Serge Quadruppani braque David Dufresne en musique
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Et ça s’annonce croustillant.
Venez, venez, on va faire court, on va faire court.
Ils ont tous envie de boire des coups, en fait, mais non, c’est encore… On les comprend. Moi-même…
Alors, je vous rappelle…
Si quelqu’un m’apporte une bière, je serais drôlement heureux, mais bon.
Alors nous sommes donc en direct sur Twitch, la règle de Twitch c’est que tu peux boire de l’alcool mais tu ne peux pas être bourré. C’est ça, c' est la réglementation américaine de Twitch. Voilà. On attend un petit peu ou non ? On commence ? Ok. Je voudrais juste vous présenter François Scorch qui m’a aidé au tout début de l'émission auposte. Et c’est simplement pour avoir le plaisir de vous le présenter qui est à côté parce que normalement en tant que DJ il fait des choses beaucoup plus perfectionnées que simplement lancer 5 petites chansons. Donc, Serge Quadruppani qui est à mes côtés, qui va donc inverser les rôles comme il l’a dit, m’a imposé le premier chanteur que vous allez entendre et après c’est mon choix. Si, et d’ailleurs tu… Je ne dis pas son nom. Et tu imposes en plus l’ordre…
On verra si les jeunes générations le reconnaissent, les vieux, c’est sûr.
Alors je rappelle que vous êtes sur TWIST, comme l’a dit Serge hier, nous n'écoutons pas de TWIST mais on n’aurait pu ! Tu veux qu’on démarre ? On y va !
Dans le port d’Amsterdam Y a des marins qui chantent Les rêves qui les hantent Au large d’Amsterdam Dans le port d’Amsterdam Y a des marins qui dorment Comme des oriflammes Le long des berges mornes Dans le port d’Amsterdam Y a des marins qui meurent Pleins de bière et de drames Aux premières lueurs Mais dans le port d’Amsterdam Ya des marins qui naissent Dans la chaleur épaisse Des langueurs océanes Dans le port d’Amsterdam Y a des marins qui mangent Sur des nappes trop blanches Des poissons ruisselants Ils vous montrent des dents À croquer la fortune À décroisser la lune À bouffer des haubans Et ça sent la morue Jusque dans le cœur des frites Que leurs grosses mains invitent À revenir en plus, puis se lèvent en riant Dans un bruit de tempête Referment leur braguette et sortent en rotant Dans le port d’Amsterdam Y’a des marins qui dansent En se frottant la panse Sur la panse des femmes Ils tournent, ils dansent Comme des soleils crachés Dans le son déchiré d’un accordéon rance Ils se tordent le cou Pour mieux s’entendre rire Jusqu'à ce tout à coup l’accordéon expire Alors d’un geste grave, alors le regard fier Ils ramènent leurs bâtards jusqu’en pleine lumière Dans le port d’Amsterdam Y’a des marins qui boivent Et qui boivent et reboivent Et qui reboivent encore Ils boivent à la santé Des putains d’Amsterdam D’Hambourg ou d’ailleurs Enfin ils boivent aux dames Qui leur donnent leur joli corps Qui leur donnent leur vertu Pour une pièce en or Et quand ils ont bien bu Ils se plantent le nez au ciel Se mouchent dans les étoiles Ils pissent comme je pleure Sur les femmes infidèles Dans le port d’Amsterdam Dans le port d’Amsterdam
Alors, cher David Dufresne, je suis content de vous recevoir dans cette émission. Alors, c’est étrange parce qu’on vous imaginait plutôt punk, rocker, geek, toutes sortes de choses. Mais alors, amateur de braille, on a un peu de mal à faire coïncider cette image avec vous. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage ? Et est-ce-que tu peux, je préfère passer au vous ?
Ah non, j’aimais bien ce « vous solennel ».
Peut-être que vous pouvez, cher ami, nous expliquer pourquoi vous avez écrit un livre sur Jacques Brel. Parce que personnellement, c’est encore une occasion de parler de moi, j’ai été bercé par du Brel, j’aimais bien ça, mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que c'était un peu pompeux et un peu mélo dans l’ensemble. Je pense que je vais te faire pleurer ?
Je suis très heureux et très ému d'être dans votre émission si célèbre. Mais comme Bernard Pivot et Jean-Patrick Manchette, vous n’avez rien compris. Car exprès, j’ai demandé à DJ Scorch de bien mettre la version de « Amsterdam 64 à l’Olympia », c’est-à-dire la seule version qui existe. Car quand Jacques Brel chante ça,à la fin, les gens, vous avez entendu les applaudissements, à la limite, si tu peux mettre juste la fin des applaudissements. En fait, il se tourne vers son pianiste et il dit, qu’est-ce qu’on a fait ? Parce que c’est la première fois qu’il joue ce morceau-là. Et donc, c' est du live total, c' est une prise, c' est totalement punk. Et là, il dit, bah non, c’est bon, c’est dans la boîte, et ça, c’est un geste extrêmement punk, de mon point de vue. Et par ailleurs, ce serait ridicule de dire que Brel était punk, etc., parce qu’il avait un côté assez conservateur, même parfois réac, mais je pense que c'était vraiment le chanteur de la liberté, toute sa vie est celle de la liberté. C’est pour ça que j’ai essayé d’aller sur ses traces. Il avait notamment une expression, parce que comme pour Manchette, les entretiens de Jacques Brel sont absolument extraordinaires. C’est des propos philosophiques de temps en temps. Et notamment, il y avait une devise qui était, faut aller voir, faut allez voir. Et il raconte, c’est une interview qui est assez connue. Il parle parce qu’il avait une passion de l’aviation, des petits avions. Et il parlait de ces gens dans les aérodromes qui disaient toujours… Il va y avoir des nuages, je ne sors pas aujourd’hui, je sortirai demain, non, là, ce n’est pas bon, moi je vais écrire un livre, mais non je ne vais pas l'écrire aujourd’hui, je l'écrirai demain et il disait, je viens cinq ans plus tard, le mec est toujours là, je vais y écrire mon livre et lui il disait, non, il faut aller voir, il faut aller le voir et pour moi c’est vraiment la liberté, c' est la liberté de la rencontre, alors j’entends ce que tu veux. Dire par le lyrisme, le côté théâtral que j’ai ici, de « On ne vit qu’une heure », qui est une de ses chansons, tu vois par exemple « on ne vit qu' une heure », c’est quand même une phrase qu’on pourrait cataloguer, voilà, c'était dada, c’est punk, c’est voilà. Et en fait ce bouquin c'était l’idée au départ, donc c’est un éditeur que tu as fréquenté parce que tu nous as fait le gauchiste tout à l’heure, enfin t’as quand même aussi publié à Le Seuil et compagnie, d’ailleurs tu en parles dans ton bouquin, tu expliques comment tu peux passer de l’un à l’autre, bon bref. Et donc j’avais proposé à mon éditeur d’aller dans toutes les villes chantées par Brel, donc à Amsterdam, Vesoul, Varsovie, puis après on m’a dit les marquises Et en fait, je suis allé avec ma douce qui est parmi nous, je suis allée à Vesoul et figurez-vous qu’on est restés. J’ai dit, ben non, en fait c’est là que ça va se passer. On est resté à Vesoul et c'était une histoire de Jacques Brel très personnelle à la recherche du mystère de cette chanson. Vesoul, Vierzon, etc. Est-ce que bon voilà. Il y a tout un tas de mystères autour de cette chanson mais en fait ce que j’ai fait c’est que je suis allé voir des gens qui auraient pu être pour moi, j’imagine que Brel aurait pu les chanter, donc il y a un vendeur de pizza qui a un camion au cœur d’une cité, la seule cité de Montmarin à Vesoul dont sont partis 4 ou 5 gars pour la Syrie mais pas du bon côté. Donc c’est quand même assez mystérieux, pourquoi à Vesoul, toute petite ville, il y a cinq gamins qui sont partis combattre pour Daech. Je suis allé dans une maison de retraite pour voir les vieux, je suis allé voir des enfants comme Brel en chantait, etc. Et alors je vais citer un nom qui a été sifflé hier, donc bon c'était pas grave. Ce livre sort en 2018, oui c’est ça 2018, et quand il sort, Ruffin, qui est un fan de Brel va le chroniquer et va dire en fait c’est les Gilets jaunes avant l’heure et il se trouve que effectivement je rencontre une population qui, bah on a beaucoup parlé des médias etc, il y a un problème ? C’est des ayants droits de Jacques Brel, parce que ça c'était l’enfer, Donc voilà, et donc, on a une heure quinze. C’est ça l’autonomie ? Bon, je ne sais plus ce que c’est, oui c'était ça, il se trouve que la Haute Saône, donc là où il y avait Vesoul, c'était le un des deux ou trois départements pilote sur le 80 km/h, qui est quand même un élément déclencheur pour une partie des, vous savez la limitation à 80 des Gilets jaunes. Et donc effectivement, c’est une plongée dans la France d’aujourd’hui, on va dire, et je l’ai fait parce que moi je venais du Canada, ça faisait sept ans que je vivais au Canada, Et je voulais retrouver mon pays, et je l’ai retrouvée à travers Brel.
Eh bien, tout ça ne me convainc pas.
