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Rixes ados : entre Snapchat et réalité. Avec Ramses Kefi

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, ici le taulier ami de la police. Bonjour, Bonjour à tous ! Comment allez-vous les uns les autres ? Est ce qu’il y en a qui manifestent aujourd’hui ou pas ? Donc écoutez. Voilà, on s'émancipe des plateformes, on fabrique notre abri ensemble. Et pour ça, eh bien on a besoin d’abonnement. Alors comment dirais je le l’invité, l’invité, il est là, il est chez lui, il a eu une bonne idée, il a préparé du café et il risque d’en avoir besoin. Malheureusement, il ne sait pas où il a foutu les pieds. Je suis très heureux de mettre enfin un visage sur ce nom qui, je peux dire, me fait un peu rêver quand je le lisais dans Libération Mais quel prénom !
Ramses Kefi
Il n’y a pas de mérite pour moi. Merci beaucoup David. Un jour, si je pouvais rougir, je rougirais, mais je n’arrive pas trop. Mais non, c’est ma mère qui aime ça. Le mérite revient à ma mère. Moi j’ai rien fait, je suis juste arrivé et j’ai pris le nom
David Dufresne
Nom qu’on nous a volé. On est d’accord sur tout ça, on doit tout au maire.
Ramses Kefi
Et ce n’est pas sympa ça, c’est un peu la base. Merci pour l’invitation en tout cas, ça fait plaisir. Merci pour l’intérêt, merci pour l’accueil merci pour tout.
David Dufresne
Je t’en prie, tu as été repéré par nos services à l'époque du Bondy blog. Tu as gravi tous les échelons de la presse parisienne qui est à gauche. Il y a le Bondy Blog, il y a Libération, et puis maintenant il y a la revue 21. Tu as eu juste le temps, juste avant, gravi tous les échelons de chez McDonald, puisque tu me disais hors antenne tu as bossé six ans chez MC Do et aujourd’hui tu viens pour un bouquin sur les rixes en banlieue. Petit bouquin très court, incisif et surtout littéraire pour une nouvelle collection de livres dont on va parler de la revue 21. Ça s’appelle 21 bis sont des tout petits ouvrages de poche, on va dire, ou on essaie. Vous essayez de renouer avec la tradition littéraire, c’est bien ça la vieille tradition littéraire ?
Ramses Kefi
Oui, je crois qu’il y a de ça. Après, moi je pense que je suis le bouquin qui s’y prête peut-être le moins par rapport au sujet. Donc c’est vrai que c’est beaucoup plus difficile à faire. Je ne veux pas parler de littérature entre guillemets avec ceux avec ce bouquin, mais en tout cas on essaie de coller à la gravité du sujet. Et c’est vrai qu’à un moment, on essaye aussi d'être beaucoup plus sobre et d'être beaucoup plus pudique. Mais il y a cette envie dans cette collection en tout cas de 4 livres, de renouer avec quelque chose de plus, comment dire ça ? De plus, j’ai travaillé sur les personnages, notamment sur les lieux. Donc c’est l’idée que les noms, les noms, les longs récits qu’on lit parfois, que ce soit dans 21 ou ailleurs dans la presse, méritent peut être un peu plus sur le travail, notamment des personnages notamment. Et donc là, ça fait c’est des reportages de 70 000 signes, ce qui laisse le temps de poser des situations de personnages, de poser des des problématiques, d’emmener le lecteur aussi dans les lieux, parce que c’est très important et et en même temps, c’est ça ce livre insiste, toi tu l’as lu et tu vois que ça se lit très vite, ça se met dans la poche et ça se lit assez vite. Donc je pense que c’est aussi l’idée de ramener des lecteurs à ce genre de format qui peuvent faire peur, parce que c’est vrai que tout le monde ne lit plus des longs reportages et tout. Et là en fait, on a essayé aussi de créer quelque chose avec le format, une envie, une envie de lire sur la forme et sur le fond. Bah l’idée c’est de se dire que bon, on arrive à se poser un peu tranquille et essayer de comprendre quelque chose, une situation, un. Là en l’occurrence, c’est des faits divers un peu particuliers. Mais pour les autres bouquins, c’est des histoires de moustiques qui racontent un peu la classe moyenne. Tu vas voir des chiens qui réparent des soldats. Donc c’est, voilà, c’est un peu ça l’idée principale.
David Dufresne
Juste pour que chacun se fasse une idée, là, je mets mon téléphone à côté. Voyez le format du livre. Il est petit quoi. C’est un petit livre, C’est un petit livre de poche. 21 donc ils ont pris une agence de com. Ou alors un reportage à dévorer comme un roman cheap shot de réel. Un grand entretien pour faire un pas de côté à la fin du vrai bouquin, ça c’est pour toi, à dévorer comme des romans. Voilà en tout cas les quatre bouquins qui sont là, le tien dont on va beaucoup parler, c’est la question des rixes dans les quartiers, et notamment juste à la lisière du périphérique parisien, c’est à dire pas très loin. Voilà la part du chien. Mais qui a piqué Valérie et ce n’est pas mort. Voilà, c’est les quatre, c’est les quatre premiers bouquins. Et puis il y avait un autre truc qui m’a fait marrer, mais j’ai pu aussi Witches Cross, des shoots de réel, des reportages d’enquête, des romans pour bref, pour voir. Voilà, il faut bien, il faut lancer la collecte. Voilà, Toi, c’est la première question très importante parce que moi je pense que c’est lié évidemment, avec ce que je te disais tout à l’heure, j’ai rappelé que tu avais travaillé au McDonald, et il y a une question qui est posée et je voudrais la retrouver Est ce que tu étais équipier Swing Manager Store Manager ?
Ramses Kefi
J’ai franchi tous les échelons jusqu'à ce que je reste. A un moment, j'étais à la fac, donc j'étais swing Manager aussi, appelé ça Swing Manager, c’est un peu assistant manager. Et puis après je suis devenu manager parce qu’en fait je bosse à plein temps là bas. Du coup, je me suis retrouvée bête, je ne voulais pas. Je gravissais les échelons à mesure que je gravissais les échelons à la fac. Et en fait, à un moment donné, je n’avais pas trouvé de boulot, donc j’y étais. Je me suis dit bon
David Dufresne
Je disais donc que tu t’es retrouvé manager parce que tu travaillais tout le temps là bas, donc t’as été happé par la machine on va dire.
Ramses Kefi
Ouais, il y a de ça, ouais. Le MC Do, c’est un peu un loft en bord, ça veut dire que t’es toujours en vase clos et tout. Donc déjà, ça, c’est quelque chose qui te met un peu dans une ambiance particulière. Je ne conseillerais pas à tous les étudiants d’aller bosser au MC Do s’ils ont envie de réussir à l'école. C’est peut être pas le meilleur boulot étudiant. En tout cas moi mon époque c'était ça m’a un peu coupé de l'école pour être très franc. Et puis après, bah en fait, quand j’arrive en maîtrise, j’essaie de trouver un boulot et tout ça ne fonctionne pas trop. Moi je fais des histoires de géo donc si on n’est pas prof, c’est un peu compliqué et. Et en fait le truc c’est que je suis resté manager parce que je m’entendais bien avec l'équipe. C’est des gens que je connaissais. Pour certains, j’ai grandi avec eux donc en fait on est resté un peu. Il y avait un côté un peu humain de bosser un peu en équipe, on rigolait pas mal et voilà quoi. C'était plus pour l'équipe que pour le Mc DO chez nous.
David Dufresne
On se doute quand t’es quand on te lit que t’es pas et t’es pas trop MacDo
Ramses Kefi
Non, c'était vraiment l'équipe et c'était le côté voilà. Moi j’avais un directeur extraordinaire, franchement, c'était un homme que j’appellerai un grand de chez moi, comme un grand frère pour moi. Et c’est vrai que j'étais très heureux de travailler avec lui parce qu’il m’a aimé. C’est humainement qui m’a marqué. Voilà. Ibrahima, Je lui dois encore des choses. Même en journalisme, c’est aussi. Aussi bizarre que ça puisse paraître, il était directeur chez MC Do, mais il m’a insufflé des valeurs et une confiance aussi que. Une humilité aussi que Bah qui me sert aujourd’hui à l'écoute des gens. Je sais, il y avait un vrai côté. Voilà, c'était un peu. Ce n’était pas. C'était Fabrice, le grand frère, voilà. Il s’appelait Fabrice et ce n’était pas Pascal le grand frère, mais Fabrice, le grand frère.
David Dufresne
Intéressant, intéressant tes écrits là dessus ou pas ?
Ramses Kefi
Non, rarement. Rarement en fait. J’avais créé je crois, une fois peut être à Rue89, à l'époque où j’avais travaillé pendant longtemps, pendant cinq ans.
David Dufresne
Mais bien sûr, j’ai complètement oublié. Oui, c’est bien ça. Bondy Blog 89. Le mec qui parle de Libé et de l’argot du café. Bravo pour aller à 21, c’est classe quand même.
Ramses Kefi
Et bien ouais, c’est ça, ça fait ça. En tout cas, ça fait plaisir et ça fait plaisir de voir que, en fait, je m’essaye à beaucoup de choses. C’est à dire que Libé, c’est un autre monde et inventer un autre univers aussi. Et voilà, on essaye de progresser dans tout. C’était l’occasion, de ne toucher à ses petits fours, à ses petits formats qui sont un peu des longs formats, mais en tout cas de pouvoir écrire ça. d' avoir peut-être un peu plus de place pour écrire tout simplement. En quoi écrire un long format, ce n’est pas comme écrire des papiers au quotidien avec.
David Dufresne
Lui, c’est un petit peu l’embourgeoisement. Libé c’est Mac Do et 21, c’est le restaurant une étoile. On est un peu plus tranquilles de la cuisine quoi.
Ramses Kefi
Ah non, franchement, franchement, je retrouve beaucoup de choses de l’idée à 21, faut aussi voir. Et il faut savoir que la rédactrice en chef était une des personnes qui m’a beaucoup aidé sur Rue89. Et c’est une personne qui m’avait aussi comme moi, je n’y connaissais pas grand chose. C’est quelqu’un qui fait partie des gens qui m’ont pris sous son vin, qui m’ont pris sous son aile. Donc il y a aussi un rapport affectif.
David Dufresne
C’est bien cet article comme c’est visiblement Rue89 Nos vies connectées Un jeune diplômé galérien pourtant t’avais été 18 ans c’est ça ?
Ramses Kefi
Voilà, exactement. J’avais écrit ce papier qui est un peu un truc un peu léger, on va dire, drôle un peu. Voilà comment on aime faire. Moi je suis quelqu’un qui aime aussi beaucoup rigoler. Je fais, j’aime bien l’auto dérision et tout. Et c’est vrai que j’avais écrit cet article parce que je sais plus dans quel contexte, mais je racontais un peu comment les gens disaient bah comment ce gars qui était plutôt gars, moi j'étais tranquille, discret et tout, J’allais à l'école, j’avais, j’avais mes cours et tout. Et à la fin, tu tombes sur des gars qui étaient à l'école avec dit Mais pourquoi t’es à la fac en fait ? Il commande un menu et dit Mais pourquoi t'étais à la fac ? Ils étaient sérieux ? Mais ça, tout ça pour ça en fait. Et en fait, moi ça ne s’imposait rien. Ça, ça ne me touchait pas, c’est vrai. Donc moi ça me faisait rire parce que je trouvais que voilà, après Ah ouais, c’est un peu là le regarder français, c’est un peu un truc pour ça, pour raconter un peu le regard des autres. Est ce que ça peut te faire poser aussi ? Parce que c’est vrai que c’est un moment où tout le monde te le dit, mais à la fin, en fait, c'était là. T’es au MC Do, tu es toi. Je me trimballe avec mon petit macaque, cravate de manager et tout, mais les gens qui se moquaient de moi me disaient mais ça touche combien ? Manager à 1 431 € ? Ils étaient sérieux ? Je touche le double Et ces mecs, ils faisaient des tafs, ils disaient je travaille dans un bureau, je n’ai même pas le bac, tu étais là. Mais moi ça me faisait rire, ça me faisait rire. Ça me faisait mal.
