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Scandale Epstein ou le miroir d’une élite offshore + France : la carte électorale n’est pas (du tout) celle qu’on raconte + l’affaire Quentin D.

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, amis des libertés, amis du courage, c’est France Déter Bam bam bam bam Il est orange ! Bienvenue sur France Déter la matinale d’Au poste, c’est l’heure, il est 7h02, nous sommes le 16 février 2026, comme le dit le tchat. Les temps, le climat, le climat est délétère en ce moment, prenez soin de vous, prenons soin nous, faisons cette matinale ensemble. Chaque lundi matin au poste, tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant et que dire de cet ordre ces dernières heures ? France Déter accueille des invités, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, trie le présent. C’est en direct, c’est fait maison, préparer le café.A 7h30, Thomas Vonderscher éditeur et historien, co-auteur, coauteur avec Youssef Souidi de "Nouvelle cartographie électorale de la France" qui paraît ces jours-ci chez Textuel, sera avec nous à partir des résultats de 70 000 bureaux de vote. Leur ouvrage tord le coup à certains clichés, ainsi le RN n’est pas majoritaire chez les précaires. Leur travail révèle une France politique fragmentée, un RN ancré dans le péril urbain et les classes moyennes. Une gauche urbaine aux électorats distincts et une coalition présidentielle soutenue par les plus aisés.
Audio
En noir, cagoulé. Un homme, déjà à terre, reçoit un violent coup de pied en pleine tête, pendant qu’un autre homme est frappé avec acharnement. Les poings, puis le coup de pied. Quelques instants plus tard. On le voit ici, il a réussi à se relever. Le premier, lui, est toujours à terre. Est-ce Quentin Deranque, 23 ans, nationaliste, proche d’un collectif identitaire, décédé hier après avoir subi de violents coups à la tête ? Il était bien présent lors de cet affrontement, jeudi dernier, à proximité de Sciences-Po Lyon. Nous en savons un peu plus sur le déroulé des faits. 18 heures. Une conférence est donnée à Sciences Po par la députée européenne LFI, Rima Hassan. Une intervention contre laquelle manifestent ses membres de Némésis. Un collectif d’extrêmes droits identitaires se réclamant du féminisme. Les militantes affirment que Quentin était là pour les protéger. 18H30. Tout proche, au 11 rue Victor Lagrange ( 7ème) l’affrontement éclate. Quentin est présent. D’après nos informations, il s’agissait de militants antifascistes et de militants d’ultra-droite. Ce témoin a tout observé depuis sa fenêtre. J’ai entendu crier nazis, fachos, c’est des nazis, c’est des fachos, antifa et après d’un coup ils ont crié genre dispersion et il y en a qui sont partis par là, il y a en a que sont partis par là. Ils sont tous barrés, je pense qu’ils ont vu qu’il avait savaté un peu fort. 19H50, Quentin Deranque sera finalement retrouvé à environ deux kilomètres de là quai Fulchiron(5ème). Les secours interviennent, son pronostic vital est engagé. Pour l’avocat de la famille, il aurait été victime d’un guet-apens. Il n’avait aucune chance de s’en sortir. Les coups ont été assénés alors qu’il gisait au sol. Plusieurs coups de pied sur la boîte crânienne de nature a entraîner une issue fatale et c’est ce qui est arrivé malheureusement. Mais finalement sans grande surprise, au regard de la violence et de la détermination de ces individus qui l’ont lynché, il faut dire le mot. On est face à un crime. 72 heures après le drame, l’enquête progresse, de nombreux témoins ont été entendus. Les services de police ont recueilli plusieurs témoignages significatifs. L’enquête s’oriente à présent sur l’identification des auteurs directs, des violences correctionnelles et criminelles. Quelques fleurs ont été déposées ce soir à l’endroit de l’affrontement en hommage à Quentin Deranque.
David Dufresne
Voilà, donc ça c'était l’extrait du JT d’hier de France 2. Je reprends l’article de Mediapart. Je vous laisse discuter dans le tchat. On me demande pourquoi un coup dur pour notre camp. Je crois que ce n’est pas parce qu’en face, donc les fachos et que les médias dominants ne font pas leur travail quand il s’agit par exemple de la mort de Clément Méric ou du joueur de rugby. On fera tout à l’heure la liste des 11 morts par les coups de l’extrême droite ces dernières années, liste recensée par Contre-attaque.
Thomas Vonderscher
a publié un bouquin absolument passionnant. C’est celui-ci, Nouvelle cartographie électorale de la France. Voilà, je vois qu’il s’est reconnecté. Est-ce que vous m’entendez ? Ça y est, je vous vois même. Ah, super, voilà, super. Merci beaucoup, Thomas Vonderscher c’est un petit peu le bazar. Vous êtes éditeur historien, coauteur de ce livre « Nouvelle cartographie électorale de la France », que vous avez publié chez Textuel avec votre camarade de jeu Youssef Souidi.
Vonderscher Thomas
Écoutez, ce qu’on observe c’est que là il y a un fait médiatique et nous ce qu on est allé voir c'était aux élections depuis 2017 quelles sont les évolutions en termes d'électorat et il y a quand même des tendances lourdes qui se dégagent là je regardais justement à Lyon pour voir quel était le vote aux dernières élections législatives et on est dans le cadre de ce qu’on décrit bien, on va revenir sur les tendances. Mais un vote pour la gauche plutôt dans les grandes métropoles, dans les communes-centres. Et à Lyon, on a la gauche qui fait plus de 25 % des inscrits aux législatives. Et un vote, par exemple, pour la coalition présidentielle qui est plus faible et pour l’extrême droite aussi. Après, il est toujours difficile de prédire. C’est aussi une des leçons de notre cartographie. Bien sûr, bien sûr. Voilà, je pense que ce n’est pas ça qui va changer les prochaines élections.
David Dufresne
Alors, votre travail, il faut l’expliquer, c’est un travail, il faut expliquer votre méthode. Je suis en fait extrêmement surpris que vous soyez les premiers à le faire. C’est absolument prodigieux. Vous avez analysé les résultats de près de 70 000 bureaux de vote que vous avez croisés avec les données sociales de l’Insee. Et ce croisement vous permet, j’ai bien lu votre ouvrage, de révéler des contrastes politiques beaucoup plus grands que ce qu’on raconte. On va venir là-dessus, mais la France pérille urbaine, la France des tours et des bourgs, le vote des quartiers. Est-ce que vous pouvez nous expliquer précisément votre méthodologie ?