Vous savez, c’est au spectateur que je m’adresse, plus qu'à l’animateur que vous êtes. Mais, simplement… On peut faire un appel au vote ? Pourquoi ? Vous aimez ça, vous ici ? Bon alors, qui est convaincu ? Oh, il n’y en a pas beaucoup !
Non mais c’est trop facile !
Oh ça suffit Hanouna !
Alors, non, enfin bon, on va pas s'éterniser là-dessus mais je trouve que Brel est un personnage effectivement attachant, qu’il y a plein d’aspects attachants, etc., mais dans le paysage musical français, je trouve qu’en tout cas, du côté des paroles, c’est quelqu’un qui était C’est vraiment… Enfin, qui était un peu limite quoi, je trouve que c'était, par exemple Ne me quitte pas, qui est quand même beaucoup plus beau quand c’est chanté par Nina Simone, dans les paroles, je me souviens que, pourtant j'étais jeune, mais j’avais été quand même assez stupéfait. D’entendre une phrase aussi cucul que quand vient le soir le rouge et le noir ne s'épousent-ils pas. Franchement, c’est de la poésie d'école primaire, c’est nul. Alors, alors ? C’est-à-dire que mettre une interrogation rhétorique dans une chanson, il faut quand même, franchement, c’est balourd, quoi.
Je vois que la colère est toujours là, et ça me plaît. Alors, il y a un truc marrant sur « Ne me quitte pas », c’est qu’en fait, et je ne crois pas que ce soit du snobisme comme le tien, Nina Simone, c' est mieux Brel était surpris par le propre succès de cette chanson, qui effectivement est celle qui va être la plus louée encore aujourd’hui, etc. Il pense d’ailleurs qu’on se trompe sur l’interprétation, parce que pour lui… L’homme, le personnage, pour lui c’est un salaud, parce que c’est un lâche, etc. Ce n’est pas vraiment une chanson d’amour pour lui. Bon, ça a été transformé comme ça et très sincèrement, c'était pas sa chanson préférée. Mais sur la simplicité de Brel, justement, je trouve que c’est là sa force. C’est précisément ça, c’est que, d’abord il faut savoir qu’il réécrivait beaucoup, C’est-à-dire, je parlais du premier jet, c'était la chanson, la première fois qu’il a… Enfin non, c’est la deuxième en réalité, deuxième fois qu’il interprète l’Amsterdam. Mais c'était presque des années d'écriture, il y a énormément de cahiers sur la route où il a noté, mais au contraire, ce que j’adore dans la chanson de Brel, c’est sa simplicité, son immédiateté, et c' est justement le côté extrêmement populaire du chanteur dans le meilleur sens du terme, justement, c est à dire que les émotions plus intense. Sont balancés de manière extrêmement simple sans qu’il y ait besoin de Nina Simone ou de codes de bagages culturels. Tu veux qu’on fasse tout sur Bell ?
On ne va pas y passer la soirée, oui, il y a quelqu’un qui veut intervenir.
Elle est vachement mieux que Nina Simone, hein ! Ah là, t’es obligé de le dire ! Bien ! Excuse-moi !
J’aimerais beaucoup que, cher David Dufresne, vous nous éclairiez davantage sur votre parcours parce que c’est vrai que je me souviens dans un temps où vous étiez vous-même, vous étions vraiment très jeune, et moi j'étais encore un peu, vous étiez chroniqueur télé pour Libération, et puis tout d’un coup vous êtes tombé dans une espèce d’espace-temps bizarre. Qui était que j’avais tout abandonné de la chronique normale de la télé pour ne suivre plus que le premier… Comment s’appelle ? M. Dries ? Hein ? Love story. Love story, voilà, c’est ça. La première télé-réalité qui était Love Story. Il était complètement fasciné. Chronique et tous les jours. Ce qui venait de se passer, moi, je ne croyais pas à mes yeux. Alors, machin dit un truc, qu’est-ce qu’il te prend ? Non, non, non. C’est pas sympa. Je lui dis, mais qu’est-ce qui lui prend ?
Alors ben en fait..
Alors, si tu me parles sans concession….
Nous en avions convenu. Oui mais ce niveau de brutalité quand même il y a sans sommation enfin je veux dire tout ça n’est pas bien légal. Bon alors donc le loft en effet alors c'était pas la vie du loft il y avait un peu de la vie de loft mais en réalité c’est vraiment ce qui est en train de nous arriver. D’ailleurs pour ceux qui se souviennent de la grande phrase du premier soir quand les lofters rentrent dans le loft, parce qu’au je crois que c’est Kenza, qui dit « qui c’est qu’a pété ? ». Grande phrase de la télé-réalité. Et en réalité, on peut se dire à ce moment-là « qu’est-ce qui a péter, qu’est-ce qui déconne ? » Et je continue à penser que ce qui s’est passé avec le Loft est un moment… En fait, ça annonce Trump. Ça annonce exactement la société dans laquelle nous sommes. Donc c'était, je pense, à la fois un événement… dégueulasses, financiers, tout ce qu’il y a de plus vide, de tout ce qui est de plus dégueulasses. Mais c'était aussi un moment de vérité sur notre société, sur le basculement qui s’opérait. Et donc effectivement, je passais nuit et jour à regarder parce que c'étaient les tout, tout débuts des retransmissions sur Internet. Donc on pouvait suivre aussi en dehors parce qu’y avait ce que la télé montrait, M6, et y avait la réalité. Et dans la réalité du spectacle, il y avait de la souffrance, il y avait des trucs comme ça. Par ailleurs, quand même, puisqu’on parle de ça, j’ai aidé des copains de Zalea TV, maintenant je peux le dire, c’est la prescription, et ça va te toucher, ça va te toucher. Écoute bien Serge, je les ai aidés parce qu’ils ont essayé, rappelle-toi, de libérer les poules du loft. Car il y a un poulailler dans le loft. Et donc ils ont essayé de libérer les poules, donc nous étions en direct, moi je regardais internet etc. Je leur ai expliqué, là Loana elle a peur, elle entend des bruits, des trucs, et c'était une façon d’essayer de libérer évidemment les chaînes de tout le monde qu’on était en train de se mettre avec le Loft. Et petite anecdote que j’ai rarement raconté qui n’est pas du tout à mon honneur. Il se trouve que, donc c'était à Libération, et il se trouve que ça avait créé, je ne m’attendais pas à ce que tu m’en parles 20 ans plus tard, enfin voilà, la rédaction c'était « Qu’est-ce qu’il fout du Fred, très bien, bon bref. » Et Serge-Julie, à une époque, vient me voir et me dit « Faut que tu continues parce que la pub, le service pub dit que Libé a retrouvé sa nouvelle jeunesse. » Et là je te jure, je me suis dit « Oh putain, faut que j’arrête, ça ne va pas du tout. » Et là, j'étais pris dans mon propre piège, qui était de raconter… Mais si ça vous intéresse, il y a un très bon film, figurez-vous, de Jean-Jacques Beineix sur le Loft et sur autre chose qui va se passer, c’est la même année, le 11 septembre 2001. Et ce sont deux moments de sidération télévisuelle et qui, d’une certaine manière, évidemment pas les événements tant que tels, mais d’un certaine façon, le film démontre qu’il y a quelque chose qui lie ces deux événements, sur l’effet de sidération où tout d’un coup, tout le monde est porté par le même événement, regarde par le mêmes prismes, etc. T’as d’autres dossiers cachés comme ça ?
Non, je profite du fait que tu as parlé des poules pour élever une procession solennelle sur le fait que, tu m’as trahi, tu as révélé à tout le monde que j’allais voir les poules cet après-midi et que tu es à deux reprises, m’a-t-on dit, donc…
Oui, parce que j’ai fait un jeu de mots, les poules, les poulets, tu vois. Seule la vérité est révolutionnaire. Passons, passons. Ton ami Lénine disait ça. Parce qu’après t'étais plus copain, mais si j’ai bien compris…
Ensuite, après…
Une autre chanson peut-être ? Ah bah oui, c’est une idée. Ah non, je… Alors attends, qu’est-ce qu’on met ?
Messieurs, mesdames et messieurs Ce qui est en train de se passer Constituera demain les fondations Du grand mouvement national Porcherie, porcherie Porcherie, porcherie Le monde est une vraie porcherie Les hommes se comportent comme des porcs De l'élevage en batterie À des milliers de tonnes de morts Nous sommes à l’heure des fanatiques Folie oppression scientifique Nous sommes dans un état de jungle Et partout c’est la loi du flingue Prostitution organisée Putréfaction, gerbe et nausée Le Tiers-Monde crève, les porcs s’empiffrent La tension monte, les GI’s griffent Massacrés dans les abattoirs Brûlés dans les laboratoires Parqués dans des cités-dortoir Prisonniers derrière ton parloir Et au Chili les suspects cuisent Dans les fours du gouvernement En Europe les rebelles croupissent Dans les bunkers de l’isolement Un homme qui éclate en morceaux Dynamité par des bourreaux Des singes conduits à la démence Beethov' devient ultra-violence D’un côté l’système monétaire De l’autre l’ombre militaire Tout fini en règlement d’comptes À coup de schlagues le sang inonde Flic-armé, porcherie Apartheid, porcherie DST, porcherie Et Le Pen, porcherie
Je vois qu’il y a plusieurs skinheads qui quittent la salle. Voilà, donc les Bérus, porcherie. Je vous explique pourquoi.