David Dufresne
Le regard des autres. Combien il pèse sur la vie de chacun, c’est un peu aussi le sens du livre. A la base, c'était lui le gentil et c’est pour ça que je trouvais intéressant de commencer par te faire parler du MC Do. Parce qu’on sent, on sent en te lisant qu’il y a un peu plus que ce que tu racontes dans ce livre. Je fais le petit résumé si tu veux bien. Aboubacar a été tué. Il avait treize ans pour la toute nouvelle collection de livres de poche 21 bis lancée par la revue 21 Tu rodes entre les Lilas, Romainville, le Pré-Saint-Gervais et Bagnolet. C’est donc dans l’Est parisien, frontière invisible, qui voit les drames se succéder. Un entre-deux où se côtoient des jeunes cadres parisiens et des petites mains du vide, une école sur défoncés, un comico en soins palliatifs, des mères en alerte et des ados en perdition. Et vous ajoutez comme si les leçons de 2005 n’avaient jamais été tirées. Et c’est ce qui a évidemment attiré tout de suite mon regard dès lors qu’on évoque 2005. Je rapplique, ça m’intéresse. Voilà grosso modo le pitch du bouquin. Est ce que tu veux ajouter quelque chose que ton éditeur t’avait empêché de mettre en quatrième de couverture pour vendre la sauce ?
Ramses Kefi
Non, non
David Dufresne
Je pense le pauvre bougre.
Ramses Kefi
Non, non, non franchement après, si c’avait été moi. Une pensée vraiment profonde pour les gens qui restent parce que qui survivent à ces drames les familles, les amis. En fait, je n’avais pas mesuré ça en fait. C’est à dire que quand la première fois que je suis allé sur le fait divers Aboubacar donc j’ai un peu, je me suis un peu replongé sur mes notes de l'époque en 2018 où j’avais été dépêché là bas. Et en fait, on y va tu connais ça mieux que moi, On y va et on se dit ben voilà, un peu en mission, il se passe quelque chose et tout, etc. Tu dois travailler tout et tu passes à autre chose toi, c'était peut être moins ton cas, mais moi je suis passé à autre chose, même si l’histoire est restée. Et en me replongeant là dedans, je me suis rendu compte à quel point c'était la douleur. En fait, ce que ça laissait, puisque l’histoire de ce bouquin, c'était vraiment qu’est ce qui reste ? Ce n’était pas tant l’idée de dire aux gens est ce que vous êtes encore triste et tout, mais c’est de dire bah tu arrives trois ans ou deux ans après ou trois ans après. Et qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que et qu’est ce qu’il reste en fait ? Et la vérité c’est qui ? C’est qu’il y a des gens qui se mobilisent, mais il y a aussi beaucoup de débris. Il y a aussi beaucoup de ça, énormément de gens complètement brisés. Et ça fait mal, vraiment. Humainement, j’avais, je suis allé sur des sujets durs et tout, mais franchement, là, moi ça m’a pris peut être. Voilà, j’ai un peu travaillé par bribes sur ce récit, puis après j’y suis reparti pendant deux ou trois ans, pendant trois semaines pleines. Mais je sais que j’ai été un peu en contact avec des gens à droite, à gauche et tout, et je me suis rendu compte à quel point c'était dur, Et en fait ouais, c’est comment dire. Moi assez prenant en fait vraiment, c’est vrai. Pourtant, je suis quelqu’un qui prend beaucoup de recul sur les choses. Mais quand tu vois des gamins qui ont connu ça, qui ont peut être connu deux ou trois copains qui sont partis, je parle juste des gosses aujourd’hui, ce n’est pas des gamins, c’est des jeunes adultes. Mais si elles sont construites comme ça, tu te dis ouah, c’est que c’est compliqué quand même, franchement. Et quand tu connais aussi l’histoire des parents, je n’en parle pas beaucoup mais les parents sont détruits. Il y a il y a des gens bien, limités les gens te disent surtout va pas les voir, on te conseille de dire ouais, reste un peu de reste, un peu, reste un peu loin. Pour une famille, c’est les avocats qui disent ouais, franchement, ils ne sont pas prêts et tu le comprends. En fait, au départ tu te dis c’est normal et après tu dis ouais, tu comprends vraiment, tu te dis doit c’est hyper dur. Donc j’aurai rajouté que c’est un gamin. Repose en paix. En fait, j’aurais peut être ajouté ça,
David Dufresne
Donc au départ, c’est donc ce que tu appelles effectivement un fait divers, c’est à dire c’est Aboubacar je crois, le premier qui dit qu’il est au présent parce que il va y avoir, il va y avoir Richard, il va y avoir Ibrahima au fil du livre qui est pourtant court. Mais justement, ça, ça montre quand même la densité du sujet. Qu’est ce qui se passe en fait avec Aboubacar en 2016, si mes souvenirs sont bons, comment ils tombent ? Quelle est la situation dans laquelle il va périr.
Ramses Kefi
Si c’est 2018 ou en 2018 ? En fait, le truc c’est que c’est au fond, si tu veux, mon sentiment profond, c’est que ce n’est pas la bagarre la plus sanglante de l’histoire Honnêtement, c’est une blague pour le coup, c’est une vraie fin. Comment dire quand tu reconstitue la bagarre, Ce n’est pas la plus violente de toutes, mais il se trouve que Aboubacar avait des problèmes cardiaques et en fait il il y prend des coups mais ce qui le met, il va décéder d’un œdème pulmonaire et d’un problème d’un problème respiratoire le lendemain. C’est à dire qu’en fait, quand il est transporté à l’hôpital, il est vivant à l’hôpital, logiquement, il est censé s’en sortir et en fait il tombe très vite. En fait, il meurt de manière très subite. Mais la bagarre, c’est en fait des Wallace et des alliances entre eux. En fait, c’est quatre villes qui sont à la Porte de Paris, à Romainville, les Lilas, Bagnolet et le Pré-Saint-Gervais. Et en fait, en fonction de leur solidarité, il y a des gamins qui ont habité les 20. Il y a des gamins qui ont des copains dans une ville, qui vont à l'école avec d’autres gamins dans une autre ville, qui vont en vacances avec la maison du quartier ou en colonie de vacances avec d’autres villes. Et donc en fait ils font des alliances, tout ça sur fond de rivalité théorie territorial. Et lui, en fait, il s’est retrouvé dans un truc complètement où il y a plein de nœuds. Mais y c’est comment dire. il s’est rapproché de copains de deux ou trois villes et ils ont fait une descente. Sauf que la descente a mal tourné, Il s’est retrouvé sur le carreau et voilà, c’est comme ça puis à l'époque, je me rappelle que ça été le point de départ, c'était que sur Twitter, il y avait une sorte de truc sur les réseaux, ça avait un peu pété, il y avait des rumeurs un peu partout et tout, etc. Et c'était un gars du coin qui m’avait que je connaissais par un copain qui m’avait appelé, qui connaissait un peu la situation et qui m’avait un peu éclairé là dessus. Et je m’en rappelle, il avait plus ou moins 2 h pour tout me raconter du début à la fin et il m’a dit surtout ne dites pas qu’il est mort sous les coups parce que c’est faux. En fait, il y a eu, il faut être précis dans les faits
David Dufresne
Il est mort à la suite d’une insuffisance cardiaque.
Ramses Kefi
Et donc voilà où c'était de dire que voilà, il n'était pas mort d’un coup de couteau. Voilà, c'était juste pour démonter la rumeur. Il n’est pas mort d’un coup de couteau. Je crois qu’il a vu des rumeurs de je ne sais pas quoi de fusillades ou quoi. En fait, voilà, il était mort comme ça, ça rend pas l’histoire moins ou plus triste, mais il est mort comme ça.
David Dufresne
Quelle est ta définition de rixe puisque tu as dit ce n’était pas vraiment une rixe ? C’est quoi ? Parce que la police en a une ? La justice une autre ? Les familles, évidemment. Comment tu définirais les rixes ?
Ramses Kefi
A l'époque, je pense qu'à l'époque que d’un point de vue quartier populaire, d’un point de vue peut être citoyen, tu dirais deux bandes qui s’affrontent. Tu mets ce que tu veux. Est ce que ça a trois ? Est ce que ça a quatre ? À partir du moment où on a deux groupes qui s’affrontent avec un fond de rivalité territorial, notamment sur une idée de revendiquer un territoire, là on commence à rentrer dans ce que moi j’appellerais en tout cas une rixe. Après, la définition est super mouvante. La police, de mémoire, c’est trois à partir de trois personnes, il y a une bande. Donc ça veut dire qu’à trois contre trois, c’est une rixe. Si tu vas dans la rue, les gens vont dire à trois contre trois, ça peut être une bagarre d’ados, une bagarre de comme il y a eu au lycée, comme il peut y avoir au lycée, au collège, trois potes qui se bagarre avec deux ou trois potes. Bon, ça ne fait pas une rixe, mais je pense que le fond de rivalité territorial y détermine aussi beaucoup de choses. Ça veut dire que des gamins sont, comment dire, biberonnés parfois à des rivalités territoriales qui n’ont pas vraiment de signification pour qu’ils n’arrivent pas à remonter. C’est un peu cliché de le dire parce qu’on dit à chaque coup il y a beaucoup de morts qui sont anonymes et on dit voilà, c’est une rivalité entre deux quartiers de ville qui sont, qui sont, qui ont un contentieux. Quand t’essaies de comprendre ce qu’est le contentieux, bah personne ne sait vraiment. T’as des gens qui te parlent d’une casquette, d’où ils vont dire mais il a volé une bécane. Enfin, en 90, y avait un blouson Chevignon. Ah mais il y avait une descente dans le RER partant de là, personne, personne ne sait ce qui se passe. Sauf que les gens intègrent ça parfois. C’est générationnel. En fait, pas un grand frère qui s’est bagarré, il a transmis ça et en fait les gamins grandissent avec ça. Mais moi ce qui me plaît. Comment dire. Moi ce qui me questionne le plus, c’est qu'à des très jeunes en fait, qui ont déjà intégré le fait qu’ils sont déjà rivaux avec un quartier rival et qui sont déjà rivaux avec le quartier d’en face. Et ça c’est assez particulier en fait. Le dire c’est en fait ça paraît bête, mais en fait, se dire déjà à neuf dix ans qu' en face c’est chaud, ça peut être chaud. C’est compliqué.
