Sodexo : l’enquête qui croque la gloutonne qui nous restaure (et nous dévore)
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Amis du café. Ah bah merde ! Oh aïe aïe, oh lanla, c’est plus ce matin, c’est l’enfer. Je n’ai pas dormi, il faut dire. Amis du café. Amis des démarrages ratés. Amis de la police. Amis du 17 octobre 1961, on était hier à la manifestation. Amis du punk rock. Amis Tricatelle. Amis Sodexo. Sodexo la gloutonne, l’enquête sur l’entreprise qui nous restaure et qui nous dévore. Par un dénommé Jean Songe, très défavorablement connu de nos services, puisque nous le surveillons depuis à peu près 35 ans. Il s’appelle en réalité Yannick Bourg, on va donner son nom parce que ça suffit. Bonjour cher ami ! Hello ! Oh là là, l’anglais de Moissac, parce que monsieur est à Moissac, et nous en parlerons tout à l’heure puisque Moissac est la seule ville qui soit passée Rassemblement national, ou une des rares qui soit passée…
Et la première dans le Tarn-et-Garonne, dans le 82, dans notre département.
Bon, comment ça va Yannick ?
Ça va bien, je suis ravi. Alors formule de politesse.
Alors, je vais faire la petite bio, on va parler longuement, j’espère que t’as du café ou pas ? T’as pris du café ?
J’ai mon équipe en réserve, je suis comme toi, j’ai une équipe qui bosse à mon service, je fais comme ça. Room service !
Ah non monsieur, ça ne marche pas comme ça ici et là, ça marche pas, on aimerait bien. Alors, vous vous appelez Songe Jean, de votre vrai nom Yannick Bourg, vous êtes né au…
J’aime bien le vouvoiement.
Vous êtes né, monsieur, pas d’impolitesse, s’il vous plaît, vous êtes sous notre contrôle pour l’instant. Né au pays d’Arthur Rimbaud quand Elvis changeait le monde, vous êtes auteur de BD, vous êtes écrivain dont un ou deux Poulpes, vous avez été peintre, vous êtes chanteur, vous avez été journaliste, vous êtes un saltimbanque total en fait, on ne sait pas exactement qui vous êtes, ce que vous faites. Vous avez été l’auteur de la dernière interview de Jean-Patrick Manchette, nous en parlerons parce que quand même ça a compté. Et nos services vous ont donc repéré comme agitateur politique à Moissac, mais hélas ça n’a pas suffi. Et vous êtes l’auteur de deux livres, de deux enquêtes, contre toute attente parce que vous n'êtes pas du tout un enquêteur au départ. Donc ça, on va en parler. Il y a quelques années ce super bouquin « Ma vie atomique » sur le nucléaire et ça, on sera obligé d’en parler parce que moi, dans mes commissariats, il y a des gens qui sont très inquiets par le nucléaire qui m’ont dit « il faut parler du nucléaire, il faut parler du nucléaire avec Yannick » et on parlera de cette nouveauté « Sodexo la gloutonne » dont j’ai parlé. Comment ça va Yannick ?
Je le répète, mon ami, très bien ici, c’est beau, il y a de belles lumières, je suis très bien, je me sens à l’aise.
Bon, il va falloir parler plus fort, hein, cher ami. Plus fort. Ah ouais, parce que là attends, je vais mettre le son plus fort parce que je pense qu’on ne t’entend pas bien je préviens la régie, bonjour, pas de musique, mon cher Yannick, mon cher Yannick. Qu’est-ce qui t’a pris à t’intéresser à ce truc, qui a priori n’a aucun intérêt, qui s’appelle la Sodexo ? Non, je veux dire. A priori dans notre monde, dans notre univers, la Sodexo, ce n’est pas trop notre affaire, à part quand nos enfants vont à la cantine, mais pourquoi tu t’es intéressé à ça ?
C’est déjà une question embêtante, tu commences déjà parce que je ne pourrais pas te donner une vraie réponse en vérité. Orbi pour le nucléaire, où c'était devenu une obsession et ça s'était imposé, le sujet était devenu vraiment, je ne pouvais pas faire autrement, la Sodexo, non, ça serait mentir de dire que c’est la Sodexo que j’ai une espèce d’apparition thématique en me disant « tiens, je vais m’intéresser à la Sodexo de la famille et tout ». Non, je réfléchissais plutôt autour de la richesse, de l’accumulation de richesses, qu’est-ce qui poussait les personnes à vouloir accumuler tous les jours davantage dans une espèce de conquête irrépressible et de soif et d’appétit, comme ça, insatiable. On va dire, le cliché dans un monde fini, en vouloir toujours plus, c’est une absurdité. Mais qu’est-ce qui pousse, qu’anime ces gens de vouloir à tout prix, on va dire conquérir le monde ? Parce que c'était vraiment ça, le cas de la Sodexo, c'était vraiment conquérir le monde du nouveau-né jusqu’au vieillard en EHPAD. Et puis, j’avais plusieurs idées autour de ça. Et puis plutôt que de prendre des figures connues comme Bernard Arnault, Pinault, tout ça, qui sont très médiatisées et tout, la famille fondatrice de la Sodexo, la famille Bellon, ils sont très discrets, ils n’apparaissent pas dans les médias. Quand ils apparaissent, c’est dans des magazines spécialisés pour parler vraiment de leur société, de leur vision de la société, le bien-être, la satisfaction du client, tout ce baratin. Et puis, j’ai commencé à fouiller, comme je fais d’habitude, je fouille, je vais regarder, je me renseigne et tout. Et puis peu à peu, je me suis vraiment intéressé parce que tu avais à la fois la tradition française de l’entreprise à la française, tu sais, familiale et tout, parce que le fondateur, il a 90 ans maintenant, il l’a commencé dans les années 60. Toute petite entreprise à la française, dans le fonctionnement, à ses patronages de l'époque, tu sais, le bon patron, les ouvriers Et puis très vite qui a pris une dimension internationale et qui maintenant n’a plus aucune identité française. C’est une unité nationale comme les multinationales, américaines ou chinoises, et d’ailleurs elles collaborent entre elles très facilement et sans aucun problème.
Alors on va parler des débuts avec l’oncle Fernand et tout ça, parce que c’est quand même rigolo. Juste pour dresser la table, page 18 tu nous dis, enfin plus exactement, tu cites justement Sophie Bellon, qui est l’héritière, qui est la patronne du fondateur, qui aujourd’hui est à la tête de la Sodexo. Alors la Sodexo, les amis, ça nous concerne tous en fait. Tôt ou tard dans la journée, il y a la Sodexo qui est une espèce de drone terrestre. Sophie Bellon dans les colonnes des Échos nous dit « notre potentiel de marché est 50 fois supérieur à notre chiffre d’affaires de 21 milliards d’euros. Peut-être un jour toucherons-nous un milliard de consommateurs ». C’est simplement pour dire et page 57, parce qu’évidemment c’est ta méthode de distiller les informations à 40 pages d'écart. On a le nombre de divisions, la Sodexo est numéro 2 mondial de la restauration collective derrière le britannique Compass, beaucoup moins diversifié, 100 millions de clients servis quotidiennement dans 67 pays, et le business rapporte 21,95 milliards d’euros à l’entreprise, un bénéfice net de 665 millions, c’est à peu près ce qu’on fait ici Au Poste. Mais en revanche, ce que tu dis, c’est qu’elle paye ses impôts en France. Ça c'était juste pour qu’on ait un ordre d’idées de l’affaire, c’est-à-dire…
C’est énorme, c’est la première entreprise privée de France, plus gros employeur privé français dans le monde. C'était 470 000 employés, je crois, dont une faible proportion est en France d’ailleurs. Ça se passe vraiment à l'étranger.
Alors Lau que je salue nous dit dans le chat, « Sodexo c’est tellement bon que je perds 5 kilos à chaque fois que je suis hospitalisé ». Bon, j’ai agi bonnet. Sodexo me fait penser à Tricatelle dans L’aile ou la cuisse. Oui voilà, Tricatelle. D’ailleurs je crois qu'à un moment donné, il y a quelqu’un qui parle de Tricatelle dans le bouquin. Alors on va parler de la Sodexo, mais ce que je dois dire c’est que ton bouquin, en fait la Sodexo, c’est presque un prétexte pour parler de l’arrogance capitaliste, de la folie des grandeurs de ce monde-là. Et en fait, page après page, tu cites des grands patrons, ou des patrons peu connus mais qui importent de grosses entreprises, qui sont dans un délire de novlangue absolu. C’est ça qui t’a porté en fait.
C’est vraiment ça. C'était à travers l’exemple de la Sodexo, c'était une façon aussi, en effet, de portraitiser, portraiturer.
Portraitiser, c’est ce qu’il dit dans la presse. Portraiturer, c’est les peintres.
D’esquisser les portraits de ces gens absolument, je dirais presque en dehors de la condition humaine ordinaire, qui dépassent tout à fait en effet l’entendement. Et c'était ça qui était… Qui était en effet le moteur, il y a plein de mini-portraits comme ça où je me suis amusé. Tu as l’Américain qui a racheté l’OM, l’Olympique de Marseille et tout, Frank McCourt, donc ça me permet des petites digressions mais qui, pour moi, sont toujours en rapport avec le sujet. Je peux parler de son divorce avec sa femme, qui a été le divorce le plus coûteux de l’histoire de la Californie. Et à la fin, je révèle que sa femme était l’ambassadrice des États-Unis sous Trump. Donc, il y a quand même toujours des connexions entre le monde économique, le monde politique, de personnes qui paraissent éloignées au départ et qui finalement font partie de la même sphère politico-économique. Et tu as les géants de la Silicon Valley, tu as des Chinois, tu recrutes. Donc, la vice-présidente de Huawai alors je ne sais pas si je prononce bien, la grosse société chinoise, la multinationale. Qui est absolument incroyable, qui est quand même plus que soupçonnée.
C’est notre sponsor, tu ne dis pas du mal s’il te plaît.
De le dire avec les services secrets chinois, etc. Je ne révèle pas, mais j’indique qu’il y a eu un plan quand même en 2015 qui a été absolument inédit dans l’histoire française où Hollande a réuni une cellule de crise uniquement consacrée à ces gens chinois. Tellement ils savent que c’est un ex-responsable de la DGSE qui dit que de toute façon, oui, il est persuadé que ce sont des espionnages. C’est de l’espionnage industriel, c'était de l’espionnage militaire, militaro, etc. Et Sodexo travaille aussi avec eux sans aucun problème. Elle travaillait avec Google, enfin tout ce monde interpénétré, je cite aussi… Sodexo a fait un grand, grand meeting en 2017 à Londres sur les 30 ans de l’avenir. C’est-à-dire que c’est eux aussi qui m’intéressaient là en tant qu'écrivain, prévôt de romans noirs et aimant la science-fiction, c'était qu’ils ont une vision du futur et qu’il faut vraiment se pencher là-dessus. Parce que c’est eux qui dessinent notre futur
Ça c’est notamment la fin de ton livre, il y a deux derniers chapitres, on y viendra, qui sont apocalyptiques, on peut le dire comme ça, et c’est bien que tu dis ça parce que ton bouquin, je t’ai provoqué sur Facebook en disant « le journaliste Yannick Bourg », parce que non, ce n’est pas du tout un bouquin de journaliste au sens où l’auteur et l’observateur de la patte humaine que tu es depuis toujours. On le sent page après page, dans le bouquin. Ce n’est pas une enquête convenable et convenue de journalistes. Il y a ça, il y a la rigueur des faits, mais tu es dans l’interprétation. Tu passes ton temps à te moquer d’eux, quand même, tu n’es pas très respectueux.
Je ne sais pas, mon bon monsieur, mais j’ai essayé, comme dans le nucléaire si tu veux, même si évidemment on a tous des a priori, des parties de départ ou des notions même un peu floues autour d’une notion comme le nucléaire ou la Sodexo, etc., et puis je la peux tuer. Tu procèdes, tu affines ton point de vue et tout, tu découvres des choses et puis tu creuses. Moi, c’est un travail je creuse, je creuse. Mais à partir des sources qui sont disponibles, des sources officielles, je ne cherche pas la plupart du temps, mes sources viennent de la Sodexo, des Échos, enfin le magazine des Échos, Valeurs Actuelles, des trucs comme ça que je ne lirais jamais. Mais c'était intéressant aussi de se pencher là-dessus, Forbes, le magazine des riches. Des magazines que normalement, ordinairement, je ne vais pas lire. Mais là, finalement c’est intéressant. T’apprends vraiment beaucoup, beaucoup de choses. Le travail que je fais, c’est parce que j’ai du temps. Je peux m’y consacrer, mais je pense que quelqu’un avec un cerveau moyen comme le mien, une intelligence, peut-être… Moyenne ou légèrement au-dessus de la moyenne, il ne faut pas exagérer, serait capable de le faire. La petite différence peut-être que je peux apporter, c’est au niveau du ton et de l'écriture. Mais les infos brutes, je ne fais pas de révélation. Tout est disponible, en ce sens-là, en effet. Je ne suis pas journaliste, je ne vais pas sur le terrain, je n’interviewe pas les gens. J aime beaucoup les romans de John le Carré, par rapport à ses héros noirs, etc., il y a toujours dans les bas-fonds ce qu’il appelle les Borrowers, c’est-à-dire des furets, des petites mains qui vont chercher l’info intéressante. Ils sont dans les archives, ils sont dans des papiers, ils vont chercher une vieille interview, un article de journal que personne n’a vu, puis ils décortiquent, et ils mettent tout ça en lien. C’est du montage, tu connais ça aussi bien que moi.
Nous parlons à nos amis qui ne savent pas forcément, donc il faut que tu racontes. Et c’est ça qui est quand même hyper troublant, je trouve. Parfois, tu nous expliques comment tu obtiens telle ou telle info, jusqu'à nous parler par exemple d’un PDF qui n’est pas téléchargeable et qui est illisible, il faut le lire à la loupe, mais ça, mise à part, ce qui est assez extraordinaire, c’est que ces gens-là ne se cachent pas, c’est-à-dire que leur cynisme, leur arrogance est totalement admise.
Si tu veux, il y a quand même quelques réglementations qui les obligent quand même à rendre des comptes. Mais ils s’arrangent toujours, en effet, que quand ils rendent ces comptes, soit ça reste quand même sur des sujets pointus comme l'écologie, le développement durable, les précautions à prendre, ça reste très flou et comme tu l’avais souligné tout à l’heure, dans un langage totalement imbitable. C’est même plus de la novlangue, moi ça me fait hurler de rire. Quand t’appelles un concierge dans un immeuble de la Sodexo, c’est « chief officer » ou je ne sais plus quoi, en plus c'était toujours de l’anglais, tu sais, un peu bâtard, il n’y a plus de concierges. T’as quelqu’un qui est préposé, c’est « happiness officer » pour mettre de l’ambiance dans les bureaux. Moi ça me fait hurler de rire, ça me fait hurler.
C’est dit !
Ça rigole, mais tu les retrouves en effet dans les dossiers, après c’est une langue, mais tu dis, j’ai vu des vidéos de conférences, mais si t’es pas de leur milieu, tu piges rien, de quoi, tu piges rien.
Alors on va parler, si tu veux bien, j’ai découpé l’interview avec évidemment les cantines. Il y a déjà des réactions dans le chat avec l’aspect carcéral, l’industrie carcérale que représente la Sodexo. Il y a aussi, alors là vraiment j’y ai complètement découvert ça dans ton bouquin, la Sodexo Defense Service, c’est-à-dire… Le département militaire, enfin, comment tu pourrais dire en deux mots, juste en deux mots
Oui, tout ce qui concerne l’armée, l’Armée française. Tout ce que l’armée peut privatiser où Sodexo intervient.
Et donc ça va jusqu’au ministère de la Défense, on va parler de ça. Il y a aussi tout un aspect, et dans le Discord de l'émission, je remercie Aix et Glodioman qui ont posé des questions que je te poserai sur l’aspect luxe de la Sodexo, qui n’est pas forcément le plus connu, et même assez délirant, c’est-à-dire que le Tour de France, le Super Bowl, la Tour Eiffel, enfin bon les mecs ils sont absolument partout. Et puis voilà, puis après on va divaguer et on expliquera, il y a une question dans le chat, on expliquera le rapport entre Joey Starr et la Sodexo, on aura deux heures pour le trouver. Mais on va le trouver, ne vous inquiétez pas, et on parlera, on parlera de plein de choses et notamment on parlera aussi à un moment donné de ton bouquin, Ma vie atomique sur le nucléaire. Alors d’abord les cantines, en fait ce qui se passe c’est… Peut-être que tu peux nous parler de l’oncle Fernand, du hangar à anchois à Marseille, 1966. C’est les débuts de la Sodexo. À ce moment-là, il y a un H dans la Sodexo et puis ça va être perdu. Qu’est-ce qui se passe ? C'était qui ce Fernand ?
