Soulèvements de la terre : le manifeste
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Lucile tu es Au poste et tous les mois tu auras des invités autour des questions environnementales et de la lutte. On est du bon côté de la barricade. Nous sommes dans le bon camp, je crois comme dirait l’autre. Oui, bien sûr. Et donc tu peux nous donner quelques idées ?
Ouais, carrément. L’idée c’est de faire une émission nommée Ecoloscope, pour avoir un observatoire des luttes écologiques. Des débats qui peuvent animer un peu le milieu de l'écologie politique. C’est quoi les enjeux cruciaux qui structurent les débats écolos, mais aussi de parler plus de thématiques environnementales plus précises Peut être parler justement de la question des énergies, la question de l’agriculture, etc. Donc un petit peu ce double versant. Voila notre invité est arrivé
Un bonjour au chat Bonjour tout le monde !
Des élus qui se retrouvent au sens du coup de sonnette. Tu seras tout seul finalement.
Oui ma camarade, elle a eu un petit empêchement.
Rien de grave j’espère. Mais il n’y a pas de soucis pour commencer sur les chapeaux de roues. Moi on commence en fanfare. Merci beaucoup d'être venu. Je viens d’expliquer un petit peu le concept de cette nouvelle émission. Merci d’inaugurer. Parce que du coup, c’est une première cette émission qui s’appelle Ecoloscope Donc je vais te ramener un super tee shirt qui est bien dans bien dans le thème, Donc je vais me citer là, c’est pour parler notamment de ceci qui est première. Je pense qu’on me voit, j’espère qu’on me voit bien. Et tu as évidemment le chat Si tu vois des questions ou des idées, des choses qui t’interpellent, n’hésites pas à répondre. Si moi je ne le vois pas en voilà, ça marche. Donc voilà Basile Dutertre tu es un représentant aujourd’hui des soulèvements de la Terre et de l’homme et c’est un petit peu plus qu’en ce moment, Les Soulèvements de la Terre publie ce livre qui est donc Première secousse. Euh, nous voilà l’idée, c’est un petit peu de te parler de ce qu’on pourrait qualifier d’un manifeste.
Je t'écoute avec attention, ne t’inquiètes pas.
Voilà. L’idée, c’est de parler un petit peu de toutes ces thématiques que vous brossez dans ce livre qui est vraiment super complet, qui est super intéressant. Et. Donc voilà, merci beaucoup d’accepter d’inaugurer cette émission. Et puis je te propose qu’on commence tout de suite.
Allons y, je suis en retard, donc moi je suis sur les chapeaux de roue.
Bon allez, tous les deux, on est direct dans le bain. Alors écoute donc, toi tu représentes le mouvement des soulèvements de la Terre. Bon, je dis mouvement, mais dans l’ouvrage, vous dites explicitement Nous sommes en mouvement, nous sommes aussi une coalition, nous sommes une organisation. Et je te propose qu’avant de rentrer plus, plus un peu plus fortement dans les sujets. Première question : comment est ce qu’on définit comment est ce que tu définis les soulèvements ? Comment est ce qu’ils sont et est ce que tu peux en dire un peu plus ?
Et bien les soulèvements de la Terre sont nés au sortir des confinements en 2021, de la volonté de rassembler, de réunir plusieurs forces en lutte sur les thématiques de la terre et de l'écologie et qui, nous semble t il, a pris isolément chacune face à leur propre impasse. D’un côté, il y a une grande diversité des luttes d’habitants et d’habitants du territoire contre tout un ensemble de projets toxiques, et ces luttes sont très vivantes, mais elle débouche parfois sur des victoires merveilleuses comme il y en a eu ces dernières années à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou contre des centres amazoniens, etc. Et puis des victoires futures qu’on espère arracher bientôt, comme sur les bassines ou sur certains projets autoroutiers. Mais on constate que ces victoires se cantonnait au champ du local, alors même qu'à la question à traiter de la catastrophe, du bouleversement climatique, du ravage écologique et une question globale, il y a aussi avait aussi la volonté de rassembler, en plus de cette force des habitants, de rassembler des camarades très. Impliqué dans le syndicalisme agricole, notamment à travers la Confédération paysanne qui menait et qui mène encore très activement des batailles contre des grands projets en défense de la Terre, mais aussi très important pour les travailleurs et travailleuses de la terre, pour leur revenu contre le libre échange. Et pareil, ce syndicat, il a arraché des belles et grandes victoires, par le passé. Je pense à la lutte contre les OGM ou d’autres encore, mais il se heurtait lui aussi à une impasse d'être de moins en moins écouté et avec une tentative par l’État de le capturer dans des logiques congestionnées. Il visait aussi ce mouvement à rassembler toute une jeunesse qui s'était retrouvée dans les rues pour les marches contre le climat qui s'était retrouvé, qui s'était politisé à travers ses marches, qui avait éprouvé la joie de se retrouver ensemble à plaint de ne pas aller au lycée le vendredi, etc. Mais qui c’est le mouvement qui s’est lui aussi retrouvé dans une certaine forme d’impasse à réclamer un peu des gouvernants, des politiques publiques qui en fait n’arrivent pas. Et on peut aussi présumer que celles et ceux qui ont précipité le désastre ne sont pas les mieux placés pour le traiter et y répondre. Et elle visait aussi à rassembler toute une frange de l’autonomie, de la radicalité politique qui a émergé en France depuis dix ans, et en particulier depuis 2016, qui a permis de faire revenir des pratiques, des pratiques de lutte qui étaient quand même au cœur, dans les années 70 ou pendant très longtemps, au cœur de notre histoire, des pratiques de blocages, d’occupation, etc. Et qui se heurtent, elles aussi à une forme d’impasse d’avoir généralisé, contribué à un retour en force de ces pratiques, mais sans avoir une perspective stratégique. Et tout du coup, le mouvement qu’on a constitué avec de plein, avec tant d’autres et avec toutes ces personnes là, il essayait sans dire qui, sans prétendre qu’il a la réponse à ces impasses, Ils essayaient au moins de réunir ses forces en se disant que peut être, ensemble, on pourrait essayer de déplacer chacune de ces lignes, chacun de ces plafonds de verre auxquels se heurtent les forces. Et effectivement, on parle de mouvement, mais en fait, c’est ni vraiment un mouvement, ni vraiment une organisation, ni vraiment une coalition. C’est un peu tout ça à la fois, c’est-à -dire à la fois dans les soulèvements. Il y a plein d’organisations, de syndicats qui participent aux événements, qui participent aux coordinations d’actions locales qui ont été là très fortement en soutien pendant la dissolution. Mais en même temps, il n’y a pas le côté vous voyez souvent dans les coalitions type coalition climat et tout, faut aller voir que chaque secrétariat de chaque organisation valide quelque chose. Ça fait des machines assez lourdes comme ça. Donc il y a ce côté coalition d’agréger plein de forces, mais sans avoir le côté bureaucratique de l’inter orgas. Il y a le côté organisation dans le sens où il y a des comités locaux, c’est structuré, il y a un logo, il y a des moments pour se retrouver, des assemblées annuelles, etc. Mais en même temps, il n’y a pas de carte, il n’y a pas, il n’y a pas de bureau. Si, voilà, c’est un petit peu. C’est un petit peu organique comme fonctionnement et ça essaie d’articuler des formes d’horizontalité, des luttes et aussi des enjeux où en fait, par exemple, quand on lutte aux bassines ou à la 69, bah faut que soient les gens du coin qui décide ce qui est faire, donc aussi des formes, un peu de verticalité on va dire. Et. Et donc voilà, c’est ni vraiment un mouvement, ni vraiment un organe, ni vraiment une coalition, ni vraiment une organisation. Et on espère qu’on est en train de construire un mouvement qui a pour caractéristique principale, par rapport à des mouvements qu’on a connu par le passé, de se donner son propre agenda. Enfin, souvent, les mouvements qu’on a connus les uns et les autres dans nos luttes passées, c'était en réaction à telle réforme, à tel texte de loi et tout. Et ces réactions défensives, elles sont éminemment nécessaires et il continuera d’y contribuer dans le futur s’il y a de nouveau des mouvements contre la loi retraite, etc. Mais là, l’idée, c'était de construire un mouvement qui se donne son propre tempo, qui se donne ses propres échéances. Et voilà, c’est un peu ce qu’on essaye de faire depuis trois ans avec le soulèvement de la Terre.
Ok, très bien, parce que tu poses plein de jalons qui vont dans des bases qu’on va justement prendre le temps de discuter ensemble, le temps de cette petite interview. Alors du coup, je le disais, actuellement, il y a cet ouvrage qui sort, donc première secousse aux éditions de La Fabrique.
mieux que tu montres cette caméra.
C’est bien, c’est artisanal.
Ben oui, voilà, naturellement, pas de moi, là. Est ce que tu pourrais ça ? C’est vrai que c’est un ouvrage qui est quand même à la croisée de réflexions très diverses. Il y a des réflexions stratégiques, des réflexions éthiques. C’est aussi une rétrospective simplement sur ce qui existe pour l’instant du mouvement. Est ce que tu pourrais. On continue nous dire deux mots sur un peu les intentions, la genèse de ce livre ?
