Sébastien Jumel : le PC, l’Union Popu, la gauche, l’Assemblée et les Marcheurs
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Amis du café, ami des mugs gigantesques j’ai le mug, le nouveau mug qu’actuellement vous voyez et qu’Axelle a aussi envoyé pour Ruffin I love Auposte Amis de la police, Amies des chats, amis des naufrages au Zénith parisien, comment allez-vous ? Notre invité est Sébastien Jumel est avec nous, il est en régie. A mon avis, il est chez lui à Dieppe, parce que vous allez le voir, la décoration, il y a une grue aéroportuaire, il y a un tableau c’est une grue. Donc à mon avis, et ou allons voir, c’est peut-être pour lui rappeler Dieppe quand il a son bureau à l’Assemblée. Et bien il faut faire entrer notre invité. Alors, Sébastien Jumel, je ne vous prends pas en traître, je vous fais le décompte. C’est le moment de se tenir droit,d'être un serviteur de la République. Monsieur, Bonjour.
Bonjour !
Oh là ! Eh bien, c’est bien, la même voix. Bonjour, monsieur comment ça va ?
Ouais, je suis en forme, vous aussi ?
Je suis en forme, merci beaucoup d'être avec nous, d’avoir accepté notre invitation. Et donc je vous le disais, et là, on est en train de subir un raid amical. Alors les raids sur Twitch, je ne sais pas si vous voyez ce que c’est : c’est quand quelqu’un arrête une émission, il envoie, il propose à son public d’aller voir une autre chaîne. Et là, il y a tout d’un coup 1000 personnes qui sont arrivées, donc là, il y a un peu plus de monde que dans l’hémicycle, il y a 1200 personnes à ce moment.
Là, c’est pas mal.
Comment ça, c’est pas mal ? Bon, on est très heureux ici de vous recevoir à la communauté d’Au poste parce que vous ne l’entendez pas, mais on utilise votre voix de temps en temps.
C’est vrai ?
A plusieurs reprises, vous avez eu des éclats à l’Assemblée et donc on récupère les sons et les gens peuvent les déclencher pour ponctuer les émissions. Donc il y a notamment « qu’est ce qu’il y a, les marcheurs. » Des petites phrases comme celles que vous avez lancées à l’Assemblée ? Vous n’étiez pas au courant de ça ?.
Non pas du tout.
Vous êtes un peu notre Eminem. C’est-à dire qu’on vous sample.
Ça me va,j’aime le rap.
Ah bien, Bon, mon cher, Monsieur le député, je vais commencer par la petite carte d’identité quand vous êtes, quand même convoqué Au poste. Vous êtes né le 20 décembre 1971 dans un village qui porte un très joli nom, Sainte-Adresse, Vous êtes membre du Parti communiste français, vous êtes député de la sixième circonscription de la Seine-Maritime depuis 2017. Vous allez nous expliquer comment vous avez pu être fils d’un père ouvrier, soudeur, anarcho syndicaliste adhérent la CGT et d’une mère de culture catholique travaillant en maison de retraite. Comment ça se passe où ça se passait tous les dimanches entre un anarcho syndicaliste et un catholique ? Vous tenez merveilleusement un second rôle dans un petit film dont on lui souhaite le meilleur pour les Césars qui s’appelle « Debout les femmes », vous avez et vous tenez un premier rôle dans l’hémicycle, notamment lors de la gestion de la crise sanitaire. C’est là où on a eu l’idée de vous inviter. Vous êtes ancien maire de Dieppe. Et surtout, surtout, ça c’est le plus important en 1986, vous êtes venu à la politique et d’autres au journalisme ou à l'écriture à cause d’un homme, à cause d’une loi, la loi Devaquet. Vous étiez lycéen et vous avez manifesté, et c'était votre épiphanie. Est-ce que nos services ont bien travaillé ? Est-ce que la fiche est à jour ?
Ouais, c’est plutôt c’est plutôt conforme. J’ai effectivement grandi dans la cité ouvrière de Gonfreville-l’Orcher, né au Havre, dans le quartier populaire de Caucriauville à l'époque, pour naître dans deux conditions à peu près correctes, il fallait naître à Sainte Adresse la petite ville bourgeoise à côté du Havre, puisque la maternité publique, il fallait être dix par chambre et ma mère avait fait le choix de ne pas être dix ans dans la même chambre. Voilà, j’ai poussé dans ce milieu modeste, populaire, avec une mère effectivement béarnaise, plutôt d’influence catho et d’un père anarcho syndicaliste, métallo, chaudronnier, soudeur. Et ça fait une alchimie. Au bout du compte. On prend soin des gens, on fait gaffe aux gens, on n’oublie pas d’où on vient. C’est un peu mon ADN.
Alors comme je l’ai dit à votre assistant, il y a le chat qui est là et sans le chat l'émission a beaucoup moins d’intérêt. Donc moi je vais vous remonter des questions, des remarques qui viennent du chat, qui sont notamment pré sélectionnés par Jessy, que je salue, que j’embrasse, mais on en fait déjà un peu démarrer dans les émissions précédentes, à préparer un peu notre entretien d’aujourd’hui. Alors je dois dire une première chose, c’est que je suis très emmerdé. Sébastien Parce que moi, je vous avais, je vous avais invité parce que vous n’étiez pas LFI parce qu’il y a trop de LFI. Donc je me suis dit tiens, je vais inviter un coco. Voilà pour la diversité, la gauche plurielle. Et voilà t’y pas qu’entre le moment où je vous invite et aujourd’hui vous avez rejoint l’Union populaire. Donc je suis un peu embêté. Mais enfin, nous sommes des gens bien élevés, donc j’ai maintenu l’invitation. Mais alors il y a plein de questions sur votre ralliement à l' Union Populaire. Mais avant ça, je voudrais quand même vous poser une question : comment se passe de la contestation quand on est lycéen, quand on manifeste contre la loi Devaquet à l’idée de dire je vais gouverner, que ce soit une ville, que ce soit être député. Comment ça marche dans le cerveau, ça ?