Très sincèrement, je n’en sais pas énormément, je ne l’ai pas creusé tellement dans les antécédents familiaux, j’ai juste lu aussi l’histoire du père, etc. Ils étaient dans une entreprise maritime qui faisait la liaison de ravitaillement de marchandises entre Marseille et l’Algérie. Ils étaient déjà bien implantés, si tu veux, sur les territoires. Et donc Pierre Bellon, le fondateur de la Sodexo, c'était a priori quand même dans sa jeunesse une sorte de branleur quoi, il l’avoue, il l’avoue. Le branleur quand même qui avait des ambitions, parce qu’il serait bien devenu préfet, et puis son père lui a dit « oh mais préfet tu vas t’enquiquiner, tu vas m’emmerder, ça va pas te plaire ». Et puis le mec, le mec a scruté hein, il faut le reconnaître, il a observé qu’au début des années 60, il y avait une transformation où les travailleurs ne rentraient plus chez eux pour le déjeuner, ils restaient sur place, sur leur lieu de travail et puis ils se démerdaient pour déjeuner. Soit ils avaient le sandwich, ou ils allaient au bistrot du coin. Et lui, il s’est dit « tiens, si j’apportais la bouffe directement dans l’entreprise, sur le lieu de travail, et puis je fournis le déjeuner ». Et l’ami, donc l’oncle, lui a prêté un ancien hangar à anchois et il préparait des frites, des steaks et tout. Mais ce qu’on appelle la liaison, c’est entre le temps de transport pour apporter les frites chaudes sur le lieu de travail, elles arrivaient toutes molles, toutes froides, ça ne fonctionnait pas très bien. Il faut aussi dire que le père l’a aidé, lui a quand même prêté l'équivalent de 130 000 euros actuels. Il n’a pas démarré, comme ça, ex-nihilo de rien, il avait quand même des appuis, et puis 130 000 €, il a pu commencer.
Alors, oui, absolument, mais alors tu racontes, c’est rigolo qu’on parle de ça parce que tu dis qu’en fait la révolution c’est ce qui va s’appeler la liaison chaude. Ou froide, c’est les deux.
Maintenant, c’est la liaison froide, si tu veux. C’est tout un processus technique, chimique, etc., où tu fais cuire les aliments, ils font cuire dans les cuisines centrales, ils les refroidissent, etc. Ils les mettent… C’est semi-congelé, je dirais, et tout, ils les apportent très emballés, très conditionnés sur le lieu, que ce soit à Vitacentre, justement, les différents restos d’entreprise, où là, c'était juste réchauffé, il n’y a pas de cuisine, de fait, c’est préparé en amont. Après, ce sont des processus qu’il a fallu mettre au point parce qu’ils se sont aperçus, soi-disant, tu as l’hygiène, tu as quand même les services vétérinaires qui sont toujours derrière pour surveiller l’hygiène et que la liaison chaude, ça donnerait… Ça fonctionnait moins bien. Je ne me suis pas trop appesanti sur cet aspect technique. C’est plutôt expliqué la raison pour laquelle la bouffe est mauvaise. Ils brassent de telles quantités de nourriture que c’est impossible. En plus, au coût où ils la produisent, où ils l’achètent, où ils la revendent, c’est impossible de faire de la cuisine tout simplement t’alimentes les gens.
Alors tu racontes qu’effectivement, il y a des choses sur lesquelles ils ne marchent absolument pas pour avoir les marchés et puis il va y avoir un yaourt ou je sais quoi, quelque chose qui va leur permettre de marcher là pour le coup à 30 % etc. Et en fait c’est sur le volume qu’ils font leur blé quoi, c’est ça ? Uniquement.
Uniquement. T’imagines, à Marseille, ils ont quasiment la totalité des cantines scolaires en primaire. Donc ça représente, je ne sais pas combien de repas quotidiens, mais c’est colossal de toute façon. Donc, en effet, quand il y a les offres publiques, eux, ils font une différence quelquefois. Ça se tient à quelques centimes par rapport aux concurrents, tu vois, inférieurs. Mais à l’arrivée, eux, avec leur offre qui doit tourner autour de même pas deux euros le repas. Donc c’est incroyable. Mais après, quand tu le multiplies par Nancy, je crois que c'était 15 000 euros rien que pour une ville comme Nancy, rien que pour les cantines, après t’as les EHPAD, t’as tout le reste, etc. Donc en effet, tu multiplies quelques dizaines de centimes d’euros par-ci par-là, tu multiplies par 15, 20, 30 000, etc… Quand ils font les bases américaines aux États-Unis, les bases marines, c’est 45 bases marines énormes, ça représente des centaines de milliers de repas, par jour !
Alors, on a une remarque technique de Gilbert Terral. Pour l’aspect technique, c’est plus dur de maintenir plus de 65 degrés qui est la température minimale de transport pour les normes d’hygiène que de transporter dans des frigos. Qualité organoleptique de denrées, coût des énergies et du matos, praticité de manipulation, etc. Alors Gilbert, je ne crois pas qu’on se soit déjà vu. Gilbert, travaillez-vous pour la Sodexo, juste pour savoir. Ou avez-vous travaillé pour la Sodexo ? J’ai l’impression qu’il y a des gens qui n’ont pas l’habitude d'être Au Poste, qui sont là. Je pense que la Sodexo, ils vont envoyer du monde. Faut faire gaffe ! Mais restez à l'écoute, parce que c’est juste le début, là.
On va voir tout…
Voilà, c’est ça. Mais en tout cas, Gilbert, merci beaucoup pour la précision. Alors, tu parlais de Marseille, justement. Marseille, je crois que… Alors attends, il faut que je retrouve. Je crois que c'était page 137 de mémoire. Tu nous racontes qu’il y avait eu… Attends, je vais chercher la page exacte. Ouais, c’est ça, page 138. Tu parlais tout à l’heure de Marseille, de la Sodexo dans les cantines marseillaises. Et tu dis que « la tromperie sur les qualités substantielles de la marchandise fut reconnue par le tribunal correctionnel de Marseille et la direction de Sodexo condamnée à une amende de 5 000 euros ». Et Sentierbattant nous dit que le conseil municipal de Marseille a voté l’attribution du marché de la restauration scolaire au géant du secteur Sodexo, près de 50 000 repas livrés quotidiennement.
Oui, donc tu te rends compte, c’est un essai énorme, énorme, énorme. Qu’est-ce que tu veux ajouter de plus à ça ? On voit en effet la dimension française où ils sont présents absolument partout, EHPAD, prisons, etc. Mais il faudrait répercuter ça en effet sur 62 pays à travers le monde. Ce dont il faut tenir compte, c’est que sur les territoires français, c’est finalement un des territoires où ils ne sont pas les moins implantés, mais ce n’est pas au point de vue pourcentage, je n’ai plus le chiffre précis en tête, je ne l’ai pas révisé. Mais il faut bien se rendre compte que dans tous les pays d’Amérique du Sud, où ils sont, d’Asie, les salaires qu’ils versent sont évidemment indexés sur le pays, etc. Donc là, les marges sont nettement supérieures aussi, parce que les prestations qu’ils vendent à des sociétés et tout, ils les vendent au même prix de toute façon. Mais par contre, sur les salaires, etc., là, ils sont dans une autre dimension.
Alors, mets un coup à Gilbert, il lui dit non, il rigole, il dit « non je travaille pas à la Sodexo mais j’ai fait des études là-dedans » et donc il donne plein de précisions sur le transport de la marchandise dans le chat, donc merci à toi d’apporter ces précisions. Alors, dans le bouquin, quand même tu parles des cantines, même si effectivement c’est aujourd’hui minoritaire, mais pour nous, Français, c’est quand même ça, au départ, la Sodexo, c’est les hôpitaux, les cantines d’entreprise et la cantine de l'école. Alors il y a Donnelapapate qui nous dit dans le Discord, « je ne comprends pas pourquoi les bourgeois, dans les écoles privées, acceptent que leur môme mange du Sodexo. Je viens de sortir ma fille du privé, je n’avais pas eu le choix. Et dans le public, ils ont un chef cuistot. Circuits locaux etc. Alors ce n’est pas dans toutes les écoles publiques non plus. »
Non, je ne pense pas que ce soit la règle générale.
Alors par exemple dans les cantines Sodexo, tu racontes le tour de passe-passe par rapport au bio, tu te souviens de ce que tu écris ou pas ?
Ça c’est génial, ils peuvent en effet quand ils communiquent, Sodexo, je crois que les directives européennes pour l’année prochaine, tu dois avoir au minimum 20 % de bio dans les repas de cantines scolaires. Et là, Sodexo peut dire très fièrement qu’ils en sont à 30 % de bio déjà et qu’ils sont en avance. Sauf qu’ils oublient juste de préciser que pour obtenir 30 % de bio sur leur repas qu’ils divisent en 6 parties, c’est le morceau de pain et le yaourt bio. Un morceau de pain, la petite brioche de pain que les enfants ont, et le yaourt en fin de repas, t’as 30 % de bio. Le reste, c’est de la conserve, c’est des fraises qui viennent de Chine, etc. Parce qu’ils ont un bureau d’achat qui est mondial, ils sont sur le marché mondial pour les achats. Donc ils se retrouvent avec en effet des fraises qui viennent de Chine ou d’Australie, des poires qui viennent d’ailleurs, des haricots verts qui viennent, enfin ils sont en boîte de toute façon. Et chaque jour, tu as toute une tripotée de personnes qui sont à la recherche des meilleurs prix sur le marché mondial. Et malgré le transport, malgré tout ce qui suit toute la chaîne logistique, c’est plus avantageux pour eux que d’aller voir un producteur local de qualité.
Alors dans le chat on m’accuse, enfin on me surveille, on dit « non mais là il va comme c’est son ami, l’enquêteur risque d'être un peu sympathique », enfin cela dit je rappelle à tous ceux qui nous écoutent que quand on est en garde à vue, il y a deux policiers, le méchant, le gentil et c’est du gentil dont il faut se méfier, toujours. C’est lui qui vous fait parler, ce n’est pas le méchant, mais je vais être méchant dans deux secondes, non pas méchant. Mais au fond, sur la Sodexo, sur les cantines. Alors, par exemple, tu racontes des bactéries qui ont été trouvées, des microbes, voilà, en Allemagne, des indigestions, alors évidemment, vu les volumes, c’est tout de suite des centaines voire des milliers de personnes, mais est-ce qu’on ne pourrait pas dire finalement, vu le nombre de repas que la Sodexo sert, finalement, il n’y a pas tant d’affaires d’hygiène que ça.
Non, non, c’est sûr, c’est sûr. De toute façon, c’est surveillé quand même, ils font gaffe. Et puis, je te dis, les procédures, en tout cas en France,là, j’ai regardé un peu les procédures des services vétérinaires qui font des descentes dans les cuisines centrales et tout, c’est vraiment surveillé. C’est presque aussi, d’ailleurs, ça contribue à ce qu’on arrive à une bouffe aussi totalement aseptisée, sans goût et industrielle parce que les normes d’hygiène sont aussi contraignantes, il faut l’avouer, que si tu veux faire une vraie cuisine bio… Pour de la restauration collective, c’est très compliqué. Parce que, même dans la circulation des produits, certains produits ne peuvent pas se croiser. C’est un délire, c’est aussi une sorte de délire hygiéniste qui s’est développé et qui, en effet, on va dire, protège. Protège et encore, être au contact des bactéries, des trucs et tout, ça renforce quand même quelquefois ton système immunitaire, ça peut aider. Mais là, on est en effet dans des processus de sécurité maximum.
Alex Levert nous dit « la Sodexo gère notre restaurant d’entreprise avec sa filiale Sogeres et c’est très bon ».
Oui, il y a peut-être des exceptions. Je n’ai pas goûté, je ne suis pas allé. Moi, j’ai des souvenirs de mes filles quand elles étaient à l'école primaire, qu’on a retirées de la cantine finalement et tout. Je n’avais pas l’impression qu’elles s'éclataient à la cantine et que la plupart… Je relate des expériences à Marseille où il y avait une journaliste qui a suivi pendant un mois, qui a été prendre les repas avec les enfants, récemment en plus, c'était il y a un ou deux ans. Elle disait que ça n’avait pas de goût, c'était insipide, ou alors c’est noyé dans des sauces quand même et tout. Alors peut-être que dans certains trucs, ils étaient au Parlement européen à une époque, puis j’ai pas pu retrouver la source précise, donc j’ai pas pu le citer et tout, ou une journaliste aussi avait été prendre et tout mais là c'étaient plus du tout les mêmes prix non plus quoi. Et c'était, on va dire, un peu plus soigné. Mais je ne sais pas, quand j’entends des échos, des EHPAD, de la nourriture dans les EHPAD, etc. Moi, ma maman elle était en EHPAD, c'était la Sodexo, je peux dire, même la purée, tu n’avais pas envie de bouffer la purée quoi.
Alors Valeursanarchiste nous dit, mais ça n’appelle pas forcément de commentaire, « dans mon village du Tarn, ils ont remis une vraie cuisine et que des achats locaux et le prix n’est pas si énorme comparé aux autres cantines industrielles ».
Oui, mais ça, c’est un effort des municipalités à faire. Et si tu veux, elles se retrouvent aussi souvent coincées, parce qu'à partir du moment pour la chaîne industrielle de type Sodexo, il faut ce qu’on appelle une cuisine centrale. La cuisine centrale, c’est un aménagement vraiment assez énorme qui va permettre de confectionner, de fabriquer les repas pour même… Nous, ici, par exemple, à Moissac, ça nourrit Castelsarrasin, ça nourrit les villes de Boé, Agen Qu’est-ce que c’est que ça ? EHPAD, hôpital, école et tout. Une fois que la cuisine centrale est construite, et en général c’est la mairie qui s’engage à la construire, ça coûte quand même énormément d’argent. Si tu veux te séparer de la Sodexo, ça veut dire que tu mets en panne. Tu mets à l’arrêt la cuisine centrale, donc tu perds ton investissement. Parce que ce qu’on appelle les cuisines municipales, c’est-à-dire la cuisine à l’ancienne faite sur le lieu même de l'école et tout, tu te passes donc de la cuisine de la cuisine centrale. Donc c’est presque un truc où t’es coincé à partir du moment où tu mets le doigt dans l’engrenage Tu décides de construire la cuisine centrale en te disant qu’on va mutualiser les villes, on va mutualiser les endroits où on va livrer, approvisionner, eh bien ça y est, tu es coincé, tu es coincé. En plus, on te dit que les cuisiniers dans les cuisines centrales, donc industrielles, s’ils reviennent en régime municipal, en cuisine municipale et tout, t’as un savoir-faire qui s’est perdu quand même, qu’il faut rattraper, mine de rien. Parce qu’en effet, c’est plus du tout la même conception de la nourriture, du repas, etc. On trouve des crèches quand même aussi dans le coin, où t’as une cuisinière qui fait à l’ancienne, qui va chercher ses produits frais, qui fait des trucs. Mais c'était aussi des petites structures. Tu vois, c’est difficile de dire… Si vraiment dans un lycée, un collège, t’as déjà 150, 500 collégiens à nourrir ou lycéens, un des mecs de la Sodexo te dira « si t’as à nourrir 500 personnes, t’as des haricots verts frais à équeuter, putain, t’imagines le temps que tu vas passer pour 500 personnes à équeuter des haricots, t’as pas le temps. T’as pas l’temps, donc évidemment t’as des conserves ».
Alors, il y a beaucoup de réactions sur les cantines, etc. Valeurs anarchistes te donne des précisions, je te les donne Yannick. « En fait, ils ont regroupé plusieurs écoles pour les achats, etc., et il dit que maintenant, le problème, c’est de faire de la meilleure cuisine qu'à la cantine. C’est un beau problème. » Alors, il y a évidemment un aspect de la Sodexo qui m’a particulièrement parlé, puisqu’on est Au Poste, c’est l’univers carcéral, c’est la prison. Alors je peux retrouver, page 201 par exemple, ce que tu nous dis, en 2015, Sodexo Justice Services gérait 122 prisons à travers le monde. Vous entendez les amis ? Dont 54 aux Pays-Bas, record, 34 en France. En France, au 1er janvier 2020, la gestion déléguée concerne 71 établissements pénitentiaires, Sodexo 26 centres, Gépsa, ENGIE et Idex auront à se partager un gâteau de 323 millions d’euros en 2020. Alors, c’est quoi exactement la Sodexo dans les prisons ? Il y a la bouffe, mais il n’y a pas que ça.
