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Retour sur l’affaire Deranque, François Piquemal (LFI Toulouse), la France malade de ses fichages et une BD punk

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Transcription de l’émission

00:00:00David Dufresne
Bonjour France Déter il est 7h12, nous sommes le 30 mars 2026, et si nous sommes en retard, c'était la faute de Twitch, je vais vous expliquer. Bonjour, paix et amour, bordel de merde, comme dit Hollandele dans le tchat, figurez-vous que Twitch ne supporte pas le mot « malade » dans les titres, et c’est la raison pour laquelle on n'était pas connecté sur Twitch, je ne comprenais pas pourquoi, je cherchais, je cherchais, et donc j’ai modifié la France "grondée" pour ses fichages, ce sera à 7h30 avec Noémie Levain de la Quadrature du Net, on va expliquer comment l’Union européenne gronde la France malade de ses fichages. Twitch désert médical mais vous êtes en forme vous le changement non pas climatique mais d’horaire vous vous convient bien les amis les aupostiens comment allez-vous c’est quasiment le dernier jour du mois c' est le moment ou jamais s’il vous plaît de prendre un abonnement sur auposte.media.Plus que 40 secondes et ce sera la fin du générique comment allez-vous les uns les autres ? Je suis ravi de vous retrouver à 7h30. Noémie Levain de la Quadrature du Net viendra nous raconter comment la France a été salement grondée la semaine dernière par l’Union européenne pour ses fichiers. Fichage, j’ai mal à le dire, à 8h10, nous allons recevoir un avocat, je crois que c’est la première fois que nous le recevons et pourtant il est bien connu de nos services, il s’appelle Martin Méchin, avocat, membre du collectif Colère Noire, entre autres choses. Et il est défenseur de l’un des jeunes hommes qui a porté des coups mortels à Quentin Deranque Et avec Martin, nous allons faire le point sur l’instruction. Et sur les dernières révélations concernant la mort de Quentin Deranque. Et le fait que les policiers des renseignements territoriaux ont assisté à la scène sans réagir. On va parler avec Martin Méchin tout à l’heure à 8h10. À 8h30, François Piquemal, député LFI de Toulouse, viendra nous parler des élections municipales du deuxième tour, perdu par ses services, mais il se trouve que François Piquemal va faire un recours car il y a eu, et ça a été documenté par les services de l'État, il y à eu ingérence électorale avec des faux sites, des faux comptes. Alors c’est pas ça qui aurait modifié les 6 % d'écart entre Moudenc, l’actuel maire réélu, et Piquemal. Néanmoins, ça nous semble intéressant de causer avec lui. Et à la toute fin, nous aurons un dessinateur vers 9h-10, Lionel Chouin, pour cette bande dessinée, Bleu de Chauffe, qui nous plonge dans les années 83-84, les grandes grèves dans l’automobile, L'éruption de la politique dans les descendants de l’immigration. Et du punk rock et des nazis, voilà, les Béruriers Noirs, le Front National, tout ça et dans cette BD, Lionel Chouin sera avec nous tout à l’heure. Qu’est-ce que vous dites de ça ? Quatre invités, on démarre dix minutes en retard, enfin vous voyez le bordel quoi, comme d’habitude, mais c’est au poste, c' est la vie et c’est parti. Dans quelques instants, nous allons d’abord….. où sont les mêmes ? Voilà. Attends, deux secondes, deux secondes.
00:06:05Audio
Parce que votre histoire de merde là, plus la fatigue, c’est pour ça que je crois que j’ai besoin d’un petit remontant. Je vais demander un petit café, c’est pour cela.
00:06:16David Dufresne
Ah, Franchus, c’est pas sympa "un chasseur, ça son fichier est un bon chasseur." Voilà, voilà, j’espère que vous allez bien les uns et les autres. On va démarrer tout de suite par la main courante. Alors, ce sont les titres de la presse aujourd’hui. Le Monde : municipales, entre attaques racistes et alternance sous tension, les nouveaux élus insoumis s’installent dans un climat électrique. Alors là, là, pardon les amis de Le Monde, enfin les amis, parce que quand même, parler de climat électrique, de tension, quand on est dans dans ce que la France peut produire de pire. Ce refoulé colonial, ce racisme crasse. Enfin bon, ils font quand même la manchette là-dessus, l'élection des candidats de la France Insoumise, inflexibles opposants au reste de la gauche, mais aussi fer de lance du combat antiraciste à alimenter les polémiques, souvent instrumentalisées par l’extrême droite, un climat révélateur des tensions politiques actuelles. Et je pense que vous êtes au courant, mais CNews, c’est un festival. C’est vraiment un festival, à chaque jour ça a sorti extrêmement raciste et là franchement l’arc-homme déconne mais grave, grave grave grave. Bonjour tout le monde, bonjour la baguette marxiste, bonjour Satrappe, bonjour train de nuit. Alors, l’Humanité qui tous les jours demande si on accepte les cookies et l’Humanité devrait savoir que non. Mais comment ça se fait qu'à chaque fois, ils nous demandent toujours la même chose ? Bon, bref. L’humanité, quotidien de gauche, j’ai enfin trouvé un CDI, mais le 1er avril je serai peut-être à la rue. Les expulsions locatives, une violence sociale qui explose, c’est la une du monde qui revient également sur les insultes. Tribus, chef de tribus, grand singe, CNews, le maire de LFI. Bally Bagayoko, encore victime d’une campagne raciste. Mediapart, qui revient sur l’agression au couteau dans un collège de La Rochelle, qui revient également sur l’attentat déjoué contre la Banque of America à Paris. C'était ce week-end ou en fin de semaine dernière, un attentat qui n’a été déjoué. Et le chercheur, l’historien plus exactement, Stéphane Audoin-Rouzeau, assiste à une régression des formes de la guerre, entretien accordé à Joseph Confavreux. Libération, journal centriste, Iran, Ukraine, comment l’intelligence artificielle change les guerres. Planification stratégique, analyse de données, identification des cibles. Depuis quelques années, l’Intelligence artificielle fait une percée dans les opérations militaires. Elle joue désormais un rôle-clé dans la guerre au Proche-Orient. Et l’article est très intéressant, il explique comment par exemple la néfaste société américaine Palantir a finalement profité de la guerre en Ukraine pour expérimenter ce qui aujourd’hui est à l'œuvre grandeur XX+, du côté du Liban, de l’Iran. Dans la guerre israélo-américaine. À propos du Liban, demain matin à 8h, nous aurons trois invités pour parler du Liban pour essayer de faire un peu de pédagogie, pour essayer d’essayer de comprendre comment voilà, ce qui est en train de se passer avec ce million de réfugiés sur les routes, c’est-à-dire une proportion considérable de la population libanaise. Demain matin, avec notamment Agnès Levallois, avec Jean-François Corty de Médecins du Monde, avec une jeune chercheuse Akhésa Moummi. Nous serons à 8h pour parler de tout ça. France Info, violences sexuelles dans le périscolaire à Paris, des parents d'élèves de mandat, Emmanuel Grégoire des sanctions et un audit indépendant. Bon Trump affirme des trucs, bon on s’en fout, c’est faux. You are fake news. Lui, c’est quand même bien, on sait que c'était toujours bidon.
00:11:49Audio
C’est pas ce qu’il me retient de lui foutre la bécane dans la mienne. Mais le règlement, Belmont, tout simplement le règlement.
00:11:59David Dufresne
Politis revient sur la condamnation historique de ce policier qui a… Était condamné à 10 ans de prison, après la mort du jeune homme Olivio Gomes en 2010. Le policier de la BAC parisienne, auteur des tirs, a été condamné à 10 ans de prison pour homicide volontaire, une peine inédite. C’est Maxime Servin qui revient sur le procès, sur l’usage des armes par la police. Et StreetPress fait sa une sur la même condamnation, condamné à 10 ans de prison, un verdict historique pour le policier qui a tué Olivio Gomes. Alors, pourquoi ne l' est pas pour Nahel, nous dit Satrappe. Alors, le procès n’a pas encore eu lieu pour les policiers qui ont, enfin, le policier qui a abattu Nahel. Mais on sait que les faits ont été requalifiés et ils ont été requalifiés dans le sens réduit dans la mort de Nahel mais on est toujours à l’instruction. Les Jours font une petite visite en Hongrie, en Orbanistan. Tout est pouvoir, corruption et mensonge. Un texte de Thierry Lévesque, détournement, stade géant et zèbre privé autour du tout puissant premier ministre hongrois. Une oligarchie s’est enrichie en s’accaparant une partie du pays. C’est ça l’extrême droite.
00:13:53Audio
J’emmerde les gendarmes Là-haut, là-haut J' emmerde les gendarmes Et la maréchaussée Et la maréchaussée C’est bon que vous dites ça ? Il me semble pour qui ce serait J’espère qu’il n’y a pas d’autre gueule de vache dans les environs.
00:14:19David Dufresne
Alors, je vois que notre invité Noémie est là. Je n’ai pas fait la météo des luttes. Je vous propose de la faire d’ici 9 heures. On casse l’antenne, on casse l’antenne. Priorité, priorité à nos invités. Noémie, est-ce que tu m’entends ? Noémie, m’entends, mais moi j’ai l’impression qu’on l’entend pas. Attends, 3, 4. Non, on ne t’entende pas. Je crois que tu l’as. Oui, alors elle fait ce petit geste. Vous savez, ce petit geste qui veut dire attends une seconde. Oui, je crois que je crois, que je croit que j’ai trouvé le le problème à temps et pour l’instant, le problème n’est pas trouvé. Alors vous imaginez. Non, mais vous imaginez, vous êtes en train de discuter avec quelqu’un de la Quadrature du net. C’est-à-dire le top du top. Et là, elle râle, elle fait comme ça. Mais moi, je ne t’entends pas. Non, je n’entend pas. Manifestement, tu n’as pas. Brancher le micro ou alors tu ne l’as pas accepté. Il va falloir décompte, elle m’entend, vous êtes avec la quadrature du net, vous dites, bon bah la première invitée ça va être tranquille, la connexion va être forcément extraordinaire, ultra sécurisée et ainsi de suite, et bah non, et ben non, elle est en train de se dire, qu’est-ce qui se passe ? Ah, je crois qu’elle se penche sur sa tour, on t’entends toujours pas. Moi il est indiqué qu’il n’y a pas de micro, peut-être qu' il faudrait que tu te reconnectes. Merci Noémie, elle va se reconnecter. Dans une seconde, l’idée de discuter avec Noémie Levain, qui est juriste à la Quadrature du net, c’est de revenir sur la condamnation, enfin pas une condamnation, mais un texte très dur de la Cour de justice de l’Union européenne, enfin si, si, en fait, non, bien sûr, c'était une condamnation, la plus haute juridiction de l’Union Européenne, qui a rendu un arrêt, très attendu, concernant les pratiques de fichage françaises. La Cour estime que la manière dont le droit français permet de prendre les empreintes digitales et la photographie des personnes arrêtées est disproportionnée et contraire aux droits de l’Union européenne. Tout avait démarré il y a il y à fort longtemps maintenant. J’ai l’impression qu’il n’y a toujours pas le micro. Ah si là, ça devrait aller. Attends, est-ce que tu m’entends ? Ça y est, c’est bon. On t’entend. Bonjour.
00:16:50Noémie Levain
La Quadrature dès qu’on a un problème de connexion et c’est une grande classique mais on est des humains comme tout le monde.
00:16:56David Dufresne
Merci beaucoup, chère humaine, comme tout le monde d'être là ce matin. Je venais de dire donc qu’il y a eu cet arrêt jeudi dernier. Vous n’y êtes pas pour rien. Tout commence en 2020 quand HW participe à une action d’Extinction rébellion sur les Champs-Élysées à Paris. Et là, le grain de sable se met dans la machine répressive. Que se passe-t-il exactement ?
00:17:23Noémie Levain
Alors, en fait, du coup, c’est pas une de nos affaires, mais on a quand même pas mal suivi le truc. C’est donc une personne qui part un militant écolo. Il se fait arrêter. Et qu’est ce qui se passe ? En fait, il se passe quelque chose que les policiers ont maintenant pris énormément l’habitude de faire. On l’arrête pour participation à une manifestation non déclarée. Certes, on lui demande ses empreintes d'être prises en photo et son code de téléphone. Et tout ça, pourquoi en fait les policiers demandent ces choses-là ? C'était évidemment pour alimenter les fichiers. Donc les empreintes, ça va dans ce qu’on appelle le FAED, donc le fichier automatisé des empreintes digitales. L’image du visage, ça va dans le TAJ, traitement d' antécédents judiciaires. C’est ça qui permet de faire de la reconnaissance faciale. Mais je pense qu’on reparlera et ce fameux HW, il refuse et en France, refuser, c’est aussi un délit. Même si on est relaxé, ce qui était le cas pour lui d’ailleurs, pour ce pourquoi on a été arrêté, on est, on peut être poursuivi juste pour avoir dit non au fichage d'état. Et du coup, il refuse, ça va devant un tribunal, ça va devant la Cour d’appel et là c’est son avocat que tu connais peut-être qui fait pas mal d’affaires de minuit temps qui s’appelle Alexis Beaudelin qui décide de porter le débat au niveau de l’Union Européenne pour dire en fait attendez le fait que les policiers prennent de façon systématique les empreintes et le visage parce que peut-être faut revenir sur le contexte, je disais que les policiers ont l’habitude de le faire s’ils ont l’habitude de le faire, c’est qu’aujourd’hui on a des fichiers qui ont des millions et des millions d’empreintes et des milliers et des millions de visages juste de personnes qui sont passées par un commissariat. Finalement ils sont relâchés mais on se dit ah bon ils sont là faut autant prendre ce qu’on appelle la signale éthique donc empreinte et visage.
00:19:08David Dufresne
Alors Noémie, je me permets de préciser, les chiffres faramineux dont tu parles sont de 9 millions de photos dans le tâche, donc traitement des antécédents judiciaires. Donc ce fichier est un fiché fourre tout, que vous ayez été impliqué, que vous avez été victime d’une affaire judiciaire, vous vous êtes dedans. Et 6,5 millions d’empreintes dans le FAED, redis-nous ce que ça signifie le FAED.
00:19:36Noémie Levain
C’est les empreintes digitales, ED c 'est le fichier automatisé des empreintes digitales. Effectivement et en fait nous on a des témoignages d’avocats et même je pense que ça se trouve il y a des personnes qui ont des témoignages ici aussi de juste on est en garde à vue, on est auditionné et on nous laisse pas repartir tant qu’on n’a pas donné nos empreintes et c'était là où je disais cette question du délit et que si on refuse, on dit ben non, en fait j’ai rien fait. On dit ah bah si tu refuses, c’est aussi une infraction, donc tu vas être poursuivi et hop, re-24 heures de garde à vue et c'était quelque chose, ça c’est un témoignage qu’on a beaucoup entendu dans le monde du temps de cette mise sous pression à cause de ces délits là. Et du coup, donc je reviens, ça doit être en 2023, non peut-être 2024, quand la Cour d’appel de Paris décide de suivre Alexis Baudelin, en tout cas de dire tu veux qu’on pose une au niveau de l’Union Européenne. C’est ce qu’on appelle une question préjudicielle, donc dans ce cas-là, en gros, on met le procès sur pause et pause, là, en fait, il y a du droit français, on n’est pas sûr que ce soit conforme, donc on va demander à la plus haute juridiction de l’Union européenne, qui s’appelle donc la CJUE, désolé, encore un acronyme, la Cour de justice de l’Union Européenne, qui, elle, du coup, a évalué le droit français. Enfin, a évalué la conformité du droit Français à la Charte des droits fondamentaux et au droit de l’Union Européenne. C’est l’arrêt de jeudi dernier, et qu’est-ce que dit la cour ? Elle dit, en gros, le visage et les empreintes digitales, c’est des données qu’on appelle des données sensibles, donc qui sont plus protégées, parce que c'était des données biométriques très individualisantes. On ne peut pas changer nos empreintes, on ne peut changer notre visage, c' est directement l’identifiant. Donc, elles sont plus protecteurs, donc pour les enregistrer, les traiter, les collecter. C’est une interprétation plus stricte en fait, on ne les garde pas si on n’en a pas vraiment besoin. Là je vulgarise mais en gros c' est ça, il y a un critère de nécessité absolue, ça veut dire en fait pour collecter ces données c’est qu’il faut vraiment que ce soit nécessaire pour l’objectif. Et donc elle tire le fil et de là elle dit en fait collecter de façon systématique comme celle qu’est en France, c’est pas proportionné. Et en ça sa tarée il est hyper important. Parce que, comme on le met dans le titre de notre article, il désavoue en fait les pratiques de police française qui aujourd’hui sont de collecter le plus possible et d’avoir des fichiers énormes de visages et d’empreintes. En gros, juste pour terminer, en gros, dans le but de ha on s 'en sert, au cas où pour une enquête future. Mais on en est quand même a fiche une bonne partie de la population avec cette logique.