Bon, d’abord, je veux vous rassurer, vous avez invité un coco et c’est un coco qui parle devant vous. Communiste, député communiste et vocation à rester membre de ce groupe. Et mon soutien à Jean-Luc Mélenchon n’est pas un renoncement à mon engagement, mais plutôt une manière de faire vivre mon engagement. J’ai une formule qui consiste à dire trop insoumis pour être insoumis, suffisamment indiscipliné pour être communiste. Donc vous, vous ne vous êtes pas trompé en invitant un député communiste. Aujourd’hui, comment on passe de l’engagement contre le plan Devaquet à un engagement encore plus fort avec des responsabilités ? Je n’en sais rien. C’est vraiment le fruit du hasard. Simplement vous dire que tout petit déjà, dans la cour d'école, je prenais conscience que mes copains, mes copines, avaient des capacités égales aux miennes, voire supérieures aux miennes, mais qu’en fonction de l’endroit où elles étaient nés, les chances de réussite n'étaient pas les mêmes. Et ça, c’est cette prise de conscience inconsciente d’une certaine manière, de celui qui y comprend. Bourdieu, avant d’avoir lu Bourdieu, me pousse à m’engager et ça me pousse à m’engager comme lycéen contre ce plan Devaquet de sélection de l’entrée aux études supérieures. C’est un sujet qui reste d’une profonde actualité. Et puis, peu à peu voilà, j’adhère au parti. Je fais mes études à Sciences Po Aix ou je m’engage là aussi dans le syndicalisme étudiant et je reviens dans ma région d’origine parce que la pluie me manque. Et figurez-vous, j’ai passé mes études à Aix Marseille, c’est la plus grande des saisons.
On dirait un argument électoral pour faire plaisir aujourd’hui à son Aix,.
Alors que j’aime les saisons, j’aime la pluie, j’aime le mauvais temps qui façonne les caractères et les visages. Et puis Dieppe m’a pris dans ses filets. Je suis arrivé à Dieppe pour bosser à l'époque avec un maire qui s’appelait Christian Cuvillier. J’ai milité et on a perdu la ville. En 2001, la droite gagne cette ville. En 2001, l'électorat de gauche était resté couché. L’expérience de la gauche plurielle avait fait mal et je travaillais à la reconquête et je deviens maire de cette belle ville portuaire rebelle, belle et rebelle en 2008. Élu maire en 2008, réélu en 2014. Et je deviens un peu par hasard. Je dis souvent ça député de cette belle circonscription qui va de Dieppe à Neuchâtel, en passant par Forges, Nangis, Aumale, Neufchâtel, le Fromage. Je suis député d’une circonscription entre terre et mer.
Alors attention, parce que belle et rebelle, vous l’avez fait dans votre clip de présentation quand vous avez rejoint l’Union Populaire. Faites attention, C’est vrai, mais on connaît vos guimiques
Ah bah ouais, je suis comme vous, j’ai un des trucs que je répète à l’envi.
Ah bon ? Bon point. Très bien. Je vois que j’ai affaire à quelqu’un de réveillé. C’est parfait. Ah bah d’accord. Je vous demande quelle est votre vision et votre analyse du prolétariat français aujourd’hui. Donc on s’adresse bien à communiste Alors je vous dis, il y a évidemment plein de questions en rapport à Roussel, parce que vous apparaissez comme le négatif, on va dire. En terme photographique, j’entends. Je trouve celle de Roussel caricaturale et proche de celle de la droite finalement. Mais avant de parler de vous, c’est vous. Votre analyse et votre vision du prolétariat aujourd’hui, c’est quoi exactement ?
Le monde ouvrier. Le prolétariat prend cher, il s' est précarisé. Tous les métiers du lien sur lesquels nous avons travaillé, François Ruffin, sont révélateurs de ça. Tous ces gens qui prennent soin des autres, qui sombrent avec des boulots précaires, qui se livrent, qui sert souvent de variable d’ajustement, les aides à domicile, les aides-soignantes, les AESH, les ATSEM, tous ces métiers pourtant vitaux où on gagne sept 800 balles par mois avec des contrats horaires variables et à durée indéterminée. C’est une forme de prolétariat. Il y a aussi le prolétariat, les prolétaires qui s’ignorent d’une certaine manière. Je pense que le libéralisme a tellement fait mal aux vies que la conscience de classe, le sentiment d’appartenance à une classe, a beaucoup diminué. C’est beaucoup egratigné au point que quelquefois, quand on est en galère, on a tendance à regarder l’assiette de son voisin aussi vite que la sienne plutôt que de regarder celui qui oublie de la remplir d’une certaine manière. Mais moi aussi, j’attache beaucoup d’importance à ce que j’appelle la dignité ouvrière. Il y a dans mon territoire des dockers, des ouvriers d’usine, des pêcheurs et même des agriculteurs qui ne se sentent pas des prolétaires, mais qui vivent de leur travail et qui ont une forme de dignité. Que de pouvoir, d’une certaine manière, apporter une forme de richesse, une contribution de richesse grâce à leur force de travail. C’est ça la définition du prolétariat selon Marx. Alors comment on organise ça ? Comment on fait grandir cette dignité-là, comment elle se transforme en revendication collective ? C’est l’un des enjeux de ceux qui ont le cœur à gauche aujourd’hui.
Et question à deux balles mais est-ce que c’est les prolétaires qui ont quitté la gauche ou la gauche qui a quitté les prolétaires ?
Moi je pense que….
Est ce que ou où est ce que c’est une connerie de répéter ça depuis 20 ans ?
Je pense que, comme dirait Anouk Sittelle à propos de la jeunesse, la gauche a des singulier et pluriel et une partie de la gauche, notamment la gauche social-démocrate, a tout a théorisé avec Terra nova, notamment le renoncement aux classes populaires. Et moi je pense qu’il faut renouer ce dialogue-là, recoudre ce dialogue-là incarné. Je pense que les classes populaires restent de gauche, mais comme la gauche les a abandonnées, elles renoncent à porter leur voix vers la gauche. Souvent, elles se réfugient dans l’abstention, dans la désespérance. Quelquefois, elles ont basculé aussi dans le fascisme, mais pas fachos. Et donc il faut patiemment, dignement, faire en sorte que cette partie de la population retrouve des espaces de fierté, de dignité, d’espérance retrouvée. Et je crois qu’on y parvient quand on parle de ces sujets et de leurs problèmes, de leurs rêves, mais aussi de leur réalité.
Qu’est-ce qui vous a fait le plus mal comme retour ? Du prolétariat. Depuis que vous êtes en politique. Quelle est la colère, le pleur, le commentaire, l’invective, l’injonction qui vous a le plus remué ?
Vous voulez dire à mon égard, ou du moins.
Non, à votre égard dans le sens représentant du Parti communiste, représentant de la gauche. Pas vous personnellement, mais politiquement. Vous vous êtes senti responsable.
Moi je pense que le fait de considérer les classes populaires comme des classes pauvres, eux, y compris du point de vue culturel. C’est les renoncements. Moi ce qui me tord le ventre et qui me hais, qui me donne mon essence ordinaire. D’une certaine manière, je. Je ne supporte pas la condescendance des bourges ou quelques fois des bobos à l'égard du milieu d’où je viens. Parce que les classes populaires, elles sont belles, Les classes populaires, elles ont une culture, les classes populaires, elles ont une dignité. Et quand je vois les caricatures sur les pratiques culturelles que peuvent avoir les gens modestes, ça, ça me tord le ventre.
