Sandrine Rousseau convoquée Au Poste
Retour à l'émissionTranscription de l’émission
On a mis des mugs « Au Poste », amis du bruit du frigo, amies de la campagne électorale. Amis de l’Ukraine, bonjour, bonjour. Comment allez-vous, Sandrine Rousseau ? Nous sommes en droit de demander aux Aupostiens et Aupostiennes s’il faut que je vous tutoie ou que je reste sur le vous.
Oui, pour le meilleur et pour le pire.
Alors le « tu » l’emporte à 55 %. Donc, comment vas-tu ?
Eh bien, très bien, merci David, et toi ?
Enfin pas moi. Super,je suis très content. C’est très étrange qu’on se tutoie. En réalité, on s’est vus, c’est la deuxième fois,je vais très bien. Je suis très content de t’avoir, même s’il y a un petit paradoxe dont on parlera à un moment donné, je pense, dans l’entretien. Mais je suis très heureux que tu aies accepté, en plus au débotté. C’est-à-dire que je t’ai envoyé un DM, je crois que c’était samedi, et deux minutes plus tard, tu me répondais pour le prochain « Au Poste ».
Oui, c’était une journée où je refusais absolument toutes les interventions média, parce que ce n’était pas très longtemps après mon éviction. Mais bon, « Au Poste », c’est particulier.
En un mot, qu’est-ce qu’il a de particulier, « Au Poste » ?
C’est un lieu où on réfléchit sur le monde.
Donc effectivement, quand je t’ai contactée, il y a eu une actualité qui était celle de ton éviction, parce que tu as eu, si j’ai bien compris, un rendez-vous. Justement, est-ce que c’était « tu » ou… est-ce que c’était « vous » ? Est-ce que c’était en off avec des gens du Figaro ? D’où la question du « tu »/« vous ». Moi, je trouve ça très bien de dire « tu », aurais-tu dit. Est-ce que ça montre qu’il y a une proximité et qu’on ne la cache pas, qu’on ne fait pas semblant ? Par exemple, je t’ai regardée hier à France 2. Mais c’est épouvantable, de la Comédie humaine. Je veux dire, on a l’impression que tout le monde joue à la dînette, là. Alors moi, je suis journaliste. Et vous, vous êtes là. Vous ne trouvez pas ? Tu ne trouves pas ? Il y a un côté un peu poussiéreux dans ces façons d’interviewer les hommes et les femmes politiques.
C’est vraiment ça, la difficulté dans laquelle moi je suis, en tous les cas. C’est que j’essaye de casser aussi un peu les codes de la politique. Et en fait, eh bien du coup, ça génère des incompréhensions parfois, ça génère des zones de flou entre ce qui est officiel, ce qui ne l’est pas, ce qui est tout ce qui est « vous ». Mais moi, je trouve que la politique, elle crève un peu des éléments de langage, une communication hyper corsetée, des interviews politiques comme tu dis, qui sont très formatées. Et donc vouloir casser ces codes, c’est aussi prendre des risques. Et voilà, j’en ai pris et j’en ai payé des frais. Alors que pour moi, il n’y avait pas vraiment à en payer les frais.
Alors ce qui s’est passé, c’est qu’il y a donc eu un papier du Parisien il y a quelques jours qui disait… alors je vais le mettre… Attendez, attendez les amis, je vais vous le mettre pour qu’on voie bien. Voilà, c’était ce papier-là : « Sandrine Rousseau enterre Yannick Jadot et prépare la suite. » Bon alors le papier, c’est bien la même personne, on voit bien. Donc Sandrine Rousseau, là, on voit très bien.
Oui, on a la même chemise.
Oui, c’est ça, quoi. Et alors, qu’est-ce que je veux dire ? Tu n’y vas pas de main morte. Je crois même que tu parles du bruit du frigo. Alors je ne sais pas si c’était de Yannick Jadot dont il était question, de son équipe de campagne… Déjà, j’ai une question extrêmement importante : le bruit du frigo, c’est une référence à la chanson de la Mano Negra ou pas du tout ?
Non, c’est un humoriste sur France Inter, cette émission de Charline Vanhoenacker… et comment elle s’appelle ? Par Jupiter, qui avait fait un sketch. Et il y a surtout les politiques, donc tous les politiques s’en prenaient plein la tête. Et, Jadot, il avait dit : « C’est comme… tu commences à écouter, puis c’est comme le bruit du frigo : quand t’es trop près, ça devient chiant, quoi. » Un truc comme ça. Et je trouvais que ça résumait un peu la difficulté dans laquelle on était collectivement d’ailleurs, parce que ce n’était pas que lui à l’époque.
Bon alors, j’ai cru comprendre que c’était du off, c’est-à-dire que ce sont des discussions entre un journaliste et sa source qui n’est pas censé répercuter en disant : « Un tel : ouvrez les guillemets. » Mais en général, c’est « l’entourage proche de », ou on se débrouille pour faire des petits mots à côté. Est-ce que c’est exactement ça qui s’est passé ou pas ?
Alors c’est ça. Pour moi, il y a vraiment un truc de déontologie journalistique puisque ce repas était organisé non pas pour faire du off. En fait, le off, c’est quand on est dans le cadre d’une interview. On peut dire. donc on parle avec le journaliste ou la journaliste, et puis on peut dire : « Non mais ça, je vous le dis, mais c’est du off. » C’est-à-dire que je ne veux pas être citée sur cette phrase-là. C’est souvent des éléments un peu plus, un peu moins convenus, qu’on a envie de dire et qu’on ne veut pas mettre dans la bouche pour ne pas avoir de retour de bâton. Mais là, ce n’était pas ça. On n’était pas dans le cadre d’une interview. Et c’est ça qui, pour moi, est vraiment une question fondamentale dans les relations entre les politiques et les journalistes. C’est qu’on était dans un repas où la question qui m’était posée était de savoir comment j’analysais, moi, le fait que la campagne de Yannick Jadot ne décolle pas. Et en fait, c’était un truc d’analyse. On n’était pas dans le cadre d’une interview. Après, oui, j’ai eu un franc-parler qui, a posteriori, peut-être je n’aurais pas dû avoir, j’en sais rien. En même temps, s’il y a des moments où on ne pose pas aussi les choses, je ne sais pas quand est-ce qu’on est honnête quand on fait de la politique, en fait. Quand est-ce qu’on est sincère quand on fait de la politique ? Parce que l’exercice politique, c’est quand même un exercice très particulier où vous ne pouvez pas tellement faire confiance aux gens qui sont d’autres politiques, parce qu’on sait bien qu’il y a des enjeux de pouvoir qui peuvent être importants, et que c’est compliqué de faire complètement confiance. Si on ne fait pas confiance aux journalistes donc en fait, sauf à devenir complètement parano, mais surtout insincère de manière constante, on est face à un problème. Mais moi, j’essaye, et je pense que c’est un peu ma marque de fabrique, et en tous les cas, c’est ce avec quoi je suis revenue dans l’arène politique. Parce qu’après… je me suis arrêtée un an, après l’affaire Baupin, j’avais arrêté de militer, j’étais sortie du parti politique, et je suis revenue avec cette idée que je ne voulais pas faire de la politique comme ça, avec des éléments de langage, avec une espèce de posture, avec une espèce de vide aussi dans le discours, parce qu’on nous aide dans des éléments de langage. Bah vous n’êtes pas incarnée, vous n’êtes pas ce que vous dites. Donc c’est une espèce de politique de posture qu’on voit non-stop à la télé, hein, mais qui, pour moi, n’a aucun intérêt. Moi, je me dis que je n’ai pas envie de faire cette politique-là et je ne vois pas ce que ça apporte aux gens. Je ne vois pas comment on change le monde avec des éléments de langage, en fait.