00:22:20David Dufresne
Alors voilà, donc il y a plusieurs points que reproche la justice européenne, la plus haute juridiction à la France. Il y a ce point que tu viens d’expliquer de pas de nécessité absolue. Alors justement, dans le tchat, il y à plusieurs personnes, par exemple, il y a Dudeney qui nous dit quand on fait un passeport cartes d’identité, nos empreintes et photos sont prises, quelle est la différence ? Et il y a aussi sur YouTube Love Basketball, bonjour, pourquoi ils ont besoin de nos empreintes ? L'État a déjà nos empreintes sur notre carte d’identité. Donc est-ce qu’on peut déjà expliquer la distinction qui puisse être faite par les fonctionnaires de police ?
00:23:01Noémie Levain
Oui, et c’est une question qui revient souvent. Donc juste, donc là, les fichiers dont j’ai parlé, ce qu’on appelle les fichiers de police. Donc normalement, c' est la police qui s’en sert pour ces enquêtes. Les empreintes que vous donnez quand vous refaites vos types d’identité, ils vont dans un autre fichier qui n’est pas censé, mais je reviendrai, il n' est pas censée être un fichier de police qui s’appelle le fichier TES, désolé, encore un acronyme, pour titrer des chroniques sécurisées, qui donc vise. En théorie, pourquoi prend-on vos empreintes ? Donc, ça va à la fois dans la petite puce qui est dans votre carte. Et c’est aussi centralisé dans un fichier pour quand vous allez refaire votre carte, on est sûr que c'était bien vous. En tout cas, c’est comme ça qu’ils l’ont justifié quand ce fichier a été créé. Et normalement, ce fichier TES ne sort pas des mairies, des préfectures et de l’Agence nationale des titres sécurisés, l' ANTS. Ce n’est pas un fichier de police. Et là, c’est un autre article qu’on a sorti il y a quelques mois. En gros, je vous refais le petit historique de ce fichier, parce que peut-être que vous vous en souvenez. C’est un fichier à la base qui existait que pour les passeports et quand il a été étendu au quart d’identité en 2016, ça a fait un peu un tollé parce qu’on était là, bon, en fait, tout le monde a une carte d’identité ou un passeport. Donc, il va exister quelque part en France, un fichier avec quasiment les empreintes et la photo de tout le monde. Et est-ce qu' on veut ça en fait dans notre société ? Un fichier central qui liste toute la population, alors qu’avant, c'était décentralisé, etc. Parce que l'État n’a pas en fait, par principe, à connaître tout de sa population. Par exception, il peut avoir des infos. Et donc 2016, il y a quand même un gros bruit et le sujet reviendra, parce que je trouve ça intéressant, comme en 10 ans, on a perdu en médiatisation sur ce sujet. Et du coup, nous, on l’avait attaqué devant le Conseil d'État. Ils avaient dit non, non, mais ne vous inquiétez pas, ce sera vraiment que pour les cartes d’identité. Jamais on se servira pour faire de la reconnaissance faciale, etc. Donc voilà, le fichier TES, normalement, il ne sert pas à la police. Sauf qu’on s’est rendu compte, on a eu des échos d’avocats et de dossiers. Et donc ça, c’est un article de novembre, octobre ou novembre dernier, sur notre site, où en fait, on s' est rendu compte que les policiers filoutent et demandent un accès indirect à ce fichier dans certaines affaires pour récupérer la photo.
00:25:20David Dufresne
C’est l’article « La police détourne le fichier des passeports et des cartes d’identité » 24 novembre 2025. Mais je te propose que d’abord, on reste sur la décision de jeudi. Et après, on a un peu de temps. Et après on parlera de la filouterie, comme tu dis. Restons sur la décision donc, en gros, ce que l’Union européenne rétorque à la France, reproche à la France, c’est de dire « Il n’y a pas de nécessité absolue. Quand vous demandez systématiquement l’ordre de contrôle, les empreintes ou la photo, il n’y a pas de nécessité absolue et ça s’explique comme ceci parce que les policiers n’expliquent jamais pourquoi ils prennent des empreintes et la photo quand une personne est arrêtée ou auditionnée. Ces gestes, écrivez-vous, sont devenus une banalité dans les commissariats, même pour des personnes en audition libre ou des mineurs, d’après les témoignages d’avocats ou des témoignages que vous avez pu recueillir et ça, l’Union européenne dit ben non, c’est pas bon.
00:26:24Noémie Levain
Elle dit c’est pas bon et l’autre truc qui est sous-jacent c'était déjà elle dit c’est pas bon et en plus quand on collecte ces données il faut expliquer comme tu l’as dit donc ce qu’elle appelle une exigence de motivation donc en fait bon bah vu que c' est une nécessité absolue si on le collecte on peut dire pourquoi c' était absolument nécessaire et là où c' intéressant c’est qu’on a su que, parce que du coup cette affaire qu' on allait porter devant l’Union Européenne il y a eu une audience, nous on n’y était pas mais il y a eu une audience où les gouvernements et notamment le gouvernement français a essayé de défendre son droit Et il a dit, non mais on peut pas demander aux policiers de motiver à chaque fois, ce serait une charge déraisonnable. En gros c’est trop. Et là où c’est marrant c'était que là, enfin pardon, tout pour ne pas se garder quand on est juriste, on trouve des trucs gros.
00:27:06David Dufresne
Oui, alors voilà, vous avez un sens de l’humour très prononcé mais très particulier, il faut bien reconnaître.
00:27:11Noémie Levain
Voilà, c’est que la cour répond dans son arrière en disant si, si, en fait, il faut motiver. D’ailleurs, vu que c'était censé être assez exceptionnel, en fait, vu qu’on n’est pas censé collecter de manière systématique, ce n'était pas une charge déraisonnable donc là, déjà, donc, ça met un petit taquet à la France. Et en plus, on voit à nouveau qu' on est à l’inverse des pratiques françaises ou plutôt que d’expliquer pourquoi on prend les empreintes et la photo. Au contraire, ce que je disais tout à l’heure, souvent, c’est une mise sous pression. C’est même pas on t’explique si on te dit si tu le fais pas, on va te poursuivre. Et là, donc, la cour, elle dit trois choses. Elle ne dit pas nécessité absolue. Il faut expliquer après, elle se penche. C’est un autre détail sur ce délit, le fait de pouvoir poursuivre. Mais donc voilà, et en ça, là aussi, on est très, très loin de ce qui se passe en France, parce que j’avais un exemple d’un mineur de moins de 13 ans en audition libre qui n’a même pas été poursuivi. On lui dit, on va quand même prendre ses empreintes en fait, le truc, c’est que si l' avocat dit non, en fait ça ne vaut pas le coup. Ou en tout cas c’est disproportionné, le flic peut menacer de mettre le mineur en garde à vue pour refus. Donc voilà, c'était une mécanique spirale infernale qui est très loin des exigences de la Cour de justice.
00:28:23David Dufresne
Alors, cet arrêté de la cour de Justice, est-ce qu’il a valeur coercitive ou pas ? Ou c’est simplement l’Union européenne qui dit, qui tape gentiment sur l'épaule de la France, en disant bon, déconne pas, toi le génie de l’Europe, toi la démocratie phare, universelle, il faudrait que tu te calmes. Ou est- ce qu' il y a des sanctions qui seraient possibles, ou des modifications de comportements qui seraient possibles ?
00:28:48Noémie Levain
En fait, c’est vrai qu’on est habitué à l’autre Cour européen, la Cour européenne des droits de l’homme, qui souvent tape sur la France et la France n’en a rien à faire. Là, c’est un peu différent parce qu’il n’y a pas de sanction. Il n’a pas de sanctions directes. Il pourrait y avoir une procédure, mais on n’est pas là. Mais par contre, dans la hiérarchie des normes en France, le droit français doit être conforme au droit de l’Union européenne. Et là, elle vient de dire que ce n'était pas conforme. Donc ce qui va se passer, en tout cas, nous, ce sont des choses qu' on a déjà vues. On attend. C’est pour ça que là, on a poussé un petit coup de gueule parce qu’on n’a rien entendu de la part du ministère de l’Intérieur, c’est que les juges, en fait les jugent, les avocats, tous ceux qui pratiquent le droit français, maintenant ils vont avoir cette décision. Donc un avocat à qui on va demander les empreintes de son client, il va dire attendez, là il y a cette décision, donc vas-y, poursuis-moi, on va aller devant le juge et le juge de l’Union, le jugement de la Cour d’appel ou le jugement du tribunal administratif va avoir cette décision, il vas se dire ah bah oui effectivement c'était pas légal, il a annulé les gardes à vue. Et donc, en soi, il n’y a pas de sanction du gouvernement directement, mais il y a plein de gens qui appliquent le droit au quotidien, qui vont peut-être changer leurs braquets. Ils vont dire ce que je faisais en tant que juge, en tant qu’avocat, et en dernier recours en tant de flic, parce qu’on se dit, les flics, au bout d’un moment, si on annule toute leur garde à vue, ont annulé toute leur prise d’empreinte, ils vont peut être arrêter leur pratique. Donc, c’est comme ça qu' on va voir, mais par contre, on attend quand même une réaction de la France qui est censée se mettre en conformité. Si elle se met pas en conformité, il peut y avoir ce qu’on appelle une procédure en manquement. Mais nous, quand on a vu des arrêts de la CJE, par exemple, une des affaires de la Quadrature, en fait, c’est revenu devant les tribunaux qui ont un peu interprété. Et c'était là le gros risque, c’est que nous, notre affaire, ils ont interprété de manière, en filoutant à nouveau, pour en fait contourner ce que disait la Cour. Mais les juridictions françaises sont obligées d’appliquer le droit européen. Donc là, on attend de voir ce qui va se passer dans les tribunaux,ce qui va se passer au niveau du gouvernement, mais malheureusement quand même, soyons lucides, on n’est pas sur la meilleure pente sur les questions de fichiers, sur les questions de sécurité. On n' est pas dans un pays qui dit « Ah oui, l'État de droit, ah oui, le droit de l’Union Européenne, ah, oui, on va changer ça tout de suite ». Donc on s’attend à avoir des mauvaises surprises, mais c’est quand même dans le rapport de force une très très très bonne décision.
00:30:59David Dufresne
Alors il y a eu quelques temps avant donc votre article, votre travail qui démontre que la police filoute, comme tu disais, détourne le fichier des passeports et des cartes d’identité. Donc là on parle d’autre chose, il ne s’agit plus de contrôle comme ça en fin de manifestation ou au commissariat où on vous demande vos empreintes et votre photo. Mais d’un autre fichier, celui des passeports et des cartes d’identité qui est donc détourné à des fins policières. Est-ce que tu peux nous dire de quoi il s’agit exactement et quelles sont les conséquences de ce que vous avez découvert ?
00:31:38Noémie Levain
Alors du coup, désolée, je reviens en arrière. Donc pour rappel ou pour ceux qui viennent d’arriver, quand vous refaites votre carte d’identité ou votre pas de sport, vous donnez vos empreintes digitales. Et même si, bon, petit aparté, vous pouvez pour la carte d’identité refuser qu’elle soit dans le fichier et juste sur papier, n’hésitez pas à rechercher,en fait, ces empreintes vont vous en ficher le fichier TES qui normalement n’est pas à l’utilisation de la police. Et quand il a été créé en 2016, il y a eu vraiment des garanties pour dire qu’il ne sera pas utilisé par la police, ce n’est que pour vérifier que c’est bien la même personne qui refait sa carte d’identité, etc. Le Conseil d'État avait dit ça, la CNIL avait dit, le Conseil constitutionnel aussi. Et en fait, nous, depuis quelques temps, quelques années je dirais, on a des retours comme quoi, en fait les policiers, quand ils ont un soupçon sur quelqu’un, mais ils sont pas sûrs que ce soit elle, enfin ils ont quand même déjà un nom. Par exemple David Dufresne, on pense que c’est lui qui a fait le tag, mais on n’est pas sûr. En fait, on a une image de caméra de vidéosurveillance, par exemple. Ce qu’ils vont faire, ils vont demander, en fait, les policiers ont un pouvoir de réquisition général. En fait les policiers peuvent aller voir un magasin, ils peuvent aller voir Twitter, ils peuvent aller voir une administration et dire ben voilà, je suis dans une enquête, j’ai un pouvoir de réquisition, donne-moi les infos que tu as. Et ça d’ailleurs, autre problème. Et donc ce qu’ils font, c’est qu’il utilise leur pouvoir de réquisition pour aller voir les préfectures ou l’Agence nationale des têtes sécurisées en disant, ben voilà, on est en enquête, donne-nous la fiche TES de David Dufresne. Et ça, pour nous, c’est totalement illégal et c' est une manière de filouter, de contourner l’interdiction qu' ils ont. Et donc dans ce cas-là, bon, ben la préfecture n’a pas le choix, réquisition policière, donc donne l' affiche. Et donc là, il y a la photo que tu as donnée quand tu as fait ta carte. Il compare avec la vidéo surveillance et il voit que c’est la même personne. Et ça, pour nous, on l’a vu dans plusieurs dossiers où, en tout cas, on nous a fait remonter cette information. Et dans l’article, en fait, il y a eu un dossier qui était totalement fini, donc on a pu mettre des screenshots, etc. Et il y en a même dans ce dossier-là, ils ont demandé à un moment les empreintes digitales qui sont dans le fichier TES, ça, qui était quelque chose de plus rare donc ça, donc pour nous c’est totalement illégal, c'était une manière de contourner le droit malheureusement, si vous me demandez les conséquences, on a fait cet article, il y a eu un peu de relais presse, mais pas beaucoup. On a fait une plante à la CNIL et on a porté plainte pour la personne qui était concernée dans le dossier, mais c’est tout, c'était là où moi je trouve ça quand même intéressant. Il y a 10 ans, ce fichier faisait un tollé, la création du fichier TES. Et 10 ans plus tard, c' est très difficile d’en faire parler moi, je trouve qu’il y a un truc assez intéressant à se dire collectivement comme les médias ou en tout cas la société civile, s’est habituée à ça et ça n’a pas la même répercussion.
