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Scandale des pièces à convictions disparues au parquet de Marseille : le digne et implacable témoignage du père et de la tante de Souheil El Khalfaoui

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, amis d’Au poste, amis de la justice, parce qu’on va changer, aujourd’hui on est des amis de justice, mais attention, pas la justice fort de café, mais la vraie et la belle, la juste justice. J’espère que vous allez bien, suite aux révélations de Mediapart, mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis dit qu’il faut absolument, et qu’avec nos modestes moyens, marquer le coup sur ce qui s’est passé au tribunal de Marseille autour de l’instruction de la mort par une balle policière de Souheil El Khalfaoui. C'était en 2021, en août 2021 à Marseille, on va y revenir. Bonjour à tout le monde, je vois que la tante de Souheil, est en visio. Je vois que maître Alimi, l’avocat de la famille, il est beau comme une image d'Épinal, d’où il revient, puisqu’il est dans le train pour, je ne sais pas, il va à Épinal, il doit avoir des affaires là-bas. On attend également Issam, le papa de Souheil, avec qui nous avions eu comment le dire ? Oui, le bonheur de faire un débat qui était très dur, très fort, très intense, il y a deux ans de ça, autour d’une projection d’Un pays qui se tient sage destructions de preuves, impunité de la police, droit piétiné. L’enquête sur la mort de Souheil El Khalfaoui, tué d’une balle en plein cœur par un policier en août 2021 à Marseille, est entachée d’un nouveau scandale des pièces à conviction dont la balle mortelle et des vidéos ont disparu. Ces scellés avaient été sortis pour les besoins de l’enquête à la demande du parquet. Ils n’ont jamais été restitués. Le père de Souheil, Issam, et sa tante Samia sont Au poste avec nous ce matin pour nous détailler la plainte qu’ils ont déposée pour détournements de biens visant l’ancienne procureure mais d’une manière générale plutôt l’institution, avec nous également l’avocat Arié Alimi dont je parlais à l’instant. Je les ajoute à la scène, je ne vois pas Issa, mais pour l’instant, je vois Samia. Bonjour Samia, merci beaucoup d'être avec nous, on a fait ça au débotté mais depuis trois ans, non quatre ans maintenant, de toute façon vous êtes de tous les combats pour votre neveu.
Samia El Khalfaoui
On n’a pas eu le choix.
David Dufresne
À côté de vous, il y a donc maître Alimi, bien connu de nos services, infidèle, peut-être l’invité le plus récurrent d’Au poste. Mon cher Arié, ton micro est fermé, je vois là le grand professionnel que tu es, puisque tu ne veux pas nous faire écouter le bruit de ton train, mais n’oublie pas d’ouvrir ton micro si tu veux nous parler, parce que si j’ai bien compris, c’est en partie lié à toi qu’il y a eu une disparition des pièces, est-ce que je me trompe, c’est-à-dire qu’en fait tu avais été appelé il y a quelques années par la justice à Marseille qui voulait faire le point avec toi et pour t’expliquer pourquoi dans un premier temps le dossier allait être classé et qu'à ce moment-là on sort les preuves pour te montrer « mais regardez on a travaillé » et depuis on n’a pas retrouvé ces preuves, est-ce que c'était ça la chronologie ?
Arié Alimi
Alors la chronologie, c’est qu’effectivement, il y avait eu très rapidement un classement sans suite, sans véritable enquête. Est-ce que vous m’entendez bien déjà ?
David Dufresne
Absolument, cette voix du matin est parfaite.
Arié Alimi
Issam El Khalfaoui, le papa de Souheil, Samia, avait évidemment suivi dès le départ le déroulement judiciaire, se rendant compte qu’il y aurait probablement très rapidement une enquête qui amènerait à une impasse comme c’est le cas dans la plupart des sociétés de violence policière et donc ce qui s’est passé, c'était qu’ils m’ont demandé d'être leur avocat après le premier classement sans suite et à ce moment-là, on a fait des pieds et des mains pour obtenir la possibilité de pouvoir consulter les pièces du dossier, la fausse enquête, la simili enquête qui avait été faite. Et donc le procureur de la République de l'époque nous avait autorisés à consulter les éléments du dossier, on avait été reçus au tribunal de Marseille, les scellés avaient été ouverts en partie devant nous par une greffière et on s’est rendu compte qu’il manquait déjà un certain nombre de choses dont des vidéos de caméras qui étaient orientées sur la scène et c’est la raison pour laquelle la procureure de la République de Marseille, Madame Laurens, avait rouvert l’enquête, annulé le classement sans suite. Donc c'était cet acte qui avait été fait grâce à Issam, parce que c'était Issam qui avait fait les pieds et les mains pour avoir accès aux éléments. Et qui fait qu’une instruction a finalement été ouverte sur la plainte avec constitution de partie civile que nous avons déposée parce que nous ne faisions plus évidemment confiance au procureur de la République. Et deux, trois ans plus tard, on se rend compte que les CD qui ont été ouverts à ce moment-là, qui avaient été remis à Madame Dominique Laurens, procureure de la République de Marseille à l'époque, qui avait décidé de reprendre les éléments, ont disparu alors qu’ils étaient dans son bureau. C’est un rapport judiciaire qui le confirme. Donc voilà le déroulement des choses et voilà comment on s’est aperçu il y a quelques jours que les scellés ont disparu depuis plusieurs mois voire années. C'était qu’on nous le disait évidemment.
David Dufresne
C’est ça, Samia, la famille donc, je rappelle vous êtes la tante, vous avez reçu en fait un courrier, c’est ça ? En vous disant, est-ce que vous pouvez nous dire la teneur de ce courrier ?
Samia El Khalfaoui
En fait, un courrier de la nouvelle juge d’instruction a été transmis à notre avocat et il nous en a fait part. Ce courrier était assez ahurissant, c’est vrai qu’il nous a mis totalement à plat, puisqu’en fait, ça montrait la réelle bonne volonté de la juge de tenter d’inscrire un dossier qui, dès le début, est mal parti. Pour autant, ces déclarations dans le courrier nous montraient la situation, à savoir que depuis le mois de décembre, elle s'était rendue compte que les neuf scellés avaient disparu. Elle les avait demandés parce qu’elle commençait, elle, à la différence du précédent juge, à accepter nos demandes d’actes et qu’elle avait besoin de ces éléments pour poursuivre. Elle a découvert au parquet de Marseille que les neuf derniers scellés avaient disparu. Et dans le cadre de ce courrier, elle énumère l’enquête qu’elle a dû faire elle-même jusqu'à cette date de mai où elle nous fait son aveu de non atteinte de son objectif, à savoir retrouver les scellés. Donc elle explique comment elle les a fait chercher au sein du parquet, comment elle a demandé à l’IGPN et aux inspecteurs s’ils en avaient ou s’il y avait des copies. Comment elle a contacté le précédent procureur André Rie pour savoir si c'était lui qui les avait, qui lui a dit qu’en fait c’est la nouvelle juge, qui au moment du classement sans suite, et après le fait que notre avocat Arié Alimi ait repris le dossier, et qu’on a médiatisé ce qu’il y avait dans le dossier, à savoir rien du tout, et la disparition première des scellés. Que la nouvelle juge avait décidé de récupérer ces scellés et qu’au final il semblerait qu’elle ne les ait pas remis au coffre du parquet. Et entre temps, cette procureure a été promue et elle est devenue première procureure générale femme de France à Reims. J’ai d’ailleurs vu hier qu’elle a fait une déclaration, sur France 3, indiquant qu’elle était abasourdie par ce qu’elle avait appris et qu’elle indiquait qu'à son côté, elle avait pourtant tout fait pour que la manifestation de la vérité sur ce dossier soit faite.
David Dufresne
Je vois qu’Issam vient de se connecter, merci beaucoup Samia pour le condensé de ce qui vous est arrivé. Issam, bonjour à vous et d’une certaine manière je suis heureux de vous retrouver mais dans des circonstances auxquelles je ne m’attendais pas du tout. Alors on est obligé, je suis navré, mais on est quand même obligé de rappeler les faits, je vais le faire rapidement, nous sommes dans le quartier de la Belle de Mai, nous sommes donc en août 2021. Souheil est dans une voiture qui est interceptée et il va remettre le contact, il va faire une marche arrière, pour la police il aurait tenté de se soustraire à un contrôle, il aurait percuté un policier ce qui aurait fait que l’autre policier qui était sur place a tiré sur Souheil en plein cœur, c’est-à-dire que grosso modo tout en tête, l’image de Nahel, c’est à peu près la même chose, on peut s’imaginer. Il se trouve que précisément, les images ont disparu, à l’inverse de Nahel et qu’il n’y a personne pour filmer. Est-ce que j’ai résumé à peu près le plus objectivement possible le déroulé des faits pour qu’on comprenne bien de où on parle ? Donc la police est clairement impliquée.