Oui. Et bien cet ouvrage, il a été écrit par plus d’une quinzaine de mains. Il a été relu par relu, amendé, corrigé, âprement, discuté par tout un ensemble de camarades qui prennent part activement au mouvement. Alors ce n’est pas. Ce n’est pas à proprement parler un manifeste au sens où un manifeste, on s’attend à quelque chose de très court et de très affirmatif. C’est plus à une forme de retour d’expérience et de réflexion sur les trois ans d’existence de ce soulèvement de la Terre qui est jeune. Trois ans d’existence. Et l’idée, c'était que principalement le mouvement, il s’exprimait par des tracts, par des appels, par des communiqués où il fallait des moments d’adversité comme par la dissolution, occuper le terrain médiatique et se retrouver en terrain hostile. Mais ici, ce n’est pas le cas, on n’est pas hostile. Donc voilà, on avait des formes d’expression assez contraintes, assez courtes et il y avait l’envie de travailler un peu plus nos hypothèses politiques, de travailler un peu plus, de donner à voir aussi tout un travail d’enquête qu’on mène dans le cadre de penser les actions locales, des rencontres avec plein de luttes locales avec qui on organise des actes, des soulèvements de la terre. Et donc on s’est attelé à la construction de cet ouvrage. Et grosso modo, il est construit. Ça part de récits parce que l’idée c’est d’abord de raconter ce qu’on fait. Y a une phrase qui est un proverbe des camarades paysans du Poitou qui est dans l’introduction, qui dit Dans la vie, il y a les dessous, il y a les faiseurs. Et nous, on voulait vraiment partir de qu’est ce qu’on fait, qu’est ce qu’on fabrique ? Bruines et avoir un retour à la fois, se raconter l’intensité des beaux moments qu’on a vécu, etc. Et à la fois avoir un retour critique, réflexif sur les actions qu’on organise et les limites auxquelles elles se heurtent, les erreurs qu’on a pu commettre. Donc c’est vraiment partir du récit. Ensuite, depuis des récits d’actions, on essaie de tirer le fil de ce qu’on a appelé des hypothèses politiques noires. Comme je dis, ce n’est pas un manifeste, ce n’est pas un programme, il n’y a pas un plan tout déroulé à suivre. Mais par contre on se permet de formuler quelques hypothèses politiques qui nous animent. La première porte sur la question du désarmement. On y reviendra. La deuxième, elle porte sur la question du démantèlement du complexe agro-industriel. La troisième, elle, porte sur la dynamique de reprise de terre. Et la dernière, elle parle un peu de qu’est ce que c’est s’organiser ? Comment on essaye de trouver, de bricoler des formes d’organisation dans ce mouvement. Et puis en explorant ces hypothèses, forcément, on se heurte à ce qu’on a appelé des paradoxes qui ne sont pas forcément les paradoxes des soulèvements. En propre, je pense. C’est des paradoxes qui sont communs à plein de mouvements qu’on a pu vivre et qu’on vivra encore à l’avenir. Et donc l’idée dans cette partie paradoxe, ce n’est pas forcément de chercher à résoudre les paradoxes qu’on énonce sur. Sur le rapport à l’activisme par rapport à la frénésie activiste à passer plus de temps, à organiser une action pour faire un blocage de 4 h et s’interroger sur au-delà du symbolique, quel est son impact ? Qu’est ce que ça vient jouer dans le rapport de force politique ou sur la notion de confrontation ? Comment ? Voilà. C’est des paradoxes qui traversent tous les mouvements. Et l’idée n'était certainement pas d’avoir la prétention de les résoudre, mais au moins de les énoncer un peu clairement et de transmettre un peu les interrogations qui nous traversent à ce propos. Et puis les derniers petits blocs qui constituent ce livre, ce sont des positions et ce qu’on a appelé des positions. Et là c’est plus essayé de prendre parti dans le champ de l'écologie politique, où il y a quand même des lignes de fracture qui traversent l'écologie. Sur la question de la sacralisation de la nature sauvage, sur la question du rapport à l’État, sur la question du rapport au catastrophisme et à la contre expertise, et d’essayer un peu, là, de tracer des sillons et de dire nous, quelle ligne on tient là dedans et quelle est la singularité de la position qu’on défend depuis les soulèvements, la par rapport à d’autres mouvements écolos, connexes, alliés ou adverses ?
Mais carrément. Et du coup, en fait, j’ai l’impression que la première chose qui frappe en fait avec le soulèvement de la Terre, c’est compris dans le nom, c’est que vous ne vous positionnez pas en défenseur de la nature. Vous, vraiment vous. Vous vous appuyez sur le terme de la Terre et vous dites même cette phrase dans Tout au début du livre, vous dites faire redescendre l'écologie sur terre, c’est renoncer à sauver la planète. Tout ça mérite qu’on s’y attarde un peu parce que c’est quand même l’essence même du mouvement, puisque c’est compris dans le nom finalement. Il semblerait qu’aujourd’hui, quand on parle d'écologie, on va penser à des notions comme le climat ou justement la planète. Est ce que vous pensez justement que du coup vous soulèvent que ce type de vocabulaire ce n’est pas du greenwashing, c’est se condamner à l’inertie parce que c’est des notions très abstraites. Et à l’inverse, est ce que tu pourrais développer ce que recouvre pour vous la notion de terre ? Pourquoi ? Pourquoi ? Ça permet en fait d’ancrer l'écologie dans le concret et dans une acception intersectionnelle aussi que vraiment s’axer autour de cette notion de terre.
Alors bon, déjà on a choisi la terre comme angle d’attaque. Ce n’est pas pour dire que les autres angles d’attaque sont médiocres ou dénigrer les manières de faire ou de penser des autres personnes qui constituent l'écologie politique. Mais c’est juste l’angle que nous on a choisi pour plusieurs raisons. La première, c’est que la première c’est que y a quand même la volonté et il y a quand même une composante forte dans le mouvement qui est la classe paysanne ou la frange organisée de la gauche paysanne. Et pour nous, c’est extrêmement important. D’enraciner l'écologie et la cause paysanne. Parce que la question du soin de la terre, en fait, de qui, qui ? Comment prendre soin de la terre, y travaille pour répondre à nos besoins alimentaires essentiels. Elle est profondément liée à la question du devenir. De la question du devenir, de comment on va enrayer le ravage écologique et comment elle permet de se mettre à un niveau qui nous semble à notre portée. C’est-à -dire que quand on parle de changement climatique, global, etc. Souvent on va avoir tendance à se dire ouh là là, mais du coup, c’est déjà à l'échelle de l'État nation et des bureaucraties nationales. C’est très grand, très hors de notre portée. Qu’on essaye d’obtenir des choses à cet endroit, c’est long et laborieux et souvent inefficace, mais alors en plus souvent climatique. C’est global. Alors il faudrait, il faudrait des mesures mondiales, etc. pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et tout ça. Et nous, on a l’impression que pour se poser la question à cette échelle, je veux dire politiquement, pas en termes de réflexion, se poser politiquement la question à cette échelle, c’est se retrouver face à quelque chose de plus grand que nous, d’assez immense, et se plonger souvent dans une forme d’impuissance qui va, comme je disais un peu avant, faire que demander à des institutions, administrations, bureaucraties qui sont hors de notre contrôle de résoudre un problème qui est plus grand qu’elles. Et donc l’idée de repartir de la notion de la terre, en plus de l’alliance avec le monde paysan, on se dit que ça permet de recréer la question écologique avec la question sociale d’un côté et la question coloniale de l’autre la question sociale. Pourquoi ? C’est parce que la question de qui détient la terre ? A quoi elle est allouée, qui en est propriétaire, comment elle est répartie, distribuée ? C’est une question qui détermine beaucoup nos conditions de vie, notre accès à l’alimentation, au logement. Et donc la question foncière, la question de qui concentre, qui accapare, qui a entre ses mains les terres, Qui a entre ses mains aussi. Du coup, les terres agricoles que le sous-sol détient, le pouvoir infrastructurel, le pouvoir économique, etc. Donc la question de la terre, elle est profondément imbriquée avec la question de la lutte des classes, la question de la lutte anticapitaliste. Deuxième élément, elle est profondément imbriquée, comme je l’ai dit à la question de l'écologie, parce que, autant je peux ne pas avoir de prise ou me sentir en déprise sur l'état global du monde, les émissions à l'échelle mondiale, etc. Autant dans le monde alentour, autour de là où j’habite, avec plein d’autres, mes voisins, à l'échelle du quartier, à l'échelle d’un bourg rural, je peux m’organiser concrètement pour dire là, l’endroit où je suis et pas dans un repli réactionnaire. Pas en voulant. Ériger des frontières ou des barrières. Mais l’endroit où je suis, c’est l’endroit depuis lequel je peux agir pour faire telle ou telle rivière à côté de chez moi, telle ferme qui va partir à l’abandon ou à l’agrandissement. Je peux avoir une prise sur son usage en organisant avec d’autres dans des comités, dans des luttes de territoire pour le défendre. Et du coup, la question du soin, de la biodiversité, du soin apporté à la terre et tout, elle est profondément liée à cette question foncière. Et la terre. Elle est en proie à deux ravages qui sont d’un côté. L’artificialisation, le bétonnage, le fait qu’il y a plein d’hectares de terres qui sont englouties chaque année sous le béton et les. Et d’un autre côté, le l’accaparement des terres par le complexe agro-industriel qui va concentrer les surfaces dans des grandes fermes et à faire emploi de pesticides, etc. Par les géants du complexe industriel. On ne parle pas là des agriculteurs moyens, des petits agriculteurs. On pourra y revenir, j’imagine. Et le troisième élément auquel cette question de la terre est profondément reliée, en plus de la question écologique et de la question sociale, c’est la question coloniale. Et c’est le fait que tout notre mode de vie. Toute l’histoire du capitalisme, elle est fondée sur une vaste prise de terre coloniale. Celui qui a commencé il y a bien longtemps et qui se poursuit aujourd’hui encore un tout. Notre mode de vie repose sur ce que certains appellent les " fantômes" et où encore, quand on parle de la puissance médiatique principale aujourd’hui en France, la Bolloré en fait toute sa richesse. Elle est fondée sur des hectares et des hectares d’hévéa qui possèdent partout dans le monde. Et donc voilà. Et donc l’idée c’est que prendre la question de la Terre, ça fait qu’on n’est plus dans une approche environnementaliste, mais on est dans une approche d'écologie politique avec une portée et une ambition de cheminer vers un bouleversement radical qui prend en compte questions sociales, questions coloniales et questions écologiques et qui essaie de les articuler ensemble. Et dernier élément, c’est aussi que du point de vue de fait, on l’oublie souvent, mais à l'échelle mondiale, la classe paysanne, c’est quand même beaucoup de monde. Et à cette condition là, elle est très largement partagée. Et du coup, c’est aussi une manière de se rapporter à ces réalités là dans un dans une société où on a été pas mal mis hors sol. Et donc oui, cette question de la terre agricole, cette question du foncier, elle est très importante et c’est pour ça qu’on a mis au cœur de notre politique.
Nous verrons. Ce qui vous permet donc de passer de l'écologie à l'écologie politique. Mais si intéressant, c’est que tu parlais tout à l’heure du fait que vous avez exprimé pas mal de paradoxes dans ceux dans cet ouvrage et une des choses que vous soulevez quand vous questionnez justement cette question de terre. M. C’est que justement je dis un peu cette notion. Elle peut aussi faire écho à une rhétorique identitaire qui se placerait dans le registre de ce qu’on peut appeler l'écofascisme, par exemple, avec l’idée d’une nature qu’il faut défendre des envahisseurs. Voilà, vous vous dites que les terres qu’il soulève seront toujours des terres d’accueil. Et c’est un enjeu, justement, qui vous amène dans le livre à questionner un slogan qu’on entend très souvent qui est Nous sommes la nature qui se défend. Ce à quoi vous répondez oui, mais attention à ce qu’on met derrière cette notion de nature que vous vous prenez dans une acception bien moins figée. Et je trouvais ça intéressant parce que vous définissez la nature, vous prenez étymologiquement le fait que ça vient du participe futur du mot je ressens un score et du coup vous traduisez comme définition La nature désigne au futur l’ensemble des êtres encore à naître. C’est une puissance de surgissement. Est ce que vous pouvez nous en dire un peu plus de cette vision de nature à défendre et des points de vigilance que vous relevez justement par rapport aux trucs identitaires, etc.