00:34:30David Dufresne
Alors il y a plein de questions pratiques dans le chat et oui maintenant auposte fait du "serviciel". Il y a des gens qui doivent renouveler leur papier, donc passeport et carte d’identité. Est-ce que je t’ai bien compris ? Dans les deux cas c’est biométrique, c'était dire qu’il y a empreinte et il y à photo. Dans un cas on peut refuser la carte d' identité que ce soit inscrit au fichier mais passeport par contre c’est full control.
00:34:59Noémie Levain
C’est exactement ça, et en fait pour la carte d’identité, il faut chercher parce que parfois ils sont plein de bonnes volontés au service de refaire leur carte d’identité mais ils ne sont pas au courant, moi c’est le cas. Il y a un papier qui existe pour dire je ne veux pas que mes empreintes, donc que pour la Carte d’Identité, soit dans le fichier, donc elles sont collectées à part. Vous les donnez quand même pour qu’elles soient dans la petite puce. Et ce papier-là, parfois les agents ne sont pas au courant, donc il faut un peu regarder en avance, mais vous pouvez, c'était une des petites victoires de la création du fichier TES. C’est que vous pouvez refuser à ce qu’elle soit de rendre dans ce fichier centralisé.
00:35:32David Dufresne
Alors il y a Niina qui dit je note tout car je vois les substituts du procureur le 12 avril car son agence France Travail a porté plainte contre lui ou contre elle. J’ai refusé de donner mon ADN, merci pour ces précieuses infos. Donc on rappelle effectivement, et c’est le cas de ce militant d’Extinction rébellion, c’est qu’en fait il va être poursuivi, il va poursuivait pour ne pas avoir accepté de donner le code de téléphone, non, c'était son ADN.
00:36:09Noémie Levain
Il a été relaxé aussi, mais visages et empreintes.
00:36:12David Dufresne
Voilà, c’est ça. Donc c'était quoi les usages, c’est quoi la loi, où est-ce qu’on en est par rapport à ça ? Sur le refus d’ADN, le refus d’empreintes et de photos.
00:36:26Noémie Levain
Eh bien, justement, et ça, c’est un peu la dernière partie de la décision. Donc le fait de pouvoir être, d'être poursuivi juste pour ça le code de téléphone, en vrai, bon, il n’y a pas, ce n’est pas le cas dans la décision, mais il y a peut-être que des personnes en chat qui l’ont vécu aussi. Vous êtes arrêté, etc. Vous refusez de donner votre code et vous allez être poursuivis juste pour cela. C’est ce qu’on appelle un délit autonome. Ça veut dire que, en fait, c' est autonome des faits pour lesquels ont été arrêtés. Et ça, pour nous, c’est hyper problématique aussi, parce que même en termes de logique juridique, ça n’a pas beaucoup de sens. Et aujourd’hui, en tout cas, je crois qu’il y a des différents directives dans les parquets, donc ça dépend peut-être du lieu, mais ça s’est quand même bien généralisé, qu' il y a une poursuite quasiment systématique des personnes qui refusent, donc ce que je disais à la fois pour mettre pression donc la Cour de justice de l’Union Européenne, c’est la dernière question qu’on lui pose. On lui dit, bon, est-ce que ce délit autonome, en fait, le fait de pouvoir poursuivre, même si la personne n’a pas été sanctionnée, etc., des premiers faits, est ce que c’est conforme ? Et parce que voilà, la pratique est massive en France et elle dit, moi je suis un peu ici, elle dit le délit autonome c’est en gros on peut imaginer que c'était de poursuivre la personne pour un reçu, mais à nouveau elle met des critères, il faut que ce soit hyper strict, il faut qu’il soit lié à la personnalité, il fait que l’infraction soit grave, donc elle pose quand même toute une batterie de critères qui ne sont absolument pas le cas en France ; si vous regardez sur les sites qui recensent un peu les affaires de militants. Là, il y en a vu une à Lyon, un syndicaliste, qui était poursuivi juste pour refus de donner son code. En fait, c’est massif donc, on attend de voir si ces fameuses directives du parquet vont changer après cette décision de la Cour.
00:38:06David Dufresne
Et alors, comme on n’arrête pas le progrès, v’la-t-il pas que nos confrères de Disclose ont révélé la semaine dernière que la reconnaissance faciale était déployée à grande échelle sur les téléphones des forces de l’ordre ? Et d’ailleurs, Basketball à nouveau sur YouTube nous dit « Est-ce que les policiers utilisent leur smartphone personnel pour collecter notre photo et consulter ce fichier TAJ ? » Donc ça, c’est très important. C’est d’expliquer que font les flics exactement, avec quel appareil, qui est relié à quoi. Vous avez dix minutes.
00:38:43Noémie Levain
Et déjà, je préviens, si j’ai pas le temps, en partenariat avec Disclose, on a fait un guide juridique à la quadrature qui est disponible sur notre titre, justement, qui est assez long, mais il y a toutes les réponses, enfin, il y a beaucoup de réponses à vos questions. En gros, le fichier TAJ dont j’en ai déjà parlé, c’est celui qui récupère le visage dès que vous êtes mis en cause pas les victimes, mais celui que vous soyez arrêté, que vous passez par un commissaire à mis en course puis relaxé. En général, ils vous prennent en photo, vous êtes dans le TAJ. Donc, David l’a dit tout à l’heure, il y a 9 millions de photos. Le TAJ permet de faire de la reconnaissance faciale. En tout cas, il y a une petite ligne dans un décret de 2012 qui dit la reconnaissance faciale, et c’est à partir de ça qu’il y a la reconnaissance faciale aujourd’hui en France. Nous, on conteste beaucoup ce cadre juridique très insuffisant. Mais bref, aujourd’hui, c' est le cas. Les flics, à côté, ont quelque chose qui ressemble à un smartphone, mais qui, en fait, est un smartphone mais dedans, le système d’exploitation est fait pour les flics. C’est ce qu’on appelle les appareils NEO, pour un nouvel équipement opérationnel. Donc, en fait, ça ressemble à un smartphone, mais à l’intérieur, ils ont leur application pour avoir accès aux services policiers.
00:39:53David Dufresne
Depuis 2022, outre les fonctions habituelles écrits Disclose d’un smartphone, la lecture automatisée des cartes d’identité ou des plaques d’immatriculation, le NEO, donne accès à un outil de reconnaissance faciale, une technologie directement branchée sur l’immense fichier de police, je viens de le dire, le TAJ. Donc on a l’impression, en fait ils utilisent un téléphone portable, mais ce n’est pas le leur, c' est une dotation du ministère de l’Intérieur et c’est un appareil particulier, voilà.
00:40:23Noémie Levain
Voilà, exactement. Même si, et désolée peut-être que vous avez parlé, on se demande si parfois ils ne prennent pas aussi leur téléphone perso.
00:40:29David Dufresne
C’est pas faux, ma petite dame.
00:40:33Noémie Levain
Et du coup, avec ces téléphones Néo qui existent depuis les années 2010, comme l’a dit David, depuis 2022, il y a les Néo 2, donc nouvelle version. Et dans ce Néo2, on a mis une appli qui permet d’accéder notamment à CHEOPS, qui est un portail, on en a pas mal entendu parler avec le piratage des fichiers à la fin de l’année CHEOPS permet ensuite d' accéder à d’autres fichiers. Donc en général, quand il y a un contrôle d’identité, le premier truc qu’ils font, c’est regarder plutôt le fichier des personnes recherchées, le FPR. Et après d’autres pratiques qu’on a beaucoup vues et qui sont le cœur de l’article de Disclose, ils prennent en photo la personne. Et là, bam, il y a des résultats qui s’affichent en fait, c’est qu’ils ont, donc après le faire, ils vous ont accès au tâche et au module de reconnaissance faciale qui est présent depuis 2022 dans leur poche, en fait. On leur a donné dans les NEO2 un module de reconnaissance faciale.
00:41:21David Dufresne
Voilà, si ça paraît, voilà.
00:41:23Noémie Levain
Sauf que le gros de l’enquête de Disclose, c’est que c'était écrit texto dans une directive de la police nationale qui ne m’avait pas le droit d’utiliser la reconnaissance faciale en contrôle d’identité. Et en plus, nous, c’est un peu notre analyse juridique qu’on met dans le guide, le tâche ne peut pas servir au contrôle d’identité, ce n’est qu’en cas d’enquêtes avec certains OPJ habilités qui peuvent l’utilisent et ce qu' on voit c' est qu' en mettant ça dans la poche de tous les policiers ou en tout cas d’une grande partie des policiers, plus la reconnaissance faciale en fait, l'État, le ministère, a créé l’illégalité. En fait on donne un outil à des policiers qui n’est pas légal, évidemment qu’ils vont s’en servir. Et donc peut-être que vous aussi, vous avez déjà vu ce genre de scène de personnes qui sont prises en photo, une identité ressort. Et en fait, c’est ce TAJ qui est dans la poche des policiers depuis 2022. Et donc Disclose révèle des témoignages, l’illégalité de cette pratique, en fait au regard des directives étatiques que des policiers savent, il y a des témoignages de policiers aussi. Et voilà, donc je vous invite à lire, il a eu une enquête, il y aussi une vidéo de Kanye Reporter et il y a notre guide juridique pour un peu creuser ça pour nous, en fait, cet usage de la reconnaissance faciale en France, à nouveau, il est massif. Je n’ai plus les chiffres en tête de Disclose, mais il y a quelques années, c'était 500 000 utilisations par an.
00:42:39David Dufresne
Non, non, non. Noémie, l’exploitation du TAJ associé à la reconnaissance faciale a plus que doublé en cinq ans. Donc c'était pas 500 000, c'étaient 375 000 consultations en 2019 pour la police.
00:42:54Noémie Levain
500 000 pour la gendarmerie, du coup ça faisait 500 000, un truc comme ça.
00:42:56David Dufresne
Oh bien joué, elle est passée à près de 1 million en 2024, cela correspond à 2500 consultations quotidiennes. Or, il n’y a pas 2500 faits graves. Par jour, or c’est ce que tu disais tout à l’heure, c' est que normalement, c est en cas de fait grave, un contrôle d’identité, sauf s’il y a eu un meurtre, mais enfin, en règle générale, c n’est pas ça. Donc, selon un document du secrétariat général du ministère de l’Intérieur, qui a été déniché par l'équipe de Disclose, dont il faut que je m’empresse de donner le nom à Ariane Lavrilleux, bien que d’une autre service, Lionel Perrin, plus discret mais connu aussi, et Camille Courcy qui sont les trois auteurs et autrices de cette enquête sur la reconnaissance faciale. Donc effectivement on voit qu’en cinq ans, explosion de la consultation du TAJ associée à la reconnaissance faciale.
00:43:54Noémie Levain
Oui, voilà, exactement. Et du coup, l’arrêt de début, pour ceux qui étaient là tout à l’heure, de la CJE pourrait aussi avoir des impacts sur cette pratique, parce que c’est exactement ce que tu fais. Tu viens de faire un magnifique raisonnement juridique. La CJE exige de la nécessité absolue pour toute collecte de données. Pareil, prendre une photo dans la rue, quand c' est juste un contrôle d’identité aléatoire, préventif ou discriminatoire par des cas, il n’y a pas de fait grave. Donc, cette collecte de données sensibles, de données biométriques. N’est pas conforme au droit de place. Donc là, en fait, quand même, en une semaine, en une semaines, des jours, il y a eu beaucoup de choses sur les questions de fichiers en France. Et il y a un peu un silence assourdissant de la part du ministère ou même de l'État ; même, moi, je trouve des journalistes. Il n’y a pas énormément de reprises. Je ne sais pas dans le chat si vous en aviez entendu parler, mais alors qu’il y a quand même tout tout système de fichage et de reconnaissance faciale qui est un peu ébranlé. On n’en parle pas beaucoup. Donc nous, on attend les suites.
00:44:48David Dufresne
Est-ce que vous avez essayé de comprendre, hormis la paresse des journalistes et l’accoutumance peut-être de la population à tout ça, est-ce qu’il y a d’autres raisons, selon toi, qui font qu'à part en poste, il n’y a pas grand monde pour s'énerver ?
00:45:05Noémie Levain
Il y avait peut-être aussi le contexte médiatique où on était en pleine municipales plus guerre au Moyen-Orient, donc c’est peut-être l’actualité un peu chargée mais il n’empêche qu’il y a des journalistes polices dans chaque rédaction. Je pense que oui, l’accoutumance, le climat aussi où parler de sécurité, même en tant que journaliste, j’imagine que c'était guidé par pas mal de thèmes politiques. L’expliquer, enfin si, l’accoutumance et l’extrême droitisation de la manière dont on parle de ces sujets.
00:45:42David Dufresne
Alors, justement, il y a dans le tchat un certain nombre de personnes qui évoquent le détournement qui pourrait être fait politiquement, on va dire. Imaginons le pire, ça n’arrivera pas. On va se battre enfin bon, les fachos arrivent au pouvoir que se passe-t-il de tous ces fichiers ? Il y a même quelqu’un qui évoquait par exemple la signature d’une pétition, quelle qu’elle soit par France Connect. Finalement on peut vous retrouver assez facilement, dit donc vous il y a trois ans vous avez pétitionné pour les sans-papiers par exemple est-ce que cette question là par exemple du détournement politique qui pourrait à la limite être transversale et est abordée par vos partenaires, par les gens avec qui vous vous discutez.
00:46:32Noémie Levain
Oui et non parce qu’en fait enfin oui évidemment et en fait à chaque fois utiliser un peu cette épouvantail et dire ah mais en fait ça pourrait être utilisé par les fascistes mais en même temps le présent il y a des détournements en fait il y à des accès légitimes à des fiches d’ailleurs des fiches sortent en fait divers et que la fiche TAJ de la personne sort dans la presse pour le criminaliser on voit bien que les flics donnent des trucs aux médias qu’il y ait des statistiques utilisées parfois Il y a déjà eu, je crois que c'était le mouvement des retraites de 2023, des statistiques qui avaient été faites sur les arrestations à partir des fichiers totalement illégales, ça avait été attaqué. En fait, on a déjà énormément d’abus, après, c’est ce que tu veux dire à partir du moment où la donnée existe, par exemple la donnée de la pétition. Elle pourra être détournée, c’est pour ça que nous on lutte beaucoup parfois pour que ces fichiers ou en tout cas l’enregistrement des données n’existent même pas à la base parce qu'à partir du moment où l’information existe, elle va être exploitée. Et malheureusement non, il y a beaucoup d’administrations qui ne s’en rendent pas compte et au contraire, notamment les administrations sociales qui multiplient les fichiers, les algorithmes, etc. Donc c' est difficile de prendre conscience. À la rigueur, j’ai l’impression que le seul truc qui a un peu fait prendre conscience malheureux ce sont les piratages de la fin d’année. Ou là, ah ben oui, en fait, quand ça se retrouve dans la nature, on se rend compte de la matérialité de ce que c’est très bien, en fait, l’utilisation de ça pour sensibiliser les gens. Sauf que bon, on n’a pas de sensibilisation dans la nature, quoi.
00:48:04David Dufresne
Excuse-moi, peux-tu rappeler les piratages et on a encore un peu de temps puisque Martin Méchin, l’avocat qui vient nous parler tout à l’heure de l’affaire Quentin Deranque, devrait arriver je pense vers 8h10. Donc on a un peu encore de temps, si toi tu as encore un petit peu de temps, mais peut-être que BFM attend déjà que le breaking news avec toi, non ?
00:48:26Noémie Levain
Non, non, il n’y a pas de souci, il y a beaucoup d’actualités, donc si ça intéresse les gens, je peux encore en parler.