Vous pensez à quoi par exemple ?
Je ne sais pas moi je pense que, y compris dans les grandes institutions culturelles, on a quelquefois oublié le chemin de gauche. Qu’est-ce que la culture populaire en termes musical, en termes d’expression artistique ? Voilà par exemple, la variété française peut être moquée, mais elle peut être aussi l’expression d’une culture, d’une appartenance. Même si même si ce n’est pas mon kif. Vous savez, moi il m’est arrivé quelquefois de remettre des décorations à des majorettes et ça a pu me foutre le blues, cette pratique culturelle des majorettes. Mais en même temps, c’est l’expression d’une pratique culturelle et sportive très populaire qui mérite le respect et qui mérite pas la condescendance. Voyez ce que je veux dire. Je suis très clair dès le matin.
Et c’est pour ça qu’au début de semaine, c’est bien. Alors j’aborde la question de votre travail de député et ensuite on ira sur la question politique, présidentielle. Vous avez déposé, je crois, depuis que vous êtes député, donc en cinq ans, vous savez combien vous avez déposé d’amendements.
Pas du tout du tout. Alors j’ai jamais compté, non
Mais d’après vous, ça se compte comment ? En dizaines, en centaines.
Ou milliers ?
D’après NosDéputés fr, vous avez déposé 1878 amendements. Ça sert à quoi ?
Les amendements, c’est, Vous savez, la fonction du député, c’est de discuter la loi. Modifier la loi ou s’opposer à la loi. Et les amendements ont vocation à être tous à la fois, d’apporter une modification qui va dans le bon sens. Il m’est arrivé de faire adopter deux ou trois amendements. Alors, il faut dire que les marcheurs sont souvent sourds aux amendements de l’opposition, donc c’est une denrée rare. Mais après, les amendements ont aussi un prétexte pour mettre le doigt là où ça fait mal. Je me souviens du combat important que nous avons mené contre la mauvaise réforme des retraites où là, j’avais déposé un grand nombre d’amendements pour expliquer que quand on était égoutiers, quand on était femme de ménage, quand on était verrier au Bouchoux, on n’avait pas la même espérance de vie en bonne santé que celui qui avait fait sa carrière chez Rothschild. Quand on est marin pêcheur, c’est le métier le plus axé le plus facteur de d’accidents du travail et donc la vie d’un pêcheur à la coquille Saint-Jacques ou au restaurant. Et pas tout à fait la même que celui qui est hors cadre dans une assurance privée ou au un poste ou jongle avec les stocks options. Et donc l’amendement a vocation à permettre ça. Je me souviens d’amendements que j’ai développés surtout autour de l'école inclusive, visant à faire en sorte que cette belle cause de l’inclusion des enfants en situation de handicap progresse, notamment avec un statut pour les usages. L’amendement PRE permet aux députés d’intervenir, de défendre un point de vue et de mettre la majorité en face de ses propres turpitudes.
Je pose cette question parce que, Au poste, on suit régulièrement les débats à l’Assemblée. Je ne sais pas d’ailleurs si les députés sont au courant qu’il n’y a pas que la chaîne parlementaire qui suit les débats publics. ? Vous êtes au courant ?
Et oui, je sais qu’il n’y a pas que la chaîne parlementaire. Heureusement d’ailleurs.
Et alors ? Question directe est ce que ça joue chez vous ou pas ? Je veux dire, est ce que vous vous dites tiens, il y a, il y a des gens qui nous regardent. Est-ce que de temps en temps on entend des députés ou des représentants du gouvernement dire oui pour ce qui nous regarde, mais on ne sait pas si c’est creux ou si vraiment vous vous sentez comme un regard sur votre épaule, voire une surveillance citoyenne qui s’exerçait sur votre travail. Est-ce que ça pèse ou pas réellement ? Dites-nous la vérité.
Ouais, ça pèse, on a conscience de ça. Faut jamais oublier que d’une certaine manière, lorsqu’on est à l’assemblée, on ne représente pas que soi-mêm, on est le représentant du peuple. Mais je crois que ça ne va pas conduire à être dans la posture. Moi je vous.assure que quand je me mets en colère, il m’arrive de me mettre en colère à l’Assemblée. Je ne suis pas le théâtre de ma colère. Elle naît. Elle se nourrit des visages, des figures, des histoires, des rencontres que j’ai. Et quand je mets la colère sur les retraites, j’ai en tête ceux qui, parmi les miens, sont morts du cancer de l’amiante. Très jeune, quand je mène le combat pour des moyens pour l’hôpital. Je mesure j’ai en tête le fait qu’un jour j’inaugure une EPA et la directrice de l’air me dit Mais comment se fait-il qu’on sert le dîner à 17 h du soir ? Je lui réponds Mais on sert le dîner à 17 h parce qu’il n’y a pas assez de moyens humains et qu’effectivement ce n’est pas digne de permettre à des personnes âgées de dîner à 17 h pour avoir le petit dj, treize ou 14 h plus tard le lendemain. Quand on n’en est pas dans ses fringues, on perd ses repères, on perd ses meubles et en plus on perd ce qui reste comme repère à l’heure du repas. Et vous voyez, quand vous mettez cette réalité-là dans vos tripes, dans votre cœur, eh bien, si vous êtes regardé, les gens ont le sentiment de se reconnaître.
Là, on vous a repéré. Mais je voulais juste savoir parce que nous, on a carrément des députés qui sont dans notre chat pendant qu’ils sont aussi à l’hémicycle On n’est pas loin de la démocratie directe, si vous voulez. C’est ça, ça va assez loin.
Mais ça, c’est bien de m'échouer. Et je sais que Ugo est là pour ça et d’autres aussi. Mais moi je suis un peu ringard. J’ai du mal à maîtriser tous les outils informatiques en même temps que je parle. Et puis comme je n'écris pas mes interventions, je suis souvent en Freestyle à l’assemblée. Donc quand je suis à l’assemblée, je me concentre sur ce que je vais dire.
Très bien, on lui dira à Bernalicis :concentrez Monsieur le Député,
Votre sens de défis des fois, il faut, oui, des fois, avec Ugo on se lance le défi d’utiliser un mot dans une intervention. Un jour, je lui ai dit qu’il fallait que tu mettes Maroilles dans une intervention à l’Assemblée. Il avait échoué, a dit « ça pue votre histoire, on dirait du Maroilles ». Et moi je devais utiliser la coquille Saint-Jacques dans mon intervention. Et j’avais dit au gouvernement « Vous semblez fermés comme une coquille Saint-Jacques ».