Oui, bien, surtout là dessus, c’est que, en fait, il y a deux problèmes. Le premier, c’est qu’il y a une tendance à réactionnaire dans l'écologie qui est en défense du toujours ainsi, qui fantasme, sacralise une nature immuable et souvent qui serait intouchée, où il n’aurait pas d’usage très intouché, qui serait en dehors des rapports, des relations avec, avec le social, etc. Et il y a beaucoup de positions qui, au nom de cette sacralisation de la nature, beaucoup de tendances, de courants de l'écologie qui vont défendre des positions réactionnaires sur les questions par exemple de transidentité, sur l’idée certaines, une certaine idée de la conservation de la nature qui fait sans voire contre les habitants et les habitantes. Il y a d’un côté. De l’autre côté, il y a une espèce de réinvestissement de la question écologique par l’extrême droite. Voilà, avec toutes sortes de métaphores, toujours sur le thème de métaphores entre le social et la nature. C’est vraiment le vieux darwinisme social qui était au cœur des pensées fascistes au XXᵉ siècle. Donc voilà une genre de métaphore. En fait, on va nous raconter que le Grand remplacement, en fait, c’est un truc écolo parce que les gens, ils sont dans leur biotope, ils sont remplacés. Donc tout ce genre de foutaises hyper dangereuses. Et donc nous, vous voulez vraiment marquer une ligne de fracture là dessus ? Parce que, au-delà des gens qui sont caricaturalement d’extrême droite dans le mouvement écologiste, il y a des tendances réactionnaires qui sont quand même agissantes et qui se nichent dans cet imaginaire de la nature. Le deuxième élément qui est très important, surtout dans le contexte que traverse actuellement. C’est la nécessité de ne pas laisser la question de la terre et la question paysanne aux mains de l’extrême droite. Dans le sens où l’extrême droite, elle est en train, on l’a bien vu là, dans la séquence, il y a eu du mouvement agricole et on le voit bien dans sa longue tradition, écologie et tradition idéologique depuis Maurras. Voilà, c’est la terre qui ne ment pas. Le bon paysan qui est l’incarnation de la nation, etc. Et donc l’idée quand même, c’est aussi là dessus, comme le fait la Confédération paysanne et d’autres camarades, de montrer qu’il y a une manière anticapitaliste, écologique de se rapporter à la question paysanne et de ne pas laisser le monopole de la question de la terre agricole à l’extrême droite. Et donc ça, ça implique de penser des formes non réactionnaires d’enracinement, des formes qui à la fois s’ancrent profondément dans un territoire, mais à la fois sont profondément ouvertes, hospitalière pour les exilés, les personnes venues d’ailleurs et qui est qui et qui voient aussi dans l’endroit où elles sont le reflet de ce qui se passe partout dans le monde. Et donc voilà. Et donc dans cette partie, on essaye de traiter ça plus finement que je ne le fais là. Et donc j’invite vos auditeurs à aller lire cette partie, et vraiment, c'était important pour nous, vraiment, avec l’offensive en cours, comme disait l’offensive d’extrême droite, l’offensive transphobe. Alors, il y a plusieurs signaux. Et d’ailleurs, quand on va voir des camarades d’autres mouvements écolos ailleurs en Europe, on se rend compte qu’eux, ils n’ont pas de lien ou moins avec toute une frange de la classe paysanne, de la gauche paysanne. Et ils sont hyper curieux, ils sont hyper curieux de ça, de savoir comment ça se fait qu’en France on a ce lien là. Et c’est vraiment lié à l’histoire du mouvement paysan en France où depuis les années 60, il y a des paysans travailleurs. Là on fête cette année les 40 ans de la mort de Bernard Lambert qui a été quelqu’un de très important dans les mouvements paysans révolutionnaires. Et donc voilà, il y a tout un héritage qui est encore vivace grâce à la Confédération paysanne d’une classe paysanne qui n’est pas repliée sur elle-même et qui ne sert pas de marchepied à l’extrême droite. Et du coup, il y a toute une forme aussi d’anti fascisme rural à penser, à construire dans le contexte qu’on traverse.
Mais du coup, on va rentrer un peu plus précisément dans ce qui fait le cœur de vos luttes, avec tous ces points de vigilance en tête. Donc tu l’as dit, les axes majeurs que vous identifiez et que du coup vous développez dans cet ouvrage, c’est notamment en ce qui menace ce que vous indiquiez comme menace des terres à la racine vraiment d’avoir l’artificialisation des sols et l’accaparement des terres par le complexe agroalimentaire. J’aimerais du coup, commencer un peu par parler de la question de l’artificialisation de l’empire du béton que vous combattez. C’est intéressant parce que c’est un peu un angle mort en fait, des grands discours sur l'écologie, à l’heure où maintenant l'écologie est devenue un enjeu électoral fort et où elle peut être brandie dans le discours. Parce que, par exemple, là où sur la question de l'énergie, on va très souvent, on parlait de transition énergétique. Voilà pour ce qui est du béton, on n’entend pas tellement parler de ça. Ce n’est pas très mainstream de parler de transition. Voilà, il y a juste un peu. La seule chose qui peut se démarquer, c’est l’objectif zéro artificialisation nette. Et donc je me rappelle l’idée. D’empêcher la de réduire de moitié d’ici 2030, je crois, l’artificialisation des sols était complètement dans la loi climat 2021. A part ça, ça reste quand même un angle mort. Alors pourquoi ? Pourquoi le secteur du béton ? Pourquoi l’avoir mis au cœur de vos cibles ? C’est quoi ? C’est pourquoi c’est un enjeu prioritaire dans la défense des terres. Pourquoi c’est autant au cœur de votre stratégie ?
Alors je redis vite fait en deux mots que vraiment les angles d’attaque qu’on choisit, ça veut pas dire que ce n’est pas prioritaire. Et il y a plein de manières de prendre ces questions politiques et nous on présente juste l’angle d’attaque qu’on a pris nous. Mais c’est très bien qu’il y ait d’autres gens qui prennent d’autres camarades, d’autres mouvements qui prennent vos jambes d’attaque. Pourquoi la question du béton ? D’un côté parce que sur l’impact sur l’eau, sur la biodiversité, il est énorme. Parce qu’aussi, c’est un matériau qui est très structurant de nos formes d’existence. Mais après. Une des causes principales, elle est quand même ailleurs que dans l’histoire de ce matériau qu’on essaie de raconter, de déplier un peu dans le livre. Elle est quand même aussi dans le fait que, comme je l’ai dit au début, c’est un mouvement pragmatique qui essaie de rassembler des forces pour faire des actions. Et en fait, qu’est ce qui ? Qu’est ce qui relie un projet de zone commerciale dans le Sud à un projet d’autoroute à Rouen ? Un projet de centre Amazone ? Un projet de plate-forme logistique dans le 93 ? Qu’est ce qui relie en fait tous ces projets qui voient la métropole ? Se densifier, détruire encore plus de terres, etc. Et bien c’est cette filière qui est quand même une filière stratégique dans l’infrastructure métropolitaine. Et donc l’idée, c'était comment on peut réunir plein de personnes qui s’attaquent à des projets ça et là et se dire bah en fait. Tous nos projets y sont alimentés par cette même filière et le rapport de force, Il se fait doit aussi se faire à ce niveau là, à la fois en lutte chez nous contre tel projet, par une résistance, s’opposer aux travaux, par la contre expertise, les enquêtes publiques, etc. Mais aussi en mettant un autre plan, en déployant un rapport de force sur un mode plan qui est celui de la filière béton. Et. Et donc on décrit un peu dans le livre c’est quoi cette filière, comment elle fonctionne l’extraction du sable, les gravières, les centrales à béton, la redistribution par les toupies qui alimentent les différents chantiers. Et on raconte une série d’actions qui ont été menées par les soulèvements inter sur cette filière là. La première remonte à la toute première saison et c'était une forme de surgissement au port de Gennevilliers, qui est un peu le hub du béton dans la métropole francilienne, qui alimente l’ensemble des chantiers de la métropole francilienne. Et donc voilà. Et donc plein de gens sont venus occuper et ils ont désarmé une grande partie du site, etc. Et de cette action s’est prolongée une certaine dynamique. L’idée aussi dans cette grande filière, c'était de prendre Lafarge pour angle d’attaque, à la fois pour son poids dans le secteur et lui aussi à la position de fragilité d’image dans laquelle était cette entreprise suite à l’ensemble de ces malversations en Syrie. Et donc d’essayer de voir qu’est ce qu’on pouvait faire à cet endroit là, qui on pouvait réunir, comment on pouvait instituer un rapport de force là dessus. Donc il y a eu cette première action, j’ai pu. Et ensuite ça a inspiré d’autres groupes qui ont fait d’autres actions un peu partout en France contre Lafarge. Ensuite, il y a eu l’affaire Bouc Bel-Air, où des camarades ont été interpellés par la date l’année dernière qui, avec leurs accusations d'écoterrorisme, etc. Et en réaction à ça, le 10 décembre dernier, il y a eu une grande vague d’actions décentralisées. Une grande vague d’actions décentralisées qui s’est menée contre l’industrie du béton le 10 décembre dernier, avec plus d’une trentaine d’actions partout en France. Et peu à peu, on peut dire qu’il y a un front anti béton qui se constitue avec d’un côté ces actions sur la filière et de l’autre le fait de relier entre elles des luttes territoriales. Qui se pose ces questions là. Je pense à ce qu’on fait à Saint-Colomban contre les carrières de sable qui sont assez cruciales dans le déploiement de la métropole nantaise et la lutte qu’on mène là bas avec des paysans et des paysans, contre l’extension de ces carrières à la victoire récente qu’on a obtenu contre Lafarge. Et d’autres éléments sur cette question du béton. C’est aussi on n’est pas des écolo puristes moralistes, On est beaucoup quand même à avoir grandi dans du béton et à s'être attaché à des places, à des immeubles et tout. Et donc l’idée, ce n’est pas de dire voilà, c’est un matériau diabolique, il faudrait du jour au lendemain, en un claquement de doigt, se débarrasser du béton, notamment parce que toutes ces infrastructures, on a aussi un rapport de dépendance avec elles qui ne peut pas se rompre par magie. Et donc il y a l’idée, encore une fois, de le prendre comme un front de lutte, mais pas un pas comme un, comme une sorte de matériau à bannir immédiatement et à sortir de nos vies tout de suite. Et donc plutôt comme un front, lui, un endroit où on peut arracher des victoires, construire un rapport de force pour essayer de stopper l’artificialisation, de stopper la bétonisation qui n’est pas un hectare de plus de terre sous le béton aujourd’hui, par nos luttes quoi. Pas par les mesures gouvernementales. Et on voit bien que ce zéro artificialisation nette, non seulement c'était déjà de l’arnaque dans la loi, mais en plus on est en train de revenir dessus et ça n’empêche nullement les projets de fleurir partout. Il suffit de voir là, de sortir de chez soi, de prendre la route pour le constater. Et d’ailleurs, j’en profite pour redire aussi quand même que le dit suite à l’action du 10 décembre, il y a eu de nouveau des arrestations en Normandie suite à un surgissement qui a eu lieu là bas sur une infrastructure stratégique du béton. Et il y a un rassemblement de soutien bientôt. Mais je pense que tu vas nous retrouver sur le site parce que je n’ai plus la date en tête. Super ! Tu pourras mettre le lien dans le tchat, mais il y a un rassemblement bientôt pour soutenir les camarades qui ont été arrêtés suite à cette action et aussi cette sur réaction de l'État. Elle montre bien que peut-être qu’on a mis le doigt à un endroit qui était assez stratégique.
