, VB la Tchéquie, qui racontait que dans les années 70, lorsqu’ils veulent aller se payer l’ambassade du Vietnam à coups de bombes à peinture rouge, ou alors de choper le l’ambassadeur vietnamien et lui peinturlurer la gueule. Il y a très peu de flics autour en général et lorsqu’ils débouchent de la bouche de métro, là ils s’aperçoivent qu’il y a des corps de CRS et tout ça qui entoure le truc. Ils ne peuvent pas l’approcher quoi. Et là, le mec qui dit on a compris qu’il y avait parmi nous des mecs qui avaient balancé quoi, C’est clair que c’est un petit groupe à avoir monté le truc. Donc, c’est que l’extrême gauche soit extrêmement surveillée, on peut faire confiance aux flics, c’est clair. De là à dire qu’elle est infiltrée au sens où il y a des soit des flics, soit des indics rémunérés qui soient dans les euh dans les officines, je Oui, peut être. Peut être, mais à la marge, je n’ai pas l’impression que ce soit quand même. En tout cas, je n’ai pas l’impression que tout ce qui est recherche universitaire ou voilà et fait remonter beaucoup de cas.
David Dufresne
Non, non, c’est très compliqué. Par exemple sur les cas de policiers provocateurs dans les manifestations
Frédéric Paulin
C’est autre chose
David Dufresne
C’est autre chose. Le stade d’après. En justice, il faut remonter à 1979, l’opéra, place de l’Opéra, etc. Bon, voilà, il y a une bonne blague, mais c’est une blague, il faut la prendre pour une blague de Shadocks zéro. Dans une blague du NPA à la CNT, il y a plus de RG que de syndicalistes. Bon, je dis. Ça pourrait être dans votre bouquin sur ça. Autre chose, j’ai été très heureux de voir apparaître page 147 une phrase, une ligne, mais ça suffit ! Akim B. Tu connais Akim B. La journaliste secoue la tête à Quimper, c’est le théoricien des Taz. Les zones d’autonomie temporaire, ça te parle ? Non, ça ne me parle pas. Alors Frédéric, j’ai vu dans le chat, l’entretien est vachement intéressant, mais moi je n’ai pas toutes les clés, je ne comprends pas tout, etc. Alors Hakim B. Est ce que vous pouvez dire qui s'était accumulé ?
Frédéric Paulin
Ouais, c’est un sociologue et il avait sorti un bouquin, un qu’on trouve en séance, un petit bouquin qui est vraiment. Je pense même qu’il est en accès libre. Je crois me souvenir sur internet.
David Dufresne
C’est un bouquin épais
Frédéric Paulin
C’est assez épais, alors j’ai dû avoir le PDF. Enfin, je me suis dit c’est ça le problème des PDF, Il théorise, oui, et les zones autonomes temporaires quoi. Donc Taz Et c’est quelque chose d’assez. Ça, c’est une époque où on y avait une tentative de théorisation aussi de ces idées, des mouvements, des mouvements de rue et de black blocs que certains oui, on a pu rapprocher le black bloc de ce genre de théorie, mais en tout cas, l’idée c'était que euh. Mais je crois que c’est même ça date de plus vieux parce que Marcuse en parle dans les années 68-60 67. Là il parle que de cette zone, de cette capacité qu’un groupe dans la rue, en repoussant les flics, pourra constituer une zone autonome, temporaire, où là pourrait se passer des choses, se passer des prises de conscience aussi, et que, et tout d’un coup, cette libération temporaire peut aussi ouvrir sur un questionnement, sur une prise de conscience de certains militants. Quoi ? La zone autonome temporaire, on la voit aussi dans ce qu’on voit dans les ZAD quoi, à Notre-Dame-des-Landes de par chez moi, enfin ailleurs. Tout ça, c’est aussi ça. Ça découle de cette théorie d' Akim B qu’il est possible dans un monde surveillé par les flics, réglementé par une classe. La politique dominante et qui se reproduit entre elles. Enfin voilà, on peut, on peut créer des zones, des zones où. Tout peut être refait en fait.
David Dufresne
Voilà. Et Euryale a mis dans le tchat le lien pour aller lire le livre de Hakim B. Livre qui quelques années plus tôt avait fortement influencé les ce qu’on pourrait appeler les pionniers de l’Internet. L’utopie du Web de 95 et en fait la théorie de King B cité en fait la. La théorie des pirates des mers du 16ᵉ du XVIIᵉ siècle en gros, qui allait d'île en île comme des zones d’autonomie temporaire, sachant que tôt ou tard ils seraient chassés par les Anglais, par les Espagnols ou par les Français, voire les Italiens, etc. Mais c’est une référence qui aujourd’hui est un peu enfouie et qui à l'époque est très importante.