Vonderscher Thomas
Vous l’avez dit, nous on croise 3 jeux de données, on a évidemment les données du ministère de l’intérieur qui donnent les résultats par bureau de vote et l’idée qu’on a eue c’est d’aller voir au niveau de lincey, à l’institut de la statistique publique, les données socio-économiques qui correspondaient aux quartiers des bureaux de vote et en fait en croisant ces trois types de données on en arrive à produire une cartographie qui nous permet de se passer de sondage. On avait envie de proposer une méthode complémentaire. En général, les élections sont analysées à travers deux prismes. D’abord la géographie, on voit fleurir les cartes mais qui sont souvent par commune ensuite on parle plutôt de certains éléments comme le revenu ou l'âge ou d’autres variables, nous ce que nous a permis notre méthode, c’est d’aller voir, en termes de niveau de vie, le vote par bureau de vote, donc on arrive à une finesse au niveau des près de 70 000 bureaux de vote en France qui nous permet d’aller explorer un peu des caractéristiques des élections depuis 2017. Et je vois le livre qui est manipulé sous nos yeux. On a voulu présenter justement des infographies, des cartes, une vision pour les personnes qui avaient besoin d'être un peu plus au clair avec le paysage politique actuel.
David Dufresne
Alors Thomas, est-ce que vous pourriez nous résumer en quelques mots la carte électorale politique aujourd’hui ?
Vonderscher Thomas
Oui, alors en quelques mots, on a une France où il y a vraiment des différences, ça on croit en-dessus, chaque bloc politique a ses zones de force et ses zones de faiblesse. Nous, on distingue trois blocs, on a abordé dans l’ordre d’abord la coalition présidentielle et la droite républicaine, traditionnelle, c’est-à-dire les républicains. Et où on voit un électorat qui est socialement situé, c’est-à-dire qu’il y a vraiment des zones de faiblesse dans les bureaux de vote au niveau de vie le plus faible et à mesure que le niveau de vue augmente, on va avoir vraiment le cœur de l'électorat.
David Dufresne
Alors, parmi les cartes, alors il y a beaucoup, beaucoup de cartes. Il y en a une qui est particulièrement parlante, c’est la figure numéro 3, résultat au premier tour des élections législatives 2024 en fonction du type de communes et de zonage. Moi, je vais passer mon doigt pendant que vous allez nous expliquer ce que les aupostiens et les aupostiennes sont en train de découvrir. On a ici le vote, si je puis dire, abstentionniste. Le NFP, la coalition présidentielle, la droite traditionnelle, le RN et ses alliés. Plus le point est gros, plus les votes sont importants. Et ici, est-ce que vous pourriez nous dire de quoi il s’agit ? Donc en haut, on a le résultat national, on va dire, enfin en tout cas la France métropolitaine.
Vonderscher Thomas
Alors je réponds d’abord à la question de Rolland, nous on a pensé cet ouvrage, on n’est pas des spécialistes, on est pas universitaires, on a penser cet ouvrages pour d’abords répondre à des questions qu’on se posait, donc globalement ce que vont trouver les lecteurs c’est toutes les questions, les lieux communs qu’on peut trouver, et avec des réponses à travers notre méthode, qui repose à la fois sur les données publiques et donc des cartes. Donc, est-ce que les spécialistes de la carte électorale dans les partis trouveront des informations ?
David Dufresne
Alors oui parce que ce qu’il faut expliquer c’est qu’en haut on a la Je les donne, donc par les types de communes. Là c’est les communes-centres, donc c'était les centres-villes, les communes urbaines, les communes périurbaines, les communes rurales, les quartiers populaires et les zones de revitalisation rurale, ça c’est extrêmement important, on n’en parle jamais, mais pour le dire de manière triviale, c'était une sorte de, enfin c'étaient les zones délaissées, comme les quartiers populaires sont délaissés, les zones rurales délaissaient. Donc on a ici différentes zones, et on voit que le vote n’est absolument pas le même. Et vous disiez, il y a des questions qu’on se posait et on voulait savoir si c'était vrai ou faux. Alors parmi ces questions, il y a la question des tours et des bourgs, sur laquelle vous revenez.
Vonderscher Thomas
Tout à fait. Alors on se demandait effectivement s’il y avait un vote géographiquement situé. Ce que nous permet ce livre, c’est de justement croiser les échelles et de se dire que la France des bourgs, la France de Tours, ça voudrait dire que globalement la France est acquise en général à la gauche, mais on n’a pas vraiment en tête les proportions auxquelles ça se joue. Et que la France des tours et la France des bourgs serait complètement emportée par l’extrême droite. Ce qu’on va voir là, c’est que vous voyez le Rassemblement national et allié qui a ses plus gros cercles pour les couronnes périurbaines et les communes rurales, ce qui correspondrait à peu près à cette France des bourgs. Maintenant, vous voyez que ni la gauche ni la coalition présidentielle n’ont disparu de ces zones et qu’en fait les différences se jouent par les élections législatives de 2024 à entre 10 et 15 points d'écart.
David Dufresne
Alors, il y a une carte qui m’a fasciné, absolument fascinée, c’est la carte qui est page 20, c’est la figure 1. Alors, je vous explique les amis, les points noirs, ce sont les bureaux, les 5 % de bureaux de vote au niveau de vie les plus élevés. Donc, c’est-à-dire, c’est les plus riches. Alors évidemment, y a Paris, Paris qui est là, la région parisienne, mais y a aussi ce p’tit machin là, dites donc, qui est très très important. Donc ça, c’est les frontaliers avec la Suisse. C’est un point important, je dis ça parce que je trouve que c’est assez éloquent, mais en fait, c'était une façon de préciser que vous avez aussi classé les bureaux de vote de 1 à 20. 1 étant le plus pauvre, 20 le plus riche, le plus aisé, évidemment, à ce moment-là, on comprend le vote. Et par exemple, parmi les clichés, il y en a un que vous confirmez, Macron président des riches, puisque effectivement ce sont les classes les plus aisées qui votent Macron. Je vous ai bien lu ?