Pour moi, c’est vraiment l’idée de montrer de visu un secteur qui est très sûr, très significatif de la façon dont se structurent nos modes de vie. Peut-être que tu pourrais un peu nous parler de ce qui s’est passé, notamment ce week-end avec Green Doc, notamment parce que tu es là. Tu as bien expliqué que c'était intéressant. Vous avez dans vos actions vos visées différentes, des cimenteries, des hubs, etc. L’objectif, c’est vraiment de montrer un peu la chaîne de dépendance, de dépendance, les mécanismes qui font que tout ça se structure. Est ce que tu peux nous parler un peu de la lutte par rapport à ce qui s’est passé ce weekend et parler un peu de cette notion d’empire logistique que vous dénoncez par là ?
Je peux raconter brièvement ce qui s’est passé ce weekend. Après, je ne suis pas le plus qualifié pour déployer une critique pertinente. De la logistique, on en a tous et toutes, selon nos terrains de luttes, des niveaux de connaissance différents et je ne vais pas pouvoir être pertinent sur tous les sujets. Je préfère te le dire tout de suite. C’est le comité en pleine tempête qui a un comité local des soulèvements de la Terre qui est venu proposer de mener cette action qui a été inscrite au calendrier national des soulèvements inter. Elle nous semblait intéressante politiquement à plusieurs égards. Premier élément. L’endroit où ça se situe. Donc le plein de tempête, c’est le collectif du 93 et ça permettait un peu d’aborder les questions de racisme environnemental. Quoi, de comment, Comment ? Les. Les infrastructures toxiques sont concentrées comme par hasard, à côté d’espaces de relégation sociaux et raciaux. Et de mettre un peu le doigt là dessus. Si, comme le disait l’idée des AG, des soulèvements, c’est aussi de tisser des alliances au-delà du champ strict de l’environnementalisme. L'écologie au sens restreint. Et du coup, ça nous semblait hyper important. Quand les camarades, ils sont venus nous présenter ce projet de grande plateforme logistique en plus qui s’appelle Grinder.org, donc là, c’est vraiment la politique de greenwashing où on nous fait croire que tout va venir par fleuves, alors qu’en fait ça va être principalement des camions et où il s’agit de détruire un dernier petit espace de poumon vert dans ce département. Et en plus il y a toute la question des bords de fleuve aussi, qui est quand même un endroit à la fois sensible d’un point de vue biodiversité, mais aussi dans lequel peuvent se déployer, où se déploient des usages populaires. Donc voilà, l’idée c'était de mener une action pendant trois jours là dessus. Donc ça, c’est la première raison, la question du racisme environnemental. La deuxième, c’est que depuis les gilets jaunes et avant, il y a surtout depuis les gilets jaunes, tout de suite, toute une équipe qui bosse là bas, qui essaye de s’organiser politiquement. Ils ont des liens étroits avec les travailleurs et travailleuses de la logistique. Et du coup, il y avait l’idée. Il y a eu cette discussion le vendredi soir avec des travailleuses et travailleurs de ce secteur. Il y avait l’idée de discuter ensemble, de construire des ponts. De construire des ponts pour. Pour relier un petit peu le monde, Relier plus le monde du travail et les luttes écologiques. C’est pareil, C’est. On fait souvent de grandes phrases là-dessus. Ce n’est pas des choses qui se décrètent. On ne prétend pas avoir opéré cette jonction magique en quelque action, mais en tout cas poser des jalons pour construire ça, c’est un boulot de long terme. Et donc c'était le deuxième intérêt. De cette action. Et donc voilà, il y a eu un weekend, il y a eu quand même pas mal de monde pour un premier épisode sur une première lutte. C’est une première action contre ce projet qui était assez méconnu. Il y a eu à la fois des discussions, des balades naturalistes, une action naturaliste pour remettre le rendre le sable aux berges de la Seine.Mais voilà, une fois n’est pas coutume, et on est loin d’en avoir le monopole dans cette métropole qui est Paris, une très forte répression avec les dispositifs classiques parisiens. Grosse nasse et voilà. Et. Et donc voilà. Ce que je peux dire aussi sur cette question de Greenberg, c’est qu’à chaque fois qu’on va dans un endroit avec les soulèvements, on se lie à une lutte locale. Ce n’est pas juste un oneshot, ce n’est pas juste un coup d'éclat pour une fois comme ça. Et donc on va continuer avec les camarades du comité local, à suivre de près comment le projet évolue, sachant qu’il. Voilà qu’il est possiblement fragilisé. Si on enfonce le clou et que cette boîte qui fait Groundhog Weekend est très soucieuse de sa politique de greenwashing, elle est très soucieuse de son image. Elle n’a pas trop apprécié qu’il y ait une mobilisation écolo là dessus et donc on va essayer de continuer à insister pour voir ce que ça donne.
Affaire à suivre alors.
Ah, je vois plein de trucs dans le. Je ne sais pas si on y répond à un moment ou si on continue le fil à tout va.
Tu peux répondre.
S’il y a quelque chose qui t’interpelle, n’hésite pas.
Je pense bien, sinon on va y revenir.
On va y revenir après.
Il y a des gens qui se posent des questions sur notre financement. Non, on n’est pas financés par George Soros, manifestement, ni par d’obscurs mécènes. Si vous connaissez des mécènes, franchement, mettez leur adresse dans notre nom et on est financé par vous, les amis. Par Voilà, on a sur le site, il y a un lien à donner pour les soulèvements de la terre et du coup si vous trouvez ça chouette ce qu’on fait comme action, c’est ça qui nous finance. Et du coup il y a nul, il y a aucune multinationale de agro-industriel latino américain ou toute cette rumeur. Alors je ne sais pas, je la découvre là et je suis content de la découvrir même. Ok, mais manifestement on aurait beaucoup plus de moyens. Ici, si on était petit, on ne serait pas financé par ce type de chose. Donc voilà, on en a une cagnotte et je peux vous garantir qu’il y a eu beaucoup moins d’argent sur cette cagnotte que sur la cagnotte du flic qui a abattu Nahel.
Donc voilà les rumeurs.
On n’a pas de statut d’ONG ni rien. Et puis si possible de contribuer via une association à la vie du mouvement.
Tu comprends bien. Alors je crois que le lien a mis dans le tchat le lien pour faire des dons. Donc si vous voulez faire un don monétaire, vous avez le lien. Alors donc du coup, tu as plusieurs fois prononcé le mot " désarmement, c’est évidemment quelque chose sur lequel voudrais revenir, parce que c’est donc une tactique que vous développez très fortement. Du coup, dans cet ouvrage, vous expliquez que vous avez l’idée que c’est. Le savoir vient de l’agir et non l’inverse. Ce qui est très intéressant. Et du coup, au fil des actions que vous avez faites, il y a plusieurs piliers qui sont ressortis pour structurer vos actions ou vous en ont distingué trois particulièrement l’occupation, le blocage et le désarmement. Alors évidemment, dans un contexte où les luttes écologiques sont de plus en plus criminalisée et qualifiée d'écoterrorisme, c’est bien sûr pas un hasard que de qualifier ce qui parfois est appelé sabotage, etc. Par le terme de désarmement et d’aller beaucoup plus loin que de simples euh, ça va beaucoup plus loin que les pratiques en one shoot, mais c’est vraiment une hypothèse politique. Euh. Alors est ce que tu peux du coup un peu nous parler de justement cette hypothèse du désarmement et de ce que ça a induit justement d’appeler ça comme ça en termes d’inversion que ça opère sur la notion de violence qui du coup est renversée et n’est plus mis du côté des fameuses écoterroristes de l’autre côté du camp. Est ce que tu peux nous en parler ?