Frédéric Paulin
Oui, oui, parce qu’on se souvient, on cite les mouvements des teuffeurs, la techno, les teknival aussi. Certains n'étaient pas nombreux, mais certains se sont aussi revendiqué à Timber en disant un teknival, un festival aussi peut être une zone autonome temporaire quoi, c’est ça ? Donc ça c'était à l'époque, dans certains milieux et dans les milieux d’extrême gauche. Et effectivement à Quimper, ils avaient en tout cas une certaine audience, quoi, une certaine écoute en tout cas.
David Dufresne
Alors là, j’ai mes notes, le logiciel de mes notes qui a craché. Maintenant j’improvise. Et ça tombe bien parce que justement, je sais que la question que je voulais vous poser, c'était est ce que ce roman, celui-ci spécifiquement, est écrit avec des notes, avec des rapports, avec des. Est ce que sur votre ordinateur il y a des fichiers dans tous les sens ou classés ou pas ? Ou est-ce que c’est de la pure inspiration ?
Frédéric Paulin
Non, du tout. Il y a tout de manière. Moi, j'écris avec beaucoup de documentation. Avant, on pouvait faire une recherche documentaire et qui d’ailleurs continue pendant l'écriture. Je blinde le truc comme j'écris sur une période récente. Moi j’ai une, disons une ligne blanche, une ligne rouge à pas dépasser. C’est blanc de l’histoire avec le grand H. Parce que y' a des gens qui ont vécu cette histoire, qui en ont été victimes, qui ont été témoins et falsifient cette histoire même, même par erreur, même sans le vouloir, ce serait aussi peut être les blesser plus encore. Voilà. Donc j’essaie de maintenir le truc maintenant. Ma documentation. J’ai pas eu deux flics qui sont venus me balancer des trucs ou dans d’anciens qui sont venus me balancer des scoops ma documentation. Alors pour le coup, pour jeune, j’ai gardé les journaux de l'époque, j’ai tout un tas de journaux dont Le Journal du Dimanche juste après mon départ de Gênes, quoi que j’ai acheté à la frontière française.
David Dufresne
Et genre ce n’est pas pour rien que votre journaliste est au JDD.
Frédéric Paulin
Maintenant parce que mais, mais ça je l’ai peut être compris. Après je me demande si sur le coup je l’ai prémédité. Mais il se trouve que ce journal, je l’ai, je l’ai acheté et que j’ai. Voilà, je suis tombé sur ça, j’ai vu ce qui s'était passé. Ah bon ? C'était oui ça. Mais ça m’a un peu un peu tapé dans le dans l’imagination sans doute. Et donc je me constitue une documentation à base d’essais des universitaires journalistes, d'écrits journalistiques, de romans. Même si en France, sur Jeanne il y a, il n’y a pas de romans qui ont été faits. Voilà, il y a eu une pièce de théâtre qui est sortie, mais il y a très peu de choses qui ont été écrites sur cette période là. Mais voilà, je me constitue un corpus documentaire qui fait que je vais m’appuyer dessus aussi pour eux pour écrire cette grande histoire. Maintenant, tout ce qui est de l’ordre du roman, de mes personnages fictifs, ouais, c’est dans ma tête que ça existe.
David Dufresne
C’est dans vos têtes ou est ce que. Est ce que vous avez des fiches par personnage ? Est ce que vous avez un canevas ou est ce que vous vous laissez aller ?
Frédéric Paulin
Ça fait grincer les dents de mes de mes éditeurs qui me disent que des fois il faudrait peut être que j’ai un. J’ai un plan un peu plus détaillé parce que des fois, il y remarque, eux qui sont mes premiers lecteurs et qui ont travaillé sur le texte, me disent tiens, tu vois, tu sais, c’est trop court là pour que machin soit il soit là et pas il faut faire gaffe, la chronologie doit être respectée aussi, parler des choses comme ça. Moi j’ai tendance à avoir très peu de plans détaillés et de partir comme ça. J’ai les grandes, les grandes idées à peu près où je veux arriver. Alors pour le coup, c’est différent, c’est lui qui fait le lieu et de est de temps. Et puis j’ai été juge, mais pour la trilogie sur le sur le terrorisme que j’avais fait avant qui se passe sur 30 ans, c’est plus compliqué de tenir ce cap quoi. Donc j’ai pas tendance à faire des plans très détaillés, je n’ai pas des fiches personnages dans mon ordinateur, j’ai quelques lignes comme ça pour me pour me souvenir qu’il a une balafre sur le côté gauche.
David Dufresne
Et non pas droit pour éviter que 200 pages plus loin
Frédéric Paulin
Mais j’y vais un peu comme ça. Non, moi j’ai des fichiers documentation qui sont assez importants. Dans mon ordinateur.