Vonderscher Thomas
Je suis très content que vous ayez retenu ces cartes, et je pense que mon co-auteur Youssef le sera aussi, parce qu’on a voulu, dès l’entame du livre, être transparents et puis pouvoir aussi faire en sorte que tout le monde se situe par rapport à ces bureaux de vote. Et donc on était tout aussi surpris que vous sur la concentration dans Paris même et dans l’ouest parisien, mais également le long de la frontière suisse, alors vous avez vu la région Rhône-Alpes. Mais ça monte aussi jusqu’au sud de l’Alsace, donc là encore c’est vraiment la concentration des bureaux de vote frontaliers, et à l’inverse, vous ne l’avez pas commenté, mais parce que c'était un peu plus disséminé la carte des bureaux de vote au niveau de vie plus faible, mais on voit qu’il y en a quand même beaucoup aussi dans le nord de l'île de France, qu’ils y en ont dans le Nord de la France, et ensuite sur le pourtour méditerranéen, et on trouve les bureaux vote les plus pauvres, de tête ils sont à Montpellier et Nîmes par exemple.
David Dufresne
Voilà, c’est la carte que j’essaie de montrer là, mais le point ne se fait pas tout à fait. Mais voilà, il y a ces deux cartes. En haut, les plus riches, en bas de l'échelle, les moins riches, enfin même les pauvres. Voilà. Et alors, évidemment, à ce moment-là, arrive cette fameuse question, ce fameux cliché. Les votes, les pauvres, les précaires votent RN.
Vonderscher Thomas
Ça c’est quelque chose, et je vais rebondir sur votre question de la coalition présidentielle, donc l'électorat d’Emmanuel Macron. Ce qu’on constate, nous, est ceci un des points de départ de notre réflexion parce qu’après le second tour des législatives, on trouve un sondage post-électoral qui donne l’extrême droite, le Rassemblement National, en tête dans tous les types de revenus. Et ça, on se dit, on va aller voir par rapport à notre méthode si on retrouve ça pour les bureaux de vote. Et donc si vous prenez les 5 % de bureaux de vote au niveau de vie le plus faible qui correspond en fait à notre rang 1 parce qu’effectivement on les classe en 20 groupes ces bureaux de vote.
David Dufresne
Question de la Baguette marxiste, qu’est-ce qui fait que le vote de gauche est plus important dans les grandes métropoles ?
Vonderscher Thomas
Nous, on n'étudie pas, comment dire, on fait des corrélations, on étudie pas des causalités. En revanche, ce qu’on va aller voir, c’est que dans les grandes métropoles, on a des conditions de vie qui sont différentes des couronnes périurbaines et parmi ces conditions de vie, on va avoir un taux de ménage locataire, par exemple, qui est largement plus élevé que dans des couronne périurbaine. Et ça, c' est ce qu on va pouvoir commenter, c’est-à-dire les différences de conditions de vie. Quant aux explications, nous on présente une cartographie, donc ensuite pour tout ce qui est explications on a plutôt tendance à aller faire dialoguer les travaux qui existent déjà sur le sujet.
David Dufresne
Autre question, alors là je ne parlerai pas de cliché, mais autre question qui est absolument passionnante, abordée page 95, je vais essayer de montrer la carte, avec, c’est celle-ci, voilà. La figure numéro 6 vote pour l’Alliance d’extrême droite en fonction de la part d’individus nés hors de l’Union européenne dans le voisinage. Alors, d’abord j’ai une question. Comment pouvez-vous qualifier la population par ses origines alors que les statistiques ethniques ne sont pas autorisées en France ? Déjà, comment vous arrivez à savoir qu’autour de tels bureaux de vote, il y a x % de gens qui seraient nés sous d’autres horizons ? Comment pouvez-vous le savoir ?
Vonderscher Thomas
Ce n’est pas des statistiques ethniques, c’est justement des individus que l’on trouve dans les jeux de données de l’Insee. On peut trouver la part d’individus nés hors de l’Union européenne dans certains zonages et donc dans les quartiers auxquels on rattache le bureau de vote. J’espère que ça vous permet de sortir ce graphique qu’on va commenter ensemble.
David Dufresne
Alors voilà, commente-t-on ce graphique, je crois qu’il y a une petite phrase derrière que j’ai relevée, la voici. La voici, de manière générale, plus la proportion d’individus nés hors de l’Union Européenne augmente, moins l’alliance d’extrême droite recueille de voix. Donc on peut dire qu' à l’inverse, moins il y a de personnes d’origine étrangère, plus il y à de votes.
Vonderscher Thomas
C’est assez frappant, vous voyez la régularité là encore sur cette figure. Donc on part de tout en bas à gauche, c’est là où il y a 30 % d’individus nés hors de l’Union Européenne dans le voisinage du quartier du bureau de vote. Là où il y a 30 % et plus, l’extrême droite arrive à moins de 10 % des inscrits. Et quand vous prenez tout en haut du graphique et c’est ça le chiffre le plus impressionnant. C’est quand il y a 0 % d’individus nés hors de l’Union européenne, là, l’extrême droite fait largement son meilleur score et atteint un tiers des inscrits. Donc nous, là encore, on présente ces résultats. Donc ça répond à une question qu’on entendait beaucoup dans le débat public.
David Dufresne
Alors comment vous expliquez, est-ce que vous expliquer, et j’ai ma petite idée parce que j’y ai lu le bouquin, le tchat a aussi sa petite idée puisque ça discute beaucoup dans le tchat à propos de ce que vous racontez, en disant, ça n’est pas de la sociologie, c’est de la data. Donc vous ne donnez pas forcément, me semble-t-il, des explications au vote, mais au moins, est ce que avez une idée de pourquoi cette persistance des clichés, le RN et l’immigration, le RN est l'électorat précaire, comment vous expliquez ça ?