Issam El Khalfaoui
Oui, après que Souheil était à l’arrêt, le contrôle de police, il décide de démarrer à marche arrière pour s'échapper au moment où les policiers veulent mettre le véhicule à la fourrière. Et dans son sens à marche arrière, dans une courbe, certainement qu’il écrase peut-être le pied d’un policier, c’est encore à confirmer. Et une fois que le policier était hors de danger, d’après tous les témoins, il y a le policier qui a tué une balle en plein cœur.
David Dufresne
Neuf pièces à conviction ont disparu du tribunal, il y a la vidéo de l’interrogatoire initial du policier qui a été quand même retranscrite sur procès-verbal par l’IGPN, mais déjà vous aviez à l'époque, me semble-t-il, dit qu’il y a des petits soucis dans la retranscription de cette audition, de ce policier. Qui je le rappelle Romain D est toujours en fonction et par ailleurs a participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris où il faisait une démonstration habillé en Napoléon, une démo de BMX sur une plateforme flottante au grand désarroi de vous quand vous avez découvert que Romain D, le policier tireur, était là. Alors la retranscription déjà de son audition, vous le disiez à l'époque, elle pose problème et aujourd’hui on ne peut plus le prouver puisque la vidéo a disparu, l’original a disparu, c’est bien ça.
Issam El Khalfaoui
En fait, qui repose le problème, c’est surtout qu’on n’a pas confiance dans la retranscription de l’IGPN. Il y a eu tellement de faux, de manipulations. Et en l’occurrence, pour cette retranscription du premier interlocuteur, je veux quand même rappeler, parce que c'était assez important, c’est que ce policier n’a pas été placé en garde à vue. Il y a le procureur André Ribes qui a demandé explicitement à ce qu’il soit interrogé après tous les témoins et tous les policiers. Donc il a été interrogé l’an dernier. Et on sait aussi qu’il a pu communiquer avec ses collègues le soir même du meurtre. Et en fait, ce qui nous choque beaucoup, c’est qu’on a demandé, on a fait une demande d’actes au juge en demandant de visionner justement cette audition pour qu’on puisse comparer avec ce qui a été retranscrit par l’IGPN. Et en fait, ça nous a été refusé par le juge d’instruction, par la cour d’appel, alors que les scellés avaient disparu et ça, ils ne l’ont jamais dit. Donc en fait, on fait une demande d’acte sur un scellé qui est censé être là, de visionner ou au moins que le juge vérifie que la retranscription est bonne, ce qu’il n’a pas fait puisqu’il n’avait pas les scellés. En fait, on ne nous a pas parlé, on nous a dit que non, c'était refusé, ça a été refusé, il filtrera un appel. Et c’est ça qui est choquant. C’est-à-dire que du coup, on a une pièce qu’on veut vérifier, contrôler, c’est notre droit, on nous le refuse, et en plus, on ne lui dit pas qu’en fait, cette pièce n’existe plus.
David Dufresne
Merci beaucoup Issam, si éventuellement vous pouviez mettre le micro en face de votre bouche, ce serait parfait, mais on vous a compris. J’ai vu Arié que tu voulais réagir à la question de la retranscription de l’IGPN ou peut-être du policier.
Arié Alimi
De manière plus générale, et là je vous donne une expérience d’un avocat qui travaille beaucoup sur les affaires de violence policière. On a déjà un certain nombre d’enquêtes pénales ou d’instructions en cours contre des enquêteurs de l’IGPN pour des fausses retranscriptions de vidéos qui nous font dire effectivement qu'à chaque fois on doit tout vérifier et ce fut le cas également évidemment pour les retranscriptions des auditions par l’enquêteur. Le problème c’est qu’aujourd’hui effectivement on a l’impression que tout le travail qu’on essaye de faire à la place des enquêteurs depuis le début, c’est la famille qui s’en occupe. Ce n’est pas forcément les enquêteurs, les enquêtrices ont tout mis en œuvre pour que l’enquête ne se déroule pas correctement, y compris les autorités judiciaires. Et en fait, on rame à contre-courant d’une enquête qui devrait se dérouler normalement et qui se déroulerait normalement si la personne qui est mise en cause n'était pas un policier. C’est ça le problème majeur. Et la famille en a tellement conscience, nous en avons tellement conscience qu’effectivement on est obligé de faire des actes d’enquête comme des reconstitutions sur place, comme des enquêtes de voisinage à la place des policiers parce qu’on s’est rendu compte que les policiers n’avaient pas fait véritablement l’enquête de voisinage et qu’au lieu de l’affaire ils avaient même dissuadé, voire intimidé les voisins qui avaient peur parce qu’on est dans un quartier populaire où ils ont peur de la police et on a fait des pieds et des mains pour que les gens puissent parler. S’exprimer librement. Et aujourd’hui encore, on a des témoins majeurs qui ont vu la scène, qui ont vu le positionnement des uns et des autres, qui refusent de parler parce qu’ils ont peur de la police, pas d’autre chose. Donc vous voyez, cette enquête, cette affaire, est tellement emblématique et archétypale de ce qui se passe dans les affaires de violence policière, mais on a tout là. Ils ont tout, la famille El Khalfaoui, sur le dos. Marseille, parce que c’est aussi une localité particulière, il faut le dire, il y a eu beaucoup d’affaires de traitement judiciaire totalement inique et dont Mediapart et Au poste ont rendu compte à chaque fois. À Marseille, c'était encore un facteur aggravant de la difficulté d’obtenir une enquête correcte. Voilà, on a une succession d’obstacles et s’agissant des retranscriptions, évidemment, maintenant, on en a une difficulté. L’audition n’existe plus. Donc c’est encore plus compliqué. Si on avait voulu faire et nettoyer plus blanc que blanc, on n’aurait pas mieux fait, si je puis me permettre.
Samia El Khalfaoui
Au-delà de ça, si je peux rajouter quelque chose, c’est que depuis le début, on demande une reconstitution. Le précédent juge avait indiqué qu’il la ferait à la fin. Finalement, il est parti sans l’affaire. La nouvelle juge, lorsqu’elle a repris le dossier, a réceptionné une reconstitution en 3D qu’on avait fait faire par Index, qui était accablante concernant les policiers. Elle n’a pas été publique parce que l’objectif de cette reconstitution était avant tout de fournir un outil à la juge afin qu’elle puisse réinterroger le policier tireur et tueur de mon frère. Et aujourd’hui elle se retrouve dans une situation de ne pas pouvoir le faire parce que les vidéos qui ont été utilisées dans le cadre de cette reconstitution font partie des vidéos qui ont disparu. Et donc aujourd’hui elle est dans l’incapacité de pouvoir utiliser cette reconstitution qui a été faite de manière qualitative et la plus précise possible parce qu’elle n’a pas les vidéos disparues en original.
David Dufresne
Issam, peut-être vous pourriez me préciser, il me semble qu’il y avait aussi des vidéos qui n’ont même pas disparu, qui n’ont jamais été versées au dossier et qui avaient été détruites, je crois, par une banque dont les caméras de vidéosurveillance auraient filmé la scène et ces vidéos ont été supprimées au bout de 30 jours comme le veut la loi par la banque sans que la police à aucun moment dise « Toc Toc, donnez-nous les images », c’est exact ?
