« Save Our Souls » : huis clos en haute mer avec les rescapés de SOS Méditerranée
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Amis, amis du café, amis du café au poste, amis amis de la police, amis des migrants, amis du cinéma, amis du cinéma qui se réinventent. Vous allez comprendre pourquoi dans quelques instants. Bonjour, bonjour à tous et à toutes. Ah oui, j’ai oublié de dire à Jean-Baptiste Bonnet bonjour Jean-Baptiste Bonnet la caméra qui te filme, c’est celle-ci. Tu es donc documentariste, producteur, preneur de son. Pas tant, pas souvent. cadreur sur ton film. Oui, et sur d’autres. Alors, ce film a un nom imprononçable. Ça commence bien pour les ventes. Peux-tu nous donner le titre du film pour lequel tu es ici ?
Alors Save Our Souls.
SOS que toi tu appelles SOS. C’est un film simple, bouleversant, terriblement beau et terriblement terrible. Depuis 2016, plus de 42 000 personnes n’ont été secourues par l’Océan Viking. Le navire ambulance est affrété par SOS Méditerranée. Dans Save our Souls, Jean-Baptiste Bonnet, ici présent, nous embarque pour un huis clos saisissant à bord de ce bateau. Naufragés et sauveteurs cohabitent dans l’attente d’un port d’accueil, tissant des liens faits d'écoute, de soins. De présence, ce temps à bord devient le premier refuge de rescapés, une parenthèse suspendue entre la détresse passée et l’incertitude de l’avenir. Au Poste est fier de te recevoir, toi qui as passé du temps avec eux pour les filmer, et on est d’autant plus fier que c’est à la veille d’une projection unique au monde, puisqu’il y a ton attaché de presse qui est dans l’ombre, là. Alors lui, c’est un homme heureux comme il n’est pas à l’image. Il est en bermuda. Nous, on a déjà très chaud. Mais tout va très bien. Et alors demain soir, vous faites un truc assez inédit, c’est que vous allez projeter ce film. Oh là là, on a un raid d’ostpolitik ! Ah salut ! Alors raid, Jean-Baptiste doit se demander de quoi il s’agit, parce que puisque là nous allons parler des migrants en mer Méditerranée, le raid ici, il est tout à fait amical. Je t’explique, ostpolitik, qui est un camarade de jeu, vient de terminer sa revue de presse, alors lui généralement il amène… Énormément de monde et à la fin il a dit tiens allons voir de quoi Au Poste parle ce matin. Donc bonjour aux ost-politiciens et ost-politiciennes. Nous parlons avec Jean-Baptiste Bonnet de son film qui sort demain dans toute la France, dans 100 salles. Est-ce que tu peux nous expliquer le mécanisme que vous mettez en place demain soir ?
Oui, alors en fait, au lieu de faire une sortie cinéma classique, c’est-à-dire le film sort dans quelques salles et puis il va rester à l’affiche x temps, le temps que les spectateurs n’aillent plus le voir. Le distributeur du film, Andana Film, a choisi de faire une sortie événementielle, c’est-à-dire que le film va passer dans une séance unique dans 100 salles en France, mais aussi en Allemagne, en Belgique et en Suisse. Demain vendredi 20 juin 2025. La plupart des séances sont à 20 heures, donc 20 juin 2025 à 20 h. Certaines séances sont un petit peu avant, et un débat sera retransmis dans la très grande majorité des salles, un débat en direct, qui sera filmé depuis le cinéma Le Méliès à Montreuil. Débat auquel je participe, aux côtés de Diane Fogelman, d’Amnesty International, de François Thomas, le président de SOS Méditerranée, de Moussoni, qui est un rescapé de l’Océan Viking. Le débat sera mené par Nejma Brahim de Mediapart.
Absolument et donc une centaine de salles ce qui veut dire que c’est alors tu as dit quelques pays mais en France ça va être partout il y a des cinémas d’arrêt et de qualité.
Absolument, c’est vraiment toute la France, alors vous pouvez retrouver la liste des salles sur le site saversoulslefilm.fr ou sur notre Instagram d’Abilis Productions, producteur du film, Facebook, etc.
Le tchat demande si c’est Bonnet, le réalisateur de podcasts.
Pas du tout, aucun lien.
Aucun rien !
Non, on est vraiment nombreux.
Oh la vache, oui. Il y avait un préfet qui s’appelait Bonnet, c'était de ta famille ou pas ?
Non plus, voilà, aucun lien.
T’as l’air gêné. Non, non, c’est sûr. C’est celui qui a mis le feu dans les paillotes. Ouais, je m’en souviens très bien.
Très bien, très bien. J'étais au collège, au lycée, on me demandait ça déjà.
Je propose qu’on regarde la bande-annonce du film et après on va aborder la question des migrants, d’ailleurs comment toi tu les appelles ? Migrants, sans-papiers, immigrés ?
Alors moi, je n’ai jamais prononcé le mot de migrant dans toute cette aventure de fabrication du film. Non, moi, je parle que de rescapés, parce qu’en fait, ce sont des femmes, des hommes, qui sont des enfants, parfois, qui sont sauvés en mer de la noyade. Donc c’est des rescapés, c’est des survivants.
Une chose qui frappe, évidemment, c’est l’histoire de ces rescapés, mais c’est le soin avec lequel tu racontes leur histoire, une image absolument magnifique et des longues séquences, parce que c’est plutôt un film avec des longues séquences. On n’est pas du tout dans une écriture télévisuelle, on est dans une écriture, pour moi, véritablement de cinéma. À quel moment tu décides déjà de cette forme-là ?
Sur l’aspect formel, c’est relativement intuitif, c’est-à-dire que j’ai envie de dire que c'était comme ça que je filme. Et en tout cas, la façon de filmer répond aussi à la pulsation de ce que je filme. Donc il y a un peu trois temps dans le film, toute la première partie, qui est une partie de veille, d’observation, de recherche. C’est des temps qui sont très très longs, ces temps-là, à bord. Donc moi, je me colle, je mets au diapason de ce temps-là. Regarder l’horizon à la jumelle pendant 45 minutes, parce que c’est des quarts de 45 minutes. Alors rassurez-vous, les plans ne font pas 45 minutes mais c'était des quarts de 45 minutes pour chaque membre de l'équipage. C’est très long de regarder l’horizon qui scintille dans le soleil ou dans la brume à la jumelle, pendant 45 minutes. Pareil, passer des journées en mer face à un radar qui cherche des embarcations en détresse, c'était très long, donc voilà, je cherche ce temps-là. Ensuite, il y a le sauvetage qui est vraiment un moment d’action qui dure longtemps dans le film et j’avais vraiment à cœur de pouvoir rendre compte du temps que ça prend de sauver des vies humaines. Parce qu’en fait, on a l’habitude de voir ces images, parfois, ça fait longtemps qu’on ne les voit plus, en fait, mais de voir parfois ces images dans des moments, dans des clips d’actualité. On a l’impression que c’est facile, en fait, qu’il y ait une embarcation en détresse avec 92 mecs dedans. Et puis quand on va envoyer un câble de sauvetage et coop, on les a sauvés. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. C’est pareil. Ensuite, le temps à bord, c’est un autre temps avec les rescapés, c’est le temps que la relation se mette en place, que la vie revienne. C’est un peu la clé pour donner la sensation du temps dans un film, je pense.