Vonderscher Thomas
Alors ça repose sur plusieurs faits, le premier c’est que nous on a pu prendre le temps d’un livre pour avancer tout en nuances dans une cartographie électorale. La plupart du temps quand on parle de politique, quand on parle notamment des débats qui sont au soir des élections, c’est plutôt dans un cadre très contraint, rapide, avec des politiques qui vont parler et qui vont utiliser un discours. Donc nous, ce qu’on peut faire, c’est justement aller voir dans un livre, présenter des cartes et ça nous permet justement de mêler ces analyses dans une méthode qu' on a pensé comme complémentaire à ce qui existait déjà, et notamment au sondage. Et voilà comment nous sommes complémentaires.
David Dufresne
Ouais, enfin vous dites complémentaire, moi j’ai plutôt l’impression que c’est protestataire. C’est quand même une façon de remettre les sondages à leur place.
Vonderscher Thomas
C’est une façon de développer quelque chose à côté des sondages. Il faut aussi distinguer les sondages, globalement post électoraux, on peut avoir des sondages avec des échantillons de 10 000 sondés qui sont quand même assez solides d’un point de vue sérieux de la démarche. Notre avantage, c' est qu’on s’appuie sur des données qui sont publiques avec des méthodes qui sont transparente et on a tenu à faire une annexe où vous trouverez tout un tas d'éléments quant à notre méthode et ça permet de répondre aussi peut-être à un besoin des gens de passer par d’autres méthodes pour avoir à nouveau confiance dans ce qu’on leur dit.
David Dufresne
Alors, il y a beaucoup de choses dans ce bouquin. Il y a l’iceberg, donc vous parliez tout à l’heure, c’est-à-dire les abstentionnistes. Qu’est ce que vous pourriez nous dire en deux mots par rapport à ce groupe, qui est finalement le plus grand groupe. On a l’impression que si on veut gagner les élections, c’est là qu’il faut aller chercher les voies. Mais bon, je dis ça comme ça. Qu' est ce que pourriez vous nous dire sur les abstentionnistes ? Est-ce que l’idée de parler d’un bloc n’est pas une erreur parce que tout le monde n’est pas abstentionniste pour les mêmes raisons ?
Vonderscher Thomas
Nous, on a une méthode qui a tout un ensemble de lacunes, c’est pour ça qu’on appelle à aller voir d’autres travaux aussi. Mais notre méthode nous permet d’envisager des blocs du point de vue du niveau de vie mais on ne peut pas envisager les motivations des abstentionnistes. Là, on s’appuie plutôt sur des travaux de l’Insee qui montrent que les abstentionnistes sont maintenant majoritairement intermittents, c' est-à-dire qu' on va aller voter à une élection mais pas à une autre. Mais même l’abstentionnisme systématique, c’est-à-dire ne pas aller voter à toutes les élections, a progressé et est passé de 10 % à 16 %. Nous ce qu’on va aller voir c'était les proportions de l’abstentionnisme et donc là on vient confirmer quelque chose qui est bien connu en sciences politiques notamment depuis l’ouvrage de Daniel Gaxi de 1979 qui s’appelait le sens électoral, sens c-e-n-s, pour indiquer l’idée qu’y a une forme d’impôt quand même devant le vote et qu’il est socialement situé. Autrement dit, les classes populaires vont avoir tendance à plus s’abstenir que les classes supérieures.
David Dufresne
Alors, à propos de situer, où est-ce qu’on est situé, etc. Je pense que vous, vous êtes situé pas mal à gauche, puisque vous avez pas mal de références, me semble-t-il, non, mais de référence de gens que nous avons invités d’Au poste Michel Feher, Félicien Faury, Julia Cagé, Thomas Piketty, que vous citez allègrement. Autre point, et on en termine là-dessus si vous voulez bien, c’est le front républicain, c' est la gauche, c' est l’union de la gauche et là aussi votre travail apporte des éclairages absolument singuliers et intéressants. En quelques mots, qu' est-ce que vous pourriez nous dire sur cette mécanique qui se met à l'œuvre, Parce que là, on comprend par exemple comment finalement le NFP a réussi à remporter les élections législatives. Mais là évidemment, on essaie de se projeter. L’idée, elle est là quand même, c’est quels enseignements pour à la fois les municipales dans un mois et les présidentielles de 2027, on peut tirer de votre travail.
Vonderscher Thomas
Alors, en un mot, plutôt de la modestie, pourquoi ? Parce qu’on étudie notamment les élections électives de 2022 et de 2024. En 2022, on avait annoncé la mort du Front Républicain. Ce que nous, on appelle les castors, ce qu’ils font le barrage républicain, les "castors" étaient donnés pour mort en 2022. Pourquoi ? Parce que, un phénomène quand même historique qui était qu’en cas de second tour entre l’extrême droite et une autre force politique. Globalement, il y avait un appel à voter pour cette autre force politique, qu’elle soit de gauche, du centre, de droite. Et en 2022, ce qu’on observe nous, en étant là encore à l'échelle nationale, donc en regroupant toutes ces données, c’est que l’extrême droite progresse autant que la gauche, par exemple, en cas de second tour, donc, on voyait plus vraiment de comportement de front républicain. En 2024, réapparition du Front Républicain, et là on voit que par exemple en cas de second tour entre l’extrême droite et la gauche, l’extrême droite progresse de 5 points, mais la gauche progresse de 11 points. Donc là on a vraiment plus du double, et ça nous a semblé intéressant de le dire, d’autant plus qu’on pense à l'élection des candidats du nouveau Front Populaire. Mais ceux qui profitent le plus de ce front républicain, et encore ce n’est pas une nouveauté, mais avec notre méthode on a des données qui permettent de l’illustrer d’une autre façon, c’est la coalition présidentielle et la droite traditionnelle. Et donc vous trouverez dans le livre notamment l’ampleur du report de voix pour la droite traditionnelle et notamment dans les quartiers populaires, ce qui nous a semblé assez cocasse.
David Dufresne
Merci beaucoup Thomas de vous être levé tôt ce matin pour parler à la France qui se lève tôt, la France des aupostiens et des aupostiennes. Votre bouquin paraît dans la collection petite encyclopédie critique chez Textuel, j’ai quand même une question. Vous étiez directeur littéraire chez Fayard, vous ne l'êtes plus, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? On a une petite idée, mais quand même.