Eh bien, sachez qu’Auposte. Le chat avait un jour lancé un défi à Ugo Bernalicis en lui disant qu’il faudrait citer Au Poste. Et il a dit à Darmanin. Il a dit « Quand vous allez Au poste »
Voyez. On savait ce qu’on avait.
Il sait faire.
Et il sait faire, mais je reviens sur les amendements quand même, parce que 1878, amendements, comment ça se rédige ? Je veux dire, concrètement, là, je parle de votre travail, que vous et les autres, c’est quoi ? C’est votre armada d’assistants parlementaires, vos collaborateurs, vos collaboratrices, qui écrit ? Comment ça se passe concrètement ?
C’est un travail collectif. Vous avez une proposition, un projet loi qui vous parvient une fois qu’il est passé en Conseil des ministres. Et donc la première chose à faire, c’est lire cette loi, voir ce qu’il y a dedans. Et puis, une fois que vous avez lu cette loi, il y a des mécanismes pour la corriger. Et il y a notamment ce qu’on appelle un amendement à l’amendement. C’est très technique, il faut le rédiger en ayant des références juridiques. Et donc j’ai autour de moi, effectivement, soit des collaborateurs au groupe, soit mes collaborateurs parlementaires qui m’aident à trouver la bonne place pour défendre une idée, pour corriger un élément du texte qui va dans le mauvais sens. Et on fait ça d’une manière collective et conjointe. Il se trouve que j’ai moi-même une formation qui me permet de piger ça vite et d'être capable de rédiger des choses.
Est ce que vous avez l’impression que le Parlement soit encore une instance réellement démocratique ? Dans le sens est ce que le bon endroit.
Les marcheurs dont j’ai souvent dit qu’ils étaient une armée de Playmobil, ont affaibli le rôle du Parlement, ont affadi le rôle du Parlement. On a un président qui a multiplié les exercices d’autorité, voire d’autoritarisme, d’exercice solitaire du pouvoir. On a un premier ministre alors. C’est encore plus vrai depuis que c’est Castex qui s’est transformé en collaborateur du président de la République. Quand Sarkozy disait ça à propos de Fillon, tout le monde faisait semblant de s'étonner. Mais aujourd’hui, la cinquième République, poussée à son extrême à dénaturer le rôle du Premier ministre et le Parlement avec une majorité pléthorique, est devenue une chambre d’enregistrement. Cela dit, dans ce contexte difficile, l’opposition a quand même tenu son rôle. Il y a eu un recours abusif aux ordonnances. Il y a eu un recours abusif aux procédures d’urgence accélérée et au vote bloqué. Enfin, tout l’arsenal qui permet de priver le Parlement de sa libre administration. Mais malgré ce contexte, je trouve que l’opposition, notamment de gauche, de la gauche combative, les communistes, les insoumis et quelques autres, ont quelquefois joué les empêcheurs de tourner en rond et heureusement, C’est plutôt sain pour la démocratie.
Oui, alors j’ai cru comprendre que c'était votre qualificatif puisque je l’ai retrouvé dans quelques interviews de vous. « La gauche combative. » Donc c’est plus la gauche, de gauche.
La gauche de combat, la gauche qui ne renonce pas, la gauche debout, celle qui n’oublie pas d’où elle vient. Moi je. C’est pour ça que, pour revenir à la question quasi posée tout à l’heure de mon soutien à Jean-Luc Mélenchon, j’ai dit que j'étais trop insoumis pour être insoumis, suffisamment discipliné pour être communiste. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que je décide de mettre l’accent sur ce qui nous rassemble parce que j’ai envie d'éviter un scénario où le choix se résumerait à Macron, Pécresse, Macron, Zemmour ou Macron Le Pen. Quand on est de gauche, sa responsabilité c’est d’offrir une autre alternative que celle-ci. Moi je n’ai pas envie que pour mes mômes, pour les gens qui représentent, pour les valeurs auxquelles je crois, d’avoir à choisir entre la peste et le choléra au second tour de l'élection présidentielle, je ne choisis donc de mettre l’accent sur celui qui est en situation. Alors je ne suis pas d’accord avec Jean-Luc Mélenchon surtout et d’ailleurs il ne me le demande pas et c’est plutôt bien. Mais je me souviens aussi que à l’Assemblée, avec les Insoumis, on a porté des combats communs sur les retraites, sur la réforme ferroviaire, sur la casse du droit du travail, sur le passé sanitaire, sur le financement des hôpitaux, la loi de financement de la sécu, enfin un grand nombre de combats communs. Alors après, on utilise des mots différents en fonction de son histoire, de sa sensibilité, de son territoire de vie. Mais j’allais dire que ces différences-là, elles existent, y compris au sein des cocos. Un coco à Paris, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’un coco chez moi à Dieppe au Tréport, on ne parle pas là, on ne parle pas de la même manière et je trouve ça plutôt sain. Donc faire un bout de chemin avec les Insoumis pour bousculer le scénario Macron scénario droite ou droite libérale extrême droite, ça me semble être de la responsabilité d’un communiste et d’un homme de gauche.
Je vous écoute, je vous crois, mais certains disent que vous avez négocié une place pour les législatives.
Mais place de quoi ? Je suis déjà député.
Mais ça ne vous a pas échappé
Vous savez, moi j’ai toujours préféré la lutte des classes à la lutte des places. Et si j’avais été plus préoccupé par ma circonscription que par le sort de l’avenir de la gauche, je serais resté silencieux, caché dans ma belle circonscription. J’ai fait 36 % aux régionales. Dans ma circo, j’ai plutôt de bonnes raisons de penser que. Les gens ont confiance en moi et donc c’est un acte de courage et pas un acte de lâcheté ou de négociation mon positionnement ?
Mais il n’y a pas eu de négociation car vous pourriez dire on pourrait le comprendre.
Pas de négo d’ailleurs. Enfin pas négo dans le sens ou pas de contrepartie exigée de ma part, ni de la part de Jean-Luc Mélenchon. Après, il est clair que le fait que je considère qu’il faut mettre l’accent sur ce qui nous rassemble à gauche aura comme conséquences que ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche combative ne présenteront pas de candidat. Quand j’aurai décidé d'être candidat moi-même, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.
On a tout compris. Alors il y a quand même Guigou qui nous dit dans le chat qu’il y a un sujet de confrontation entre vous et Mélenchon qui est important, c’est le nucléaire. Vous, vous êtes notamment pour les futurs PR et contre les éoliennes offshore, notamment au large du Tréport, donc tout près de tout près de chez vous. C’est ce que je veux. Non, c’est vrai. Alors allez-y, expliquez-nous.