Bien sûr. Alors la première chose, c’est que comme tu disais, on s’efforce quand ça marche parce que des fois ça ne marche pas. On s’efforce à chaque fois de faire que l’action qu’on mène soit pas un simple défilé, un simple rassemblement, mais qu’elle ait un impact concret, que le réel soit un peu modifié après notre départ. Mais ça peut être des choses très anodines, comme par exemple la dernière manif à Clermont-Ferrand contre Limagrain, le fait de reboucher des drains qui assèchent la Limagne et qui après font qu’on est obligé de faire des bassines pour arroser les semences de maïs ou des armements plus conséquents comme il y a eu contre le béton ou sur les méga bassines. Alors ? Déjà, la première chose, c’est qu’on n’invente rien, c’est qu’il y a une longue histoire de pratiques. D’abord, il y a l’histoire du sabotage ouvrier qui est quand même quelque chose qui est très inspirant pour nous, qui n’est pas nouveau. Ça commence où ? Ça commence avec les Luddites, ça se prolonge au XXᵉ siècle. Je ne vais pas vous faire toute l’histoire du sabotage ouvrier, mais il y a quand même ce premier héritage d’ouvriers, d’ouvrières qui se disent pour bloquer l'économie. Une des idées, c’est de mettre un petit sabot, un petit sabot dans les rouages de la machine et de plein de manières différentes. Et notamment ces ouvriers ils ont l’avantage d’avoir la connaissance tactique et technique, surtout la connaissance technique qui leur permet de mettre ce sabot au bon endroit. Il y a un deuxième héritage, c’est celui des luttes paysannes où évidemment aussi toute la deuxième moitié du XXᵉ siècle, il y a eu plein d’actions paysannes. Je pense notamment aux mouvements paysans bretons ou aux mouvements paysans occitans qui ont eu recours massivement à des actes de sabotage. Il y a aussi dans les années 70 tout ce qui s’est appelé à l'écosabotage avec plus un angle d’attaque écologique. Et là on parle, on cite ce très beau communiqué d’un commando qui s’appelait le commando Ulrike Meinhof,et auquel on a appris de manière posthume que Françoise d’Eaubonne, qui est une grande penseuse de l'écoféminisme auquel elle a pris part et qui du coup, ce commando qui a été avant la mise en place d’une centrale nucléaire désamorcée et ça pompe effectivement dans le mouvement antinucléaire dans les années 70, et même plus récemment, il y a eu toute une pratique assez récurrente. Et donc, première chose, on n’invente rien, on ne prétend pas inventer l’eau chaude. Par contre, ce qu’on essaye de faire, c’est introduire une autre manière de dire ce qu’on fait avec cette notion de désarmement. C’est qu’en fait. L’idée dans ce mot, c’est de rendre explicite le sens du geste. Le geste, on l’invente pas, mais par contre on veut rendre son sens beaucoup plus explicite et. L’idée de la notion de désarmement, c’est de dire qu’il y a des infrastructures toxiques qui sont des armes de destruction massive contre le vivant et nous on les désamorce, on les neutralise. Et à faire ça, c’est une espèce de nécessité vitale, de jet de défense élémentaire. Et donc effectivement, c’est de retourner la charge de l’accusation de violence, de terrorisme. Donc l’idée du désarmement, c’est que, au-delà, donc c’est déjà fait de sortir de l’impuissance. Comme j’essayais d’avoir une prise de dire là, on a fait quelque chose et on repart d’une manifestation, d’un rassemblement. Il y a un il y a quelque chose qui ne fonctionne plus, qu’on repart. L’autre axe, c’est de rendre quelque chose visible. Le désarmement, c’est aussi un double. On prend un autre exemple dans le texte, qui est l’exemple du Front populaire de libération de la Palestine qui, dans les années 70, sabotage des pipelines et qui avait choisi cette cible à la fois parce qu’elle était stratégique et impactante, mais surtout parce que c'était la meilleure manière de matérialiser, de montrer. Ah voilà, là il y a un lien. Cette infrastructure, elle l’incarne. Elle matérialise le lien de complicité entre les États-Unis, le gouvernement israélien et des régimes arabes complices. Et donc. Et donc voilà. Donc du coup, désarmer une base à un moment, c'était dire ah mais oui, il y a une pompe. Le ministre de l’agriculture me disait oui, non mais c’est l’eau qui tombe du ciel, etc. Enfin même, même. Il y a un an et demi, ils disaient encore ça. Du coup, quand il y a un camarade de la Confédération paysanne qui sort le tuyau de la pompe avec d’autres qui l’amène devant la manifestation et qui essaie de la ramener avec une valise à roulettes devant le ministère, c’est pour montrer ceci Regardez, c’est bien de l’eau qui est pompée dans les nappes. On voit là, c’est aussi une opération de dévoilement. Et voilà. Et donc c’est un peu cette hypothèse policier qu’on creuse avec la notion de désarmement et. Et au début, c’est parti d’un jeu de mot sur béton armé des armements. Et puis ça s’est approfondi ensuite au fil, au fil des actes et. Et on pense qu’aussi, ce que ça permet de faire, c’est. Vous voyez en fait un sabotage ou un blocage. Ils peuvent être réalisés pour n’importe quel propos politique ou ça dépend de ce qu’on en dit, et là au moins ça désigne, ça a l’avantage, même si on ne va pas se débarrasser de ces vieux et magnifiques mots que sont blocage et sabotage. Mais ça a l’avantage de désigner pas seulement une pratique, mais en même temps son sens, sa signification politique.
Et d’autant plus fort quand derrière il y a des accusations d'éco terrorisme. C’est vraiment une riposte.
Et c’est une manière de se défendre. Ce que je rappelle quand même que le délit de sabotage en France et même fortement réprimé, plus fortement réprimé. En plus que délit de sabotage juridiquement se définit comme l’atteinte aux intérêts vitaux de la nation. Donc nous, on dit que nos intérêts vitaux, c’est de désarmer ces infrastructures là. Donc. Donc voilà, donc vous pouvez être poursuivi pour dégradations, etc. Voilà. Ou ça aussi a une fonction de défense juridique, même si même si, même si ce n’est pas l’objectif principal, c’est aussi un mouvement de défense juridique. Et non, on ne rembourse pas les sabotages mais on rembourse les camarades qui sont poursuivis pour ce type d’accusation. On rembourse, on soutient financièrement les camarades qui sont poursuivis pour cible l’accusation. Olivier, tu as l’air en forme camarade Olivier, mais excuse moi, ce serait de poser une nouvelle question.
Non mais si c’est pour continuer là dedans. Donc c’est la question des armements et la question de la violence. Et y a une autre réflexion que vous développez dans cette. Par rapport à la notion de violence, c’est justement ce grand débat qui agite toujours l'écologie politique, c’est celui de la non-violence, un sens où vous affirmez plusieurs choses. Vous affirmez d’un côté que vous votre reste et refuser le fétichisme de l’affrontement et de la violence. Et que tu l’as dit, vous visez vous et pas les corps, mais le matériel et ce qui menace. Voilà les conditions de survie. Mais vous opposez aussi une forme d’idéalisation de la non-violence qui consiste souvent oublier que les grandes luttes qu’on dit pacifistes ont souvent eu un versant, disons plus musclé. Et cette idéalisation aussi. La forme de non-violence en tant qu’idéologie par principe, contribue aussi, selon vous, à mépriser des formes de soulèvement, de résistance, de révolte qui sont souvent les derniers recours de celles et ceux qui sont les plus oppressés. Et. Et d’ailleurs toute cité Françoise d’Eaubonne, qui, vous le rappelez, elle, propose une notion qui est celle de la contre violence. Ce qui est super intéressant. Et vous dites aussi que vous voulez opérer une rupture franche avec l'écologie morale qui multiplie les injonctions. J’imagine que vous pensez au moment colibri, etc. Est ce que vous pouvez nous en dire plus un peu justement sur votre positionnement vis-à -vis de ce grand débat et la non-violence ? Et est ce que tu parles beaucoup de la répression policière, notamment celle subie ? Est ce que ça impacte vos réflexions à ce niveau ?
Alors grosse question à apprendre les choses dans l’ordre. Le premier. Première, première chose, c’est. Il y a eu pendant longtemps, dans le champ de l'écologie politique, l’espèce de consensus autour de la bonne forme politique. Ce serait la désobéissance civile non-violente. Donc, nous, on opère dans le livre une critique de cette forme là et je vais la dire de manière un peu abrupte, parce qu’on est le matin. En fait, pour se dire que. Pour transformer la société ou faire basculer le rapport de force. Pour saisir que le moyen le plus efficace, c’est de convaincre les gens qui sont au pouvoir et de se livrer. Parce que c’est ça quand même, physiquement à chaque fois à la police. Et de se livrer à la justice en cherchant à avoir un maximum de procès, en cherchant à se faire traîner par la police, il faut quand même occuper une certaine position sociale, quoi. Il faut quand même, je pense que tout le monde est loin de pouvoir se permettre ce genre de pratique. Et d’ailleurs c’est ce qu’on essaie de déplier dans la partie là, depuis un livre. C’est qu’en fait, tous les bouleversements radicaux qu’il y a eu dans le champ politique et sociaux, s' ils sont issus d’un rapport de forces dans lequel il y a une diversité, une complémentarité entre des pratiques et qu’en fait les pratiques de soulèvements populaires, c’est pas du tout massivement, loin de là, des pratiques qui respectent le cadre très étriqué de la désobéissance civile non violente. Ceci étant dit, dans une même manifestation, avoir des gens qui ont une pratique de s’enchainer je ne sais où ou de se faire traîner par les flics, d’autres qui ont une pratique, d’autres qui sont juste là pour faire nombre, d’autres qui sont là pour défendre le cortège. C’est ce qui va produire un rapport de force, une intelligence tactique et une capacité, une potentialité à éventuellement déborder le dispositif. Parce qu’il s’avère qu’entre nous et ce qu’on veut désarmer, il y a des policiers qui ont la fâcheuse tendance à toujours essayer de se positionner entre les deux. Donc l’enjeu, c’est comment détourner, déborder, esquiver ce dispositif. Et la bonne manière, selon nous, de penser ça, c’est de sortir du questionnement moral où en gros, souvent dans le champ de l'écologie politique, mais même dans d’autres luttes, ça va être oui. Est ce que c’est violent ou pas de casser une vitrine ? Oui. Est ce que c’est violent ou pas de se protéger de la police ? Oui. Est ce que c’est violent ou pas de jeter des cailloux sur des types qui nous tirent dessus avec des armes de guerre ? Nous, on pense que ces