Et oui, d’où la question de la timeline de montage, ça n’est que ça. Ça n’a que de la gestion du temps, telle séquence, telles autres. Et justement, j’ai eu l’impression que tu voulais nous partager au début une forme d’apprentissage, qui est d’apprendre à regarder l’horizon, puisque on voit qu’il y a une transmission de savoir qui s’opère dans l'équipe. En disant, l’un dit à l’autre, comment il faut regarder, que tel scintillement ne signifie pas forcément une embarcation à la dérive, mais que ça peut être autre chose, etc. Et en fait, tu nous mets dans leur peau à eux, c’est-à-dire qu’on va commencer à apprendre à regarder l’horizon et à attendre finalement les rescapés. C’est ça que tu as voulu faire ou pas ?
C’est très bien que tu l’aies vu comme ça, parce que je ne l’avais pas nécessairement formulé. Mais il y a complètement de ça, c’est-à-dire que je pense qu’en fait, ce qui est intéressant, c’est que dans les équipages de SOS, qui sont tous des professionnels, ce n’est pas des bénévoles en mer, c'était tous des professionnels de la mer, du sauvetage, de l’humanitaire. Il y a toujours une ou deux personnes pour qui c’est la première mission. Et il y a toujours cette transmission qui se fait. Et puis cette transmission, elle a aussi lieu dans une moindre mesure avec moi puisque moi je fais partie de l'équipage, je ne suis pas juste quelqu’un avec une caméra à bord qui est là pour regarder. C’est-à-dire je dois faire partie de l'équipage et j’ai suivi les formations avec eux, etc. Et puis d’un point de vue narratif, d’un point de vue de l'écriture, de la dramaturgie du film, c’est toujours très intéressant dans le début d’un film de suivre quelqu’un qui commence. Parce que ça permet, comme tu le dis, de donner des clés, de se projeter. C’est toujours le fameux personnage du débutant.
C’est ça. À propos de débutants, il y a Olaven qui dit, j’ai une question bête, mais les bateaux partent pour plusieurs jours, plusieurs semaines, ou est-ce que c’est une journée ? Et là, il y a Pingouin, Pingouin sans pied, qu’est-ce qu’il s’est dit ce pseudo, très beau pseudo, Pingouin sans pied qui lui répond, tu vas nous dire si c’est vrai, les bateaux des ONG partent en général pour 6 à 8 semaines avec le même équipage. Oui, excellente réponse de Pingouin sans pied.
C’est ça, en fait une mission de SOS Méditerranée, je parle vraiment pour SOS parce que par exemple MSF a un autre rythme et puis il y a des ONG un peu plus modestes qui ont encore d’autres rythmes. Mais pour SOS Méditerranée c’est des missions de 6 semaines. Alors il faut bien faire la différence entre une mission et une rotation. Donc une mission c’est en effet le même équipage à bord qui travaille pendant 6 semaines. Ensuite, une rotation, c’est un voyage qui part de Syracuse en Sicile, qui est le port d’attache de l’Océan Viking en Italie, qui descend en zone de sauvetage. Donc, à l’international, au large de la Libye, on est à 40-50 km des côtes libyennes. Là, un sauvetage peut avoir lieu. Une fois qu’un sauvetage a lieu, un port de débarquement, on en parlera plus tard, va être attribué. On va débarquer et puis on revient en zone de sauvetage en passant ou non par Syracuse. Donc, tout ce chemin, Syracuse, zone de sauvetage, débarquements, ça, c’est une rotation. Dans une mission, il peut y avoir jusqu'à 3-4 rotations. Moi, dans la mission que j’ai filmée, il se trouve qu’il n’y en a eu qu’une, mais c’est très rare qu’il n’y en ait qu’une seule. Il n’y en a eu qu’une parce qu’on a eu des conditions météo désastreuses. J’ai filmé en mars 2023. Février-mars, c'était vraiment la mauvaise saison en Méditerranée. La mer n'était pas bonne. Donc les embarcations ne partent pas de Libye quand la mer n’est pas bonne, déjà que c'était extrêmement risqué. Ils ne sont pas non plus fous, ils ne mettent pas le canot à la mer quand la mer est démontée. Et puis on a eu des altercations malheureuses avec des gardes-côtes libyens aussi qui nous ont empêchés de procéder à certains sauvetages.
Eh bien Jean-Baptiste, je vois en toi le grand professionnel puisque le premier extrait qu’on va montrer, c’est un extrait justement d’une rencontre qui va s’opérer entre l’Océan Viking sur lequel tu es à bord et les gardes-côtes libyens si j’ai bien compris. Mais d’abord, je voudrais juste te faire préciser, on va regarder l’extrait dans quelques instants. Tu as dit tout à l’heure, je faisais partie de l'équipage, à dire que tu aurais un rôle en dehors de celui de filmer le documentaire ?
Alors, sur un bateau, on est tous sur le même bateau. Littéralement, c’est l’expression. Et donc, on est tous tenus de suivre les formations de tous les protocoles de sauvetage, d’urgence, tout l'équipage les suit. Moi, je suis intégré à un groupe de sauveteurs. En fait, les sauveteurs seraient répartis entre trois canots de sauvetage, qui ont un autre code EZ, E-Z, donc EZ1, EZ2, EZ3. Moi, j'étais embarqué sur EZ-1 et donc je fais partie, bien qu’en retrait, de ce petit équipage d’EZ-One. C’est-à-dire que s’il y a des situations d’urgence vitale, notamment, je suis obligé de lâcher ma caméra et de faire ce qu’on me demande de faire. Parce qu’il n’est pas question qu’ils aient deux bras inutiles sur le canot. Et d’ailleurs, à un moment, pendant le sauvetage, il y a eu une situation non pas d’urgence vitale, mais en tout cas d’urgence. C’est que l’embarcation qu’on était en train de sauver était en train de se dégonfler et là, les sauveteurs de SOS ont fait le choix de ne pas distribuer les gilets de sauvetage directement dans l’embarcation en détresse, qui est toujours le premier geste qui est fait. Les gilets, qu’est-ce que j’ai dit ? Canots. Pardon, de distribuer des gilets de sauvetage, mais de faire monter directement et le plus rapidement possible les rescapés à bord des bateaux EZ. Et donc là on m’a demandé d’aider juste mais ces deux bras en plus pouvaient vraiment être amenés, par exemple, à prendre en charge les enfants.
Je te propose donc que tu revives et que nous vivions cette scène qui est assez tôt dans le film où l’Océan Viking fait face à un patrouilleur libyen.
Jean-Baptiste, c’est une règle. Au poste, il y a toujours un moment donné un petit problème technique. Jusqu’ici, tout allait, c'était une merde d’huile, si je puis m’exprimer ainsi, justement. Et puis là, on s’est trompé d’extrait. C’est de ma faute. Je l’ai mal intitulé. On verra l’extrait du patrouilleur tout à l’heure. Déjà, tu peux peut-être nous raconter ce qu’on vient de voir.