Issam El Khalfaoui
Parmi toutes les vidéos qui ont été fournies à l’IGPN par la Caisse d'Épargne, il manque une vidéo, la seule qui a filmé l’intégralité du meurtre. En fait, quand on a rencontré le juge, le procureur Ribes avec un maître à 10 minutes, on s’est aperçu qu’il manquait des choses dans les vidéos. Quand on regarde la façade de la Caisse d'Épargne, on voit, les seules caméras qu’on voit, c’est des caméras en hauteur. D’accord. Un policier chevronné qui reçoit des vidéos et qu’il n’y a que des vidéos qui ne sont pas en plongée, qui sont des vidéos à hauteur d’hommes, il voit très bien qu’il manque des vidéos. Du coup, on a porté plainte pour obstruction à la manifestation de la vérité. Il y a une commission rogatoire qui a été faite et qui ne concerne que l’extraction des vidéos à Nantes. Alors que depuis le début, on dit qu’en fait il y a une possibilité de visionnage des vidéos directement au siège de la Caisse d'Épargne qui est à 500 mètres de l’IGPN. On a le brigadier qui s’occupait de l’extraction des vidéos qui, dans sa demande, dit qu’il a eu un entretien avec la sécurité. Donc la Caisse d'Épargne était au courant qu’ils s’agissaient d’un meurtre. Donc ne pas donner cette vidéo sous prétexte que c’est la vidéo de l’arrivée des convoyeurs de fond, parce que c’est ce qui a été dit, c’est aberrant sachant qu’un civil, six mois après, s’est fait filmer au même endroit et a demandé, parce que la CNIL oblige la banque à lui donner les vidéos, s’il fait filer et alors que lui qui est simple civil, on lui a donné toutes les vidéos. Par contre, on ne les donne pas à la police. C’est un peu choquant.
David Dufresne
Alors, je peux vous dire que le tchat est choqué, il y a déjà plusieurs questions, l’une qu’on pourra peut-être aborder par la fin, c’est quels peuvent être les recours, en tout cas les modalités qui se présentent à vous, mais d’abord peut-être une question pour mettre Alimi de Supermurgeman, qui concrètement transporte ces scellés jusqu’au bureau d’un juge ou d’une procureure ? Et est-ce que le tribunal de Marseille…
Arié Alimi
Pour te répondre et pour répondre au tchat, il n’y a pas de règle. C’est ça qui est fou. Et là, on vient de se rendre compte que c’est le bordel absolu au tribunal judiciaire de Marseille. Normalement, au début, on commence par une enquête préliminaire avec le parquet. C’est le procureur de la République qui est chargé de l’enquête. Donc c’est lui qui collecte les scellés. Déjà, à l'époque, il y avait deux enquêtes pour expliquer un peu dans le détail. Il y avait une enquête pour violences volontaires ayant entraîné la mort de Souheil, c'était confié à l’IGPN, et une autre enquête pour tentative d’homicide contre le policier. Dans ces deux enquêtes, il y avait des scellés qui étaient mis dans une enquête qui était gérée par la police judiciaire et d’autres scellés dans l’enquête de l’IGPN. Les scellés n'étaient pas versés dans les uns et dans les autres. Ça veut dire que les enquêteurs n’avaient pas accès à tous les scellés alors qu’ils devaient enquêter. C’est la première chose. Et une fois que l’enquête préliminaire s’est terminée, quand on a déposé la plainte avec constitution de partie civile et qu’un juge d’instruction a remplacé le procureur de la République, normalement ce qui se passe c’est que le procureur de la République remet à la greffière du juge de l’instruction l’ensemble des scellés. Mais là, ce n’est pas ce qui s’est passé.
David Dufresne
Le petit problème de connexion, peut-être que vous pouvez terminer ce que disait Arié, Issam ou Samia, je rappelle Samia vous êtes la tante et Issam le père. Voulez-vous poursuivre ce que disait Arié ?
Issam El Khalfaoui
Je pense que Arié allait dire que dans le courrier de la juge, il est spécifié que les scellés sont arrivés dans le bureau de la procureure et que c’est qu’une fois qu’ils sont arrivés dans le bureau de la procureure, qu’on ne sait plus où ils sont. En fait, est-ce qu’il est assez choquant ? De par l’interview qu’elle a donnée hier, c’est qu’elle dit qu’elle n’est pas au courant que le greffe lui a demandé des choses. Donc en fait, même dans la retranscription de ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont dit, c’est incohérent. Donc c’est incohérent dans le courrier du juge qui me dit qu’il y a une greffière qui a adressé un courrier et qui a fait une recherche et qui a demandé explicitement à Madame Laurens, ou télé-vidéo, avec les années d’infos qu’elles a vues dans son bureau, elle a dit qu’elle n’est pas au courant de cette demande. En tout cas, la seule chose qu’on sait, d’après la lettre, c’est que la dernière fois où ils ont été vus, c'était dans le bureau de la procureure.
Samia El Khalfaoui
Qui les avait mis dans son bureau à la suite du classement sans suite, à la conférence de presse qu’on avait faite qui relatait tous les faux en écriture publique, le fait que le policier tueur n’avait pas été mis en garde à vue, qu’il avait été auditionné en dernier, le fait qu’en fait il n’y avait eu aucune enquête de voisinage si ce n’est le jour du meurtre à 1h30 du matin. Des policiers qui ont tapoté aux portes de manière assez agressive pour réclamer à ce qu’on les ouvre et qu’ils réquisitionnent les téléphones portables de ceux qui avaient filmé la scène. En fait, elle a décidé à ce moment-là, lorsqu’elle a repris l’enquête, de mettre en lieu sûr les scellés restants et de les extraire du coffre du parquet pour les mettre dans son bureau. Ce qui est déjà quelque chose d’inconcevable en fait et elle a été mutée et visiblement elle ne s’est pas souciée du fait que ces scellés sont restés dans un bureau qui n'était plus le sien.
David Dufresne
Je vous propose en attendant qu’on retrouve Arié, de vous montrer ce que Gérald Darmanin, donc ministre de la Justice, garde des Sceaux, a répondu hier à l’Assemblée nationale. Alors vous, vous n’allez pas entendre pour des raisons techniques, mais les gens qui nous regardent et qui posent des questions et qui sont de tout cœur avec vous, je peux vous le dire si vous le chat. Eux vont entendre Gérald Darmanin et on se retrouve juste après pour que vous me disiez ce que vous ressentez après cette déclaration. Alors attendez, je mets ça, j’espère que le son sera bon, ça devrait aller.
David Dufresne
Pardon, excusez-moi, quand vous avez entendu Gérald Darmanin faire cette réponse, donc il y a une question, c'était hier les questions au gouvernement, Manuel Bompard, chef de file de la FI, qui pose une question concernant cette disparition mystérieuse au sein du tribunal de Marseille, qu’est-ce que vous avez ressenti, Samia, Issam et Arié de la réponse de Gérald Darmanin ? Garde des Sceaux, rappelons-le.
Samia El Khalfaoui
Tout d’abord, je tenais à préciser que l’initiative de réclamer, de demander aux députés de gauche de nous assister, de nous appuyer pour qu’une question au gouvernement soit faite vient de notre famille. Je tenais à préciser qu’il y a eu un front commun des quatre parties de gauche qui ont décidé ensemble de nous soutenir, étant donné le contexte politique actuel et le fait qu’il y avait pour chacun une possibilité de peu de questions, il a été entendu que finalement c'était la FI et les Verts qui posaient la question. Donc on a fait cette démarche-là parce qu’il souhaitait que, en fait, M. Darmanin réponde à la situation. Donc, oui, nous avons été satisfaits de sa réponse, mais il me semble que dans le contexte de ce dossier, où il y avait eu une première disparition de 4 de ces vidéos, puis aujourd’hui, l’intégralité des pièces restantes, la balle comprise, et je ne sais pas si vous mesurez la symbolique de ça, mais pour nous c’est vraiment d’une violence absolue puisque c'était presque vouloir effacer de manière administrative la mort de Souheil, qu’on ne laissera pas faire, qu’on n’a pas laissé faire jusque-là et qu’eux ne laisseront jamais faire. Donc il a répondu ce qui nous semble être le minimum syndical à attendre du ministre. Maintenant, en soi, ce n’est pas… Ce n’est pas une fin, il va falloir qu’on soit vigilants. Il indique que si, ce soir, il n’y a pas une annonce que les scellés soient retrouvés, qu’effectivement cette enquête sera menée et on veillera à ce que ça soit fait.
David Dufresne
Alors, Issam voulait peut-être réagir aux propos de Darmanin, mais je vais mettre en même temps en fond la conférence de presse d’hier. On voit Arié Alimi, on vous voit tous les deux, on voit Nathalie Tehio de la Ligue des droits de l’homme, Bompard, Panot, Châtelain, et puis la caméra ensuite, elle bouge dans l’autre sens. Donc ça c’est la conférence de presse d’hier matin qui précède les questions du gouvernement. C’est important de le dire, c’est ce que vous venez de dire Samia, mais c'était bien pour préciser sur la teneur de la réponse.