David Dufresne
Bien sûr, mais c’est cette question de rapport au territoire dont on va parler parce qu'évidemment, à travers ces rixes, c’est toute une vie que tu que tu dépeins. On va parler des professeurs, on va parler de la Seine-Saint-Denis, etc. Mais cette défense du territoire est liée à des intérêts économiques, on va dire à des intérêts historiques et à des intérêts, ou c’est simplement une espèce de capture du bleu du drapeau comme dans un jeu vidéo. Et puis ça s’arrête là. Je ne dis pas qu’ils sont dans un jeu vidéo, je ne dis pas ça du tout, mais qu’il n’y a pas d’autre finalité que de dire voilà, ce quartier c’est chez nous et puis et puis basta.
pré
Bah en fait je pense que d’un territoire à l’autre, il se passe des choses en fonction de l'âge aussi. Ça veut dire qu’arrivé un peu, peut être plus tard dans l’adolescence, il peut y avoir des intérêts économiques. Là en l’occurrence, ce qui est encore plus frappant, c’est le côté, comment dire. En tout cas, moi, de ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu que j’ai par les gens que j’ai questionné, interrogé de bas en haut, il n’y a pas d’intérêts économiques en fait, évidemment, c’est à côté, il y a un côté hyper, je veux dire un truc qui dit qui, qui est peut être un peu fort, mais y a un côté poissard dans cette histoire, sur ce territoire, ça veut dire qu’ils ont des bagarres qu’on en voit un peu partout. Et je ne dis pas que c’est bien, je dis juste que euh en fait ils perdent 3 à 3 gamins. Et en fait tu te dis que ces bagarres, elles sont toujours arrivées. Moi j'étais au collège, au lycée. Je ne dis pas que c’est bien, je ne dis pas que, loin de là, mais je dis juste que là où on se dit bah. Et je crois que ces gamins se le disent aujourd’hui en tout cas, les gens qui leur, qui ont été leurs copains, leurs potes, ils se disent mais moi aussi j’en fais, j’aurais pu mourir. Ce qui est fou, c’est que la bagarre de Aboubacar, ce n’est pas une fin, ce n’est pas une Battle, c’est pas un truc hyper violent. Il y a vraiment eu plus violent. Et je pense qu’aujourd’hui, médiatiquement, on se fait, on a les réseaux, on relaye plus vite, il y a Snapchat et Instagram, donc c’est filmé, donc on voit la violence. Mais dans les années 90, il y avait des batailles rangées et c'était d’une violence inouïe et. Parfois je crois qu’il y avait des morts, ça c’est sûr. Mais on en n’entendait pas parler. Mais il y a eu des moments où les gens s’en sont sortis avec des bleus, des cocardes et un petit coup de couteau. Ici, c’est gravissime. Mais eux trois, c’est quand même une série qui est incroyable au vu de comment dire. Euh, ce n’est pas. Ce ne sont pas les plus grands méchants, Voilà. Je sais, c’est peut être con de le dire comme ça, ça servira peut être à rien, mais en tout cas, ce qu’il faut savoir, c’est que dans ces bagarres là, ce n’est pas les plus grands méchants en fait. Donc il y a presque un côté. C’est pour ça que je parle d’anomalie à un moment. Il y a un truc dans sur ce territoire où on se dit mais ces gamins là, pas tous, Il y a peut être toujours des bagarreurs, des gamins violents, mais il y a quand même quelque chose où moi j’ai vu des potes de dents, des gamins qui est décédé et qui étaient dans ces histoires là. Je les ai vus après l’impression du livre. Donc du coup, ils ne voulaient peut-être pas me parler avant. Et puis un jour, ils m’ont appelé et tout et moi je les ai vus droit dans les yeux. Bon, ils ont grandi, ils ont mûri, mais on le voit, ce n’est pas des victimes. Même leur éducateur me dit mais en fait moi je suis arrivé, le gars habite dans le 92 et me dit je suis arrivé là, je me suis dit ce n’est pas possible, il ne peut pas y avoir de rixe ici. Pourquoi ? Et pour quoi faire en fait ? Qu’est ce que c’est ? Quoi ? C’est quoi votre problème ? Ouais, t’as aussi la réputation, mais je pense vraiment, je crois vraiment à l’idée que. Et je ne dis pas que c'était mieux avant. Justement, dans le bouquin, je dis que vraiment ce côté c'était mieux avant, les jeunes étaient mieux avant et tout. Moi je n’y crois pas du tout. Je crois juste qu’il y a des outils aujourd’hui qui font que les bagarres vont plus vite. Et franchement, quand vous écrivez un message sur Snapchat, faut l’assumer. A l'époque, c’est plutôt la rumeur. Il y a beaucoup de choses. Il y a une temporalité qui est, qui est, qui est, qui est différente. Là aujourd’hui, en fait, faut assumer. Si à 15 h 30 vous avez mis un message, toi, tes petits amis, un message sur Snapchat à 15 h 30 et que le rendez-vous est fixé à 17 h, faut l’assumer ce message-là. Parce que c’est toi qui a parlé, c’est ton nom, on sait que c’est toi et ça c’est compliqué. Après, il y a toujours ce côté t’as envie de s’affirmer. Il y a des gens qui sont en misère sociale, il y en a d’autres ne sont pas du tout une misère sociale. Moi j’ai vu des éducs qui m’ont dit à des gamins franchement, ce n’est pas des mauvais élèves. Il y a une sorte de mélange où moi je sais que les petits du Saint-Gervais par exemple, je dis les petits, mais en fait je suis assez. Je parle un peu aujourd’hui, c’est des jeunes adultes en fait, ils ont grandi, ils ont quatre ans de plus. Et en fait, comme on dit, replongeons en 2000. Huit Le plus grand et plus costaud que moi peut être. Et donc petit, c’est peut être moi le petit, mais dans le sens voilà. Mais ce qu’ils disent, c’est qu’il y a un ou deux meneurs à chaque fois, et puis après le reste a une masse hétérogène de gens qui viennent pour des raisons X ou Y. Voilà, moi je sais qu'à mon époque il y a des gens qui montaient sur des descentes pour rigoler honnêtement et honnêtement, il n’y avait même pas l’idée que ça pouvait finir en drame ou pas. C'était les gens se disaient on va rigoler et en fait tu te dis et quand t’avais les récits, bon, il n’y avait pas eu de morts, il n’y avait pas eu, il y a eu parfois des blessés. Mais aujourd’hui, ce qui est frappant, c’est que ces gens là et que moi peut être, j’ai côtoyé, j’ai connu ça à une époque que j’ai connu les gens en rigole aujourd’hui en disant Ah, tu te souviens quand tu vois, on s’est fait courser par une ceinture, par un. Et en fait, ils ne peuvent pas rigoler ça parce qu’en fait, bah y a des morts. Et les anciens, entre guillemets de là bas le savent très bien. Ça veut dire qu’il y en a qui se sont bagarrés, mais y' a jamais eu de morts entre eux. Et là, ils se rendent compte que l’héritage qu’ils ont légué entre guillemets, y a un héritage très sanglant. Parce qu’après, faut reconstruire derrière.
David Dufresne
Le livre est édité par la revue 21. Donc il y a dans la collection des mises en exergue, il y a un côté visuel, graphique et notamment de belles phrases. Alors voilà, ça c’est du Ramses tout craché. Eux aussi se sont fracassés contre des ennemis qui leur ressemblent, comme s’ils avaient leur propre reflet dans le miroir. C’est juste pour donner un aperçu à ceux qui nous écoutent et qui discutent beaucoup dans le chat. Je vais répondre à plein de questions tout à l’heure autour de ton travail, autour de ce que, de ce que tu as vu. Mais voilà, voilà ce qu’on appelle le journalisme littéraire quoi. Ce n’est pas chic ou quoi ? En effet, les revues 21.
Ramses Kefi
Non, en fait cette phrase, c’est même pas En fait le truc c’est que vraiment, cette phrase était si Je ne savais pas comment dire que tous ces mecs là se ressemblent, ça c’est que c’est les mêmes. Ils sont, ils s’habillent pareils, ils parlent pareil. D’un point de vue argot, c’est la même chose. En fait, il y a un quartier des Lilas qui en jette, qui est entre guillemets en contentieux avec un quartier de Romainville. C’est le trottoir d'à côté en fait. Donc au bout d’un moment, tu te dis bon, ça a à peu près les mêmes, c’est les mêmes fenêtres et les mêmes bâtiments. Bon, ce n’est pas le même code postal, mais là tu te dis quand même, il y a des rixes qui sont ville contre ville. Donc il y a un petit voyage à faire, mais là c’est plus un voyage, c’est du voisinage. Donc. Là tu te dis c’est vraiment. C’est vraiment les mêmes quoi. Et ils sont conscients en quoi ils grandissent et tout, ils en sont conscients. Ce qui est le plus triste dans cette histoire, c’est quand ils grandissent et qu’ils se rendent compte que c' était une sorte de je ne veux pas dire de jeu, mais un truc de sur Snapchat de provocation. Et je peux comprendre. Je pense que beaucoup de gens qui ont été gamins, ados au collège, au lycée ont parfois eu ce genre de comportement. Mais ça voilà, aujourd’hui peut être qu’il en rigole ou peut être qu’ils ont même oublié. Mais le problème c’est que c’est marqué à vie en fait, qu’il y a eu des discussions sur Snapchat d’aujourd’hui qui sont probablement à l’origine de, en tout cas qui ont contribué à cette fois au déferlement de violence à faire des descentes et à des descentes qui ont donné lieu à des morts.
David Dufresne
Page neuf tu écris Les adolescents, eux, restent quasi muets lorsqu’on les aborde, même des semaines plus tard. Leur sensibilité est heurtée par un temps indéterminé. Beaucoup d’entre eux, écriture, ont visionné sur Snapchat la courte séquence montrant Aboubacar déchaussé et agonisant après sa mort. La vidéo prend une dimension encore plus traumatisante. Tu as beaucoup parlé de Snapchat, c’est d’ailleurs le titre que j’ai repris qui est dans l’angle du livre. Quelle est la portée exacte des réseaux sociaux ? Est ce qu’on peut vraiment la déterminer ? Est ce qu’on l’a ? Est ce qu’on la sur joue ? C’est quoi d’après toi ?
Ramses Kefi
Moi, je pense que c’est surtout dans la temporalité que ça se joue. Après, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont des. Sur ces questions de violence, il y a beaucoup de gens qui ont beaucoup de théories. Je les respecte. Moi, la mienne, c’est que les réseaux sociaux ont créé, ont, comment dire, ont rendu série beaucoup plus rapide. C’est beaucoup plus simple d’organiser une rixe est beaucoup plus rapide. Donc ça pose problème. Ça veut dire que. Le temps d’intervention de je ne sais pas, de gens qui pourraient résonner, des petits qui pourraient calmer l’histoire qui pourrait. En fait, il c’est restreint parce qu’avec les réseaux sociaux, ça va trop vite. Il y a des messages qui restent là, il y a une vidéo. Moi j’ai pas mis par pudeur, Honnêtement, j’ai pas mis tous les détails, j’ai gardé sur ces histoires là, J’ai mis les trois parce que ce n’était pas un portrait de ces gamins, ce n’était pas en fait l’idée c'était de récupérer moi ce que j’avais pu faire dans mon travail, notamment sur le début avec Aboubacar. Mais tu vois, la présence de ça me choque parce qu’en fait un tous les gamins qui en parle un peu te le disent, les grands entre guillemets qui captent pas trop Snapchat ou maintenant qui le capte un peu mieux mais qui comprennent un peu mieux Snapchat, te disent qu’en fait ça joue là dessus. Mais moi, ce que je pense que j’en ai tiré, j’avais travaillé sur deux autres histoires de rixe un peu ailleurs, c’est que ça va beaucoup trop vite. Ça veut dire que t’es à l'école, t’as ton portable, Et en fait, à la sonnerie, la rixe, elle est déjà organisée. Ils sont déjà partis pour aller se bagarrer. Et ça, ça a changé les choses, ça ne les rend pas moi, ça les rend pas plus violents, mais ça, ça laisse moins de temps à l’adrénaline de redescendre.
David Dufresne
Ça veut dire que franchement il y a une accélération.
Ramses Kefi
Ouais, ouais, ça va vite, ça va vite. C’est comme le foot, ça va beaucoup plus vite en vrai, ça va beaucoup plus vite. C’est. Et ça, je pense que ça crée une obligation pour les grands ou pour l'école, ou pour en tout cas d’arriver à comprendre ce qui se joue là dessus. En fait, ça nous oblige à diaboliser Snapchat, ça ne sert à rien. De façon il y aura d’autres réseaux qui mensuels, ça sert à rien en fait. Ils y sont, ils y sont, ils y seront toujours et ils. Et en fait les petits se retrouvent, on aura, auront un autre réseau social et tout. Mais en fait ça, nous, ça pousse les anciens, les grands, à essayer de comprendre ce qui se passe sur les réseaux, l'école, à comprendre ce qui se passe sur les réseaux. Mais voilà, pour moi, c’est l’accélération au retranchement.