Alors je crois que c'était un extrait de la séquence de sauvetage. Oui, à un moment où Justine, donc une des sauveteuses,donne les premières consignes aux rescapés, elle leur explique comment ça va se passer, le court trajet entre la zone de sauvetage et l’Océan Viking. Voilà, c’est ça. C’est un des enjeux vraiment des sauvetages que la communication s'établisse le mieux possible et le plus rapidement possible entre l'équipe de sauveteurs et les rescapés. Et ce n’est pas simple, parce qu’en fait, il y a une gestion de la panique qui est à mener et le sauvetage que j’ai eu l’occasion de filmer est un sauvetage qui s’est très bien passé. La plupart des sauvetages se passent bien, mais il n’y a aucun sauvetage qui se ressemble et l'équipe de sauveteurs met en place des scénarios, vraiment des scénarios de sauvetage. Il y a un bouquin comme ça à bord avec tous les scénarios possibles qu’ils ont rencontrés, qu’ils peuvent rencontrer. Après, ils les mixent. Qu’est-ce qui se passe si c’est un bateau comme ça, si la mer est comme ça. S’il fait jour, s’il fait nuit, s’il y a des Libyens qui ne sont pas loin, etc. C’est toute une série d’hypothèses qu’ils répètent en permanence. Ils connaissent tous ces scénarios par cœur. C'était vraiment, rien de le dire, mais c'était extrêmement professionnel. Il n’y a pas du tout de place laissée au hasard, à l’improvisation. Et donc, là, c'était un scénario assez classique où on arrive sur une embarcation. La mer est très calme, mais l’embarcation est en train de se dégonfler, de vraiment commencer à prendre l’eau. Il y a 92 personnes à bord. S’il y a un mouvement de panique à bord, tout le monde est à l’eau. Donc l’enjeu, c’est d'établir une relation de confiance ou en tout cas d'écoute tout de suite. Et là, c’est ce qui s’est passé. Les rescapés ont tout de suite été hyper calmes, très à l'écoute. Donc là, dans la séquence qu’on voit, je crois que Justine leur donne quelques consignes, leur expliquant qu’on va rejoindre ce qu’ils appellent le mothership, le bateau-mère, l’Océan Viking.
Alors, on parlait tout à l’heure d’apprentissage à prendre, à regarder l’horizon, et effectivement, avant cette scène-là, il y a d’autres scènes, je dirais, d’apprentissage de la langue, puisque l'équipage est polyglotte, voilà, et donc on s'échange des façons de parler, notamment l’arabe. Il y a tout ce processus d’apprentissage de la langue pour pouvoir justement tout de suite établir un contact avec les rescapés au moment où le bateau arrive, c’est ça.
Oui, alors là tu fais référence à une scène où Lisa, une des sauveteuses, prend des cours d’arabe avec Sana, une autre… enfin, elle n’est pas sauveteuse, Sana, elle travaille avec la Croix-Rouge internationale, la FICR, qui est un des partenaires majeurs de SOS Méditerranée à bord, et la FICR fournit l'équipe de médiation culturelle. Donc des professionnels de l’humanitaire, tous arabophones, et qui vont vraiment avoir en charge la médiation, mais surtout la relation avec les rescapés une fois qu’ils sont à bord. Donc voilà, il y a cette scène où Lisa prend des cours d’arabe avec Sana, mais tous les sauveteurs ne prennent pas des cours d’arabe toute la journée ou d’autres langues, évidemment. Mais la communication à bord est un des enjeux. Bon, là, l’arabe était la langue majoritaire dans le sauvetage que j’ai filmé, mais il y avait aussi beaucoup d'Érythréens, des jeunes du Nigeria. Donc la question de la communication est centrale.
Alors, le premier échange, c’est un échange de regards. Tout de suite, après la bande-annonce, j’ai vu dans le tchat que beaucoup pointent les regards des rescapés. Et en fait, ces regards vont changer presque de bout en bout, en quelques séquences. Il y a d’abord le bateau qui arrive de sauvetage, puis après, il y a « on vous emmène sur le gros bateau ». C’est la phrase qui dit… Et donc là, les regards ne sont pas tout à fait les mêmes. Puis après, il y a, me semble-t-il, d’autres regards quand la vie à bord commence à s’installer. Je te laisse décrire ces regards. Peut-être ce serait plus d’interaction soit toi qu’ils disent que moi.
Oui, oui, tu parles de regards, c’est aussi un changement d'énergie globale. Alors, ça serait vraiment intéressant d’entendre ce que racontera Moussouni demain au débat. Il en parlerait bien mieux que moi, mais c’est certain qu’on peut dire qu’il y a un retour progressif à la vie, mais ce n’est pas aussi simple que ça. C’est-à-dire que… On parle vraiment de rescapés, de survivants, c’est-à-dire de gens qui se sont vus mourir.
Je vous fais une petite parenthèse. Pendant les entraînements à bord de l’Océan Viking, il y a souvent un entraînement auquel j’ai participé, où on prend une partie de l'équipe de sauvetage, on les met dans un canot, on les lâche au milieu de la mer et puis le bateau, le gros bateau est un petit peu loin et puis il y a un bateau de sauvetage qui vient nous sauver. C’est des répétitions de scénarios, ce que je disais. Moi, j'étais dans la petite équipe qui était dans le petit canot de sauvetage lâché au milieu de la mer. Alors évidemment, j’avais un gilet, j'étais avec les copains. Mais quand tu passes une demi-heure au milieu de l’eau, dans la houle, en plein canard, et que tu te projettes une petite expérience de pensée qui est très intéressante à faire. Parce que là, tu comprends que tu es au milieu du désert et qu’il n’y a rien autour. Donc, on parle vraiment au sujet de rescapés de gens qui se sont vus mourir et qui ensuite, pour la première fois, souvent dans leur parcours, se retrouvent dans un lieu en sécurité. Ce lieu de sécurité, c’est l’Océan Viking. Donc là, chacun et chacune, en fonction de ce qu’il ou elle a vécu auparavant, va pouvoir trouver une forme de détente, de relâchement. Mais ça va passer, encore une fois, chez chacune et chacun, par des états qui peuvent être très très différents. Il y en a qui vont passer cinq jours à dormir. D’autres qui vont avoir une espèce de pic de vitalité et se mettre à vouloir faire la fête tout le temps, être très dans la discussion, dans la volonté de communication. Mais c’est sûr qu’on voit que la vie revient comme ça à bord assez rapidement au bout de deux jours et que le bateau se met à ressembler à une petite place de village où tout d’un coup tout le monde pourrait se parler. C'était un peu cette utopie qui m’intéressait dans le projet.
Où on commence à regarder la carte de l’Europe, à se projeter, ou un des… je vais dire matelots, je ne suis pas doué en termes de bateau, un des membres de l'équipage montre qu’il vient de devoir mener. C’est que tout d’un coup, tu dis « Dois-je donner, c’est pas facile à prononcer ? » Voilà, il y a tout un truc. Il y a la scène de la douche, etc. Et alors, justement, à l’instant, tu viens de féminiser. Tu as dit « il et elle », « celles et ceux ». En fait, il y a peu de femmes dans ton film. On voit à un moment donné l’abri des femmes, c’est-à-dire une pièce. Mais j’imagine que tu n’y avais pas accès, en tout cas il y a très peu de femmes dans ton film.