00:48:31David Dufresne
Ah bah, j’ai l’impression que ça intéresse les gens, comme tu dis. Oui, oui, absolument. Il y a plein de questions, mais d’abord, oui. Voilà les détournements, parce que on a vu, je ne sais plus quel était le ministre à l'époque, un peu embarrassé en disant oui, il y a eu quelques petits piratages. Puis finalement, jour après jour, on se rendait compte que c'était important, mais ça a été assez vite balayé. Est-ce que vous, vous avez suivi ça ? Donc le piratage ?
00:48:54Noémie Levain
Et en gros, donc pour ça, les secours pas suivis, c'était en décembre, si je ne dis pas de bêtises, vraiment à la fin de l’année. Il y a eu vent qu’il y aurait eu des fichiers de police qui auraient été piratés. Et en fait, c'était Nunez qui n'était pas très bien.
00:49:08David Dufresne
Ah, c’est ça !
00:49:09Noémie Levain
Oui, non, quelques fiches, quelques centaines de fichés. Oui, voilà, il essayait de canardiser, alors que quand même les faits sont hyper graves. C’est quelqu’un qui s’est introduit dans le système d’information de la police. En fait, en piratant les fichiers à la base, ce qu’on a appris, c’est qu’il a d’abord piraté les formes piratées. C'était très mal sécurisé. Il a intercepté une conversation entre deux flics sur leur messagerie interne. Et dans cette conversation, qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils filaient leurs codes, leurs mots de passe. Pour accéder aux fichiers. C’est ce que je dis normalement, il faut être habilité personnellement, mais en fait, tout le monde se refile ses codes. Donc, ils récupèrent les codes, il se connecte lui-même à Keops, qui est un peu le portail d’application, et il reste genre trois semaines connecté. Donc vraiment, et en fait apparemment, il s’est fait prendre parce qu’il était en train de sortir plein de choses et qu'à un moment, ils se sont dit ok, il y a un flux bizarre par là-bas. Mais donc voilà, c’est pas une petite intrusion, c'était qu' il a vraiment récupéré plein de chose et à ce stade, on ne sait toujours pas exactement ce qu’il a récupéré. Mais ça a été dit qu’il y aurait des fiches TAJ, notamment. Mais ça se trouve, c’est beaucoup plus et c' est hyper grave. Et c’est là où, nous, on a vu plutôt une réponse médiatique, une réponse très, très timide de la part du ministère. C’est hyper grave en termes de sécurité informatique, en terme de responsabilité, en terme de faute des policiers qui sont, comme d’hab, couverts de se balancer les codes comme ça et de faire n’importe quoi. Et à ce moment-là… J’ai l’impression qu’il y a pas mal de gens, parce qu’y a le TAJ, mais y a eu d’autres fiches aussi, y a d’autre truc d’administration, mais j’aie l’impression que les personnes se sont rendues compte de la matérialité d’une donnée en fait, mais d’ailleurs pas que sur le TAJ. Dès que vous avez un mail de « ah, il y en a beaucoup en ce moment, tel l’hôpital a été piraté, vous êtes dedans, etc. », on se rend compte que quand on donne notre adresse mail, etc., bah en fait c’est pas neutre, et ça va chez quelqu’un, et en fait ça peut aussi finir malheureusement dans la nature, mais c’est pas indolore.
00:51:04David Dufresne
Oui, mais paradoxalement, ce hacking, ce détournement, a presque renforcé la surveillance d'État. C’est-à-dire que ce qui posait problème, c'était pas qu’on soit tous et toutes surveillés, c’est que là, c'était pas l'État, que c'était quelqu’un d’autre, mais non ?
00:51:22Noémie Levain
Oui et non, parce qu’en même temps, il y a vraiment une faute de la part de l'État dans la sécurité des fichiers. Mais nous, ce qu’on dit, en fait, la question, ce n’est pas pourquoi ça a été piraté, c’est quand est-ce que ça va être piraté. En fait, à partir du moment où on centralise des informations, si sensible, c' est sûr que quelqu’un va essayer d’attaquer. C’est pour ça que, à la base, et notamment pour le fichier TES, on dit qu’il ne faut même pas que ce fichier existe, en fait. Et d’où la question de la décentralisation de manière générale dans la technique. En fait, c’est pareil pour les fichiers quelque chose d’aussi sensible, aussi gros, c’est sûr que ça va être piraté. Donc à la fois, la question d’infrastructure technique renvoie à une question politique de la nécessité de ces fichiers.
00:52:02David Dufresne
Que fait la CNIL demande F. Bae, 75.
00:52:07Noémie Levain
Très bonne question. Sur ça, je pense que sur la faille de sécurité, elle va peut-être regarder, mais c’est vrai que nous, sur les questions de fichiers de police, on est souvent assez critique de la CNIL, qui ne fait pas énormément, qui pour rappel, petit moment, Père Castor, la CNIL a été créé en 1978, notamment pour être un peu un garde-fou sur la surveillance d'État au moment de…
00:52:27David Dufresne
La loi sécurité et liberté informatique et liberté, pardon, informatique et liberté.
00:52:36Noémie Levain
Oui, c’est ça en fait, petit à petit, elle s’est un peu arrêtée un peu de faire ses sujets pour plus accompagner les entreprises, à se mettre en conformité à la loi, etc. Ce qui est important mais elle a vraiment arrêté son côté de vigie de l'État. Et d’ailleurs, le service des affaires régaliennes pour s’occuper de l'État, ils ne sont pas nombreux. Et donc nous, on trouve qu’elle n’est pas assez active. Donc c’est pour ça qu’on essaye de faire des plaintes pour au moins la forcer à bosser sur le sujet. Mais sur la question du détournement du TES, on a fait une plainte, sur la reconnaissance faciale, l’enquête de Disclose n’a pas dit grand chose, surtout qu’elle ne peut pas sanctionner l'État. Elle peut le rappeler à l’ordre, mais elle ne peut le sanctionner financièrement. Apparemment, ça va chauffer, mais on est assez critiques de cette institution qui s’est quand même pas mal rangée du côté du pouvoir.
00:53:26David Dufresne
Néo, est-ce que c’est privé, où sont les serveurs demandent la baguette marxiste alors que je vois que Martin Méchin est en train d’arriver dans les loges ?
00:53:38Noémie Levain
Alors, où sont les serveurs, je ne sais pas, des infrastructures policières et Néo, alors j’ai oublié le nom de la marque, donc c’est une marque de smartphones privés qui est connue. Mais après, le système d’exploitation est développé en interne, si je ne dis pas d'études. Donc voilà, c'était en fait, ils achètent les équipements, mais ensuite ils développent les applications. Et où sont les serveurs ? Je ne sais, je crois qu’il y avait des infos qui étaient sorties du coup au moment du piratage, il faudrait regarder.
00:54:08David Dufresne
Dernière question de JBFox, est-ce qu’il y a moyen pour que le gouvernement français soit attaqué pour avoir menti et aussi longtemps ? Sur la reconnaissance faciale, j’imagine ? Sur la reconnaissance faciale, sur le fichage, sur les détournements du fichage, etc. Est-ce que c’est quelque chose que la Quadrature du net compte faire, mener ?
00:54:34Noémie Levain
Non mais c’est vrai que c' est quelque chose qui nous titille parfois en fait parce que nous on fait pas trop d’action au pénal mais d’aller au pénale en responsabilité des plus hautes têtes, exactement pour ça d’avoir sciemment donné des outils illégaux et je pense qu’il y a effectivement quelque chose de responsabilité pénale, de connaissance d’infraction donc nous on va pas y aller là parce qu' on a trop de choses à faire et voilà mais ça pourrait être intéressant même dans des affaires aussi de personnes individuelles au-delà de défendre leur droit et à ce qu’il ne soit pas fiché, d’aller réfléchir en termes de responsabilité. En tout cas, il y a clairement quelque chose à causer et en attendant de le faire juridiquement, c’est pour ça qu’on le fait politiquement, médiatiquement, de l’efforcer à rendre des comptes.
00:55:20David Dufresne
Ma chère Noémie, dernière dernière question. Comment peut-on peut vous aider, la Quadrature du net, vous qui nous aidez ? Et la même question vaut pour Disclose puisque ce sera la même réponse. Et pour auposte. J’aime beaucoup tes “hé bé”.
00:55:40Noémie Levain
Premier truc, évidemment, soutenir financièrement, on vit beaucoup grâce aux dons. Je pense qu' auposte et Disclose aussi après, autre manière, c’est évidemment parler du sujet, diffuser, sortir ces questions de surveillance de l’opacité. Donc voilà, les articles que David a partagés, n’hésitez pas à les lire, à les partager autour de vous. Par exemple, le guide qu’on a fait, imprimez-le et laissez-le traîner. C’est aussi beaucoup comme ça qu' on avance sur ces sujets.
00:56:07David Dufresne
Alors le guide, je dis ça à Euryale qui est à la modération je ne sais pas si tu l’as vu, le guide en fait tu peux le trouver en bas de l’article de Disclose, je vais le mettre comme ça, voilà, à moins que tu l' aies déjà vu, hop hop hop, c’est ici, en bas l’article de Disclose, il y a le lien qui est ici en partenariat avec Disclose, la conversation du net a édité un guide sur la reconnaissance faciale et les contrôles d’identité intitulé Que peut faire la police ? Et guide qu’on retrouve donc sur le site. Voilà, directement. Merci beaucoup, passe une bonne journée Noémie. Et c’est toujours un bonheur de discuter avec toi. À très très bientôt et bon courage à toutes et à tous. Merci beaucoup. Alors camarades, et bien nous allons passer maintenant. Oh la vache, on respecte les horaires. C’est absolument incroyable. Il est 8h09. Martin Méchin doit démarrer à 8h10. J’envoie un petit jingle, on va dire. Voilà, tac tac tac. Alors, attends, qu’est-ce que je vais envoyer ? Je vais envoyer celui-là.
00:57:22Audio
C’est le café de Mr Martinaud. C'était celui-là. Si c’est celui de Mr Martinaud, c'était lui.
00:57:31David Dufresne
Alors, Martin, bonjour, est-ce que, est ce que, ah, je ne t’entends pas, allo allo, ah si, je t’entends, bonjour, comment ça va ?
00:57:42Martin Méchin
Mais ça va très bien et toi ?
00:57:43David Dufresne
Eh ben ça va très très bien, tu es avocat, je disais tout à l’heure que c’est la première fois que tu viens au poste je crois.
00:57:52Martin Méchin
Eh bien oui, tout à fait, j’en suis ravi.
00:57:54David Dufresne
Bon, et bien écoute… Mais comme je disais, c’est la première fois que tu viens, mais tu es bien connu de nos services. Je voulais parler avec toi, puisque tu es, comment dire ça, l’avocat d’une des personnes, aujourd’hui incarcérée, pour avoir soupçonné d’avoir porté des coups mortels à Quentin Deranque en février dernier à Lyon.
00:58:24Martin Méchin
Tout à fait, c’est ça.
00:58:25David Dufresne
Voilà. Le plus jeune des mis en examen, je crois, qui s’appelle Paul. Son prénom, c’est Paul.
00:58:32Martin Méchin
Tous les mis en examen sont jeunes, de toute façon, on a affaire à des jeunes hommes.
00:58:38David Dufresne
L’idée avec toi c’est d’abord de savoir où en est l’instruction et ensuite de parler des révélations qu’il y a eu là ces derniers jours et notamment sur les services de police mais d’abords l' instruction par rapport à ce qui a été dit raconter où est-ce qu’on en est et tu as tout le temps
00:58:59Martin Méchin
Alors, d’abord, je précise que, évidemment, je suis lié par le secret de l’instruction, donc je ne pourrai pas te détailler et détailler aux auditeurs ce qui se passe actuellement dans le dossier, mais je peux quand même dire un certain nombre de choses. Parce que, en réalité, de nombreux éléments sont déjà apparus dans la presse. On a actuellement neuf personnes qui sont mises en examen, neuf personnes qui sont incarcérées, et on est encore en début d’instruction en réalité. Donc évidemment, il va se passer encore beaucoup de choses Ce qui s’est passé c’est qu’avant l’ouverture même de l’instruction il y a eu évidemment une présentation par le procureur de la république, il y avait une conférence de presse,
00:59:39David Dufresne
Alors Martin, je suis désolé, j’ai l’impression que le casque ne marche pas très bien, le micro ne marche pas très bien. Est-ce que tu pourrais basculer sur le micro classique de l’ordinateur ou pas ?
00:59:53Martin Méchin
Alors je vais faire autre chose, je vais mettre un casque, un vrai casque. Là c’est un écouteur, je mettrai un vrai casque.
00:59:59David Dufresne
Alors à tout de suite, à tout de suite. Et ça va me permettre de retrouver, figurez-vous, mes notes. Alors j’ai bossé comme un dingue et il faut que je retrouve, il faut que je trouve mes notes, mais de toute façon, on peut improviser, il n’y a pas de souci. Alors, est-ce qu’on t’entend mieux Martin ?
01:00:19Martin Méchin
Alors, me revoilà avec un casque, est-ce que c’est mieux ?
01:00:24David Dufresne
Non, non, c’est moins bien même. C’est moi bien.
01:00:26Martin Méchin
C’est même moins bien. OK, alors, je bascule, j’enlève.
01:00:35David Dufresne
Allo allo, voilà.
01:00:38Martin Méchin
Moi je n’entends rien
01:00:39David Dufresne
Alors là c’est bien, là c’est parfait.
01:00:42Martin Méchin
Alors moi par contre je ne t’entends pas ou très très peu donc ça va être très compliqué.
01:00:46David Dufresne
Alors remets le petit casque, le petit casque. Voilà, celui-ci. Allô, allô ? Voilà, voilà. On prend notre temps.
01:01:02Martin Méchin
Oui, donc on est encore en début d’instruction, mais en réalité on a déjà un certain nombre de choses qui ont été faites et qui ont déjà été dites, notamment par le procureur de la République dans sa conférence de presse, qui a précédé les mises en examen, et ce qui s’est révélé en réalité, c’est que dès le début on a eu une vision très simpliste des choses qui nous a été données par le Procureur de la République et pour l’instant on en est encore un peu là, au début de cette instruction, c-à-dire la présentation simpliste. C’est la présentation dans laquelle la victime des faits est nécessairement irréprochable et dans laquelle les suspects ou les auteurs présumés ou en tout cas les mis en examen de ce dossier sont forcément des extrémistes assoiffés de sang. La situation est évidemment plus complexe que ça, et le but, l’un des buts de l’instruction ce sera de dénouer un petit peu cette question parce que ce qui compte, ça n’est pas seulement le fait en lui-même, mais c’est évidemment le contexte qui a amené ce fait là, et donc au début de cette instruction, nous en tout cas du côté de la défense, on essaye de se concentrer aussi là-dessus, c' est à dire de pouvoir éclairer le contexte, qui a amené ces faits parce qu’il faut évidemment comprendre, parce que ce qui est une réalité dans ce dossier, ce qui, à mon sens, sera retenu à la fin. C’est qu'évidemment ces jeunes qui se sont mis en examen n’ont jamais eu l’intention de tuer qui que ce soit. Et pour l’instant, ils sont bien mis en examen pour meurtre, c’est-à-dire homicide volontaire, ce qui, à mon sens, ne correspond pas, enfin, au sens de la défense en tout cas, et au sens des déclarations d’ailleurs de chacun, mais ça, ce n’est pas une révélation de le dire, ne correspond évidemment pas à la réalité du dossier. Donc l’objectif sera double au début d’une construction, c' est éclairer le contexte, pouvoir éclairer le contexte et pouvoir éclairer l’intention qui pouvait exister chez les différentes personnes mises en examen.