David Dufresne
Tu parles de l'école, tu parles des gens qui pourraient recadrer et il y a le portrait, je trouve saisissant dans le dans le livre d’un dénommé Fabien qui est un professeur et qui, le lendemain de la mort de Aboubacar, est groggy. Il ne sait pas comment parler à sa classe. Que raconter aux amis de Boubacar ? Tu le cites à 8 h tapantes, je devais être accompagné par ma hiérarchie, ce professeur Ellipsis et je me suis retrouvé seul pendant dix minutes. Des gamins crient, pleurent et crient. Tu tapes contre les murs. Fabien se son honnêteté par l’impuissance. Et plus loin, tu le dis, tu le cite à nouveau. Et toute l’année j’ai senti que certains m’en veulent pour ce jour-là, comme si je provoquais chez eux une forme de répulsion. J'étais probablement celui qui n’avait pas su faire.
Ramses Kefi
C’est en fait ce professeur. Il est revenu trois 23 ans plus tard et c’est lui qui m’a dit entre guillemets, convaincu de me lancer dans ce récit. Parce que moi, à la base, sans mauvais jeu de mot avec le titre, j'étais plutôt j’avais un peu, je ne veux pas dire laissé tomber parce que j’avais encore des échos. Je discutais avec les gens, je prenais des cafés, mais je n'étais pas parti là-dedans. Et là dessus, pardon. Et lui, il est venu, il m’a dit voilà, dans Libé, vous aviez fait ça. Moi j’avais écrit un papier à l'époque de Aboubacar, j’avais envoyé là bas et j’avais bossé un peu là dessus. Et il m’a dit Voilà, moi je voudrais raconter mon histoire. Et il m’a raconté pendant 1 h, 1 h 30 son histoire et me dit voilà, je suis premier prof qui suis lapin. Je suis arrivé sur les lieux et en fait c'était le huit, c’est dix minutes. Là, ça a changé. En gros, ça a changé sa vie, en tout cas sa façon de voir le. De ce qu’il en dit, sa façon de voir l'école. C’est à dire qu’il me dit dix minutes, c’est une éternité en fait. En gros, il me dit j’ai testé ce que c'était l'éternité et l’enfer. Ça veut dire que des fois ça, des gamins et inexpérimentés, je ne sais pas trop quoi dire. Ils sont en train de pleurer. Lui, il habite dans le coin, mais il ne peut pas mesurer ce qui se passe Et puis il est dans un moment de fin. C’est lundi matin quoi. C’est à dire que t’as des gamins qui pleurent et ils s’y sentent impuissants et seuls surtout. C’est la solitude. L’Éducation Nationale ne lui répond pas directement je les ai appelés tout ça, mais ils me disent que voilà, il y a aussi une situation exceptionnelle qui fait qu’eux, ils peuvent dépêcher des moyens, mais à ce moment, à l’instant T. Ils y sont. Ils me disent voilà, on est désolé, mais en fait on ne sait pas trop comment. On a des entre guillemets, des process, parce qu’aujourd’hui c’est comme ça qu’on traite.
David Dufresne
C’est comme ça qu’on fait côté Mac Do.
Ramses Kefi
Voilà comment dire l’éducation nationale a été, comment dire, sur ces questions là et je pense, ils ont des procédures et des psychologues, les profs peuvent consulter des psys et tout, mais ce prof là, raconte-lui de l’intérieur, Voilà ce qu’il a ressenti.
David Dufresne
Et est ce que son désarroi, c’est celui que ces quartiers là peuvent ressentir ? C’est celui que tu aimerais que le lecteur ressente. Ou tu en restes à son témoignage Et c’est son témoignage. Ou est ce qu'à travers lui il arrive tout de suite ? Donc page treize, c’est au tout début. Est ce qu’il y a des signaux que tu veux nous envoyer à travers son désarroi ?
Ramses Kefi
Ben oui, parce que souvent il y a une fête, un peu tout ça et un peu en étoile. Donc j’essaye de donner des pistes aussi aux lecteurs parce que c’est très dur d'être exhaustif et définitif. Mais il y a une réalité dans le 93, je cite un rapport, mais c’est quelque chose qui revient souvent au-delà des rapports et tout. C’est qu’en fait le 93 est un laboratoire. Moi je ne suis pas pour un focus complet sur le 93, sur la Seine-Saint-Denis et tout, mais quand même la Seine-Saint-Denis, on se rend compte que c’est un vrai labo et que beaucoup de gens inexpérimentés se retrouvent face à des situations qui sont quand même assez, comment dire, assez folles. Il y avait ce rapport un qui était en plus qui a été fait par des gens de droite pour le coup, donc on ne soupçonnerait pas de je ne sais pas d’angélisme ou ben en fait ils disent que les gens y a un d’inexpérience, de méthode, un nombre important de gens qui ont des postes clés. Les profs c’est dans les services publics, voilà, je, je, pas la CAF, la police. Donc il y a une expérience, il y a un turnover. C’est à dire que quand les gens comprennent un peu ce qui se passe, ils sont déjà partis et ça, c’est très compliqué. Je pense que ce prof là y revient un peu plus tard et dit voilà, il y a une génération aussi de profs un peu à l’ancienne, qui avait aussi qui a connu une époque de l'école, qui un peu révolue, mais qui a tout une nouvelle génération de professeurs qui subissent des nouvelles situations et qui ont pas forcément les clés, qui ont pas forcément les épaules et qui ont pas forcément la reconnaissance qu’il faut pour aller, pour aller les affronter. Ce n’est pas que tout est sombre là bas, c’est qu’en fait, parfois vous avez deux élèves et deux élèves qui vivent des situations catastrophiques et familialement, ou même dans la rue parfois. Et c’est. Et quand vous êtes profs face à ça, c’est vrai que franchement, c’est vraiment compliqué. Donc lui à l’instant T, quand je lui parle, est-il encore marqué ? Ça fait trois ans, mais on a l’impression que c'était cet élève et moi quand je l’ai vu. Franchement, il était vraiment marqué. Je l’ai revu là il y a une semaine ou quelques jours et il a, il a, il a déjà changé. C’est- à - dire qu’entre temps il a pris un peu de bouteille et tout est allé. C’est intéressant. Son regard a changé sur les choses, donc je ne sais pas si lui encore l’aurait raconté comme ça puisque moi je l’ai vu il y a un peu plus d’un an et on est resté en contact et tout.Mais lui me dit voilà, j’ai de la bouteille maintenant je Il y a des choses que je vois que j’ai pas vu à l'époque et tout, mais ouais, c’est son témoignage d’une certaine manière n’engage que lui, mais en même temps ça raconte cette situation dans le 93 de comment dire ? De d’inexpérience, de turnover, de. Comment dire ? D'école publique qui commence à souffler très fort. Parce que ce qui raconte aussi, c’est le moment où les fils d'élèves se sortent quand les gamins sortent de chez eux, ceux qui partent vers le privé et ceux qui partent vers le public. Et ça, c’est aussi quelque chose qui revient beaucoup dans la Seine-Saint-Denis, c’est grâce. Il y a des endroits où reste plus que les pauvres dans l'école publique et ça, c’est compliqué.
David Dufresne
40 communes, 1,7 million d’habitants, la Seine-Saint-Denis, rappel du plus fort taux de mortalité du Covid. Des petits chiffres comme ça que tu injectes de temps en temps, il y a ce que tu appelles le brassage aussi des cadres et des classes moyennes en ascension. Y dégote des amours de plans immobiliers convaincus de se trouver dans une zone métisse. C’est vrai pour l’Est parisien. Parce que pour ceux qui ne connaissent pas ce dont on parle, Lilas, si c’est ça, ça s’appelle chic, ça peut safe, ça peut être bien
Ramses Kefi
c’est le 21ᵉ arrondissement et tu viens à côté où les gens qui viennent de s’installer là bas, ils sont persuadés d'être dans le 21ᵉ arrondissement de Paris. Et je ne suis même pas certain qui ne fantasment pas d’une certaine manière d'être, d'être attaché à Paris à un moment ou un autre.
David Dufresne
Et pourtant. Page 24 écrit tu La ville des Lilas, 24 000 habitants, tient une place décisive dans le quatuor endeuillé. C’est sur son sol que des mineurs périssent. La commune est pourtant celle qui se porte le mieux. Son taux de pauvreté est, selon l’Insee, deux fois plus bas que celui de Bagnolet, qui est juste à côté. Elle est la mieux dotée en services publics et transports. L’insécurité y est marginale, la mixité sociale y tient bon. L’un des meilleurs morceaux du 93 de la vie des habitants des alentours. Donc, après avoir eu, on reviendra un peu quand même parler du 93. Dans ce a lancé, il y a aussi des bars mieux lotis où ça ne se passe pas forcément mieux en réalité.
Ramses Kefi
Ouais, c’est ça. Mais en fait la vérité c’est que l’ANRU, je ne veux pas dire la gentrification, on le on le raconte à tort, mais en gros, ça peut être un terme qui raconte tout et rien, mais en tout cas, l’idée que certains coins de Seine-Saint-Denis, collée à Paris avec des lignes de métro en guise qui arrivent un peu partout, ça, comment dire. S’il y a de la misère sociale et de la misère sociale, ça veut dire que c’est con à dire. C’est peut être cliché, mais voilà, tu peux vivre dans un endroit où le centre ville est super beau et tout, mais il suffit qu’il y ait quatre ou cinq familles qui soient dans une misère totale et ça peut drainer des choses compliquées. Après, tous les gens qui sont dans la misère ne sont pas les enfants de gens pauvres ne sont pas tous riches. Il y a des gosses de riches, il y a des gosses de classes moyennes dans les riches. C’est ça qui est assez compliqué. Les gosses que Delila, du Pré-Saint-Gervais, tous. Il y en a qui vivent, il faut le dire. Il y en a qui participent de manière directe ou indirecte à ces rivalités de territoire. Et ce n’est pas tous les gens du quartier qui sont très honnêtes. Donc tu vois aussi des profils, voilà, des classes moyennes, des gens qui cherchent quelque chose dans ces rixes. Mais effectivement, les chiffres ne racontent pas tout. Les chiffres, c’est pour donner aussi des clés à des lecteurs qui sont très loin du 93. C’est un choix qui a été fait parce que voilà, on se dit que peut être que des gens lointains disent voilà, la Seine-Saint-Denis, ça donne des petites clés. Mais c’est vrai que les chiffres ne racontent pas tout. Vous avez des villes dans 93 ou ailleurs où on se dit en fait, il ne peut pas y avoir de misère, c’est impossible. Et en fait, vous rentrez dans un quartier, il y a deux bâtiments et dans les deux bâtiments il y a des cas de misère sociale assez incroyable. Et voilà, c’est votre sincérité.
David Dufresne
Derrière les chiffres qui ne disent pas tout. Il y a les mots qui racontent. Et notamment j’aimerais bien te faire parler de ce collège en état d’avancée, de fin de vie quoi. On pourrait dire ça comme ça ? Est ce que tu peux le décrire ?