D’abord, moi je n’ai pas une relation d’affection avec une énergie plutôt qu’une autre. Il n’y a pas d’histoire d’amour. Je veux dire, il ne s’agit pas d’aimer ou de ne pas aimer le nucléaire ou l'éolien. Il s’agit de réfléchir en raison, en lucidité sur ce qui peut être utile aux territoires et aux habitants. Premier élément, moi je considère que l'énergie n’est pas une marchandise mais un bien commun. Oui, et ça nécessite une maîtrise publique. Ça nécessite qu’on ne vende pas à la découpe EDF. Et c’est pour ça que je me suis beaucoup battu contre le projet d’Hercule de saucissonnage de démantèlement. Ensuite, deuxième chose, est ce que la lutte contre le réchauffement climatique est une priorité majeure ? Si oui, il faut réfléchir à un mix énergétique dans lequel le nucléaire n’est pas la seule solution, mais dans lequel il n’y a pas de solution sans nucléaire. Et donc le renouvellement du mix énergétique implique le renouvellement, j’allais dire de sa capacité à produire de l'énergie nucléaire. Enfin, pour ne pas être trop long, il y a la question du coût de l'énergie et vous voyez que c’est dans toutes les têtes en ce moment où le prix du gaz explose, l’essence explose et donc il nous faut une énergie accessible en termes de coût, notamment pour les populations les plus fragiles. La question de la souveraineté est posée. Donc moi je suis pour un mix énergétique équilibré, intelligent, dans lequel il y a du nucléaire, dans lequel il y a des énergies renouvelables. Et je ne souhaite effectivement pas que pour l'éolien offshore, ça percute la pêche artisanale. Tout ça doit se faire dans la concertation, dans une démarche de démocratie, d'écoute des acteurs. C’est vrai, quel que soit le mode de production énergétique d’ailleurs. Et je note que sur le nucléaire, Jean-Luc Mélenchon a bougé puisque il dit désormais et alors lui, il a sa conviction, il pense qu’il faut en sortir, mais il pense que le sujet est tellement important qu’il faudrait un référendum. Et je l’ai même entendu dire sur France deux récemment que si les Français décidaient de conserver une part du nucléaire, alors ils suivraient leur opinion, ce qui me semble être une sage résolution.
Mais quand même, le courage politique ne consisterait-il pas à dire écoutez, il y a des déchets nucléaires pour des milliers d’années dont on ne sait pas quoi faire. Rien que ça, ça disqualifie le nucléaire. Je veux bien qu’on dise, mais ça permet de décarboner. Oui, il y a l’emploi pour les pêcheurs. En ce qui concerne les éoliennes qui empêcheront la pêche sur le long terme, il n’est pas là sur le long terme. L’enjeu de l’autre côté, c’est les milliers d’années.
C’est une préoccupation qui se défend. Les préoccupations que j’entends. Il n’y a aucun mode de production énergétique qui fonctionne parfaitement. Écologiquement exemplaire
C’est Roussel qui nous appelle, c’est Mélenchon, c’est Roussel.
Non, non, ce n’est pas Roussel. Je ne sais pas, je ferme le portable.
Et ça vaut mieux.
Mais. C’est vrai, il y a au moins la pêche artisanale, celle qui fait vivre nos ports et nos criées. C’est aussi un élément d’une approche du développement durable de nos territoires. Est-ce que vous préférez des bateaux usines hollandais qui pillent nos mers, qui laminent nos mers et qui laminent nos fonds marins ou des pêcheurs à dimension humaine avec cinq cycles marins pêcheurs et qui permettent de nourrir une bonne partie de la population. Voilà, il faut trouver le juste équilibre. Et pour revenir aux déchets nucléaires, il faut continuer à pousser la recherche fondamentale pour évidemment traiter cette question des déchets.
Alors beaucoup de questions sur votre ralliement à l’Union populaire. Est-ce que le soutien à Mélenchon demande bleu ou bleu est-il le signe d’une fracture dans le PCF, comme on en a connu en 1980, c’est-à dire juste avant Mitterrand ?
Je ne sais pas si c’est une fracture. Moi j’ai considéré que mon appel était guidé pas simplement l’appel de Sébastien Jumel, un autre élu communistes partage mon point de vue était. N'était pas un schisme mais simplement un désaccord stratégique sur une présidentielle. D’ailleurs, on est nombreux à penser que la cinquième République est dépassée et que l'élection présidentielle d'élection d’un seul homme me paraît un peu surannée et qu' il aurait plutôt fallu concentrer nos efforts nationaux, nos efforts sur. De quel type de majorité avons-nous besoin à l’Assemblée pour reconstruire une France solide et solidaire ? D’une certaine manière, une France qui prend le progrès en partage et l'écologie au service du plus grand nombre comme projet politique ? Voilà ce positionnement-là me conduit à dire qu’il faut se donner la chance d’avoir un candidat de gauche au deuxième tour et de ne pas tomber dans l’extrême de solitude du témoignage. C’est ça l’enjeu.
Alors Zoulou 2000 vous demande de préciser ce que vous pensez de la sixième République puisque vous venez de dire. La cinquième République. Bon, c’est plus tout à fait ça. Est-ce que ça veut dire que vous adhérez à l’idée de sixième République qui est notamment défendue par Mélenchon ? Et si oui, qu’est-ce que vous y voyez d’intéressant là-dedans ?
Il faut effectivement reposer les fondamentaux d’une République moderne, d’une République où le droit du peuple à disposer de lui-même est réaffirmé concrètement, où les pouvoirs du Parlement sont renforcés, où l’initiative populaire, y compris par voie référendaire et actée, où les espaces de démocratie vivante, de démocratie locale, de démocratie, de proximité sont permanentes. D’une République qui considère que la commune est une instance de proximité qu’il faut préserver comme la prunelle de nos yeux, d’une République qui se débarrasse du mur de l’argent, des lobbies. Et donc il y a effectivement à se débarrasser d’un système qui concentre. Dans les mains d’un seul homme, la plupart des pouvoirs. Vous avez vu la manière dont la crise sanitaire a été gérée ? Toutes les décisions ont été prises au sein du Conseil de défense et donc frappées du secret défense. Vous avez un président de la République qui annonce des décisions majeures pour la France à la faveur d’une conférence de presse mettant son gouvernement dans le vent, le Parlement dans le vent et même les habitants dans le vent. Il faut aussi renouer avec des espaces de démocratie sociale. Le droit du travail tel qu’il a été abîmé a privé les salariés lorsque leurs représentants syndicaux de pouvoir, d’intervention, de droit, d’intervention dans l’entreprise. Et moi, je suis pour rénover tous ces espaces d’appropriation des lieux de décision par les gens eux-mêmes, par les acteurs économiques et sociaux eux-mêmes.