Allez, vas-y, je crois comprendre, mais allez-y !
Non, parce qu’avant Libération et tout ça, en fait j’ai commencé dans les fanzines rock et quand j’arrive en 86, et dans ton livre tu parles de 86, tu parles de Malik Oussekine etc. Dans les manifestations étudiantes il y avait un camion avec des mecs sur le camion qui chantaient des choses contre le Front National etc. C’est les Béruriers noirs et deux ans plus tard je vais me retrouver en stage d’insertion à la vie professionnelle, stage d’insertions à la vie professionnelle à Bondage, le label des Béruriers noirs. Donc c'était un truc genre les Tuc, tu vois, et l’insertion à la vie professionnelle était un peu ratée, on pourrait dire, et donc je me suis retrouvé à travailler avec ces gens-là, comme dirait l’autre, et ça J’ai été absolument fondateur, puisque… La relation à l’autre, l’idée de ce qu’on appelait le rock alternatif. Alors autour des Bérus, il y avait un certain nombre d’autonomes. C'était la construction d’une culture avec ses salles de concert qu’il fallait ouvrir, avec ses disquaires qu’il fallait ouvrir, avec ses fanzines qu' il fallait publier, etc. Et ça, c’est quelque chose qui est resté chevillé au cœur et au corps, on va dire. Mais, alors là on l’a pas entendu, mais il y a une version… Elle aussi à l’Olympia, d’ailleurs, où on entend les Bérus dire plus jamais, plus jamais…
Le monde est une vraie porcherie Les hommes se comportent comme des porcs De l'élevage en batterie A des milliers de tonnes de morts Nous sommes à l’heure des fanatiques Folie oppression scientifique Nous sommes dans un état de jungle Et partout c’est la loi du flingue Prostitution organisée Putréfaction gerbe et nausée Le Tiers-Monde crève les porcs s’empiffrent La tension monte, les GI griffent Massacrés dans les abattoirs Brûlés dans les laboratoires Parqués dans des citées-dortoir Prisonnier derrière ton parloir Et au Chili les suspects cuisent Dans les fours du gouvernement En Europe les rebelles croupissent Dans les bunkers de l’isolement Un homme qui éclate en morceaux Dynamité par des bourreaux Des singes conduits à la démence Beethov' devient ultra-violence D’un côté l’système monétaire De l’autre l’ombre militaire Tout fini en règlement d’compte A coup de schlagues le sang inonde Flics armée Porcherie Apartheid Porcherie DST Porcherie Et l’enculé de gros Le Pen Porcherie La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le Front National ! La Jeunesse emmerde tous les Nazis Jeunesse française, jeunesse immigrée, solidarité ! La jeunesse emmerde le Front National ! La jeunesse emmerde le front national
Bon, sauf que, et c’est l’occasion pour moi de parler de quelqu’un qui nous est cher, sauf qu’on est obligé de le reconnaître, on a raté notre coup. Voilà, maintenant c' est la vieillesse qui emmerde le Front National. Alors, si on regarde bien les études sociologiques, ce serait faux de dire que la jeunesse vote Front National, ce n’est pas aussi pur que ça. Mais n’empêche que, ben oui, on n’a pas réussi à repousser la bête immonde. Et pour moi, c’est un questionnement de presque chaque semaine. Où est-ce qu’on a merdé ? Parce que je pense qu' on a une… Je ne sais pas laquelle. On a une part de responsabilité. À quel moment on n’a pas su, à quel moment on a baissé la garde, à quels moments… Je soupçonne personne de la moindre complicité. Ou même de ce que Mitterrand a pu faire ou les socialistes ont pu faire en jouant avec ça, je ne pense pas qu’on ait joué avec ça du tout, je pense que je vois dans cette salle des gens pour qui j’ai une estime, un respect profond pour ce qu’ils ont pu le faire, Aragon, etc. Voilà, et aujourd’hui je trouve qu' on est vraiment dans la merde par rapport à ça, et donc quand j'écoute ces chansons, à la fois elles me galvanisent et en même temps elles me rendent… Extrêmement triste. Et la personne à laquelle je pensais, je viens de parler de Raz le Font, c’est Gilles Perrault. Gilles Perrault qui devait venir aux Écrits d’août il y a 4 ans, qui n’avait pas pu venir pour des raisons de santé. Gilles Perrault qui était un des compagnons de route de Ras le Font dont tu parles d’ailleurs dans ton livre à travers l’histoire autour de la banquise etc. Je suis extrêmement triste de voir qu’un journal comme Libération n’a pas été foutu de faire autre chose qu’une de l’AFP. Pour parler de la mort de Gilles Perrault, le monde a été le monde, c’est-à-dire extrêmement tiède et je suis vraiment étonné et attristé que quelqu’un comme Gilles Perrault avec tous ses combats, et puisqu’on parle d'édition etc., que sa disparition il y a quelques jours ait fait si peu l’objet d’articles, de papiers, de nécrologies, en gros ça qu’il n’y avait pas de nécrologie, prête ? Or, vous savez que tous les journaux préparent ce qu’ils appellent la nécrologie, c’est-à-dire dès que quelqu’un meurt, paf, tout de suite, on peut publier 10 feuillets sur sa vie, son œuvre, etc. Ça n’a pas été le cas sur Gilles Perrault et je pense que c' est lié à ce que je disais par rapport à l’idée que combattre le Front National ou le RN, enfin tout ce que vous voulez, ce n’est plus du tout d’actualité. En tout cas d’un point de vue médiatique, ça n' est plus du tout d' actualité.
Je suis très content que tu parles de ça et je vais abandonner le ton plaisantin parce que c’est vrai que Gilles Perrault, pour moi, comme j’ai écrit à Thérèse, sa femme, en fait, une vie en somme est faite de quelques rencontres. Et pour moi Gilles en a été une, c’est quelqu’un pour moi qui… Politiquement, on n'était pas d’accord, mais humainement, on était profondément d’accords. C’est quelqu’un que j’ai entendu dire que quelque chose qui, pour moi, est resté très précieux, qui est une orientation essentielle par rapport à un tas d’enjeux actuels, C’est que… Une société qui condamne un innocent ne serait-ce qu’un seul innocent sur des millions de coupables et ne mérite pas d'être perpétuée. Donc, Gilles, je pense que si c’est pas seulement pour la raison que tu dis que… Le fait que finalement l’extrême-droite est en train de s’installer dans le paysage médiatique autant que dans les têtes et dans le paysage politique et en train d’acquérir une certaine forme de légitimité tandis que les gens qui ont encore des combats un peu radicaux sont sans cesse renvoyés vers le terrorisme, vers le… Mais ce n’est pas seulement à cause de ça, je pense que c’est aussi parce que Gilles avait quelque chose d’un peu insaisissable, parce que d’un côté, c'était quelqu’un qui venait d' une culture plutôt de droite libérale. Son père était, disons, proche d' Une tendance de gauche du NPR, dit-on. Des gaullistes quoi. Mais en même temps, je dis que son histoire fondatrice, c’est que ses parents ont hébergé des parachutistes anglais. Ils ont caché des parachutistes pendant la seconde guerre mondiale et ont fait partie d’un réseau de résistance que sa mère. Il est passé très près de la déportation, qu’elle a été interrogée par la Gestapo. Il avait une admiration éperdue pour sa mère. Et il y avait quelque chose chez lui. Quand je dis nommer l’insupportable et combattre toute sa vie contre, on s’est rejoint vraiment là-dessus. Pour lui, il y avait des choses qu’il ne fallait pas accepter, un point c’est où, quelles que soient les circonstances. Et il avait quelque chose qui me touchait aussi, c'était que d’un côté, c'était un conteur formidable. Il a écrit un magnifique polar dossier-51, qui est un des meilleurs polars, à mon avis, de l’après-guerre. Et en même temps, c'était quelqu’un qui pouvait donner une vraie dignité aux métiers de journaliste, ce qui en a bien besoin ces derniers temps. Et qui a fait des travaux d’enquête inlassables. Et donc, des livres comme Dossier 51 ou Un homme à part sur Henri Curiel sont des livres essentiels pour comprendre la fin du XXe siècle. Il a écrit, il a une œuvre romanesque remarquable. Et en même temps, d’une certaine manière, il est passé de mode pour les médias. Il est passé de mode comme ça me fait penser à ce qu’on a dit à une époque quand. À la fin des années 90, quand des gens veulent rééditer Yvan Jülich, et que quelqu’un a dit, ah mais l'écologie s’est passée de mode, au seuil. C’est exactement ça, c’est-à-dire qu’il y a des moments où la frivolité médiatique fait que On ne se rend pas compte de ce qu’on… De ce qu’on refoule, de ce dont on refuse de tenir compte. Donc, Gilles, pour moi, ça a vraiment été un plus, bon, comme tu le sais. Comme tu le sais, Gilles m’a défendu dans une affaire extrêmement pénible pour moi. Quand j’ai été accusé de négationnisme, il a été impeccable, alors que beaucoup de camarades qui étaient beaucoup plus proches de moi politiquement que lui, qui étaient plutôt ce que j’appellerais un vrai homme de gauche. Moi, je dirais plutôt ultra gauche, mais lui… C'était un vrai homme de gauche, c’est-à-dire attaché à des causes humanistes et à la justice sociale. Lui, qui n'était donc pas très proche de moi politiquement, a été absolument impeccable, ce qui lui a valu un livre immonde de Digne Dénonce. Est-ce qu’il y a encore… Tu vois, quand on a vu… L’accueil qu’a eu ce livre, ce livre de Didier Dénonce comme dans les médias qui ont dit oui, non c’est exagéré et tout, qui n’ont pas dit mais c'était une ordure ce livre. Le fait que les médias n’en ont pas pris la mesure du dépôt d’ordure que faisait Dénonce en calomniant de cette manière Gilles Perrault montre que la grande frivolité des médias. Voilà. Moi, je crois que ça s’explique principalement par le silence qu’il y a eu autour de Gilles. Voilà, je pourrais en parler beaucoup plus, mais j’espère avoir le temps d'écrire quelque chose sur lui, un des ces quatre. Ce moment de gravité passé…
Mais tu nous as pas dit dans quel groupe ils jouaient !