David Dufresne
Et en termes de discipline d'écriture, vous écrivez religieusement chaque matin ou la nuit, fébrilement ou tous les jours à 14 h aussi. Alors faites gaffe parce que votre éditeur est dans le chat
Frédéric Paulin
Moi je dois dire que si je suis écrivain et si j’ai la chance d’en vivre un peu chichement mais à la cool je sais, ce n’est pas pour avoir des horaires de boulot ou de bureau ou ou un patron sur le dos quoi. Enfin je j'écris quand je le sens. Alors j'écris beaucoup parce que je sais, c’est mon activité, c’est ce pourquoi, c’est peut être ce que je fais le mieux au monde et je veux dire. Mais néanmoins, je n’ai pas des horaires comme ça. Parce que des fois, la nuit, je me réveille. Tôt le matin et à 4 h du mat. Ouais, je vais, je vais écrire dans mon bureau quoi. J'écris aussi. J'évite d'écrire quand mes gamins sont là ou de m’accompagner là aussi, parce que voilà, je ne suis pas laissé, moi, je suis ancré, je suis le créateur qui m’a créé. Ne venez pas me déranger. Je ne leur impose pas ça. Ma famille aussi. Donc il faut se calmer un peu. Mais néanmoins, j'écris plutôt quand je le sens, quand ça vient, quand ça monte. Jamais. Je me suis dit Oh là ! 8 h du mat, il faut que j’aille écrire, je n’ai pas écrit quoi, C’est pas du tout mon truc quoi. Maintenant, chacun et chacune trouve son ou sa façon de faire et aucune. Ce n’est pas du tout un jugement moral.
David Dufresne
Aucun, bien sûr, bien sûr. Alors dans votre style, il y a quelque chose de notable. Moi j’ai plus mes notes, j’y vais freestyle. S’il n’y a pas de tiret, il n’y a pas tiret à vos dialogues, hein. C’est-à dire que vous allez très souvent à la ligne. Donc l'éditeur, il est fébrile, il se dit merde, ça fait des pages en plus. Et le lecteur, il se dit putain, c’est nerveux, c’est nerveux. Son écriture au gala et il n’y a pas à tirer. On comprend dès la première page le procédé. Il n’y a pas de gène de lecture. Ce n’est pas un procédé. Je ne crois pas que vous l’ayez inventé. Mais il n’est pas fréquent. Pourquoi vous faites ça ? C’est quoi l’idée derrière le fait de pas mettre de tirer ? Je parle pour les dialogues.
Frédéric Paulin
Ouais bon, ça aussi c’est un truc que sur le coup ça m’a paru bien. Mais j’ai pas. J’ai pas programmé le truc. Mais néanmoins, je voulais en faire un. Je pense qu’au début, ce qui m’a poussé à faire ça, c’est que je voulais faire un donner ce bloc de souvenir que j’ai et qui me pèse d’une certaine manière depuis 20 ans. Que faire ? C’est à dire que lorsqu’on raconte une histoire, parfois même je raconte une histoire machin, il a fait ça et tout d’un coup il me dit ça fait partie du de ce bloc de souvenirs quoi. Et moi j’avais cette envie. J’ai même eu envie à un moment donné de ne pas aller à la ligne de part faire des retours chariots de bois, donc de faire un bloc comme ça, comme si je racontais cette histoire. Sauf que ça devenait assez compliqué à suivre et tout ça. Donc je pense que ça vient de là. Je pense que j’avais cette envie de dire aussi que tous les dialogues font partie de la retranscription de mes souvenirs quoi. Ce n’est pas des dialogues que j’ai forcément entendus, évidemment, mais qui j’explique autant que le récit ce qui s’est passé quoi. Maintenant, effectivement, ce n’est pas moi qui ai inventé le procédé. Un grand auteur comme McCarthy ne met pas de tirer à ces dialogues. Si c’est moi.
David Dufresne
Je pense à lui. Alors bon j’imagine que vous m’autoriserai à lire un passage qui vers la fin du livre, parce que c’est une scène qui est connue puisque c’est la mort de Carlo Giuliani, mais je trouve intéressant de dire comment vous la raconter et je ne vais absolument pas raconter ce qu’il y a avant et après, parce que après, c’est la fin du livre. On entend un cri strident comme une plainte animale. Un homme gît au sol. Allez-vous faire du café ? Si vous voulez, je peux me mettre en solo.
David Dufresne
Je sais, c’est bon.
David Dufresne
Alors je recommence. Il faut respecter l’auteur. On entend un cri strident, comme une plainte animale. Un homme, J. Au sol. Il est sur le dos, les bras en croix. Un rouleau de scotch lui ceint le biceps, un bouillonnement de sang élargi, une mare rouge sous son crâne. À ses côtés, il y a un extincteur. Calvin Cummings. C’est un caporal. Des. Carabiniers des carabiniers. Calvin qui reste planté au milieu de la rue. Les quelques secondes suivantes ne sont que du temps figé. Le quatre parvient à faire une marche arrière. Il écrase le corps du gamin et rejoint la Via Kafka. Les manifestants entourent le cadavre qui expulse encore du sang. Ils sont plusieurs dizaines à hurler de rage et de douleur. Ils se prennent la tête à deux mains, chialent comme des enfants. Et là, une voix dit Vous n'êtes plus des gosses et c’est la guerre.