Sentier battant vous demande, et une réponse sans langue de bois. Je ne vous cache pas, Sébastien, que certains trouvent que vous êtes un peu langue de bois. Ce matin. Je vous le dis, je vous le dis, c’est vrai. Ah oui, il y en a même qui s’endort mieux, là, je vous assure. Alors, on vous demande les divers positionnements de Fabien Roussel sont-ils à l’origine de votre soutien à LFI et Jean-Luc Mélenchon ?
Je ne sais pas de quel positionnement il parle.
le fait d’avoir des visions de l’Union populaire.
Oui, je ne sais pas. J’ai pris une décision : ne jamais taper sur mon camp à gauche. Et donc j’aime bien. Je me dis qu’on a assez d’adversaire à droite pour taper comme ça. Moi, mon adversaire c’est Macron. Mon adversaire c’est Pécresse. Mon adversaire c’est Zemmour, Le Pen, Dupont-Aignan additionnés qui font plus 30 %. Et je pense que si la gauche connaissait cette chanson d' Orelsan, « On est dans un avion et on se bat pour être. On est dans un avion qui va dans le mur et on se bat pour être à l’avant du cockpit. » Elle devrait nous inspirer. La gauche se bat pour être à l’avant d’un cockpit qui va d’un avion qui va droit dans le mur. Et ben moi je me dis qu' il va falloir essayer de faire en sorte de corriger la trajectoire de cet avion pour pas qu’il aille dans le mur.
Je vous demande est ce que Roussel est de gauche ?.
Ce que vous dites, c’est bien parce qu’il est de gauche. Non mais bien sûr qu’il est de gauche, y a pas de sujet avec ça.
Donc ce n’est pas de sa faute. S’il est récupéré par la droite, par une partie de la fachosphère. Je veux dire ce qui est en train d’arriver.
Alors c’est un sujet donnant des compliments à l'égard de Fabien. Viennent plus de la droite que de la gauche. Et donc ça c’est un sujet qui nous interpelle évidemment. Mais Fabien est de gauche, il est membre de mon groupe et il a voté quasiment à chaque fois.
Bah y a un petit bug au moment où on parle de tout ça. Alors est ce que vous savez si la ligne adoptée par parfois bien ou celle dans votre parti a été débattue en interne ? C’est une question, d’accord. Si oui, comment se sont passés les débats et qu’est ce qui a été rédhibitoire pour vous finalement ? Est-ce que ça a été rédhibitoire ou est-ce que vous avez trouvé que c'était mieux chez Mélenchon ? Ou sont les deux ?
Il y a eu débat.
Et vous pouvez vous refaire un petit café si vous voulez.
Ouais mais ma cafetière fait trop de bruit je l' ai débranchée. Il y a eu un débat au moment du congrès qui m’a conduit à considérer que quand on était affaibli et que le parti communiste était affaibli, le risque était grand qu’on se replie sur soi-même. Un grand corps malade a plus de chance de se replier plutôt qu'à s’ouvrir. Et moi je pense au contraire que quand on s’affaiblit, il faut embrasser, il faut rassembler, il faut cultiver d’une certaine manière son identité sans renoncer. À considérer qu’on peut s’enrichir de la différence des autres. Et c’est ce souci, ces désaccords stratégiques peut être, qui explique qu’aujourd’hui, moi je fasse le choix non pas de renoncer, être communiste, mais d'être communiste, pleinement communiste, en apportant une carte jeune à Jean-Luc Mélenchon par cette contribution donc avec François Ruffin, mon copain d’Assemblée avec qui j’ai siégé pendant cinq ans dans la commission, on apporte cette contribution originale à la campagne mettre du social dans la campagne de Jean-Luc pour faire rentrer la question des métiers du lien dans la campagne de Jean-Luc, pour faire rentrer la question du territoire, de vie, des territoires ruraux. Moi je veux ma circo mes questions en ce moment, c’est comment on est en train de laminer l'école en milieu rural, comment on est en train de déménager des territoires, Comment la question des déserts médicaux qui avance, elle est au cœur de toutes les préoccupations, Comment on fait en sorte que la République soit présente partout et pour tous, soit au cœur de la campagne, dans un rassemblement à gauche qui prend en compte les différences comme une richesse et non pas les différences à gauche, comme une comme un handicap. Et donc c’est ça qui conduit à ce choix stratégique qui n’est pas un schisme politique, mais qui est un choix assumé.
Quand Fabien Roussel se rend à la manifestation des policiers et notamment à l’appel du syndicat Alliance. Qu’est-ce que vous ressentez ? C'était il y a un an.
Je ressens que je ne fais pas ce choix j' étais pas ce jour-là, devant l' assemblée pour une manif où il y avait à boire et à manger.
Ne commencez pas sur la bouffe.
Je pense qu’on aurait pu parler des questions de sécurité plus tranquillement en allant pas à cette manif. Moi je milite depuis longtemps, j’ai des maires pour une police républicaine de proximité. Je pense qu’il faut recoudre le lien de confiance qui s’est considérablement abîmé entre les forces de l’ordre et les habitants et que le droit à la sécurité ne doit pas être laissé aux ennemis de la République, mais qui est une manière de porter ces questions-là avec une approche progressiste plus forte. Voilà, ça a été un choix. Je pense qu’il n’a pas été discuté chez nous et qui a suscité de l'émotion.
Alors on nous dit il y avait du poulet. Bon, on arrête et on arrête les jeux de mots à la manifestation. Vous par exemple, quand vous étiez maire donc élu local. Là, je m’adresse à l'élu local. Est-ce que vous avez eu des relations avec les policiers, la hiérarchie policière ? Est-ce que vous avez eu un discours qui n'était pas celui qu’on entend dans les médias, par les syndicats ou par le ministère ? Ou est-ce que c’est à l’unisson ? Est-ce que vous, vous avez ressenti des policiers qui n'étaient pas forcément d’accord avec la doctrine, qui n'étaient pas forcément d’accord avec la propagande ? J’emploie le terme simplement du ministère de l’Intérieur ou pas.
Moi, quand j'étais maire, chaque jeudi, il m’arrivait de présider ce qu’on appelle une commission de sécurité où vous avez autour de la table sous-préfets, procureurs, commissaires de police, l’ensemble des forces intéressées par eux. Et moi, j’ai par exemple mis dans ma ville en place un conseil local de prévention de la délinquance, où on a traité ces questions-là sans posture, d’une manière pragmatique. Et ce que j’entends, moi, c’est la volonté des policiers de terrain, non de ne pas être instrumentalisés politiquement. Ils veulent de la question de la proximité, des moyens de proximité, des moyens dans les commissariats pour exercer convenablement les missions. Me semblent être des revendications légitimes. Elles sont d’ailleurs portées par la CGT police et par d’autres syndicats d’une manière intelligente. Chaque élection est propice à instrumentaliser les questions d’insécurité à des fins politiciennes et je pense qu’on souffre de ces mots-là. Donc oui, j’ai entendu souvent des policiers dire qu’ils ne voulaient ni être stigmatisés, ni enjoliver d’une certaine manière, parce que le quotidien qui compte, qui n’est pas toujours tout rose. On l’a vu sur les questions de prise en charge des violences faites aux femmes qui posent des questions de formation, de moyens. On l’a vu sur d’autres sujets que puis la doctrine du maintien de l’ordre ? Stéphane Peu avait demandé une commission d’enquête là-dessus. Ne jamais oublier que les policiers répondent à des ordres et les ordres sont donnés par des responsables politiques parce que sinon, ce serait exonérer les politiques de leur propre responsabilité.