questions là, elles ne sont pas pertinentes. Elle nous enferme dans un débat sans fin et elles nous enferment dans un questionnement moral qui empêche d’avoir une réflexion stratégique. La réflexion stratégique, c’est on a un objectif, on veut empêcher le chantier de la 69, on veut empêcher un chantier de bassin. Comment ? Le terrain est configuré. Quelles sont les forces en présence ? Quelles sont leurs pratiques et comment on essaye d’agencer ça ? Des fois on se plante, des fois ça marche. Ça s’appelle l’expérience de la vie, quoi. Et. Et donc voilà. Et donc on nie, ou alors on refuse cette question morale et donc on ne va ni défendre la supériorité de la désobéissance civile comme forme la plus populaire dans l’opinion et la plus efficace. Comme il y a plein de bouquins qui relisent et qui déforment l’histoire des luttes, notamment des luttes anticoloniales et des luttes ouvrières, pour faire croire que c’est la non-violence qui a toujours marché, ni non plus dans une espèce de. De mépris pour ces formes qui diraient ouais, la manif elle est bien que si on a cassé un max de trucs et s’il y a eu un maximum d’affrontements. Et donc la question est celle de l’objectif politico stratégique. Et du coup, quels moyens peut-on mobiliser à cet endroit là ? Par exemple, à l’endroit de On est à Saint-Colomban, on lutte contre le maraîchage industriel, une carrière. Là, c’est de faire un blocage qui va être pertinent ce jour là. Ah là, on est sur un méga bassines avec un chantier, là, C’est faire un désarmement ensemble qui va être pertinent. Ah, il y a des gens qui ont différentes sensibilités, différentes capacités, différents rapport à la mise en jeu de leur corps dans des situations comme ça, comment on fait pour qu’elle, pour faire au maximum qu’on peut, qu’on prenne soin les uns des autres et que chacun, chacune soit à l’aise dans la forme qui est possible pour lui, qui est désirable pour elle ? Donc voilà, dans ce texte sur le paradoxe de la confrontation, ce qu’on questionne suite à l’expérience de sainte Soline, mais on pourrait le questionner à partir d’autres expériences qu’on a eues par le passé. C’est la frontalité, c’est ce qu’on questionne, c’est pas, Ce n’est pas tant la question de l’affrontement. Parce qu’en fait, à un moment donné, quand tu arrives à un certain état d’une lutte, un certain état du rapport de force, ce n’est pas juste en demandant poliment que tu obtiens des choses. Et. Et donc oui, à un moment donné, si t’es dans une usine occupée, faut défendre ton piquet de grève, rester à la ZAD. Il faut se battre contre les expulsions etc. J'étais dans une manif des gilets jaunes, il faut aller jusqu'à l'Élysée, c’est aller jusqu'à l’Élysée. Voilà donc. La question, ce n’est pas tant celle de l’affrontement qui, comme je l’ai dit à un moment donné, s’impose dans nos luttes. La question, c’est plus celle de la frontalité et de comment habité un affrontement asymétrique face à un dispositif policier qui est manifestement beaucoup plus fort que nous. Et comment essayer de mieux identifier les endroits où ce dispositif est faible et où on peut le détourner, le contourner pour franchir cet obstacle, pour atteindre nos objectifs politiques et stratégiques ? Et donc voilà, c’est un peu ce qu’on déplie dans ce paradoxe de la confrontation. Et c’est certain que ce qui s’est passé au niveau des bassins, c’est un assez bon exemple. On a eu toute une série de manifestations entre 2021 et le 25 mars dernier à Sainte Soline, où systématiquement on a réussi à esquiver le dispositif et parvenir à faire des gestes marquants qui ne valent pas que pour eux-mêmes. Ce n’est pas juste parce qu’il y a un coup de cutter sur la bâche que tu rentres et tu dis Youpi, on est trop forts, non ? Qui valent pour eux mêmes, qui valent plus que pour eux mêmes, qui valent dans le rapport de force. Parce que, en septembre 1021, première manif anti bassines, personne ne savait ce que c'était une bassine à part, à part quelques camarades paysans opposés, quelques agriculteurs pour et quelques personnes de Vendée ou des régions où il y en a qui ont déjà installé. Et donc la question c’est comment ça a permis d’instaurer un rapport de force et manifestation, un rapport de force global sur cette question là, pas seulement en Deux-Sèvres, mais dans l’idée d’instaurer un moratoire. Et donc là, ça, on en parlait vite fait dans notre chat un peu plus haut. Ce qui se passe, c’est que là, il y a eu un aller retour de réponse entre des manifestations où de plus en plus de personnes sont venues en plein jour, en plein désert. Des bassines dans quelque chose ont été de plus en plus nombreuses, qui faisaient de plus en plus de bruit. D’un autre côté, ces actions du jour, elles ont inspiré plein de répliques nocturnes ou plein de groupes dont on a aucune idée de qui ils sont et d’où ils viennent se sont mis à reconduire ce geste encore ce weekend là, pendant le passage de la flamme olympique dans la Vienne, on a découvert par voie de presse qu’une bassine avait été entièrement débouchée. D’ailleurs, je vous invite à lire leur communiqué. Il est assez humoristique et drôle et ils disent qu’on espère ne pas avoir perturbé, ne pas avoir perturbé la flamme olympique en faisant abstraction des communiqués très drôles. Et donc, l’articulation entre ces mobilisations de masse et des initiatives de petit groupe ont fait qu’aujourd’hui, le coût de sécurisation des bassines est tel qu’il y a des interrogations profondes au sein des irriguant au sein de la coopérative de l’eau sur la viabilité économique du projet. Parce que ça, c’est parce que le coût de l’eau cubes est considérablement augmenté par ces coûts. Sécurisation. Et du coup dans le rapport de force plus global. Parce que la bassine, c’est qu’un petit morceau de ce pourquoi on lutte dans le rapport de force plus global d’un changement de modèle agricole, d’une vraie agriculture paysanne nourricière, du retour de la polyculture élevage. Aucune perte, on perd chaque année des prairies, etc. Et bien là, cette action contre les bassines, elle a permis quelque chose et donc elle. D’ailleurs, vous allez tous venir le seize et le 21 entre le 16 et le 21 juillet dans le Poitou pour soutenir cette mobilisation là et continuer à la renforcer puisqu’on est encore là. Il y a encore beaucoup de luttes et de combats à mener pour obtenir non seulement des victoires sur place en Deux-Sèvres, en Vienne, mais aussi pour obtenir un moratoire national contre les méga bassines. Parce qu’il existe d’autres possibilités, d’autres solutions. Et donc, voilà. Et donc. Donc voilà, j’espère avoir répondu à ta question sur cette question du paradoxe et de la confrontation. Quand on dit refuser le fétiche de l’affrontement, ce n’est pas refuser l’affrontement. C’est que, en fait, le désarmement, la possibilité de déborder un dispositif policier y sont nécessaires et indispensables pour nos objectifs politiques. Et la question, c’est comment on met ça en œuvre intelligemment pour ne pas se retrouver aussi dans des moments de frontalité où en fait on se retrouve avec nous. Trop de blessés, une répression qui est trop forte et où. Et donc c’est un peu les leçons qu’on a essayé de tirer de tout ça, je souligne. Deux Il y a eu plusieurs textes qui sont parus là dessus et. Et du coup, pour la prochaine mobilisation des bassines en juillet, ce qu’on va s’efforcer de faire et ce que s’efforcent de faire toutes les organisations et les mouvements qui participent à l’organisation de ce moment, c’est plus que se focaliser ce qui restera plus que se focaliser sur tel chantier et essayer de rayonner sur l’ensemble de la filière et du système. Bassine part par un ensemble d’actions sur deux jours pour mettre à jour différents rouages et du coup plus rayonner à ces différents endroits et ainsi ne pas être tous et toutes concentrées au même endroit dans quelque chose de très frontal, mais essayez vraiment de s'étendre sur toute la filière. Et voilà, on espère que vous serez là pour cette nouvelle action.
Il y en a sûrement qui vont marquer ça dans leur agenda
Si je suis trop long dans mes réponses, c’est que moi je me perd un peu
En fait, tu es parfait tu. Me donnes des perches, tu vois la question.
C’est aussi J’essaie d’avoir un œil sur le sujet, c’est très bien. Il y a eu un grand débat sur Il y a eu un débat sur la transidentité tout à l’heure. Merci aux camarades qui mettaient des ressources pour donner de bonnes informations.
Le tchat c’est très bien, maintenant c’est Damien. D’ailleurs tu me tend une perche pour la suite parce que tu développes qui sont des méga bassines et c’est le moment où on va pouvoir un petit peu parler de la question du complexe agro-industriel. Donc quand je parle de complexe agro-industriel, je reprends vos termes. Bien souvent on entend parler de l’agro-industrie, Vous, vous avez plus envie de complexe agro-industriel. C’est peut être quelque chose que tu pourras d’ailleurs nous expliquer un peu. Alors c’est intéressant parce que comme tu nous dis depuis le début, vraiment, les enjeux agricoles, la défense du monde paysan, c’est vraiment à la base de l’ADN, des soulèvements de la terre. Et pourtant, quand on touche à ces sujets-là, ce ne sont pas seulement les soulèvements, c’est de manière générale les luttes écologiques qui parlent de résilience alimentaire, qui parle de l’agroécologie, etc. Tout de suite, ils sont pris dans l’enclave d’une espèce de nids, un clivage entre écolos d’un côté et agriculteurs agricultrices de l’autre. Une espèce de clivage qui semble en écouter beaucoup de discours absolument irréels, incontournables. Et vous, vous affirmez quelque chose ? Vous dites que l’opération politique qui consiste à opposer de manière binaire agriculture et écologie urbaine vise d’abord à empêcher l’advenue d’un soulèvement. Alors j’aimerais bien qu’on parle un peu de ça. Est ce que tu pourrais nous expliquer dont on a beaucoup parlé, notamment vos liens avec la Confédération paysanne ? Est ce que tu peux un peu plus nous parler de la teneur de vos alliances ? Comment se passent ces alliances et pourquoi et comment dépasser ce clivage écolos VAE vs agriculteurs agricultrices ? Pourquoi est ce qu’il est artificiel ce clivage ? Et en même temps comment on fait pour éviter l'écueil qui existe aussi de l’autre côté d’une écologie qui peut être en effet déconnectée des réalités réelles, réalités réelles des travailleurs et travailleuses de la terre ?
Ok, c’est une grosse question, elle me tient à fond.
Je me sens au courant.
Qu’on n’est pas chez les cons ici.
Elle me tient.
Vraiment pour une première c’est top.