Bien d’en parler, c’est une question vraiment importante. Dans le sauvetage que j’ai filmé, donc il y avait 92 personnes, il y avait 9 femmes, oui, donc 10 %. Ce n’est pas forcément représentatif en termes de statistiques, mais il y a toujours moins de femmes que d’hommes. Et là, en l’occurrence, les neuf femmes ont fait le choix de ne pour ainsi dire pas quitter le women’s shelter, donc l’abri des femmes sur le bateau. Donc ce women’s shelter c'était un espace qui est réservé aux femmes et aux enfants sur le bateau, les hommes n’y ont pas accès. Aucun homme de l'équipage n’y est admis, pas moi. Donc je n’ai pas du tout cherché à forcer cette réserve. Et donc on ne les voit pas dans le film. Mais il y a la place des femmes à la fois sur l’Océan Viking et sur cette route migratoire qui reste aujourd’hui la route la plus meurtrière du monde. Sur cette route, elle est extrêmement importante. Il y a un film réalisé par une consœur qui s’appelle Mothership, réalisé par Myrna Le Cravate, à bord de l’Océan Viking, qui s’intéresse particulièrement à la place des femmes sur le bateau. Elle, en tant que réalisatrice, a pour ainsi dire filmé cet espace-là. C’est important que cet espace soit filmé. Il faut rappeler qu'étant passé par la Libye, quasiment 100 % des femmes ont été violées ou ont subi des violences sexuelles. On ne peut pas se représenter ce que ça veut dire, 100 %, c’est-à-dire que la plupart des femmes que vous pouvez croiser sur l’Océan Viking ont ce parcours-là.
Donc on comprend tout à fait qu’une fois qu’elles sont sur le gros bateau, elles restent ensemble, elles ne sortent pas parce que le traumatisme est là.
Encore une fois, parfois, on le voit très bien dans le film de Muriel, il y a d’autres sauvetages où les femmes viennent sur le pont, discutent, font la fête avec les hommes quand il y a une fête sur le bateau, parce que ça arrive. Moi, ce n’est pas comme ça que ça s’est passé.
Je te propose qu’on regarde donc l’autre extrait qu’on devait voir tout à l’heure. C’est sur la patrouille libyenne. Et en fait, tu as changé avec ton acolyte qui est dans Colis. Et tu expliquais que c'était la première fois que la scène que nous allons voir va survenir. Et donc a fortiori, c’est la première fois que c’est filmé.
Oui, absolument. Alors, les Libyens ont l’habitude de venir perturber les opérations de l’Océan Viking, on va en parler juste après.Mais c’est la première fois qu’ils ont ouvert le feu à proximité de l’Océan Viking dans les eaux internationales.
On se demande ce que ça signifie maintenant eaux internationales.
Dans les zones internationales, ça veut dire qu’ils n’ont absolument pas le droit de faire ça. Parce qu’en fait, ils ne sont pas dans leurs zones territoriales.
Oui, oui, je sais bien mais aujourd’hui… Ah oui, on demande ce que ça signifie. Voilà, je pensais à une autre flottille. Exactement. Tu vois, c’est-à-dire que là aussi, le droit est piétiné. Voilà, donc on regarde l’extrait et on en cause juste après.
Purée, nous dit Matt TV2 en regardant cet extrait. Est-ce que tu peux nous en dire plus que ce que l’on voit ? Alors, en fait, le contrechamp.
Oui, bien sûr. En fait, on avait eu une alerte qui signalait une embarcation en détresse. Donc, je peux peut-être expliquer rapidement comment arrivent les alertes sur le bateau. Donc, les alertes peuvent arriver de plusieurs façons. Donc, il y a les veilles à la jumelle, dont on a parlé au début.
Alors là il faut le dire parce que c’est très impressionnant en fait, les gens de l'équipage tiennent les jumelles et en fait à la tête du pont, un peu comme le Titanic, il y a un petit truc pour poser ses coudes, en fait il y a toujours une sorte d’accoudoir parce que parce que c’est long, parce que c’est lourd à porter, enfin…
C’est ça et puis en plus ça bouge énormément en fait. Il y a certaines jumelles qui sont stabilisées, d’autres pas. Mais quand tu regardes l’horizon, donc l’horizon c’est 30-40 kilomètres à peu près. Ça bouge énormément parce que le bateau bouge en permanence. Donc la veille, il y a la jumelle qui permet de détecter des embarcations en détresse. Il y a le radar. Mais surtout, il y a les alertes transmises par Alarm Phone. Alarm Phone qui est une ONG qui est à terre où des bénévoles reçoivent via un numéro de téléphone unique. Ils peuvent recevoir des appels satellites, soit venant directement des embarcations en détresse, soit des familles qui, elles, sont restées à terre et qui savent qu’un bateau est parti. Donc Alarm Phone ensuite va transmettre la position qui leur a été transmise à l’ensemble des centres de coordination et de sauvetage maritime de la zone.
Le 19e instant dans le tchat, et les gardes-côtes libyens sont financés par l’Union européenne. Donc ce qu’on a vu, par exemple, les balles qui sifflent dans le ciel là, c’est financé par l’Union Européenne.
Ça ce n’est pas de la Kalachnikov donc je ne sais pas mais en tout cas le bateau avec lequel ils nous attaquent est un bateau italien. Les gardes-côtes libyens suivent régulièrement des formations entre de très gros guillemets pour apprendre leur métier de la part de gardes-côtes européens. Alors là ils ont peut-être pas suivi tout le livre de formation puisqu’ils nous attaquent en tongues et en cagoule donc normalement ce n’est pas comme ça qu’on fait quoi voilà. Et alors dans les faits en fait l’Europe demande à la Libye de contenir, c’est ça, les candidats à l’exil. Ils disent aux migrants, de continuer les départs de leur côté. Ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’en fait, c’est une logique de tableur Excel. Il faut qu’ils en récupèrent un certain nombre. Et il y a un des rescapés qui l’explique très bien dans le film, qui fait une petite leçon de géopolitique à un moment sur le pont du bateau, qui explique comment fonctionne la Libye aujourd’hui et qui explique en gros, les gardes-côtes, ils en rattrapent un sur trois. Donc là, en fait, ils ont décidé de sortir.
Cela permet à ce témoin de raconter, c’est pour ça, parce qu’il a été arrêté et il retente sa chance.
Ils retentent, voilà. Il y a des jeunes qui parlent sur le bateau qui disent que c’est la troisième fois qu’ils tentent. Donc, là, en fait, les gardes-côtes ont la même alerte que nous, sauf que eux, ils sont dans un bateau très rapide et qui arrivent plus rapidement sur zone. Et ils s’interposent entre l’embarcation en détresse et l’Océan Viking pour empêcher l’Océan Viking de procéder au sauvetage. Sauf que, que dit le droit maritime international ? Le droit maritime international dit que quand vous procédez à un sauvetage, vous êtes obligé de ramener les rescapés dans un port sûr. Ça, c’est ce qui est écrit dans le code maritime. La Libye n’est pas un pays sûr. Donc normalement, les Libyens n’ont pas le droit de ramener les gens dans les ports en Libye où ils vont être remis à des milices et repartir dans le circuit du rançonnage, de la torture et de l’esclavagisation, qui est un circuit qui est entièrement documenté. En temps normal, l’Océan Viking, en respect du droit maritime international, devrait procéder au sauvetage et ramener les gens dans un port sûr en Italie.
Dans cette scène, il y a donc ce calme incroyable de cette femme qui échange avec le bateau, le patrouilleur. Et en tant que spectateur, j’avoue que je ne sais pas dans quel état elle est exactement. Est-ce qu’elle est effrayée ? Est-ce qu’elle est sûre de son bon droit ? Je suis sur le bateau avec vous, qu’on va s’en sortir, dans quel état elle est ?