Vonderscher Thomas
En général, j’ai pas besoin de l’expliquer à des interlocuteurs, mais j’en suis parti en 2024, juste avant l’apparition du livre de Jordan Bardella.
David Dufresne
Merci beaucoup à vous. Bravo pour le pour le boulot. C'était un plaisir de converser avec vous. Et saluez votre camarade de jeu, Youssef Souidi par la même occasion.
Vonderscher Thomas
Merci beaucoup.
David Dufresne
Je vous en prie. C’est un plaisir. À très vite, merci beaucoup, merci, au revoir.
Audio
La riposte c’est vous, suivez la chaîne, activez la cloche, donnez au poste. Soutenez-nous sur auposte.fr
David Dufresne
Bonjour camarades, c’est France Déter vous entendez ? La machine à café, je suis désolé ! Il est 8h07, France Déter vous êtes très nombreux ce matin, merci, merci beaucoup. Merci beaucoup pour votre présence, et à la fois en ligne et également en ligne dans le tchat. Merci à tous ceux qui ont le temps de participer à cette élaboration d’intelligence collective. Oui, oui, c’est un très bon livre. Ah, mais c'était trop court, écoutez ! Eh les gars, les gars ! Faudrait savoir ce que vous voulez, vous voulez des matinales, vous voulais des émissions longues. Je ne peux pas non plus faire des interviews de deux heures et des matinales de huit heures. Ça c’est absolument impossible.
Audio
Ça a commencé ? Oui, ça a commencé. L'émission a commencé ! On est à l’antenne depuis 5 minutes !
David Dufresne
Alors, petit point d’organisation, il est 8h13. Je vous rappelle que auposte n’existe que grâce à ses donateurs et ses donatrices. On avait besoin de vous le mois dernier, on était un peu déficitaires. Il ne s’agirait pas de renouveler l’affaire aujourd’hui. Alors, je reprends donc la lecture de cet article du Monde. Le voici. Alors, mort de Quentin Deranque, le Monde ne donne pas son nom de famille. La France Insoumise mise en cause par la droite et l’extrême droite Article de Sandrine Cassini publié à 5h32 et modifié il y a quelques instants. Je vous rappelle que nous avons déjà lu un article de Mediapart qui faisait le point comme il pouvait, sachant que les informations sérieuses sont distillées au compte goutte.
David Dufresne
Vous voulez faire la météo du tchat ? Allons-y, allez hop ! Météo du tchat, il est 8h27. Qui veut faire la petite météo de tchat ? Les aupostiens, les aupostiennes postés partout en France et en Europe, nous disent le temps qu’il fait.
Martine Orange
Très bien, très bien, un peu occupé mais très bien.
David Dufresne
Un peu occupée, je te rappelle que tu es une des cofondatrices de Mediapart. Pourquoi tu te frottes l'œil ?
Martine Orange
Parce que j’ai de la crème sur les yeux.
David Dufresne
Ma chère Martine, on va parler de l’affaire Epstein et de ton analyse brillante que tu as publié la semaine dernière, mais je voudrais juste te demander un truc. Au début, à Mediapart, il n’y avait que des gars, t'étais une des rares filles, et aujourd’hui, Mediapart, tous les chefs sont des cheftaines. Comment s’est passée cette révolution au sein de la rédaction ?
Martine Orange
Comment ça s’est passé ? Je crois que c’est une prise de conscience qu’on a tous fait sur le fait qu’il y avait déjà 50 % de la population qui était mal représentée dans la rédaction. Puis on a continué plus loin, puisqu’on s'était posé des questions aussi sur la diversité, sur la diversité des parcours, sur la diversité puisque un des vrais problèmes du journalisme, c’est aussi la reproduction sociale, la reproduction, le fait que les gens viennent tous des mêmes écoles, tous des même milieux, et donc viennent tous les mêmes discours. Et donc c'était aussi la diversité qui assure la diversité des discours et la diversité des points de vue et le fait de faire société.
David Dufresne
Tu es avec nous pour nous parler donc de cette analyse l’affaire Epstein publiée le 13 février à 8h09 dans cette modeste publication appelée Mediapart, l’affaire Epstein, miroir d’une élite offshore. Le chapeau, il est impossible de dissocier le financier criminel du monde dans lequel il évolue. Les millions de documents publiés par le département de la justice des États-Unis renvoient l’image hideuse et glaçante d’une classe dirigeante globalisée qui a prospéré avec le néolibéralisme et fait désormais sécession. Tu vas nous en dire un peu plus, mais d’abord, comment t’es venue cette idée de dire que derrière le prédateur sexuel, il y a en fait une prédation qui est la prédation financière et que l’un va en l’espèce avec l’autre.
Martine Orange
Ça commençait parce que dans l’affaire Epstein, au début, on avait une succession de noms qui arrivaient, etc. Et au fur et à mesure, je me suis dit que cette affaire a une ampleur beaucoup plus grande qu’on veut bien le dire et qui ne se limite pas, bien que le volet soit extrêmement important, à la pédocriminalité aux affaires… De ses vices et de ses crimes sexuels mais il faut lui donner un sens parce que seulement donner les noms et un bouquet alors on s’est aperçu que c'était souvent des gens qui étaient liés à la finance, qui étaient alliés au pouvoir, qui était liés mais tout ça devait être remis en perspective d’abord parce que Epstein est financier. Et c’est là-dessus qu’il a prospéré et qu' il a accru son pouvoir pendant plus de 30 ans et qu’il fallait absolument raconter ça parce que c'était aussi le problème d’une classe qui savait et qui s’est eue. C’est-à-dire que beaucoup de gens maintenant disent que je n'étais pas au courant.
David Dufresne
Alors, on va les détailler. En fait, ce que tu nous dis, c’est qu’il est tout sauf un accident, qu' il est le produit d’un système. Comment qualifierais-tu ce système, à savoir le néolibéralisme financiarisé ? C’est quoi exactement ?