Mais est-ce qu’on change le monde avec Love ? Parce que c’est ça qui m’a un peu étonné. Si tu veux, évidemment on va parler du fond, du fond des choses. Mais cette forme-là, en fait, ça m’étonne que tu marches parce que ça ne colle pas justement avec le reste du groupe.
Mais ça n’était pas du off, David. C’est-à-dire que c’était une analyse de la situation. Et en plus, il y a des trucs complètement faux dans cet article. Complètement faux. Pire que le truc avec Taubira, où je suis en train de faire un parti politique avec Taubira. Ça n’existe pas, ça n’a jamais existé et je n’ai jamais dit ça. Donc… et puis les autres trucs sont ressortis de manière parfois complètement déformée, donc enfin je veux dire. Et là, ça n’était pas du off, c’était une discussion sur une analyse politique. Et voilà, d’après cette analyse…
C’est laquelle alors ? Celle de ce que tu fais là, devant tout le monde ? S’il n’y a pas de off et il n’y a pas de off, c’est laquelle ? Qu’est-ce que tu as voulu dire et qui te vaut finalement l’éviction ? On dit que l’éviction, c’est sur la forme, tu n’aurais pas dû le dire comme ça, etc. Mais enfin bon, on s’en fout maintenant. Le fond, c’est quoi ?
Je pense qu’on était dans une situation d’une écologie politique qui était en mesure de prendre un peu le lead à gauche et de vraiment s’envoler. Et puis on a raté, à mon sens, plusieurs coches. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas rattrapable, mais ça veut dire quand même que c’est plus compliqué. Et notamment, je pense qu’on a raté un coche qui est d’aller chercher et de parler à des gens qui se positionnent à gauche, qui se revendiquent des valeurs de gauche et qui étaient de fait plus présents dans mon électorat au moment de la primaire que dans celui de Yannick Jadot. Et on a vu d’ailleurs depuis la fin de la primaire que, à chaque fois que Jean-Luc Mélenchon prenait 0,5 ou 1 %, nous, on en perdait 0,5 ou 1 point. Et je pense qu’il y a eu un espèce d’effet de vases communicants sur l’aile gauche de l’écologie vers Jean-Luc Mélenchon, parce qu’on ne se retrouvait pas dans la campagne. Et moi-même, je… ouais, je sais, il y a eu des moments qui étaient compliqués, où ce que j’ai porté pendant la primaire, je ne me retrouvais pas complètement. Et donc ne pas se retrouver complètement, c’est normal. Mais ne pas se retrouver du tout, c’est autre chose, quoi. Et je pense que c’est ça, l’analyse que je livrais, de dire : « Mais en fait, je ne comprends pas. » Je ne comprends pas la stratégie, je ne comprends pas pourquoi on ne regarde pas un peu du côté gauche de la chose et pourquoi on fait une écologie qui est une écologie certes, du grand mot de « gouvernabilité », bon d’accord, mais à la fin, c’est une écologie conformiste. Et manifestement, elle ne remporte pas le succès qu’on espérait.
Quand tu dis « je ne comprends pas », tu ne comprends vraiment pas ou tu ne veux pas comprendre ?
Ben, je ne comprends pas.
Alors, je n’ai pas salué les modératrices Jessie et les modérateurs Ollivier et Robin, qui remontent les questions que je vais te poser au fur et à mesure, qui viennent du chat. Admettons, admettons… il n’y a pas eu cette histoire du Parisien, il n’y a pas eu cet article. Tu es toujours dans l’équipe. Qu’est-ce que tu ferais aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu ferais aujourd’hui pour dire à Yannick Jadot : « Bon, maintenant, il faudrait un peu gauchir cette affaire. Nos électeurs sont allés sur la gauche. »
Mais toujours. Notamment au moment du Salon de l’agriculture. Alors oui, c’est gauchisant, mais c’est aussi… c’est aussi rendre un peu, faire un peu de relief dans la campagne. Parce que moi, c’est une campagne que je trouve parfois un peu monotone. Et donc pour avoir un peu de relief, par exemple…
« Monotone », ça fait un peu élément de langage. Je te propose, tu peux dire : « C’est chiant. »
Non, pas moi. Je le dis. Je ne vois donc pas pourquoi je ne le dirais pas.
Alors, on va parler de ça aussi ?
Et donc je voulais qu’il y ait un peu de relief. Et donc, j’avais eu un échange avec Yannick Jadot et avec son équipe sur, par exemple, le Salon de l’agriculture, en disant : « Bon bah là, on a quand même un syndicat, la FNSEA, qui est présent dans le Salon de l’agriculture en majesté, qui nous empêche de faire toutes les réformes absolument indispensables à la préservation de l’environnement. » Dire que tout ce qui est pesticides, glyphosate, néonicotinoïdes à chaque fois, ils sont dans les bons coups. Et donc, l’idée qu’il faut organiser et qu’il faut donner à voir au public, à la France, que tu es capable d’être dans un rapport de force avec la FNSEA et du coup, d’obtenir un peu l’intérêt commun contre des intérêts particuliers. Et puis bah, ça ne s’est pas passé sur le front de l’agriculture. Je ne sais pas ce que vous retenez de la visite de Yannick Jadot, mais en tous les cas, pas un bras de fer avec la FNSEA. Après, peut-être que je n’avais pas raison, je n’en sais rien. Mais en tous les cas, je trouve qu’il y a quelque chose… un peu d’une voix pour moi, là. En fait, on est en train de vraiment rentrer dans le rang, mais dans un rang qui n’est pas complètement notre soutien. L’écologie, ce n’est pas de rentrer dans le rang.