D’après toi. Non, elle n'était pas du tout tranquille. Donc, Louisa, c’est la SARCO la chef de la capitale.
Parce que Sarkozy…
C’est la capitaine de toute l'équipe SOS Méditerranée, ensuite il y a le capitaine du bateau, qui est un autre capitaine, mais elle, c’est la capitaine de toute l'équipe SOS. Donc elle a en charge la bonne conduite des opérations de sauvetage, et là en fait, elle est partagée entre aller faire cette opération de sauvetage, malgré tout, et protéger son équipage. Elle a fait le choix de protéger son équipage parce que de toute façon, on n’aurait pas pu envoyer une embarcation nous à l’eau. C'était beaucoup trop dangereux et les Libyens étaient déjà en train de procéder à l’interpellation de cette embarcation en détresse. Interpellation violente parce qu’on a su plus tard que pour nous, ils avaient tiré en l’air, mais qu’ils avaient tiré non pas sur les naufragés, mais autour de leur bateau, donc directement sur eux. Et il y a une vraie peur que ça dégénère parce que quand vous avez quelqu’un qui a une Kalachnikov comme ça à 50 mètres, s’il a un bug dans le cerveau et tout d’un coup ça lui prend pour voir ce que ça fait de tirer en direction du bateau, il perce la coque et voilà.
Kat Kohl nous propose son interprétation « Elle me paraît en colère », dit-elle. Ah oui, elle est très en colère tout à fait. Ça, elle est en colère, oui, ça on le sent. On estime à 28 505 femmes, hommes, enfants, entre 2014 et 2023, c’est-à-dire, c'était des chiffres d’il y a deux ans, le nombre de disparus en mer Méditerranée. Je redonne, hein, 28 505 femmes, hommes et enfants, c’est une petite ville, quoi. Voilà. Est-ce que tu as des chiffres plus récents ?
Sur les chiffres des disparus, c’est très compliqué parce qu’en fait, ce sont des chiffres qui sont comptés par l’OIM, l’Office international de migration. Et c’est très compliqué, parce que comment comptabiliser les disparus ? Puisque le principe d’un disparu, c’est qu’il disparaît. Donc, en fait, on sait qu’il y a ce chiffre qui est là, qui, selon moi, est supérieur. Parce qu’en fait, ce n’est pas selon moi, c’est selon la plupart des acteurs de la chose, il est largement supérieur, mais on ne sait pas de combien, puisque ce chiffre correspond à des signalements faits par des familles ou par des alertes où finalement on a retrouvé qu’un bateau vide, ce qui est terrible, mais il y a des bateaux qui partent, qui disparaissent.
Est-ce que ces chiffres-là ne posent pas finalement un problème d’efficacité ? Quand on parle de ça, je m’explique. Est-ce que finalement, puisqu’ils sont astronomiques, ils pourraient finalement inciter une forme de résignation ? De toute façon, c’est un cimetière, voilà, il y a des milliers de morts. Là où il y avait une dizaine d’années, il était peut-être plus facile de secouer les consciences. Voilà, cette accumulation qui devient une habitude, qui devient plus rien finalement puisque ça n’est quasiment plus évoqué, sauf rarement.
Oui, moi j’ai un gros problème avec les chiffres, c’est-à-dire que les chiffres provoquent une rupture d’empathie dans notre rapport à cet événement, mais aussi à tant d’autres événements, puisque en ce moment le monde est quand même globalement en feu, et on voit tous les jours les chiffres, le nombre de morts, le nombre de blessés. Bon, ça commence quand même à, pas à nous faire plus rien, mais en tout cas à nous anesthésier, ça c’est certain. On ne se représente pas du tout ce que c’est, 28 000 personnes qui disparaissent. En revanche, et ça, c’est une certitude, quand on arrive comme ça sur une zone de sauvetage et qu’il y a 92 personnes qui, si on n’est pas là, une heure après, elles sont noyées. Là, ça devient quelque chose de palpable, je ne sais pas si on le perçoit dans le film, mais c'était des visages, c’est des humains comme toi et moi, comme tous les gens qui nous écoutent. Et puis après, quand on discute, quand on passe des jours à discuter avec eux sur le pont du bateau, ils sont comme toi et moi. C’est complètement idiot d’avoir à le rappeler quand même, mais tout le projet politique, c’est justement de provoquer cette rupture, c’est-à-dire de provoquer cette rupture d’identification et de pousser les auditeur·rices à se dire, ils ne sont pas comme toi et moi en fait, donc ce n’est pas grave, c'était des quantités négligeables. Il y a une mise en place insidieuse de cette idée que ce sont des quantités négligeables, en tout cas réductibles à des chiffres. Il faut sans cesse remettre des visages et des individualités sur ces chiffres et remettre des histoires.
Et c’est là où le cinéma intervient ?
Absolument. Je pense que c’est là où on a besoin du temps long, on a besoin de la concentration de la salle de cinéma, on a besoin d’un temps qui dure, on a besoin de passer du temps avec, voilà, restaurer du lien, c’est passer du temps avec. Le film ne va pas du tout changer la face du problème, ça c’est certain, mais il va vous permettre de passer du temps avec et peut-être que ce temps avec va faire bouger des petites choses.
Il y a plusieurs personnes, il y a le retour de Pingouin, Pingouin sans pied qui nous dit : « En cumulé, la désignation des ports éloignés a fait perdre un an d’opération à toutes les ONG. » Il répondait à Supermageman au départ qui disait : « Maintenant les Italiens désignent comme ports sûrs des ports très éloignés des zones, les fameux SARCo, pour que cela coûte plus cher aux ONG et leur fasse perdre du temps sans compter les tentatives de criminalisation des activités de sauvetage. » Des ONG. Alors ce n’est pas le propos du film, mais comme après le film il y aura demain soir dans 100 villes de France et de Navarre, en Suisse, en Belgique et en Allemagne, ça va être aussi l’occasion de parler de ça, mais ce phénomène-là tu le confirmes ?
Ben oui, absolument, mais c’est un phénomène qui est absolument voulu par l’administration italienne, puisque donc Pingouin me donne l’occasion de parler du décret Piantedosi, du nom du ministre de l’Intérieur du gouvernement Meloni, qui a donné son nom à un décret-loi, qui dit beaucoup de choses, mais qui dit, entre autres, que alors qu’avant, l’Italie refusait d’attribuer des ports de débarquement, des ports d’accueil, maintenant elle attribue immédiatement un port de débarquement, mais de façon non pas aléatoire, mais de façon perverse, un port le plus éloigné possible de la zone de sauvetage. Bon, ça, ce n’est pas dans le décret, mais c’est la réalité. Le décret dit que c’est pour répartir le débarquement de rescapés en Italie et ne pas faire peser tout le poids sur la Sicile. Donc, en fait, les bateaux sont envoyés débarquer, pas à Gênes, à Salerne, pour nous, et encore Salerne, ce n’est pas le pire, c’est au sud de Naples. Mais aussi du côté de Rome, mais aussi et surtout du côté de l’Adriatique. Donc ça, il faut refaire tout le tour de la botte. Et en effet, Pingouin a raison. Tout ce chemin a fait perdre un an de présence sur zone aux ONG. C’est aussi absurde que si tu as un accident de vélo à Madrid et qu’on t’envoie soigner ta jambe cassée à l’hôpital de Roubaix. Ça n’a aucun sens. Mais c’est sciemment dessiné dans le sens où ça permet de vider la zone de sauvetage des ONG. Donc en fait, il n’y a personne pour sauver les rescapés, donc ils peuvent disparaître sans que personne ne les voie. Et puis, ça tape les ONG au portefeuille parce que le fuel coûte une fortune, un bras, voilà, absolument, absolument.