Ah bah tant mieux,
Ca nous tient beaucoup à cœur. Donc si je rentre dans un tunnel, vous me dites déjà le premier. Ouais, c’est ça. Le premier élément, c’est que parmi nous, il y a pas mal de gens qui ont épousé le métier de paysan ou paysanne. Soit parce qu’ils sont installés dans des fermes qui font de l'élevage ou des céréales, etc. Soit certains ou certaines qui sont plus sur un rythme saisonnier ou d’estive, etc. Mais ce n’est pas juste une question d’alliance, c’est aussi qu’il y a des paysans et paysannes parmi nous qui prennent une part très active au mouvement. Par où commencer ? On va commencer par le mot que tu as employé dans un complexe agro-industriel. Ce n’est pas nous qui avons introduit ce concept, c’est nos camarades de l’Atelier paysan. Je vous invite à lire leur livre Reprendre la terre aux machines, qui est vraiment très inspirant et limpide. Oui, il y a des céréaliers parmi nous, mais des petits céréaliers. Qui sont qui ? Qui font de la boulange, des galettes, etc. Alors je répondais autre chose qui est limpide dans ce livre de l’Atelier paysan. Je vous invite à lire, je vais essayer de déplier. C’est quoi le complexe agro-industriel rapidement. Ce concept est inspiré du concept de complexe militaro- industriel. Alors ça veut dire quoi un complexe ? Ça veut dire que c’est compliqué. Et pour nous, le complexe agro-industriel, il a trois piliers. Il y a un premier pilier qui est tout ce qu’on va appeler les industries de l’amont, donc les industries de l’amont. Je pense par exemple aux équipementiers, aux fabricants de tracteurs, aux fournisseurs de pesticides, herbicides, fongicides, etc. Il y a tout ce qu’on appelle les industries de l’aval, donc les industries de l’aval transformation, agroalimentaire, grande distribution, etc. Et nous, ce qu’on dit, mais on n’est pas les seuls à dire ça, c’est que les travailleurs et travailleuses de la terre, les paysans et paysannes, y sont pris en étau entre ces industries de l’amont et ces industries de l’aval qui leur arrachent leur capture, la valeur de leur travail. Mais il y a un troisième élément de ce complexe agro-industriel qui n’est pas des moindres, c’est l’État qui est partie prenante de ce complexe agro-industriel. C’est lui le troisième acteur et l’État par sa politique agricole. Je ne vais pas revenir sur l’histoire de la PAC depuis le plan Mansholt en 61, etc. Parce que pareil, je vais faire des tunnels, mais en gros, l’État, il a un rôle extrêmement structurant par tout un ensemble d’administrations, d’aides par tout le secteur de l’enseignement agricole, par tout un ensemble de subventions. Là les bassines par exemple, on voit la part de subvention publique, c’est vraiment ahurissant. Donc ce trio industrie de l’aval, industrie de l’amont, État, pour nous, c’est lui. C’est ça qu’on appelle le complexe industriel. Et qu’est ce qu’il fait ce complexe industriel ? Il fait plusieurs choses. La première chose qu’il a faite historiquement, c’est de détruire la paysannerie et la classe paysanne, c’est de détruire du coup un métier, une culture. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui il y a plus que 1,5 % de la population qui est chargée de nourrir tout le reste. Comment on peut ne pas se retrouver dans une société dysfonctionnelle quand 1,5 % de la population est chargée de nourrir tout le reste ? Comment on peut ne pas avoir des modes de production sur intensifs qui détruisent la terre et l’eau quand c’est seulement 1,5 % de la population qui est chargée de la restauration et donc le complexe agro industriel, il a d’abord servi à ça réduire le nombre de fermes, réduire le nombre de paysans et paysannes, concentrer les fermes dans un nombre sans cesse et les terres dans un nombre sans cesse plus réduit de sociétés dans les mains d’un nombre sans cesse plus réduit d’accapareurs. Et donc c’est le premier élément qu’il faut avoir en ligne de mire. Deuxième élément, c’est que cet ethnocide culturel de destruction de la classe paysanne, il est assorti d’un écocide. Et voilà ! Je ne vais pas vous faire tout le topo sur Rachel Carson, les oiseaux, l’eau, les pesticides, tout je pense. On est tous maintenant hyper informés de ces choses là et ce n’est pas la peine de le déplier longtemps. Mais en tout cas, voilà le complexe agro-industriel, c’est un instrument majeur du ravage et bien au-delà de la simple question des émissions de gaz à effet de serre. Le deuxième élément qu’il faut bien saisir, c’est. La question de dépasser le mythe de l’unité du monde agricole. Il y a un mythe qui est incarné par la FNSEA, qui est évidemment un acteur majeur de ce complexe agro industriel. Et ce mythe, ce serait que tous les agriculteurs agricultrices, tous les paysans et paysannes soient dans le même bateau, seraient dans le même bateau. Et ça, pour nous, c’est une connerie, c’est une connerie. Pourquoi ? Parce que mon voisin qui est éleveurs laitiers, il n’est pas dans le même bateau qu’Arnaud Rousseau. Ce n’est pas vrai. D’un côté, il y a un type qui cumule des aides des terres du capital et qui a un revenu complètement délirant. Et de l’autre, il y a mon voisin en laitier qui en fait, qui en fait gagne à peine plus que le RSA en trimant tous les jours. Donc en fait, il faut bien comprendre ce que cherche à dissimuler la FNSEA avec la pensée corporatiste de l’unité du monde agricole. C’est la réalité d’une très forte disparité et employant le mot d’une lutte des classes au sein du monde agricole. Au sommet de la pyramide, on a la grande bourgeoisie du complexe agro-industriel, les Arnaud Rousseau, les maraîchers nantais, c’est pas les petits maraîchers nantais, c’est quelques grands patrons de l’agroindustrie. Et eux, ils ont intérêt à continuer à ce qui est de moins en moins de petites exploitations et à concentrer plus de terres. Et eux, ils sont là. Ils sont en train d’absorber peu à peu tout leur voisin et eux, ils sont sur les starting blocks parce que là, il y a la moitié des exploitants et des exploitants agricoles qui vont partir à la retraite dans les dix ans. Et déjà, ces accapareurs là, ils sont en train de se frotter les mains, de regarder comment récupérer ces terres et encore plus s’agrandir. Donc ça, c’est le sommet de la pyramide. Tout en bas, il y a des petits exploitants qui sont dans la galère, qu’ils soient en bio ou pas, n’est même pas la question. C’est vraiment une question de revenu et de revenu qui est sapé, qui est capturé par le complexe agro-industriel et qui est sapé aussi par le libre échange, par les accords de libre échange. Et au milieu, il y a plein d’exploitations moyennes, plein de fermiers moyens. Qui celui- là suppose peuvent basculer. Alors ils ne vont certainement pas basculer du côté de la grande bourgeoisie agricole, mais politiquement peuvent basculer soit du côté du corporatisme. FNSEA soit du côté des luttes paysannes et tous ces travailleurs et travailleuses de la terre. On nous fait croire que leurs intérêts sont opposés à ceux de l'écologie politique. Mais en vérité, la condition de possibilité de leur travail, c’est la défense de la terre et de l’eau. Là Pourquoi il y a besoin de méga bassine en dessert ? C’est parce qu’on veut continuer à faire du maïs et la céréaliculture intensive dans un endroit où à terme, avec le changement climatique, ça ne va plus être possible. Et au lieu de faire revenir des prairies, au lieu d’installer des éleveurs et des éleveuses paysannes, on continue la fuite en avant avec cette manipulation en disant bah voilà, vous avez des problèmes d’eau, ce n’est pas grave, on va faire des méga bassines, on va pomper encore plus, encore plus vite. Mais pendant quelques années, ça va vous permettre encore de cracher du maïs et des céréales pour en exporter une grande partie et pour en destiner une immense partie, voire la majorité selon les régions, à de l’alimentation pour de l'élevage hors sol. Donc voilà, il y a cette lutte des classes internes au monde agricole. Alors maintenant, qu’est ce que ça voudrait dire démanteler le complexe agro-industriel ? Parce que, quand on parle du fait que l'écologie c’est démanteler des choses dont on est dépendant, là on met le doigt sur quelque chose de très important. On prend un exemple dans le livre et je pense que c’est en train de se reproduire en ce moment en Kanaky. Voyez souvent ce qui se passe dans les colonies est exemplaire de manière plus visible de ce qu’il nous arrive ou est en passe de nous arriver. Prends un exemple dans le livre qui est le mouvement des gilets jaunes à l'île de la Réunion et un mouvement social en Guyane en 2017. Donc c’est une grande lutte. Il y a plein de blocages, le port, l’aéroport sont bloqués, etc. C’est des mouvements très forts, très puissants et en quinze jours tout est paralysé, l'économie est paralysée et les rayons des supermarchés se vident et les rayons du supermarché se vident. Et toutes les daronnes en fait commencent à dire mais comment ? Comment on va faire la pour qui ? On veut continuer le mouvement mais là matériellement, concrètement, on n’a pas les moyens de se nourrir. Et à la Réunion, bien plus encore que la répression policière, plus encore que les miettes concédées par le ministère de l’Outre mer. Ce qui a fait chuter le mouvement, c’est ça. Et du coup, qu’est ce que ça voudrait dire démanteler ? Qu’est ce que ça veut dire démanteler ? On part de ce constat là. En fait, démanteler, ça vient d’un mot en vieux français qui est le mot en mantelet et en mantelet. Qu’est ce que ça veut dire ? C’est construire une fortification autour d’une ville. Nous, on formule l’hypothèse que le complexe agro-industriel, c’est une des fortifications principales du capitalisme. Donc une des fortifications principales du capitalisme. Ça veut dire que si on veut provoquer et susciter un bouleversement radical, il faut casser cette fortification. Alors on n’a pas à casser. Qu’est ce que ça veut dire cette fortification ? Ça veut dire agir de l’intérieur et de l’extérieur. De l’intérieur. Pourquoi ? Parce qu’en fait. Il y a les luttes paysannes, des luttes paysannes pour le revenu, contre le libre échange, mais le complexe agro-industriel, on l’a décrit tout à l’heure, ce n’est pas que les exploitants agricoles qui le font tourner, c’est les ouvriers et ouvrières de la chimie, c’est de l’ouvrier ouvrière de la chimie ou de celui qui est sur une chaîne d’assemblage John Deere, jusqu'à la caissière de supermarché qui fait biper vos marchandises. Eh bien, tous ces travailleurs là, c’est des travailleurs et des travailleuses du complexe agro-industriel. On a besoin d’appuyer leur lutte à l’intérieur même de cette fortification. Parce que déjà parce que c’est juste, mais aussi parce qu’ils ont les compétences techniques pour construire d’autres choses ensemble. Il y a des luttes autour de cette fortification qui ne sont pas des luttes des travailleurs et travailleuses du complexe industriel de l’intérieur, qui ne sont pas des luttes d’ouvriers agricoles ou ouvrières, de la chimie,. C’est les luttes contre les fermes usines. C’est la lutte pour l’eau, c’est les luttes contre les OGM. Et donc l’hypothèse de faire converger ces différentes lui de faire confluer ces différentes luttes autour de la perspective d’un démantèlement du complexe agro-industriel. Ça devient une question concrète. Encore une fois, il ne va pas y avoir une loi, pas y avoir un type qui va se réveiller un matin, un gouvernement qui va dire Ah, je décrète le complexe industriel démantelé, va pas y avoir un moment où on va apprendre Dassault chez Arnaud Rousseau et on va dire ça y est, maintenant il y a plus de complexe industriel, non ? C’est un processus. Le démantèlement, c’est un processus et c’est un processus concret. C’est un travail manuel, c’est un travail d’apprentissage. Ça implique de se poser des questions hyper concrètes, d’apprendre des savoir-faire et des savoirs, défaire des savoirs faire. Comment abattre ses bêtes à la ferme ? Comment cultiver des céréales, un moins gourmand en eau, comment réimplanter une prairie, comment planter des haies, etc. Et des savoirs défaire ? Comment démonter la pompe d’une méga bassine ? Comment arrêter un train de maïs à destination d’une ferme usine, etc. Et donc la perspective du démantèlement du complexe agro-industriel, implique d’un côté un rapport de force contre cette agro-industrie en complicité avec une frange des travailleurs de ce secteur et de l’autre, une floraison de savoirs alternatifs, de nouvelles installations paysannes, etc. Et du coup, c’est l’articulation entre offensive et alternative. C’est cette belle phrase de l’atelier paysan qui dit nos luttes, c’est super, nos alternatives, c’est super, mais elles ne suffisent pas. Du coup, voilà comment cette hypothèse de s’organiser ensemble, de se retrousser les manches, de mettre les côtes et les bleus de travail et pour apprendre les savoirs faire qui vont nous déprendre de la dépendance au complexe agro-industriel et apprendre les savoirs défaire qui vont nourrir nos luttes contre cette industrie et instaurer un rapport de force qui fait qu’elle recule, que son emprise sur nos vies recule. C’est un peu ça l’hypothèse du complexe du démantèlement du complexe industriel. Et c’est un peu ça qu’on essaye d’expliquer dans le livre. Et ça, pour conclure. Un peu, de démanteler le complexe agro-industriel. Démanteler une filière, ça implique de l’enquête, de la comprendre, ça implique un sens du discernement. En vrai, il ne s’agit pas d’aller dans n’importe quelle ferme de vos voisins, chez des exploitants moyens qui sont, qui sont. Qui sont écrasés par ce système, qui se fait voler leurs revenus. Tout. Il s’agit de cibler les méga coopératives, les grandes sociétés. Il s’agit d’enquêter minutieusement, de discerner, de discerner ce qui relève du complexe agro-industriel, de ce qui relève du travail des fermiers. Et c’est ça l’hypothèse du démantèlement. Et c’est ça qui qu’on essaye de porter. Et c’est pour ça notamment qu’on a identifié les bassines comme un maillon faible qui appartient à des coopératives. Et oui, camarade eau de vie, tu dis c’est grave de saboter la souveraineté alimentaire française. Mais en fait il y a une différence entre souveraineté alimentaire et autonomie alimentaire. La FNSEA quand elle parle souveraineté alimentaire, elle parle de balance commerciale, elle parle de combien de céréales on a importé mais combien de fruits et légumes on importe. Alors c’est sûr, c’est sûr que la terre est basse. C’est sûr que pour faire ça, il faut qu’on soit plus nombreux et plus nombreux. Ah ah Faire du travail paysan, ce n’est pas la seule solution, c’est quand même une espèce de nécessité. Et donc voilà du coup, l’idée d’autonomie alimentaire, ce n’est pas la même que celle de Arnaud Rousseau et des autres qui sont là. Combien en exportent ? La balance est positive et c’est tout. Donc on est, on, on l’a bien vu pendant confinement, on a bien vu avec, on le voit bien avec des qu’il y a des moments de crise. On voit bien que cette souveraineté alimentaire c’est de la poudre aux yeux.