Ce moment de la gravité passée, j’aimerais beaucoup que tu nous dises, est-ce que c’est ton… Bon, je vais revenir quand même, puisqu’on n’est plus dans la gravitation, je vous voyais de nouveau. Oui, s’il vous plaît. J’aimerai bien que vous nous expliquiez, est ce que c’est votre intérêt pour les forces de l’ordre ? Vient de votre fréquentation de la scène alternative et de ces frictions avec lesdites dépenses de l’ordre.
Alors en fait oui très clairement puisque en 1984 je le fais à un fanzine qui s’appelle Tant qu’il y aura du rock et un jour ma mère reçoit un appel des renseignements généraux lui disant qu ils ont besoin de renseignements complémentaires sur l’association Tant Qu’il y aura Du Rock dont certains membres auraient commis des actes terroristes. J’ai 16 ans, il n’y a pas d’associations. Les membres, je suis tout seul, donc j’y vais, j' y vais, je pétoche, je suis extrêmement impressionné, même encore aujourd’hui je continue à être impressionné par cette scène, ils se rendent compte qu’ils ont été mal rencardés, alors en fait j’ai appris plus tard que c’est parce qu’il y avait Une autre fanzine s’appelait Guérilla Urbaine dont certains… Éditeurs avaient pété des vitrines et qu’il y avait mon nom dans leur calepin et que dans mon fanzine il y avait des A, cerclés, des choses comme ça, enfin bref, pour protéger c'était énorme et donc ça c’est le premier truc et là je me suis dit, je vais commencer à m’intéresser à ces gens qui s’intéressent à moi alors qu’y’a aucune raison qu’ils s’intéresse à moi. Et ensuite il y a Malik Oussekine dont j’ai parlé tout à l’heure Je ne suis pas rue Monsieur le Prince mais je suis de rue à côté et j’ai eu les voltigeurs aux trousses et ça je l’oublierai jamais, ça je ne l’oublierai jamais. Et donc aujourd’hui ceux qui sont là me connaissent probablement par mon boulot sur la police mais en réalité c’est qu’une partie de ce que j’aie pu faire mais c'était ce qui a peut-être le plus émergé on va dire. Donc ce n’est pas une obsession pour la police, en revanche c’est une préoccupation. Et plus tard, il y aura l’affaire dite de Tarnac, à ce moment-là je suis à Mediapart, je suis en désaccord avec le traitement d’une partie de la rédaction de Mediapart sur cette affaire et je pars d’ailleurs, je vais quitter Mediapart pour faire une enquête au long court en essayant de trouver ce que j’appelais la vérité humaine et non pas la vérité judiciaire, encore moins la vérités policières. Et en fait, c'était rigolo ce que Nicolas a lu tout à l’heure, c’est-à-dire qu’en effet je pense que de s’intéresser non pas au catalogue des armes et au maniement des armées, mais en revanche de s’intéresser à la doctrine d’emploi policière, en fait on en apprend énormément sur la société dans laquelle on vit. Je rappelle souvent que la police, la politique c’est la même racine, c’est la cité. On parle de la cité en fait. On parle de la gestion de la cité. Donc c’est de ce point de vue-là que ça peut m’intéresser et ensuite, 2005, les émeutes me touchent particulièrement parce que moi j’habite en Seine-Saint-Denis, j’habite à Saint-Denis et je vis dans un monde parallèle, c'était à dire que d’un côté je suis rédacteur en chef adjoint d’une chaîne d’infos qui s’appelle Itélé. Et le soir je rentre et j’habite en Seine-Saint-Denis et je vois que ce qu’on diffuse c’est de la merde, c'était de la saloperie, c’est dégueulasse, c’est immonde, que n’est pas du tout ce qui est en train de se passer de l’autre côté du périph. Donc je vais quitter I Télé pour aller faire un documentaire puis un bouquin sur le maintien de l’ordre et c’est là que je vais vraiment m’intéresser à cette histoire là.
Est-ce que c’est par rapport à un certain dégoût que vous allez voir ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique ?
En partie, puisque nous sommes en 2007, il y a les élections Ségolène Royal-Sarkozy. Et il y à ce débat entre deux, où elle dit je veux l’ordre juste et lui répond je veux juste l’Ordre. Et là, je dis, on se bat, on s’en va, c’est bon, là, c’est trop. Et c'était l’idée vraiment de Jacques Brel d’aller voir. Alors attention, c’est une immigration choisie. C’est-à -dire que le Québec accueille énormément, notamment d'étudiants qui sont formés en France, mais que la France ne veut pas garder après les études, des pays asiatiques. Le Québec se frotte les mains, c’est-à-dire la France qui a que les étudiants mais qui après les jette en disant « pas de papier, tu dégages », le Québec les récupère et puis c' est vraiment une immigration choisie donc ça n’a tout à fait autre chose que ce qu’on peut connaître ici, néanmoins quand c' est un choix de vivre immigré, c est quelque chose d’extrêmement fort, même si tu le fais dans un confort qui était relatif mais qui était voilà il n’y avait pas je ne fuyais pas la guerre je ne fuyait pas c'était un désir de d’horizon voilà et bien n’empêche que c’est pas toujours marrant c' est pas toujours facile de se retrouver même dans une situation d’immigration on va dire confortable en revanche quel quel apport évidemment qu’elle c’est extraordinaire de découvrir… Une autre culture, une autre façon de voir, même si on a l’impression qu’on la connaît, parce que c’est une culture proche, en réalité c' est extrêmement différent.
Ce film sur la lutte contre les forts, c’est-à-dire les sages.
Les sables bitumineux.
L’idée est venue quand tu étais au Canada ou ça c’est ça.
C’est typiquement une idée d'émigré, c’est-à-dire que j’arrive et je me rend compte que dans ce pays qui vient de m’accueillir, le Canada, il y a la deuxième réserve de pétrole au monde dont l’extraction est extrêmement polluante. Il faut quasiment autant d'énergie, j’exagère, pour extraire le pétrole que de pétrole extrait. Il faut le laver, etc. Ça s’appelle les sables bitumineux, c’est comme du goudron, on va dire. Et pourquoi je dis que c’est une idée d’immigrés ? C’est parce que les Canadiens… C’est ce qui porte leur économie depuis toujours. Donc, il y a évidemment des gens qui luttent, et notamment les autochtones qui lutte contre les pâques pleines. Il y a encore aujourd’hui des combats très forts, notamment sur la côte Ouest, Vancouver, etc. Mais le reste du Canada s’est évidemment accommodé à ça. Et en fait, toi, quand tu arrives tout près, tu te rends compte, parce que tu n’as pas le nez sur le guidon, tu te rentres compte qu’il se passe un truc. Et ça… Ça faisait suite à un autre documentaire que j’avais fait sur les prisons dans une ville dans le Colorado, petite ville, Canyon City, 13 prisons, toute la ville vit par la prison. Et là c’est la même chose, toute vie, la ville de Fort McMurray, en Alberta, au Canada, vit du pétrole. Et en fait, c' est au Canada comme partout dans le monde, plus il y a de pétrole, moins il y a de démocratie. C’est une constante. Plus il y a de pétrole, moins, même dans les pays démocratiques, les gens votent. Et c’est le cas là-bas. Et c’estun laboratoire extrêmement intéressant parce que ça n’est que le capitalisme à l'état le plus sauvage. Tu vois, c'était-à-dire que le gymnase, c’est le gymnase Total. Voilà. Tout est comme ça. L’aréna, c’est l’aréna Shell et ainsi de suite, bon voilà. Avec tout ce que vous pouvez imaginer de pollution. Des poissons qui naissent sans nageoires, des villages autochtones à 200 kilomètres au nord qui sont décimés par des épidémies de cancer complètement tout à fait explicables en réalité et ainsi de suite.
Peut-être qu’on peut…
On va écouter un peu de musique. Oui, il y a un truc un peu joyeux. La 6.