Est ce qui vous donne encore espoir. Et qu’est ce qui donne à tous espoir ? Demande Maximilien.
L’espoir, c’est que l’histoire n’est pas linéaire que quand on prend le temps d'écouter les gens. Sur le terrain, il y a des belles choses qui se passent dans les solidarités concrètes, dans l’engagement citoyen, dans l’engagement associatif, dans les liens solidaires qui se tricotent avec humanité. L’espoir réside aussi dans le sens qu’on peut donner à ceux qui, au quotidien, accomplissent des belles missions de service public, de soin de prendre. De prise en charge des gens de, j’allais dire de du berceau jusqu'à jusqu’au cercueil. L’espoir, c’est aussi cette jeunesse qui. Se préoccupe du monde et du monde qui tourne à l’envers et qui s’en préoccupe souvent en nous bousculant dans nos certitudes. Et donc les fenêtres d’espoir sont plus importantes qu’on ne veut bien le dire si on prend le temps de les regarder et peut-être quelquefois de contribuer à les faire grandir.
Mais là, vous vous dites qu’on passe notre tour au mois d’avril.
Non, je ne veux pas dire ça et c’est la raison de mon choix. Je pense que les jeux ne sont pas faits, même si je suis comme vous, préoccupée par le haut niveau dans les sondages d’Emmanuel Macron. Préoccupé par le haut niveau additionné de l’extrême droite des extrêmes droites dans les sondages. Mais je me dis aussi que si le peuple de gauche se réveille et si le peuple de gauche, au moment du vote, se dit que les questions de retraites, d’avenir, du service public, de la protection sociale à la française, d’une nouvelle manière de concevoir la République est au cœur du vote. On peut bousculer la donne si on arrive à réconcilier.
Lutter contre la fonte des glaces et la lutte des classes. On peut porter loin ce discours-là.
Donc, regardez-vous avez vous même dit que la cinquième République était été et n'était pas tenable, et que de l’autre côté, l’Assemblée, c'était un peu une chambre d’enregistrement ? Pourquoi voudriez-vous qu’on croit en la démocratie représentative, quelle qu’elle soit, de gauche ou de droite, à la limite ? Je veux dire, vu combien tout ça est dévalué, non ?
Il nous appartient de redonner du sens à tout ça. Je pense que ce qui permet de renouer le lien de confiance entre les citoyens et les hommes politiques et les femmes politiques et la chose publique, c’est d’annoncer ce qu’on ferait et de faire, de faire ce qu’on a dit qu’on ferait. Je pense que la gauche a beaucoup déçu lorsqu’elle a fait l’inverse de ce qu’elle avait dit. Lorsque Hollande déclare vouloir faire la guerre à la finance et que d’une certaine manière, il construit son quinquennat avec comme ministre de l'économie Emmanuel Macron au service de la finance, et bien il contribue à nourrir la désespérance. Et donc il va falloir que la gauche retrouve le chemin, j’allais dire du respect de la parole donnée. Et c’est ça qui est de nature à reconstruire le socle d’une République rénovée, d’une République qui réinterroge ses modes de fonctionnement et d’une République qui redonne le pouvoir au peuple.
Le chemin que nous souhaitons tous. Il est quand même très simple. Je veux dire, c’est fléché. Il y a des engagements, on les tient comment ? Bien oui, comment ? Mais pourquoi ne sont pas tenus ? Pourquoi depuis 81 ?
Ça, il faut le demander à ceux qui renoncent. Moi, je vois dans mon engagement politique. J’ai été maire, je suis désormais député et à chaque élection, il semble que, y compris dans les quartiers populaires, ce vote de confiance quoi consolider parce que Parce que dans ma manière d'être, dans ma manière d’agir, dans ma manière de porter les combats, les habitants ont le sentiment que je n’oublie pas d’où l’on vient, d’où je viens et que je ne fais pas le contraire de ce que je dis que j’avais annoncé faire. Et je crois que c’est ça qui, qui manque en politique. Et puis peut être savez, je vais vous faire une confidence moi, quand je vais voir quelqu’un, je lui demande pas sa casaque, laquelle, de quel pedigree il se revendique. Je me dis est ce que la cause qu’il plaide est juste ? Est ce qu’elle nécessite d’y mettre de l'énergie ou non ? Et si c’est le cas, alors je m’y engage pleinement. Et quand on fait ça, je vous assure qu' on construit des bases de rassemblement, d’espérance qui vont au-delà des chapelles politiques et au-delà, d’une certaine manière, de ce que j’appelle la politique politicienne.
On nous pose des questions très intéressantes sur les sondages dont il dit qu’ils sont truqués. Tout le monde le sait avec plus de 50 % d’abstention dans leurs résultats. Qu’est ce qu’on fait des sondages ? Vous les regardez ou pas ou Il ne faut pas les regarder.
Ouais, je suis comme tout le monde, je dis qu’il ne faut pas les regarder. Je les regarde, je les regarde avec lucidité. Je les regarde en me disant que celui qui les paye en commande le résultat et que force est de constater que ceux qui ont le plus de pognon sont ceux qui font le plus de sondages. En même temps, c’est une photographie à un moment donné de l'état de l’opinion publique, mais d’une opinion publique qui n’est pas figée et qui, à 60 jours du scrutin, n’a pas dit son dernier mot. Donc les jeux sont encore ouverts.
Morgan vous demande : Pensez-vous que nous sommes encore en démocratie ou plutôt en ploutocratie ?
Oh ploutocratie ! Non, je pense qu’il faut bien se garder de ça. Il y a eu des dérives autoritaires. Le débat sur le pass sanitaire, sur le pass vaccinal, sur la gestion de crise ont été des illustrations de cette dérive autoritaire, cette dérive non-démocratique du pouvoir. En même temps, je pense qu’il faut aussi savoir raison garder et qu’il y ait de nombreux pays où la possibilité de critiquer la dérive autoritaire n’existe pas. Et donc nous y sommes encore. Dans un pays démocratique où le droit à la contestation est possible. Même si j’ai en tête comme vous, les visages abîmés, les yeux éborgnés et la contestation réprimée, et donc qu’il y a avoir cette lucidité là d’une démocratie malade et d’une démocratie qui a eu du mal à gérer d’une manière digne ses protestations dans les dernières années. Mais nous ne sommes pas en dictature, pas en dictature. Je ne serai pas forcément là pour parler devant vous sur un réseau libre.