Samia El Khalfaoui
Je précise en fait, elle ne précède pas. La conférence de presse intervient après les questions du gouvernement. Et en fait, on voit effectivement jusqu'à Manuel Bompard, Mathilde Panot, Syrielle Chatelin, mais il y avait également Olivier Faure, il y avait également Elsa Faucillon, il y avait également Fabien Jobard, je crois que j’en oublie. Il y avait Issam, j’oublie quelqu’un.
Issam El Khalfaoui
L'écologiste député.
Samia El Khalfaoui
Ah oui, et il y avait Hendrik Davi qui est le député de Marseille, des Verts, qui a posé lui également une question au gouvernement, sur le dossier de Souheil.
David Dufresne
Pourquoi je voulais qu’on parle de ça, parce que Gérald Darmanin, dans sa réponse, d’abord il en profite pour faire de la publicité à la vidéosurveillance en disant que oui ça sert la vidéosurveillance à élucider des enquêtes, il se trouve que là c’est le cas inverse, mais le gars est quand même capable de continuer son discours. Et justement il y a un deuxième point donc il répond ce qu’on vient d’entendre tout à l’heure, il répond à Bompard et d’une certaine manière il semble dire que Bompard se fait le porte-voix de la famille et moi je sens chez lui comme une forme de dé crédibilisation dans la question de Manuel Bompard. Est-ce que vous avez ressenti ça ou pas ? Sous-entendu en fait vous parlez pour la famille, vous ne parlez pas en tant que représentant du peuple.
Issam El Khalfaoui
En fait, le truc, c’est que c’est un droit. En fait, dès que les pièces ont disparu, il y aurait dû avoir automatiquement, sans passer par une question du gouvernement, une enquête interne. Bien sûr. Et ça n’a pas été fait. Et c’est ça qui est scandaleux. Et c’est en ça qu’ils ne représentent pas la famille, mais qu’ils représentent les citoyens. C’est-à-dire que ça aurait dû être fait automatiquement. Et il n’y aurait pas eu besoin d’y avoir une question au gouvernement pour que ça se passe. Et c’est en ce sens-là qu’ils sont tout à fait légitimes et qu’ils sont élus aussi pour représenter le peuple. Et quand quelque chose ne se passe pas selon le droit, ils sont là aussi pour intervenir. Et en fait, c'était un droit légitime, ça aurait dû se passer. En fait, les scellés ont disparu en 2022, nous on a été mis au courant en 2025. Ça fait très longtemps que l’inspection aurait dû être saisie et ça n’a pas été fait. Et c’est ça le point sur lequel il faut appuyer. Aujourd’hui, en tant que victime, on est obligé d’interpeller une question au gouvernement pour obtenir nos droits. C’est hallucinant.
David Dufresne
C’est pour ça que je voulais modestement, avec nos moyens, marquer le coup, parce que je trouve ça hallucinant, en effet, absolument hallucinant. C'était dire que si vous n’aviez pas le temps, les contacts, si vous ne pouviez pas vous battre comme vous vous battez…
Samia El Khalfaoui
Les contacts on ne les avait pas forcément, c’est vrai qu’on a participé il y a deux ans à la niche parlementaire de la FI lorsqu’ils ont décidé de mettre l’abrogation de l’article 435-1 sur leur niche. On est intervenus comme une dizaine d’autres familles. Des chercheurs, des sociologues, la juge même qui avait mis en place cette loi et tout un panel de personnes. C’est à ce moment-là en fait que nous avions été mis en relation avec la FI, mais c’est vrai qu’on n’est pas particulièrement proche d’un parti ou d’une autre. Là, la violence de ce qui s’est passé nous a cloués. Et on s’est dit, cette fois, on y va souvent tout seul, mais cette fois on a besoin d’un relais, on a besoin que notre parole soit portée au sein de l’hémicycle. Et effectivement on a cherché, on a contacté chacun des députés, on a trouvé les directeurs de cabinet de tous les partis de gauche. Ça a été beaucoup de discussions, beaucoup d'échanges, parce qu’effectivement la situation politique actuelle entre avec le conclave des retraites, la situation en Iran, etc. faisait que ce n'était pas évident et qu’il fallait vraiment qu’ils prennent la mesure de la gravité de la situation et qu’ils considèrent que c'était au-delà du crime policier, c’est vraiment une question de droit et que justement ça avait toute sa place au sein de l’hémicycle. Et c’est aussi la raison pour laquelle il y a eu ce front commun de toute la gauche qui, ayant appris la situation, a tout de suite dit « on y va » et en ce sens je tiens à les remercier et je trouve que c’est une démonstration que sur des choses importantes on arrive à communiquer et on arrive ensemble à faire des choses.
David Dufresne
Issam, vous voulez ajouter quelque chose sur ce que vient de dire ?
Issam El Khalfaoui
Non, mais je pourrais juste te dire que, peut-être redire qu’on se bat pour nous, mais aussi pour toutes les autres familles, on a peut-être plus de moyens dans le sens où on n’a qu’il de l’expérience et de la ténacité. J’ai une situation personnelle, et Samia aussi, où on arrive à dégager du temps parce qu’on a priorisé ça et même si c’est difficile de mener de front nos vies professionnelles et ce combat, on consacre beaucoup de temps à ce combat et du coup, vraiment, on veut partager nos actions avec toutes les familles parce qu’on n’est pas les seuls. C’est ce qu’il faut se rendre compte, les scellés qui disparaissent, les vidéos qui disparaissent, c’est monnaie courante en fait dans les affaires de violence policière, ce n'était pas quelque chose qui est extraordinaire. Peut-être que le côté extraordinaire chez nous, c'était que sur le même dossier, il y a eu tellement de choses irrégulières dans le même dossier, c’est le nombre, après c'était aussi lié à Marseille, je ne sais pas, c’est aussi peut-être lié, parce qu’on va au bout des choses, qu’on va toucher les choses qui font mal, on va pointer les dysfonctionnements. Et je voudrais juste rajouter un truc, on est à Marseille, et je voudrais peut-être juste dire que jusqu'à présent, je n’ai pas vu, le maire de Marseille ne s’est pas exprimé. Benoît Payan, que j’avais vu au téléphone quelques jours après la mort de mon fils, et qu’il m’avait lancé en tant que premier magistrat de la ville de Marseille, faisait en sorte que rien ne soit glissé sous le tapis. On a vu que tout a été glissé sous le tapis. Je lui ai demandé de réagir. Là, après la perte des scellés, il a dit qu’il ferait un communiqué de presse et qu’il en parlerait. Je n’ai rien entendu jusqu'à présent. Donc, en fait, ce silence assourdissant du maire de Marseille alors qu’un citoyen de sa ville a été tué, qu’on demande juste la vérité et on ne lui demande pas de s’impliquer sur un point de vue, juste de dire que ce qui se passe judiciairement c’est scandaleux, on ne l’a pas entendu. Et ça, je veux le dire et le redire parce que je lui ai tendu la perche plusieurs fois pour qu’il s’exprime. Il ne s’exprime pas, il n’a pas dit un mot. Alors qu’il est premier magistrat de la ville de Marseille, il a une réunion mensuelle avec les procureurs. Il ne dit rien. Ça, je voulais vraiment insister sur ce fait-là. On a un maire à Marseille qui s’est foutu de moi depuis le premier jour et qui continue.
David Dufresne
Il était déjà maire ?