Martine Orange
On s’aperçoit, le néolibéralisme financiarisé, c’est la volonté de financiariser absolument tous les éléments de la vie, quel qu’ils soient, et d’en tirer un profit quelconque, sans participer d’ailleurs à la production, parce que ce n’est pas leur sujet. Et là-dessus, on s' aperçoit quand même que c' est un système qui est bâti sur la corruption, le chantage la fraude, les délits d’initiés et aussi les délits sexuels parce que Epstein utilise toutes ces femmes pour en faire des appâts et elles sont victimes de ce système et avec on voit un certain nombre de grands milliardaires qui ont participé à ces opérations, à ces sévices sexuels et qui ont participé à ces horreurs puisque je n’ai pas d’autres mots.
David Dufresne
Oui, bien sûr. Alors, un terme que tu n’as pas encore employé, et moi non plus, mais qui est au cœur de ton analyse, c’est le offshore. Alors, rappelle-nous ce que c' est l' offshore et pourquoi cette façon d’entreprendre le monde peut expliquer certains agissements d’Epstein.
Martine Orange
Alors, le offshore, c’est des gens, on connaît tous les enquêtes, Panama’s Paper, Offshore leaks etc qui nous ont montré une facette importante, très importante, de la façon où toutes les grandes fortunes essaient d'échapper à l’impôt et ne veulent plus avoir rien à faire avec un État, avec une société, ou le considèrent qu’ils sont devenus riches par leurs propres moyens, ils ne le doivent rien à personne. Et que leur fortune leur revient. Et là-dessus, on s’aperçoit qu’au-delà de ces montages financiers, il y a tout un monde qui se développe, ou c’est une classe dirigeante qui n’a plus de port d’attache. Les mails d’Epstein, l’une des premières choses qu’on voit, c’est à chaque fois tous ces interlocuteurs, c’est tu es où ? Tu es où, alors tu es dans les îles Vierges-Britanniques, tu es à Dubaï, tu es à Londres, tu es Paris, tu es à New York, mais c’est une transhumance permanente si je puis dire, ils se déplacent ils se déplacent et ils ne veulent rien avoir à faire avec personne, ne pas payer d’impôt, ne pas avoir à voir à faire l'État. Et donc, il s’estime aussi, cette classe s' estime ne pas être redevable des lois communes, puisque c’est ça aussi le offshore. L' offshore, c' est, la loi n' est pas pour moi, je suis au-dessus des lois.
David Dufresne
En achetant l'île St. James, son île privée écrit que Jeffrey Epstein utilise tous les ressorts de cette caste qui exige un traitement à part des privilèges. Il en fait à la fois, et c’est là où tu fais le lien prédation sexuelle, prédations financières, il en fait de cette île à la foi son lieu de débauche, au sein duquel se nouent des pactes de corruption et une de ses bases capitalistiques, car la fiscalité et la réglementation y sont quasi inexistants. C’est un point précis. Alors, moi, tu m’as appris le parcours de ce garçon, enfin, ce garçon. En 2008, il travaille, il a appris tous les mécanismes, dis-tu, de l'évasion fiscale dans une boîte qui s’appelle ? Bear Stearns Est-ce que tu peux nous dire ce qu’est cette boîte ?
Martine Orange
C’est pas une boîte, c’est une des grandes banques new new-yorkaises de prestige, au même titre que Goldman Sachs ou Merrill Lynch à l'époque.
David Dufresne
C’est ça, ouais.
Martine Orange
Bear Stearns est une grande banque new-yorkaise qui a pignon sur rue depuis la fin du 19e. Elle est apparue dans ce que Trump appelle l’aggiornamento de capitalisme, nos barons voleurs. Et là-dessus, à l'époque, c'était une banque qui s’occupe de placements placements de titres et qui en même temps fait de la gestion de fortune. Et on est au tout début du mouvement néolibéral puisqu’on est en 76 et c’est à ce moment-là qu’on voit monter le reaganisme.
David Dufresne
Alors, il y a un personnage dont tu parles pas mal, c’est Bill Clinton, et tu nous en parles. Donc, il y a tout un tas de photos avec Clinton et Epstein. Je crois qu’il y en a une dans ton papier. Je vais essayer de la retrouver, qu’importe, je ne sais plus où elle est. Ce n’est pas grave, je vais la retrouver. Et en fait, pourquoi tu nous parles de ça, c’est parce que tu nous rappelles que s’il y a un gars qui a bien dérégulé, on dit comme ça, l’affaire.
Martine Orange
Ou dérèglementer ou casser toute la législation, tout l’esthablissement.
David Dufresne
C’est Billy quoi !
Martine Orange
Parce que je pense qu’il faut rappeler le rôle qu’a eu Bill Clinton dans toute la mise à bas de la législation financière et bancaire qui était issue d’accès à la crise de 1929. Et là-dessus c’est lui qui a fait ça, on l’oublie souvent, on oublie souvent les choses. Et d’ailleurs, si je peux ajouter un petit détail, ce qui m’a frappée, c’est combien dans l’univers d’Epstein, parmi les politiques, bien évidemment, il y a la droite, il y a les républicains, il a tout ce qu’on veut, mais la seconde gauche illustrée par Tony Blair et Bill Clinton est vraiment très présente aussi et ça m’a beaucoup frappé dans ces fréquentations.
David Dufresne
Oui alors à tel point que quand on lit ta longue analyse, on s’est pas trop placé tous ces jours-là en fait sur l'échiquier C’est-à-dire qu’on a quand même l’impression que tout ce monde-là ment allègrement sur ses convictions, non ?
Martine Orange
Je crois que le principal objet, c’est faire de l’argent, c’est être milliardaire, et jouir de sa fortune et de son pouvoir. La seule chose qu’on voit maintenant aujourd’hui, c’est que maintenant, et c'était le Trump qui s’est fait, on est la résultante. C’est-à-dire que ces gens maintenant sont en train de vouloir accaparer le pouvoir politique. Et en estimant qu’ils n’ont plus besoin de la démocratie, que c’est eux qui doivent maintenant gouverner le monde parce qu’il savent faire, ils ont les millions, ils ont prouvé qu' ils étaient plus géniaux que les autres.