01:02:59David Dufresne
Voilà, alors j’essaie de régler les petits points techniques parce que ça crépite un petit peu, mais on me dit que c’est tout à fait audible, alors tant mieux. On est bien d’accord au départ, ça avait été ouvert sur le motif de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner, c'était ça, ce qui était au départ.
01:03:22Martin Méchin
Initialement même, Quentin Deranque n’est pas mort, donc la qualification, on n'était pas sur une tentative de meurtre, on était sur des violences volontaires. Ensuite, Quentin Deranque décède et donc ça change la qualification, effectivement, on passe à ce moment-là à la qualification de violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Et puis en cours d’enquête, le procureur de la République, parce qu'à ce moment là, c’est encore lui qui est saisi, ce n’est pas déjà le juge d’instruction, décide de qualifier l’effet de domicile volontaire, donc de meurtre en réalité, ce qui évidemment change tout en termes d’intention, ce qui change également énormément en termes de répression et puis ce qui change en terme de discours qui peut être porté par l’accusation ou par les différentes, on va dire les différentes expressions politiques qui se sont fait entendre depuis la mort de Quentin Deranque
01:04:18David Dufresne
Alors, la semaine dernière, ou ce week-end, je ne sais plus, BFM a sorti des documents, comme tu es soumis au secret de l’instruction, tu ne me diras pas d’où ils viennent, mais moi je pense qu’ils sont dans le dossier, qui montre que les renseignements territoriaux avait suivi les fachos et les antifas pendant de longues minutes avant les coups mortels, qu’il y a une série de photos qui est prise et que ces policiers ne sont pas intervenus, alors a priori, leur rôle n’est pas d’intervenir, mais de surveiller et de rendre compte et éventuellement de faire intervenir. Qu’est-ce que tu peux nous dire par rapport à ça ?
01:05:10Martin Méchin
Effectivement, on a des révélations qui sont relativement intéressantes par BFM qui indiquent que les services, alors qui semblent être les services de renseignement territoriaux, en tout cas c’est BFM qui le dit, étaient déjà en surveillance autour des groupes. Alors, on comprend des révélations de BFM que la surveillance serait initialement sur le groupe d’ultra-gauche, comme ils l’appellent. On se pose la question en réalité de savoir si le groupe d’Ultra-Droite n'était pas surveillé non plus. Et c’est plus que de longues minutes, c’est- à dire que d’après ce que dit BFM, alors j’ai plus l’article en tête, mais on est sur au moins une heure ou une heure et demie de surveillance et des dizaines de photos qui sont prises. Ça pose plusieurs questions. La première question, c’est de savoir pourquoi ils étaient en surveillance. Ça, c’est intéressant. Alors, c’est du renseignement, mais c’est pas parce que c’est du renseignement qu’on n’a pas le droit d'être nous-mêmes renseigné. Et donc, c’est très intéressant de savoir pourquoi ils étaient en surveillance, est-ce qu’ils pensaient que ça pouvait dégénérer et si oui, pourquoi pensait-il que ça pouvait dégénérer ? C’est-à-dire qu’on est dans le contexte d’une conférence donnée par Rima Hassan, donc on va dire plutôt dans un milieu de gauche, donc la présence en soi de personnes d’ultra gauche, comme le disent les enquêteurs, n’est pas forcément étonnante et n' est pas forcément inquiétante dans le contact d' une conférence. S’ils sont en surveillance, est-ce que ça ne veut pas dire qu’ils savent déjà qu’il pourrait éventuellement y avoir des problèmes et les problèmes dans une conférence, on va dire, de gauche pour faire un peu large, ne vont pas être amenés par des gens d’ultra gauche. S’il y a des problèmes, c’est qu' ils s’attendent éventuellement à ce qu' il y ait des gens du camp adverse qui puissent venir. D’où ma question, qui est de savoir si le groupe d’ultra-droite qui est clairement identifié à un moment donné, n'était pas également surveillé. Et ça c’est la première question. Et puis la deuxième question, c'était qu’ils expliquent, et c'était toujours BFM qui nous le dit, ils expliquèrent qu’il voit des gens se préparer, se mettre en groupe, et puis une rixe va éclater. Et à ce moment-là, ils n’interviennent pas du tout. Alors, ça pose évidemment plusieurs questions. Bien sûr que des services de renseignement qui sont en surveillance n’ont pas vocation à intervenir. Ça, c’est une chose. Néanmoins, quand on voit que la situation dégénère, au risque de dégénérer, il y a une question qui va au-delà du renseignement. C’est une question d’ordre public, bien sûr, mais c’est également une question de non-assistance à personnes en danger. C' est un délit pénal, en réalité, qui peut être évidemment commis par des forces de l’ordre. Et là, ce qui se révèle dans cette surveillance, c' est que les services de police ont vu le risque de commencer. Alors, ils prétendent, selon BFM, qu’ils n’auraient pas vu Quentin Deranque se faire frapper au sol parce que pendant deux minutes, comme par hasard, on n’aurait plus de photos. Alors ça, c’est vraiment, c’est des choses qu’on a l’habitude de voir. D’ailleurs, dans des dossiers de banditisme classique ou comme par hasard. Il manque le moment où il se passe des faits.
01:08:16David Dufresne
Alors Martin, je vais citer BFM, ces agents des renseignements territoriaux n’assistent pas au tabassage mortel, ils perdent de vue en effet ces affrontements pendant plus de deux minutes, les deux minutes fatales, entre 17h57 et 17h59, c’est-à-dire exactement au moment où le militant se fait tabasser. Alors sur BFM, on voit en revanche..
01:08:43Martin Méchin
En photo, en revanche, Quentin Deranque au sol, en train de se relever, c’est-à-dire juste après les faits. C’est-à-dire qu’ils arrivent miraculeusement juste après les faits.
01:08:53David Dufresne
C’est ballot quand même, nous dit Erastode dans le tchat. Pourquoi poursuit BFM ? Est-ce parce que ses agents discrets circulent à bord d’un véhicule et que la rue Victor Lagrange est à sens unique ? C' est une possibilité, il faut deux minutes en voiture pour faire le tour du pâté de maisons et selon leurs images, les policiers assistent à une fuite de militants d’ultra-droite de l’autre côté de la rue. Bon, ça c’est les explications douteuses des services de police.
01:09:20Martin Méchin
Oui, alors j’imagine ce qu’on dit des services de police à BFM, puisque évidemment ils ont des sources et c’est le narratif qu' on leur a donné. Mais depuis le début, nous avons, nous, du côté de la défense, tendance à nous méfier des narratifs tant du parquet que des services de police. Donc la question est double. C’est-à-dire que non seulement ils n’interviennent pas, alors qu’en réalité, on sait très bien sur ce genre de groupes, c'était un groupe d’antifa, un groupe ultra droite. On sait très bien que si un flic sort pour brandir sa carte et dire « Halte, police », tout le monde va s'égailler comme une volée de moineaux. C’est-à-dire qu’ils ne vont pas continuer à se battre, ils ne vont vouloir se faire interpeller, ils ne veulent pas se faire identifier, et évidemment, ils vont s'égayer comme une vol de moineaux. Donc en réalité, quand on dit « Oui, ils ne sont pas équipés pour intervenir, ils sont armés, etc. », à mon avis, c’est un argument qui ne tient pas du tout. Et puis la deuxième chose, c’est qu'à supposer même qu’il n’intervienne pas, Quand ils voient soit disant les groupes se préparer à se battre puis la rixe se commencer pourquoi n’appellent-ils pas les services de police classiques en disant attention ça va dégénérer là nous on peut rien faire parce qu’on est les services de renseignement on n’est pas armés on n est pas équipés mais dans ce cas là ok prévenez en fait vos collègues qui eux pourront intervenir et d’ailleurs c’est dit dans le deuxième article de BFM on a des dizaines de policiers soit de la BAC soit des CRS il me semble qui sont à proximité de la conférence pour sécuriser justement la conférence et les alentours et ces services-là ne sont pas prévenus, c’est-à-dire qu’ils n’interviennent pas alors qu’en réalité ils auraient pu être prévenu, ils auraient pu intervenir évidemment et donc la question se pose et l’analyse qu’on peut en faire. Alors, ce n’est pas qu’ils voulaient que ça dégénère. En tout cas, moi, je ne pense pas que les services de police voulaient que ça dégénère et ont laissé faire en se disant, tant mieux, c’est génial que ça dégénère. Ce n'était pas ça. C’est que ce à quoi ils assistent à ce moment-là, tout simplement, ça n' est pas un meurtre, ça n est pas une tentative de meurtre. C' est une bagarre. Tout ce qu’il y a de plus classique et qui, selon eux, ne mérite pas une intervention particulière. Et ça, c’est important parce que quand on dit que le groupe d’ultra-gauche était là, finalement, pour mettre à mort Deranque, permettez-moi de dire que je n’accroche pas. Je ne sais pas si les services de police font toujours très correctement leur travail, mais s’ils avaient assisté à ce genre de choses, c’est-à-dire un groupe qui veut mettre à mort quelqu’un, on peut espérer qu’ils seraient intervenus. Et donc s’il n’interviennent pas, c’est qu’en réalité, la bagarre, la rixe à laquelle ils assistent est une rixe très, malheureusement, très classique et qui se termine mal, malheureusement bien sûr, mais ça reste une rixe très classique. C’est pour ça, je pense, qu’ils n’interviennent pas.
01:12:06David Dufresne
Les copains de Contre-attaque parlent de scandale d'État. La police surveillait les néo-fascistes et les antifascistes à Lyon. Des agents ont assisté en temps réel à la bagarre et ont pris des photos sans intervenir. Ils ont vu que les fascistes lançaient l’affrontement parce que ça, on a oublié de le dire, mais la chronologie des faits montre que les antifa se défendent. Dans un premier temps, ce ne sont pas eux qui portent l’attaque. Ils ont laissé les flics, ils ont laissé Quentin Deranque repartir sans lui porter secours. L'État et les médias ont organisé une campagne médiatique sur un lynchage entre guillemets de jeunes catholiques inventés de toutes pièces pour détruire LFI Bon ça c’est Contre-attaque qui dit ça.
01:12:48Martin Méchin
C’est une analyse politique donc moi je n’irai pas aussi loin que ça évidemment, pour l’instant moi je suis avocat de l’indemnisation d’un examen, je ne vais pas aussi loin sur LFI etc. Mais ce qui est certain c’est que ça correspond de toute façon à la présentation qui a été faite par le procureur. Et ce que l’on peut soupçonner, en réalité, c’est qu’au moment où le procureur de la République fait sa conférence de presse, il a déjà connaissance de ces éléments, parce que ce que révèle BFM, ce n’est pas des éléments dont la police n’avait pas connaissance ou dont le parquet n’a pas connaissances, puisque ce sont des éléments issus des PV de police. Donc, si ces éléments révélés par BFM sont issus de PV de police, eh bien, c'était forcément que le procureur de la république en avait connaissance. Et donc, quand il fait sa conférence de presse, assez rapidement, mais en fait il a déjà ces éléments-là, c’est-à-dire qu’il y a une volonté qui est assez claire de la part du parquet de présenter quelque chose qui effectivement est une présentation, ce que je vous disais tout à l’heure, une présentation simpliste et, me semble-t-il erronée de la situation.
01:13:52David Dufresne
Alors quand tu dis erroné, alors évidemment je me gausse quand tu dis de ne pas faire de politique, mais c’est normal, tu es là en tant que.j’essaye en tout cas. Non mais pourquoi ? Parce qu’en fait, a priori, le procureur a ces informations, tu viens de le dire, si il les a, les policiers les ont aussi, donc le ministère de l’Intérieur et de la Justice, puisque le procureur est sous des ordres directs. Et pourquoi je te parle de tout ça ? Parce que, au bout du compte, on arrive à la minute de silence à l’Assemblée, donc ça veut dire qu'à aucun moment quelqu’un a pensé que ce serait utile de dire, attendez, il y avait des policiers qui étaient sur place, l’histoire qui est en train d'être racontée n’est pas tout à fait complète, on va rester très polis. Et donc là, est-ce qu’il n’y a pas quand même des responsabilités ici ou là à aller chercher ?
01:14:43Martin Méchin
Ici, c’est une certitude. Il y a des responsabilités sur la réponse politique qui a été donnée. Mais je vais même, encore une fois, tu vas me dire vraiment, il nous soûle, cet avocat, à vouloir rester avocats. Mais je veux quand même rester sur un terrain strictement judiciaire. C’est-à-dire que moi, si j'étais l’avocat de la famille de Quentin Deranque, je serais évidemment outré et particulièrement scandalisé par ces révélations, parce qu'à la fin, celui qui est mort, c'était Quentin Deranque. Nous, on a des clients qui sont incarcérés et qui doivent répondre de faits, mais celui qui est mort c’est Quentin Deranque. Je serai évidemment scandalisé et je déposerai très rapidement une plainte pour non-assistance à personne en danger. Ça me paraît évident, c’est à dire que sur les vis-à-vis des services de police qui étaient présents, bien évidemment que la famille de Quentin Deranque devrait se saisir de ça. Mais ça, ce n’est pas ma question, puisque moi, je ne suis pas leur avocat. Sur le plan très politique que tu…
01:15:29David Dufresne
Attention, il y a attention à la mousse dans le tchat, c’est son pseudo, qui dit on aime les avocats qui "avocatent". Donc tout va bien, tout va bien.
01:15:40Martin Méchin
On essaye de faire notre taf, on essaye de faire la taf. Après d’un point de vue plus politique, l’ordre d’information c’est pas le procureur sait, donc les policiers savent. C’est les policiers savent sur le terrain. Bien sûr. On n’imagine pas que sur un dossier aussi médiatique et avec une telle ampleur médiatique en plus quelques semaines avant les municipales, on n’imagine pas à un instant que le procureur n’avise pas sa hiérarchie, donc le Parquet Général, et que le Parquet général n' avise pas sa hiérarchie, c’est-à-dire le ministère de la Justice, et que la ministre de la justice n’informe pas son collègue ministre de l’Intérieur, à supposer que le ministre de L’intérieur n’ait pas déjà été informé, lui, par ses policiers qui étaient les premiers à être au courant. Donc en réalité, effectivement, il y a une chaîne d’information qui… On va dire que dans un dossier qui n’aurait aucune résonance médiatique, on pourrait croire que la hiérarchie n’est pas informée. Dans un dossier comme celui-là avec une telle ampleur médiatique et politique, évidemment que la hiérarchie était informée, c’est impossible qu’il ne l’ait pas été ou alors c'était vraiment un dysfonctionnement total. Alors ça serait pas le premier, mais ça serait vraiment un dysfonctionnement total des services de l'État, mais je n’y crois pas une seconde parce que si le ministère de l’Intérieur croit utile de mettre des groupes de surveillance sur des groupes d’ultra-gauche qui ne sont pas là pour se bagarrer, on peut imaginer qu’une fois qu’il y a eu une bagarre et une fois qu' il y a eu un mort, le ministre de l’Intérieur et son collègue le ministre la Justice peuvent se saisir quand même de cette problématique avant de faire une minute de silence à l’Assemblée nationale effectivement.