Samia El Khalfaoui
Il était déjà maire à l'époque et effectivement, c’est vrai qu’il faut bien comprendre que le rôle d’un maire est important et qu’en fait il est en capacité de pouvoir être un vrai relais lorsqu’il s’agit de drames dans sa ville. Il avait, au moment des faits, tenté d’un rapprochement au sens où il nous avait assuré le fait que les vidéos seraient protégées, que l’enquête se ferait comme elle se doit. Aujourd’hui, j’ai la sensation que ce qu’il a fait, c'était plutôt pour s’assurer de notre silence, s’assurer qu’on ne mette pas le feu, parce que c’est vrai que dans le quartier dans lequel ça s’est passé, les amis de Souheil, la colère était forte. Nous, on était complètement détruits parce que tout dès le début a été compliqué pour ceux qui nous écoutent aujourd’hui. Il faut bien comprendre que mon frère Issam a découvert que son fils était à l’hôpital parce qu’un passant a pris le téléphone dans la voiture et comme il venait d’appeler sa maman,
Issam El Khalfaoui
Je vais juste préciser du coup, parce que comme ça, ça sera… en fait, on est allé à l’hôpital où il a été transporté. On est arrivé à l’hôpital, on nous a dit qu’il n'était pas là. Donc avec sa mère, la famille, on a fait tous les hôpitaux de Marseille. Tout le monde nous dit « il est pas là », jusqu'à ce que je supplie une infirmière qui me dit, appelez le SAMU, ils vont vous dire où il est. Le SAMU m’a dit, on l’a amené à l’hôpital Nord. Donc c’est l’hôpital où on avait été en premier. Je retourne à l’hôpital Nord, je demande à voir mon fils, on me dit, il n’est pas là. Je leur dis, ce n'était pas vrai, c’est un mensonge. Le SAMU m’a dit qu’il l’avait transporté ici. Et à ce moment-là, il me dit « attendez, il y a un médecin qui va venir vous voir ». J’ai attendu 45 minutes. Il y avait des portes battantes, il y avait des policiers derrière. Au bout de 45 minutes, personne ne vient me voir. Je prends mon téléphone, il y a une dépêche de La Provence. J’apprends que mon fils est mort. Alors que j'étais sur les lieux même de l’hôpital, un médecin aurait pu me parler. À ce moment-là, les policiers sortent. Je leur demande confirmation. Ils me disent, « on ne peut rien vous dire ». Les infirmiers, « on ne peut rien vous dire ». En fait, c’est un vigile qui m’a dit « c'était votre fils, votre fils est mort, on ne veut pas vous le dire mais votre fils est mort ». Donc voilà comment j’ai appris la mort de mon fils et ce soir même, au moment où je commence à mettre des coups de tête sur une vitre parce que personne ne voulait me parler, on me fait rencontrer un médecin qui m’explique que mon fils est arrivé mort à l’hôpital. Il y a un brigadier-chef, un major de la police qui était le responsable qui me dit comme ça « je suis là pour vous soutenir alors que mon collègue est entre la vie et la mort parce qu’il a été écrasé par votre fils ». Donc pendant 48 heures, j’ai cru que mon fils avait foncé sur un policier et l’avait écrasé. Sur les propos d’un major de police le soir même. Et ça, c'était un mensonge, on s’en aperçoit 48 heures après, lorsqu’il y a eu une marche blanche organisée par des habitants du quartier qui étaient scandalisés parce qu’ils avaient entendu la télé et qui ont décrit par les témoignages ce qui s'était passé. Donc en fait, la machine judiciaire se met en place extrêmement rapidement. Souheil est mort à 19h30. À 19h35, il y a un policier qui va sur les ondes et qui raconte une fausse histoire, qui n’est ni l’histoire de la police, ni l’histoire des témoins. Une histoire où ce qu’ils souhaitaient était clair : qu’il a tenté d'écraser un policier en marche avant et que c’est pour ça que le policier visé lui a tiré dessus. Donc c'était un mensonge total qui est sorti dans la presse à l’AFP quelques minutes après, qui a été la version officielle jusqu'à ce que le dossier soit clos.
David Dufresne
Issam ?
Issam El Khalfaoui
En fait, c’est juste pour montrer…
David Dufresne
Je vous en prie, aujourd’hui quand vous relatez ces faits-là qui sont terribles, est-ce que vous reconstruisez l’histoire, est-ce que vous vous dites en fait tout ce temps où on nous a baladés, pour le dire gentiment, c'était un temps de fabrication d’une version policière, est-ce que vous êtes convaincu de ça ?
Issam El Khalfaoui
Oui, je n’ai aucun doute. En fait l’enquête préliminaire de l’IGPN, elle n’a pas consisté à faire une enquête sur ce qui s'était passé le jour même, elle s’est concentrée à essayer de faire croire que mon fils était dangereux, c’est tout ce qui s’est passé pendant 15… Il y a un procès-verbal, mon fils a fait un refus d’obtempérer la veille, il y a un procès-verbal qui dit que mon fils était dangereux la veille lors du refus d’obtempérer qui est daté manuellement de la veille. Manque de pot pour la police. Ils ont fait une capture d'écran du fichier d’immatriculation pour accompagner ce dossier. Il est daté de trois heures du matin le lendemain de la mort de mon fils. Donc il y a un policier qui à trois heures du matin, le lendemain de la mort de mon fils, a créé un faux procès-verbal de la veille. Et ça, quand on a demandé au juge d’enquêter, « ça concerne la veille, ça ne concerne pas la mort, je m’en moque ». Un faux PV fait par un policier validé par l’IGPN et il y a le juge qui s’en occupe. Voilà ce qui s’est passé pendant les 15 secondes du jour. Il y a des choses qui sont aberrantes. Pourquoi les vidéos de la ville de Marseille ont été visionnées au moment où elles ont été réceptionnées et les vidéos de la Caisse d'Épargne, qui étaient importantes, ont été visionnées 11 jours après ? On les a déjà visionnées 11 jours après parce qu’on sait déjà ce qu’il y a dedans, parce qu’on les a vues à la Caisse d'Épargne et on a déjà fait en sorte que la vidéo principale ne soit pas là. Donc en fait, c’est une succession de manœuvres pour diluer la vérité, pour qu’au final, je pense que le but ultime de cette enquête, c’est qu’au final, il ne reste que les témoignages des policiers et des témoins oculaires. Et comme dans tous les cas, à chaque fois, la parole des policiers vaut la parole d'évangile, on pense que ce qu’ils ont dit… Les autorités estiment que les policiers disent la vérité, donc on se retrouve avec parole contre parole, donc classement sans suite ou non-lieu systématique. Je voudrais juste rappeler aujourd’hui, parce que les Français ne le savent pas et je n’arrête pas de le répéter, en enquête préliminaire, les policiers ont la possibilité de mentir. Ils ne risquent même pas un blâme. Et 90 % des violences policières sont classées sans suite sur la seule parole des policiers qui ont le droit de mentir. Ça, il faut le savoir, en fait.
Samia El Khalfaoui
Une parole qui en fait est totalement incongrue et irréaliste. Parce que le policier qui a tué mon neveu indique avoir tué mon neveu parce qu’il protégeait son collègue qui était tombé et qui en fait avait été traîné sur plusieurs mètres par la voiture de Souheil et donc qu’il a tiré pour l’extraire de cette situation-là. Il faut savoir que c'était au mois d’août, que le policier en question, donc le collègue qu’il voulait sauver, était en chemisette, il avait un téléphone portable à la main, et en fait, oui il n’y a pas eu de vidéo, on n’a pas pu récupérer les vidéos de la Caisse d'Épargne, mais il y a un passant, qui fait une vidéo qui commence 20 secondes après le tir et où on voit que le policier soi-disant blessé, est allongé derrière la voiture de mon neveu. De police. De police, derrière la fourgonnette de police. Il se lève, donc absolument pas dans le tracé des roues de mon neveu, vu qu’il était derrière la fourgonnette, et il se lève. Il n’a aucune abrasion dans les bras. Il a toujours son téléphone portable à la main. Il boite pendant quelques mètres et puis il se met à aller très vite vers la voiture de mon neveu, où en fait on les voit s’agiter dans tous les sens, les trois, ça dure un temps très long. Ensuite, ils décident de faire sortir le passager de la voiture de mon neveu avec beaucoup d’agressivité, ils font une arrestation digne d’un film, sans jamais regarder mon neveu. Les secours vont être appelés, non pas par eux, mais par des voisins qui n’ont même pas, pour la plupart, vu le tir, parce qu’il a tiré tellement proche du corps de mon neveu, la fenêtre ouverte que c’est rentré directement dans son cœur et qu’ils n’ont même pas entendu le bruit. Donc les gens n’ont pas vu ce tir pour la plupart. Et du coup, c'était juste qu’ils ont vu à la fenêtre la pâleur de mon neveu. Et ils se sont dit, il a fait un malaise, il y a quelque chose. Donc c’est eux qui ont appelé. Et du coup, en fait, c’est aussi la raison pour laquelle les secours vont être longs à arriver parce qu’ils ne sont pas informés qu’il s’agit d’un tir par balle, ce n’est pas la police qui appelle. Et les pompiers qui vont intervenir, on découvrira des mois après sur une émission sur TFX qui s’appelle Marseille sous haute tension, que les pompiers qui sont intervenus avaient en leur sein des journalistes embarqués, donc ils ont pris le temps de l’habiller, etc., pour venir, avec des caméras cachées, faire l’intervention. Et les dernières scènes de vie et la réanimation de mon neveu, on va la découvrir floutée sur TFX plusieurs mois après. C’est comme ça en fait que les choses ont été gérées. Et c’est une violence supplémentaire qu’on a découverte.