David Dufresne
Alors, dans ton analyse, tu fais le parallèle, en fait, entre les sévices sexuels que faisaient subir Epstein et ses complices, avec l'évolution de la financiarisation. Donc évidemment, il y a la crise de 2008, de laquelle va ressortir, renforcer la finance de l’ombre avec les hedge funds. Tu parles du parcours de ce gars et de ses camarades, qui sont de plus en plus riches et qui commettent ces gestes-là, pour arriver au document qui révèle que les fondements écrits tu d’un capitalisme autoritaire est désormais assumé, Trump, Bannon, Thiel, Davos Peter Thiel. Est-ce que tu peux nous en dire plus ? C’est-à-dire que toi, en bonne journaliste d’investigation du monde de la finance, ce que tu es allée chercher, c’est dans les emails c' est ce que les uns et les autres se racontent de leur travail.
Martine Orange
C’est-à-dire qu’on s’aperçoit, à partir d’après la crise de 2008, qu’il y a des nouveaux personnages qui entrent dans son univers qui n’y figuraient pas avant. Et donc, c’est tout ce qu’on va appeler les dirigeants des géants du numérique, c'était à ce moment-là qu’en voient apparaître Elon Musk, qu’on voit apparaître Bill Gates, qu’on voit apparaître des gens comme ça. C’est là au moment effectivement où on voit apparaître Peter Thiel, Peter Thiel qui déjà à l'époque ne fait pas mystère de son idéologie raciste et suprémaciste Je rappelle qu’il est issu d’une famille afrikanaise quand même, et qui l’a manifestement marqué. Et on voit apparaître ce qu’on ne voyait pas avant, on voit apparaître, et tous ces gens-là, c’est ces gens là maintenant qu' on voit apparaitre, c' est le gouvernement des milliardaires de Donald Trump, je veux dire tout le Trumpisme se met en place à ce moment-là.
David Dufresne
Alors, Martine, cet article, je l’ai lu fébrilement, je ne te le cache pas, et soulagé à la fin. Pourquoi fébrilement ? Parce que j’imagine que tu avais en tête qu’il y a derrière cette affaire tout un tas de choses qui, tout un ton on pourrait dire d'éléments, de clichés qui peuvent charrier le pire. Parlons de l’antisémitisme, par exemple, qui fait le lit des complotistes, etc. Je sais qu'à Mediapart, vous réfléchissez beaucoup à ça, c’est-à-dire sur le travail que vous effectuez, vous estimez qu’il faut se boucher le nez, mais il faut y aller pour précisément ne pas laisser les complotistes faire des raccourcis qui seraient terribles. Est-ce que je me trompe ou pas ?
Martine Orange
Non pas du tout, parce que je veux dire, ce volet, il doit être traité aussi. Il doit être traité, mais il doit traiter avec beaucoup d’attention, beaucoup de prudence et beaucoup de vérification, c’est-à-dire faire un vrai travail de journaliste pour ne pas donner prise j’ai pas envie de revoir les titres du Crapouillot des années 30, je veux le dire.
David Dufresne
Voilà, c’est ça.
Martine Orange
Et donc de ne pas donner prise, et ce n’est pas parce qu’il y a des personnes violentes qu’il faut assimiler des gens comme ça. Donc c’est un volet sur lequel nous sommes en train de travailler, nous sommes en train d’y travailler sérieusement, mais tout ça demande du temps parce que en plus le moteur de recherche du département de la justice c' est juste une horreur, il faut, il y a 60 000 de mails qui sont en doublons, enfin on passe sur le volet.
David Dufresne
Oui, oui, bien sûr.
Martine Orange
On passe un temps fou à repérer les choses c’est un sujet qu’il faut traiter, qu' il faut traité sérieusement, et dire les choses comme elles doivent l'être, vérifier, peser, et pour ne pas donner à la fois le sentiment qu’on met le sujet sous le tapis, et qu’ils y a des personnes déviantes qu’elles faut nommer, et qu’on assimile et ne pas assimiler et ne pas donner prise. À toutes les horreurs que je n’ai pas, où on a nulle envie, ni les uns ni les autres, de donner la moindre prise.
David Dufresne
Bien sûr !
Martine Orange
Assez de turpitudes, voilà.
David Dufresne
Non, non, mais c’est pourquoi je t’ai lue avec passion et que je t’ai proposé de venir c’est que je sais très bien le sens de la démarche, mais je me suis dit, en te lisant, ça n’a pas dû être fastoche à écrire pour ne pas nourrir la bête.
Martine Orange
C’est exactement ça le problème, mais en même temps il faut qu’on arrive à dire les choses qu’une fois qu' on les a documentées, vérifiées, il faut arriver à les dire, mais tout ça demande du temps, tout ça me demande beaucoup de temps, je veux dire, et trouver la bonne façon de le dire et trouver les bonnes choses comme ça, et je répète, c’est pas parce qu’il y a des personnes qui sont malhonnêtes que le monde entier est malhonnête.
David Dufresne
Alors, Salva Graf nous dit, l’article est top, mais hyper long. Bah ouais, ça c’est Mediapart, qu’est-ce que tu veux ? Ces gens l’ont découvert il venait de la presse papier, je vous rappelle. Au début, il ne pouvait faire que trois feuillets. Là, il se donne, et 20 ans plus tard, il continue. Mais il est top parce qu’il est long, bah ouais.
Martine Orange
Je rappelle que si on veut faire une chose, c’est 40 ans d’histoire qu’on raconte. Je veux dire, donc forcément, et j’en avais beaucoup plus à écrire, c'était 40 ans d' histoire, donc il faut remettre tout ça en perspective, il faut mettre tout ça, et je pense qu' on avait besoin d’un article qui fasse la synthèse.
David Dufresne
Absolument.
Martine Orange
Et qui posent les choses plutôt que, parce qu’une fois c’est le prince Andrew, on a des noms, il n’y a jamais une vue d’ensemble quoi, il fallait redonner cette vue d’ensemble je pense.
David Dufresne
Merci, Madame Orange, je te dis, Medbel. Oui, monsieur David. je ne le trouve pas si long. Voilà, le chat s’emballe. Merci beaucoup, Martine. C'était un plaisir de converser avec toi. Ça faisait très longtemps qu’on n’avait pas parlé aussi longtemps tous les deux. Bon courage à vous tous et régalez-nous encore et toujours à Mediapart.
Martine Orange
Eh bien, merci beaucoup et bon courage à vous.