Une question que je me suis posée en regardant ton film, qui sort donc demain dans 100 salles, c’est la question de la conscience des rescapés de ce qui leur arrive. Est-ce qu’ils savent exactement sur quel bateau ils montent ? Est-ce qu’ils espèrent croiser l’Océan Viking ? Est-ce qu’ils en ont entendu parler ? Savent-ils que ça existe ? Quel est leur rapport par rapport à ça ?
Ça encore une fois, il faudrait leur demander, et Moussouni pourra vous répondre demain pendant le débat. Moi, je vais vous rapporter des bribes de discussion que j’ai eues avec eux sur le bateau. Oui, ils savent qu’il y a des ONG qui existent sur la zone, parce qu'évidemment, ils ont tous un téléphone. Ils suivent tous, enfin, voilà, ils sont tous candidats au départ en Libye, donc ils savent comment ça se passe. Ils savent qu’il y a des bateaux européens qui sauvent, qui portent secours. Ensuite, jusqu’où va cette conscience-là, tout dépend des rescapés. Il y a des rescapés qui, comme toi et moi, enfin comme chacun de nous, sont hyper politisés, sont très au fait de ce qui se passe en Europe, connaissent très bien la situation politique en Libye, étaient des militants dans leur pays, c’est même parfois pour ça qu’ils sont partis. Et puis il y a les rescapés qui ne sont au courant de rien, qui ne savent pas exactement mettre l’Italie sur une carte. Il y a de tout, il y a la même diversité qu’il y a si tu vas prendre 90 personnes dans la rue là, tu trouves la même diversité.
Cette question, je me la suis posée en fait au début du film, dans les regards dont on parlait tout à l’heure. Alors le tchat parle aussi des sourires, mais justement au tout début il y a peu de sourires. Quand ils sont encore sur leur embarcation qui est en train de se dégonfler et que vous les amenez sur des zodiaques pour ensuite des EZ1, EZ2, EZ3, EZ4, pour ensuite les amener sur le gros bateau, j’ai eu l’impression, mais est-ce que je transpose, que certains s’interrogent en fait, non pas s’ils étaient arrêtés, parce qu’on voit bien que… Vous êtes pacifistes, il n’y a pas d’armes, etc. Mais quand même, une forme d’inquiétude, elle est toujours là. C’est-à-dire que d’abord, ils ne sont pas sauvés, ils sont toujours sur leur bateau qui risque de couler d’un moment à l’autre, je me suis demandé…
Tu as absolument raison de reposer cette question-là comme ça, parce que en effet et c’est ce que je disais tout à l’heure, un des enjeux au moment du sauvetage c'était d'établir un lien de confiance et immédiatement ce qui est dit, je ne sais plus si on l’entend dans le film, c’est « on n’est pas les Libyens, on est une ONG européenne », etc., etc. Parce que, ça pour le coup, quasiment tous le disent, ils préfèrent sauter à l’eau plutôt que de se faire ramener en Libye. La Libye, c’est vraiment une succursale de l’enfer. C’est inimaginable. Donc, la grande crainte, c’est que ce soient les Libyens. Et ça, ils voient arriver un zodiaque avec du monde à bord, avec des gilets de sauvetage. Les Libyens, ils ont aussi des zodiaques, ils ont des gilets de sauvetage, donc ils ne savent pas tout de suite ce qu’il se passe. Ils ne savent pas tout de suite. Ça, c’est certain.
Et d’où le contact avec la langue. Il y en a un qui va faire l’interprète de l’anglais avec les différentes langues, etc. Et là justement, mais là je laisse chacun et chacune demain découvrir comment les regards et les sourires changent. Alors, qu’est-ce que j’ai ? Oui, une autre question, c’est la question du consentement. Parce que là, il y a une petite difficulté, c’est la difficulté du huis clos, ils n’ont pas demandé à être filmés, ce n’est pas tout à fait un espace public. Il y a plein de questions morales que j’imagine tu t’es posées, mais j’aimerais bien qu’on en parle un petit peu.
Oui, tu fais vraiment bien de poser cette question. Ça, c’est une question de consentement à être filmé. Elle m’a habité très tôt dans l'élaboration du projet. C’est une question qui doit être centrale dans toute démarche documentaire. Absolument. Là, elle est très particulière. Bon, j'évacue rapidement la question du consentement de la part des sauveteurs qui, elles et eux, sont filmés dans leur travail, je ne les filme jamais dans leur intimité, dans les cabines, dans les moments où on se détend, etc. La question se pose évidemment pour les rescapés.
La question c’est pas tant de savoir… D’ailleurs Jean-Baptiste, si je peux me permettre par rapport à l'équipage, en fait le fait que tu ne nous montres rien de leur intimité fait que l’imaginaire se déploie tout seul. Oui, c'était ça. Voilà, parce que bon voilà, on est quand même dans un espace clos, de promiscuité, etc. Donc voilà, on se doute qu’il y a des échanges, qu’il doit y avoir des engueulades, peut-être des embrassades et peut-être…
Oui, vraiment, oui, c’est une vie très collective.
Et c’est très chouette que tu ne le montres pas, parce qu’en fait, à nous de l’imaginer.
Évidemment pas le centre du film. Et puis c’est très important dans un huis clos, dans un bateau comme ça, qu’on ait des endroits où on peut avoir une caméra et puis d’autres non. Ce qui s’est passé de la même façon pour les rescapés, j’y arrive tout de suite. Donc la question du côté des rescapés, ce n'était pas tant de savoir comment j’allais faire pour leur demander l’autorisation, parce que ça, c’est très simple. Il y a d’ailleurs eu ce moment de demande de consentement. Il est prévu par SOS Méditerranée. C’est-à-dire que très rapidement à bord, il y a une réunion qui est organisée avec tous les rescapés, et toutes les rescapées pour le coup, où moi, je présente mon projet et je leur explique ce que je fais, d’où je viens, que ce n’est pas un documentaire pour le journal télévisé, que c’est un film qui va sortir dans longtemps. Et ce qui m’intéresse aussi, et là, je leur ai expliqué ce qui m’intéresse, c'était ce qui va se passer sur le bateau, dans la vie quotidienne du bateau. Dans la relation qu’ils vont avoir avec les sauveteurs, voilà. Et je leur explique que c’est très important qu’ils puissent dire non. Mais qu’ils puissent dire « non maintenant », mais qu’ils puissent aussi dire « oui maintenant » et puis « non demain » et puis « oui pendant toute la traversée » et « non au dernier moment », enfin, que c’est très libre ça. Bon ça, ce sont des mots. Bon ce sont des mots qui portent puisque de fait il y a une dizaine de personnes qui viennent me voir et qui me disent « bon moi je ne veux pas que tu me filmes ». Donc vous ne les voyez pas dans le film, vous ne les voyez pas non plus dans la scène de sauvetage, ils ont été coupés, du coup, de la scène de sauvetage. Il y a aussi, à contrario, et ça on en parlera peut-être après, un certain nombre de personnes qui viennent me voir et qui me disent : « moi, je veux que tu me filmes. J’ai des choses à dire. »
La question qui m’inquiète, dès le début du projet et puis pendant le tournage, c’est de savoir à quel point ce consentement peut être, comme on dit, libre et éclairé. Parce que moi, je suis assimilé à l'équipe de sauvetage. Je suis habillé comme eux. J'étais sur un des bateaux EZ, j’ai une combinaison de marin siglée SOS Méditerranée, et puis j’ai une caméra. Donc qu’est-ce que vous pouvez refuser à quelqu’un qui vient de vous sauver ? Là, c’est une question qui reste ouverte, je n’ai pas la réponse. Je sais que les scènes que vous voyez dans le film, les scènes notamment d'échanges, de discussions, ce sont vraiment des scènes qui me sont offertes et où les gens que je filme sont complètement d’accord et même parfois volontaires. Et même parfois, ils ont provoqué eux-mêmes cette scène. Donc là-dessus, je n’ai pas de problème. Mais est-ce que ça a fait plaisir à tout le monde d'être filmé ?