Frédéric Paulin
Ouais, moi je n’ai pas assisté à cette scène, j'étais. Je n'étais pas très loin, mais j’ai reconstitué plus tard le truc et j'étais derrière les boucliers et les boucliers des Tutti Bianchi, là, en descendant sur la zone rouge et ça commençait à vraiment, vraiment castagner. Et la Plaza Ali Munda se trouve à 200 300 mètres plus loin. Mais bon, j’ai rien vu du tout, je n’ai même pas entendu le coup de feu. Il y avait tellement Néanmoins, quand j’ai remonté le cortège exprès remonté pour. Parce que juste ça commençait à craindre vraiment et que je commençais à flipper même pour ma vie quoi. Chose qui m’est jamais arrivé dans ma vie, ni avant, ni après. Mais quand je remonte, il y a des gens qui remontent en courant en disant qu’il y a eu un mort, il y a eu deux morts, il y a eu trois morts, ils tirent à balles réelles et tout ça. J’ai reconstitué la scène qui s’est passée à Plaza Ali Manda D’abord parce qu’on voit, il y a pas mal de photos et il y avait des photographes qui étaient là, donc on voit comment ça s’est passé. On voit aussi, je crois qu’un film, si il y a un film, il y a des journalistes qui ont le truc
David Dufresne
La scène a été filmée. Et là tout d’un coup on balance et là le retournement, on n’est plus dans la fête, qu’on n’est plus dans le fête, on est dans la tragédie au sens pur du terme, et on est dans surtout dans ce truc qui nous est jamais arrivé de voir un cadavre par terre quoi. C’est quelque chose au sol et surtout un jeune garçon.
Frédéric Paulin
Je veux dire, c’est un truc qui change la donne et tout d’un coup je demande si ça change même pas la donne d’une certaine manière de ça, on savait qu’il y avait les flics, on savait qu’ils pouvaient être dangereux. Mais les flics sont aussi là pour protéger les citoyens. Étonnamment, on a, on a ce truc, on peut avoir quelques doutes, effectivement, mais il y a l'état aussi là, pour un moment. Les temps passent et ressortissants. En fait, il y a un truc de cet ordre là tout d’un coup, moi qui me tombe dessus quoi. Enfin je dis ça, mais c’est un peu la fin d’une certaine innocence, d’une certaine naïveté peut être, je ne sais pas, mais moi, jeune, c’est ça, c’est ça. Moi j’aime. Je reviens de jeunes cabossés et j’ai du mal à expliquer pourquoi pendant des années je ne suis pas bien, je joue des crises d’angoisse. Je ne dis pas que j’ai fait ma guerre et que je reviens avec un syndrome post-traumatique et tout ça. Mais néanmoins, ce moment là a ouvert quelque chose en moi, de l’ordre de. De l’insécurité, je dois dire, je dirais et je ne suis pas le seul. J’ai lu un livre Un italien qui a fait un roman sur Gênes et plus un roman poétique. Mais il le dit, il le dit à un moment, il dit Nous sommes descendus à 500 000 sur la zone rouge et nous sommes remontés différents. Nous sommes remontés, tous différents.
David Dufresne
Oui.
Frédéric Paulin
Mais c’est traumatique
David Dufresne
On laisse passer un peu la. Je vais prendre quelques questions du tchat qui ont été relevées par Jessy que je que je que je remercie. Là pour le coup c’est un petit peu en mode pingpong. Parfois c’est des remarques, parfois c’est des questions. On n’est pas obligé de répondre à tout. Il nous dit que mon poto a été sauvé par un black bloc depuis et j’ai du respect pour eux. Duchesse 93 en avril 2001 Vous vous souvenez du Sommet des Amériques à Québec ? 50 000 manifestants altermondialistes de l’Amérique du Nord présents. Gazages, matraquages, arrestations disproportionnés de la force utilisée face à des manifestants pacifiques. Une sorte de répétition, de gêne qui a eu lieu quelques mois après. Interrogation.
Frédéric Paulin
Ah ouais, ouais, je m’en souviens. Je m’en souviens d’autant plus que. C’est une répétition, c’est sûr. Mais il y a un mois, avant Gênes, il y a Göteborg, un mois avant, les flics suédois sont complètement dépassés. Où là, apparemment, il y a un gamin qui se prend une balle dans le dos, qui mourra quelques jours après la fin du sommet. Et je pense que les Italiens ont vu Québec et Göteborg en se disant les flics québécois et les flics suédois ont été complètement dépassés. Nous on ne va pas laisser les quoi, nous on ne va pas dépasser, on va refuser. D’ailleurs, Gênes est sorti des accords de Schengen à l'époque pour quelques jours les Italiens ont le droit de refuser l’entrée d’un Français ou d’un ou d’un ou d’un Allemand sur le territoire italien. Quoi ? Ça c’est une aberration ! C’est complètement dingue. Mais. Mais les Italiens se disent Ah ! J’en suis persuadé. Berlusconi, Berlusconi et les chefs de la police et des carabiniers nous disent nous, on ne va pas nous faire le coup des Suédois, des Québécois quoi. Je suis persuadé de ça. Il y a quelques années on s’est montrés qu’on est à la hauteur.