Ah non, il n’y a pas que ça. Ce qu’ils cherchent maintenant, la Sodexo, on a l’idée de la restauration collective qui représente 80 % à peu près de son chiffre d’affaires. Mais tu as tout ce qui est à côté, tout ce qu’ils essaient de développer, c’est ce qu’ils appellent les services qualité de vie. C’est-à-dire de faciliter la vie. Ils sont très soucieux de nous rendre la vie meilleure. Ils sont bienveillants. Ce sont des humanistes, ces gens. C’est ça que tu ne comprends pas, toi. C’est comme les policiers, c’est des humanistes. Ils veulent le bien du monde. Donc ils se disent, on va prendre en charge, ils se sont aperçus et ça c’est l’idée de Pierre Bellon. Quand il arrive dans une entreprise quelle qu’elle soit, ou une prison et tout, il dit… « Vous, vous inquiétez pas, ne faites que votre métier. Votre métier, c’est de garder des prisonniers. Nous, on va faire la nourriture, on fait les ateliers, on va faire le nettoyage, on prend en charge le reste. » C’est les services qualité de vie, ils appellent ça. Donc dans une prison, Sodexo essaye au maximum. Au-delà de la restauration, de prendre en charge les prisonniers. Et même en Angleterre, ils gèrent entièrement certaines prisons, jusqu’aux gardiens, ils embauchent eux-mêmes les gardiens. Et donc, c’est devenu entièrement privatisé. Ce n’est pas encore le cas en France, mais la tendance est quand même vers ça, de toute façon, de toute externalisation.
C’est-à-dire qu’en France, c’est ce qu’on appelle le partenariat public-privé, le PPP, là où effectivement l’Angleterre ou les États-Unis, j’avais dans mon jeune temps fait un documentaire interactif qui s’appelait Prison Valley sur la privatisation des prisons. Alors là, pour le coup, total, avec le produit c'était le détenu, le produit de l’industrie c'était le détenu, c’est lui qui rapporte. En France, cela dit, la privatisation totale en Angleterre, je crois qu’il y avait trois pays, l’Angleterre, l’Australie et les États-Unis, ils étaient quand même revenus là-dessus parce qu’ils avaient notamment des problèmes de corruption. C’est-à-dire qu’aux États-Unis, par exemple, il y a des juges dont on a su qu’ils condamnaient parce qu’ils touchaient un peu au passage pour fournir des prisons en bas. Les trucs complètement… Bon, donc ici c’est le partenariat public-privé. Mais ce qu’on comprend dans ton bouquin, c’est que la gloutonne prend tellement de pouvoir que c'était comme si on était dans une privatisation rampante.
Oui, en plus, tu as des abus qui ont été relevés. Les PPP, la Cour des comptes le dit, tout le monde le dit. Ils se sont penchés justement sur la Sodexo, les rapports à l’armée et tout. C’est foireux, de toute façon. Au minimum, dans le meilleur des cas, il n’y a pas d’avantages. C'était la même chose que quand c’est géré par l’entreprise même, ou l’Armée ou la prison. Et dans la plupart des cas, tu payes plus cher de toute façon. Dans les prisons, la location des télés, dans les prisons gérées par la Sodexo, c’est le double, évidemment. Je crois que c'était 18 euros par mois pour louer un poste de télé. C’est absolument ahurissant.
Oui alors tu dis 18 euros je crois par mois pour une télé et 5 euros pour un frigo. Et ça c’est pris sur soit le salaire du détenu, on va en parler, et il n’y a pas de tarif pour ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir quoi que ce soit.
Et dans les ateliers, si tu veux, les rémunérations dans les ateliers sont en dessous du bas, même pas du barème officiel, ils sont la plupart du temps en dessous du minimum prévu par la loi. Leurs ateliers en prison, dans les prisons que j’avais par la Sodexo, c’est ridicule.
Alors, c’est écrit là, page 208, je vais le lire, parce que tu as vu ici, on lit, hein. Mais attention. Ah non, attention. Ah, parce qu’on… Je ne lis pas. Comment ? Je ne relis pas. Quand tu ne relis pas, moi je lis. Les postes de travail attribués aux détenus étaient au nombre de 93, payés en moyenne. Alors ça c'était… Attends, excuse-moi. C'était dans une prison. Excuse-moi j’essaie de retrouver la prison en question, en tout cas, c’est une prison en France. Ah voilà, je crois que c'était Villepinte. Je pense que c’est là, mais en tout cas c’est une prison française comme un cas d'école. Les postes de travail attribués aux détenus étaient au nombre de 93, payés en moyenne.
On n’est pas chez les cons ici. 1,50 €. Dans les ateliers, c'était environ 60 personnes qui étaient en poste. Tous les opérateurs en production sont rémunérés selon le nombre de pièces réalisées. Ce qui leur faisait un royal 3,26 € en moyenne. Le seuil minimum de l’administration pénitentiaire fixé à 4,21 € n’est pas atteint par Sodexo. Non seulement on fait bosser les… Même ça, on n’atteint même pas le minimum carcéral.
Oui, en grade. Ce qui fait que le pécule moyen des personnes qui sortent de prison, et ils ont fait une moyenne des estimations, c’est ridicule quoi. Tu sors avec un peu plus de 100 euros ou quelques centaines d’euros alors que t’as bossé normalement, je dirais. Non, c’est un des scandales. Les rapports sont accablants, les rapports sur les partenariats public-privés, armée, prison, ou ailleurs. On s’aperçoit que c’est une vaste fumisterie, dans les offres, je ne comprends pas que ça fonctionne, que nos responsables qui sont si soucieux des chiffres, d'économie, etc. Quand tu vois en essai le Pentagone à la française, le nouveau ministère de la Défense.
Alors ça on va y venir, on va venir aux militaires, mais restons d’abord sur les prisons, parce qu’il y a par exemple cette grève dont tu parles, cette manifestation des employés de la Sodexo, qui ont manifesté leur mécontentement sur leurs conditions salariales et de travail devant le centre de détention. Ça c’est les employés, ce n’est pas les détenus qui eux-mêmes se sont plaints des conditions de travail, etc. Et là, comment tu expliques ça ? C’est loin des yeux, loin des comptes ? Qu’est-ce qui fait qu’on peut aller dans de tels abus.
Tant qu’on te laisse faire, tant qu’il n’y a pas une intervention judiciaire ou autre qui viendrait normaliser tout ça, ou en tout cas rendre ce système moins cruel, moins agressif, que veux-tu ? Ça continue. En Angleterre, quand ils se sont approprié les prisons anglaises, ils ont divisé le nombre de gardiens par deux avec le même nombre de détenus. Donc évidemment, les conditions de travail ne peuvent que se dégrader de toute façon.
Alors, il y a un scandale en Angleterre, la Sodexo a aussi une filiale pénitentiaire et tu parles d’un scandale autour du marché des prisons, est-ce que tu te souviens de ça ou pas ?
Le scandale, c’est que si tu parles du reporter de la BBC, qui s'était introduit en caméra cachée parce qu’il s’est fait embaucher comme gardien, il a filmé le quotidien des gardiens et tout et il s’est aperçu que la prison, de toute façon, était aux mains des détenus, la drogue circulait, c'était un vaste foutoir, un vaste bordel. Et la Sodexo a communiqué en disant que la situation n'était pas comme ça, mais que c'était uniquement dû aux conditions, restrictions des postes, suppressions de postes, etc.
Sur les prisons françaises, excuse-moi, j’y reviens, page 201, parce que je trouve que ça vaut quand même le coup de voir de quoi on parle, et après on passera à l’armée. Alors là, vraiment le chapitre sur l’Armée, j'étais sur le cul. Mais bon, dans les prisons françaises, Sodexo assure la restauration donc, le transport des détenus, l’accueil des familles, la maintenance, l’entretien des espaces verts, l’hôtellerie, écris-tu, t’as toujours aimé sic, le nettoyage, les ateliers de travail, 30 % des détenus ont une activité rémunérée dont 12 % dans les ateliers. Les entreprises clientes, équipements industriels, automobiles, agroalimentaires, confections, recyclage ont sous le coude une main-d'œuvre à coût très réduit et très flexible. Et là tu cites une chef de vente de la direction de la croissance de la fidélisation par Sodexo Justice Services, elle s’appelle Mathilde Saussure, et voilà ce qu’elle nous dit. Et sympathique. « Nous sommes très réactifs. Et pouvons monter et former des équipes compétentes dans des délais extrêmement courts », tu m'étonnes, vous sortez de la cellule, vous allez tout de suite là, à l’atelier, « et nous adapter à leur surcroît d’activités ponctuelles ».
Exactement. C’est le rêve des capitalistes, d’une façon, avoir des ouvriers corvéables à merci, à coût réduit, sous la main et qui interviennent, juste quand on a besoin d’eux, peu importe le temps, au coût minimum, c’est vraiment génial. Dès que tu n’en as plus besoin, hop, tu t’en débarrasses, hop c’est fini. Et puis on les rappelle quand on en a besoin, hop allez hop. Donc c’est un rêve, c’est un rêve.
Alors, autre secteur qui n’est pas loin, on va dire, c’est l’armée. Donc, la Sodexo, je rappelle pour ceux qui arrivent, la Sodexo démarre en 1966, c'était dans un petit hangar à Marseille, il y a un gars qui se rend compte que les gens mangent au travail, donc il dit « tiens, on va les livrer ». Aujourd’hui, c’est absolument tentaculaire, on a donné les chiffres. Du nombre d’employés, de milliards générés chaque année, c’est complètement dingue. Et dans le truc dingue, il y a la Sodexo Defense Service. Est-ce que tu peux la présenter ? Et après, je dirai deux, trois passages de ton enquête. C’est quoi la Sodexo Defense Service ?
C’est tous les services que propose cette belle entreprise philanthropique à l’armée française. C’est ce qu’ils nous mettent à disposition, justement, ces facilités de vie, ces « qualités de vie » dans le cadre militaire. Et leur coup d'éclat, puisque c'était le plus gros chantier de partenariat public-privé, ça a été la construction du nouveau ministère de la Défense, le Pentagone français. C’est pareil, c’est la démesure qui a coûté plus de 5 milliards d’euros, etc. Donc c'était Bouygues-Cassou pour la construction, et Sodexo s’occupe, on va dire, du reste. Comme ils le disent, « vous, votre business, au ministère des Armées, c’est de vous occuper des affaires militaires, au sens pur ». Je ne sais pas ce que signifient exactement les affaires militaires. Mais là, Sodexo, à côté de ça, va dire « nous, on se charge de tout le reste ». Une nouvelle fois la restauration, l’entretien des bâtiments, le nettoyage, les espaces verts, etc. La conciergerie, ils ont même un réservoir de 1 000 personnes parce que tu n’as pas le droit de te promener dans les armées, tu as évidemment des badges d’accès, etc., donc ils ont un réservoir de personnes en cas de maladie d’un des salariés Sodexo, aussitôt ils ont quelqu’un qui peut remplacer et qui a un badge crédité. Et donc, ça va jusqu'à ce qu’on appelle le… Alors c’est un mot spécial, évidemment je ne me souviens plus, pour apporter, quand on a besoin lors d’une cérémonie, le drapeau français ou le drapeau d’un pays étranger ou l’hymne d’un pays, c’est la Sodexo qui apporte les drapeaux au lieu de commémorations, etc., l’hymne, tu vois ? L’armée ne s’occupe plus de ce genre de broutilles ou nos brillants cerveaux militaires n’ont pas besoin de se pencher sur ce genre de choses, donc, non.
Alors par exemple, ce que tu dis à Balard, donc là où il y a le nouveau ministère de la Défense dont tu viens de parler, 15 kilomètres de couloir, 750 chambres, 450 salles de réunion, une piscine, un salon de coiffure, tarif homme 15 euros, tarif femme 25 euros, bah oui. 980 sanitaires, 270 distributeurs automatiques de boissons, c’est aux portes de Paris, ce dont je vous parle, ce n’est pas Jules Verne, écofiserie. Dans 6 hectares d’espaces verts rejetant 2 100 tonnes de déchets par Sodexo. Mobilise 500 employés pour proposer 15 prestations de services et assurer quotidiennement, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, de 7 500 à 9 000 repas, 2 cuisines centrales d’approvisionnement, 10 services de brasserie, un salon des officiers réservé à l'élite.
C’est vrai que c’est beaucoup de chiffres, on m’a reproché qu’il y ait beaucoup de chiffres quand même dans le bouquin sur la Sodexo.
T’as reproché ça ?
Mais c’est indispensable, parce que les chiffres expriment vraiment la réalité de ce monde. C’est un monde quantitatif qui n’est plus qualitatif, qui parle uniquement de volume, de kilométrage, de tout ce qui est mesurable, de poids, mesure, etc. Et après, on en arrive évidemment aux chiffres, là, au coût. Et là, ça m’a fait marrer aussi, parce que les responsables qui ont signé ce contrat n’ont pas dû faire attention, je suppose, à des alinéas, etc. Parce qu’une fois que tu confies en effet ton entreprise, enfin, non pas ton entreprise, mais le ministère aux Sodexo-Bouvres, il faut bien voir que quand ils prennent tout en charge, ça a vraiment un coût. Et ils se sont aperçus au ministère des Armées que, par exemple, changer une serrure, ils ont fait faire des devis.
Ah ouais, ça c’est dément ! C’est demandé 5 000 euros pour changer le sens de la porte dans les deux sens.
Très bien. Bonne mémoire. Très bonne mémoire. Donc, changez-vous.
C’est un métier monsieur, c’est le radio pirate.
Respect, respect, respect des amateurs. Le général Lecointre ne devait pas être satisfait du sens de fonctionnement, de l’ouverture de ses portes, tu te demandes pourquoi, enfin peu importe, mais ce qui est drôle, c’est qu’en effet, on fait quelque chose.
Le devis a été refusé. Voilà, c’est ça. C’est ce que je disais tout à l’heure, le rire de ce monsieur, il est sur toutes les pages. C’est une espèce de petit ricanement, un peu nerveux. Donc, tu racontes effectivement, il va changer la porte battante dans les deux sens, il y a le devis et… Bon, tu donnes tous les chiffres, et à la fin tu mets entre parenthèses « devis refusé », bon, c’est bon quoi. Oui, alors il y a pas mal de questions sur le fait, voilà, est-ce que ça c'était des appels d’offres ? Oui, tout ça s’est fait dans les règles de l’art, c’est bien le problème d’ailleurs,il y a un problème.
Et tu te demandes, comme je le disais tout à l’heure, pourquoi les pouvoirs publics et politiques ne se penchent pas. Depuis que je m'étais penché sur l’UPR, je vais souvent voir les rapports de la Cour des comptes ou les auditions parlementaires du Sénat, etc. Il y a vraiment des choses très intéressantes que personne ne peut contredire. En tout cas, quand ils ont fait… Pareil, on en viendra peut-être sur le côté numérique, le monde numérique qu’ils cherchent à façonner avec des auditions justement des responsables français de Huawei. Comment tu prononces toi ? Waïwaï. Waïwaï. Putain, je n’arrive pas avec le chinois, ce n’est pas avec moi.
Ah si, il y a un certain nombre d’intonations, pour le mot. C’est tout un truc.
Oh putain !
C’est marrant parce qu'à chaque fois que je te parle de l’armée, tu renvoies sur le Pentagone français, mais en réalité je trouve qu’il y a beaucoup plus glaçant, c’est page 187, je voudrais quand même, à ceux qui nous écoutent, lire ce que tu nous dis de ce qu’est la Sodexo. En fait, la Sodexo, elle travaille dans les opérations militaires extérieures de la France, ce qu’on appelle les OPEX, au Tchad, au Kosovo, en Afghanistan. Elle crée ce que tu appelles, ce qu’ils appellent, des bases-vies. Et donc, notamment à Kaboul, tu dis, le 8 août 2009, Sodexo raflait le contrat et le 15 décembre, le premier petit-déjeuner était servi. Le prestataire devait aussi sécuriser l’approvisionnement, terre mer une opération logistique comportant des gros risques, à Kaboul, le 2 août 2018. Écris-tu ? Trois pauvres bougres de cuistots ont été enlevés, menottés, et leurs corps criblés de balles ont été découverts à 33 km de la capitale. Le marché était signé pour cinq ans avec une clause de remboursement en cas de départ des forces armées avant ce terme. La France retirerait ses troupes militaires à la fin de l’année 2014. Le prix de revient moyen d’une journée d’un soldat, à tort ou à raison, tournait autour de 25 euros. Donc, c’est-à-dire que la Sodexo avec ses sourires dans nos cantines, avec ses souliers dans nos EHPAD, avec ses plats dans nos restaurants d’entreprise, fait aussi la bouffe, l’intendance. Et pas que ça pour les militaires français, au Tchad, au Liban, en Afghanistan.