Est-ce que ce n’est pas une violence ajoutée à la violence ? Mais on se doute, en voyant ton film, que tu te poses ces questions-là. Donc déjà, le doute est très vite dissipé en réalité. Mais je me permets de te poser cette question parce que dans une autre vie, j’avais fait un film sur des prisons aux États-Unis. Absolument ! Et c'était le problème que nous avions avec Philippe Brault, mon camarade de jeu qui était le chef opérateur. Parce que je me retrouvais, moi, à faire signer des documents. Parce qu’on était aux États-Unis, donc à faire signer, tu sais, des droits à l’image. J’en ai fait signer aussi. J’ai en fait signé aussi, là. Bon ben voilà. Et en fait, très vite, on a dit : dès le deuxième prisonnier, avec Philippe on a dit, on arrête ça, quoi. Et donc dès qu’on arrivait dans une cellule, on disait, on filme pas les visages. Et on a eu le même phénomène que toi. C’est d’autres qui disaient, « mais moi, je veux être connu, moi je veux… » Alors c’est autre chose, c'était la forfanterie et tout ce que tu veux. Mais on ne sait jamais comment tel ou tel protagoniste va réagir. Et c’est une question qui est absolument essentielle. Et on sent bien dans un film quand on le regarde si l'équipe de réalisation s’est posée cette question ou ne s’est pas posée
Oui, alors là-dessus, j’en prends la responsabilité et c’est un débat qui ne pourra jamais être résolu. Mais je pense que c’est vraiment… J’ai une formation de photographe à la base et puis de chef op en documentaire, donc de cameraman, chef opérateur. Il faut, j’enfonce une porte grande ouverte déjà, mais il faut vraiment être en lien avec les personnes qu’on filme et il faut ressentir ce que ça fait à la personne qu’on filme, d'être filmée. Je dis pas que je suis clairvoyant et que si je me mets à te filmer, je vais pouvoir te dire ce que ça te fait d'être filmé, non, il n’y a que toi qui peux le dire. Peut-être que tu vas faire semblant que ça te fait plaisir et que je vais me faire berner. Mais en tout cas, c’est vraiment important d’être très à l'écoute. Et on sent, enfin, il y a des moments où on sent tout de suite quand on filme quelqu’un qu’il vous a dit oui, mais qu’il n’est pas à l’aise. On coupe. Ou on coupe au montage, parce que des fois, on se rend compte en montage. À contrario, des fois, on sent, alors ce n’est pas le cas dans ce film-là, mais ça peut être le cas d’autres films, on sent que tout d’un coup, c’est ce que tu disais, il y a de la fanfaronnerie, les gens se mettent à jouer, mais qu’ils font ça pour la caméra, ce n’est pas ce qu’on cherche non plus. Et non, pas sûr, parce que si on est dans le documentaire…
Ce n’est pas pour être dans quelque chose de fictif, à se dire de filmer de fait exprès. Écoute, je te propose qu’on termine sur le débat du projet au débat de demain. Si tu as en tête quelques villes, alors je sais que Rial a plusieurs fois mis le lien vers le site du film pour les projections-débat. Donc demain, c’est à 20 heures, c’est ça ?
Alors voilà, c’est à 20 h dans la très grande majorité des salles. En région parisienne, le film va passer à Montreuil. Le film est passé au Méliès à Montreuil, c’est de là que va avoir lieu le débat.
Avec M. Stéphane aux manettes, il sera là, tu ne sais pas.
Certainement, il est souvent dans le coin, Stéphane Goudey, donc moi je serai là-bas. Mais ensuite le film passe dans la plupart des grandes villes de France, mais pas que les grandes villes, dans plein de cinémas, de petites villes, de villages très actifs dans les réseaux des salles d’art et d’essai. Vraiment, il y en a une centaine en France, je ne peux pas toutes les citer. On sera à Marseille, on sera à Lyon, on sera à Rennes, on sera à Toulouse, on sera à Bordeaux. Enfin on est vraiment partout. La carte elle est là, il faut aller jeter un coup d'œil à la Google Maps mise en place par le distributeur, on est vraiment partout.
Et l’idée du débat, c’est quoi ce qu’il y a derrière ?
C’est exactement faire ce qu’on est en train de faire, c’est-à-dire mettre des mots sur des images, éclairer certaines séquences et puis donner la parole aussi à des acteurs de terrain. Beaucoup, très souvent, le public se pose la question de savoir ce qui se passe après. Donc là, il y a Diane Fogelman, d’Amnesty International, qui pourra apporter des éclairages sur la question. Il y a beaucoup de questions qui portent sur le ressenti des rescapés. Donc c’est pour ça que Moussouni nous fait la gentillesse de venir, il habite en Provence, de venir à Montreuil demain pour apporter son éclairage, son ressenti sur son expérience, non seulement de… Il a vu le film ? Oui, il aura vu le film, oui, sur son expérience que lui aujourd’hui, il est en France. Donc ça veut dire qu’il n’est pas resté en Italie, qu’il a fait le choix de ne pas demander l’asile en Italie. Il y aura donc le président de SOS Méditerranée qui va pouvoir rappeler le rôle des ONG. Enfin voilà, c’est de pouvoir mettre des mots, prolonger le film par du débat, je l’espère.
Alors c’est chouette que tu dises que le débat c'était un peu ce qu’on a fait ici parce que historiquement la genèse d’Au Poste c'était dans la suite du film Impliqués, un film que j’avais réalisé où j’avais fait 300, 400 débats. Ouais, j’ai donné, je ne sais pas où est la Suisse. Et j’ai adoré ça. J’ai adoré ces débats d’après. Il y en a eu un ou deux un peu houleux. Mais la plupart étaient vraiment des moments de fraternité, de sororité, enfin voilà, de questionnement. Et j’ai créé Au Poste en me disant « tiens, ce serait bien de continuer à faire des débats comme ça », bon voilà, ça vient du cinéma.
Alors il y a une question, ce débat sera filmé, absolument le débat sera filmé mais retransmis en direct, retransmis en direct dans une très grande majorité de salles dans lesquelles le public pourra poser des questions via un système de QR code, c’est un système qui marche bien.
Donc c’est-à-dire, je suis à Caen, quel est le cinéma à Caen ?