Right about now NWA court is in full effect
Alors, ça c’est donc Fuck tha Police, NWA, tout à l’heure ton copain Claude, je crois parler de Police Attitude, donc c'était les niggas sous les attitudes, NWA Fuck th Police. C’est un morceau dans l’histoire du rap qui est absolument déterminant par son message évidemment, puisque les choses sont dites. Ça arrive à un moment où on est à la fin des années 80 où le rap qui est né dans le Bronx, dans les années 70, parce qu’en fait c'était mon premier bouquin, c’est pour ça que voilà, était surtout cantonné sur la côte Est et là commence à arriver ce qu’on va appeler le rap de la côtes Est, avec toute la mythologie des gangs dont N.W.A. Va être un des fers de lance avec d’autres, A.S.T. Etc. C’est toute l’ambiguïté du rap parce que c’est l’amour du rap. C'était à la fois un des plus grands morceaux du rap et c'était l’amour du rap, de mon point de vue, dans le sens où c’est justement ce qu’on va appeler le gangsta rap. C’est à dire c’est ce moment où le rap assume son côté très américain, c' est à dire le business, le fric, et on fait ce qu il faut pour vendre des disques. Alors que, encore aujourd’hui, il y a évidemment des gens qui ne s’inscrivent pas du tout dans cette lignée-là, mais dans les années 80 et jusqu’au milieu des années 90, il va y avoir des groupes extrêmement importants, le plus important étant Public Enemy que j’aurais pu mettre, où je pense que c’est un moment où l’art est capable de transformer quelques esprits, de transformer quelques mentalités, donc c'était un peu par rapport Voilà, la question de Manchette tout à l’heure sur… Le cinéma ne peut rien, le livre ne peut, la musique ne pourrait rien non plus si on l'écoute parce que ça ne fait que répéter. Oui, mais parfois quand tu rencontres quelque chose. Et le rap était pour moi vraiment vraiment un moment au milieu des années 80 extrêmement fort. Où justement il y avait quelques rencontres un peu aigre-douce entre le rock alternatif et ces groupes qui commençaient à arriver des quartiers et je pense notamment au NTM, etc. Et ça c’est un moment très fort. Et par ailleurs, le rap en termes de phrasé, en termes d'écriture, c'était une influence directe pour moi. Je me souviens d’une définition de Chuck D, le rappeur de Public Enemy, qui disait que le rap, c’est comme le basket, quatre passes et un panier. Boom, boom, boom. Paf ! Et cette efficacité-là, que j’ai un peu entendue hier matin avec l’invité de Corinne qui était à gauche, ou qu’on aurait pu entendre si Diati était venue tout à l’heure, cette musicalité très directe, voilà. NWA finira pas forcément très très bien à Ice Cube, que vous avez entendu aujourd’hui, c’est vraiment un acteur de série B, sans grand intérêt, il y est décédé, mais ces gens-là ont à un moment donné mis sur la carte une problématique qui n’est pas résolue, qui est celle des gangs, ils en ont fait leur beurre, c' est vrai, mais ils n’ont pas fait que ça, Ils ont aussi… Démontrer à la face du monde et de leur pays qu’il y avait un problème d’ultra-violence, pour le coup je pense qu’on peut le dire, dans les ghettos noirs et là il peut y avoir ensuite des sociologues, des analystes etc qui peuvent nous expliquer comment tout ça arrive et tout ça peut passer simplement parce qu’un jour t’entends ce morceau-là.
Ce qui me frappe dans ton travail, c’est que finalement, c’est très éclectique que tu t’occupes de pas mal de choses diverses. Il y a la question du maintien de l’ordre qui parcourt, mais il y a aussi tout un tas d’autres sujets. Et comment est-ce que tu les relies, tous ces sujets-là ? Donc tu parles, tu vas chercher, je vais chercher mes poules. Non, je m’absente une seconde parce que j’ai plus de bière justement.
C’est dommage parce que j’allais parler de Nina Simone. Pour moi, c’est Nina Simone qui relie tout, je veux dire… T’as pas Nina Simone, DJ Scorch ? Non, il y a un lien quand même, c’est le goût de la liberté, voilà c' est le lien quoi, c' est partout où il y à des espaces, enfin pas partout, mais où la liberté est un enjeu, que ce soit, comme on disait hier avec Corinne, soit pour le préserver cet enjeux, soit être offensif, c’est ça qui m’intéresse le plus en fait. Donc évidemment il y a des enjeux qui sont directs, comme la police, là c’est quasiment frontal en fait, mais il y à d’autres choses comme l'écriture, le roman, là j’ai l’impression de parler tout seul ici, non vous êtes là mais… On va mettre un morceau. De toute façon il n’aime pas du tout cette musique, laisse tomber. Ah bah tiens on va mettre le 4.
Sonics
Les Sonics, le prototype du Garage Band. Le Garageband, c’est l’ultra gauche du rock’n’roll. Ah là, je vais vous intéresser. Le Garageband, donc on est dans les années 60, c’est les Américains qui, donc vous connaissez l’histoire, au début le rock vient du blues, il est Américain, il arrive en Angleterre et les Anglais envahissent le monde, notamment les Beatles, et ça revient aux États-Unis. Et là, aux États Unis, les mecs, ils veulent faire comme les Beatles mais ils ne savent pas faire. Ils jouent mal, ils branchent mal leurs amplis, etc., ils hurlent comme on entend, etc. Et c’est ce qu’on va appeler les groupes de garage, les garage-bandes, et ce serait peut-être la réponse à ta question, c'était l’idée du do-it-yourself, en gros c’et l’influence majeure des punks, on va dire dix ans plus tard. Quand ça retourne en Angleterre et cet esprit là qui est de de faire le plus de boucan possible, d’essayer c’est pas grave tu sais pas jouer mais du moment que ça sonne du moment qu’il y a du rythme dans ta phrase c' est bon voilà ça c' et ça c est le truc qui me plaît et ce qui me plait aussi je dois dire c' était que c'était des gens qui étaient habillés comme Nina Simone quoi, ils étaient très chic Ils étaient très chics, ils avaient des cravates, des vestons, vous pouvez voir sur YouTube, il y a tout un tas de compilations. Et donc ils se donnaient l’air de gendres idéaux. C'était tous des psychopathes. D’ailleurs il y avait un morceau qui s’appelait Psycho des Sonics, enfin un truc… Pour l’entendre. L’esprit garageband, c’est aussi l’idée de venir avec un petit ordinateur, une carte-son, une petite caméra et de dire tiens on va diffuser les débats, on ne demande pas l’autorisation, on ne va pas voir une maison de disque, on va pas voir une télévision, on n’a pas un préfet, on y va, on se lance et puis advienne que pourra.
En fait tu es un bricolo
Moi, si tu me dis que je suis bricolo… Non, bricolo way, ça me va très bien. Non, non, c’est vrai, c’est vrai. Non, non, c’est vrai, c’est vrai.
Je trouve ça magnifique, en fait, pour te dire le fond de ma pensée. Je trouve que c'était bien de ta démarche est quand même extrêmement pour être partagée par beaucoup de monde. Ça mérite d'être mis en valeur. Bon, chers camarades, à part ça, je n’ai pas lu votre dernier roman. Mais je suis très curieux, vu que j’ai quand même lu la quatrième de couverture et je serais très curieux que vous nous en parliez un petit peu parce qu’il y a une histoire d’enlèvement, c’est une espèce de nada de notre époque.
Oui, un petit peu. C’est l’histoire d’un monsieur qui s’appelle Philippe Rex, à la tête de Rex News, qui met des anciens commentateurs sportifs à l'écran et qui, je l’ai dit, qui est d’extrême droite, et qui se fait enlever à la veille de l'élection présidentielle. Et c’est tout un jeu sur le pouvoir politique et le pouvoir médiatique. Ça se passe en France ? Oui, oui, ça se passe en France.
Parce que Rex News, on ne comprend pas forcément.
Cnews, ça va, mais il faut pas le dire, donc voilà, c’est un livre comme le précédent en fait où j’utilise des choses que j’ai pu connaître dans certains ministères à certains moments ou à l'Élysée que j’utilise. Des scènes ou plus exactement des sensations, des moments du pouvoir avec des gens très méchants entre eux, avec nous et c’est surtout une réflexion sur la puissance médiatique des chaînes d’information en continu et il y a donc ce preneur d’otage qui pense pouvoir. Sur l'élection présidentielle en raptant Vincent Bolloré, je n’ai pas dit son nom. Voilà c’est ça l’idée et l' idée c'était d' autant en dernière sommation c'était sur la police, autant là c' est sur l’information, le monde médiatique comme pouvoir qui ne joue absolument plus son rôle de contrepouvoir. Et je voudrais juste dire un truc parce qu' à un moment donné quand j'écrivais mon éditeur, voyant que ça tournait vraiment vinaigre pour Philippe Rex, donc Bolloré, et que Grasset était en train d'être acheté par Bolloré il s’est posé la question. Donc nous sommes allés voir le grand patron qui s’appelle Olivier Nora, qui a lu le manuscrit. Et qui m’a dit que ce qui ne serait pas normal, c’est de ne pas éditer ce livre. Et donc, il a édité le livre alors que ça n’a pas eu cet effet-là, mais ça aurait pu, dans les discussions, les négociations, le mettre en lui et toute la boîte, si tu veux. On connaît quand même Bolloré, etc. Je dis ça parce que tout d’un coup, alors que vous faites un travail d’artisans, il n’y a pas plus d’artisanal que l'écriture, on est tout seul et puis on a assez peu de… C’est ce que je trouve vraiment le plus beau dans l'édition c’est qu’en fait on a comme Alter Ego, on a notre éditeur et puis à peu près tout. Après il y a l’attachée de presse, si tu fais un film, tu as beaucoup beaucoup plus de gens donc c' est une autre richesse. Mais le livre s’il y a quelque chose d' extrêmement artisanal et tout d’un coup tu te dis merde, je suis un enjeu pour une boîte comme celle là. Et la réaction de cet éditeur, moi je veux vraiment la saluer parce que je m’attendais à ce qu’il dise, on peut pas le sortir. On ne peut pas le sortir parce que c’est évidemment une attaque en règle du système qui se met en place de plus en plus.