David Dufresne
Merci beaucoup. Salut Martine. Bonne journée à toi. Voilà les amis, nous allons continuer notre petite matinale. Alors attends, qu’est-ce que je peux vous mettre ?
Audio
Tu parles de moi ? T’es en train de me parler à moi ? Mais qui est-ce que tu parles ? Tu parles de moi ? Je suis le seul ici. Who the fuck do you think you’re talking ?
David Dufresne
Oui, il est à l’heure du café, mais là, je n’ai pas eu le temps de m’en faire. Quelle matinale ! Vous êtes très nombreux. Nous sommes très nombreux, c’est formidable. Alors, on va terminer, comme je vous le disais, avec l’article de Contre-attaque, car il s’agirait quand même, comme toujours, au poste de contextualiser. Article publié le 13 février 2026, contre le narratif victimaire des néo-fascistes, la liste des victimes de l’extrême droite depuis 2022. En France, l’extrême-droite tue et mutile dans une indifférence glaçante. Au moins 11 morts ressentent Contre-attaque et 19 blessures graves par balle ou armes blanches lors des agressions racistes et fascistes depuis 2022 Le 12 février à Lyon, un groupe de militants et militantes d’extrême droite a attaqué un meeting de Rima Hassan.
David Dufresne
Voilà, chers camarades, ce qu’on pouvait dire aujourd’hui autour de tout ça, je voudrais vous indiquer, même si là on dépasse un peu, ce n’est pas grave, la projection de ce film des Nimbes au monde, piquet de grève, un soir d’automne, des drapeaux, des champs, un bout de trottoir, une scène banale, mais pas à Henin-Beaumont ce soir-là, le centre culturel de l’escapade, lieu historique de la ville, se met en grève. Une lutte qui vient briser le silence apparent du quotidien, alors que le maire Steeve Briois veut municipaliser le centre culturel associatif, On découvre derrière cette décision une certaine histoire de la violence du RN face à son opposition qui vient "ternir l’image de dédiabolisation" voulue par le parti. Une histoire faite de mauvais coups, de diffamation, de mépris, et en face un collectif humain qui expérimente, uni pour la défense du théâtre populaire. C’est un film qui est réalisé par une dénommée Louise Bihan bien connue de nos services, que nous saluons, je ne sais pas si elle est dans le chat aujourd’hui, et sa camarade de jeu, Aurore Hapiot, il y a Tours, le 21 à 16h30, à la Maison Internationale Populaire, une projection-débat il y en aura une à Calais, le 27, à l’Alhambra. Il y en aura une à Roubaix, ça sera le 12 mars au campus Moulins de la fac de Lille.
David Dufresne
Vous retrouverez tout ça sur le site d’auposte.fr que notre extraordinaire modératrice va mettre à jour dans les minutes qui viennent. Très rapidement, je vous donne le menu de la semaine d’auposte. C’est du délire.
David Dufresne
Demain soir,nous recevons un dénommé Raoul Peck, immense documentariste et pas seulement. Il sort dans quelques jours 2 plus 2 égale 5, un film sur un documentaire sur les derniers mois de George Orwell. Au moment où celui-ci mettait un point final et quel point final, un livre et quel livre. 1984. Deux heures de documentaire vraiment incroyables. Je l’ai revu hier soir. Raoul Peck sera au poste demain à 18 heures. C’est vraiment un événement. Nous sommes extrêmement honorés qu’il vienne. En deux mots, le film rapproche 1984 de 2026 et tisse des liens, des comparaisons entre ce que Orwell écrivait et ce que nous vivons actuellement. C’est demain à 18h. Soyez là, soyez présents dans le tchat. Je pense qu’on ne fera pas plus d’une heure parce que Raoul Peck a un bel agenda. Mais en tout cas c’est demain.
David Dufresne
Et puis, et puis, mercredi, Bardella, Tu quoque mi fili ? Toi aussi, mon fils, Bardella sera-t-il le Brutus de Marine Le Pen ? C’est le grand retour d’Extrêmorama, nous serons avec Le Bourg Nicolas, mon bon vieux complice, mais aussi un complice à lui, Joseph Beauregard avec qui Nicolas Le Bourg avait écrit il y a quelques années un passionnant livre sur les numéros 2 du Front National et du RN, de Victor Barthélémy à Bruno Mégret, Jusqu'à Bardella, alors Bardella n'était pas dans le livre parce qu'à ce moment-là il n’est pas encore numéro 2. Joseph et Nicolas vont nous raconter ce qu’est la position d’un numéro 2 au sein du Front national et du Rassemblement national. Qu’est-ce qui change éventuellement avec Bardella. Et nous serons également avec Sarah Proust, première adjointe du 18e arrondissement à Paris. Elle est au PS et elle est l’autrice de deux livres : Le Front national : le hussard brun contre la République, paru en 2013, et Apprendre de ses erreurs. La gauche face au Front National. C’est donc un débat en direct, comme toujours, au poste qui aura lieu mercredi à 18 heures. Pourquoi je rigole ? Parce que je vais vous passer un message de la plus haute importance
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Soutenez-nous, soutenez-vous. La riposte c’est vous, suivez la chaîne, activez la cloche, donnez au poste. Soutenez-nous sur auposte.fr
David Dufresne
Voilà, les amis, c'était un plaisir que de faire cette matinale avec vous, France Déter de démarrer la semaine en retroussant les manches. Merci beaucoup à vous tous. Merci à tous ceux qui nous soutiennent. Merci à ceux qui nous rejoignent sur la mailing list pour recevoir la newsletter du dimanche. Merci à ce qui nous aide à construire les émissions par leur retour. Par leurs suggestions, tout ça, ça se passe sur Discord. Voilà, n’hésitez pas à nous suivre sur auposte.fr, à lâcher les commentaires, à affoler les robots. Parce que les robots, ils ne sont pas avec nous, vous le savez, on a besoin de vous. Merci à vous tous, merci sorcières, merci Glycine, merci Eternel Fugace, merci Reponsea, merci Salva, merci Haka, merci Tisino, merci Euryale évidemment, Merci Sanseverina, merci Maryamis, merci Ingwas, merci à toutes, à tous, merci Sentierbattant. Merci Torik, merci à vous tous.

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