Là, les bases-vies, alors, contrairement à ce qu’ils font d’habitude où ils ne construisent pas l’idée de Bellon au départ, c'était une façon justement de ne pas avoir de stade de structure. Il était malin aussi pour ça, c’est le cas des cuisines centrales qu’il ne construit pas, c’est l’usager qui s’en charge. Mais les bases-vies, par contre, là, ils prennent tout en… C’est le package total, ils construisent eux-mêmes les bases-vies, non seulement pour l’armée, mais même pour d’autres sociétés dans les coins les plus reculés du monde et les plus inaccessibles souvent. Là, ils livrent clé en main la totalité de l’infrastructure et les services. Là, on peut dire que c’est 100 % Sodexo, c’est privatisé à 100 %. Donc, t’imagines, en effet, un soldat français à l'étranger, comme c’est géré par Sodexo. Par jour, 25 euros à notre République. Et pareil, t’as des rapports de la Cour des comptes et d’autres organismes qui épinglent les coûts faramineux et l’augmentation constante de ces frais. De toute façon, je ne sais plus, je crois que c’est entre 2014 et 2017, mais l’augmentation, elle est phénoménale, des coûts où ils ont fait des comparatifs. Ça ne prend pas 17, 20 % d’un coup sans qu’il y ait d’explication. Et même quand ils auditionnent les gradés en opération, des commandants, des colonels, des généraux, les mecs font les innocents, « ah ben non, on n'était pas au courant, on ne savait pas ». Les services précis ne savent même pas dire en quoi ils consistent. C’est une espèce de flou qu’ont à souligner justement les membres de la Cour des comptes. T’as une espèce d’insouciance, le blé, de toute façon ce n’est pas important, ce n’était pas notre blé, c'était le blé de l'État, enfin des contribuables,. Et t’as en effet un effet comme ça de « Ah bon, on ne savait pas », quoi.
Alors, je vais préciser quand même en quoi la privatisation des OPEX est limitée. Tu dis, page 198, tu dis, « seules 9 sous-fonctions logistiques sont autorisées. Les conditions du personnel en opération, le soutien des personnels, le carburant, les acheminements stratégiques, opératifs et tactiques. La prévention des risques professionnels en opération, la protection de l’environnement, le soutien au stationnement, le maintien en conditions opérationnelles du matériel et le soutien santé ». C’est-à-dire que la Sodexo ne fait pas la guerre directement, la Sodexo ne tire pas.
Ils le regrettent, parce que la responsable de cette merveilleuse cellule, qui est la fille d’un général serbe, une Croate qui est une fan de tir au pistolet, etc., quelqu’un qui a la fibre militaire assez ancrée en elle, a priori, son seul regret, c’est qu’en effet, la France ne puisse pas, la Sodexo ne puisse offrir des mercenaires. Tout simplement des soldats privés comme le font les États-Unis.
Monsieur Jean Songe, je vous coupe, parce que c’est le bordel, on vient de recevoir un raid. Donc 343 voitures viennent, au moment même où on parlait de la Sodexo et des opérations liées aux opérations militaires de la France. Bienvenue à tout le monde, donc c'était Le Monde Moderne qui nous envoie 300 personnes. Le mec, j’imagine que c'était Poulain, il a arrêté sa revue de presse, il est fatigué et il dit « allez donc, je suis Dave Duf, le mec il a du café, vous pouvez venir ». Bonjour à tous, vous êtes les bienvenus, merci, faites sonner l’accordéon et la fanfare. Donc nous sommes avec Jean Songe qui est l’auteur de cette enquête « Sodexo la gloutonne », enquête sur l’entreprise qui vous restaure et qui vous dévore. Jean Songe, c’est un ami, un ami. C’est mon ami depuis toujours, depuis plus de 30 ans. On a fait des conneries ensemble, des fanzines, des machins, on parlera de ça un peu après, on a édité des polars et tout ça. Il avait aussi écrit, il y a quelques années, une magnifique enquête qui s’appelait « Ma vie atomique », sur laquelle on va revenir dans quelques minutes, vu l’actualité nucléaire en France. Et donc là, évidemment, on a parlé avec… Alors, je l’appelle Yannick, parce que son vrai nom, bon, il est compliqué comme garçon, son vrai nom, c’est Yannick Bourg, mais son nom de plume, quand il fait des ouvrages sérieux, c’est Jean Songe. Quand il fait les polars, c’est Yannick Bourg. Enfin, je ne sais pas trop quoi. Non, mais c’est quoi, cette histoire-là ?
C’est Jean Songe depuis 2003, M. Yannick Bourg a disparu officiellement de l'édition.
Il y a écrit un truc que je n’ai jamais vu, « la bande passante de Yannick Bourg est faible ». C’est-à-dire qu’il faudrait dire aux gens de la Sodexo qui sont en train de pirater ton truc pour ne pas faire l’interview qu’ils arrêtent tout de suite, qu’ils partent avec leur camion, qui sont là.
J’ai la campagne, j’ai des hamsters qui pédalent pour alimenter tout ça, donc c’est pas facile.
Alors voilà, on n’a plus de pâté !
On va y nourrir, on va l’entendre une fois.
Donc avec Yannick, on a abordé la question des cantines, la question du business des prisons par la Sodexo. Et là, on était sur la Sodexo Defense Service, c’est-à-dire l’aile militaire de la Sodexo. Donc la Sodexo aide l’armée française, aide tous ses services à l’armée française. Au Tchad, au Liban, en Afghanistan, etc. Dans ce qu’on appelle les OPEX, les opérations extérieures. Et là, tu disais que certains ont regretté de ne pas pouvoir faire plus, c’est-à-dire qu’ils aimeraient bien…
Ah oui, la dirigeante de cette branche, celle qui est à la tête de cette officine, son seul regret, elle tape du poing d’ailleurs, elle a l’air de vitupérer un peu en disant « c’est un scandale, des milliards nous échappent chaque année parce que la France refuse qu’il y ait des armées privées alors qu’on pourrait intervenir nous-mêmes sur les champs d’opération, des opérations militaires, etc. » Mais bon, pareil, il y a un rapport de la Cour des comptes. Qui épingle, qui met vraiment en garde, je le cite assez longuement, sur cette dérive de pouvoir privatiser, en effet, les actions militaires. Ils disent que ça ne sera certainement pas non plus ni intéressant d’un point de vue financier, on a vu les excès des mercenaires américains en Irak, partout dans le monde. Déjà, le travail militaire en soi n’est pas forcément ni facile, ni propre, mais on se doute bien qu’aux mains de privés, ça va être pire.
Alors le rapport de la Cour des comptes dont tu parles, page 198, c’est marrant parce que c’est un chapitre où tu rigoles moins que les autres d’habitude, tu persifles un peu, tu ricanes, tu rigoles, mais là on sent qu’il n’y a pas trop de matière à se marrer.
Vas-y, vas-y. Non, tout simplement, en effet parce qu’humainement, on parle quand même de théâtre de guerre, de morts, de personnes qui vont mourir, de conditions de vie effroyables, de pays en souffrance, etc. Donc c’est vrai que ça fait un peu con de dire ça, mais la réalité est là, donc en rigoler ou être un peu, c’est plus délicat, peut-être qu’il y aurait moyen de trouver une façon de tourner sans dérision. En dérision, je pense, peut-être, mais là je ne l’ai pas trop fait, ou peut-être que j'étais dans une période où mon petit cœur d’artichaut souffrait davantage, j’ai un être sensible
Artichaut Sodexo, alors donc le rapport de la Cour des comptes c’est la proposition numéro 10 et tu dis qu’elle souligne en gras, la Cour des comptes, deux points, ouvrez les guillemets : « la mission recommande la plus extrême prudence à l'égard des sociétés militaires privées tant en ce qui concerne la délivrance d’agréments que dans le choix des missions qui leur sont confiées. Elle demande au ministère de la Défense de définir rapidement le périmètre dans lequel il pourrait faire appel aux services de ces sociétés ». L'équipe vidéo du Monde était venue Au Poste au printemps dernier et on avait parlé avec eux évidemment de la fameuse société Wagner de mercenaires, alors là pour le coup extrêmement identifiés, qui si j’en crois Jean-Yves Le Drian est en train d’arriver au Tchad et qui est une entreprise privée russe. Dont on dit que le patron est proche de Poutine. La Sodexo voudrait aller jusque-là.
Certainement, après, comme dans l’ensemble, j’ai fini d'écrire le livre un peu avant le début du Covid, donc toutes mes sources, tous mes trucs, je n’ai pas réactualisé, j’en ai finalisé un peu après pendant la période de confinement, Covid et tout, donc j’y ai laissé. Non pas que j’ai laissé tomber l’affaire, mais c’est vrai que je n’ai plus poursuivi les investigations. Mais c'était évident que la tendance, elle est là. La Sodexo, l’orbite, comme d’autres, si tu veux. De toute façon, tu l’as vu, de toute façon toutes les niches, quelle que soit la taille de ces niches où ils peuvent s’introduire et l’investir, ils cherchent à tout prix ce qu’ils ont, mais je pense comme d’autres multinationales et pour l’Universalca, s’ils repèrent une petite start-up qui développe une application qui leur semble intéressante ou qui a une vision intéressante, il y a trois options : soit on la rachète, ce qui est souvent le cas, soit on va développer à l’intérieur notre propre copie de ce programme et donc on tue évidemment la start-up concurrente.
Alors, je dois préciser, parce que comme il y a beaucoup de gens qui sont arrivés en cours de route, le livre, en fait, « Sodexo », c’est un peu un prétexte pour raconter la novlangue du capitalisme mondial, l’arrogance. Tout à l’heure, parce que tu cites Platon, je ne savais pas que Platon avait défini déjà la bonne échelle des salaires, et on verra si la Sodexo est platonicienne ou pas. Non. Je vois dans le chat Papidou qui nous dit « la Sodexo est partout, resto de la Tour Eiffel, le Moulin Rouge », alors je ne crois pas que ce soit le Moulin Rouge mais c’est le Lido, mais ça, on va parler de ça tout à l’heure en effet, le dernier aspect en fait, il y a le luxe et puis l’avenir. Qu’est-ce que je voulais te dire, pourquoi je parlais de ça ? Bah voilà, je voulais juste faire cette petite précision. Nous, on peut peut-être passer au luxe si tu veux, parce que c’est ce que tu racontes aussi, alors là tu te marres plus, la Sodexo, contrairement à ce qu’on pourrait penser, s’intéresse aussi évidemment au monde du luxe. Donc tu as tout un chapitre qui s’appelle « Strass et paillettes ». En deux mots, est-ce que tu peux nous dire jusqu’où la Sodexo…
Elle s’infiltre en tout cas sur la région parisienne très loin puisque c’est elle qui gère le centre de Clairefontaine de l'équipe de France de foot.
Ça, ça m’a pas plu que tu révèles ça. Ça, t’aurais pu te taire. C’est déjà difficile avec l'équipe de France.
Tu peux bénéficier de petits déjeuners, les mêmes qui sont servis à Pogba, etc. C’est quand même à des tarifs très intéressants d’ailleurs. Je ne sais plus combien est monnayer le petit déj. Non mais c’est une vitrine, voilà. T’as l’entreprise resto collective, qui est une immense pieuvre comme ça, qui couvre un domaine de l’alimentation quotidienne, triviale, etc. Et puis à côté, il y a la vitrine de la Sodexo qui montre qu’elle est capable, aussi, de s’occuper d’autres niches et de les investir, parce que ce qu’elle vise en vérité, c’est les stades, les stades style Vélodrome, Marseille, etc.
C’est le Vélodrome, hein ?
Ce qu’on appelle aux États-Unis les arénas et donc d’offrir aussi là tout leur service qualité de vie, c’est-à-dire des boissons, des sandwichs, des loges VIP, etc. De prendre en effet, hors le match de football en lui-même, de prendre tout ce qu’il y a autour. L’installation de la 5G, tout ce qu’on peut imaginer et qui dépasse même quand on n’y pense pas, eux, eux ils y pensent quoi. Donc ils se sont dit Paris ça serait bien pour ça, pour faire venir les investisseurs étrangers, de leur montrer de quoi on est capable au Lido, à la Tour Eiffel, des trucs un peu de luxe et de représentation, mais aussi…
Je sens que ton équipe t’apporte un café ou tu as eu le regard de l’invité qui est perturbé par son entourage. On les connaît. Vas-y, va te prendre ton petit café. Oh, et t’as de la chance. Parce que moi, ça fait une heure que je demande par SMS un café, mais on ne me répond pas.
C'était la venue.
Il faudrait qu’Au Poste passe un contrat avec la Sodexo.
À mon avis, il n’y aura aucun souci dans les propos. Donc ils ont aussi les pâtisseries Lenôtre, les traiteurs Lenôtre, ils ont embauché des grands chefs gastronomiques pour la Tour Eiffel. Le plan pour conquérir la Tour Eiffel était assez fabuleux, ils ont mis une équipe de, je crois, 100 personnes, ça a dû coûter un million d’euros de mise au point du dossier, qui paraît qu’il était très volumineux.
Alors j’ai relu la phrase deux fois parce que je n’en revenais pas. Ils dépensent des millions juste pour présenter un projet quoi.
Ils en ont les capacités de le faire, donc pourquoi se priver, pourquoi ils se priveraient ? Mince quand même, t’entends le feu, c’est riche quand même ! Tu as les moyens, tu as les moyens de… Si moi je pouvais mettre un million d’euros pour préparer un livre, ou que j’irais à travers le monde, parcourir le monde pour révéler je ne sais pas quoi, non je le ferais pas, c’est tout.
Alors, la Tour Eiffel, c’est une bataille, il y a une bagarre entre chefs. Alors, j’ai plus tellement en tête les noms, mais en fait, ils s’arrangent pour qu’un type bien connu finalement ne soit plus là, il prenne sa place.
On est dans la starification de tout le monde. Moi, les cuistots, je rigole aussi un peu avec eux. Les chefs cuistots, tous les trucs qu’on fait autour d’eux, qui feraient de l’art, c’est quand même une vaste rigolade. Puisque la nourriture est finie en caca que tu mets dans tes toilettes. Quelle que soit la qualité de ce que tu manges, ça finit là. Donc, il y a un moment, faut arrêter, faut arrêter. Moi je veux bien être gentil, mais les grands chefs cuistos qui seraient les rang-bran du magret de canard, en plus ils donnent des noms de tartignolles à toute leur connerie, ça va un peu, tu vois. Là on peut se moquer par contre, parce qu’il y a une prétention quand même chez eux, où pareil je dresse, je crois, un portrait d’un des jeunes chefs et tout, qui a été en procès avec ses employés, qui les maltraitait, qui les insultait. C'était aussi l’occasion de faire ça, parce que ces gens se ressemblent finalement, il y a vraiment des connivences sur la puissance, l’instinct de pouvoir, etc. T’as aussi ça derrière, sous des abords qui voudraient paraître sympathiques. Le directeur général de Sodexo, Denis Machuel, il est toujours avec une chemise ouverte, il a l’air très décontracté, petit sourire, il n’a pas le costume étriqué, il n’a pas de cravate, il ne parle pas.
Un peu comme toi, quoi.
Complètement, complètement. Là, je suis dans ma tenue du dimanche, mais normalement, j’ai ma petite chemise, j’veux dire des trucs.
Moi, je me suis fait beau pour toi, moi je me suis fait beau pour toi.
Je t’ai connu, t'étais un chat de gouttière, elle l’a déjà connu. Alors donc, Émile Cheval, que je salue, nous dit : Je vais tout raconter !
De nous dire sur les débuts de David Dufresne. Bon article du Diplo sur les chefs du Monde diplomatique, nous dit Émile Cheval, « recette pour devenir un grand chef de RIC Fantasia », et qui avait été effectivement, ce qu’on te demande, est-ce que c’est une caution artisanale, est-ce que c’est purement de l’image, est-ce que c’est pour bénéficier ? Tu te rappelles que Paris reste la quatrième ville la plus attirante au monde, ou attractive, enfin bon bref, qui apporte, et que c’est pour ça que la Sodexo, si j’ai bien compris, elle est à Roland-Garros, elle est à la Tour Eiffel, au Lido, alors t’es un peu vache parce que tu prends les commentaires TripAdvisor ou Google. Et tu cites les gens qui sont pas contents, moi j’adore, il y en a un, il a vraiment pas aimé le spectacle, c’est horrible ce qu’il raconte, il dit « les tableaux c'étaient nuls, la bouffe c'était dégueulasse, les serveurs nous empêchent de voir », vraiment le désastre absolu parce que ça, ça génère moins de pognon, c’est plus une question d’image ou de caution artisanale.
