#AuPoste avec Nicolas Lebourg
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A quelques minutes de la trêve électorale, Nicolas Lebourg, historien des Extrêmes droites et Maxime Macé, journaliste à Libé, reviennent sur les liens (fort) étroits entre Rassemblement national et groupuscules.
Sur l’estrade installée dans la cour de Césure à Paris, ce vendredi 28 juin, accompagnés par David Dufresne, ils évoquent ensemble les liens forts qu’entretient le Rassemblement national avec les groupuscules violents et la menace qu’ils font peser sur le corps social.
« On nous parle d’une possible majorité absolue ». Sur scène, Nicolas Lebourg ne passe pas par quatre chemins concernant le RN. Le temps presse. Assis dans de vieux fauteuils « pourris» récupérés pour l’occasion, les trois intervenants entament la discussion face à leur public, quelques personnes rassemblées dans la cour. Le tchat les accompagne sur un écran à côté. Tous sont exténués après l’intense campagne.
La tâche est monumentale pour l’historien, qui reste résolu : « On a beaucoup dit que l’extrême droite avait gagné le combat culturel. Ça leur a pris des décennies. Ça va prendre des décennies pour la gauche. Il est temps de le reprendre». Il dresse le constat: « On a tous été scotchés avec cette annonce de dissolution ». Le RN lui-même ne s’attendait pas à un tel cadeau présidentiel.
Le Rassemblement national a été surpris par l’annonce d’Emmanuel Macron […]. Le fait de prendre une élection supranationale pour en faire un scrutin national, c’est inattendu à la fois pour les états-majors, pour les militants et les électeurs du Rassemblement national.
Maxime Macé, plongé dans la conversation, fait part de la forte impréparation du RN à gouverner, ayant retiré en catastrophe certaines mesures de son programme. « On se rend compte que le RN n’est absolument pas prêt », explique-t-il, ajoutant «Ils réinvestissent des candidats antisémites parce qu’ils n’ont personne d’autre ».
On n’a malheureusement eu que deux semaines pour faire ce travail, mais on a trouvé plus d’une cinquantaine de personnes qui, sur les réseaux sociaux, tenaient des discours racistes, complotistes et antisémites. Tout en expliquant que l’antisémitisme ce n’est plus eux, c’est la gauche.
Les groupuscules d’extrême droite violents pallient le problème en fournissant au RN des cadres formés. « De nombreux membres de Génération Identitaire ont d’ailleurs fini après trente ans au RN », insiste Maxime Macé. Si ces identitaires critiquent fortement Marine Le Pen, ils finissent dans leur immense majorité par la soutenir lors des élections critiques. Leur but : influencer le parti de l’intérieur une fois au pouvoir.
Pour Maxime Macé, le vote du RN est largement dû à une acceptation croissante par la population de la violence raciste. On le voit, confirme Nicolas Lebourg, tant dans l’augmentation du nombre d’agressions que par l’augmentation des cibles de l’extrême droite.
Des années 1980 jusqu’en 2010, on se rend compte que la largeur du spectre de ce qui est acceptable d’agresser pour le militant d’extrême droite s’est considérablement élargie. […] Maintenant, le simple fait d’être un militant à Europe Ecologie Les Verts, qui a priori ne brillent pas par leur radicalité violente, ça fait de vous une cible de l’extrême droite.
Cette augmentation des violences pourrait avoir des conséquences à court terme en cas de victoire du RN. Depuis la victoire de Jordan Bardella aux européennes, la violence raciste se déchaîne, précise le journaliste, qui liste déjà plusieurs cas d’agressions racistes et homophobes.
« En 30 ans, les actes antisémites ont progressé dans le pays de 885%. Les actes racistes en général ont progressé de 565% », appuie Nicolas Lebourg. Il répète les chiffres plusieurs fois et s’insurge contre ceux qui qualifient l’antisémitisme de «résiduel». Le moins que l’on puisse dire, continue-t-il, « c’est que ça n’occupe pas tout l’espace politique, y compris dans notre famille politique ».
La réalité aujourd’hui, c’est que dans tous les segments de la population [NDLR : de la droite à la gauche], il y a une acceptation massive du racisme en tant qu’idée, que bien culturel et comme acte violent. C’est la réalité statistique.
La fatigue se fait sentir à Césure. Alors que cette campagne éclair touche à son terme, David Dufresne récupère quelques questions du public à la hâte, avant de le presser de les rejoindre sur scène le temps d’une "photo-finish". Nous sommes quelques instants avant minuit. Tout le monde s’est réuni le temps d’un dernier cri : « Siamo tutti antifascisti » !
Comment se déroule le scrutin des législatives ?
C’est un scrutin majoritaire à deux tours ayant lieu dans chaque circonscription. Pour être élu au premier tour, un candidat doit recueillir plus de 50% des suffrages exprimés ET un nombre de voix égal ou supérieur à 25% du nombre d’inscrits. Sinon, un deuxième tour est organisé avec les deux candidats en tête ou, le cas échéant, tous les candidats ayant obtenu un nombre de voix au moins égal à 12,5% des électeurs inscrits. Celui qui remporte le plus de voix est élu.
Qu’est-ce que le "Front républicain" ?
La notion de "Front républicain" fait allusion à la décision de partis politiques, de droite comme de gauche, de s’associer lors d’une élection contre un candidat d’extrême droite. Il prend plusieurs formes. Pour les élections législatives de 2024, les partis de gauche coalisés sous la bannière du Nouveau front populaire se sont entendus pour ne présenter qu’un seul candidat dès le premier tour dans la plupart des circonscriptions et ainsi augmenter leurs chances d’accéder au deuxième. En cas de second tour à trois candidats, le candidat le moins bien placé doit en principe se retirer, au profit du candidat qui n’est pas d’extrême droite.
Qu’est-ce que le groupe Génération Identitaire ?
C’est une organisation d’extrême droite identitaire connue pour sa violence. Elle a été dissoute en mars 2021 sur décision du gouvernement. Ayant entamé un processus d’atomisation de leur organisation en créant une multitude de plus petites structures, ses militants sont restés actifs.
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