David Dufresne
Sur les Suédois. Je laisse l’effet de surprise au lecteur. Il y a aussi, et c’est rappelé dans Le Chat, il y a le précédent des précédents qui s’y étale 99 qui est le triomphe des altermondialistes, là, pour le coup, sur le sommet. Et c’est de là que vont arriver toute la panoplie d’une police militarisée, des zones rouges, etc. Avec le point d’orgue qu’on a vu il y a deux ans à Biarritz. Et c'était complètement sidérant, cette toute petite ville qui s’est transformée. Mais, mais on a aussi dit Ah, c'était dément, C'était avec même des bungalows qui n’ont pas servi finalement, pour faire de la pub, on pourrait dire de la justice expéditive. Voilà, il y avait le parquet qui était là au cas où il y aurait eu des arrestations en masse pour traiter des dossiers. Et c'était absolument dément. Alors, Actuelle nous dit ça ressemble aux dispositifs de la préfecture de police qui envoie des administratifs pour taper sur les gilets jaunes, et cela de façon pérenne. C’est un peu ce que vous disiez tout à l’heure, c’est à dire que le passé permet quand même, sans qu’on ait besoin de faire de clins d'œil, d'éclairer le présent.
Frédéric Paulin
Oui, c’est tout à fait vrai. Et puis de toute manière, le romancier est dépassé par la réalité. Je pourrais. Et moi on me dit mais pourquoi vous écrivez sur ces moments là et tout ça quoi ? Moi je réponds tout le temps, ce n’est pas moi qui ait commencé. La réalité est pire que ce que je pourrais écrire. Je suis obligé justement de crédibiliser ce que j'écris, enfin dans la fiction. Parce que si jamais des fois j'écrivais vraiment ce qui s’est passé et pour le coup, cette théorie de l’objet intermédiaire parce qu’il faut savoir que les flics à Gênes ont quand même élaboré une théorie complètement hallucinante qui est digne quand même d’une cour de récréation en sixième cinquième au collège parce que ils vont dire que la balle, la balle qui a touché Carlos Luciani était en fait un tir de semonce en l’air qui a été détourné par une pierre qui a été envoyée par un black block pour toucher le flic qui tire. Or, la balle a été détournée, a tué. C’est vous qui avez tué votre ami. Quoi ? Des flics diront ça au Black Block. Quoi ? Mais cette théorie a été développée et a été exposée alors pas immédiatement, mais un an ou deux après, les flics s’en sont servi comme d’une possibilité de se défausser devant lors de procès. Quoi ? La théorie de l’objet intermédiaire, quoi ? Qui peut croire à ça ? Et ça, ça, j’en parle dans le roman, mais c’est la réalité. Mais je me dis quand même à je mettre ça dans le roman ? Est ce que les gens vont y croire ? Quoi ? Bah si la réalité parfois est presque plus romanesque que ce que je pourrais écrire, c’est terrible dans ces conditions là, c’est terrible, mais bon, ça existe.
David Dufresne
Lila Ducret pose la question y aura t il y aurait il de la part des autorités une sorte de criminalisation des revendications ? Peu importe leur forme ? Et j’ai souvenir que dans le Discord, Axelle posait un peu la même question.
Frédéric Paulin
Ah ben oui, il y a une criminalisation, peut-être ? Criminalisation. C’est peut être un grand mot. Mais en tout cas oui, voyons, on commet un délit : aller en manif avec une capuche et tout en se cachant le village, en se cachant le visage, c’est un délit. En Italie, il y a quand même dix, dix, dix types qui sont poursuivis. On appelle, on les appelle les dix de Gênes. On a Vincenzo Vecchi qui habite en Bretagne et le type risque. Aujourd’hui encore, il y a une demande d’extradition du parquet italien. Il risque douze ans de prison, 20 ans après pour Gênes, pour sa participation à Gênes. Parce qu’il y a une loi en Italie qui est peu ou prou un peu celle qu’on a en France, mais qui s’appelle saccage et pillage. Kiki qui dit que si vous êtes sur les lieux, lorsqu’il y a un saccage, un pillage, des affrontements avec les flics et que vous n’avez rien fait pour empêcher. En tout cas voilà, vous pouvez être criminalisé comme le mec qui a participé à l’affrontement, à la castagne avec les fusils.
David Dufresne
C’est le principe de l’attroupement. En bande organisée.
Frédéric Paulin
On a des banderoles. Voilà, c’est ça. Oui, oui, c’est ça, en bande organisée. Et donc ça, c’est quand même un truc qui.
David Dufresne
Avec des variantes, c’est Vous étiez sur place ou vous êtes resté selon la clémence des autres vous aviez une cagoule. Mais bon, on n’est pas loin quand même.