Eh bien maintenant on peut peut-être laisser la parole à la salle, il y a peut-être des gens qui ont des questions à vous poser cher ami.
Ah non ! Bon, je peux pas non, non, j’aime pas lire. Euh… Non. Bah tiens, commence le livre. Je vais enfin…
Il y a plein de journalistes qui lisent pas les bouquins, mais eux ils ne le disent pas.
Oui, Bernard Pivot
Neuf jours avant le second tour. J’ai d’abord pensé à mon mauvais schéma corporel. La douleur dans le dos, c'était de ma faute. J’avais dû heurter quelque chose dans l’ascenseur. Je sentais une pointe dure comme du métal au bas des reins, une gêne d’abords anodine puis insistante. En contrebas, la ruche s’agitait, toute à son œuvre et à mon succès, indifférente à mon sort, comme je l'étais au sien. C’est quand la porte s’est refermée que j’ai perçu son souffle dans ma nuit. Le métal bougeait comme s’il cherchait entre mes côtés un arbre pour me percer comme il se devait, en traître. Il n’y a jamais eu de barreau d’appui dans cet ascenseur. Le métel, c'était ma hantise, le canon d’une arme. Cet espace, je l’avais voulu et même dessiné tout de vert, transparent, pour qu’on me voie bien que tous les employés sachent que j'étais là, au-dessus d’eux, au sommet de l’Olympe. Paris, c’est chenille ! À mes pieds. Un ascenseur concave et de vitres, la presse avait adoré mes sornettes. Madeleine Griffey l’avait compris. Cet ascenseur c'était moi, ma marque de fabrique, la transparence et la rondeur apparente. Ces carreaux translucides signifiaient que je n’avais rien à cacher de mon héritage, ou plus rien, ou grand chose. Rien qui puisse mettre en péril l’image du pays. Cette vue imprenable sur les studios était l’aboutissement de ma vie, ma grande affaire, mes petites affaires. Avec cette cage de nudité, je voulais rendre lointaine les sonneries de papa. Fortune était faite, louée soit lui. Il fallait en tirer profit, sans sorcier et sans culpabiliser. Douce vert, cette visibilité brandie et ses arrondis de parois et de parures. Pur joyau de design d’intérieur. Outil de rupture d’apparence. Pourquoi étais-je maintenant sous la menace ? Je m’arrête là parce que pourquoi étais-je là sous la menace ? C’est bien écrit. C'était drôlement bien écrit, dis donc.
Non mais je… Comment aurait fait Nina Simone ? Nooooon ! Oui. Ah !
Si tu devais ou avais envie d'émigrer encore aujourd’hui, tu pourrais aller où ? Parce que l’espace des endroits vivables se rétrécit quand même.
Dans le Dark Web. Non, c’est-à-dire que, alors ça, c’est quelque chose qui nous distingue, je pense. C’est à dire que moi, les réseaux, le internet et tout ça, c' est en intraveineuse, quoi. Et je ne sais pas comment j’aurais vécu s’il n’y avait pas eu ces inventions-là, etc. Je pense que, malgré tout l’aspect sombre de surveillance, de sursurveillance, Je continue à penser que ça peut être des outils d'émancipation, de discussion, d’organisation et que j’aime beaucoup l’idée d'être partout et nulle part, parce que je peux être attaché à tout moment, même si effectivement ça nous empêche peut-être une certaine tranquillité d’esprit, c’est possible, mais je trouve que ça vaut le coup. La question qui se pose, c’est celle de 2027. C’est-à-dire que si l’autre, elle arrive… Je prépare un peu mes arrières mais je ne peux absolument pas me dire que ça va arriver. On regarde ce qu’il se passe en Italie, c’est très très intéressant, c’est-à-dire que pendant des mois il ne se passait pas grand-chose, puis là tout d’un coup ça bascule, parce qu’elle met en oeuvre son programme, donc mort aux pauvres, donc là les pauv' qui ont voté pour elle se révoltent, mais il est trop tard, il est un peu dans le monde culturel, mais finalement il y a eu quelque de ce que j’ai pu lire comme compte rendu. Et peut-être toi Serge tu es mieux informé sur l’Italie que moi, mais il faut regarder ce qui se passe, c’est-à-dire que ce n’est pas du jour au lendemain qu’il va falloir décider. D’abord, je pense que c’et maintenant que ça se fabrique et donc où être à ce Mora. En sachant que, parmi nous, on ne sera pas forcément les premières victimes en réalité. On sera très mal, mais on ne se sera pas les premiers victimes, c’est les quartiers, c' est… Et là, ça va être, bon voilà, donc qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce que l’on est mieux ici ? Parce que on serait un peu préservé, qu' on pourrait aider, qu on pourrait contrer, est-ce-qu’on serait mieux à l’extérieur ? Mais en tout cas, l’idée de Sonics, de Have Love, Travel, Vas-y, Voyage, Tu auras de l’amour, ça j’y crois, ça je le crois complètement.
Puisque tu parles de l’Italie, je peux dire que j’avais écrit quelque chose lundi matin sur l’Italie juste avant l'élection de Meloni. J’avais interrogé mes amis italiens et tous me disaient que de toute façon ça ne va pas changer grand chose parce que c’est déjà très avancé pour ce qui est de la chasse aux migrants pour ce qui est de la précarisation des plus pauvres pour ce qui est… C’est-à-dire que, en réalité, ce que nous sommes en train de vivre, enfin, une fois de plus, l’Italie est le laboratoire du monde, quoi, c’est que ce que nous sommes entrain de vivre c' est que Macron est en train de repeindre l’appartement pour Marine, c est-à dire qu’il est… Il y a ce basculement des pouvoirs qui fait que c’est plutôt la police qui commande le gouvernement que le contraire. Il y à le fait que tous les lobbies les plus réactionnaires comme la FNSEA ou les grands lobbies agroalimentaires peuvent tous se permettre, puisque la FNSEA a droit à une police, on lui fournit une police particulière avec le plan d'émetteurs. Donc tout ça, je me dis, de certaines manières, Marine est déjà là, ça va changer, ça va changer pour nos amis du CADA, ça change pour pas mal de gens, et effectivement ça pas les premiers touchés sans doute pas après on sait rien De toute façon, ce qui est sûr, c’est aussi qu’il y a des gens qui se sentent déjà pousser des ailes qui, eux, ne vont pas se gêner.
Bien sûr oui oui bien sûr mais je trouve
Après, est-ce qu’il faut partir, pour moi la question n’a pas beaucoup de sens parce que tu veux partir où ? Dans l’Inde de maudit ? Je ne vois pas, il n’y a pas beaucoup de pays qui me font envie en ce moment, je te l’avoue.
Oui, oui, bien sûr, mais cela dit, je ne crois pas que ce soit bien de se résoudre à l’idée que…
Mais je ne me résous pas du tout.
Elle serait là. Moi je pense que d’abord c’est dans longtemps et qu’il peut se passer beaucoup de choses. Et qu’il faut qu’on travaille à ce que ça n’arrive pas. Et il ne faut pas être abattu par rapport à ça.
Oui, mais il faut qu’il se passe beaucoup de choses. Absolument. Voilà. C’est la seule réponse. Il faut qu’il se passe beaucoup de chose. Il faut que l’on salope l’appartement avant qu’elle vienne s’y installer et c’est notre boulot. Il y a Macron qui est en train d’essayer de repeindre, de faire que ce soit tout bruit, bien propre quand elle arrive. Nous, il faut que nous sabotions son boulot.
Oui parce que tout à l’heure tu disais pourquoi on n’a pas réussi à ce que moi je crois parce que enfin quand tu parles de 2027 moi je trouve que déjà là on est dans l’insupportable et on peut plus on peut plus supporter l’insupportable et pourquoi est-ce qu’on arrive à cette figure parce que pour moi c’est une figure comme une autre comme Macron est une figure là parce que Parce qu’on a caché l’insupportable, en fait. Par exemple, pendant la crise sanitaire, on ne pouvait pas dire que c'était une dictature. Alors que pour moi, c’est un système totalitaire déjà. Et si tu dis dictature, tu dis « va voir en Chine » ou « va boire en Russie » ou alors « va voire quand t’auras Marine, ça sera pire » mais on est déjà dans l’INSUPPORTABLE.
On est absolument dans l’insupportable, mais on peut le dire et on peut s’organiser pour lutter contre.