David Dufresne
Oui, parce que je crois qu’on en avait parlé, Samia, quand on s'était vus il y a deux ans, vous découvrez ce reportage, vous n'êtes pas du tout au courant Voilà. Et si je l’ai bien lu, parmi les neuf pièces qui ont disparu, il y a aussi, me semble-t-il, des appels SAMU ou des appels pompiers, non, il n’y a pas une communication ?
Issam El Khalfaoui
C’est tous les appels pompiers, secours, on avait déjà eu une extraction de cela et on s'était déjà rendu compte que les policiers n’ont pas appelé les pompiers, c'était les passants et que d’ailleurs, quand les pompiers sont arrivés, ils ont commencé à s’occuper du policier, ils ne se sont pas occupés de mon fils. Moi, j’ai des vidéos où je vois mon fils agoniser, en fait. Il n’y a personne qui s’occupe de lui, il y a les policiers qui le regardent, ils sont interpellés par le public, qui leur demandent « mais aidez-le » et ils ne réagissent pas.
Samia El Khalfaoui
Et ils font tout un show.
Issam El Khalfaoui
Ils font tout un show.
Samia El Khalfaoui
Ils font tout un show autour de ce policier qui gémit, qui a une brasure. J’ai un fils de 6 ans qui, lorsqu’il se jette sur le tapis, est plus éraflé que ce qu’il avait au genou. Et en fait, ils lui demandent son indice de douleur entre 1 et 10. Enfin, c’est une télénovela. Et pendant qu’ils font ça, mon neveu est dans la voiture et personne ne s’occupe de lui.
Issam El Khalfaoui
Et je voudrais juste compléter par rapport à ce que dit Samia sur le fait que le policier qui était allongé dans la voiture, on a des témoignages concordants de témoins qui disent qu’une fois que la voiture est dégagée, ils ont arrêté de regarder la scène parce que le policier était debout, la voiture était dégagée. Et c’est après, il y en a un qui a pris son téléphone, qui voulait filmer à ce moment-là la fille de mon fils, et un autre qui est rentré éteindre sa machine à café. Et entre le moment où ils ont été regardés, c'était à ce point-là qu’ils ont entendu le tir, ils sont ressortis voir. Et à ce moment, le policier d’un corps debout, s’est allongé. On a des témoignages qui disent que le policier s’est allongé. Et ça, le juge n’en tient pas compte. Parce que ce n’est pas la parole des policiers.
David Dufresne
Alors je ne sais pas si vous arrivez à voir le tchat, mais qui est, je vous le disais, de tout cœur avec vous, qui est évidemment révolté par ce qu’il entend, je ne veux pas vous prendre non plus trop de temps. Je voulais vous demander, vous avez fait plusieurs procédures, est-ce que vous pouvez nous dire lesquelles et où est-ce qu’elles en sont ? Et ensuite j’aurais une question.
Issam El Khalfaoui
Donc il y a déjà la plainte pour homicide qui est en instruction avec toutes les demandes d’actes qu’on a faites et qui sont quasiment systématiquement refusées et filtrées en appel. Je ne vais pas revenir dessus, c’est invraisemblable. Les choses les plus élémentaires qui sont refusées. Notamment, je vais quand même… Celle-là, elle est quand même, je trouve, assez forte. On a un témoin crucial. En fait, je rencontre le juge d’instruction une fois au démarrage de l’enquête. Il me montre une photo et me dit que ce témoin est hyper important, on n’arrive pas à le retrouver. C’est dommage, parce que moi qui suis juste un simple citoyen, je peux vous le retrouver. Donc ce monsieur, je l’ai rencontré, c’est un monsieur qui n’a pas voulu témoigner, mais avec qui j’ai échangé, qui est pro-police, qui a dit que mon fils avait fait un refus d’obtempérer, donc c'était bien ce qui lui était arrivé, et je lui ai dit que ce n’est pas grave, allez témoignez, je veux juste la vérité, donc allez témoigner. Il a refusé, mais j’ai réussi à avoir ses coordonnées. Ce témoin, considéré comme crucial par le juge, habite à Lille. Il décide de faire interroger ce témoin par la police de Roubaix, sauf que Roubaix c’est la ville de naissance du tireur, faut noter l’ironie du truc.
Samia El Khalfaoui
Qui est issu d’une famille de policiers et gendarmes.
Issam El Khalfaoui
Et donc là, à ce moment-là, il y a des questions qui sont posées pendant une heure à ce témoin. Il y avait deux questions à poser qui étaient importantes, elles ne sont pas posées. Au retour, quand je reçois le procès-verbal, quand mon avocat reçoit le procès-verbal et qu’il me communique ce qui a été dit, je demande au juge pourquoi ces questions n’ont pas été posées. Et là, il me dit que c’est vrai, c'était regrettable, parce que ça aurait pu éclaircir sur la vérité, mais c'était trop tard, parce qu’un monsieur ne veut plus être interrogé. Donc en fait, c’est ce juge qui me dit que ce témoin est crucial, qu’il ne prend même pas la peine de l’interroger, qu’il sait très bien que la police n’allait pas lui poser les questions, et après, il prétexte qu’il ne peut plus l’interroger. Alors que même s’il ne veut pas, vu que cette personne a déjà témoigné, il peut être contraint par la force d'être amené devant un juge. Et le juge refuse. Donc voilà où on en est sur cette enquête pour homicide, ce genre de choses. On a une enquête pour faux en écriture publique, elle est au point mort, il n’y a rien du tout fait dessus.
David Dufresne
C’est ce dont vous parliez tout à l’heure, le faux.
Issam El Khalfaoui
La manipulation, ce n’est pas ce faux-là. Ce faux-là, il n’y a pas à être plainte, parce qu’en fait, je vais juste dire un truc après, qui est assez cocasse. Non, en fait, il y a plein de PV qui sont, notamment sur les vidéos, à un moment donné, ils disent qu’ils ont reçu un certain nombre de vidéos, alors que ce n’est pas le nombre qu’ils ont reçu, donc il y a un faux manifeste, donc une enquête, qui a été jumelée avec une autre enquête qui est obstruction à la manifestation de la vérité, qui essaie de trouver pourquoi la vidéo a disparu. Cette enquête, elle est pareille au point mort, ils ont interrogé les sous-traitants qui extraient les vidéos, qui pointent du doigt la responsabilité de la Caisse d'Épargne, mais pourtant ça ne bouge pas. Ils n’ont pas été interrogés. Et la personne qui est la cible de cette plainte qui aurait dû être interrogée, ça fait maintenant trois ans, le brigadier qui a extrait les vidéos, il n’a pas encore fait sa première comparution. En fait, c’est au point mort, on fait tout pour ça. Et en fait, je vais juste revenir sur la plainte. Que le juge d’instruction aurait dû mener pour le faux. Quand il ne l’a pas fait, il faut que je me constitue partie civile et que je porte plainte. Quand je me constitue partie civile, je porte plainte, je dois payer une caution. Donc, à chaque fois, je dois payer 5 000 euros de caution. Donc là, je fais 3 plaintes, 15 000 euros de caution qui sont bien gardées par l'État français. Donc, si je me constitue partie civile, il faut que je repaye 5 000 euros. Et ça, ils le savent, en fait. Et qu’au bout d’un moment, entre les frais judiciaires, les frais où je ne travaille pas, comme tout le monde, au bout d’un moment, on arrive à une limite et on fait des choix. Mes choix, ils sont arrivés plus tard parce que j’avais les moyens, j’ai eu la chance d’avoir les moyens de pouvoir supporter les frais, il y en aura tout ça, les frais… Parce que quand je vais à Paris, ça coûte. Quand je fais un événement pour montrer que ce qui ne marche pas, ça coûte beaucoup, quand je paye les avocats, ça coûte, donc en fait, je pense que, juste pour un ordre de grandeur, je pense que depuis que Souheil est mort, j’ai plus de 100 000 euros de frais. Ça, ce n’est pas possible pour la majorité des gens. J’ai eu une chance incroyable, j’ai hérité juste avant. Mais sans ça, même si je gagne bien ma vie, avoir 100 000 euros disponibles de côté pour pouvoir faire ça, c’est à moins d'être très riche, ce qui n’est pas possible. Et du coup, voilà, il y a trois plaintes aujourd’hui, deux plaintes qui sont au point mort, et une plainte où les scellés ont disparu. Voilà où on en est aujourd’hui. Et moi ce que je demande, ce qui est important, je veux vraiment une reconstitution avec des experts, avec tous les témoins et sur site. C’est ce qu’on me refuse depuis trois ans. C’est la seule façon de confronter réellement, et non pas juste par le prestige policier, les versions policières et les versions des témoins. Et ça, on nous le refuse. Le premier juge qui avait dit qu’il le ferait et qui est parti, la cour d’appel qui dit « ça se fera peut-être en fin d’instruction », et la juge actuelle qui dit « pour l’instant ce n’est pas le rang du jour, on attend la fin des investigations ». Donc personne ne m’a dit à la fois qu’on aura une reconstitution sur site avec des experts et avec tous les témoins. Et moi, c’est ce que j’attends.