Ramses Kefi
Bah en fait le collège il avait été pour la petite histoire, moi j’avais vu passer déjà un article du Parisien sur ce collège qui m’avait aussi marqué un peu sur un collège qui en fait est en soins palliatifs dans le sens où en gros il va être reconstruit, c’est pour 2025, mais la date a toujours été repoussée. Sauf qu’aujourd’hui, que ce soit dans les dans ce qui est documenté en termes de médias ou ce que moi j’ai vu. C’est vrai que c’est un collège hors d'âge et personne ne s’en. Comment dire ? Personne ne pourrait dire le contraire puisqu’il y a eu démobilisation. Ce collège a été quand même 1.1 point important de la géopolitique locale, on va dire. Moi, je suis marqué par ce gars qui m’avait appelé en 2018 au téléphone et qui m’avait alerté à l'époque déjà sur ce collège en me disant tu sais, quand tu vas dans un collège comme ça, Lui qui m’avait dit vraiment, c’est quelqu’un qui vient des quartiers populaires et toi ? Il me dit je me demande comme en fait il dit moi je le trouve pas assez violent en fait. Et ça m’avait choqué, il était sous le coup de l'émotion. Donc moi je l’ai, je l’ai rappelé, on est resté en contact et tout et il me dit bon, je l’ai dit sous le coup de l'émotion, mais là je peux le, je peux le caractériser. Aller dans un collège comme ça, c’est déjà comment dire, c’est compliqué visuellement, c’est compliqué émotionnellement, c’est compliqué, c’est pas un ressenti de gens, de quartiers populaires seulement, c’est aussi le ressenti de certains profs. Bien sûr, que ce soit Fabien ou d’autres, mais c’est aussi le ressenti. Moi j’ai poussé les portes de la mairie de Bagnolet. Enfin bon, je dis ça comme ça. J’ai poussé les portes, j’ai juste demandé un rendez vous à la mairie de Bagnolet, j’ai fait un peu le prince là, mais. Mais voilà, même là bas, après c’est de la politique, c’est autre chose, mais visuellement c’est un collège qui est hors d'âge et on se dit quand même. Tu pars avec un désavantage.
David Dufresne
Franchement, tu ne pars pas.
Ramses Kefi
Tu ne pars pas et si tu pars avec plus de mérite et vraiment c’est voilà, je crois que c’est Fabien de mémoire qui le dit. Il dit en gros je me retrouve face à un élève qui est en train de pagaie ou je sais pas qui est en train d'écrire au Blanco sur un mur. Je dis qu’est ce tu fais ? Je commence à lui faire une morale et tout et mec qui me dit mais en gros qu’est ce que ça va changer ? Regarde le collège comme fin, ce n’est pas mon coup de crayon sur un mur qui va changer quoi que ce soit. Et te dis en tant que prof, qu’est ce que tu veux lui dire ? Donc c’est réel. Maintenant ? C’est clair qu’ils ont parlé des réseaux sociaux tout à l’heure et beaucoup de gens m’ont dit la même chose. Mais quel que soit leur statut dans la société. Mais disent en fait les réseaux sociaux te permettent aussi de voir ce qui se passe ailleurs. Et la vérité, c’est que les informations passent plus vite. C’est tout con à dire, mais parfois ton cousin à quelque part t’envoie une photo de son collège, tu la reçois et tu dis mais ou ton pote qui a été qui est dans le privé où ton pote qui a déménagé, il t’envoie une photo de sa salle de classe ? J’en sais rien, tu vois ta cour de récré et toi tu vois où t’es ? Tu tutoies, tu lèves les yeux à gauche, à droite, tu te dis merde, moi, pourquoi moi ? Et pourquoi son truc est nickel ? Et moi, qu’est ce que je fous là ? Quoi ? Donc il y a quelque chose de. Pour le coup, ça relève aussi quand t’es gamin d’une donnée à prendre en compte. Visuellement, c’est important l’endroit où tu vis franchement. Parce que tu vois, il y a un côté on le mesure pas assez, mais en fait, quand tu vois du béton, du béton, du béton, des choses qui fuient et tout, à un moment donné, tu deviens prêtre, t’as l’impression que tu deviens sensible, que tu t’habitues. Mais en fait c’est, c’est, on attend. On a tendance à croire que les quartiers populaires s’habituent à tout. Alors qu’en fait, quand t’es un gamin, t’es un gamin, tu veux les mêmes choses que les autres gamins en fait, c’est ça la vérité.
David Dufresne
Bien sûr, bien sûr. Je regarde ce que dit le chat. Alors donc tu disais je suis allé à la mairie de Bagnolet page 41, ça se traduit différemment. Tony Di Martino, le maire de Bagnolet, est sacré, notamment Tony Di Martino
Ramses Kefi
Oui, c’est son vrai nom,
David Dufresne
Le maire de Bagnolet, 35 000 âmes et une dette colossale, soutient que les communes du secteur sont contraintes de bricoler. Socialiste, il ponctue tous ces constats sans exception, par la même sentence et une moue. Et il dit tu te souviens ?
Ramses Kefi
Il faut de l’argent.
David Dufresne
Il faut de l’argent.
Ramses Kefi
Oui. Il est dans son rôle. Et puis il connaît très bien son territoire. Après, ce qu’il fait politiquement, c’est un autre sujet qui n’est pas le qui n’est pas le mien du tout. Que voilà, Il y a toujours des clivages et les gens dans la ville vont dire c’est la faute du maire, ce n’est pas la faute du maire, Ça, ce n’est pas mon débat. Mais. La réalité est qu’aujourd’hui Bagnolet est la ville. C’est une ville endettée. Je crois qu’ils sont sur un. Je ne connais pas les statistiques de cette année ou de l’année précédente, mais à un moment donné, c'était quand même sur le top trois des villes les plus endettées de France me semble-t-il. Faudrait le vérifier, monsieur, quasiment sûr. C’est colossal, ça raconte quelque chose de cette ville et surtout, ça raconte les moyens limités d’une ville face à ça. Ça veut dire que si les caisses sont vides, il faut aller sur autre chose. C’est plus difficile de payer, de payer des éducateurs. Par exemple. Je sais que la mairie des Lilas a les moyens de payer des éducateurs qui sont capables de payer de la médiation, de dire voilà, on a peut être pas les moyens de l'État, mais nous, on peut sortir, on peut dégager un peu d’oseille pour mettre, pour mettre des gens sur le terrain. À Bagnolet, c’est peut-être un peu plus compliqué. Il y a d’autres, il y a des aides, il y a tout ce qu’on veut et tout, mais il y a quand même un rapport. Alors comment dire ? Moi, le truc qui m’a frappé, ça n’engage que moi pour le coup, ce n’est pas de la sociologie, mais je me dis si déjà des fauchés à la mairie, euh comment t’arrives à comment dire si le deux du mois t’es déjà en train de chercher le 2 janvier de l’année qui arrive, T’es déjà en train de te dire ca va être compliqué, Je me dis comment tu peux en tant que maire ? Parce qu’en fait, souvent les maires ont soit on leur fait tout porter, soit leur fait rien porter. En gros on leur dit on dit bah le maire ne sert à rien ou bien le maire peut tout faire et peut fort. Je pense que ça joue sur un juste milieu où il y a des, il a des leviers et la vérité c’est que ces leviers sont quand même globalement. Enfin je pense que moins t’as d’oseille est moins et plus délimité en fait. Donc voilà. Et ça c’est assez frappant, ça raconte une résignation aussi. Ça veut dire que Tony Di Martino, je suis désolé, son nom me fait un peu fait un peu sourire, mais ce n’est pas contre lui, vraiment et il a raison. Mais il en a lui. Et ça c’est un peu le truc qui est un peu le refrain d’on et on se dit que les choses n’ont pas avancé. C’est qui te dit l'état et nous à nous on nous a laissé pour compte après évidemment, car je pense que ça c’est un autre sujet, ce n’est pas plus politique mais quand même, voir un maire en 2022 parce que moi à l'époque, je l’ai vu à l'été 2022 de parler comme un maire dans les années 90 et te dire c’est le même discours, tu te dis y a quand même un petit souci quand même.
David Dufresne
Alors si ça cesse pour tout te dire qui pour moi me fait mes mots. Il se trouve que dans les années 90 je vivais à saint Denis, c’est pour ça que j’ai toujours un œil sur ce qui s’y passe. Ce ne sont pas les quartiers les pires, évidemment, je ne joue pas à ça, mais bon voilà. Quand tu vis sept ans à Saint-Denis, que tu travailles à Paris, t’as un regard. Et ce qu’il y a de terrible je trouve, c’est que même culturellement, le rap, dans ton livre, c’est qu’on a l’impression que c’est un éternel recommencement, c’est à dire c’est les mêmes choses, c’est comme s’il n’y ait pas de transmission d’une génération à une autre, que chaque génération dit que de son temps, finalement c'était quand même moins pire pour faire une belle faute de français En fait, c’est de tout temps que c’est comme ça. C’est depuis les années 70 on va dire. Est ce que tu penses qu’un ouvrage comme le tien et après je vais attaquer le chat, Est ce que tu penses que ton ouvrage c’est aussi ça ? C’est une question de transmission de regard à longue portée ou pas ?
Ramses Kefi
Juste pour faire une petite incise, cet ouvrage, c’est aussi parce que beaucoup, dans ces histoires de rixe, disent après c’est voilà, peut être que c’est y a peut être y un côté pudique, mais y a un côté aussi. On ne veut pas que ses morts. Les prénoms disparaissent dans le sens où on se dit encore des morts, des rixes et en fait c’est normal. Donc voilà, ce bouquin, c’est aussi ça. Je ne dis pas que c’est un hommage, mais je dis juste que ce qui a motivé ça, c’est que beaucoup de gens dans plein d’endroits différents, ont toujours dit c’est bizarre, le prénom d’une d’un enfant, d’un gamin, d’un ado. Certains disent que ce ne sont pas des enfants, mais ces dessins restent des ados techniquement. Disparaît, c’est leur nom disparaît. Et ça fait mal en fait se dire que ces gens là passent dans l’actualité jour après jour. Ils servent un peu de paillasson, entre guillemets, à des politiques qui débarquent sur des plateaux et qui commencent à faire des grandes tirades sur est ce qu’il faut envoyer l’armée, George Bush, les djihadistes ? Et en fait, le lendemain, c’est comme si c'était rien passé et on a l’impression qu’on a rien. Que rien n’avance. Pour répondre à ta question, moi c’est aussi ça qui fait que ce sujet je pense, c’est aussi pour ça que je ne sais pas dire qui passionne peu, mais on se dit mais qu’est ce qu’il y a à changer ? Donc du coup on se dit mais en fait, ce que vous me racontez, on l’a vécu il y a 20 ans, 30 ans, 40 ans, c'était la même chose, sauf que vous avez des téléphones portables. Mais oui, il y a quelque chose à mon avis, qui est moi, c’est ça ? C’est la chose la plus qui me questionne le plus, c’est de se dire que comment ça se fait qu’on ait une ribambelle de gens qui soit blessé, gravement traumatisés psychologiquement, morts pour certains ? Et qu’en fait le truc continue, continue, continue, continue. Et en fait. Il y a presque une forme de banalité qui est assez folle. Honnêtement, je me rappelle certaines histoires qui sont dans ce bouquin, les gens disent Mais il faut que ça s’arrête et il faut qu’en fait la machine s’arrête. Il faut qu'à un moment donné, on se pose. Si tu ne veux pas mourir en allant à l'école par exemple, tu ne peux pas mourir. Un samedi, t’es parti jouer au foot et en fait il se passe rien. Alors bien sûr qu’il y aura tout plein, Comment dire. Malheureusement, il peut toujours y avoir un fait divers, mais là en fait, c’est pas des faits divers, c’est un fait divers très particulier puisqu’en fait, tous les mois on a une histoire qui sort dans la presse avec Brice Mortel, Rixe grave machin. Donc oui, il y a un truc que je ne vais pas dire de résignation parce que contrairement à d’autres territoires, il y a beaucoup de gens qui se bougent là-bas dans ce coin du 93, pour une raison ou pour des raisons X ou Y. Mais il y a beaucoup de gens qui se bougent, mais à des territoires en France. Je n’aime pas le mot territoire parce que ça fait un peu. Mais il y a beaucoup de quartiers où les gens sont complètement résignés des questions qu’on fait et ça continuera. C’est. Et ça, c’est ouais. Est ce que tu dis sur Saint-Denis ? C’est vachement vrai ce que tu dis sur l'époque qui a été la tienne, c’est vrai, c’est qu’il y a quelque chose qui. Tu te dis il y a une chose, c’est même pas une anomalie, mais c’est tu dis ça fait partie de notre paysage, ça fait partie de notre actualité. Il faut s’attendre à ce que des gens, des ados. Meurent, que des ados aient peur d’aller au lycée à Orly, là, en 2018.