Le rang, c’est quoi ? C’est l’idée de dire que l’écologie, c’est la croissance verte. C’est-à-dire : ça s’accommode du capitalisme, qu’on n’ira pas contre le capitalisme, qu’il faudra arranger les choses de sorte qu’on fasse du jardinage. C’est ça, ton idée ? C’est comme ça que tu me diras « rugueuse » ?
C’est une écologie qui n’est pas rugueuse. C’est une écologie qui prend des mesures, qui ne s’oppose pas frontalement à des intérêts contraires. Et ça, pour moi, c’est un gros sujet, en fait. Parce que comme tu le dis, à mes yeux, on ne peut pas du tout imaginer un monde écologique dans un monde libéral. Ce n’est pas possible, c’est totalement incompatible. Et donc, ça veut dire avoir cette capacité à transformer vraiment, cette capacité à s’opposer, cette capacité à garantir en toutes circonstances l’intérêt commun contre les intérêts particuliers. Et ça, ce n’est pas et je ne fais pas le procès à Yannick Jadot de dire qu’il n’est pas capable de le faire. Je pense qu’il serait capable de le faire, mais il faut le montrer, en fait. Tu vois, il y a vraiment un truc pour moi dans la campagne, à montrer que si on vote écologiste, eh bien, on ne vote pas Macron et sa faiblesse face aux lobbies. On vote pour quelque chose d’autre. Et ça, je pense que Yannick en a plus, enfin en lui. Mais pour l’instant, ça ne se voit pas complètement.
Alors c’est ce qui remonte beaucoup du chat, qui est affolé. Et c’est extraordinaire, c’est super. Il y a beaucoup de considérations politiques, de remarques à ce que tu dis et d’autres… qu’il n’y a pas. Mais ce que je vois passer, c’est qu’en gros, EELV montre un côté Macron-compatible. On parle de PS bis dans le chat. Est-ce que c’est ce que toi, tu ressens, puisque tu es toujours membre du parti ? Tu ne fais plus partie du QG de campagne, de l’équipe de campagne.
Ils veulent me virer du parti aussi.
Mais pardon ?
Il y a des rumeurs, mais je ne sais pas si c’est vrai ou alors…
Faut faire gaffe, parce que là, à mon avis… là, à mon avis, il y a des journalistes politiques qui nous écoutent. Il y a peut-être l’AFP t’imagines si on avait une reprise AFP ? Ce serait dément. Il y a des rumeurs ?
Les journalistes font leur boulot, faut qu’ils vérifient. Cette information circule.
C’est de la rumeur. Et si c’était le cas, tu irais où ?
Non, mais je ne sais pas si vous voulez bien, parce que pour moi, il y a quand même un enjeu…
Le vouvoiement est revenu.
Enfin c’est bon, c’est toi qui m’as vouvoyée. C’est parce que je suis virée ? Du coup, ça me donne un statut, c’est ça ?
Non, non, mais sérieusement. Est-ce que c’est ça ? Elle parlait au chat ? Oui, très bien, absolument. Elle parlait à la communauté qui est là, qui participe. Mais cette idée d’être finalement, d’apparaître comme un parti de gauche modéré… allez, on va rester poli, on va être sympas. Ou centristes. Centristes de gauche ? Ou centristes ? Centristes ? Est-ce que c’est ce qui sous-tend le parti ou pas ?
Mais c’est le parti… c’est ce qu’on veut, c’est ce qu’on en fait. Le parti n’a pas une existence en dehors des gens qui y sont. Et donc, c’est pour ça que je reste aussi, et que je sais que chez les Insoumis, ça n’a pas été très bien compris, cette affaire-là. Mais je pourrais m’en expliquer si besoin. Mais je reste parce que l’écologie, c’est ce qu’on en fait, et que moi, je ne me résous pas à ce que l’écologie soit quelque chose d’un peu enfin, une espèce de.. je ne sais pas comment le dire, mais un parti qui n’arrive pas à…
Comment tu peux le dire ?
C’est un rêve. Un parti qui n’arrive pas à prendre à bras-le-corps une question de transformation sociale et sociétale très importante, et à mon avis nécessaire, en fait. Le truc, pour moi, là, on est dans une bataille que je pourrais appeler un peu la bataille de Don’t Look Up. Je ne sais pas si vous avez vu ce film, sur Netflix, là, où c’est censé être une allégorie du réchauffement climatique. Et le réchauffement climatique est présenté comme une comète qui arrive sur la planète et qui tombe comme ça. Et cette allégorie, elle a quand même une limite, qui est que c’est une comète. Donc, c’est un événement complètement extérieur qui tombe sans qu’on puisse le prévoir, sauf quelques jours avant que ça ne tombe. Et moi… pour moi, c’est quelque chose de très fondamental de dire que le réchauffement climatique, ça n’est pas une comète. Ce sont nos comportements, ce sont nos inégalités, ce sont nos modes de consommation, nos modes de production. C’est l’enrichissement des plus riches qui crée le réchauffement climatique. Et en fait, ça change complètement la focale et ça change complètement la manière de voir les choses. Et donc, je crois que ce qui est en train de se jouer un peu, c’est l’histoire de ces rapports sociaux, en fait, derrière. Et de la volonté de regarder le réchauffement climatique comme la résultante d’une société qui dysfonctionne.
Et ça, ce n’est pas entendable chez les Verts ?
Sinon, je n’y serais pas. Donc si, c’est entendable. Et puis je continue à le porter, et j’espère bien que les militants et militantes sont nombreux à le comprendre. Mais ce que je veux dire, c’est que l’écologie, c’est ça aussi. Et c’est ça, voilà. Et que je ne veux pas laisser l’écologie non plus à des personnes non jeunes qui n’ont pas cette analyse en termes de rapports sociaux, parce que je pense que dans ces cas-là, on passe à côté du problème.
Alors une question, ici, sur l’écologie et le libéralisme. Il faut que je la retrouve… Ah oui, voilà : c’est Vincent qui te demande si on ne peut pas envisager un monde écologique libéral. D’accord, c’est ce que tu viens de dire. Mais peut-on envisager un monde écologique productiviste, qui ne soit capitaliste ou socialiste ?