Oui, absolument. Mais capitaliste au demeurant. Parce que Twitch, je ne sais pas si vous savez, ça appartient à Amazon, mais on est quand même un peu mal. Mais ça m’intéresse beaucoup qu’on poursuive là-dessus encore quelques minutes sur la fabrication de l’opinion. Vous venez de dire qui paye ? L’Orchestre choisit la musique. Concernant les sondages, c’est à peu près ce que vous allez dire. Est-ce que c’est vrai ?
Ok.
Et alors ça, vous le ressentez comment concrètement ?
La concentration des pouvoirs de la presse dans quelques mains est une vraie préoccupation pour la démocratie. Je le sens chaque jour en consultant les journaux. Je le sens chaque semaine lorsque je fais une conférence de presse à l’Assemblée nationale en me disant que les sujets abordés ne sont pas ceux qui sont dans la tête des gens qui sont chez moi et que les thématiques choisies sont des thématiques imposées. Quand les premiers mois de la campagne tournent autour des questions de sécurité, d’immigration, alors que je me dis qu’en ce moment sur mon territoire, les gens ont en tête le frigo vide, le pouvoir d’achat et la question des droits fondamentaux à l'éducation, à la santé. Et bien évidemment que les libéraux ont plus intérêt à ce que ces questions sociales ne soient pas au cœur de la campagne. Parce que s’ils étaient au cœur de la campagne, y renoncer, il redonnera du souffle à la gauche combative. Donc c’est une vraie préoccupation de voir que les médias sont des faiseurs d’opinion et sont des empêcheurs, d’une certaine manière, de deux des questions de fond de remonter à la surface. La démocratisation de la presse, le pluralisme de la presse reste évidemment une idée et préoccupation qui doit être majeure.
Est-ce que vous vous sentez des embûches concrètes ?
Les embûches concrètes, c’est que c’est qu’on essaie, avec les sondages, avec la presse en soutien, de considérer que le match des présidentielles est joué à l’avance et quand le match est joué à l’avance. Morgane Pas le match jusqu'à la fin. Moi quand on m’annonce le résultat d’un match de foot ou de rugby avant que le match commence, je n’ai pas envie de le regarder. Ou quand on vous raconte la fin d’un film avant d’avoir vu le film, Merde, tu meurs. Tu m’as empêché de rêver et d'échafauder des scénarios à l’avance. C’est ça le piège majeur. Et la meilleure manière de déjouer ça, c’est que les Français s’emparent de cette élection, c’est que l’abstention ne soit pas au rendez-vous et qu’on bouscule. Je dis souvent aux gens les bourges, vous n’inquiétez pas, ils votent toujours, ils votent toujours en fonction de leurs intérêts le peuple, la France qui manque.
Aujourd’hui, l’intérêt des bourgeois, c’est de voter fasciste, c’est de voter extrême droite.
L’intérêt des bourgeois, c’est de préserver leurs privilèges et donc de ne renoncer à aucune piste qui leur permet de préserver leurs privilèges. Force est de constater que sur le plan économique et social, l’extrême droite et la droite ne touchent pas aux privilèges, ne touche pas au grisbi, ne touche pas au pognon de dingue que les que la France d’en haut fait au détriment de la France d’en bas et donc qu’il faut bousculer ces scénarios-là.
Dernière question, celle de Morgan à nouveau, qui croit comme certaines personnes dans ce chat il y a des gens qui sont très optimistes, qui croient en une éventuelle victoire de Mélenchon et qui demandent quand même. « Alors, avez-vous déjà en tête comment nous devrions nous défendre contre les attaques des libéraux quand Mélenchon sera élu pour ne pas vivre la crise grecque ? » C’est une question qui revient souvent. C’est-à-dire, admettons, vous arrivez au pouvoir, vous devenez ministre de l’énergie. Je pense que c’est ça, votre truc, là, en ce moment.
Ce n’est pas gagné.
Ce serait quoi ? Est-ce que vous pensez que Bruxelles, par exemple, accepterait, là, par exemple, ce que Mélenchon a annoncé hier ? C’est tout sauf libéral. Donc c’est tout sauf la politique de Bruxelles et des grands organismes la Banque mondiale et ainsi de suite. Comment vous feriez ?
Il faudrait établir des nouveaux rapports de force à l'échelle mondiale, en renouant avec le multilatéralisme à l'échelle européenne, en corrigeant. La maladie congénitale de la concurrence libre et non faussée. Et pour établir ses rapports de force, il faudra évidemment que les corps constitués, que les organisations syndicales ne renoncent pas être en soutien de ces transformations profondes. Peut-être qu’il faut tirer comme enseignements des échecs de la gauche que quand la gauche est au pouvoir. Il ne faut pas que le peuple renonce à exercer son pouvoir par tous les moyens. Dans la démocratie sociale de l’entreprise, dans la rue, lorsque cela sera nécessaire et ne pas considérer qu’une fois élu, ça suffit pour transformer le pays dans la direction qu’on a convoqué ou qu’on a jugé juste. Peut-être. C’est cela la règle de ne pas renoncer et ne pas considérer qu’il n’y a pas de sauveur suprême d’une certaine manière, qu’ils s’appellent Pierre, Paul ou Jean-Luc. Pas de sauveur suprême.
Ce matin, vous avez ressorti ni César, ni tribun, vous avez ressorti combien de punchlines dont vous avez l’habitude ?
Je n' en sais rien du tout. C’est vrai. Peut-être que j’ai des habitudes de langage. Il faut que je me renouvelle. Mais on a tous des tics de langage, peut-être. Voilà, moi je parle avec mes tripes. Je vous ai dit que j’avais commencé cette émission sur la préparation et je la termine de la même manière. Donc voilà, je suis comme je suis, avec mes qualités et mes défauts, mes mèches rebelles, mon caractère trempé. Je crois à la sincérité de mon engagement et on me déteste pour cela. Et je crois que des fois on m’aime aussi un peu pour cela.
Bah merci, merci beaucoup. Ni Dieu, ni maître, ni mari. C'était ça la phrase d’origine.
C’est toujours oublié. Merci, monsieur Jumel vous dit Euryale.
Merci beaucoup.
Belle journée, à vous. Merci beaucoup d’avoir passé 1h avec nous. C'était un plaisir. Et donc on se retrouve en avril d’une manière ou d’une autre.
Salut à vous ciao.
Merci, au revoir