David Dufresne
Donc dans le même temps, tu racontes qu’il y a quand même eu des efforts financiers qui ont été faits depuis 2005. Puisqu’on parle de ça tout à l’heure, il y a eu un peu d’injection de moyens.
Oui, il y a eu une injection de moyens, mais t’as symboliquement des choses qui se passent. Moi je ne suis pas dans l’idée que la Seine-Saint-Denis, c’est la Seine-Saint-Denis. C’est un territoire qu’il faut traiter, un peu comme tous les territoires journalistiquement je pense. Et après voilà, prendre en compte aussi la réalité qui est celle de ce département. Mais quand tu vois Forest Whitaker par exemple, en 2020 ou 2021 qui débarque en Seine-Saint-Denis et qui te dit que je vais aider la Seine-Saint-Denis, c’est un acteur américain. Quand tu vas à. Quand tu regardes un peu ses activités associatives, il aide beaucoup les pays du Tiers-Monde et tout. Symboliquement, moi, je sais qu’il y a des habitants du 93. Moi j’ai habité deux ans dans le 93 à Saint-Denis. Pour le coup, comme ça on a un lien là bas. J’ai fait anti-Noir là.
David Dufresne
Bien, alors tous les deux de super.
Ramses Kefi
Je suis une fille noire pur jus, mais je pense comment ça a commencé à Saint-Denis ?
David Dufresne
On a commencé.
Ramses Kefi
Je ne veux pas dire, mais je sais que quand Forest Whitaker débarque là bas, symboliquement pour certains, pour des habitants, il y a. Je ne veux pas dire que tout le monde était choqué, au contraire, il y a des gens qui étaient bien contents. Mais moi même quand j’ai vu ça, je me suis dit y a un problème quand même parce qu’il parle comme si il allait aider un territoire, tu vois qui a été ravagé par un tsunami, tu vois, tu te dis mais le gué c’est pas comment dire, c’est pas condescendant, mais on est en France quand même. Ça veut dire que le CE, enfin cette dimension quasi humanitaire dans un département qui est collé à Paris, tu te dis ça pose question quand même.
David Dufresne
Témoignage de Jojo la frite qui témoigne beaucoup dans le tchat et je l’en remercie. J’habite en banlieue parisienne, il y a des risques en centre ville. Je trouve que certains maires portent une responsabilité de ne pas vouloir intervenir dans la ville d’en face pour calmer les choses sous prétexte que ce n’est pas la même étiquette politique, c’est atroce. Certains politiques nous fixent des frontières entre les villes qui n’ont pas lieu d'être, par exemple entre deux blocs d’immeubles tellement similaires. J’ai ressenti ça aussi à d’autres moments. Je l’ai appris de va plus loin en disant mais en fait, certains maires se comportent quasiment en chef de gang. Exemple : comment des enfants de neuf ans, dix ans peuvent se comporter autrement que ce que tu viens de raconter ?
Ramses Kefi
Bon après c’est toujours multifactoriel là bas. Je pense qu’il y a eu des morts qui ont fait la différence. Ça veut dire que quand il y a des morts, ce n’est pas comme quand il y a des blessés. Tu peux camoufler le truc, mais là, quand il y a des morts, en fait, forcément tu peux, comment dire, Tout est. Tous les projecteurs sont braqués sur toi. Tu as une responsabilité et tu peux plus déconner avec ça je pense. Moi ce que j’ai vu ce n’est pas je ne sais pas, je n’ai pas de détecteur de sincérité, tu vois. Je ne veux pas commencer à dire oui.
David Dufresne
C’est sincère, même pour un journaliste. T’imagine ? Tu n’as rien à dire ? Je vous écoute plus la dégage. Toi, tu serais pas mal.
Ramses Kefi
T’imagines si tu branches le truc ? Ça nous éviterait beaucoup de problèmes.
David Dufresne
Mais beaucoup de malentendus en fait.
Ramses Kefi
C’est drôle mais Il y a ce côté. Je pense qu’il y a des mois ce que m’a dit quelqu’un en off qui est vraiment dedans, qui à l’intérieur et tout. Il travaille pour l’une des vies. Voilà, je ne veux pas faire le mec. Ce que je veux dire n’est pas en fait dans les rixes,
David Dufresne
On retrouve ton côté Macdonald là.
Ramses Kefi
Non, non, pas bombardé, on a encore plus modestement la frite je pense pas pour Jojo, la frite toute la journée, même la nuit donc. Mais non, il m’a dit en gros, notamment sur ce territoire donné un lundi là, Pré-Saint-Gervais d’où les flics en fait, viennent les voir leur file des listes de gamins en disant surveillez les franchement avant qu’on les ait, on voit qu’il se passe des choses et tout. Mais en fait, vos histoires, comment dire, elles apporteraient en fait vos gamins. C’est les gamins qui sont souvent dans ces listes là. Je parle des ados pour le coup, je ne sais pas pour l'âme générationnelle ment pour celle de Joe, mais les treize, quatorze, quinze ans et les flics leur disent mais en fait on sent fin. Ce n’est pas qu’on s’en fout de vos histoires, mais comme on dit, on ne peut pas se faire mousser avec ces histoires-là. Ce n’est pas des grosses histoires en fait. Pourquoi on va essayer de patrouiller toute une nuit dans une ville pour éviter une rixe ou tout un après 12 h alors qu’il y a un plus grave et deux surtout il y a pas de prise, il n’y a pas de fête, il se bagarre pour rien. Donc qu’est ce que vous qu’on fasse ? Donc en gros, ils disent vous faites votre boulot d'éducateur, on vous donne deux, trois, deux ou trois, deux ou trois blazes. Surveillez les et dites à vos éducateurs, à vos médiateurs entre guillemets, à vos grands frères, à vos associations de les surveiller. Et ça, c’est un discours qui est quand même. Qui raconte quand même quelque chose dans cette banalisation et sur les mères ? Bah en fait je pense que ça dépend vachement des territoires, mais je pense que la mort, quand tu dois être sûr, moi je ne suis pas un mec naïf en gros. Je sais aussi que dans une ville tu fais beaucoup de politique, tu prépares déjà ton mandat d’après et voilà, c’est le propre de la politique. Mais quand même, quand t’as une famille qui vient et qui te dit j’ai perdu mon fils et tu vas leur présenter leurs condoléances, je me dis qu’il ne faut vraiment pas avoir de cœur pour ou en tout cas être vraiment quelqu’un de frigorifié à l’intérieur pour ne pas avoir de la compassion et se dire ouais, on a un problème dans la ville je crois.
David Dufresne
De mémoire, le maire dont on est sûr qu’ils ont ironisé un tout petit peu de par son nom etc. Je crois que si il connaît la famille Aboubacar le premier mort et qu’il te parle de sa haine d’autrui, de la rencontre avec les endeuillés.
Ramses Kefi
C’est ça, et lui il pour le coup, il a eu les gens de la mairie, leur raconte à quel point la maman notamment est dévastée de l’intérieur et que ça, ça revient souvent. C’est pas que ces gens qui le disent, c’est ça, c’est partout, du chauffeur de bus jusqu'à jusqu’aux gens dans les cafés qui connaissent un peu les familles ou qui ont, qui connaissent, voilà, qui connaissent très bien leur territoire parce que les gens connaissent très bien leurs lieux. En fait, c’est les meilleurs sociologues du fait, les meilleurs sociologues, c’est les gens qui habitent. On n’a pas besoin de qu’on les écoute. Ils ont une, ils sont, ils sont souvent super pertinents et ils te disent que en fait, Chaque fois que dans le journal télévisé tu vas voir une rixe, même si elle a lieu à Mayotte ou à Marseille, à Besançon ou Dieu, bah les familles qui sont touchées par ces phénomènes, elles ont l’impression de retourner dans une lessiveuse. C’est trop dur en fait, c’est trop dur parce que tu te dis. Waouh ! Encore ! Et en fait, ce que tu disais tout à l’heure, c’est ça, ça se répète. Et pourquoi en fait ? Ce qui arriva à mon fils sans ne pas stopper la machine. En fait, c’est déjà trop dur. Je pense que médiatiquement on est très violent avec les familles aussi. Je pense qu’on est inconsciemment. Je ne dis pas que j’accuse personne, mais ce que je veux dire, c’est que le moment où une rixe mortelle arrive et qu’on décide que ça va devenir le point, il faut être pour parler des enfants et de la violence des gamins. Parce que les gamins, souvent on ne parle que par le biais de la violence et des déviances. C’est très rare qu’on se pose avec eux pour parler normalement, c’est souvent ça. Bah c’est hyper violent en fait, c’est franchement, c’est hyper violent. C’est pour ça que moi, sur ces questions là, j’insiste très peu avec les gens, c’est s’ils veulent parler, ils parlent. Sinon je n’insiste pas parce que c’est compliqué. En fait, on est vachement. dans l’histoire de Kiwi par exemple. Trois ans plus tard, il y a des gens qui continuent de pleurer au téléphone, mais comme si ça s'était passé la veille. Des gens qui devant vous pleurent, c’est un truc surtout, le procès n’est pas encore passé donc les familles vivent en suspens. En fait, je ne sais pas si tu peux faire ton deuil quand l’histoire n’est pas terminée parce que ces familles là, s’ils ne parlent pas aux journalistes et qu’ils ont 1000 fois le droit et je pense que eux, il faut les respecter pour ça. On va leur demander de tout répéter. Il y a des choses qui vont être déballées en procès. Est ce que les journalistes parfois ne mettent pas par pudeur dans les articles au procès ça va être hardcore la, ça va être. Tout va être déballé et là ça va être compliqué. Donc, ils vivent aussi avec cette appréhension là.
David Dufresne
Est ce que ce livre, ce n’est pas aussi une façon pour toi de te questionner, même si ça n’apparaît pas dans le livre ? Mais là, en t'écoutant de te questionner sur le travail de journaliste, c’est pas tout à fait innocent. Si tu reviens sur une affaire que tu as déjà traitée et bien traité le mieux traité possible, mais quand même avec une violence symbolique qui est celle de la médiatisation de tout d’un coup, un article, aussi bien soit il, il est court, il condense, il ramasse là où un livre peu développé, dépouillé des choses. Est ce que c’est une façon pour toi de remettre un peu en cause non pas ce que t’as fait, mais de faire un examen de conscience et de réfléchir à ça au sens du métier,
Ramses Kefi
Complètement, complètement. J’ai pas la prétention d’avoir fait comment dire ça, d’avoir complété les erreurs que j’ai pu faire. Je parle en termes amoraux, mais t’as un côté où ça m’a secoué de revenir sur ce fait divers et de comprendre à quel point parfois on avait des comportements. Comment dire. Tu te dis si j'étais à la place de ces gens et tu ne peux pas l'être. Mais allez, mettons que si j'étais à la place de ces gens, est ce que en fait, cette façon de poser la question, cette façon de les appeler, cette façon d’aborder des petits qui sont traumatisés parce que les petits en fait, ils ne parlent pas et on a l’impression que tout pas sur eux et donc on part avec ce même quand on connaît un peu ses endroits et encore on se dit tout passe, ils vont parler tous. Mais le lendemain de la fin, le prof raconte par exemple que les petits pleurent et tout. Moi dans la rue, le lendemain, je ne les ai pas vu pleurer ces petits ou trois jours, quatre jours après, je les ai pas vus. Donc je me dis d’une certaine manière peut être qu’ils peuvent te parler, ils peuvent te dire des choses. Mais je me rends compte aussi qu’en fait, waouh, c’est hyper dur. Tu ne connais pas les journalistes ? T’as treize ans, quatorze ou quinze ans. On vient de parler d’une histoire qui est hyper violente. T’as perdu ton pote ? Parfois t’as des familles où c’est dur de parler, donc tu ne peux même pas te confier à ton père, à ta mère, à tes frères. Tu gardes ça pour toi avec tes potes, t’as du mal à parler ou en tout cas, voilà, quand t’es gamins, parfois des ados, t’as toujours envie de montrer que t’es fort, donc tu ne vas pas commencer à pleurer. Tu pleures dans ton coin où il y a trop de trucs violents et donc où bien sûr c’est une manière de questionner le fait divers. C’est quelque chose ou je pense qu’on doit aller avec un supplément d’humanité en se disant limite avec un post-it sur toi sur les mains, en se disant faut que je sois vraiment humain et faut vraiment que je me mette à que je fasse preuve d’une empathie supérieure. Ce n’est pas ce n’est pas un accident de la route ou t’as une sorte de fatalité. Et encore, tu vois, il y a des familles qui ne vont jamais se remettre de ces accidents. Mais. Mais là c’est quand même des enfants, des parents d'école.