01:17:10David Dufresne
Alors, on pourrait, oui, on appelle ça les dossiers signalés. Question sensible, difficile, pas fastoche à poser, mais je crois qu’il faut la poser. On a compris grâce aux enquêtes, notamment de Mediapart et d’autres, et de l’humanité, on a compris que Quentin Deranque n'était pas le petit ange dont on nous avait fait le portrait, ange catholique, on va dire. Mais où est-ce qu' on tombe dans le salissement de la victime, qui est quelque chose qu’on connaît, dont un certain nombre de camarades peuvent être victimes, où on va salir la victimes pour, notamment par exemple dans des faits de violence policière, on va dire ça comme ça, de l’information. Je veux dire par là, jusqu’où on doit raconter qui était Quentin Deranque. Et pour essayer d'éclairer ce qui s’est passé. Est-ce qu’il y a un risque de finalement tomber dans ce travers de salir la victime ?
01:18:14Martin Méchin
Alors attention, parce que pour nous, de notre point de vue politique, on a l’impression que ça salit la victime. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en fait, Quentin Deranque, il appartenait à un ou des groupes, parce qu’on fait, il y a plusieurs groupes. Pour qui c'était un honneur d’avoir ces idées là et pour qui c’est un honneur de les exprimer. Donc nous, on a l’impression que ça s’allie Quentin Deranque parce qu’effectivement, c’est des choses qui nous font horreur à nous. Mais en réalité, du côté de Quentin et de ses amis, ce ne sont pas des salissures, c’est simplement ce qu’ils font tous les jours sur les réseaux sociaux, c’est simplement ce qu’il font tous les jours dans la rue et je crois qu' ils en sont fiers en réalité. Et d’ailleurs à cet égard je renvoie un groupe lyonnais bien connu qui est Audace Lyon, alors qui communique de manière tout à fait publique puisque leur compte Instagram est public et ouvert à tout le monde et Ils ont fait plusieurs communiqués suite à la mort de Quentin Deranque qui ne laissent aucun doute sur le fait que, en réalité, ils sont fiers de ce que pouvait faire Quentin Deranque. Ils sont fiers des groupes auxquels appartenait Quentin Deranque. Ça n’est pas une salissure pour eux. C’est une fierté. Donc voilà, ce sont des faits. Nous, nous estimons qu’effectivement, ça n’est pas glorieux eux, ils sont fiers d’eux. Très bien, disons-le. Disons de quoi ils sont fiers ?
01:19:35David Dufresne
Florent Calvez dans le tchat te demande s’il y a un narratif policier, y a-t-il un narratif de la justice et sont-ils différents ?
01:19:44Martin Méchin
Alors, pour l’instant, comme le narratif de la justice a été le narratif du procureur de la République, il était quasiment identique au narratif policier. C’est-à-dire que, voilà. Mais en fait, il n’y a pas vraiment de narratif strictement policier, parce que le narratif policier se déduit de l’ensemble des PV d’une procédure. Et donc évidemment, les PV sont très nombreux et c’est chacun aussi doit, sur la base de PV qui sont censés être objectifs, faire une conviction et avoir une idée sur ce qui s’est passé. Maintenant, le narratif policier peut apparaître dans des PV de synthèse, dans ce genre de PV, mais en réalité, nous, quand on étudie un dossier, quand on s’attache à travailler sur un dossier, on va prendre PV par PV. Et PV par PV, on ne peut pas dire qu’il y a un narratif policier, parce que chaque PV, est rédigé un jour à une en particulier et il ne s’inscrit pas forcément dans quelque chose de plus global. Et donc c’est une fois que l’on a l’ensemble des PV qu’on va pouvoir faire un narratif et le narratif de la justice pour l’instant ça a été le narratif du procureur de la république parce que c'était lui qui a communiqué et nous notre travail d’avocat c' est justement de réussir à faire changer le narratif judiciaire alors ça passe par plusieurs choses alors ça passe par de la communication et pour l' instant on n’a pas beaucoup de communiqués parce qu’on est encore en début d’instruction, donc ce n’est pas facile. Mais ça passe aussi par des demandes d’actes que l’on peut faire auprès de la juge d’instruction pour demander un certain nombre de choses qui permettent d'éclairer justement le contexte. Ça va passer par les déclarations des différents mis en examen lorsqu’ils seront interrogés par la juge d’instruction. Donc, le narratif judiciaire va forcément évoluer et il ne sera évidemment pas le même ou alors c’est vraiment qu' on a totalement échoué en tant qu’avocat. Mais c’est forcé, le narratif judiciaire sera forcément différent à la fin de l’instruction. Par rapport à ce qu’il a été avant même le début de l’instruction et c’est justement tout l’objet de l’instruction, alors qu' il va être long, ça va durer plusieurs mois, il ne faut pas penser que le dossier est bouclé dans un mois, ça ne sera évidemment pas le cas, ça va durer très longtemps. Donc le narratif judiciaire, on est là pour le faire bouger, pour le faire évoluer et pour qu'à la fin, on soit le plus proche possible de notre réalité et de la réalité telle qu’elle est décrite par nos clients.
01:22:01David Dufresne
Je vois que François Piquemal, dans les loges, c’est le candidat et les filles à Toulouse. Donc on va devoir écouter, maître, je suis désolé. Une question qui revient pas mal dans le tchat, notamment Ninou. Pourquoi les comparses de Deranque ne sont pas mis en examen dès le départ ?
01:22:26Martin Méchin
Alors, dès le départ, parce que justement, il y a ce narratif judiciaire qui, dans un premier temps, ne vise que le groupe d’ultra-gauche, comme il l’appelle, le groupe antifa. Maintenant, c’est quelque chose que nous avons demandé à la juge d’instruction que les investigations nécessaires soient faites sur le groupe d’ultra-droite, qu'éventuellement des mises en examen soient réalisées, soient effectuées, des placements en garde à vue faits. Ce sont des choses qui vont peut-être se passer, mais évidemment ce n’est pas nous qui avons la main là-dessus, mais en tout cas ce sont des choses qu’on a évidemment demandé et nous espérons que cela va arriver. Il faut savoir que l’instruction n’est pas ouverte uniquement sur la mort de Quentin Deranque. L’instruction est ouverte par le procureur de la République sur les violences qui ont été commises ce jour-là par des personnes non-identifiées sur des personnes non-identifiées. Donc en réalité, le juge d’instruction enquête également sur les faits qui ont été commis, ça c’est à peu près établi de toute façon quand on voit les vidéos, sur les faits qui ont été commis par les membres du groupe ultra-droite. Donc ce sont des choses qui vont arriver, nous espérons.
01:23:42David Dufresne
Martin, merci beaucoup. C'était un plaisir de converser avec toi, malgré la gravité des faits. Je voudrais signaler que tu fais partie du collectif Colère Noire. Alors, avant, c'était la BRB, c'était la brigade des robes. C'étaient quoi déjà ? Black Rob Brigade, oui. Voilà, Black Rob, Black Rob Brigade. Et vous êtes devenu Colère noire. Est-ce que tu peux nous dire en deux mots de quoi ce collectif dont tu es membre et le nom sur quoi vous vous engagez ?
01:24:12Martin Méchin
Ce sont deux collectifs un petit peu différents, on va dire, qui se succèdent dans le temps, mais qui ne sont pas exactement similaires. Le collectif Colère Noire, il a été en réalité constitué très récemment pour répondre aux attaques de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice, sur l’ensemble du système judiciaire. Et donc nous avons déjà fait un certain nombre d’actions. Alors ce sont des actions un petit peu symboliques pour l’instant, mais qui ont pour objet en réalité de fédérer un petit peu les professions judiciaires. Donc on a fait une action quand Gérald Darmanin est venu présenter, quand le bâtonnier a présenté ses vœux plutôt à Gérald Darmanin. Donc là, on a fait une action pour dire à quel point le barreau pouvait s’opposer à la politique de Gérald Darmanin et puis là, le combat qui est mené actuellement, et nous avons déjà fait un premier rassemblement sur la place Vendôme avec d’autres organisations d’avocats ou de magistrats, et même la LDH d’ailleurs. Pour lutter contre le projet de loi SURE dont la première partie vient à l’examen la mi-avril et qui a pour objet tout simplement de détruire la justice criminelle notamment en instaurant une procédure tout à fait scandaleuse, une procédures de plaider les coupables criminels qui pour plein de raisons que je n’ai pas le temps d'évoquer ici parce que tu as ton invité suivant qui est présent mais est tout à fait scandaleux, ce n’est pas du tout scandaleux pour les avocats, C’est scandaleux, pour le justiciable et pour la manière dont la justice risque d'être rendue dans les années à venir.
01:25:40David Dufresne
Les portes, non pas du pénitencier mais d’auposte, te sont grandes ouvertes. Tu viens quand tu veux pour parler de ça et du reste avec grand plaisir. Merci pour ce son d’extrême gauche que nous avons eu ce matin et c'était précis. À très très vite et bonne journée à toi. À très vite. Merci beaucoup. Alors voilà que je vois dans les loges François Piquemal qui s'étire. Il est prêt. Je revois le petit jingle et il sera là dans deux secondes. Donc le candidat LFI à la mairie de Toulouse qui va déposer un recours, notamment pour ingérence étrangère dans l'élection municipale à Toulouse. Mais d’abord, comment il s’appelle ? De Niro.
01:26:27Audio
Tu parles à moi ? Tu parles de moi ? T’es en train de me parler à moi ? Mais qui est-ce que tu parles ? Tu parles de moi ? Mais je suis le seul ici. Who the fuck do you think you’re talking ?
01:26:52David Dufresne
Voilà, alors si tout va bien, voilà, François, bonjour. Ah, on ne t’entend pas. J’en étais sûr, on t' entend pas, il n’y a pas le micro. Il n’a pas ton micro. Tu n’as pas mis de micro. Alors attends, je vais te l’enlever pour que tu ne sois pas trop gêné. Peut-être qu’il faudrait que tu te reconnectes. Je suis désolé. Il dit ok, voilà. Il se reconnecte, super. Merci, merci beaucoup. Voilà, voilà, voilà. François Piquemal qui était donc candidat malheureux, député aux municipales de Toulouse. Malheureux puisqu’il a fait 46,1 % des voix contre 53,9 % au second tour face à Jean-Luc Moudenc, maire sortant d’Hiver droite. Nous allons parler ensemble avec François Piquemal de ce qui s’est passé. Pourquoi alors qu’il était. Alors attends, est-ce que ça marche là ? Allo, allo ? Oui et je crois que c’est bon là. Bonjour, ça fonctionne très bien.
01:27:58François Piquemal
Super !
01:27:59David Dufresne
Eh ben tu sais quoi, t’as un son de gauche, tu vois. Voilà ce que c’est de s’allier avec le PS. On t’entend mieux que Martin Méchant. Voilà, ah ah ah, voilà. Bon, alors j'étais en train de donner le score, on va parler évidemment de ton recours, mais d’abord, faisons de la politique politicienne. Pourquoi vous n’avez pas gagné d’après toi ?
01:28:24François Piquemal
Ça, ça mériterait un livre parce que je pense qu’il y a beaucoup de facteurs et qu’en plus il est il est un peu trop tôt pour en faire un bilan exhaustif et qu' il soit clair. Souvent il faut laisser retomber la poussière pour voir des éléments qu’on a parfois sous-estimé, d’autres qu’on surestime, qui explique la défaite mais je dirais que de manière globale on a face à nous plusieurs facteurs qui reviennent à chaque élection. C’est-à-dire un système, celui de M. Moudenc, qui est redoutable, qui est un système de clientèle qui s’est surmobilisée entre les deux tours et faire déjouer les arithmétiques et ça, c'était très puissant à Toulouse et ça date de plusieurs décennies. Beaucoup de candidats et candidates de gauche peuvent en témoigner. Ensuite, on a eu, je pense, un bashing médiatique qui a contribué aussi à brouiller les cartes et en tout cas à ne pas nous rendre la tâche facile. Certaines personnalités de gauche, entre guillemets, en tout cas du Parti socialiste qui encore une fois
01:29:37David Dufresne
Alors on va parler d’eux, mais d’abord là tu parlais de l’aspect médiatique, à Toulouse, comme dans chaque grande ville, il y a toujours un quotidien régional qui pèse lourd, chez vous c’est la dépêche du midi, cinq jours avant le deuxième tour, donc entre les deux tours, la Dépêche du Midi publie un article très alarmiste dans lequel on pouvait lire La capitale mondiale de l’aéronautique Toulouse et Métropole industrielle et technologique pourrait perdre sa poule aux œufs d’or, Airbus. Face à un conseil métropolitain bordélisé et sous influence des Insoumis défavorable à l’Aéronautique, les usines Airbus et les emplois fileront à… Est-ce que tu as lu l’article ? À Hambourg très bien, a précisé le patron du MEDEF de la Haute-Garonne dans les colonnes de la dépêche. Donc c’est le droit de la Dépêche d'être en campagne, c'était notre droit de dire, eh ben ils étaient en campagne. Quand tu parles d’offensives médiatiques, tu penses à ça par exemple ou il y en a eu d’autres ?
01:30:36François Piquemal
Oui, je pense à ça. Alors bien sûr, il y a eu une attention nationale qu’on relayait. Sur BFM, il y a eu un reportage, je me souviens un peu de même nature, disant que les entreprises étaient dans l’inquiétude, que ça allait être la catastrophe. Mais oui, là, tu parles de cet article. Déjà, il donne la parole à un représentant du Medef qui n’y connaît rien à l’aéronautique, qui s’est plus ridicule qu’autre chose auprès d’Airbus puisqu' Airbus a fait un démenti à ses salariés. Le problème, en tout cas aux syndicats qui l’ont interpellé dessus, le problème c’est qu’une fois que c' est lancé, que tu n’as pas de contradictoire, que d’autres sites reprennent, bon ben ça te fait un effet boule de neige, mais effectivement, moi d’ailleurs je profite d'être de passage au poste pour dire s’il y a des journalistes ou des gens d’Acrimed qui écoutent, je pense que ce serait très intéressant d' analyser la manière dont la dépêche s’est positionnée dans cette campagne. Nous on avait calculé mais il faudrait qu’on le fasse que dans le second tour donc juste sur une semaine on avait eu à peu près 18 articles nous concernant, concernant la campagne et 14 qui étaient à charge contre nous. Donc effectivement ce média il a fait la campagne de M. Moudenc que je veux dire il faut arrêter de tourner autour du pot donc ce qui n’aide pas et d’autres y ont contribué notamment en faisant des sorties régulières pour dire à quel point ils s'étaient contre l’union de la gauche. Et donc in fine pour que M. Moudenc reste au pouvoir, mais ça, malheureusement, ce n’est pas nouveau. Bref, il y a beaucoup d'éléments, après nous, il y a aussi une autre question qu’on a tendance à éluder mais qui est importante, c’est celle de l’argent. C’est-à-dire qu'à partir du moment où M. Moudenc, lui, va avoir un budget global avec son micro-parti, les frais de campagne vont s'élever, on le verra, mais je pense aux alentours de 600 000 euros. Nous, on fait une campagne à 200 000 euros à peu près, un peu plus. Donc forcément, on n’est pas sur un pied d'égalité. Surtout quand tu as des médias locaux qui ont une faible portée. C’est un problème du microcosme toulousain, c’est à dire que les gens vont avoir la DPS, Actu, Médiacités, le journal toulousain, mais sans leur faire ombrage, ce sont des journaux qui vont avoir leur lectorat. Mais on ne va pas avoir de débats publics, politiques, par exemple, on n’en a pas eu pendant six ans. Donc, ça nous porte aussi préjudice pour que les gens sachent les idées des uns et des autres. Et du coup, ils se déterminent dans les derniers jours et parfois sur la base de fake news, comme tu les as mentionné.
01:33:13David Dufresne
Alors, il y a une autre question plus arithmétique qui ne faut pas éluder. C’est qu'à priori, vous avez mobilisé dans les quartiers populaires de Toulouse, mais les quartiers populaires votent finalement peu, c’est-à-dire de faire le plein dans des zones qui votent peu. À quoi ça sert ?