Au Café des Images, rue de Sainte-Claire.
Rue de Sainte-Claire, super cinéma, oui attends, c’est le cinéma orange là c’est ça, il me semble non, une forme de bulle, non ce n’est pas celui-là ? Oui, je crois qu’il y a un truc en bulle dedans, ça fait longtemps que je ne suis pas allé en revue. Il me semble que c’est une bulle orange en plus, il faudra checker, bon bref, et alors donc si je suis à Caen demain, j’ai un QR code qui me permet de poser des questions qui vous sont remontées en direct. C’est vraiment comme ce qui se passe ici.
C’est le sujet du tchat.
Exactement voilà et bah voilà un cinéma en forme de dôme oui voilà et ben voilà bah la boucle est donc bouclée, l’interactivité arrive dans les salles de cinéma etc. etc. Est-ce qu’il y a quelque chose que l’on a oublié d'évoquer concernant soit le film soit SOS Méditerranée soit les rescapés ? Je crois qu’on a bien fait le tour moi je sais bien et on a laissé de côté plein de scènes pour ne pas… Voilà, enfin, pour préserver le plaisir à toutes et tous demain soir de voir le film. Deux petites questions rituelles, après on fera une pause et puis moi je vais rester tout seul avec les aupostiennes et les aupostiens. Deux petites questions rituelles. Une, hyper facile pour toi, homme de culture et de cinéma, as-tu une recommandation culturelle à nous faire ? Le dernier film, le dernier bouquin, ça peut être un vieux machin comme un truc où tu fais le malin en disant « c’est pas sorti mais j’ai eu accès », on s’en fout.
Non, je ne suis jamais très bon à ce jeu-là parce que j’ai une espèce de carambolage dans la tête qui provoque ensuite un grand vide. Mais non, j’avais vu il n’y a pas longtemps un des monuments du documentaire, mais que pourtant je n’avais jamais vu. Le titre de mémoire, c’est Roubaix, commissariat central, de Mosco Lévi-Boucault. C’est un film extraordinaire parce que le monde, d’abord, ça… nous ouvre les portes d’un commissariat de Roubaix, donc c’est dans les années 90, si je ne dis pas de bêtises, mais je me trompe peut-être sur les années, vérifiez. Et puis, c'était un film qui a été adapté en fiction. Et ça me montre, désolé pour le film d’Arnaud Desplechin, mais ça me remonte vraiment la force et la puissance du documentaire sur cette entreprise de fiction, justement, aussi. Et c’est intéressant parce qu’on est au poste et c’est un film qui se passe au poste. Absolument, absolument. Et c’est… voilà. Porté par un personnage de commissaire qui est super charismatique et qui s’empare aussi de la caméra. C’est un film qui raconte énormément de choses sur la société mais qui raconte aussi énormément de choses sur le documentaire, sur comment peut se fabriquer un documentaire, sur comment tout d’un coup une personne qu’on filme peut s’emparer du film aussi, et je crois que c’est ce qui se passe donc souvent dans les bons documentaires, c’est que les gens qu’on filme s’emparent du documentaire.
Mais justement, dans le monde dans lequel on est, une espèce d’accélération, est-ce que l’actualité fait qu’on est battu, qu’on soit en fiction ou en documentaire ?
Si tu poses la question de la puissance potentielle des images dans notre monde…
J’ai l’impression par exemple que la fiction aujourd’hui, elle est à la ramasse, je veux dire l’actualité. Tellement…
Ben moi j’ai un problème en ce moment avec la fiction parce qu’on est noyé par la fiction, on est noyés par un flux, vraiment. C’est très difficile, on est noyé par le flux des plateformes, par le nombre de films qui sortent, on est vraiment noyés dans un flux. Tu me diras dans le documentaire il y a énormément de films aussi. Voilà, Roubaix, commissariat central, affaires courantes, le titre exact, merci. On est noyé dans un flux et c’est très problématique. On est aussi noyés dans un flux d’images. J’ai été formé à la photo. En fait, je suis aussi devenu photographe, peut-être aussi pour ça, parce que j’ai vraiment fait mes études à la charnière, moi, de l’argentique et du numérique. Et tout d’un coup, et certainement tant mieux ou tant pis, mais il y a eu des photographes absolument partout. Et je ne sais pas, je n’ai pas su quoi faire moi de ça. Voilà, donc je me suis tourné vers le temps autre du film et du documentaire. Mais la vraie question, pour nous, pour nous, spectateurs privilégiés dans un pays relativement en paix, en France, c’est comment nous comporter avec les images, comment nous comporter face aux images, quel temps prendre avec les images. Est-ce qu’il faut abandonner les images et revenir au livre, à cette concentration-là ?
Et l’ultime question, mais tu as déjà répondu, rituelle, qu’avons-nous fait pendant une heure, M. Jean-Baptiste ?
On a passé un bon moment, je crois. C’est un temps extrêmement précieux pour moi. Déjà, pour pouvoir parler du film. Encore une fois, dans ces flux d’informations, c’est important de pouvoir prendre le temps de parler de son travail. C'était une chance. Merci pour ce temps-là. Et puis, je pense que c'était aussi important de pouvoir remettre toutes les questions qu’on a abordées sur le devant de la scène. Parce que, et ça, c’est des choses que j’ai aussi beaucoup entendues quand j’ai produit le film. On m’a beaucoup dit que c'était des histoires qu’on avait déjà racontées, qu’on connaissait. Et certes, c’est la même histoire qui se répète depuis plus de 10 ans, Méditerranée Centrale, mais la Méditerranée Centrale, c’est quand même à notre porte, vous ouvrez votre porte, la Méditerranée. Donc, il ne faut pas arrêter de les raconter, ces histoires-là. Et tu m’as donné la possibilité de continuer à en parler. Donc merci.
Merci à toi, je préviens Nayan, peut-être ce serait bien si tu pouvais préparer la bande-annonce. On va remonter la bande-annonce du film pour ceux qui sont arrivés en cours d'émission. Je rappelle que le film est diffusé dans 100 salles demain, suivi d’un débat. À propos du débat, quelqu’un a demandé s’il sera enregistré, on saura plus tard. Je crois qu’il en est question à confirmer. Mais pour l’instant, priorité à ceux qui vont au cinéma, demain, au vivant, quoi, on va dire. C’est ça. Merci Jean-Baptiste Bonnet, dit Euryale, qui est notre modératrice, celle qui est allée chercher tous les liens. Merci pour ton engagement, te dit Roland, qui est notre rédacteur en chef. « Une heure pleine d’intelligence et de sensibilité », nous dit Liet Bode. « Bonjour tout le monde », nous dit Louquet, qui arrive un petit peu tard. « Merci beaucoup », nous dit Gorba. « J’ai loupé le tout début, mais c'était une super interview, merci, bonjour. » « Merci pour la puissance de votre documentaire », nous dit Casper. « Merci pour les réponses », nous dit Olalala. « Oui, merci », dit Nicolas Donne-La-Papate, notre bidouilleur en chef pour ce qui est du site. Pingouin sans pied. Sans pied, mais pas sans politesse ni sans cœur, puisqu’il y a merci et cœur.
Alors bande-annonce et moi, je retrouve les aupostiennes et les aupostiens juste après. Merci, je te raccompagne. Merci beaucoup d'être venu.
Merci beaucoup.