David Dufresne
Et encore là tu parles d’expérience avec des titres qui ont une longue expérience justement, on va dire d’humanisme. Je pense par exemple à Libération que j’aime bien tacler, mais qui depuis toujours à cette idée là. Je sais pas si encore aujourd’hui on peut, mais il pouvait arriver d’aller sur un fait divers comme on dit, et finalement dire je ne veux pas faire le papier parce que parce que c’est trop dur et la rédaction en chef disait ok, ça on peut comprendre. D’autres journalistes sont soumis à d’autres exigences de rendement pour le coup ou alors c’est sauvage
Ramses Kefi
Bah moi j’ai fait un truc après c’est voilà. Mais par exemple, quand j'écrivais, quand je travaillais sur ce bouquin, il y a eu deux moments, il y a eu le premier où en fait j’avais une histoire dans le 93 d’un petit qui est décédé, mais ça n’a rien à voir. Idriss c’est une histoire complètement rocambolesque où le petit est mort tout seul dans sa chambre et tout. Et en fait, je n’ai pas voulu l'écrire en fait. En gros, j’ai dit je ne peux pas. En fait, pour des raisons que j’avais pour le coup j’avais parlé, pour le coup c'était le papier sur le petit, donc on était dans le feu de l’action. Il fallait trouver la famille, essayer de raconter ça, de démêler la chose. J’ai parlé à sa grande sœur et en fait j’ai dit je ne peux pas. En fait je ne peux pas, c’est impossible. Ça veut dire que je pourrais faire. Ce n’est pas parce que je suis plus humain qu’un autre ou meilleur humainement qu’un autre. C’est qu'à un moment donné, cette histoire de riz a conditionné quelque chose chez moi. Qui c’est qui est maintenant irréversible ? C’est de se dire. Euh. Attention, il faut faire attention. Et je ne dis pas qu'à un certain moment de l'écriture de ce bouquin, même si j’ai pleuré des choses et tout, ou j’ai mis des choses de côté pour pas heurter des familles porte pour pas aussi oublier que ces gamins des gens qui sont cités dans ce dans ce bouquin ont quatre ans de plus ou trois ans de plus et de me dire qu’ils ont changé, que peut être y a des choses qu’ils ont enfouies et qu’ils ont pas forcément envie de déterrer. Mais je sais aussi qu'à certains moments, je me suis dit est ce que ça vaut le coup d'écrire sur ces histoires là en fait ? En tout cas, comme ça. Est ce que ça ne vaut pas le coup d’attendre le procès par exemple ? Comme ça on clôture quelque chose et on l’a fait. Parce que bon, il y a ce prof, parce que je pense que ça mettait aussi des pistes, le lecteur sur des pistes et surtout, il y avait plusieurs histoires qui s’entremêlent, bien sûr, et donc je me disais que ça faisait un tout. Mais franchement, où est ce que tu dis ? C’est très c’est super pertinent. Toi tu connais très bien ce secteur et tout. Donc ce n’est pas mais franchement humainement c’est ça. Ce serait mentir de dire que ça ne change pas.
David Dufresne
Mr. Edit demande : Est ce que tu as ressenti un changement avec la suppression de la police de proximité ? Avait-elle un impact sur ce type de rixe ? Alors tu n’as pas connu la police de proximité. Peut être qu’on en a parlé. Est ce que le changement de régime de la police dans les quartiers a eu une influence selon toi, à un impact sur ce type de rixe ou c’est des choses détachées ?
David Dufresne
C’est quand même juste un petit mot.
Ramses Kefi
J’ai connu un mec imaginaire, quelque chose à quoi je ne pensais pas, Mais je suis jeune. Mais non, non, j’ai connu les idioties et tout. En fait, ce qui est difficile, c’est de dire que d'être toujours certain de quelque chose. Mais ce qui est certain, c’est que le fait d’avoir enlevé des îlots, la police de proximité, évidemment que ça a changé quelque chose. La vérité, c’est que. Là pour le coup, c’est peut être l’expérience qui parle, mais avoir un policier qu’on voit tous les jours et qui est ancré sur un territoire et qui est capable de vous parler avant même de vous, de vous courser, c’est peut être quelque chose qui met du temps à, comment dire, qui crée un autre rapport à l'état, à l’eau, à l’autorité et qui crée, comment dire. Et ça crée un autre rapport à la violence, puisqu’en fait le policier, il est là pour faire régner l’ordre ou voilà, je ne sais pas un peu, Mais oui, je me rappelle de certains îlotiers chez moi et c’est vrai que le rapport était complètement différent. Là, aujourd’hui, moi je ne suis pas. Je ne suis pas dans un syndicat de police et tout, mais juste un policier à bout sur le terrain, c’est bon pour personne et surtout pas pour les gens que. Enfin voilà, un policier qui est déjà nerveux juste pour un contrôle d’identité, forcément, c’est super compliqué. Un policier qui vient contrôler dans un quartier ou dans un coin de ville, qu’il ne connaît pas. C’est compliqué aussi. Alors que la police de proximité faisait ce pont là, un peu ça. Il y avait un truc de tranquille. Il y avait des îlotiers de mémoire. Ils jouaient aussi avec les gamins, ils faisaient des parties, jouaient au ping-pong avec toi, faisaient des visites, faisaient des blagues. Là, aujourd’hui, on a plus ce tampon. En fait, ça veut dire que tu peux, tu peux te frotter à la boxe, t’es pas prêt à jamais voir un policier de ta vie. Le premier que tu vois, c’est la BAC. Et ça c’est là aussi, c’est hyper violent. Il n’y a pas de dialogue et de dialogue entre guillemets. Et la bac parfois y vit en mode pour balayer les ados en mode bac.
David Dufresne
Quel est le rôle te demande Donnelapapatte que je salue ou la participation des femmes dans ces histoires de territoire ? De femme ou de fils, ou de jeunes filles ou de jeunes femmes.
Ramses Kefi
Moi, je n’ai pas focalisé là pour le coup, j’ai focalisé sur un petit collectif qui a été fondé justement par une par une jeune fille qui est dans cette idée, qui a connu les gamins dont je parle parce qu’ils ont fréquenté les mêmes endroits, les mêmes, les mêmes établissements scolaires et tout. Mais je pense qu’on a un truc qui est. Moi, j’ai déjà fait un article à Villeneuve-Saint-Georges sur des dames qui patrouillaient le soir, et je crois que c'était Villeneuve-Saint-Georges justement pour éviter que la nuit, ça dérape entre rives, quartiers rivaux, entre équipes rivales. On va dire ça, mais je trouve avec le recul qu’on leur fait porter beaucoup de choses et un côté symbolique des mamans viennent patrouiller et tout. Alors forcément, je pense que c’est un des derniers trucs parfois qui est comment dire ça les mamans, c’est comme c’est assez sacralisé, ça reste quand même la maman, c’est sacralisé quand même, ça reste l' une des dernières personnes qui peut raisonner, on va dire des gamins. Mais en même temps, il y a un côté on ne peut pas se défausser sur elles. En gros, leur faire porter cette responsabilité en disant que dans un quartier il y a un collectif de mamans, ça va tout régler. Bah en fait euh c’est euh, c’est super, mais en fait la vérité c’est qu’il en faut beaucoup plus. La présence humaine, elle a besoin de plein de choses. Je ne l’ai pas mis dans le bouquin par manque de place, mais il y en a toute une. Je le dis juste je crois, une fois où il y a des gamins qui ont besoin d’un soutien psychologique parfois psychiatrique, ce n’est pas décelé parce qu’il manque ces structures, il manque cette communication, il manque beaucoup de choses mais parfois en fait vous avez des petits. Bah vous savez, après quand il y a eu drame, quand une bagarre, quand il y a eu. Mais en fait ils avaient, ils étaient psychologiquement touchés, atteints, ils avaient besoin de soutien, de parler de ça. Les mamans en fait, elles ne peuvent pas le savoir. Et souvent les mamans dans les quartiers populaires, c’est les c’est celle qui trime le plus. Sans faire injure aux papas. Mais les mamans, c’est celles qui y sont parfois doublement ouvrières et bossent à l’usine ou bossent dans des petits boulots et font des ménages à des horaires complètement décalés. Moi, Villeneuve-Saint-Georges, je sais que certaines mamans, franchement, elle faisait le matin un ménage de mémoire. Après il y a une sorte de pause parce que c’est des métiers hyper précaires. Tu reviens un peu après 12 h, tu fais voilà tu fais des ménages ou tu fais un autre boulot, et puis la nuit tu te retrouves à patrouiller les mamans qui dorment 3 h, 2 h, parfois à 4 h quand il y a des essaims, c’est pas possible. En fait, en vrai ça aide, mais on ne peut pas se défausser. Après, honnêtement, le rôle des mamans dans les quartiers populaires et je vais même élargir le rôle des mamans, il est quand même fin. Ça raconte la question des femmes, mais ça raconte aussi comment beaucoup de quartiers populaires et c’est une incise, vivent contrairement aux clichés, sous la masse, c’est les femmes qui sont au centre de tout, en fait, en vérité.
David Dufresne
Mais dans les rixes en tant que tel, c'était la question.
Ramses Kefi
Oui, il y a des voix, bien sûr, le rôle des femmes, il est super important, surtout des mères et tout. Elles ont un rapport aux enfants que parfois des papas n’ont pas. Et ce n’est pas le cas. Et je ne veux pas rentrer dans un truc anthropologique, sociologique, biologique. Mais oui, bien sûr qu’elles sont omniprésentes, ça en fait c’est celle qui, c’est celle qui manifeste le plus, c’est celles qui vont le plus au carton dans le sens de celles qui vont le plus au contact de ces gamins. C’est celles qui sont le plus impliquées dans la vie scolaire, aussi souvent sans faire un jour au papa. Donc oui, c’est prédominant, les mamans sont prédominantes. Franchement, honnêtement, à son prédominant dans les quartiers populaires, à son prédominant.
David Dufresne
Rolland nous dit qu'à l’occasion de la projection de Creed 3 il y a eu des rixes dans et devant des cinémas. Peut-on relier ceci à votre livre ?