Non, ça ne peut pas être productiviste. Mais c’est tout ça qu’on doit changer. Et c’est ça, pour moi, c’est un peu le truc qui est très enthousiasmant dans cette affaire, c’est qu’on doit changer notre mode d’organisation. Donc le productivisme, le consumérisme, le libéralisme, mais et je le pense le capitalisme. Tous ces mots en -isme, on doit les changer. Et on doit profondément changer notre structure de société en temps de paix. Et c’est ça qu’on va inventer. Maintenant, avec l’Ukraine, c’est un peu moins vrai, mais en temps de paix. Et pour moi, c’est vraiment le défi et la responsabilité auxquels on est confrontés. Et il n’y a pas beaucoup de générations qui doivent changer à ce point-là un modèle de société sans en passer par une guerre, une guerre meurtrière. Est-ce qu’on sera à la hauteur de cette responsabilité ? C’est ça la question qui nous est posée aujourd’hui. Et en fait, c’est une question qui appelle une réponse, une réponse assez nette, à mon avis. Et pour ça, il faut aussi aller sur ce que j’appelle une bataille culturelle. C’est-à-dire qu’en fait, on ne pourra pas réussir cette transformation en profondeur de notre manière de vivre si on n’a pas en amont ou de manière parallèle mené cette bataille culturelle, qui consiste à se dire que non, la vie ne consiste pas à travailler plus pour gagner plus ; que non, le profit n’est pas le seul indicateur à l’aune duquel on doit complètement s’organiser ; que la société s’organise autour de ça ; que l’école, ce n’est pas lire, apprendre, compter lire, écrire, compter, mais que c’est un lieu d’émancipation avant tout ; que l’éducation est prioritaire, que la culture est prioritaire, et que ce ne sont pas les supermarchés qui sont essentiels, en fait. Voilà. Et tout ça, c’est une espèce de bataille culturelle qui nous permettra, après, d’installer une autre manière de faire société. Et ça, pour moi, c’est très fondamental.
Et donc tu avais l’impression, si j’ai bien compris, que dans la campagne de Yannick Jadot, ces éléments n’apparaissaient pas ou n’apparaissent pas ?
Mais le pire, c’est qu’il y a des éléments dans le programme là-dessus. Mais après, on a deux manières d’aborder les choses qui sont différentes. Et je ne lui demandais pas de devenir Sandrine Rousseau, hein. Moi, ce que je lui demandais, juste ce que je lui demandais, c’était juste de me laisser moi être en fait. C’est tout. Et en plus, je pense que sa personnalité, sa manière de faire de la politique a des avantages que la mienne n’a pas. C’est-à-dire que ça rassure, il parle, il parle bien. Moi, quand je parle, des fois, ça va créer des polémiques et tout ça. Donc, il y avait vraiment des avantages à tenir, en fait, un peu ces deux choses-là. Et moi, la seule chose que je demandais, c’était qu’on me laisse être Sandrine Rousseau, et qu’on ne me demande pas une espèce de discipline qui confine à l’autoritarisme sur ce que j’ai le droit de dire ou pas dire.
Émile Cheval dit : « Et c’est un homme. » Est-ce que tu penses que cette question est importante ? La question du genre en politique.
Alors vas-y.
Je pense que la décision de m’évincer a été prise par cinq hommes, par exemple. Et ce n’est pas rien. Et je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de… je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’exemples dans la politique d’une femme qui se fasse virer comme ça, dans un lieu, de manière autoritaire, comme ça, sans aucune prévention vis-à-vis de la personne. Le seul souvenir que j’ai peut-être qu’il y en a d’autres et que vous allez les retrouver — mais le seul souvenir que j’ai, c’est Rachida Dati. De mémoire ? Non, c’est Nathalie Kosciusko-Morizet, du nom du bureau de LR. Et c’était une autre femme, et une autre femme libre et indépendante.
On m’engueule dans le chat. C’est ton anniversaire aujourd’hui ?
Oui.
Alors bon anniversaire ! Bah alors, on va rester sur ta personnalité, si tu veux bien, quelques secondes. Parce que je trouve que ça soulève des questions intéressantes. Et après, on reviendra sur, notamment, le rapport du GIEC, parce qu’on va parler écologie quand même. Et puis on va parler d’Ukraine, d’écologie, etc. Mais deux fois, tu l’as dit c’est pour ça que je l’aborde maintenant tu dis : « Il faut que je fasse attention à ce que je dis. » En gros, tu n’expliqueras pas… Comment on vit ça ? Comment on vit ça ?
C’est compliqué, parce que mon franc-parler, ma spontanéité, je pense, ma sincérité du moins, j’espère, ma sincérité et cette espèce d’absence de vernis, contre les politiques sur un langage très formaté, des éléments de langage, n’a pas été compris, y compris par les journalistes. Là, j’ai reçu, l’année dernière… j’ai reçu il y a un mois, ou même pas, deux semaines, le prix de la révélation politique de l’année dernière. Et dans le discours pour la remise du prix, on me dit : « À chaque fois que vous arriviez sur un plateau, on ne savait pas trop ce qui allait se passer. » Il y avait une espèce de truc comme ça, complètement improbable.
C’est pour ça qu’on a dit « C’est tout. » C’est pour ça que t’es « Au Poste ». C’est ça, hein ? Non mais c’est vrai.
Ce qui est marrant, c’est que c’est compris comme un danger, ce truc-là. Et je pense que ça, c’est à analyser en profondeur. Parce que si on veut que la politique ne soit pas une espèce d’exercice de communication politique, avec des docteurs et des éléments de langage, encore une fois… et puis une communication très corsetée, si on veut que la politique reprenne vie, en fait, reprenne vie et ré intéresse les gens, aille chercher des gens qui en ont ras-le-bol et qui n’allument même pas la télé quand il y a un homme ou une femme politique qui passe si on veut que ça ressemble à chacun et chacune, si on veut créer un enthousiasme, si on veut créer aussi un mouvement citoyen parce que, quand même, pour moi, ça reste ça, la politique eh bien c’est un mouvement citoyen enthousiaste et militant, et d’éducation populaire, etc. Eh bien ça, on doit casser les codes. Et on doit aller vers une manière de faire politique qui est beaucoup plus sincère, sur le vif, sans préparation, en amont. Et pour ça, il faut aussi accepter des couacs. Il faut aussi accepter que, dans cet exercice-là, il y ait une part qui est non contrôlée, qui conduit parfois à des excès, parfois à des erreurs.