Frédéric Paulin
Bien sûr. De tout ce que Philippe qui a dit qu’il a fait dans Minority Report, quasiment on vous pouviez faire. Donc vous êtes criminel vous. Peut être que vous avez pensé à le faire, même si vous ne l’avez pas fait. Alors donc, on vous criminalise. Alors donc, vous allez devoir répondre de cette pensée ou de cette possibilité. Ça, c’est chaud. Vincenzo Vecchi est actuellement en contact avec son comité de soutien qui se trouve à Rochefort en Terre, un petit un petit village du Morbihan en Bretagne et lui y risque. Si jamais il est extradé, il risque de se retrouver à à 45 ans ou 46 ans et plus, de faire douze ans de taule en Italie parce qu’il a participé, parce qu’on voit sur des photos. Mais son dossier est vide de preuves. Comme j’ai vu les photos, les on le voit jamais balancer une pierre, castagner un flic ou quoi que ce soit. Effectivement, je crois qu’on l’aperçoit un moment. Il y a des destructions de loin, mais il y a une foule et tout. C’est pour ça qu’il risque douze ans de taule pour enfant quand même. Et 20 ans après, on s’aperçoit aussi que l'État est quasiment un individu qui n’oublie pas, qui peut se venger 20 ans après, lorsqu’on a mis en cause son autorité
David Dufresne
Et singulièrement l'État italien, on le sait avec la génération des années 70. Alors autant vous, vous avez, autant vous, vous avez des éditeurs qui sont incroyables, d’un sérieux pour organiser cet entretien. Je veux dire, ils m’ont régulièrement écrit, m’ont demandé le lien, zou, etc. Ben moi j’ai retrouvé des notes, elles me les envoient par un autre canal. C’est absolument, absolument dément. Et alors ça me permet de lire ce qu’Axelle dit dans le Discord. Un témoignage plus personnel cette fois ci, pas encore militante lors de GN, j’ai rencontré quelques années après un ami qui a beaucoup compté dans mon parcours militant et qui était chaque fois que je lui ai parlé de mes virées à Paris pour les gilets jaunes. Il évoquait à demi-mots son expérience à Gênes et j’ai toujours perçu cela comme un choc pour lui.
Frédéric Paulin
Moi honnêtement, je vais plus dans les manifs, je suis vraiment lâche. Mais enfin bon, je vais plus dans les manifs sans, sans faire gaffe, sans faire gaffe. Et je ne suis pas le seul. J’ai des potes qui étaient à Gênes, enfin j’ai des amis. J’ai compris plus tard qu’ils étaient à Gênes. Ils m’ont dit à la sortie du bouquin même et qui me disent non. Certains me disent je ne vais plus en manif, j’ai plus de manif. Moi, quand j’y vais, je fais gaffe, je fais extrêmement gaffe. C’est un truc qu’il y a qui a modifié ma perception du rapport au. Au. Au maintien de l’ordre, si on peut dire. Ça a changé quelque chose. Et plus encore. Après, il y a eu la loi Travail, il y a eu les gilets jaunes. Effectivement, on s’est aperçu qu’on pouvait. C’est un truc qu’on a intégré quasiment au niveau médiatique, au niveau aussi de la pensée générale. Mais on peut perdre une main dans une manifestation, on peut perdre un œil si on peut, on peut se faire mal en allant manifester, ça peut être dangereux. C’est quelque chose de dangereux. La manifestation jusqu'à présent, jusqu'à Gênes, jusqu'à début 2010. C'était quelque chose quand même. C'était une expression, c’est un droit, C'était une possibilité. C'était quelque chose de fort face à un engagement, mais on ne risquait pas sa peau ou son intégrité physique. Et là, je crois que depuis quelques années, on a intégré le fait que c’est c’est une possibilité. C’est quand même, c’est quand même une vraie réflexion à avoir sur la démocratie, parce que le droit de manifester, ça, c’est un droit reconnu.
David Dufresne
Bien sûr, mais est ce que par exemple, dans votre roman, pour être un petit peu critique. Et est ce que vous, vous ne manquez pas un tout petit peu d’ambition par rapport à ça ? C’est à dire que vous, vous, vous n’en faites pas un programme politique, ce n’est pas un tract, Dieu merci. Euh Enfin, je veux dire, Dieu merci et remonte un peu, un peu espiègle, mais euh. Il n’y a pas eu des moments où j’ai dit je pourrais peut être aller un tout petit peu plus loin sur mon analyse.