01:33:36François Piquemal
Oui, c’est vrai, mais ça, ça a été notre stratégie depuis six ans maintenant. Parce qu’il y a six ans, il y a eu une défaite de l’Union de la gauche, portée par Antoine Maurice, qui était candidat écologiste, et pareil, qui devait l’emporter si on regardait l’arithmétique et les sondages. Et la leçon qu’on avait tirée de ça, c’est qu'à ce moment-là, dans les quartiers, la droite faisait jeu égal avec la gauche. Et on avait dit, ça, ce n’est pas normal, il y avait 20 % de participation maximum. Donc on s’est attelé à ce travail là. Ce travail a eu un effet, notamment sur les législatives 2022 et 2024, et encore sur les municipales mais insuffisant. C’est à dire qu’il y a une augmentation de la participation entre 30 et 40 %, mais comme tu le dis, ça ne suffit pas par rapport à des quartiers, on va dire aisés, qui eux se mobilisent à 70-80 %, donc qui vont avoir des scores en gros. Si tu prends les scores des quartiers aisés, c’est 70-30 pour la droite et les quartiers populaires, ça va plutôt être du 70- 30 pour nous. Mais à partir du moment où il y a un différentiel de participation, c’est eux qui l’emportent en fait. Donc ça, c’est une réflexion à avoir parce qu’on a passé énormément de temps militant à essayer de faire monter la participation, mais force est de constater que les techniques militantes qu' on a utilisées, si elles ont eu un effet, n’ont pas été suffisantes. Donc il faut qu’on réfléchisse à ça.
01:35:07David Dufresne
Mauvais report du vote de François Briançon, PS qui était venu au poste entre les deux tours puisque toi tu pouvais pas, tu étais un petit peu occupé visiblement, qui nous avait montré son chien par ailleurs, c’est une séquence qui restera dans l’histoire de nos postes mais qui avait été fort sympathique et qui était venue expliquer pourquoi il faisait la jonction,l’Alliance avec toi. Ça n’est évidemment pas de son fait, mais semble-t-il qu’il y a eu un mauvais report. Alors évidemment, quand on parle de Toulouse, on en parle avec amour, parce que pour cette ville rose que nous aimons d’amour, mais évidemment, on essaie de tirer des enseignements nationaux. Qu’est-ce que toi, tu penses ? Tu tires comme analyse de tout ça entre le blog pour choix comme l’avait cité Mediapart qui s’est mis en branle, la campagne médiatique et puis ce report de voix PS pas foufou quoi.
01:36:06François Piquemal
Bon, moi déjà, je tiens à remercier et à saluer François et toutes celles et ceux qui ont joué le jeu à fond de l’union lors du second tour. Et je pense que ça marque aussi ce qui se passe au Parti Socialiste et que, à mon avis, doit trancher le Parti socialiste. C’est-à-dire qu’il y a une partie qui a une conscience, on va dire, de gauche et de l’histoire, dans le sens où quand il faut battre la droite et l’extrême droite, eh bien on fait l’Union et on vote à gauche, voilà, tout simplement. Et puis il y a une autre partie du Parti Socialiste qui tristement préfère faire des jeux politiciens et faire gagner la droite, voire l’extrême droite, plutôt qu’on s’aidait une alliance avec la France Insoumise ou je dirais même pas que la France insoumises parce que c’est aussi tout ce qui n’est pas le Parti socialiste. Il y a six ans, Antoine Maurice, j’en parlais, était candidat écologiste. Il a fait fusion, pareil, on avait fait la fusion avec plus de difficultés. Et Mme Delga, à première sortie, ça a été avec M. Moudenc. Donc, je veux dire, c’est pas qu’une histoire de LFI, c’est une histoire de sectarisme aussi de la part de certaines et certains, à partir du moment où c’est pas leur parti qui est devant. Et après, le mauvais report, bah ça c'était quelque chose qu’on est en train d’analyser par rapport à la liste électorale, à l'étude des listes électorales qu' on a. Il est certain qu’une partie de l'électorat de premier tour est parti mais on ne sait pas la doser et par ailleurs c’est malheureusement pas quelque chose non plus de nouveau à Toulouse c' est à dire souvent on a de l'électorat qui a voté à gauche au premier tour qui se déporte sur la droite au second tour pour des raisons diverses et variées voilà et qui font partie d’un particularisme local qu’il faut qu' on essaye de comprendre et de démanteler
01:37:59David Dufresne
Alors, il y a une autre raison, alors que je vois que Lionel Chouin, notre dernier invité, est arrivé dans les loges. Lionel, si tu peux patienter un tout petit peu pour taper des punks pour qu’on puisse avoir un peu le temps de dérouler avec François Piquemal. Merci beaucoup, il hoche la tête. Voilà, donc on a le temps. François, d’ailleurs, je tiens à te signaler que le tchat a repéré ton plafonnier qui est vraiment au code couleur d’auposte. Voilà qui nous plaît. Bon bref, il y a une raison, il pourrait y avoir une autre raison, même si je pense qu’elle n’explique pas les six points d'écart tout de même, entre toi et Moudenc. C’est les ingérences étrangères dans le scrutin et tu comptes déposer un recours en annulation de l'élection puisque certains de tes avocats, de tes conseils évoquent des ingérences numériques étrangère caractérisés par la création de faux sites internet, de faux comptes sur les réseaux sociaux en particulier, pilotés depuis l'étranger, ayant pour objet d’améliorer l’information des citoyens. Et donc de peser sur le résultat des élections. En bon français, qu’est-ce que ça signifie ?
01:39:09François Piquemal
Alors, il y a eu deux événements on va dire. Le 19 février dernier, l’ANSI, donc l’agence nationale de sécurité informatique, a prévu le mouvement de la France Insoumise qu’il avait détecté des sites qui divulguent mes mots de passe personnels, mon adresse personnelle et une page Facebook qui était diffamatoire à mon encontre en alléguant des rumeurs, ce que tu peux imaginer de bien. J'étais pas le seul concerné puisque c'était le cas aussi de David Guiraud et de Sébastien Delogu sur des axes différents. Donc c’est venu des agences de l'État que je remercie d’ailleurs pour leur travail qui nous ont alerté là-dessus. On a déposé une plainte contre X du coup le temps que l’enquête se fasse. Le Monde a dans un premier temps révélé cette histoire et le Canard enchaîné il y a maintenant 10 jours je crois. Lui était plus loin en ayant des informations comme quoi ce serait une société proche d' Elnet, donc société israélienne influente, proche de M. Netanyahou, de l’extrême droite israélienne, qui serait à l’origine de cette fuite de données et de cette page Facebook diffamatoire. Et puis on a eu un second événement qui s’est déroulé le samedi, la veille du second tour, donc en dehors de la pleine réserve électorale. Où une publicité, des publicités, sont apparues sur un certain nombre de sites dans la région Toulousaine, Vinted, mais aussi La Dépêche, qui étaient des publicité à caractère islamophobe, disant en gros que toutes les femmes voilées appelaient à voter pour notre liste, avec les connotations sexistes et islamophobes que vous pouvez imaginer derrière, et donc qui a circulé sur un certains nombre de site internet. Là dessus il va y avoir un dépôt de plainte contre X mais on ne sait toujours pas qui est le commanditaire de ces publicités. La Dépêche a décidé de déposer plainte également puisque c’est sur son site que ça arrivait via sa régie publicitaire donc pour faire la lumière dessus et on verra ce qu’il en est. Alors c' est sûr nous le sujet c' n’est pas de dire que ces Elles ont changé totalement le scrutin, en fait on n’en sait rien. Ce qu’il faut que la justice fasse, c’est qu’elle investigue et qu’elle tranche après à quel point ça a altéré un scrutin. Mais des retours que j’ai notamment de nos conseils juridiques, c’est que c'était la première fois qu’on voit une opération de cette ampleur sur le territoire national français liée à la volonté d’influer sur une élection. Si on le fait c’est aussi pour faire en sorte de marquer le coup et éviter que ça se reproduise sur d’autres sélections d’ailleurs pour des candidats même qui ne seraient pas forcément de notre mouvement politique tout simplement donc il y a un intérêt démocratique à le faire et c' est pour ça que on a décidé de faire un recours électoral
01:42:20David Dufresne
Alors il y a donc le Virginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères qui avait le 10 mars, qui avait également publié ce qui s’appelle un point de situation sur la menace d’ingérences numérique étrangère ciblant les élections municipales 2026 où il était notamment question de Marseille et de Toulouse. Tu n’as pas dit les accusations qu’on te portait parce qu’elles sont infamantes, mais je pense qu’il faut les donner parce que ça montre jusqu’où ça peut aller. En gros, il y avait une page Facebook qui t’accusait d'être pédocriminel. Donc, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus infamant comme accusation. Quand on est en campagne, est-ce que d’abord tu es alerté ? Est-ce que ton équipe te dit « tiens, il y a ça qui se passe », est- ce que tu es au courant ? Comment réagit-on par rapport à ça ?
01:43:18François Piquemal
C’est le mouvement Insoumis qui a été le destinataire du courrier, qui m’a alerté aussitôt. Donc via mon coordinateur, Manuel Bompard, qui m’a alerté. Et après, en discutant avec nos équipes et des avocats que je connais, il a été logique d’aller déposer une plainte contre X. Après, j’avais du mal à jauger de l’importance de ce que ça avait. Enfin de l’effet que ça pouvait avoir. Il y a eu aussi l’article du Monde qui m’a en fait fait réaliser qu’en fait c'était quelque chose d’assez grave, parce qu’on a l’habitude, malheureusement, j’ai envie de te dire, d’entendre des choses ou de voir des commentaires qui sont insultants, qui sont diffamants. Hélas, c’est un petit peu une habitude quand tu deviens en gros une personnalité publique, politique. Mais là disons que j’ai compris qu’il y avait quelque chose de plus grave qui se passait puisque si c’est avéré que c'était une société proche de l’extrême droite israélienne ça veut dire que celle-ci a essayé d’influer sur l'élection toulousaine et que ce n’est pas un hasard vu les trois cibles étant donné que David Guiraud, Sébastien Delogu sont aussi connus comme moi pour leur prise de position contre le génocide à Gaza.
01:44:45David Dufresne
Je rappelle que toi tu étais sur la flottille de la liberté. Oui, tout à fait. Et c’est la raison pour laquelle tu étais déjà venu au poste. Qu’est-ce qui va se passer pour toi et ton équipe à partir de maintenant ? Et ce sera probablement la dernière question du matin. Tu rentres au conseil municipal en tant qu'élu d’opposition ?
01:45:05François Piquemal
Oui, je suis entré au conseil municipal en tant qu'élu d’opposition. On a huit élus dans mon groupe avec la France Insoumise, l’Assemblée des quartiers, Tous pour Toulouse et une élue du NPA qui est avec nous. Et puis, je continue mon mandat parlementaire. Là, demain, il y a la fin de la trêve hivernale. Donc, je serai à l’assemblée pour présenter notre plan logement. Donc voilà, je continue le travail. Puis on va prendre le temps d’analyser justement cette élection parce qu’il y a à la fois eu une défaite tu as raison mais aussi un formidable espoir qui s’est levé c’est à dire si on nous avait dit qu’on allait finir en tête de la gauche il y a deux mois qu' on allait faire 78 000 voix c’est à dire plus que la NUPES 2022 on aurait eu du mal à y croire donc il y a ça qui existe et c' est là dessus qu' il faut qu’on construise l’avenir forcément tout en étant lucide sur tout ce qu’on a amélioré pour l’emporter un jour.
01:46:03David Dufresne
Est-ce que tu penses que les appareils, que ce soit au PS ou Le Mouvement, allez, je vais être sympa, LFI, est-ce tu penses que les expériences de gens comme toi vont vraiment compter ou ça va se décider à Paris entre stratèges qui savent tout sur tout ?
01:46:22François Piquemal
Non, je pense que forcément ce qui s’est passé aux municipales et les expériences qui ont été impactantes comme celle de Toulouse, elles entrent en ligne de compte dans une réflexion ensuite nationale. Donc on a déjà des discussions et souvent en fait, au mouvement, on a des discussions assez collectives, après il y a des décisions qui sont tranchées et comme on est discipliné le plus possible, même si on est des insoumis, vous êtes discipliné, les gars. Ah bon ? On vous reproche l’inverse. Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? On est des insoumis disciplinés, donc c' est compliqué parfois. Mais on fait preuve, quand même, d’assez de discipline. Donc après, on tient les lignes.
01:47:08David Dufresne
Donc tu penses qu’il va y avoir discussion.
01:47:12François Piquemal
Oui, on en a déjà des discussions, on n’arrête pas de discuter, c’est le propre des politiques de gauche, ils discutent, après à un moment c'était Cornelius Castello Yadis qui disait la réflexion inhibe l’action, donc il faut réfléchir, c’est primordial, mais après il faut agir et puis il faut bien agir.
01:47:32David Dufresne
Mais toi, tu œuvres pour qu’il y ait une forme d’union des gauches ou pas ?
01:47:38François Piquemal
Je vois bien que c’est compliqué aujourd’hui, c'était à dire moi j’œuvre pour que, enfin j'œuvre. Disons ce que je souhaite, c’est que le congrès du parti socialiste en finisse enfin. Donc il se détermine sur une ligne et, je pense que ça aidera tout le monde en fait. Une fois qu’ils auront une ligne claire avec un programme clair, on pourra avoir des discussions qui sont fiables dans le temps. Où on est d’accord, pas d’accords, où il y a des Alliance là, pas d’alliance là. Mais là, on assiste à un congrès interne depuis des mois, qui, à mon avis, bordélise toute la gauche. Et moi, je salue les socialistes conséquents comme François Briançon et d’autres, mais je déplore qu’il y ait des gens qui jouent le jeu de la droite, tout simplement.
01:48:24David Dufresne
Merci beaucoup d’avoir pris le temps de nous parler, nous étions 3 500 854 à t'écouter, à discuter avec toi. Merci de rappeler la fin de la trêve force, te dit Ism, Florent Calvez te propose soumis au collectif, Asperger se moque de toi, c’est vraiment des sociodémocrates, smiley, smile, smile. Merci monsieur, merci François, merci. Partie remise pour la prochaine, en attendant aussi le résultat du recours, etc, etc. Merci François. Il y a même des majuscules maintenant. Les majuscules sont interdites normalement, qu’est-ce qui se passe ici ? Bon voilà, merci beaucoup François d'être passé et bravo pour ce plafonnier qui est vraiment de toute beauté.
01:49:12François Piquemal
Merci. À très bientôt.
01:49:14David Dufresne
Merci encore. Et nous avons notre dernier invité, le quatrième du nom, Lionel Chouin, qui vient d’arriver. J’envoie un tout petit jingle et c’est à lui. Et merci à toutes et à tous d'être aussi nombreux et nombreuses. On va parler des années 80, des Bérus, du mouvement social dans l’industrie automobile. Et donc tout ça raconté dans une délicieuse bande dessinée qui s’appelle Bleu de Chauffe comme il est 9h02 je sais que certains sont en train de se dire oh putain faut que j’aille au boulot n’oubliez pas n’oublier pas qu’auposte ne vit que de ses abonnés et de ses donateurs, de ces abonné.e.s et de ses donatrices. Allez sur auposte.media, tout est expliqué. Je vous ferai un peu la tambouille après notre invité. Mais d’abord, un petit interlude. Ce n’est pas les bérus.