Oui, oui, d’accord. De qualité, de qualité, là, c’est bien. Sodexo, ça n’inspire pas le luxe, les paillettes justement, le strass, l’espèce de truc de star, de paillettes et tout ça. Donc il faut que t’aies des noms. T’as Lenôtre, t’en as d’autres, je ne suis pas un spécialiste de ça, mais c’est des noms que tu connais, quoi, et que les connaisseurs apprécient, repèrent, etc. Donc là, t’as une mise en effet, t’as une mise en avant. De ces noms comme attrape. Tu parles du centre de Clairefontaine, de l'équipe de France de foot, même si tu n’es pas fan de foot. Centre de Clairefontaine, je suis sûr que quasiment tout le monde, ça te dit quelque chose quand il en a entendu parler, un JT ou un autre truc. Donc c’est une espèce… là, les noms deviennent aussi des marques de toute façon.
Dans ce style-là, il y a le Tour de France, ils ont aussi un partenariat avec le Tour de France.
Depuis une éternité, déjà. Alors là, c’est étonnant, si tu veux, parce que le Tour de France, j’ai vraiment creusé, et je n’ai pas…
Ils ont un service de dopage ? Non, je déconne, je déconne, les avocats de la Sodexo qui regardent le truc, le droit à l’humour, ok, ça n’est pas dans le livre, d’ailleurs le livre vous l’avez pas attaqué, hein ?
Il était soigneusement… Là, si on peut faire un petit aparté.
Mais oui, bien sûr !
Soigneusement épluché par le service juridique, si tu veux, qui m’a fait quand même 12 pages de remarques de choses à corriger.
Alors le service juridique du Seuil, de ton éditeur, il faut que tu parles un peu plus fort mon bon ami.
Je vais pousser la voix.
Voilà, pousse la voix.
Je vais pousser la voix et me rapprocher peut-être, parce que moi je ne suis pas équipé technologiquement comme toi. Ça a été évidemment, comme tous les livres de ce type, soigneusement épluché, etc. J’ai eu 12 pages de notes ou de rectifications, de suppressions, de conseils amicaux, ou pas, plus ou moins appuyés. À quelquefois c'était souligné. Ça, vraiment, faire très attention.
Juste pour dire, Donnelapapate, j’ai posé la question à Jean Songe tout à l’heure, il faudra regarder la rediffusion et merci à tous ceux qui posent plein de questions, on est en train de les mettre de côté, quand je peux, je réponds de tac au tac au chat, mais il y a des questions qu’on est en train de mettre de côté et comme toujours on fera ça en rafale à la fin de l’entretien. Sans rentrer dans les détails. Qu’est-ce qu’un avocat d’un éditeur… Qu’est-ce qui l’agace le plus ? Qu’est-ce qui l’inquiète le plus ? C’est les noms, c’est les montants, c’est les tournures de phrases, c’est…
Souvent, en effet, là tu citais les avis des consommateurs, des clients sur TripAdvisor, on était obligé vraiment de sucrer beaucoup de choses parce qu’elle trouvait que c'était trop à charge et que tu ne peux pas être uniquement, ce n’est pas un pamphlet, ce n’est pas un pamphlet. C'était, on va dire, une enquête de salubrité publique, mais dans ce cadre-là, tu ne peux pas te permettre… De faire un pamphlet et d'être complètement à charge, qu’il y a peut-être de d’Advisor, normalement tu dois équilibrer entre les avis positifs, négatifs, tu dois quand même être un peu nuancé, tendre à l’objectivité. Tu ne peux pas être entièrement à charge. Donc, la façon de ne pas être entièrement à charge, pour moi, c'était d’avoir en effet des sources indiscutables, irréfutables comme pour le nucléaire. Le nucléaire, je ne suis pas allé prendre des avis d’anti-nucléaires, j’allais voir directement les rapports de l’Autorité de sûreté nucléaire, des rapports d’EDF, etc., des enquêtes. Il n’y a pas besoin quelquefois de juste en effet citer les responsables du nucléaire, tu trouves les phrases pertinentes, alors évidemment on va dire « ouais mais c’est biaisé parce qu'évidemment vos citations, elles ne sont pas complètes, elles ne recontextualisent pas le truc et tout », mais il y a un moment il faut arrêter de déconner aussi. Quand t’as certaines phrases qui sont prononcées, elles sont prononcées basta, quel que soit le contexte quoi, tu vois. Il y a un moment, c’est un peu énervant aussi ce genre de truc. Après, il y a eu aussi, j’avais tendance à forcer le trait dans les portraits où j'étais beaucoup plus mordant, j'étais beaucoup, on va dire caricatural. J’y allais vraiment et on m’a dit « non ça, tu peux pas », quoi. Je comparais certaines têtes à des bites, des trucs comme ça.
Ah, eh bien, je vais te dire, là, je suis complètement d’accord avec le service juridique. Les bites, ça ne passe pas ! Je te le dis. Tu ne peux pas faire ça !
Mais c’est pourtant la réalité, je suis désolé. Il y en a qui ont des tronches comme ça ! Donc, à un moment, tu ne peux pas dire que ça ressemble à une fleur. Non, ça ne ressemble pas à une fleur ! Mais bon, c’est vrai qu’il faut : On m’a dit « non, ce n’est pas possible ». Ils étaient un peu crispés, les juristes, là-dessus. Donc j’ai dû atténuer un peu mon trait. Mais c’est pareil pour le nucléaire. Déjà à l'époque, je me souviens qu’ils avaient été très attentifs, que certaines formulations ou expressions ne soient pas trop agressives, pas trop frontales. Parce que sinon, tu peux avoir un procès au cul, hein, faut faire gaffe.
Oui, ça, c’est sûr. D’ailleurs, j’en profite pour dire aux amis du chat : si jamais il y a des avocats qui nous regardent, qui veulent intervenir, vous êtes les bienvenus. Alors, justement, sur cette question de neutralité, d’objectivité ou pas, toi, tu assumes de dire que tu es subjectif, que tu es dans une forme d'écriture très personnelle. Et ça se sent. On sent ton style. Ce n’est pas un rapport de la Cour des comptes, c’est un récit, c’est une enquête, mais c’est une enquête qui est portée
Oui, mais j’essaie de faire en sorte que les faits soient irréfutables. C’est-à-dire que tu peux ne pas aimer mon ton, tu peux trouver que je suis sarcastique, moqueur, voire irrespectueux, mais les infos que je donne, elles sont vérifiées, sourcées, béton. Et ça, j’y tiens. Parce que je sais que si tu balances des infos approximatives, derrière, tu te fais démonter. Et ça, j’ai pas envie. Donc je bosse comme un malade sur les sources. Ça, c’est mon côté sérieux.
Tu dis dans ton livre, page 59 je crois, tu dis : « je ne suis pas journaliste, mais j’ai une méthode journalistique ». C’est-à-dire que tu accumules, tu recoupes, tu vérifies, mais tu gardes ta patte d’auteur.
Exactement. Moi, je ne viens pas de ce monde-là. Je n’ai pas la formation. Je n’ai pas été à l'école de journalisme. Mais je sais lire, je sais chercher, je sais croiser les infos. Et surtout, j’ai une obsession : je veux comprendre. Donc je vais au fond des choses. Et puis j’ai aussi l’envie de raconter. Parce que si c’est pour faire un rapport chiant, non merci. Je veux qu’il y ait une écriture. Je veux qu’on sente une voix derrière. Une voix qui te dit : « regarde-moi ce cirque ».
Ça, on le sent bien. Et je pense que c’est pour ça aussi que le livre marche. Parce que tu es à la fois très documenté et très drôle. Il y a des passages, moi, je me suis marré tout seul. Alors que, franchement, on parle d’un sujet qui n’est pas drôle, hein. Parce que Sodexo, on pourrait faire un bouquin plombant, tu vois, où on se dirait « oh là là, le monde est foutu ». Toi, tu arrives à trouver le décalage, la petite phrase qui fait mouche.
Oui, c’est ma façon de respirer, sinon je meurs. Si je prends tout au premier degré, je me tire une balle. Déjà, rien que sur le nucléaire, c'était la même chose. Le nucléaire, c’est flippant, tu vois. Tu te dis : « mais qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on est en train de fabriquer ? » Donc il faut trouver un angle. Et l’angle, pour moi, c’est l’ironie, c’est le rire. Parce que le rire, ça te donne de la distance. Et ça, c’est vital.
Justement, parlons un peu de ton précédent livre « Ma vie atomique ». Parce que là aussi, c'était un énorme boulot d’enquête. Et c'était avant Fukushima ou après ? Attends, j’ai un trou.
Après. C'était en 2013, donc bien après Fukushima. Mais Fukushima, ça a été le déclencheur, comme pour beaucoup de gens. J’avais commencé à m’intéresser au nucléaire avant, mais Fukushima, ça a été la claque. Tu te dis : « merde, on est assis sur une bombe ». Et puis j’ai creusé, creusé. J’ai lu tout ce qui existait, j’ai rencontré des gens, j’ai été voir des sites, j’ai consulté des rapports. C'était un travail de dingue. Et j’ai fini par sortir ce bouquin, qui a eu une petite vie, mais qui a marqué, je crois.
Tu en parles dans « Sodexo la gloutonne », d’ailleurs. Tu fais des parallèles entre le nucléaire et Sodexo. Parce que dans les deux cas, tu dis : « on a affaire à des mastodontes, des trucs tentaculaires, qui échappent au commun des mortels ».
Oui, c’est exactement ça. Ce sont des systèmes. Et les systèmes, ça me fascine. Les systèmes, c’est impersonnel, c’est froid, ça te broie. Sodexo, c’est un système. Ce n’est pas juste une entreprise. C’est une logique, une machine, un truc qui avance, qui engloutit. Et le nucléaire, c’est pareil. C’est un système qui est hors de contrôle, en vérité. Et moi, j’aime bien aller mettre le nez là-dedans, voir comment ça marche.
Et pourtant, tu n’es pas un « lanceur d’alerte » au sens classique du terme. Tu n’es pas un technicien, tu n’es pas un expert. Tu es plutôt un curieux, un poil à gratter.
Oui, c’est ça. Je suis un amateur au sens noble. Un amateur qui aime comprendre. Et qui se dit : « mais merde, pourquoi personne ne raconte ça comme ça ? » Donc je le fais. Avec mes moyens, avec mon style. Et puis après, les gens en font ce qu’ils veulent.
Bon, écoute, je vais te poser la question qui tue. Est-ce que tu as eu des retours de Sodexo ? Est-ce qu’ils t’ont écrit, est-ce qu’ils t’ont menacé, est-ce qu’ils t’ont dit quelque chose ?
Pas directement, non mais je sais qu’ils l’ont lu. Parce qu’il y a eu des échos, des gens qui connaissent des gens là-bas, qui m’ont dit : « oh, ils n’ont pas trop aimé, hein ». Mais officiellement, non. Pas de lettre d’avocat, rien. Ils ne veulent pas donner de publicité au livre, je pense. Parce qu’ils savent que s’ils m’attaquent, ça va faire un barouf pas possible. Et puis, encore une fois, je suis béton sur les faits donc, ils n’ont pas intérêt à m’attaquer.
Alors, revenons un peu sur « Ma vie atomique », parce que ce livre, il est moins connu que « Sodexo la gloutonne », mais il est tout aussi passionnant. Tu racontes ton rapport très personnel au nucléaire, tu mêles enquête et récit intime. C’est ça ?
Oui, c’est exactement ça. « Ma vie atomique », c’est un mélange de témoignage et d’enquête. Je pars de mes propres peurs, de mes propres souvenirs. Je me souviens du nuage de Tchernobyl, par exemple, j’étais ado, et on nous disait : « il s’arrête à la frontière », tu te rappelles ? Déjà là, tu te dis : « mais on nous prend pour des cons ». Et puis Fukushima, c’est arrivé, et là, tu te rends compte qu’on est toujours dans le même mensonge, dans la même opacité. Alors je me suis dit : « je vais enquêter ». Et j’ai mis deux ans à rassembler les infos, à croiser les données.
Et tu racontes dans le livre que tu as failli péter les plombs en faisant cette enquête. Parce que, plus tu creuses, plus tu vois l’ampleur du problème.
Oui, complètement. C’est un gouffre, le nucléaire. C’est sans fin. Plus tu lis, plus tu vois que c’est une folie. Et puis tu as les chiffres, les rapports, les mensonges d’État. Tu te rends compte qu’on ne nous dit rien. Tu as EDF, Areva, l’ASN, tout ça c’est un cercle fermé. Ils savent des choses que nous, on ne saura jamais. Et ça, c’est angoissant. Donc à un moment, j’ai dû m’arrêter, sinon je devenais fou. Et puis j’ai écrit, parce que l’écriture, c’est aussi une manière de mettre de l’ordre dans tout ce chaos.
Tu fais un parallèle entre le nucléaire et Sodexo. C’est surprenant au début, mais ça se comprend. Ce sont deux univers industriels qui paraissent opposés, mais qui ont un point commun : l’opacité.
Oui, l’opacité et la démesure. Dans les deux cas, tu as des monstres industriels qui échappent au citoyen lambda. Tu ne sais pas comment ça fonctionne, tu ne sais pas ce qui se passe à l’intérieur. Et quand tu commences à soulever un coin du voile, tu te rends compte que c’est encore pire que ce que tu imaginais. C’est pour ça que je dis que Sodexo, c’est une pieuvre. Elle est partout, dans nos assiettes, dans nos prisons, dans nos hôpitaux, dans nos armées. Et personne ne regarde vraiment.
Alors, il y a une question du chat qui revient souvent : est-ce qu’il y a des entreprises équivalentes à Sodexo dans d’autres pays ? Ou est-ce que c’est une spécificité française ?
Il y a d’autres boîtes, bien sûr. Aux États-Unis, tu as Aramark, par exemple, qui est énorme. En Angleterre, tu as Compass. Mais ce qui est particulier avec Sodexo, c’est que c’est français. C’est une boîte qui s’est construite à partir d’un petit hangar à anchois à Marseille, et qui est devenue un géant mondial. Et ça, c’est fascinant. C’est comme une success story à la française, mais avec un côté sombre, très sombre.
Alors, je veux qu’on parle un peu de toi, parce que tu es un personnage. Tu n’es pas juste l’auteur de ce livre. Tu as un parcours, on l’a dit, tu es passé par la BD, par la peinture, par la musique. Comment on passe de ça à des enquêtes sur le nucléaire et Sodexo ?
C’est le hasard. Le hasard et la curiosité. Moi, je suis curieux de tout. J’ai toujours eu plusieurs vies en même temps. La BD, c’était une façon de raconter des histoires. La musique aussi. Et puis à un moment, je me suis dit : « tiens, je vais faire des livres ». Mais je ne voulais pas faire des romans classiques, parce que ça m’ennuyait. Je voulais écrire des choses qui me bousculent. Et là, le nucléaire, c’était un sujet énorme. Sodexo, pareil. Ce sont des sujets où tu te dis : « personne ne raconte ça, alors je vais le faire ».
Et tu le fais avec un ton très personnel, qui te ressemble. Tu n’as pas peur d’y aller franchement, parfois de provoquer.
Oui, je préfère provoquer que m’ennuyer. Et puis, je pense que les gens ont besoin qu’on secoue un peu les idées reçues. Si tu fais un bouquin tiède, ça ne sert à rien. Moi, je préfère que certains me détestent et que d’autres m’adorent, plutôt que de faire un truc qui laisse indifférent.
Il y a Mireille du chat qui te demande : « est-ce que tu as déjà pensé à adapter tes enquêtes en BD ? » Parce que vu ton passé, ça pourrait être drôle.
Oui, on me l’a déjà proposé. Mais pour l’instant, je ne me sens pas. C’est trop lourd comme sujet. Faire une BD sur Sodexo ou sur le nucléaire, ça demanderait un boulot énorme. Et puis, je ne sais pas si ça passerait. Mais pourquoi pas un jour. Peut-être en collaboration avec quelqu’un.
Est-ce que tu penses qu’il y aura une suite à « Sodexo la gloutonne » ? Parce que l’entreprise continue de grandir, de se diversifier.