Alors puisque tu parles de ça, il y a une belle connerie, quand même. Non ? Entre le moment de l’invitation et aujourd’hui, il y a une belle connerie ?
Il faut quand même le dire à tout le monde. Alors, dans une mairie, une conférence avec les quartiers populaires, dans les quartiers populaires c’était le quartier, un des quartiers les plus difficiles de Toulouse. Difficiles au sens où les services publics y sont très peu présents, la pauvreté y est très grande, etc. Et cette conférence, elle avait amené des centaines de personnes. Et la salle était archibondée, on a dû rajouter des planches, etc. Et puis il y avait cette espèce d’ambiance dans la salle. Et puis, à un moment donné, moi je me suis enflammée et j’ai dit : « Mais venez, venez faire de la politique ! » Et j’ai parlé du Ku Klux Klan comme d’une caste politique qui était bien trop blanche. C’était une erreur. C’est une connerie. Une connerie magistrale. Bon ben voilà. Je me dis : c’est une connerie. Après, est-ce que ça mérite qu’on dise de moi que je ne suis pas capable de faire de la politique, qu’on me ridiculise, qu’on me cyber harcèle ? Ça fait partie de ces questions. Oui, c’est une erreur, et je la reconnais. Et en fait, est-ce que j’ai le droit à ça ? C’est ça, la question.
Ben moi je pense que tu as le droit. Alors ici, ce n’est pas le mal non plus, hein. Je veux dire, t’es pas obligée de t’excuser. Mais je trouve extrêmement intéressant d’aborder ces questions-là. Parce que je vois tu as prononcé, tu as dû resituer les choses, donc je n’ai pas besoin de le faire. Et effectivement, depuis 48 h, tu es en train de tweeter. C’est épouvantable, c’est-à-dire que rien ne t’est pardonné. Alors qu’au départ et je crois qu’il y a Pierre dans le chat, Pierre qui était avec toi à Toulouse, qui est un des piliers du chat d’« Au Poste » au départ, tu fais une rencontre dans un quartier populaire avec des hommes, avec des femmes, qui essayent de remettre de la politique, au sens noble du terme : gestion de la cité. Et ça, tout le monde s’en fout. Mais est-ce que c’est ça ? Oui, mais est-ce que ce n’est pas aussi la limite du système dans lequel tu es rentrée ou on t’a fait rentrer ? C’est ça que je voudrais savoir : est-ce que tu es rentrée dans ce système-là, ou est-ce qu’on t’a fait y entrer ? C’est-à-dire une espèce de starification, de personnalisation, qui fait que la moindre virgule, le moindre prénom… enfin, des trucs complètement nazes, au sens où ça n’a aucun intérêt, deviennent majeurs. Est-ce que tu réfléchis à ça ? Est-ce qu’autour de toi, tu dis et qu’est-ce que vous vous dites ?
Mais ça, c’est un des gros sujets. C’est que, du coup, ma personnalité attire et repousse autant. D’ailleurs, je crois qu’il y a autant d’attraction que de répulsion. Je génère ça. Mais du coup, c’est très personnifié. Et surtout, derrière, on en oublie ce que je venais faire. Ce que je venais faire dans cette conférence. Et en plus, ce qui était très intéressant dans cette conférence, c’est que, pour la première fois et c’était Tayeb Cherfi, et merci pour l’organisation de cette conférence.
C’est pour ça que c’est une connerie. C’est pour ça que je l’aborde. Mais donc, qu’est-ce que tu te dis ? Qu’est-ce que tu te dis par rapport à ça, maintenant ? Est-ce que tu te dis j’ai bien vu ce matin, il y a eu deux moments où tu as repris un peu ta respiration avant de répondre est-ce que tu te dis : « Il faut que je fasse super gaffe, parce que n’importe qui va screener un truc, il va mettre un commentaire » Parce que si c’est ça, ce n’est pas vivable. Notamment par rapport à l’effet de vérité et de sincérité que tu souhaites apporter.
Ce n’est pas très vivable. Ce n’est pas très intéressant non plus, en fait. Non, parce que, pour moi, celui qui fait le mieux ça, quelque part, c’est Macron. Pire que Macron. Quand il fait une allocution télé, on a l’impression qu’il passe un oral de théâtre, là. Donc ça se voit, exclu. Il a le regard complètement vide, il joue mal. Il joue mal les émotions. Donc bon, voilà. Tu le regardes, puis à la fin, tu dis : « Bon, je te mets cinq sur vingt sur ta pièce de théâtre, parce qu’elle n’est quand même pas bonne. ».
Après, pour revenir sur ta question, il y a quand même un sujet. C’est que tout le cyber harcèlement, les attaques.
Est-ce que tu vas revenir sur le cyber harcèlement, les attaques ? Mais je te laisse respirer, parce qu’il y a une très bonne réflexion de TFA dans le chat : « Faut mettre un peu plus à Macron, sinon on ne pourra jamais mettre une note à Pécresse. »
Alors voilà, il faut voter. Ah ben oui, il y a le niveau aussi, puisque bon, bref. Alors donc, le cyber harcèlement, tu disais. Est-ce que tu vas continuer tout ça ?
Moi, je te dis, le truc du cyber harcèlement, de me faire virer comme ça, comme une malpropre, etc., ça crée quand même un peu de traumas. Je ne vais pas non plus faire ma super-héroïne. Donc ce n’est pas complètement facile. Et vraiment, il y a des moments qui sont très durs. Là, le fait d’attirer plus l’histoire du complot en trois jours. Et je t’avoue que je n’ai pas été bien du tout, quoi. Et donc, à un moment, ça crée aussi des espèces de mini-traumas à chaque fois. Et en même temps, je pense être assez forte. Mais en même temps, il y a des moments où il faut aussi se préserver.
Le rapport du GIEC… Après on reviendra là, il y a plein de questions sur la France Insoumise : « T’y vas ? T’y vas pas ? »
C’est quoi ce cœur ?
Mais pour vous. Pour dire aujourd’hui à la France Insoumise que je les aime et que, depuis une semaine, ils m’ouvrent les bras en grand. J’expliquerai ça.
Alors maintenant, ils t’envoient des cœurs dans le chat. Oui, mais alors le cœur, on ne l’a pas bien vu. Il faudrait le refaire.
Voilà.