Samia El Khalfaoui
Si je peux juste rajouter quelque chose, c’est que si le tir a eu lieu, si ce policier a pu tirer sur mon neveu, c’est parce qu’il y a la loi et l’article 435-1 du Code civil de sécurité intérieure. Depuis cette loi qui a été mise en place en 2017, il y a eu 35 familles victimes de cet article de loi. Côté police. Depuis l’article 435-1, qui a permis un élargissement des conditions de tir pour les policiers, en tout, la police a tiré et tué en France 134 personnes. La France a le record d’Europe du nombre de tués par la police et du nombre de blessés par les policières. Donc, Issam a raison lorsqu’il dit qu’aujourd’hui on se bat. Pour Souheil, mais en vrai on se bat aujourd’hui pour toutes les familles. C’est d’ailleurs l’une des premières fois où en fait on utilise un temps médiatique qui est exclusivement dédié à Souheil jusque-là, on n’a fait que se battre et de mettre en avant la dangerosité de cette loi. Chacune des 35 familles, on la connaît. On a créé une association qui s’appelle Stop aux violences d'État. Une association qui sensibilise sur ces questions-là. L’un des projets que porte cette association s’appelle 435-1, m’a tuée. Je vous invite tous à regarder en fait le travail qui est fait, le travail de sensibilisation, le travail d’information sur cette loi-là, c’est un travail énorme qu’on fait et que je continuerai à faire pour Souheil et pour toutes les familles, même s’il y a des jours. Comme aujourd’hui où en fait on est un peu fatigué parce que c’est dur de porter tout ça. Mais on continuera jusqu’au bout en essayant d’informer le plus grand nombre de personnes et avant tout des personnes qui ne sont pas concernées par cette situation-là. Parce que, oui, Souheil était le conducteur de cette voiture. Il y a aussi des passagers comme Rayana qui ont pu décéder de cet article de loi. Et aujourd’hui on ne peut pas accepter qu’une police tue sans jugement des personnes. Le permis de tuer c’est ce qu’est cette loi, c’est une peine de mort immédiate.
Issam El Khalfaoui
Je voudrais juste rajouter quelque chose qu’on n’a pas évoqué depuis le début, que j’ai toujours mis de côté et que j’en parle plus et plus facilement. S’il était blond aux yeux bleus, il ne serait pas mort. On ne lui aurait pas tiré dessus. Parce qu’il ne faut pas oublier que cette loi, justement 435-1, elle dit qu’il faut tirer sur des conducteurs qui sont susceptibles pendant leur fuite d'être dangereux. La dangerosité aujourd’hui, elle est conditionnée par la couleur de peau. Ça c’est un fait. Le racisme systémique, même s’il est réfuté par l'État français, est indéniable et donc Souheil est aussi mort parce qu’il était racisé.
Samia El Khalfaoui
Les contrôles démarrent souvent par un contrôle au faciès.
Issam El Khalfaoui
Et la perception de la dangerosité. Et quand on sait qu’aujourd’hui, justement, c’est cette perception du policier qui fait qu’il va tirer ou pas. Quand on sait que 70 à 75 % des policiers votent pour le Front National, qu’ils sont à plus de 50 % syndiqués-Alliance qui parlent de « nuisibles » quand ils parlent de nous. Voilà, ça explique aussi un certain nombre de choses qui ne sont pas liées au fait judiciaire. Parce qu’en fait, je fais vraiment la séparation des choses entre le fait que Souheil est mort, qu’il fût blanc, racisé ou pas, le traitement judiciaire, c’est le même, c’est un truc, c’est magouille. Je le dis clairement. Par contre, le fait qu’il ait été tué, c’est clairement aussi lié au fait qu’il était racisé. Et ça, je veux le dire et le redire. Aujourd’hui… La loi a introduit, en donnant la possibilité à des policiers de tirer sur des impressions, sur des choses de ce type-là, en fait, elle a laissé la porte ouverte à ce que même si ce n’est pas la majorité, même si ce n’est pas le cas pour tous les policiers, certains policiers parce qu’ils sont, comment dire, influencés par leur idéologie, peuvent considérer qu’une personne est dangereuse alors qu’elle ne l’est pas. Et d’ailleurs, on le voit bien dans les statistiques sur les 435, le nombre de personnes racisées qui sont mortes est la très, très, très grande majorité. Je ne dirais pas l’exclusivité, il doit y avoir 85 à 90 %.
David Dufresne
Écoutez, moi je suis sans voix, je vous remercie infiniment d’avoir porté la vôtre. On pourrait discuter encore des heures, mais je respecte évidemment votre douleur, votre souffrance et votre temps, je voudrais simplement vous poser une ultime question qui serait la suivante. Hier vous étiez à l’Assemblée où vous aviez tout le bloc de gauche à votre conférence de presse. Est-ce que vous pensez que l’issue de votre combat, et on a bien compris qu'à travers votre combat c’est celui de toutes les victimes, de violence policière et de meurtres policiers et donc de violences d'État, est-ce qu’on pense que la solution est plus politique, elle est plus médiatique ? Est-ce que vous croyez qu’elle est encore judiciaire ? Où est-ce que vous pensez que le levier est le plus fort ? Vous allez peut-être me dire les trois mais où est-ce que vous disiez tout à l’heure Issam, on doit faire des choix, parce que ça coûte en temps, en argent ?
Issam El Khalfaoui
Je ne crois pas que la solution est judiciaire, personnellement. Je pense que jusqu'à présent, on nous a montré qu’en fait, on n'était pas dans un État de droit. C’est ce que je constate, en fait. Et je pense que la solution est avant tout politique. J’ai profité de ce moment avec ces députés pour leur dire qu’on travaille aussi avec Stop aux violences d'État et le syndicat des avocats de France sur des dispositifs judiciaires qui permettraient qu’on n’arrive pas là, notamment quand c’est des violences policières, que les avocats aient accès à la procédure immédiatement, parce que là, les pièces ne disparaîtraient pas, parce qu’ils pourraient les requérir avant les 30 jours, que ce soient des juges spécialisés qui s’occupent des violences policières. Donc on a tout un tas de propositions. Et du coup, on pense vraiment que la solution va être politique. En fait, je ne me fais pas beaucoup d’illusions sur ce qui pourrait se passer avec Souheil, parce que j’ai eu tellement, jusqu'à aujourd’hui, tellement de choses abracadabrantes que je pense qu’il va y en avoir d’autres. Je ne suis pas dupe. Je pense qu’il y a trop de personnes maintenant qui sont impliquées dans ce qui s’est passé pour dire « Ah, on s’est trompé, je suis lucide ». Mais on se bat aussi pour tenter d’avoir toujours la vérité. Pour les autres familles, et vraiment c’est pour ça qu’on pense que ça va se jouer médiatiquement et politiquement. Y’a rien, en fait, y’a aucune affaire de violence policière qui avance s’il n’y a pas un coup de projecteur médiatique. Aucune. Je peux reprendre l’exemple, quand on a été voir le procureur André Ribes à Marseille, mon avocat qui vient de Paris, on vient spécifiquement voir les vidéos, on arrive au palais de justice et il dit « Ah, mais on n’a pas d’ordinateur qui est capable de les lire ». Je passe un coup de fil à une journaliste, je lui ai dit, voilà ce que m’a dit André Ribes, elle l’appelle, elle lui dit, est-ce que c’est vrai que vous êtes des gens de Paris alors que vous n’avez pas le matériel ? Une demi-heure après, elle nous appelle, « Ah c'était bon, on a tout, l’ordinateur ». Voilà comment ça se passe. On est conscient que le côté médiatique et politique vont potentiellement influencer légèrement le côté judiciaire. Mais il y a une telle machine qui existe aujourd’hui qu’on ne se fait pas beaucoup d’illusions.