Je ne sais pas. Pour l’instant, j’ai besoin de souffler. Ce livre m’a épuisé. Et puis, j’ai d’autres projets. Peut-être que je reviendrai sur le sujet dans quelques années, si je vois que ça prend une tournure encore plus délirante mais là, tout de suite, non.
Alors, justement, parlons de la réception du livre. Parce que moi, je t’ai vu sur quelques plateaux, mais pas tant que ça. Comment les médias ont accueilli « Sodexo la gloutonne » ?
Honnêtement, assez timidement. C’est un sujet qui ne fait pas rêver les rédactions. Sodexo, ce n’est pas sexy. Ce n’est pas comme si tu parlais de la mafia ou d’un grand scandale politique. Pourtant, c’est tout aussi intéressant, voire plus, parce que ça touche la vie quotidienne des gens. Mais bon, les médias ont leurs logiques. On préfère inviter un chef cuisinier qui fait des tartes aux fraises qu’un type qui dénonce les travers de Sodexo.
Pourtant, il y a un public pour ça. Moi, je le vois ici, sur le chat, les gens réagissent. Parce que ça les concerne. La cantine, la prison, l’hôpital, l’armée, on a tous un lien, direct ou indirect, avec Sodexo.
Oui, c’est vrai. Et c’est pour ça que le livre marche quand même. Pas grâce aux médias, mais par le bouche-à-oreille. Les gens se le passent. Ils en parlent. Ils disent : « tu devrais lire ça, c’est hallucinant ». Et ça, ça me fait plaisir. Parce que c’est la meilleure pub qu’on puisse avoir.
Tu as eu des retours de lecteurs, justement ?
Oui, pas mal. Des gens qui travaillent chez Sodexo, aussi, m’ont écrit. Certains pour me dire : « merci, enfin quelqu’un qui raconte ce qu’on vit ». D’autres pour me dire que j’exagère, que tout n’est pas noir. Mais dans l’ensemble, les gens sont d’accord sur le fait que c’est une boîte qui est devenue monstrueuse, tentaculaire.
C’est marrant parce que, dans le livre, on sent que tu n’as pas voulu faire un pamphlet gratuit. Tu as voulu comprendre, expliquer, et parfois même reconnaître ce qui fonctionne.
Oui, bien sûr. Je ne suis pas là pour cracher gratuitement. Si quelque chose marche, je le dis. Si un service est bien fait, je le reconnais. Mais globalement, ce que je vois, c’est une logique de rentabilité qui écrase tout et ça, ça me révolte.
Tu parles de rentabilité, et tu cites à plusieurs reprises Pierre Bellon, le fondateur de Sodexo. C’est un personnage, ce type.
Ah oui, c’est un sacré personnage. Un self-made-man à la française, mais avec une vision du monde très particulière. Lui, il parle de « qualité de vie », de « bien-être », mais en réalité, c’est du marketing. Derrière les beaux discours, tu as des logiques de profit. Ce qui l’intéresse, c’est d’ouvrir des marchés, de conquérir de nouveaux territoires. Et il a réussi. On peut lui reconnaître ça. Mais à quel prix ?
Tu dis d’ailleurs qu’il a une philosophie de la conquête qui ressemble à celle des géants du numérique. C’est-à-dire : « être partout, tout le temps ».
Oui, c’est ça. Ce n’est pas un hasard si Sodexo travaille avec Google, avec les grandes entreprises Tech. Ils ont la même vision : contrôler tous les aspects de la vie des gens. La bouffe, le travail, les loisirs. C’est flippant.
Alors, je vais lire un passage que j’ai beaucoup aimé. Page 220, tu écris : « Sodexo n’est pas seulement dans nos assiettes. Elle est dans nos vies, dans nos prisons, dans nos hôpitaux, dans nos armées. Elle s’installe là où l’État se retire, là où la collectivité abdique. Elle avance, polie, souriante, efficace. Et pendant ce temps, nous, on s’habitue. » Je trouve que c’est très juste.
Merci. C’est exactement ce que je voulais dire. On s’habitue à tout. On ne voit même plus que des boîtes comme Sodexo prennent le relais de l’État, qu’elles gèrent des choses qui devraient rester publiques. Et ça, pour moi, c’est dangereux. Parce que ça veut dire qu’on privatise des pans entiers de la vie collective, sans débat, sans contrôle.
Est-ce que tu penses que ton livre peut changer quelque chose ?
Franchement ? Je n’en suis pas sûr. Mais au moins, il ouvre des yeux. Il fait réfléchir. Et ça, c’est déjà énorme. Si des gens, après avoir lu le livre, se disent : « tiens, la prochaine fois, je vais poser des questions à la mairie sur la cantine de mon gamin », eh bien c’est gagné.
Il y a Lucie du chat qui te demande : « est-ce qu’il y a eu des tentatives de censure ? »
Non, pas de censure. Mais comme je te disais, l’éditeur a été très vigilant. Ils ont coupé des passages trop violents, trop caricaturaux. Mais je comprends, c’est le jeu. Si tu veux publier, il faut accepter certaines contraintes.
Tu penses que tu referas un livre dans ce style, sur une autre boîte ?
Peut-être. Il y a d’autres mastodontes qui méritent une enquête. Mais pour l’instant, je souffle. J’ai besoin de temps. Et puis, je préfère ne pas m’acharner sur un seul type de sujet, j’aime varier.
Tu dis que tu veux varier, mais en même temps, on sent que tu as un goût pour les sujets qui fâchent. Tu pourrais écrire sur une boîte de confiserie ?
(Rires) Pourquoi pas ! Mais tu sais, même dans une boîte de confiserie, tu as des trucs louches. Si je fouille, je trouverai. Mais sérieusement, oui, j’aime bien les sujets qui grattent. Parce que sinon, quel intérêt ? Je n’ai pas envie de faire des livres consensuels. Je préfère déranger, quitte à me faire des ennemis.
Tu as déjà eu des menaces, en dehors de Sodexo ?
Non, pas de menaces directes. Mais des gens qui m’ont dit : « fais gaffe, tu t’attaques à du lourd ». Ce qui est vrai. Quand tu parles du nucléaire, tu touches à un truc sensible. Pareil avec Sodexo, tu touches à des réseaux d’influence énormes. Mais je ne suis pas naïf. Je sais que je ne vais pas faire tomber Sodexo avec un bouquin. Ce n’est pas le but.
Ce qui est intéressant dans ton livre, c’est aussi la façon dont tu racontes les coulisses. Tu ne te contentes pas d’aligner des chiffres ou des scandales, tu montres les mécanismes. Par exemple, quand tu expliques comment Sodexo gagne des marchés publics, c’est édifiant.
Oui, c’est important de montrer les coulisses. Sinon, tu ne comprends pas comment ça marche. Les gens se disent : « mais pourquoi Sodexo est partout ? » Parce qu’ils savent répondre aux appels d’offres, parce qu’ils ont une armée de juristes, parce qu’ils ont des contacts. C’est un système bien huilé.
Et ce système, il s’étend. Tu le dis dans le livre : Sodexo ne se contente pas de faire de la restauration collective, ils vont sur le numérique, sur les services connectés, etc.
Oui, ils se diversifient. Ils ont des applis, des plateformes digitales, des outils pour gérer le bien-être des employés. C’est hallucinant. Ils veulent tout contrôler : la pause café, le ticket resto, la cantine, le télétravail. Ils ont une vision globale. Et c’est ça qui est flippant. Parce qu’à force, ils deviennent indispensables. Et quand une boîte devient indispensable, c’est qu’elle a trop de pouvoir.
On revient toujours à cette idée de pieuvre. Tu devrais mettre une pieuvre en couverture, d’ailleurs.
(Rires) Oui, j’y ai pensé. Mais c’est trop cliché. Et puis, une pieuvre, c’est intelligent. Je ne sais pas si Sodexo mérite cette comparaison.
(Rires) Tu vas encore te faire des amis. Bon, je reviens sur un truc que tu disais : les lecteurs qui travaillent chez Sodexo. Est-ce que tu as eu des témoignages qui t’ont particulièrement marqué ?
Oui, il y a une femme qui m’a écrit, elle bosse dans un hôpital où Sodexo gère la restauration. Elle m’a raconté des trucs hallucinants sur les conditions de travail, sur les cadences, sur le stress. Elle m’a dit : « merci de dire ce qu’on ne peut pas dire ». Ça, ça te touche. Parce que tu te dis que ton boulot sert à quelque chose.
Ça me fait penser aux bouquins d’enquête de Florence Aubenas ou de Benoît Collombat, où tu as cette dimension humaine, où tu donnes la parole aux gens.
Oui, sauf que moi, je ne vais pas sur le terrain comme eux. Je suis plus dans la collecte d’infos, dans l’analyse. Mais j’essaie quand même de mettre de l’humain. Parce que sinon, ça devient trop abstrait.
Et ton prochain projet, tu peux en parler ou c’est encore secret ?
C’est encore flou. J’ai plusieurs pistes. Une enquête sur un autre mastodonte industriel, peut-être. Ou alors un projet plus personnel, plus littéraire. Je ne sais pas encore. Ce qui est sûr, c’est que je vais continuer à gratter là où ça fait mal.
Eh bien, je crois que c’est une bonne nouvelle. Parce qu’on a besoin de gens comme toi, qui vont voir ce qu’il y a derrière le rideau. Il y a beaucoup de réactions dans le chat, les gens disent qu’ils vont acheter ton livre. D’ailleurs, je le montre : « Sodexo la gloutonne », aux éditions du Seuil. Franchement, c’est un bouquin qui se lit comme un roman. On apprend plein de choses, on rigole, et on se dit : « ah merde, on est tous concernés ».
Merci, c’est gentil. C’est ce que je voulais, que ce soit lisible, que ce soit vivant. Je déteste les bouquins trop techniques. Moi, je veux que ça parle aux gens, que ça leur donne envie de tourner les pages.
Eh bien, mission accomplie. On va bientôt prendre les questions du chat. Il y en a un paquet. Mais avant, je voudrais qu’on revienne sur un point : la privatisation rampante des services publics. Parce que, finalement, c’est ça le fil rouge de ton livre.
Oui, clairement. Sodexo, c’est un symptôme. Le symptôme d’un État qui se désengage, qui confie des missions essentielles à des entreprises privées. La cantine, la prison, l’hôpital, l’armée… C’est quand même fou. Et nous, on laisse faire. Parce qu’on a l’impression que c’est plus efficace, que ça coûte moins cher. Mais en réalité, c’est souvent l’inverse.
Oui, tu le dis clairement dans ton livre, page 245 : « On nous vend l’efficacité, mais c’est un mirage. Les coûts explosent, la qualité baisse, et on perd le contrôle. » C’est ça le problème.
Oui, c’est exactement ça quand tu confies un service public à une entreprise privée, l’objectif n’est plus de rendre un service, mais de faire du profit. Et là, tout change. Les logiques ne sont plus les mêmes. Tu rogne sur les coûts, tu presses les employés, tu achètes les produits les moins chers. Et à la fin, c’est nous qui payons, financièrement et en qualité.
C’est ce qu’on voit dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les cantines. Et ça ne va pas s’arrêter. Au contraire.
Non, ça ne va pas s’arrêter. Parce que c’est une idéologie. L’idéologie du « privé mieux que le public ». On nous martèle ça depuis des années. Et beaucoup de gens y croient. Mais la réalité, c’est que le privé n’est pas meilleur. Il est juste obsédé par le profit.
Il y a Samira du chat qui demande : « est-ce qu’il y a une solution ? » Est-ce qu’on peut revenir en arrière ?
Oui, on peut toujours revenir en arrière. Mais ça demande une volonté politique. Il faudrait que l’État reprenne la main, que les collectivités locales osent dire non à Sodexo et aux autres. Ça suppose aussi que les citoyens se mobilisent, qu’ils posent des questions, qu’ils demandent des comptes. C’est possible, mais ce n’est pas gagné.
On en revient toujours à la question de la démocratie. Qui décide ? Qui contrôle ? Et là, clairement, ce ne sont pas nous.
Non, ce ne sont pas nous. Et c’est pour ça que je fais ce genre de livre. Pour dire : « regardez, voilà comment ça marche ». Après, chacun en fait ce qu’il veut. Mais au moins, on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.
Eh bien, je crois qu’on a fait un bon tour de la question. On pourrait en parler pendant des heures, mais je vais maintenant prendre les questions du chat. On a des dizaines de commentaires, des remarques, des critiques, des blagues. Alors, on y va.
On va parler de Jean-Patrick Manchette maintenant. Parce que, pour ceux qui ne savent pas, tu as été l’auteur de la dernière interview de Manchette. Et ça, ce n’est pas rien. Comment ça s’est passé ?
Ah, Manchette ! C’est un souvenir incroyable. C’était au milieu des années 90. À l’époque, je faisais un fanzine qui s’appelait Le Poulpe Noir, un truc bricolé avec trois francs six sous. Et je voulais absolument interviewer Manchette, parce que pour moi, c’était un maître. Un type qui avait révolutionné le polar en France. J’ai réussi à avoir son numéro par un pote de pote, et je l’ai appelé. Il a dit oui, tout simplement. Je n’y croyais pas.
Tu es allé chez lui ?
Oui, dans sa maison de banlieue. Il était déjà malade, mais il avait une énergie incroyable. On a parlé pendant deux heures. Il m’a parlé de tout : de la politique, du cinéma, de la littérature. C’était un type brillant, d’une intelligence rare. Et il avait un humour décapant. Je crois que c’est ça que j’ai retenu de lui : son humour noir.
Tu as publié l’interview où ?
Dans mon fanzine, évidemment. Tirage à 300 exemplaires, photocopié à l’arrache. C’est devenu un collector, je crois. Après sa mort, les gens m’ont demandé si je voulais republier cette interview dans un recueil. Mais je n’ai jamais voulu. Pour moi, c’est un moment intime, presque sacré.
Tu écris dans ton livre que Manchette t’a donné une leçon de vie. Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
Il m’a appris à ne pas me prendre au sérieux. À ne pas se laisser bouffer par le système. À rester libre. Manchette, il a toujours été en marge. Il refusait les compromis. Et je crois que ça m’a marqué. Moi aussi, je préfère rester à côté, quitte à vendre moins de bouquins. Je préfère être libre.
Il y a une citation de Manchette que tu aimes particulièrement, non ?
Oui, celle-ci : « Les gens intelligents s’ennuient dans ce monde, parce qu’il est mal foutu. » C’est une phrase qui me parle. Parce que c’est vrai. On vit dans un monde absurde. Et si tu réfléchis un peu, ça te donne envie de tout envoyer valser. Mais bon, il faut continuer à se battre.
Et c’est pour ça que tu continues à écrire ?
Oui, écrire, c’est ma façon de me battre de résister de dire : « voilà ce que je vois, voilà ce que je pense ». Je n’ai pas d’autre arme. Je ne suis pas un militant, je ne suis pas un politique. Mais avec les mots, je peux toucher les gens. Et ça, c’est déjà énorme.
Il y a Clémentine dans le chat qui te demande : « est-ce que tu lis encore beaucoup de polars ? »
Oui, toujours. C’est ma base. J’adore les polars américains, surtout James Ellroy, Chandler, Hammett. Et puis les Français, évidemment : Manchette, Daeninckx, Jonquet. Mais j’aime aussi les romans noirs qui ne sont pas forcément des polars. Des trucs plus sociaux, plus politiques. Parce que le polar, au fond, c’est ça : c’est une façon de raconter le monde.
Tu as écrit deux Poulpes, c’est ça ?
Oui, deux. C’était une commande à l’époque. Je ne suis pas sûr qu’ils aient marqué les esprits. Mais c’était rigolo à faire. Et puis, ça m’a permis de m’amuser avec ce personnage un peu anar, un peu paumé. C’était une bonne école d’écriture, le Poulpe. Parce que tu dois aller droit au but, tu ne peux pas te perdre en digressions.
Bon, alors, pour ceux qui ne connaissent pas Le Poulpe, c’est une série de polars avec un personnage récurrent, Gabriel Lecouvreur, surnommé « Le Poulpe », créé par Jean-Bernard Pouy. Chaque auteur écrit son histoire. Et toi, tu en as fait deux.
Oui, exactement. Mais je crois que je préfère mes livres plus personnels. Parce que là, tu es libre de tout inventer. Le Poulpe, c’était un exercice, mais ce n’était pas vraiment « moi ».
Il y a un autre personnage qui revient souvent dans ta vie, c’est NTM. On en parle ?
Ah, NTM… Ça, c’est une autre histoire !
NTM, ce n’est pas banal. Comment t’es tombé là-dedans ?