On peut le dire, on peut le dire mais, euh, moi je, on peut le dire c’est tout, voilà. Je sais pas, il y a pas, on ne peut pas avoir une action dessus, on peut le dire d’accord, mais on ne peut pas avoir d’action dessus, et c’est l’action que…
Ah ben, si, enfin… Comme disait l’autre dire, c’est commencer à agir.
Oui bah moi par exemple…
Nommer, c’est commencer à agir.
Mais par exemple moi je fais un certain théâtre et j’ai travaillé avec quelqu’un qui est pour moi très important, qui faisait un certain théâtre qui n'était pas dans la représentation et il n’y a pas eu d’espace pour lui pour le faire parce que c'était déjà bouché. Mais ça, c’est pas… On peut le dire, on peut le dire, mais on… Pourquoi on joue devant 10 personnes ? Il jouait devant 10 personnes, alors que pour moi il a fait un travail de philosophique extrêmement important. Mais il n’y avait pas d’espace pour ça, déjà.
Alors, je sais qu’il faut qu’on arrête à 8h, mais je voudrais vraiment vous faire écouter une dernière chose, non ? C’est bien ici. On est bien reçus. Bien sûr. Quelqu’un voulait réagir, non ?
Je suis désolée, mais je ne vais pas être flagorneuse, mais quand je vous ai vus à la télé, parmi vos collègues, beaucoup de guillemets, mais parler des violences policières avec un aplomb qui impressionne les fameuses collègues, je me suis demandé comment vous faisiez pour vous imposer comme ça, parce que ce n'était pas du tout le discours ambiant. Est-ce que vous étiez leur alibi ? Est-ce que je parle de vos collègues qui vous ont reçus sur les chaînes d’infos, je crois, non ?
Chaîne d’infos peu parce que je n’y vais pas mais sur certaines télé oui bien sûr
À quoi attribuez-vous le fait qu’on vous ait laissé parler des violences policières, montrer des images qu’il n’y avait pas beaucoup vues, même très peu vues.
Alors d’abord il faut, j’arrive avec le travail de plein de gens, il y a depuis 20 ans des collectifs dans les quartiers, il ya des avocats, il a des juristes, il y a des chercheurs, il n’y a des historiens, il y a, voilà, ça fait quand même beaucoup d’années qu’il y a savoir, une connaissance, alors avec parfois des guerres, pas des guerres mais des dissensions entre les abolitionnistes, les réformistes, etc. Mais au moins, si vous voulez, il y a quand même une culture qui est aujourd’hui bien assise sur l’observation de la police. Et d’ailleurs, maintenant, on a même des observateurs, des observatoires, des pratiques policières. Vous Vous en avez un autre, vous en avez en région parisienne, à Lille etc. Ce sont des choses qui n’existaient pas avant. Ce que je veux dire, c’est que je ne suis pas tout seul. En revanche, effectivement, je pense que la bataille se mène aussi dans le débat public. C’est-à-dire qu'à un moment donné, il faut aussi se salir. J’ai oublié tout à l’heure d’en parler avec Vincent Denis, l’historien, qui démarre son livre sur les policiers de la Révolution en disant pendant très longtemps, que pour les historiens, la police est un objet sale. C'était un objet sale, c’est-à-dire que ça ne grandissait pas les historiens de s’intéresser à ce sujet-là, voilà. Donc, pourquoi je dis ça ? Oui, agir sur le débat public. Et après, je ne sais pas comment vous dire, mais ça fait des années que je travaille sur ce sujet, comme tout le monde, je peux me gourer, je peut être approximatif. Me tromper de dates, de chiffres, etc. Mais je suis un peu convaincu, même sacrément convaincu par ce que je dis. Et ce que j’ai dit en fait c’est constamment l’article 12 de la déclaration des droits de l’homme. Votre question c’est des collègues mais moi j’ai pas…
Mais comment avez-vous pu leur en imposer à ce point, parce qu’ils n’osaient pas vous contrer, je dirais.
Alors ça effectivement c’est un phénomène, ça s’est passé avec les gilets jaunes, avec un travail dont on n’a pas parlé qui s’appelait Allo Place Beauvau sur Twitter, mais que d’autres menaient aussi, donc je tiens le mur jaune à Montpellier, etc. Je tiens à dire que voilà, il se trouve que c'était mon travail qui est sorti du bois, et ce travail au bout de 2 mois a amené avec d’autre… Et quand je dis d’autres, pas des moindres, c’est-à-dire le Parlement européen, l’ONU, Amnesty International, le Conseil de l’Europe, la CNCDH, etc. Et donc la question, Serge parle un peu de ça dans son livre, à quel moment on parle à qui. Moi, je considérais qu'à ce moment-là, il fallait en parler. Et je pensais, d’ailleurs, je me souviens qu’il y a quatre ans, on avait parlé de ça ici. Je considérait que de passer par les instances internationales dont on n’attend rien, objectivement, l’ONU on n’en attend rien. Mais que ça pouvait modifier le rapport de force. Et à partir du moment où le rapport devient tellement différent et criant, là, les médias sont obligés… Oui, ce que vous appelez l’alibi, il y a de ça, mais ce qui est intéressant, c’est moins ce qui s’est passé il y avait trois ans sur les gilets jaunes que ce qui se passe aujourd’hui. Les violences policières, il n’y a plus de guillemets, s'étaient évoquées. C’est évoqué avec des biais qui sont assez terribles, mais cette question-là, elle est évoquée y compris sur CNews, y compris au Figaro, ce qu’ils ne faisaient jamais avant, jamais, jamais. Tout le monde a compris qu’il y avait une question policière. Voilà. La France a compris que il y avait question. Pour nous, ce n’est pas une question, c’est un problème. Mais au moins que la question du contrôle de la police, de la formation, qui sont déjà des questions, on va dire, presque de base… Elles n'étaient pas posées avant, maintenant elles le sont. Donc à un moment donné, le monde médiatique, c’est un monstre boulimique qui de toute façon se nourrit et bon voilà. Donc la question c'était quand est-ce que j’interviens, quand est ce que je n’intervient pas. Ça s’oppose à tout le monde et c' est très compliqué. C’est très compliqué de résister à ça. Je le fais de temps en temps, par exemple, pendant les émeutes ces derniers temps, je ne suis quasiment pas apparu, j’ai été appelé de partout parce que je ne me sentais pas légitime. Je pense que c’est très important que la parole soit distribuée, qu’il faut que ce soit parfois d’autres avocats, d’autres documentaristes, que ce ne soient pas toujours les mêmes. Parce que sinon c’est… Voilà, on est catalogués, et puis finalement, le plus important, le discours ne porte plus, quoi. Et après, l’avantage que j’ai peut-être, c’est qu’effectivement, ayant pendant longtemps travaillé dans ce monde-là, je sais comment il fonctionne. Donc tout à l’heure, quand je déconnais en disant à Serge, c'était pas à toi que je réponds, c’est au public. En réalité, ça, par exemple, là, autant c'était vraiment une blague, autant quand c' est une émission de télé, c' est quelque chose que j' ai en tête. Je ne réponds pas à la question stupide du journaliste. Je n’en ai rien à faire de cette question stu pide. Ce qui m’intéresse c’est les gens qui regardent dont on se doute à peu près de comment ils pensent parce qu’ils sont biberonnés à ces news etc. Et c'était à eux que je m’adresse. Et donc ça c' est effectivement un truc, il faut aller chercher au fond de soi les ressources pour ne pas rentrer dans le jeu insupportable de la réplique, de la répartie etc. Et alors, vous les condamnez les violences ? Oui madame, répondez.
On est bien sûr qu’on est convaincu.
Sauf que si je vous pose cette question-là, tout d’un coup ça devient un truc personnel, donc votre réponse va influer sur l'écoute, alors que ce qui compte c’est pas vous, c' est ce que vous avez à dire, et c’est le piège dans lequel, et parfois on se fait avoir, ce n’est toujours pas évident.
Je me demandais si dans une perspective réjouissante, à savoir on les retourne, on vire les fachos, on les désarme, disons-le comme ça, est-ce qu’on va plus loin avec une perspective abolitionniste, à quel degré est- ce qu' on garde une PJ, est ce qu on garde une brigade d’intervention pour les cas les plus extrêmes ou est- Et si on abolit tout, est-ce que du coup on est obligé d’intégrer en chacun de nous le flic qu’on a perdu ?