David Dufresne
Merci beaucoup Issam, Samia je vous laisse le dernier mot et il me plaît de voir votre visage après tant d’années au téléphone.
Samia El Khalfaoui
Merci à vous de nous avoir invités. Ça a été une semaine extrêmement éprouvante pour nous. C’est vrai qu’hier, même si ça ne se voit pas encore, parce que ça a été compliqué à organiser tout ça et que ça nécessitait beaucoup de travail, ça m’a redonné de l'énergie. Et s’il y a des familles qui nous écoutent, s’il y a des soutiens de famille qui nous écoutent. J’ai été un peu concentrée là cette semaine sur le cas de mon neveu, mais je suis là pour toutes les autres familles et je continuerai à être à vos côtés. Et je suis sûre qu’ensemble, on va réussir à faire bouger les lignes. En tout cas, j’y crois et c’est devenu personnellement un objectif de vie. Merci à tous.
David Dufresne
Merci beaucoup à vous deux et vous êtes Au poste chez vous, si je puis dire, sans mauvais jeu de mots là. Vous revenez quand vous voulez, si vous voulez qu’on fasse le point dans quelques mois. Vous savez même comment vous connecter directement, si, à quelle émission vous serez toujours bien reçus. Merci à vous, merci infiniment, vous dit Courgette Power sur le chat, force à vous vous dit Roland. Merci, bon courage pour la suite, vous dit Ghimouz. Énorme soutien vous dit Coudure, merci pour ce témoignage vous dit Citrus, merci beaucoup et force à vous vous dit Optimistik, force à toutes les familles vous dit Knina, courage vous dit Gorba, grand merci pour le témoignage, force à vous, voilà ça fait du bien aussi d’entendre ça.
Samia El Khalfaoui
C’est vrai, merci beaucoup, à tous.
David Dufresne
À bientôt, à bientôt voilà les amis petit stream rapide voilà pour tout, pour tout vous dire Samia m’avait contacté il y a quelques années quand on démarrait Au poste et je vous disais vous savez allez voir Mediapart parce que nous on ne fait pas le poids et elle m’avait un peu bousculé et je comprenais évidemment pourquoi elle le faisait, mais je pense que le choix Mediapart était le bon choix et puis ensuite il y a eu ce débat il y a deux ans. Alors je ne sais pas si on l’avait gardé Euryale, parce que je n’avais pas vu que tu le mettais dans le chat mais on avait fait un débat. Peut-être qu’on n’avait pas retransmis, enfin si, on avait retransmis mais on l’a peut-être pas gardé, mais j’avais fait un débat avec la famille. Voilà, merci à tous d’avoir écouté tout ça, alors Sleep, je crois qu’il y a une cagnotte pour l’association. Ça me flingue, sans jeu de mots, j’en ai les larmes aux yeux, nous dit Florent, respect pour leurs paroles. Absolument, moi aussi, j’avoue, je suis tout retourné. Je pense que c’est un des streams les plus durs de l’année que nous avons pu faire et des plus dignes aussi. C’est ça qui est absolument formidable avec cette famille.Vous l’avez compris, Arié Alimi, sa connexion a flanché, il était dans le train mais je ne sais pas s’il nous écoute, je le remercie d’avoir pris le temps de nous répondre. Ce soir on sera, on va faire un deuxième live à 18 heures avec Michel Feher, le philosophe que nous avions reçu il y a quelques mois, qui lance aujourd’hui, enfin pas aujourd’hui mais depuis quelques semaines, un nouveau site de réflexion où ils vont interviewer, interroger des chercheurs anglo-saxons pour les amener ici. Et amener la francophonie à l'étranger, une espèce de pont, avec notamment l’Atlantique ou la Manche, l’Angleterre, les États-Unis, etc. Donc ce sera ce soir à 18h. Merci à vous tous de nous avoir suivis, comme je vous le disais hier, on a besoin de dons.On a besoin de dons pour passer l'été, car cet été il y aura un petit peu moins de streams, vous vous en doutez bien, parce qu’on est sur les rotules, on n’arrête pas. Hier, je me suis rendu compte en lisant le rapport social et économique de Blast. 30 fois plus que nous et on fait presque autant d'émissions par semaine que c’est un problème. Et on a beaucoup moins de moyens mais tant mieux pour eux, c'était top pour eux. Il n’y a pas de soucis mais je me suis dit, il y a quand même un truc bizarre, on bosse comme des dingues. Donc il n’y aura pas ou peu d'émissions cet été mais il y aura toujours des salaires, il y aura toujours la location du loyer etc. Voilà, si vous avez envie qu’on reste d’attaque pour la rentrée, c’est maintenant que ça se prépare et je vous rappelle que pour nous l’idéal c'était les dons récurrents, c’est-à-dire l'équivalent de l’abonnement. Ça peut être 1 € par mois, 3 €, ça peut être 5 €, 10 €, ce que vous voulez, ce que vous pouvez, on en a vraiment besoin. Et je vous rappelle que par ailleurs, ces dons sont défiscalisables. Si vous êtes imposable, vous pouvez retirer 66 % de votre don, c’est-à-dire si vous faites un don, vous êtes imposable, imaginons, si vous faites un don tous les mois de 10 euros, il vous coûte en réalité 3,40 euros, c’est-à-dire 30 balles par an. Voilà si vous estimez qu’Au poste doit exister, qu’Au poste vous permet de rester en alerte, vous êtes d’une manière ou d’une autre. Si vous voulez faire en sorte que ça reste gratuit pour tout le monde, on tient vraiment à ça et bien voilà il faut nous aider en accès libre absolument. Alors vivement les 50 000 abonnés sur YouTube, écoute, figure-toi que j’ai appris hier que le CNC est en train de réfléchir à l’attribution éventuellement de subventions et ce sera en place que début 2026, ce qui veut dire que ce ne sera pas cet automne, donc les dons sont encore plus importants mais effectivement si on pouvait passer la barre des 50 000, ce serait pas mal quoi. En permaculture, on dit qu’il vaut mieux semer des graines sur un petit terrain plutôt que de voir grand et d'être dépassé. Eh bien Karine sur YouTube, c’est absolument l’option que j’envisage là pour la suite. C’est plutôt une option de décroissance d’abord parce que je pense qu’elle est raccord avec l’orientation que l’humanité doit prendre, notamment la part riche de l’humanité, c’est à l’Occident. Vraiment qu’on doit aller dans la décroissance et donc on va peut-être faire moins d'émissions, peut-être qu’on va faire moins d'émissions en studio pour essayer de voir si voilà parce que les émissions en studio, écoutez ça coûte, puisque maintenant il y a un réalisateur en régie, peut-être un peu moins de pigistes, voilà on est en train de réfléchir à tout et d’ailleurs si ça vous intéresse, cet été à Couthures sur Garonne, nous serons deux jours au Festival du Journalisme. Donc c’est l’occasion pour les aupostiens et les aupostiennes qu’on se retrouve pour discuter de tout ça. Et si jamais vous le pouvez, vous le voulez, on peut aussi se retrouver à la Fête de l’Humanité 11, 12, 13 septembre. On y sera, on aura un stand, on va faire des petits streams comme ça de réflexion sur ce que vous apporte Au poste, sur ce qu’Au poste pourrait faire, etc.Voilà, écoutez, merci à vous tous, cœur sur vous, je laisse Euryale raider et je vous dis à tout à l’heure.

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