J’ai toujours aimé le rap, même si je suis plus de la génération punk-rock. Mais NTM, c’est à part. C’est un groupe qui a marqué son époque. C’est brut, c’est vrai, c’est sans concession. J’ai eu l’occasion de les rencontrer dans les années 90, à une époque où ils faisaient beaucoup parler d’eux, souvent pour de mauvaises raisons d’ailleurs, parce qu’ils dérangeaient. Et j’ai tout de suite accroché. Ces mecs, ils ne jouent pas un rôle, ils disent ce qu’ils pensent.
Tu racontes dans le livre une anecdote avec JoeyStarr, non ?
Oui, c’était en 1997, je crois. On s’était croisés lors d’un festival. Je lui avais parlé de mon travail, et il avait lu un de mes textes, je ne sais même plus comment. Il m’a regardé et il m’a dit : « Frère, t’as le même feu que nous ». Ça m’a marqué. Parce que, même si je ne suis pas rappeur, je me suis reconnu dans ce qu’il disait. On est tous les deux un peu en guerre contre ce système qui te broie.
Je reviens pour terminer l’aspect luxe, trophée footballistique en France, la sélection peut brandir le Stade de France, le Parc des Princes, le Groupama Stadium de Lyon, l’Orange Vélodrome de Marseille, l’Allianz Riviera de Nice, au Royaume-Uni, les stades de Brighton, Pettersfield, Newcastle, Liverpool, Leeds, Glasgow et en Espagne le nouveau stade de l’Atlético de Madrid. Et voilà, et ils vont jusqu’au Super Bowl.
Et puis, franchement, il faut le dire, en 1998, tu t’en souviens, quand ils passaient au Stade de France, qui dit « pop », il ne voulait pas passer derrière lui. Le Wu-Tang Clan voulait passer derrière eux, quand je dis « lui », c’est le groupe, et ils ne voulaient pas passer, tellement ils étaient phénoménaux sur scène. C’était quand même un truc, en 98, qui était insurpassable sur scène, les mecs, ils emportaient tout. Et les soi-disant stars, en effet, hip-hop et rap, moi je me souviens, le Wu-Tang, il ne voulait pas passer après, parce qu’il savait que… Oh Tang, oh Tang, oh Wu-Tang ! J’aimais hier ! Ah, c’est parti ! Au Wu-Tang, il ne faisait pas le poids face aux deux lascars.
Oui, c’était un moment incroyable. Je me souviens qu’ils avaient tout emporté ce jour-là. Les deux lascars dont je parle, ils avaient une énergie brute, un charisme fou. Et même les grosses pointures du hip-hop, comme le Wu-Tang Clan, préféraient ne pas passer après eux. Parce qu’ils savaient que c’était impossible d’enchaîner après un tel raz-de-marée sur scène. C’est rare, tu vois, de voir un groupe imposer un tel respect.
Et là, tu fais un parallèle avec la Sodexo, c’est-à-dire que, dans un autre domaine, eux aussi veulent être les « têtes d’affiche » partout : le Stade de France, les grands événements sportifs, le Super Bowl aux États-Unis.
Exactement. Sodexo, ce n’est pas juste les cantines ou les prisons, c’est aussi la vitrine de l’événementiel de luxe. Ils veulent être présents sur les grands rendez-vous internationaux, là où ça brille, là où il y a de l’image. Parce que ça, c’est ce qui attire les clients haut de gamme, les investisseurs, les grandes marques. Être associé au Stade de France, c’est une vitrine exceptionnelle pour eux.
Tu donnes une liste impressionnante dans ton livre : les grands stades en France, en Europe, jusqu’au Super Bowl c’est hallucinant, cette stratégie.
Oui, c’est une stratégie de conquête d’image. Ils veulent montrer qu’ils savent faire du premium. Ce n’est pas seulement nourrir des gamins dans une cantine d’école, c’est aussi organiser des banquets pour des sponsors VIP, servir des repas gastronomiques dans les loges du Stade de France ou du Vélodrome, c’est tout un autre monde.
Et tu dis dans ton livre qu’ils investissent des sommes colossales pour décrocher ces contrats.
Oui, c’est fou. Rien que pour la Tour Eiffel, par exemple, ils ont mis une équipe entière à travailler sur le dossier pendant des mois, avec un budget d’un million d’euros juste pour préparer la proposition. C’est la même logique pour les grands stades : ils mettent le paquet, parce que le retour sur image, il est énorme.
Dans le chat, Antoine te demande : « Est-ce que Sodexo est aussi présent sur les Jeux Olympiques ? »
Oui, ils le sont. Pas toujours en premier plan, mais ils décrochent souvent des contrats pour la restauration des équipes techniques, des VIP. C’est un marché très juteux, et Sodexo ne le laisse pas passer
Et NTM a un rapport avec Sodexo ? Tu fais un lien dans ton bouquin.
Oui, c’est plus symbolique qu’autre chose. Dans le livre, je dis que la Sodexo, c’est un peu comme NTM, mais en version capitaliste. C’est une machine de guerre, qui ne laisse rien au hasard. Mais là où NTM hurle sa rage, Sodexo, elle avance en silence, en costard. Et moi, je trouve ça glaçant. C’est ce contraste qui m’intéressait.
Il y a Marco dans le chat qui te demande : « est-ce que tu écoutes encore du rap aujourd’hui ? »
Oui, bien sûr. Même si j’avoue que je préfère le rap des années 90, qui avait un côté plus politique, plus engagé. Aujourd’hui, c’est un peu plus formaté. Mais il y a des artistes que j’aime bien, comme Kery James, Rim’K, ou même certains jeunes qui ont un discours intéressant.
Et toi, tu as chanté, tu as fait des concerts, non ?
Oui, mais ça, c’était une autre vie. J’ai eu un petit groupe punk-rock dans les années 80. On jouait dans des bars pour trois bières et un sandwich. Ce n’était pas glorieux, mais c’était fun. Et ça m’a appris une chose : la scène, c’est comme l’écriture, il faut tout donner. Sinon, ça ne sert à rien.
Tu penses que cette énergie, cette colère, elle te sert encore aujourd’hui pour écrire ?
Oui, clairement. Je crois que si j’écris, c’est parce que j’ai la rage. Pas une rage destructrice, mais une rage de comprendre, de dénoncer. Sinon, je resterais tranquille dans mon coin. Mais il y a trop de choses qui me hérissent le poil. Alors j’écris. C’est ma manière de gueuler.
Il y a une phrase que j’adore dans ton livre, page 233 : « On ne peut pas rester silencieux quand on voit la machine avaler les gens. » Ça, c’est toi tout craché.
Oui, c’est moi. Parce que je ne supporte pas l’injustice, l’hypocrisie. Et Sodexo, pour moi, c’est ça : une hypocrisie géante. On te parle de bien-être, de qualité de vie, mais en réalité, c’est une logique de profit qui détruit tout. Alors oui, je gueule.
Tu parles aussi beaucoup de Moissac, ta ville. C’est important pour toi ?
Oui, Moissac, c’est mon port d’attache. C’est là que je vis, que j’écris. C’est une petite ville, mais elle est symbolique. Parce que, comme beaucoup d’endroits en France, elle est traversée par des tensions sociales, politiques. Le fait qu’elle soit passée Rassemblement national, ça m’a fait mal. Mais ça me donne aussi envie de comprendre pourquoi. Et d’en parler.
Justement, on va parler de Moissac, de la politique locale, parce que c’est un sujet en soi. Mais avant, une dernière question sur NTM : si tu devais choisir un morceau qui résume ton état d’esprit aujourd’hui, ce serait lequel ?
« Qu’est-ce qu’on attend ». Parce que cette question, elle est universelle. Qu’est-ce qu’on attend pour se réveiller, pour agir, pour arrêter de subir ? Je crois que c’est la question de notre époque.
C’est clair. Bon, on va donc enchaîner avec Moissac, parce que là, on a beaucoup de questions dans le chat à ce sujet.
Alors, Moissac. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une ville du Tarn-et-Garonne, et tu dis que c’est la première ville du département à être passée Rassemblement national. Comment tu as vécu ça ?
Mal, évidemment. Parce que Moissac, c’est une ville que j’aime. Et voir cette bascule, c’est douloureux. Mais ce n’est pas une surprise. Ça faisait des années que je voyais la colère monter, la frustration, le sentiment d’abandon. Les gens ne se sentent plus écoutés, plus représentés. Et quand tu as des partis qui viennent leur dire : « nous, on va s’occuper de vous », même si c’est du vent, eh bien ça marche. Parce qu’il n’y a personne en face pour leur parler autrement.
Tu écris dans ton livre que cette victoire du RN à Moissac, c’est aussi le résultat d’un désert politique. C’est ça ?
Oui, complètement. Les partis traditionnels ont déserté. La gauche est inexistante, la droite ne parle plus aux classes populaires. Et au milieu, tu as des gens qui galèrent, qui voient leur ville se vider, leurs services publics disparaître. Alors, ils votent pour ceux qui crient le plus fort. C’est triste, mais c’est comme ça.
Tu as essayé de t’engager localement ?
Oui, un peu. J’ai participé à des réunions, j’ai essayé de monter des collectifs. Mais ce n’est pas simple. Parce que les gens sont désabusés. Ils ne croient plus en rien. Et moi, je ne suis pas un politicien, je ne sais pas faire des discours. Je préfère écrire, dénoncer, mais sur le terrain, ce n’est pas suffisant.
Dans le chat, Pauline te demande : « qu’est-ce qui pourrait redonner espoir aux habitants de Moissac ? »
Honnêtement, je crois qu’il faudrait commencer par réinvestir les services publics. L’école, la santé, la culture. Parce que sans ça, une ville meurt. Et il faudrait aussi que les gens se reparlent, qu’on recrée du lien. Parce qu’aujourd’hui, chacun est dans son coin. On se méfie de l’autre, on a peur et ça, c’est dangereux.
Tu as écrit des pages assez dures sur le climat politique local. Tu parles de dérapages, de propos racistes. Tu n’as pas peur d’avoir des problèmes en disant ça ?
Non, je n’ai pas peur. Parce que je dis la vérité. Et je suis prêt à l’assumer. S’il y a des gens que ça dérange, tant pis. Mais il faut nommer les choses. Si tu laisses passer, ça s’installe et après, c’est trop tard.
Il y a Romain dans le chat qui te demande : « est-ce que tu as vu une différence dans la vie quotidienne à Moissac depuis que le RN est aux commandes ? »
Oui, une atmosphère différente. Plus tendue, plus méfiante. Les gens se surveillent. Et puis, tu sens qu’il y a des priorités étranges. On parle plus de sécurité que de solidarité, plus de contrôle que d’entraide. C’est un glissement qui, moi, me met mal à l’aise.
Dans le livre, tu dis aussi que Moissac, c’est une sorte de laboratoire. Tu veux dire quoi par là ?
Je veux dire que ce qui se passe ici, ça pourrait se passer ailleurs. Moissac, c’est une petite ville, mais c’est un miroir de la France périphérique. Si tu veux comprendre pourquoi le RN monte, il faut venir ici, regarder, écouter. Ce n’est pas juste un vote de colère. C’est un vote de désespoir. C’était républicain, après 25 ans de Parti Radical Socialiste, comme on veut, qui était sous l’unique mandature du maire qui était resté 25 ans en poste, qui a été ensuite éjecté au profit d’un mec qui est Républicains. On a donc basculé à droite, puis maintenant elle est très à droite. Donc si tu veux, c’est ça, c’est plus de culture, ça n’intéresse pas… Très simplement, en début d’année, dans le budget voté, il y a eu 200 000 euros accordés aux forces de police et il y a eu le refus d’accorder un petit poste d’assistance scolaire dans une école primaire qui aurait coûté à la municipalité 900 euros sur l’année. Ça a été refusé, le conseil municipal avait été contre. 900 euros annuels pour un poste d’aide à l’enseignement. Et à côté, on a mis 200 000 euros dans une voiture équipée de radars, un poste de policier municipal supplémentaire, des caméras de surveillance supplémentaires, etc. Ça donne très clairement… C’est la première fois que je dis « voilà ». J’avais essayé toujours d’éviter de dire « voilà », et je crois que c’est la première fois où je l’ai prononcé, et ça me fait bien chier. Donc bref. Et puis, au-delà de ça, la particularité de Moissac, que je n’ai pas hyper développée, c’est qu’on a une migration de l’Est très, très importante. On a la plus grosse migration en proportion de population, la plus grosse migration de gens de l’Est, de la France. Et donc, il a accès à une population rom-bulgare avec laquelle je suis en contact très fréquent parce que les aléas du truc font que je me suis trouvé imbriqué là-dedans. Et donc, le bouc émissaire a été vite trouvé par rapport aux Moissagais nous, on est vraiment un territoire, si tu veux, où la principale activité, c’est les fruits essentiellement. Pommes, raisins, etc. Et donc plus personne ne veut le faire. Avant, c’était des gens de Nord-Afrique qui venaient, puis ils ont été remplacés par des Polonais. Et depuis que le niveau de vie a augmenté un peu en Pologne, le SMIC a augmenté, eh bien maintenant, ce sont les Bulgares qui viennent. Et c’est une population qui est arrivée très vite, qui s’est installée près de la gare. La gare, c’est devenu un quartier, comment dire, où tout le monde te dit : « là, c’est dangereux », alors que pas du tout. Ce n’est pas dangereux, mais c’est un quartier pauvre. Et c’est là que les tensions se cristallisent.
C’est marrant, parce que tu en parles dans ton livre. Tu dis que la gare de Moissac, c’est un symbole. Un endroit qui résume tout : l’abandon des services publics, les migrations, les tensions sociales.
Oui, exactement. La gare, c’est le cœur de la ville, mais elle a été complètement laissée de côté. Plus de guichets, plus de services, juste un hall vide. Et autour, tu as des gens qui vivent comme ils peuvent. Et forcément, ça crée des fantasmes. Les gens disent : « attention, c’est dangereux ». Mais la vraie dangerosité, c’est la misère, c’est l’oubli.
Tu as des anecdotes sur ce quartier ?
Oui, plein. Des discussions avec des gamins qui te disent qu’ils n’ont jamais pris le train, alors qu’ils vivent à 100 mètres de la gare. Des familles qui galèrent pour trouver du boulot dans les vergers parce qu’on les sous-paye. Et puis des regards hostiles de certains habitants, comme si ces gens-là étaient responsables de tous les problèmes. C’est triste.
On en revient à ce que tu disais tout à l’heure : Moissac comme laboratoire. Si on ne fait rien, ces situations vont se reproduire ailleurs.
Oui, et c’est ça qui me fait peur. Parce qu’au lieu de trouver des solutions, on stigmatise, on installe des caméras, on met des flics. Mais ça ne résout rien. Au contraire, ça envenime les choses.
Tu te verrais un jour écrire un livre entier sur Moissac ?
Peut-être, oui. Parce qu’il y a matière. Mais ce serait un livre collectif. Il faudrait donner la parole aux gens, vraiment. Pas juste moi qui parle. Parce que sinon, ça n’a pas de sens.
Il y a Sébastien dans le chat qui te dit : « tu devrais faire un documentaire sur Moissac ». Ça te tente ?
Pourquoi pas. Mais je ne suis pas réalisateur. Si quelqu’un veut le faire, je peux aider. Je peux écrire, je peux témoigner. Mais filmer, c’est un autre métier.
Bon, on a parlé de Sodexo, de Manchette, de NTM, de Moissac Il reste un sujet dont on n’a pas parlé, c’est la technologie. Parce que tu as un regard assez critique sur le numérique, non ?
Oui, complètement. Je crois qu’on est en train de perdre le contrôle. Et ça m’inquiète autant que Sodexo ou le nucléaire.
Tu parles du numérique comme d’un autre système tentaculaire, un peu comme Sodexo ou le nucléaire. Qu’est-ce que tu veux dire ?
Je veux dire que c’est la même logique : centralisation, contrôle, profit. Les grandes entreprises du numérique – Google, Amazon, Facebook, Apple elles veulent tout savoir de nous. Elles collectent nos données, elles nous profilent, elles nous vendent des services en échange de notre vie privée. Et nous, on dit oui, parce que c’est pratique. Mais on ne se rend pas compte du prix à payer.
Tu fais un parallèle assez troublant dans ton livre : tu dis que la Sodexo, en gérant les cantines, les prisons, les hôpitaux, collecte aussi des informations, des habitudes. C’est vrai ?
Oui. Ce n’est pas aussi évident que pour Google, mais ils ont quand même un paquet de données. Ils savent combien de repas on consomme, quels types d’aliments, quelles entreprises ils approvisionnent. Et ça, c’est de l’or. Parce que, derrière, tu peux analyser, optimiser, revendre des services. On vit dans un monde où tout devient data.