Le sujet tout à l’heure avec Vincent Denis, c'était une façon de nous amener à chacun d’entre nous des éléments de réflexion par rapport à cette question de réalité. C’est-à-dire que font les révolutionnaires, qu’ont fait les révolutionnaires de 1789, qu’ont fait des communards, etc. Alors on peut dire que la situation n’est pas la même. Mais ce qui est intéressant c’est que dans les deux cas, on a des moments révolutionnaires, pour le coup. Voilà, et la question de la police ne s’est pas réglée à ce moment-là, ça ne veut pas dire qu’ils avaient raison, mais elle ne s’est pas réglée avec la question d’abolition. En revanche, je pense que la discussion qu’on a eue avec Vincent, est intéressante, notamment pour les abolitionnistes, c’est-à-dire que l’abolition de la Police ne peut être qu’un projet révolutionnaire. Car abolir la police sans abolir tout le reste, ça semble un peu court. Ça semble un peu court. Donc, il y a parmi les abolitionnistes, notamment aux Etats-Unis, des gens qui ont une réflexion vraiment très intéressante, très aboutie, etc. Mais dans le système dans lequel, donc tu as parlé du flic qui sommeillait en nous, que nous aurions perdu, etc, dans le système dans lequel on est, dans les liens humains, etc., l’abolition de la police ne peut passer que par un moment révolutionnaire. Sinon, ce n’est pas ça qui va régler les inégalités par exemple. Seul, j’entends, ce n’est pas seulement l’abolition seule qui réglerait les inégalités. Or, les inégalités sont la mère de tout le problème. Donc c' est pour ça que je trouve que c’est très intéressant de voir ce que les 1789 ont à nous apprendre de ce moment-là. Alors, l’abolition de la police est revenue beaucoup avec George Floyd, etc., parce qu’il y a notamment une relation financière, puisqu’une partie des, pas forcément des abolitionnistes, enfin des réformistes ultra, on va dire, c’est de définancer la police. Mais il faut aussi savoir qu’il y a des gens qui sont minoritaires dans ce mouvement-là, qui sont aussi des gens qui sont contre les taxes, qui sont contre les impôts et qui veulent s’armer. En disant qu’il faut définancer la police parce que je paye trop d’impôts, ce n’est pas le gros des troupes, mais par contre le discours du gros des troupe qui est de dire que tout cet argent dévolu aux forces de l’ordre serait bien mieux employé dans les services publics, d'éducation, de santé. D’alimentation, de logement, c’est une évidence, mais ce qui est terrible, on l’a vu lors de la dernière élection présidentielle, ce qui terrible c'était que dès qu' un candidat ose mettre l’orteil, le doigt de pied, alors là pour le coup, il n’y a personne pour lui laisser la parole, si immédiatement, ah vous dites que la police tue, et c’est plié, le débat est plié. C’est-à-dire, à quoi sert la police, quelle est sa nature, qui la forme ? Qui elle sert, tout ça, on oublie complètement si on ne peut pas avoir cette discussion. Mais si on regarde sur le temps un peu long, on n’a jamais autant débattu en dehors de nos cercles, de ces questions-là quand même. Voilà.
Je note qu’il n’y a pas eu de question sur Jacques Brel.
Alors moi je vais faire une Quadrupinade, je vais aller là-bas, je reviens, et on va lancer un petit morceau, le dernier, le 7.
C’est le problème d’avoir affaire à des gens qui ne sont plus tout jeunes. J’aimerais bien qu’il reste un peu de monde pour l’applaudir quand il sortira des toilettes.
Donc là, vous venez d’entendre Mark Lanegan, qui était le grand ami de Kurt Cobain. Il fait les chœurs. C’est un vieux, vieux blues, enregistré sur un 4-piste, etc. Ça se passe à Seattle. J’ai la joie de me la péter. Je fais partie des 232 entrées payantes au Fahrenheit à Issy-les-Moulineaux de Nirvana. J’ai eu le bonheur de passer trois semaines avec eux aux Etats-Unis au moment où le groupe explosait. Et cette chanson, c’est la dernière chanson que j’ai écoutée après le suicide de Nirvana et j’y ai arrêté tout lien avec la musique parce que ce connard s’est suicidé. Et je me suis dit, mais comment se fait-il ? Comment se fait-il qu’on puisse apporter autant de force à tant de gens et souffrir autant ? Évidemment, paix à son âme. Mais en effet, je me suis dit, si c'était ça le rock’n’roll, j’arrête. Et donc j’ai complètement abandonné l’actualité musicale après ça mais cela dit je dois vous dire que j’y ai profité cet hiver d’un passage à Vancouver pour prendre une bagnole et remonter jusqu'à Aberdeen, la ville natale de Kurt Cobain où j'étais avec mon petit bonhomme qui adore Kurt Cobain et nous étions sous le pont dont il parle dans une des chansons etc. Mais tout ça peut dire que le show business c’est de la merde.
Ah ! Merci !
A plus ! Attendez, attendez, c’est le rappel, Jacques Brel ne faisait jamais de rappel. Tu vois ? Il disait, non non, moi j’ai tout donné, j’y ai tout donné. Alors, il y a une question, cette fois on reprend les rôles, c’est mieux comme ça, que je voudrais poser à Serge et à l'équipe. J’ai un petit doute sur la signification du chant du cygne. Qu’est-ce que ça veut dire et que va se passer, que va-t’il se passer à Eymoutier en août 2024, 2025, 2026, 2027 ? Donc quel est l’avenir des écrits d’août ? T’as un micro et je garde le mien, si jamais tu dis une connerie.
Eh bien, c’est une question tout à fait spontanée de ta part, puisque je t’ai déjà suggéré cinq ou six fois déjà. C’est les vieilles méthodes.
Attends, on va faire croire qu’on l’a fait voter… Bon, vas-y !
Je vais en profiter pour faire une déclaration. J'étais vraiment très content d’avoir eu cette idée avec Anne, ma femme, de faire les écrits d’août. Je pense qu’elle a fait vraiment du très bon boulot. J’en suis très fier. La quantité de gens qui nous ont dit c'était vachement bien et tout après chaque édition. Nous a à chaque fois donné envie de rebondir. C’est difficile pour une raison très simple, c’est qu’on n’est pas assez nombreux. C'était aussi simple que ça. On n’en est vraiment pas assez, pour tenir le coup. Nos effectifs ont diminué pour des tas de raisons, dont le fait que la psychologie humaine est salée, il y a beaucoup de… Des problèmes un peu misérables, des rivalités, des gens qui ne sont pas satisfaits, qui ne se retrouvent pas. Et puis je pense aussi que l’enjeu de la lecture peut-être s'éloigne un peu dans la tête de beaucoup de gens, s'éloigne un peu de la tête beaucoup de jeunes, peut-être, parce que je vois quand même que la moyenne d'âge est… Ce n’est pas exactement celle des utilisateurs de TikTok, ici. Mais ça n’empêche qu’il y a un public varié et nous en sommes toujours contents. Mais en ce qui me concerne, en tout cas, moi, j’avais décidé d’arrêter de faire l’animateur culturel à partir de cette présente édition, mais… On s’est dit qu’on allait de toute façon continuer à faire des rencontres de temps en temps ici à Eymoutier avec un auteur ou deux sur un thème. Mais c’est la prochaine édition et vraiment la question se pose de savoir si on va continuer ou pas. Parce que je vois les regards de mes différents camarades qui disent arrête ton truc Mais c’est vrai qu’en ce qui me concerne, j’aimerais bien passer la main. Il y a quelqu’un comme Patrick qui est très bien placé pour le faire. Mais ce sera possible qu'à une condition, c’est qu’on arrive à rassembler suffisamment d’autres énergies que celles de cinq personnes. Parce que, rendez-vous compte, on est cinq à tenir la barque pendant le reste de l’année. Après, au moment de l'événement lui-même, il y a beaucoup de gens. Et ça, c' est une de nos réussites, je trouve, qui est absolument formidable, c’est qu’il y a des gens qui viennent d’un peu partout pour participer, pour porter les chaises, faire la cuisine, ce genre de choses. Ça, c’est quand même assez formidable. Puis quand je vois la liste des auteurs, la listé des débats, la liste des réflexions qu’il y a eu depuis le début, je veux dire que je n’arrive pas à y croire tellement ces danses sont fortes. Donc… Si parmi vous, il y a des gens qui voudraient s’investir davantage, surtout, n’hésitez pas. Bon, maintenant, on va passer à la détente qui précède le moment musical.
J’ai pas bien compris, c’est ton côté Charles Trenet tournée d’adieux un an, deux ans, trois ans, ou c'était comme…
Écoute, il y a une seule raison qui pourrait me convaincre vraiment de revenir, ce serait en 2027 qu’on nous dise c’est interdit.
Pour que ce soit interdit, il faut que ça continue.
On vous laissera sur cette ambiguïté. A l’année prochaine !
Merci, merci le maître, il doit rester un ou deux, on peut balancer un peu de musique. Et merci aux aupostiens, ouais, ouais la musique au poste, vas-y, vas y. Voilà, on arrête, 48 heures de non pas de dire d’abus demain. Je vais juste faire, ah oui, oui, je fais juste une désannonce, je salue les gens qui regardent au poste. On se retrouve bientôt, regardez ça dans la page Convocations et notamment avec Judith Pérignon qui a fait une biographie absolument passionnante et tout d’un coup, putain je sais plus son nom, oh la la, oh merde, comment ? Hein ? Nina Simone, non. Oh non, Louise Michel, ben oui, bien sûr. Voilà, Louise Michel, et puis on va revenir aussi avec un urbaniste, Renaud Epstein, qui va nous parler de la politique de la ville dans les quartiers depuis 30 ans, on va faire une émission avec les copains de l’Envolée sur les incarcérés des émeutes car les chiffres ont absolument explosé et les chiffres des incarcération dans les prisons françaises battent tous les records et on fera une émission avec eux bientôt. Voilà, mais là je suis mort, ciao ciao, ciao bello. Merci tout le monde.
Et les livres de David Dufresne sont en vente à la librairie et vous pouvez vous les faire signer.