Ramses Kefi
Je dirais non parce que les cinémas ont toujours existé je pense. Sauf qu’aujourd’hui, ma conviction ne repose que sur ma propre expérience, je pense que la société vit un moment de tension extrême depuis quelques années et je pense que ce soit au cinéma, sur la route, au centre commercial. En fait, les bagarres sont trop, partent beaucoup trop vite, hélas. Au-delà des rixes, au-delà de tout ce qu’on veut, on vit un moment de tension absolue. Ça veut dire que franchement, pour un rien, ça peut partir en vrille. Et ce n’est pas le gars qui vit en banlieue parisienne qui parle ou le gars qui est né en banlieue parisienne qui parle. C’est le gars aussi qui parfois arpente la France pour des jeux moins dramatiques et qui voit à quel point les gens, les. Beaucoup d’habitants sont sous tension parce qu’il y a beaucoup de questionnements existentiels. Il y a des faillites économiques entre guillemets, je ne parle pas d’entreprises, mais de familles, de foyers. Et franchement, aujourd’hui, moi, à titre personnel, pourtant, je ne suis pas. Je suis quelqu’un qui a toujours grandi dans ces moments présent. Je prends peu la voiture pour aller pour finir à côté aussi, peut-être un peu écologiste et écolo. Mais il y a aussi ce côté où la voiture est devenue un moment où ça peut déraper à tout moment. Y a un truc qui est incroyable. J’ai vu au centre commercial des bagarres pour un pain de mie et en fait ce n’est pas des gens, on n’est pas dans Walking Dead, c’est vraiment des gens qui sont normaux comme vous et moi. Et en fait ça peut se bagarrer pour un rien et on a l’impression que les gens ont déjà un grief et ils attendent qu’un temps, comment dire n’importe quoi peut devenir un prétexte. Donc non. Moi je pense que le cinéma c’est comme tout en fait, c’est. Ça peut partir en vrille n’importe où. Maintenant, malheureusement, il faut qu’on retrouve un apaisement, ça c’est sûr.
David Dufresne
Quelle influence de rappeurs comme Kerry James avec un discours émancipateur ?
Ramses Kefi
Je pense que le rap, ça c’est ça, un vrai sujet. Je l’ai vu dans d’autres situations il y a quelques années, où des mères de famille disent voilà, à un moment donné, il faut aussi que beaucoup de rappeurs qui se dédouane en disant nous on fait de la fiction, parfois on fait de la fiction, du storytelling, mais qui est pas forcément réelle, fasse attention et on n’est pas dans le côté pudique. Voilà, moi je ne suis pas. Curé ou quoi ? Moi je pense que voilà, à l'époque on écoutait aussi des musiques qui pouvaient être très hardcore, mais je pense que les discours comme Kerry James aident forcément. Mais je pense aussi que le rap est encore une partie du questionnement. Kerry James Il a ce discours là, d’apaisement et tout. Mais je pense que sur certains territoires, le rap au contraire crée. Euh, je ne veux pas dire crée de la tension parce que ce n’est pas vrai, mais ça constitue, ça contribue à, comment dire. Je sais qu’il y a des petits, quand ils vont en descente, ils écoutent du rap par exemple, ça allait, Il y a certains titres très hardcore et ça leur met un peu d’adrénaline. Ça fait partie du questionnement. Après, je pense que Kevin James a un discours hyper fédérateur et tout. Mais voilà, il y a beaucoup de mamans, de mères de famille notamment. Pour revenir aux mères qui disent que dans certains types de rap, quand à douze ans, treize ans et que les refrains sont vachement hardcore, qui sont portés aussi, qui sont archi portés sur l’argent, la quête de l’argent, de la violence, ben on va ne pas dire que ça conditionne. Moi j'écoutais du rap qui pouvait être dur, ça m’a pas à ça n’a pas fait de moi un bagarreur
David Dufresne
De Mc Solars ?
Ramses Kefi
Non, moi j'écoutais au début quand il était moins sympa, quand il était moins fédérateur, quand il était beaucoup plus hardcore. J’ai écouté, Voilà, c'était agréable. Il y a eu plein de choses, il y a eu plein de rap, ce qui revient parce que moi je ne veux pas commencer à faire l’universitaire, mais ce qui revient souvent, c’est que ce n’est pas qu' le rap était mieux avant, c’est qu’il y avait un rapport à l’argent qui était différent aussi. Donc sur le rap ça se ressent. Et surtout je pense qu’il y a ouais, il y a un imaginaire ou en fait de violence qui est, qui est aussi qui est aussi présent. Ça c’est une réalité. Le rap joue avec cet imaginaire là. Alors après c’est comme la poule, l'œuf, est ce que c’est le rap qui influence ce qui se passe dans la rue ou la rue qui influence ce qui se passe dans le rap, c’est autre chose. Mais je sais que beaucoup de parents se questionnent aussi là-dessus sur la responsabilité des rappeurs.
David Dufresne
Dans cette guerre c’est à propos de Marseille, Je ne sais pas si tu connais la situation de Marseille, mais si tu la connais, que penses tu de la situation à Marseille où pour survivre dans les quartiers les plus pauvres d’Europe ? Je répète les plus pauvres d’Europe dans la deuxième ville de France, dont Marseille, les ados, je dirai certains ados sont obligés de devenir guetteurs et de rejoindre le milieu de la drogue, puis meurent ou finissent en prison à 20 ans. Comment briser cette malédiction, cette situation ?
Ramses Kefi
C’est une vraie question. Je pense que si on se la pose très honnêtement, je pense qu’il y a un rapport aux moyens humains et financiers. Mais il y a des moyens humains à Marseille. Ce qui est réel, c’est que, avant même le deal, il y a des quartiers je pense, qui sont comment dire. Moi j’y étais un peu, j’y avais été bon bah on est journaliste donc on se retrouve parfois dans des moments où voilà, Macron s’est déplacé en été à Marseille je crois, et moi je n’étais pas loin, j’y étais avant, je l’ai précédé, ça fait bien de le dire. Mais, il y a des quartiers que je ne connaissais pas forcément, moi je suis allé dans les quartiers nord, je m’y balade, on s’y balade. Voilà pour le pour le boulot et je me demande comment les gens vivent à l’intérieur. Ça c’est un vrai questionnement. Et pourtant en un an, j’ai vu des choses qui vont mais à Marseille y a déjà ça. Donc je pense qu’on est aussi que ces gamins naissent dans un endroit où des choses qui nous semblent anormales deviennent normales beaucoup trop vite et beaucoup plus vite qu’ailleurs. En France, je ne dis pas en France. Il y aussi des quartiers très difficiles, avec des misères. Voilà. Parce que, en fait, on a l’impression que Paris, Marseille, c’est un peu l’alpha et l’oméga. Mais il y a des villes qui sont dans des angles morts où en fait il se passe des choses et franchement, c’est des cas de misère à pleurer. Mais Marseille, en fait, c’est y a un côté presque folklorique maintenant, c’est à dire c’est un thème et un côté folklorique. C’est normal qu’ils vivent dans le ghetto. C’est normal qu’il y ait une kalachnikov qui soit sortie. Il y a un côté où en fait, où il y a un truc banalisé et en fait il y a un côté où c’est normal. Et ça, ça fait aussi partie d’un questionnement journalistique de dire comment tu racontes ça ? Deux : Est ce qu’il faut continuer de le raconter comme ça ? Parce qu’aujourd’hui, en fait, Marseille, c’est quasiment une dépêche par semaine pour dire qu’il y a un jeune gamin, un jeune ado ou un jeune adulte qui s’est fait allumer en centre ville ou qui s’est fait allumer dans un règlement de compte. Et en fait, à un moment donné, c’est mon questionnement humain, c’est de se dire au bout d’un moment. Ça devrait être une priorité absolue. Marseille Voir ce qui se passe dans les quartiers de Marseille, que ce soit le renouvellement urbain, que ce soit le traitement du deal généralisé, que ce soit les écoles. Parce qu’en fait il y a une problématique des écoles qui assez folle, la rue d’Aubagne, ça, ça aurait dû aussi arrêter un peu la machine. Franchement, c’est ça, c’est des cas, on a vu des trucs assez incroyable, mais y a une impression de folklore avec Marseille qui est en fait saine. C’est normal. Voilà, les quartiers Nord, c’est normal, Marseille c’est normal. Et ça c’est je pense que la solution, elle est dans les moyens humains. Honnêtement, il n’y a pas d’autres solutions. Il y a besoin de tout en fait, à un moment donné contre Marseille.
David Dufresne
Est ce que tu ne crois pas ? Et ce sera ma dernière question que ton prochain bouquin, ça pourrait être sur les moyens. C’est un bouquin sur le ministère de la ville, Je ne sais même pas s’il existe encore,
Ramses Kefi
Pour moi, je crois que ce n’est pas le ministère prioritaire. Mais je ne sais même pas si le ministère de la ville s’adressait en fait. Mais oui, ça pourrait franchement, honnêtement, il y a un côté aujourd’hui un côté et c’est aussi ce que tu dis est très fort parce que c’est on est toujours dans le constat. Marseille fait partie du constat et l'écrit d’une certaine manière, c’est le constat. Alors on va un peu plus loin dans l’histoire. Mais la vérité c’est que bien sûr, à un moment donné, qu’est ce qu’on fait ? Et c’est vrai qu’on s’est aussi trop habitué. Je pense qu’il y a un côté tout est normal Il y a un côté normal à Marseille, ça c’est passé, c’est normal, ça s’est passé en 700 incendies, c’est normal à Roubaix, Bah c’est normal. Quand t’entends à Marseille que des mères cherchent encore le corps de leurs enfants. Franchement c’est comment dire. Ce n’est pas à côté, mais on est en France en 2023 quoi. Je veux dire, à un moment donné, ce serait un aveu, une défaite absolue de dire que personne ne peut rien faire. Mais je suis assez d’accord avec toi, c’est qu’est ce qu’on fait maintenant ? Et je ne crois pas que le mystère de la vie soit s’il existe encore, je crois qu’il n’existe même pas. En tout cas, les moyens sont très limités. Je ne sais même pas quels sont les outils nécessaires d’autres choix, à la bataille, à la bagarre, pour aller où ? On n’a plus de planification sur dix ans en se disant on a une priorité sur dix ans et tout. Tout est court-termiste, il y a un côté mandat, mais en fait Marseille c’est passé ses dix ans sans un plan en fait niveau choix et un plan déterminé avec des moyens humains, pas que de l’argent. Enfin, il y a de l’argent, mais il faut des moyens humains. On met qui à des postes clés. Quelles compétences, quelle vision, quel discours, quels mots utiliser ? Et ça, je ne suis pas certain qu’on ait cette volonté là.
David Dufresne
Dernière ultime question du chat : Une plaque commémorative pour les défendre comme pour les guerres d’antan ne serait ce pas pertinent ?
Ramses Kefi
Moi je pense que oui, c’est cette question et je trouve que oui. Parce qu’en fait, l’un des trucs qui m’a le plus touché ou une des phrases qui m’a le plus touché, c’est que après, à tort ou à raison, Mais c’est vraiment que beaucoup de gens ne veulent pas que ces noms disparaissent parce qu’ils ont l’impression qu’il y a toujours cette expression que tu connais bien et que et qu’on avait entendu dans 2005 c’est mort pour rien.
David Dufresne
Merci beaucoup Mr Ramses Kefi auteur de ton premier livre.
Ramses Kefi
Oui c’est mon premier et c’est mon premier, un petit format.
David Dufresne
Mais arrête de faire modeste. Un reportage à dévorer comme un roman et son bonheur. Alors écoute, la collection se lance.
Ramses Kefi
Non mais franchement. C’est de la lucidité.
David Dufresne
. Un journaliste parisien qui ne se la raconte pas, ça fait du bien.
Il y en a beaucoup, beaucoup. Ouais, c’est non. Non mais c’est lucide on va dire.
David Dufresne
Merci Ramses je dis merci. Bravo pour le bouquin, bravo pour la collection. L’honnêteté commande de dire que la maison d’en Face Society est aussi une collection de petits livres un peu similaires à la vôtre C’est-à -dire de prendre un peu de temps, un peu d’imprimerie, un peu de pages, un peu de style, un peu de virgule, de points virgules, de réflexions, de citations et donc de détecteur de sincérité. Ah ça y est, fortune est faite, camarade !
Ramses Kefi
C’est un bon nom d'émission Détecteur de sincérité.
David Dufresne
Ce serait pas mal, ce serait mieux compris.
Ramses Kefi
Hé ! Ouais, je te jure ! Mais en tout cas, merci à toi David. Merci pour ton travail,
David Dufresne
Merci à toi Ramsès, Passe une bonne journée, bonne manif.

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