Eh bien écoutez, nous savons que ce matin tu es virée, et que ce soir tu es ailleurs. C’est ça, en fait, c’est ça. C’est ça ce qui va se passer. Et c’est ici qu’on l’aura su, non ?
On verra ce soir.
Ce soir. Très bien. Alors, le GIEC : je lis ici sur le site de Greenpeace, que je considère comme une source fiable et sérieuse, que la crise climatique, c’était à peu près 3 % du temps d’antenne du temps de la campagne électorale. Et « Alerte du GIEC : nous ne sommes pas prêts pour ce qui nous attend », c’était la semaine dernière. Et je ne sais plus où j’ai vu ça… mais voilà, c’est ici. Pour la France : moins de 3 % du temps du débat dans la campagne présidentielle traite du climat.
Mais je pense qu’elle est tellement centrale et elle implique tellement de changements, parce que je crois que tout le monde a saisi, à peu près, qu’il va falloir changer des trucs. Et donc, il y a une volonté de ne pas le faire. Et moi je trouve que ce que je vais poser était imposé mais je pense que la montée des Zemmour, des Trump, des Salvini, des Bolsonaro, etc., toutes ces personnalités politiques sont aussi le résultat de ça.
Qui est une référence aux cassettes VHS et aux cassettes audio.
Donc il y avait, il y a 20 ans, un bouton sur les chaînes hifi qui permettait de revenir en arrière. Eh bien Zemmour, il y met sa pensée : qu’on peut appuyer sur ce bouton, puis qu’on va revenir en arrière de dix, vingt, trente, cinquante ans, en son temps. Et donc je crois que c’est aussi l’autre face de cette inquiétude.
L’autre en face de l’autre face. Rien. Bien joué. C’est la cassette qu’on tourne. Bien, ce n’est pas préparé, on est d’accord, non ?
Et donc, pour moi, en fait, c’est présent sans être présent. C’est ça qui est très bizarre. Et c’est pour ça qu’il y a quand même un enjeu dans le débat politique de le poser pour calmer l’angoisse autour de ça. Parce que désolée de parler comme ça mais je crois vraiment qu’on en est là. C’est-à-dire qu’il y a une espèce d’angoisse diffuse, incertaine, sur laquelle on n’arrive pas à mettre de mots et qu’on n’arrive pas non plus à transformer en action, en action positive. Il y a : « Qu’est-ce que je peux faire face à cette angoisse, qui me permet de prendre un peu mon avenir en main ? » Et l’écologie pourrait permettre ça.
Mais est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe ? Là, je peux me tromper, tout à fait. Mais plus les rapports du GIEC sortent à intervalles réguliers il y a ceux qui font le constat et il y a ceux qui proposent éventuellement des solutions, si j’ai bien compris le système et plus, finalement, le discours écologiste global, ce qu’il dit, devient de plus en plus tiède, en fait. Ou de plus en plus, on nous dit : « Il va falloir s’accommoder de peut-être qu’il faudrait voir comment on va pouvoir faire quand il y aura plus de 1 °C ou 2 °C. » Non ? Est-ce que je me trompe ou pas ? Les écolos me semblaient beaucoup mieux.
C’est mon problème. C’est que je trouve que là, on doit absolument montrer y compris dans la manière dont on fait de la politique, dans la manière dont on tient les discours qu’on ne peut pas séparer. Ce n’est pas un arrangement. Ce n’est pas un arrangement avec la réalité. C’est se confronter à la réalité.
Quand tu parles de retour en arrière, il y a aussi, là, quelque chose de terrible qui est en train de se jouer autour des centrales nucléaires, en Ukraine et aussi en France, où finalement, il est de bon ton, grosso modo, de dire : « Il va falloir revenir au nucléaire, relancer le programme nucléaire », etc. C’est ça qui est proposé tout de même. C’est ça qui va arriver.
Ça fait partie des batailles qui sont en train d’être lâchées. Enfin, pour moi là je vais le dire de manière un peu trash et à mon dégoût. Et je pense que peut-être ce soir, la France Insoumise.
Et alors ? Cela dit, si tu vas à la France Insoumise, si tu peux rappeler à Jean-Luc Mélenchon qu’il avait promis en tout cas, son équipe avait promis qu’il viendrait.
Je n’y suis pas encore.
« Je n’y suis pas encore » On veut des annonces !
Sur le nucléaire, je pense qu’on est, les écologistes, confrontés à exactement la même chose que ce à quoi a été confronté le Parti socialiste il y a de ça quelques années, où le Parti socialiste a lâché la question des impôts, par exemple, en disant que les impôts, bah oui, ça pouvait être lourd. Enfin, que les impôts, c’était un problème. Alors qu’en fait, les impôts, c’est l’essentiel de la solidarité et ça maintient une société dans un rapport d’inégalité qui est limité. Et le Parti socialiste a lâché sur des trucs comme ça, qui étaient des trucs sur évidemment l’immigration, on se souvient de ce truc de la déchéance de nationalité, et toutes ces choses-là, sur lesquelles le PS a lâché.
Et nous, je pense qu’avec le nucléaire, sur l’écologie, on est un peu dans ce moment-là. De dire qu’aujourd’hui, c’est très difficile objectivement de tenir le fait qu’il ne faille pas de nucléaire. On est face à un mouvement, mais incroyable, qui dit : « Mais il faut du nucléaire, il faut du nucléaire, le nucléaire est la seule solution », etc. Et le truc le plus simple électoralement, à court terme, à faire, c’est de dire : « Bah allez, on va repousser un peu, on va faire un compromis sur le nucléaire. » Alors que pour moi, il faut tenir la ligne de dire : non, pas de nucléaire. Pas de nucléaire, parce qu’il y a des déchets, parce que c’est dangereux, parce que c’est dans vingt ans, parce que ça coûte très cher, et parce que c’est une énergie de pourris. Voilà. Une énergie de merde, le nucléaire. Et ça, je trouve que là, on est dans un moment de rendez-vous.
Mais qu’est-ce que tu réponds simplement à l’équation qui est énoncée simplement, notamment par Macron, qui est de dire : « La meilleure réponse au réchauffement climatique, finalement, c’est le nucléaire. » Et à ce retournement ? C’est ce qui est dit. C’est ce que c’est. Comme la doxa actuelle.