01:50:19Audio
Bella ciao, Bella ciao Bella ciao ciao ciao
01:51:53David Dufresne
Bonjour Lionel, bonjour ! Ah, Lionel ne m’entend pas. Lionel n’entends pas, bonjour Lionel est-ce que tu m’en entends ?
01:52:00Lionel Chouin
Ouais, je t’entend, ouais c’est bon.
01:52:02David Dufresne
Bonjour Lionel Chouin, comment ça va ?
01:52:06Lionel Chouin
Moi ça va bien, tranquille.
01:52:10David Dufresne
Oh mais toi aussi t’as des lumières oranges là, derrière toi !
01:52:12Lionel Chouin
Ouais t’as vu ça, il y a des bouquins dessus même.
01:52:15David Dufresne
Extraordinaire ! Mais dis-donc, on a des invités de choix, j’en étais sûr. Lionel Chouin, scénariste, dessinateur, de Quimper, au départ, et de Rennes, aujourd’hui, si j’ai bien suivi ta biographie, tu sors Bleu de Chauffe aux éditions Glénat, Ces jours-ci, 1983, une plongée dans les luttes sociales et la naissance des mouvements contestataires. On déborde un petit peu, parce que normalement on arrête à 9h, mais ça me fait très plaisir de passer un petit peu de temps avec toi. Veux-tu nous raconter ce que raconte ta bande dessinée ?
01:52:58Lionel Chouin
C’est une plongée dans l’année 1983, on se retrouve dans une petite cité qui se situe du côté d’Aulnay Sous-Bois et en fait on suit tout un groupe de personnages avec comme fonds médiatiques donc évidemment une somme d'événements qui se sont passés dans cette année là, qui est riche en couleur au niveau politique. Donc on est d’abord dans une famille, l’ancrage se passe dans une famille d’immigrés marocains, on a Karima qui est mon personnage central, qui est vraiment pour moi mon ancrage dans cette histoire et son père est militant syndical dans cette industrie automobile. Et donc on a d’abord ce rapport père-fille que moi je voulais vraiment développer dans ce climat années 80 avec Karima, qui elle, punkette, qui passe son temps entre l’usine et un squat, que j’appelle le wagon, qui a un hommage en fait, à un lieu mythique punk de Saint-Brieuc qui accueillit nombre de concerts punk qui s’appelait Le wagon et donc, ce quotidien qui est déjà bien malmené dès le départ, que je voulais un petit peu énergique, vraiment dans l'énergie punk, je voulais que cette histoire-là se lise vraiment sur un mode hyper rapide et que voilà, on ait ce sentiment de personnages qui sont quasiment tous en marge. C’est-à-dire qu’on n’est jamais très, très loin qu’en on le voit sur la couverture des glissières de sécurité d’autoroute, avec des personnages qui circulent un peu sous les ponts, entre collages d’affiches, entre bastons un peu années 80 et je voulais d’abord créer cette espèce de climat, moi j’ai des petits dans les années 80, j’avais une douzaine d’années, mais j’ai des souvenirs vraiment très présents de ces ambiances-là, très, très rudes, très âpres, avec certains faits médiatiques qui nous apparaissaient. Par les écrans cathodiques des téléviseurs avec la tête de Pierre Mauroy un peu déformée par le tube cathodique.
01:55:05David Dufresne
Alors, on va en parler, mais d’abord, il y a un point de départ, c’est 1983. Il y a l’industrie automobile, dans l’industrie automobile, des grandes grèves et notamment des ouvriers issus de l’immigration qui, pour la première fois, on peut le dire, sur le sol métropolitain, prennent la tête des luttes. C’est donc le père de Karima qui est l’un d’eux. Est-ce que tu peux nous rappeler, en quelques secondes, pourquoi ces gens étaient en grève et qu’est-ce qu’ils revendiquent ?
01:55:44Lionel Chouin
Alors, d’une part, c’est vraiment le livre « Pour la dignité » de Vincent Gay, qui a vraiment été déterminant pour moi, qui m’a donné un petit peu cet ancrage dans ces luttes sociales des années 80. J’ai retenu pas mal de passages de son histoire, mais notamment, comment dire, au travers de ses grèves, où c'était vraiment les ouvriers immigrés qui ont pris le lead sur les actions. Qui du coup sont passés d’une revendication d’ouvriers à un désir de reconnaissance absolue en se disant enfin on a quelques représentants syndicaux qui passent au travers des médias, c'était le cas de Akka Ghazi qui était un des militants CGT à l'époque. Et je pense, et c’est un des points issu du livre de Vincent Gay, qui a eu en fait un espoir immense au travers de ces différents combats, en se disant, on nous voit enfin, nous ouvriers immigrés, et on nous reconnaît comme ouvriers à part entière. Ces actions-là ont été très vite réprimées par les fameux syndicats-maisons et les gros bras des syndicats-maison, qui ont délogé très très vite. Alors je fais très court, tu me demandes de faire très court. Et du coup, cet espoir immense a été, comment dire, éparpillé et un petit peu explosé je voulais qu’au travers du père de Karima, parce qu’il y a sensiblement, en tout cas, c’est ce que j’ai essayé de faire, c'était que lui, il est vraiment plein d’espoir grâce à Akka Ghazi, il en parle, enfin on a des responsables médiatiques, donc j’en J’ai fait un petit peu… Non pas un double, mais un représentant direct dans cette histoire.
01:57:46David Dufresne
Alors le point central et qui fait que j’avais envie de t’inviter, il y en a deux. Il y a les Bérus dont on va parler après, mais il y a cette case. C’est Pierre Mauroy, tu en parlais à l’instant. Pierre Mauroy à l'époque premier ministre. Et alors tu mets des guillemets, je pense qu’il s’agit d’une citation. Et là on va voir que ça éclaire considérablement les débats d’aujourd’hui alors que nous sommes en 1983. Donc c’est le Premier ministre qui est invité à la télévision et qui déclare que les principales difficultés, donc dans l’industrie automobile, sont posées par des travailleurs immigrés. Pierre Mauroy, PS. Agité par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises. On est bien d’accord ? C’est une citation exacte.
01:58:49Lionel Chouin
C’est issu encore une fois du livre de Vincent Gay et après de recherches que j’ai pu faire, c'était à dire qu’il y a eu en fait je crois que c’est sur un mois à peu près pour le coup une vraie volonté politique d’appuyer sur ces différents points en dégageant, enfin comment dire, en disant que ça n'était pas du combat syndical mais du combat religieux et cette même phrase qui est reprise par Pierre Mauroy a été prononcée trois ou quatre fois. Par différents, comment dire, membres du gouvernement. J’ai retenu cette phrase-là parce que, encore une fois, moi, mon prisme à travers ma fiction, on est dans la salle à manger d’une famille marocaine, de gens qui sont extrêmement militants. Et je trouve que garder cette phrase là montre à quel point ça a pu être aussi un détonateur incroyable et une forme de découragement d’entendre le gouvernement socialiste sortir ça. Et évidemment, ça a une résonance incroyable au travers de ce qu’on a pu entendre ces dernières années.
01:59:59David Dufresne
Voilà, parce qu’on n’emploie pas le terme d’islamophobie, mais enfin c’est quand même de ça dont il s’agit. Et d’ailleurs, ton livre, ton album revient là-dessus, puisque je vois que Sentier Battant dans le tchat évoque les skinheads. Eh bien oui. Ça va être l’affrontement entre Karima et les skinheads, les fachos. Là, je montre une baston dessinée. Alors le tchat nous dit attention, n’en dites pas trop. J’aime les illustrations. Donc les gens ne veulent pas trop savoir. Elles veulent juste avoir un petit avant-goût, on va dire. Et ce qui est très important, même si là, je fais un bon, je vais aller page 76. Le même moment, 1983, où il y a la première percée électorale des fachos du Front National avec un dénommé Jean-Pierre Stirbois. Je crois que c’est page 76, si je ne me suis pas trompé dans ma lecture. Voilà, résultat. Donc évidemment, les skins se réjouissent de ça. Jean-Pierre Stirbois, qui était à l'époque numéro 2 du Front national, qui va réaliser un score de 16,7 % à Dreux, c’est le premier cataclysme électoral. Donc, tout ça pour dire que ta bande dessinée, elle est ancrée en 1983, mais elle éclaire de 2026.
02:01:25Lionel Chouin
Oui, c’est ça et tu vois, par exemple, là, c’est marrant la case que tu montres, parce que je faisais attention aussi aux lieux dans lesquels apparaissent les différents médias. Là, on est avec une bande de skin, mais qui sont employés par une boîte de sécurité. Donc, c’est des convoyeurs de fond. Et je trouvais ça important que, par exemple, cette nouvelle-là de Stirbois apparaisse dans cet habitacle métallique plein de sueur, voilà. Donc à chaque fois, mon histoire se pose sur des faits médiatiques qui sont extrêmement précis dans leur chronologie, mais c’est avant tout une fiction qui montre un climat et effectivement avec des résonances bien malheureuses actuellement.
02:02:13David Dufresne
Alors, l’autre point qui fait que je t’ai invité, c’est ça, c' est les Bérus. Alors, je dois, tu sais ici on est complètement transparent. J’avais reçu un e-mail de quelqu’un que je ne connais pas au poste qui me dit, oh, vous devriez vous intéresser à cette bande dessinée. Je te contacte, je reçois la bande dessinée. Et figure-toi qu’hier, j'étais en Bretagne dans un festival littéraire à Binic et j’ai rencontré la fameuse personne qui m’avait envoyé un email qui est un ami à toi, en fait, et qui était très heureux de savoir que tu serais là ce matin. Bref, pourquoi je raconte toutes ces sornettes ? C’est tout simplement parce que je vais dire bon la BD, elle est super, mais il y a un petit problème. C’est que les chansons des Bérus ne sont pas exactement datées, puisque Petit Agité, c’est 86 et tu nous le mets en 83. Alors là, Monsieur Chouin, il y a un problème. Je déconne, je déconne.
02:03:20Lionel Chouin
Non, mais en fait, j’ai un pote, pareil, donc Poche, pour ne pas le nommer, qui est un artiste Rennais, qui voilà, qui est inscrit dans le mouvement punk. Quand je lui ai montré ma BD, il me dit, mais attends, ça, c’est 86. Tu ne peux pas faire ça. Et je lui dis, écoute, moi, là, j’ai besoin de ce morceau. Petit agité, c’est vraiment pour moi le morceau qui d’ailleurs court pendant tout cet album là, un peu comme une bande-son en boucle. Pour moi, c'était ce morceau-là. D’ailleurs à ce propos tu vois il y a une petite anecdote c’est que un des moments les plus émouvants dans la réalisation de cet album c'était le moment où on a demandé l’autorisation aux Béruriers noirs pour avoir les droits de ce morceau et il y à une journée où mon éditeur m’appelle en me disant là en ce moment il y a François qui est en train de lire ton album, alors je peux te dire que j’avais l’air un peu flagellé et donc il nous a donné cette autorisation là et ça me fait plaisir qu’il nous accompagne un petit peu dans ce projet.
02:04:23David Dufresne
Et bien voilà, merci beaucoup François qui était donc le chanteur des Bérus et qu’on embrasse bien fort. Merci beaucoup. L’album est sorti quand ? En février, c’est ça ?
02:04:36Lionel Chouin
Oui, en février, ouais, ouais.
02:04:38David Dufresne
Et j’ai vu dans ta bio, ce sera la dernière question, que tu as également fait une BD sur Malcolm McLaren, le manager des North Dolls et des Sex Pistols.
02:04:49Lionel Chouin
Ouais, c’est ça. C'était ma précédente BD, c'était paru chez Futuropolis, ça s’appelle L’Art du Désastre, et c'était vraiment le fil rouge, c'était Malcolm McLaren, mais donc Vivienne Westwood, et l’idée c'était vraiment d’essayer d’avoir une sorte de projection dans le mouvement punk anglais. Et voilà, c’est un album qui est toujours disponible et qui a été en tout cas bien plaisant à faire. C'était un vieux rêve que de faire ça.
02:05:16David Dufresne
Eh ben écoute, merci beaucoup, merci d'être venu, merci d’avoir mis toi aussi une petite lumière orange derrière toi. Je me demande si on ne devrait pas, comment dire, instaurer ça en disant, ben écoutez, si vous voulez venir au poste, il faut que vous le signaliez. Et alors là, je vais te dire, je suis ridicule, mais le tchat me fait comprendre un truc et c’est important qu’on en parle. C’est qu’en fait, toute ta BD est en bleu, blanc, rouge, avec du noir, évidemment. Oui et je l’avais pas vu, figure-toi, je l’avais pas ressenti, c’est absolument incroyable. Le tchat en regardant quelques cases le remarque, comment t’es venue cette idée ?
02:05:58Lionel Chouin
En fait, déjà je voulais vraiment un rapport coloré extrêmement simple, donc passer des couleurs froides aux couleurs chaudes et qui ait ce côté complètement radical. Tous les personnages de cette histoire sont en confrontation permanente et donc d’un point de vue purement coloré, on avait ce rapport chaud-froid direct et évidemment parce que ça amène une résonance particulière dans cette histoire. Par contre, ce n'était pas forcément facile à manipuler, tu l’imagines ? Parce qu’il fallait se dégager de formes symboliques, parfois un peu faciles. Mais par contre, j’ai aimé le fait que ça soit une contrainte en permanence. Mais j’avais cette idée-là avant même d’entamer les couleurs. Pour moi, c'était important de se confronter à ça.
02:06:43David Dufresne
Je ne connaissais pas cette phrase, si on a les yeux bleus, c’est à cause des gyrophares. C’est rigolo. On a l’impression qu’on soit tout le temps avec des gyrophares dans cette histoire. Merci beaucoup à toi Lionel, c'était un plaisir de te lire et de converser avec toi de si bon matin en premier jour de la semaine, et là je suis allé chercher, petit agité, on va terminer l'émission avec ça. Amuse-toi bien, merci à toi, merci d'être passé, merci beaucoup. Voilà camarades et camaradesses, c’est la fin de cette matinale France Déter J’espère que ça vous a plu, je vous rappelle que si vous voulez qu’on continue, il faut nous soutenir. Vous pouvez vous abonner, alors il y a des tarifs d’extrême gauche à 2 euros, de gauche à 5 euros et ainsi de suite. Ça c'était pour les abonnements, pour les dons. Si vous êtes imposable, sachez que les dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66 %. L’avantage d'être donateur, c’est la déduction fiscale. L' avantage d'être abonné, c’est que vous allez pouvoir voter pour vos émissions préférées, les mettre en avant, choisir votre player, YouTube, PeerTube, audio, obtenir un avatar abonné sur notre salon Discord, recevoir une newsletter dédiée et ainsi de suite, mais surtout aider au poste comme personne. Je cherche à mettre maintenant c’est bon ! Allez, hop, attends, ça va partir, ça ?
02:08:30Audio
Une banlieue maudite en zone interdite ….(Petit agité)
02:10:14David Dufresne
Allez les petits agités d’au poste, qu’est-ce qui se passe là, pourquoi ça ne marche plus, oh la la. Allez, bonne semaine à tous, demain matin, on ne va pas du tout rigoler, demain à 8h, nous allons parler du Liban, vous retrouvez toutes les convocations de la semaine sur le site au poste.média, n’hésitez pas à vous abonner à notre newsletter, n’hésitez pas à nous inscrire sur le site, si vous pouvez nous aider et bien, ce serait super.Attention, trois, quatre je vous dis à demain j’envoie les crédits. Merci beaucoup et j’embrasse Euryale, toujours là, toujours là pour s’occuper du site, de la modération, des liens et ainsi de suite, à demain 8H.

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