Frédéric Paulin
D’abord, moi je suis romancier, je ne suis pas analyste politique, je ne suis pas un même universitaire, je ne suis pas journaliste. J’avance comme romancier. Moi, ce que je veux, c’est dire ce qui s’est passé, dire que ce que j’en ai vu, je suis témoin de l’histoire, Je suis pas, je ne suis pas témoin au sens judiciaire du terme, donc je ne dois pas prendre du recul. Voilà, je dis en quoi les événements m’ont modifié, ont modifié ma perception. Je questionne ces événements, donc je suis quand même, je m’estime engagé, je m’estime investi là dedans. Néanmoins, ce n’est pas à moi de dire aux gens quoi penser, ce qu’ils doivent penser. Tout ça d’abord parce que je fais confiance aux lecteurs. J’essaie à défaut de faire encore confiance aux lecteurs et aux lecteurs de romans. Donc j’y crois encore et jamais j’irai. Et c’est un défaut qui, à mon avis, il faut éviter dans le genre de littérature dans lequel je suis. Le côté explication de texte, le côté si direction ou je ne vais pas dire aux lecteurs ce qu’ils doivent en penser. Maintenant, j'écris comme j’espère le faire, suffisamment pour effectivement orienter leur, leur, leur questionnement et leur prise de conscience. Quoi ? Je ne sais pas, Je ne sais pas. Je ne me sens pas d’avoir un porte parole non plus.
David Dufresne
Est ce qu’il y a des œuvres de fiction qui vous ont inspiré dans le discours dont on a un peu discuté de ça, il y a par exemple qui a qui a évoqué Bataille à Seattle, qui est un film justement sur Cyr, sur l’OMC et sur le premier contre sommet altermondialiste, on va dire. Est ce que. Est ce que c’est un film que vous aviez vu qui a été fait sur Gênes ?.
Frédéric Paulin
Là, je ne peux pas dire, mais il y a un film qui a été fait, qui s’appelle un film de fiction et qui s’appelle Diaz, Un crime d’Etat aussi pour le coup, qui est qui retrace bien le truc. En tout cas, moi je crois que je l’ai là, il y a ça qui me parle bien, alors c’est l’Italie et je ne sais pas si on peut le voir. Ici, on voit très bien. Alberto Bellini, c’est les noirs et les rouges et ça parle des années de plomb en Italie. Oui, donc pour le coup, c’est un fasciste qui infiltre, qui infiltre les milieux de gauche et tout ça. Mais il y a des il y a des vraies scènes de manifestations et d’affrontements avec les flics ou avec entre eux, entre rouges et noirs, entre rouges et noirs, entre rouges et fascistes, quoi. Et c’est assez bien vu. C’est tout un pan de l’histoire italienne aussi maintenant. Non, je ne sais pas Je n’ai pas vraiment de références en tout cas. En France, il y a toute la littérature, un peu de roman noir. Bon, des mecs qui ont écrit un peu sur la même manchette et tout ça, qui en ont assez. C’est intéressant, mais la littérature de contestation dans la rue, d’affrontement et assez, ce n’est pas tellement important en France en tout cas.
David Dufresne
Alors il y a justement un livre qui vient de sortir. Je ne sais pas si vous l’avez lu ou reçu qui s’appelle La Mélancolie de la nasse, qui est de Xavier Calet, Éditions du Commun. Et c’est un Rennais, figurez vous, drainé. Et il raconte une nasse. Il raconte une nasse à Rennes, Rennes, Au début de la décennie 2020, la ville est devenue un terrain de jeu pour les promoteurs immobiliers. Elle s’est vendue à la French Tech pour faire rayonner une attractivité de pacotille. La ville rock est désormais un lointain souvenir, un vieux rêve évanoui. Les manifestations sont dorénavant interdites dans l’hyper centre. Si l’une d’elles, par mégarde, en vient à sortir du parcours obligé et balisé par le préfet, elle est systématiquement menacée. C’est le récit de cette mise en scène, de cette mise pardon, de cette mise au pas que nous livre avec humour l’auteur de ce court récit. Il n’invente rien. Un interrogatoire burlesque, en effet, dans un commissariat du centre ville, à l’issue d’une telle nasse, a été retranscrit aussi fidèlement que l’on le peut, la mémoire. Et ça, ça vient tout juste de sortir.
Frédéric Paulin
Je n’en avais pas entendu parler.
David Dufresne
Ca vient de chez vous, chers amis ça vient de Rennes.
Frédéric Paulin
Ok.
David Dufresne
Voilà, le lien est dans le et dans et dans le chat. Qu’est ce que ? Qu’est ce que. Qu’est ce que. Qu’est ce que j’ai comme questions éventuellement à vous faire remonter ? Là, on nous parle de Biarritz. La faute à qui ? Castanet au dessus ? Ah non, non, là c'était clairement au dessus, c'était la moitié. Mais là, il y a, il y a une crainte, il y a une crainte des ces jeunes hommes et il y a une peur panique de tous les autres, de sommets internationaux de se retrouver avec une contestation qui en réalité, est démocratiquement. Voilà, elle est recevable et je suis désolé, mais effectivement, ça c’est Biarritz. Alors on a beaucoup dit je ne sais pas si vous avez vu ça dans vos recherches, notamment les Américains qui après 2001. Donc après, je veux dire, il y en a un qui ont beaucoup, beaucoup imposé aussi des services de sécurité monstrueux. Mais en réalité, je pense que tout le monde, euh, tout le monde en profite, tous les tous les tous les pays en profitent. On nous dit oui, on va plus dans les manifs sans faire attention, marre de voir ce que la police fait à nos amis. Voilà. Après c’est des questions auxquelles je répondrai qui ont un rapport direct avec leur post. Mais je pourrais, je pourrais, je pourrais vous vous libérer. Dernière petite question : Comment décrivez-vous cette époque ? Comment vous vous décrivez en 2021 aujourd’hui ?