Oui, mais le nucléaire, ce n’est pas une solution immédiate. C’est-à-dire que la moindre centrale on le voit avec l’EPR de Flamanville je crois que ça fait vingt ans qu’il a été lancé. Que, de toute façon, il n’y a pas de solution immédiate du nucléaire. Et puis, la deuxième chose, c’est que le nucléaire, c’est un moyen de ne pas changer nos comportements, en fait. C’est-à-dire qu’on produit la même quantité d’électricité, voire plus. Et donc, on ne va pas vers ce qui est absolument indispensable, qui s’appelle la sobriété. Et donc, c’est une manière de croire qu’on ne va rien changer, et qu’on va résoudre le problème. C’est ça, le nucléaire. Et ça, ce n’est pas possible.
Ma chère Sandrine Rousseau, nous avons reçu à ta place Étienne Davodeau, l’auteur de Le Droit du sol, dans lequel il raconte très bien ça. Il dit : « Allez voir avec une spécialiste de la signalétique. »
C’est en référence à lui que je dis ça.
Et alors ça, c’est assez merveilleux, parce que justement alors ça pourrait m’amener au féminisme, j’y viendrai après, il ne faut pas que j’oublie une petite question du… Non, non, bien sûr, mais j’ai un lien, tu me donnes un lien ? Bref. Pierrot nous dit : « Sur le GIEC, quelle est la part d’audience dans les autres pays européens ? Est-ce que tu connais les rapports du GIEC ? Quels effets médiatiques, sociaux ? »
Mais ils ont à peu près les mêmes effets que chez nous. C’est-à-dire que c’est à peu près néant. Alors, je pense qu’en France, on est particulièrement fermés et hermétiques à ça. Mais c’est pareil dans les autres pays. Sinon, de toute façon, il y aurait déjà des présidents écologistes, et des présidentes écologistes. Parce que vu l’ampleur de ce que nous prédit le GIEC, la rationalité, ce serait de l’écologie partout, là. Et pour autant, ça ne se produit pas. Donc ça veut dire qu’il y a un déni qui est collectif. Mais aussi parce qu’en fait, prendre en compte le GIEC, ça veut dire changer de mode de vie ça, j’en ai parlé et changer notre système économique, notre système social. Mais ça veut dire aussi profondément accepter : un, l’incertitude sur l’avenir et ça, c’est vraiment très compliqué et deux, accepter l’idée.
En tant que punk, ça devrait marcher. Puisque tu voulais une assemblée… je me souviens, tu avais dit que tu voulais une Assemblée nationale punk. Incertitude sur l’avenir, c’est la base du punk et de No Future.
Oui.
Oui, on est d’accord, on est prêts pour ça.
En espérant. Mais ce soir, tu votes. Et oui. Et surtout, il faut renoncer à une forme de puissance, de l’idée que l’homme est puissant sur son destin : à la maîtrise de son destin, à la maîtrise de la terre, à la maîtrise de la technologie, à la maîtrise de son avenir, à la maîtrise… Parce qu’en fait, on nous a tout donné. On nous a vendu, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’idée qu’on pouvait maîtriser les choses. Et c’est comme ça qu’on a créé les assurances même si c’était né avant la Seconde Guerre mais vous voyez, on a créé comme ça tout un système pour réduire le risque. Et là, en fait, on doit se confronter au risque, en disant : « Mais oui, il y a un risque, et on doit s’y préparer. » Et en fait, psychologiquement, c’est un renversement complet de situation. Et ça veut dire prendre une position aussi d’humilité de l’homme sur la terre. Et ça, on n’est pas complètement prêts. Et ce n’est pas Macron qui va le faire.
Daddy Diode te demande : « Est-ce que, selon toi, la solution écologique ne peut venir que d’un parti pro-écologie ? »
Mais c’est une vraie question. Mais j’y réponds par l’affirmative, en disant oui. Pourquoi ? Parce que j’ai envie de dire que l’écologie, c’est comme le féminisme. Du coup, je te donne la transition pour la suite. Donc oui, c’est comme le féminisme, c’est-à-dire qu’il faut vraiment tout déconstruire pour comprendre d’où vient le problème et d’où ce mot « déconstruction ». Et donc, ça nécessite quand même un travail de long terme, et vraiment une structuration de la pensée.
Alors, on parlait d’Étienne Davodeau, Le Droit du sol. Quand tu vas voir cette spécialiste de la signalétique, sur les panneaux, qui lui dit qu’on ne sait pas quel panneau mettre pour les déchets, parce qu’on ne sait pas, dans 100 000 ans, quel est le signe qui peut, et qui aura du sens. Elle donne un exemple. Elle dit, par exemple : « C’est comme les toilettes, avec les jupes des femmes. » Au moment où ça avait été fait, il y a cinquante ans, je crois, la moitié des femmes portaient des jupes. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui.
Oui ! ! !
Puisqu’il nous reste une dizaine de minutes, quel serait le message central que tu voudrais passer par rapport à cette question-là ? La question des femmes, la place des femmes, face à la puissance des hommes, par exemple. Pour reprendre ce que tu étais en train de dire tout à l’heure.
Mais c’est comme l’écologie. C’est-à-dire qu’on n’y arrivera pas si on n’a pas une réflexion en profondeur féministe, et notamment de déconstruction de la manière de faire politique, de la manière d’exercer le pouvoir. Et si on ne dépasse pas les questions de genre. C’est l’écoéminisme, Françoise d’Eaubonne dit ça.
Oui mais alors. J’ai dit une énorme connerie. Je me fais taper du doigt. Attention, ce n’est pas la journée des femmes, c’est la journée des droits des femmes. Excusez-moi. Mille excuses, etc. Moi, j’ai du mal à penser que, oui, le 8 mars, c’est ça le truc. Et je ne le pense pas. Mais cela dit, quand on se présente à la primaire pour être candidate à une élection présidentielle, c’est qu’à un moment donné, on veut être une dominante ?
Ou pas. Ou pas.
Tu penses qu’on peut faire de la politique…
D’être pragmatique. D’arriver à permettre l’émergence d’autre chose.
Tu penses qu’on peut faire de la politique, maintenant ?
Je pense que j’aurais… si j’avais été dans cette bataille présidentielle, je pense que j’aurais été une des seules à porter très haut l’idée qu’il faut sortir d’un présidentialisme. Je sais, Jean-Luc Mélenchon le fait avec la Constitution de la Sixième République. Mais là, je ne l’entends pas quand même complètement en parler de manière constante. Pour moi, c’était absolument essentiel de dire : là, il faut sortir du présidentialisme. Il n’y a pas un qui sorte du présidentialisme. Et ça aide, en fait. Le truc, c’est qu’on va élire des gens qui aiment le présidentialisme. Donc ils ne modifieront pas la manière de faire, puisque quelque part, ils y trouvent un intérêt.