Tu es très critique sur le concept de « smart city », les villes connectées.
Oui, parce que pour moi, c’est un piège. On nous dit : « la ville connectée, c’est pour votre confort, pour votre sécurité ». Mais en réalité, c’est une ville sous surveillance. Des caméras partout, des capteurs, des applis qui te disent quoi faire. Et derrière, qui contrôle tout ça ? Des entreprises privées. Ce n’est pas nous, citoyens. Moi, ça me fait flipper.
Dans le chat, Élodie te demande : « est-ce que tu utilises les réseaux sociaux ? »
Très peu. J’ai un compte Facebook que j’ouvre une fois par mois, histoire de dire bonjour. Twitter, j’y vais plus du tout. Parce que ça me bouffe. Et puis, je n’aime pas ce côté lynchage permanent. Les gens s’insultent, se jugent, c’est un enfer. Moi, je préfère écrire tranquillement dans mon coin.
Et pourtant, tu sais que les réseaux sociaux, c’est aussi une vitrine pour ton livre, non ?
Oui, je sais. Mais je préfère vendre 100 exemplaires de moins et rester sain d’esprit. Sérieusement. Je vois des auteurs qui passent leur vie à tweeter, à faire des posts Instagram, ça me fatigue rien que de les regarder. Je préfère faire mon boulot, écrire. Si le livre doit trouver ses lecteurs, il les trouvera.
Il y a Nico dans le chat qui te demande : « Tu n’as pas peur de passer pour un vieux réac en disant ça ? »
(Rires) Peut-être. Mais je m’en fous. Je ne suis pas anti-technologie. J’adore mon ordi, j’adore internet quand ça me permet de bosser, de chercher des infos. Mais je refuse qu’on devienne dépendant au point de ne plus réfléchir par nous-mêmes. Et c’est ce qui est en train de se passer.
Tu parles de dépendance. Tu crois que c’est comparable à ce qui se passe avec Sodexo, où on délègue tout ?
Oui, c’est la même logique. On délègue notre alimentation à Sodexo, notre sécurité à des boîtes privées, et notre cerveau à Google. Et après, on se demande pourquoi on ne contrôle plus rien. C’est absurde. Il faut reprendre la main, sinon on va droit dans le mur.
Dans le chat, Clara te demande : « est-ce que tu es optimiste pour l’avenir ? »
Pas vraiment. Mais je crois qu’il y a encore des marges de manœuvre. On peut encore changer les choses. Ce ne sera pas facile, mais si on se met à réfléchir, à résister, il y a des possibilités. Il ne faut pas croire que tout est perdu.
Est-ce que tu dirais que ton livre, c’est un cri d’alarme ?
Oui, exactement. Je ne suis pas un prophète de malheur, mais je dis : « regardez ce qui se passe ». Parce que si on ne regarde pas, si on reste aveugle, un jour, on se réveillera et il sera trop tard.
Bon, on arrive bientôt à la fin de cet entretien. Je voudrais juste qu’on parle de ton rapport aux lecteurs. Tu es en contact avec eux ?
Oui, beaucoup. J’adore ça. Les rencontres en librairie, les mails que je reçois, les discussions après les conférences. C’est ce qui me motive. Parce que tu vois que ton travail a un impact. Même petit, mais il en a un.
Et là, tu as des projets de rencontres autour du livre ?
Oui, je fais une tournée dans quelques librairies en province. Rien de fou, mais ça me plaît. Parce que tu rencontres des gens passionnés, qui te posent des vraies questions. Et ça, ça vaut tout l’or du monde.
Avant de se quitter, on avait parlé de revenir sur NTM, JoeyStarr, et un clin d’œil à la culture populaire qui traverse ton bouquin. Parce qu’au fond, il y a autant de références à la musique qu’au polar ou à la BD. C’est volontaire ?
Oui, totalement. Je ne peux pas m’empêcher d’intégrer mes références, mes obsessions. La musique, le cinéma, la BD, tout ça, c’est ma vie. Et je trouve que ça donne du relief au livre. Parce que Sodexo, toute seule, ce serait un peu aride. Mais si tu mets ça en perspective avec une chanson de NTM, avec une réplique de film noir ou un souvenir de fanzine punk, ça change tout.
C’est ce qui fait que ton livre se lit comme un roman, en fait. Ce n’est pas juste un pamphlet ou un rapport, c’est un récit.
Oui, j’ai voulu faire ça. Raconter une histoire. Même si c’est une histoire vraie, documentée, sourcée, ça reste une histoire. Parce qu’on se souvient mieux des histoires que des chiffres. Alors, j’ai mis du ton, des références, des anecdotes. C’est ma patte.
Dans le chat, Thierry te demande : « est-ce que tu te vois écrire un jour un roman pur, sans enquête ? »
Oui, peut-être. J’ai déjà des idées. Mais pour l’instant, ce qui m’anime, c’est de comprendre ce monde. Peut-être que plus tard, quand j’aurai un peu digéré tout ça, je me lancerai dans un roman qui serait une pure fiction. Mais bon, tu sais, même la fiction, elle est nourrie par le réel.
On a beaucoup parlé de tes influences littéraires. Tu as cité Manchette, Ellroy… tu lis encore beaucoup ?
Oui, tout le temps. Je lis plus que je n’écris. Parce que c’est la base. Un écrivain qui ne lit pas, c’est un imposteur. Et puis, c’est dans les livres des autres que tu trouves l’énergie pour écrire les tiens.
Tiens, Lucien dans le chat te demande : « quel est le dernier bouquin qui t’a marqué ? »
« Le lambeau » de Philippe Lançon. Ça m’a bouleversé. Parce que c’est à la fois une histoire personnelle et une réflexion sur notre époque. Et puis, c’est magnifiquement écrit.
Et côté musique, qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Du vieux punk, comme d’habitude. The Clash, Dead Kennedys. Et puis un peu de rap français, quand je tombe sur un texte qui me parle. Mais je ne suis pas un fou de nouveautés. Je préfère creuser dans mes vieilles cassettes.
(Rires) Les cassettes, carrément !
Oui, j’ai encore un lecteur. Je suis un dinosaure. Mais j’assume.
Bon, avant de clore, on va revenir une seconde sur NTM parce que je vois que le chat explose. Tu disais que tu voyais un parallèle entre leur rage et la tienne, même si c’est dans des domaines très différents.
Oui, NTM, pour moi, c’est la voix des quartiers, des oubliés, des gens qu’on n’écoute pas. Et je me sens un peu comme ça, même si je ne viens pas de là. Quand tu écris sur Sodexo ou sur le nucléaire, t’es un peu seul dans ton coin, tu cries dans le désert. Eux, ils criaient dans un micro, moi je crie sur des pages. Mais c’est la même énergie.
Tu as une anecdote avec JoeyStarr, je crois, que tu n’as pas encore racontée.
Oui, c’était un concert à Toulouse, je crois que c’était en 1998. On avait bu deux bières, on parlait du business, et il me dit : « Tu sais, le vrai business, ce n’est pas la musique, c’est ce qu’il y a derrière. » Et là, je me suis dit : mais c’est pareil pour Sodexo. Le vrai business, ce n’est pas la cantine en soi, c’est tout le système derrière, l’organisation, les contrats, les données. Joey avait compris un truc que beaucoup de gens ne voient pas.
C’est marrant parce qu’au fond, ton livre, c’est presque un album de rap. Ça dénonce, ça provoque, ça balance.
Oui, je prends ça comme un compliment. Parce que le rap, c’est une parole brute, qui ne triche pas. Moi, j’essaie de faire pareil avec mes mots.
Chloé dans le chat te demande : « est-ce qu’il y aura un jour un livre de toi sur la musique ? »
Peut-être. J’aimerais bien écrire sur la scène punk française des années 80-90. Parce qu’il y a des histoires incroyables, des groupes qui méritent d’être racontés. Mais c’est un autre travail. Pour l’instant, je reste sur les enquêtes sociales et politiques.
Il y a Kevin qui demande : « tu écoutes NTM en écrivant ? »
Non, je ne peux pas écrire avec de la musique trop présente. Je mets parfois des musiques instrumentales, du jazz, du vieux reggae. Mais pas NTM, sinon je pars dans tous les sens !
(Rires) Bon, on a fait un grand tour, mais j’aimerais qu’on reparle de Jean-Patrick Manchette, parce que tu as une vraie filiation avec lui.
Oui, Manchette, c’est mon maître. Il a tout compris du polar, mais surtout, il avait une vision politique. Ce n’était pas juste des histoires de flics et de voyous, c’était une critique du système. Et moi, c’est ce que j’essaie de faire, à ma manière.
Tu penses qu’il aurait aimé ton livre ?
Je ne sais pas. Peut-être qu’il aurait trouvé ça trop foutraque. Mais j’aime à penser qu’il aurait apprécié l’esprit.
Dans le chat, Léo te demande : « quels sont tes trois livres préférés de Manchette ? »
« La Position du tireur couché », « Fatale », et « Nada ». Ces trois-là, c’est du béton. Si tu ne connais pas Manchette, commence par ceux-là.
Tu as aussi parlé de John le Carré, c’est étonnant, parce qu’il est dans un autre univers.
Oui, mais il a le sens du détail, de l’intrigue. Et surtout, c’est un auteur qui sait dire beaucoup en peu de mots. C’est une qualité rare.
Avant de se quitter, il faut qu’on dise un mot sur le nucléaire, parce que tu en parles dans « Sodexo la gloutonne », mais surtout dans « Ma vie atomique ». C’est un sujet qui continue à te hanter ?
Oui, complètement. Le nucléaire, c’est un truc dont tu ne te défais pas. C’est tellement énorme, tellement présent dans nos vies, même si on ne le voit pas. On vit avec des centrales autour de nous, avec des déchets qui resteront dangereux pendant des milliers d’années, et pourtant on en parle très peu. Comme si c’était normal. Ça me rend fou.
Dans le livre, tu fais des parallèles entre Sodexo et le nucléaire. Ce sont deux monstres invisibles.
Oui, deux systèmes tentaculaires, deux logiques industrielles qui nous dépassent. Et deux univers où la communication est très travaillée. On te parle de « progrès », de « sécurité », de « performance », mais derrière, c’est autre chose. J’ai vu des rapports internes sur le nucléaire, ça te glace le sang. Et pour Sodexo, c’est pareil, tu sens que la façade est lisse, mais que derrière, c’est une machine qui écrase.
Dans le chat, Rachid te demande : « est-ce que tu es anti-nucléaire ? »
Oui, je le suis. Pas par idéologie, mais par bon sens. Quand tu sais qu’un accident nucléaire, ça détruit une région entière pour des siècles, tu ne peux pas dire « ça va ». Ce n’est pas une énergie maîtrisable. Et en plus, c’est une énergie qui coûte une fortune à entretenir, à sécuriser. On nous vend ça comme une énergie « propre », mais c’est faux.
Tu parles de Fukushima dans ton livre. Ça a été un déclic pour toi ?
Oui. Comme beaucoup de gens. On a vu en direct une centrale exploser, un pays entier paralysé, et on nous disait encore « tout va bien, il n’y a pas de risque ». C’est le mensonge permanent qui m’a poussé à enquêter.
Est-ce qu’il y a un lien entre ton livre « Ma vie atomique » et celui sur Sodexo ?
Oui, le lien, c’est la logique industrielle. Dans les deux cas, tu as des mastodontes qui s’infiltrent partout, qui imposent leur modèle. Et tu as des citoyens qui ne comprennent pas vraiment ce qui se passe, parce que tout est opaque. Moi, je veux juste mettre un peu de lumière là-dessus.
Dans le chat, Julie te demande : « est-ce que tu as eu des contacts avec des lanceurs d’alerte du nucléaire ? »
Oui, quelques-uns. Des ingénieurs, des techniciens qui m’ont parlé sous couvert d’anonymat. Ce qu’ils racontent, c’est flippant. Des histoires de maintenance bâclée, de pièces défectueuses qu’on remonte quand même, parce qu’il faut que la centrale tourne. Ça fait froid dans le dos.
Tu dis que tu ne veux pas te définir comme un journaliste, mais là, c’est quand même du vrai travail d’investigation.
Oui, mais je fais ça à ma manière. Je n’ai pas de carte de presse, je n’ai pas de rédaction derrière moi. Je fais mes recherches, je lis des rapports, je recoupe, et j’écris. C’est tout.
Bon, on sent que c’est un sujet qui pourrait remplir un autre livre…
Oui, d’ailleurs j’y pense. Peut-être que je referai un jour un livre sur le nucléaire. Parce que c’est un sujet qui ne vieillit pas. Au contraire, il devient de plus en plus brûlant.
Et Sodexo dans tout ça ? Tu crois qu’ils pourraient se lancer dans le nucléaire ?
(Rires) Je ne serais même pas surpris ! Ils sont déjà partout. Peut-être qu’un jour, ils géreront la cantine des centrales nucléaires. Et là, on aura tout gagné.
Bon, Jean, je crois qu’on a vraiment fait un tour complet. On a parlé de Sodexo, du nucléaire, de Manchette, de NTM, de Moissac, du numérique. Tu as encore quelque chose à ajouter avant de nous quitter ?
Juste un mot : ne pas rester spectateur. On vit dans un monde où tout nous pousse à consommer, à fermer les yeux, à ne rien dire. Moi, je pense qu’il faut parler, écrire, crier s’il le faut. Parce que sinon, on se fait avaler par la machine.
C’est pour ça que ton livre, « Sodexo la gloutonne », est important. Parce qu’il donne des clés pour comprendre ce qu’il y a derrière une simple assiette de cantine. Et ça, c’est précieux.
Merci. C’est exactement ce que je voulais. Ouvrir les yeux, montrer ce qui se cache derrière le décor. Après, chacun fait ce qu’il veut de ces informations.
Il y a Mélanie dans le chat qui dit : « Merci Jean Songe, c’était passionnant ! » Eh bien, je crois que tout le monde pense la même chose. Merci pour ta générosité et pour ton franc-parler.
Bonne journée tout le monde, c’était un super live, merci ! Merci, c’était passionnant, un grand merci !
Bonjour, je suis l’avocat de la Sodexo, vous allez recevoir… Non, non, ça, c’est des conneries ! (Rires.)
Merci, il est très punk, merci beaucoup, merci Yannick. Ça ne l’arrête pas, c’est merveilleux les gars. Vous étiez loin de votre clavier, c’est bien ça, vous étiez en train de préparer votre Sonnex au bouffe. Bon, super, c’est génial. Alors les amis, je fais une petite pause et on fait la suite de l’émission.
Yannick, il faut que je te salue parce que Euryale, la modératrice, elle m’engueule tout le temps parce qu’elle me dit : « à chaque fois, t’expédies les invités », donc merci, à la Macron.
Non, non, jamais les invités.
Ça y est, regarde ! Daduron dit : « mais non, on était en pause technique, nous aussi ! » !
M. Halle, bonjour, je suis l’avocat de Sodexo, vous ne recevrez rien du tout, car mes courriers passent par Adrexo. C’est l’heure d’aller à la cantine, lol !
Macron Duf, non mais ça va pas, eh, vous êtes sérieux, ça ?
Bon super, petite pause et après je vais vous montrer une petite vidéo de deux minutes d’une rencontre qu’on a faite hier, hyper touchante, je crois vraiment, à la manif en souvenir des victimes du massacre du 17 octobre 1961.
Un hommage à Pierre Bellon, qui était un fin tennisman et tout, et ça, c’est l’accessoire indispensable de l’écrivain de province, c’était pour chasser les moustiques.
À tout à l’heure, les amis, ne me laissez pas tout seul ! Je suis mort, j’espère que ça vous a plu, les amis, j’ai l’impression que oui, merci beaucoup d’être restés aussi nombreux, aussi longtemps. On est 250, un truc comme ça, un petit peu moins, c’est très, très délicat d’inviter, d’interviewer son pote de jeunesse. On ne va pas faire semblant non plus, j’espère que ça vous a plu, vraiment. Le bouquin sur la Sodexo, sur le nucléaire, ça vaut plus que le détour.
Merci à toi, David, et merci à toutes celles et ceux qui étaient là. C’est toujours un plaisir de partager, de discuter. Et merci pour vos questions, elles étaient super.
Les amis, on se retrouve bientôt Au Poste. N’oubliez pas : soutenez les livres, soutenez les librairies et surtout, ne laissez pas Sodexo vous bouffer sans réfléchir !
(Rires) Oui, exactement. Et si vous croisez une cantine Sodexo, pensez à moi !
Bon, allez, à très bientôt. Merci Jean !
À bientôt.