Frédéric Paulin
Et pour tout dire, j’espère que mes gamins qui ont six et onze ans feront quelque chose. Ils en auront l'âge parce que je vieillis, mais j’ai cette nostalgie d’une époque où nous étions à Gènes peut-être, ou un peu même encore un peu après l'âge où c'était possible. J’ai cette nostalgie d’une époque où on a envisagé qu’on pourrait faire quelque chose. Maintenant, je suis un peu plus sceptique, là, pour les années à venir en tout cas. Alors, le fait est qu’on va parler de. L’ultra sécurisation de notre société. Mais il y a ce Covid et le confinement qui font que ça aussi casse. On a vu le mouvement des gilets jaunes a été quand même d’une certaine manière cassée par l’arrivée de ces confinement et tout ça. Je suis assez sceptique, suis assez désabusé. Ce que je peux faire moi, c’est écrire actuellement. Alors même si j’avais honnêtement, si j’avais quinze ans de moins, si j'étais un peu plus en forme, si je n’avais pas de gamin, si pas de famille, peut être que je serais un peu plus dans l’activisme pour différentes causes, que ce soit la défense des contes contre la souffrance animale, vous voyez ce genre de truc ? Ou alors où l’investissement est plus politique. Bon, j’ai un peu. Je ne sais pas trop quoi faire. L'époque me paraît un peu un peu bloquée, bloquée et volontairement bloquée à l'époque. Mais si j’y réfléchis un peu plus. L'époque ne sent pas très bon quoi. On a le droit de citer son nom ou quoi sur votre chaîne, mais qu’un Zemmour face qui fait actuellement avec les médias le on en face qu’il est ce qu’il est actuellement, ça me paraît aussi un truc compliqué. Tout à l’heure, au début de l'émission, on disait que ça pouvait revenir, mais je le pense. Un bruit de bottes Il n’est pas loin, ça peut revenir et croire que ça ne peut pas revenir. Que les institutions républicaines sont là pour défendre. Les contre pouvoirs sont là, les médias et tout ça. C’est se voiler la face. Moi je pense qu’on peut retomber dans un système qui sera pas forcément du fascisme pur et dur, mais qui ? Mais ce sera de la dictature. Enfin je le crois. En plus, avec des idées nauséabondes contre les communautés contre ultranationalistes, je crois qu’on me demande ce que je pense de 2020 et. C’est ça ? C’est le risque quoi. J’ai lu un bouquin aussi d’Antonio Scratchy, La King qui raconte la montée au pouvoir de Mussolini. Ça, c’est un énorme problème. Ce sont des pavés ces trois pavés. Mais ce qu’il en ressort de ce bouquin, c’est que même à l'époque, en 1000 919 920, les Italiens, gauche comme droite, pensaient que les institutions républicaines étaient là, que dans leur cas, le roi était là pour empêcher la montée du fascisme. Et d’ailleurs tout le monde trouvait que Mussolini servait ses intérêts d’une certaine manière, jusqu'à un moment où Mussolini arrive au pouvoir, défonce tout et que c’est parti pour des années. Je pense que cette possibilité est transposable 20 un siècle après quoi ? Et pourquoi pas en France ? Donc je suis assez sceptique. Pour tout dire, Pour répondre à votre question, je suis, je suis assez sceptique sur les années à venir.
David Dufresne
Une dernière question qui nous vient, qui nous vient du peuple, du peuple, du chat, de cette commune libre qui s’oppose c’est quoi ? Elle a dit autocollant ? Et moi je pensais à une affiche. C’est quoi ce point ? Cette rose au-dessus de vous ?
Frédéric Paulin
Oui, il faut que non, ce ne soit pas du tout une ode au PS.
David Dufresne
On pourrait prolonger la garde à vue.
Frédéric Paulin
Je faisais un journal satirique à l'époque. Attendez, j’y suis. Un journal satirique à l'époque qui s’appelait Le Clébard à sa mémère avec des potes. Et pour le coup la je ne sais pas si on la voit bien ici.
David Dufresne
Un bon coup de poing dans ta gueule. Et donc on avait un peu décrypté les rouages du PS à Rennes qui tiennent la mairie depuis les années 80. Et donc ce n’est vraiment pas une ode au Mitterrandisme.
David Dufresne
C’est bon, c’est bon, on n’a plus rien contre vous. On pensait mais c’est râpé. Merci. Merci beaucoup Frédéric d’avoir passé autant de temps avec nous. C'était un plaisir
Frédéric Paulin
C'était chouette, c'était vraiment sympa.

Au Poste est mis à la disposition de toutes et tous selon les termes de la licence Creative Commons Attribution : Pas d’Utilisation commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.