Alors justement, comment on renverse la table pour reprendre l’expression que tu as dû citer deux ou trois fois, que j’aime beaucoup mais est-ce qu’il faut accepter d’être autour de la table, comme tu l’as fait, comme on le fait à peu près tous d’une manière ou d’une autre ? Ou est-ce qu’il faudrait être en rupture de tout ce jeu-là ?
Je pense déjà qu’il faut être nombreux et nombreuses. Et que ce n’est pas moi toute seule, et que personne n’y arrivera seul. OK ? Ça me semble être une condition première. Et puis la seconde condition, c’est qu’on joue le jeu des autres, mais avec nos armes. Avec notre manière de faire à nous. En fait, on modifie les règles. On se met autour du plateau de jeu, mais avec nos règles. Et ça, je pense que c’est très important, en fait.
Et tu penses que c’est ce qu’on te fait payer, quand on ne te loupe pas à la moindre virgule ?
Oui. Clairement.
Et pourquoi ? Au nom de quoi ?
Au nom du fait que c’est plus pratique d’être dans la norme que d’être à l’extérieur ; du fait qu’on veuille garder cette norme parce qu’elle nous arrange ; au nom du fait que ça met en danger. Parce que moi, quand j’arrive quelque part et quand je dis « moi », ce n’est pas moi, c’est ce comportement, en fait, bien ça dérange. Ça dérange, y compris la manière de faire politique. Et c’est ça, je pense, qui a été à l’origine aussi, un peu, de l’éviction. C’est que l’équipe de mec qui était autour de moi pendant la primaire on s’est acquis la force de… peu importe mais c’étaient des gens qui, eux-mêmes, cassaient tous les codes, agissaient. Et ces gens-là ne respectaient pas non plus, eux-mêmes, les codes. Et on faisait de la politique différemment.
Sur la question du féminisme, puisqu’il nous reste quelques minutes.Qu’est-ce que tu voudrais porter aujourd’hui sur cette question-là ? L’écoféminisme, c’est ce que tu as dit. Mais quelles seraient, pour ceux qui nous écoutent là qui sont très, très nombreux les priorités ? De la même manière, donner des priorités, par exemple sur le nucléaire ?
Pour moi, la lutte contre les violences, elle est fondamentale. Fondamentale. Parce que le jour où on n’a plus le droit où on ne se sent plus autorisé à prendre le corps de l’autre, à prendre le corps d’une femme contre son consentement, les rapports de pouvoir s’inversent.
Et sur la politique qu’a menée Macron sur ces questions-là depuis cinq ans… Il dit, il répète que la violence faite aux femmes reste la priorité du quinquennat. Est-ce que tu considères qu’il y a eu des avancées, malgré tout, ou pas ?
Non. Non. Il y a eu des reculs. Mais des reculs. Je rappelle que Georges Tron, quand il était ministre et qu’il a eu deux plaintes pour viol contre lui, il a été démissionné tout de suite. Darmanin, il est toujours là, hein. Alors là, la plainte a été classée sans suite, d’accord. Mais il y avait quand même deux plaintes. Il est toujours là.
Merci beaucoup, Sandrine. Il est bientôt 10 h. Je t’ai promis que cette fois-ci, ça durerait une heure et pas deux. Merci beaucoup à toi. Il y a eu plein de messages dans le chat et je pense qu’il va y en avoir.
Du coup, on n’a même pas parlé de la France Insoumise ?
Ah bah vas-y, alors ! Prenons du rab, OK ? Alors ton avocat est là, donc on prolonge la garde à vue pour le dîner ? Allons-y. Très bien. Alors, qui as-tu pris comme avocat ? Ugo Bernalicis ? François Ruffin ? Clémentine Autain, qui adore la France Insoumise ? Alors vas-y ! Tu veux nous faire une annonce ?
Non, non, je ne veux pas vous faire du tout d’annonce. Mais juste parce que je sais que les militants de la France Insoumise il y a vraiment une incompréhension sur pourquoi je reste chez les écologistes, pourquoi je ne passe pas la frontière et je ne vais pas chez la France Insoumise, etc. Ce que je veux juste vous dire, c’est que l’écologie, il y a besoin d’avoir des gens de gauche partout, en fait. Et que ce n’est pas en se regroupant dans un seul parti qu’on arrivera à dépasser les frontières et à faire quelque chose d’intéressant.
Je pense que le message est clair. Je ne m’attendais pas du tout à ça, les amis. Donc j’ai l’impression qu’il y a quelques insoumis, quelques insoumises dans le chat, à mon avis, qui vont faire passer le message. Ils vont faire des screenshot, et ainsi de suite. Bah, c’est rigolo, c’est rigolo.
Mais venez faire de la politique ! On a besoin d’être nombreux et nombreuses. Venez !
Oui, mais alors… oh là, je suis désolé dit-il et comment peut-on faire un constat comme celui que tu as fait, et dire, finalement : « Il faut continuer le jeu politique. Il faut continuer le jeu de la démocratie représentative, qui va mal », sans la remettre en cause, en disant : « Il faut, il faut… »
Précisément en la mettant en cause. C’est précisément une manière de la remettre en cause. C’est une manière de la remettre en cause. C’est une manière de remettre en cause le jeu politique tel qu’il se fait actuellement, et qui, en fait, entérine la structure sociale. Et si on ne s’y met pas, si on n’y va pas, on reste séparés, chacun dans notre coin, en étant sûrs d’être sur le bon chemin, mais en fait, en n’ayant pas de poids. Parce qu’on est trop dispersés, trop de différentes manières de faire.
Merci beaucoup, Sandrine. Je vais rester avec les gens du chat. Bonne journée à toi. Tiens-nous au courant si jamais… parce que j’ai vu tout à l’heure, tu as regardé ton téléphone… si jamais ils sont déjà en train de t’appeler au bureau de recrutement. Bon courage !
Mais je ne regarde pas trop et puis je me dirige vers le truc qui m’anime, quand même. Et je me dis : « Je sais pourquoi je le fais. » Quand je sais pourquoi je le fais, et je sais que ça sauvera la vie des gens, si j’y arrive et particulièrement des femmes.
Bon anniversaire, et soutien total, nous dit Nina. Merci pour cet échange, nous dit Agathon. Merci, nous dit Lionel. Attention, ce sont des durs à cuire.
À bientôt. Merci encore.