Il y avait cette question d’autonomie alimentaire qui doit vraiment. Et non pas de souveraineté mais de l’autonomie alimentaire, de vraiment montrer que c’est le clivage écolos agricultrices. Et il est vain puisque de toute façon c’est une question d’autonomie pour tout le monde, une question de survie qui dépasse les simples enjeux de la FNSEA, etc. Et c’est là dessus que vous pariez pour faire en sorte que cet enjeu soit approprié pour au-delà.
Ben à la fois en veulent dépasser ce clivage à la fois on ne peut pas faire comme s’il n’avait pas une réalité. Et cette réalité, elle est d’abord culturelle. C’est que. Il y a. Il y en a une. C’est pour ça qu’on parle de complexe agro-industriel depuis tout à l’heure. Je ne vous dis pas les agriculteurs, les exploitants. C’est qu’en fait il y a une manière de l'écologie morale de dire ouais, franchement, les agriculteurs ils sont trop con, ils mettent des pesticides. Ouais, franchement, les profs et ils ne trient pas leurs déchets tout ça. Ne nous, ça ce n’est pas notre ligne. Du tout. Et on pense que ce genre de discours, des petits gestes et de la responsabilisation individuelle est là. Elle est nocive pour l'écologie et elle et elle la coupe, elle la coupe de la perspective d’un ancrage populaire. Donc. Donc voilà, ça c’est hyper important pour nous. Donc, ce clivage, il est culturel parce qu’en fait. Les agriculteurs et actrices sont de moins en moins nombreux de plus en plus critiqué. Et donc il y a un réflexe. Le réflexe corporatiste y marche parce qu’il y a un imaginaire de citadelle assiégée. En fait, tout le monde déteste. Personne ne comprend la rudesse de notre métier et donc on va s’identifier à ce qu’il nous décrit. Ça, c’est Hugo Mercier. Il l’explique très bien dans un podcast où je me rappelle plus le titre. Il l’explique très bien. Il interroge le camarade d’atelier paysan Hugo Mercier. Il l’explique très bien. Il dit Mais comment ça se fait que je dis ça ? Moi aussi j’ai une casquette, j’allais dire chez moi, mais qu’on a des casquettes jaunes. Dire qu’on s’identifie à ce qui est, ce qui en partie nous détruit. Et donc il y a l'écologie. Elle doit sortir du registre moral et elle doit s’ancrer dans des alliances paysannes, dans les alliances avec les travailleurs et les travailleuses. Alors elle doit. C’est pas ça ne se fait pas en un claquement de doigt. Comme je disais, c’est un truc qui se construit, mais ça exige une vraie attention. Et ça exige une vraie attention. Et ça exige une vraie connaissance. Et ça exige de se donner les moyens de l’enquête pour comprendre, pour comprendre, pour comprendre un petit peu les ressorts de ce qui fait que ce système tient. Et donc une des manières de dépasser ce clivage, c’est déjà de changer de discours.C’est aussi de renforcer nos alliances avec l’atelier paysan, les camarades de la Confédération paysanne. D’aller à la rencontre, comme beaucoup parmi nous l’ont fait, d’aller à la rencontre sur les piquets qu’il y a eu pendant le mouvement de colère agricole. Ne pas juste dire « ouh là là c’est sale », c’est des fachos comme pendant les gilets jaunes. Certains faisaient mais d’aller. D’occuper le terrain, de rencontrer les gens. Même si ce n’est pas facile, même si des fois ça fait des engueulades, même si ça implique un peu de courage physique. Mais voilà, ça c’est. Et voilà. Je crois que j’ai répondu à ta question.
Oui, carrément, merci à toi. Là, tu as mis le doigt sur quelque chose dont je voulais aussi un peu parler et tu as dit que du coup il va y avoir de moins en moins d’agriculteurs et d' agricultrices. Et en effet, dans les prochaines années, là se profilait une grande, une grande, une vague massive de départs à la retraite, en plus des agriculteurs et agricultrices, ce qui rend plus que jamais d’actualité le l'étranglement foncier, si je puis dire, que subit le monde agricole, le monde rural en France ? Et alors ? Peut être que tu pourras nous dire quelques mots là dessus. Et lorsque je vois intéressant quand même que grâce à ce livre, on découvre une phase qui pourtant vraiment à la base, monétaire, mais qui est beaucoup moins médiatisée, la question de la reprise des terres, Non. Quand on parlait dans les médias des solutions monétaires, on parlait tout de suite des actions directes de masse. Mais les soulèvements de la Terre, ce n’est pas que des actions directes de masse, c’est aussi une réflexion sur la question de la reprise des terres. Et, et là, il y a un parti qui en a besoin. Merci beaucoup David et on ne mourra pas déshydraté grâce à toi.
Ça ne manque pas d’eau.
Mais en fait de l’eau il en est un commun. Et ouais, il y a plein, plein de pistes que vous dégagez. Encore une fois, on comprend bien que ce n’est pas vous, Vous dites pas, Il y a une façon de faire, mais il y a plein de petites villes qui sont qui sont soulevées par le livre monétaire. Qu’est ce que tu pourrais nous expliquer cette hypothèse de la reprise des terres déjà en nous, on veut nous l’introduire un petit peu avant d’aller plus loin.
Ouais, non, ma maman, ça va. Alors ? Alors je vais partir de ce que tu dis et du chat. Donc il y a quelqu’un qui parle de terre, de lien dans le chat et d’autres personnes qui parlaient de la Pâque avant. Bon, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’on est, comme je le disais, du fait du complexe agro industriel. On assiste à un phénomène de concentration foncière. Ce qui renforce ce phénomène de concentration foncière. C’est que les aides PAC sont à l’hectare. Donc plus t’es gros, plus tu touches d’aides. Elles sont, elles ne sont pas orientées sur d’autres critères. Il y a deux critères. Il y a les DPB. On va rentrer dans les détails ici, mais ce sont des aides à l’hectare du coup qui encouragent une course à l’agrandissement. Ensuite le phénomène de concentration foncière s’accentue et il va s’accentuer. Comme tu l’as dit, du fait de ces départs à la retraite, il y a tout un ensemble de montages sociétés qui permettent à un petit nombre d’individus qui ont souvent plusieurs dizaines de sociétés, qui touchent souvent des chiffres délirants, tandis que les autres n’ont pas de revenus, de concentrés les terres et de continuer à les orienter de plus en plus dans un mode productiviste agro-industriel. Alors cette question foncière, cette question de la reprise de terres, si on a du mal à la faire émerger dans l’espace public, c’est aussi parce qu’on a du mal à faire des actions visibles sur ce terrain là. Pour le dire simplement, quand on a créé les soulèvements de la Terre, un de nos rêves, c'était de se dire qu'à un moment donné, on va faire une action à plusieurs milliers et on va empêcher une opération de concentration ou transfert agricole. On va installer un collectif qui ferait l’agriculture sur plein de terres et tout ça. Si ça nécessite énormément de travail dans mon travail, parce que c’est une chose de faire un calendrier d’action national. Avec pour but de lutter contre différents projets. C’est autre chose de mener un travail foncier conséquent, un travail foncier conséquent, un travail conséquent sur la question, de déclencher une dynamique, un processus de reprise de terres. C’est quelque chose de très local et qui se joue sur le long terme, qui se joue vraiment sur le long terme. Et parce que oui, effectivement, partout, entre guillemets, il y a des terres qui se libèrent, donc des terres à reprendre. Mais en même temps, ça, ça nécessite plusieurs choses, ça nécessite la. Ça nécessite déjà en premier lieu un travail de veille foncière, un travail de veille foncière. Cela veut dire que dans le département ou avoir une connaissance très fine des différentes exploitations qui partent à la retraite qui est susceptible de s’agrandir, comment ? Qui est susceptible de s’installer ? On va y revenir. C’est une grosse question d’installation. Donc, première chose, ça nécessite un travail de veille foncière. Deuxième chose, ça nécessite d’avoir les moyens. Si, mettons que tu as fait ce travail de veille foncière, que tu identifies des terres qui vont partir à l’agrandissement, mettons que tu as des candidats et des candidates à l’installation, des gens qui veulent s’installer, qui veulent épouser le métier de paysan ou qui l’ont été par le passé et qui veulent conforter leur ferme, etc. Mettons que là, ces deux choses là. Et il y a aussi une troisième condition qu’il faut réunir, c’est la question de l’accès au foncier. Et l’accès au foncier est rendu difficile en France, notamment par tout un ensemble de questions. Je ne sais pas à quel point il faut que je rentre dans le détail ici, mais on va partir de ce qui a été dit tout à l’heure, là. Les gens, ils n’arrêtent pas de mettre des liens vers terre, de liens, terre, de liens. Ils font un super travail, c’est génial ce qu’ils font. Mais ce qu’ils font, c’est une foncière citoyenne où il y a de l’achat collectif de terres pour installer des jeunes paysans et paysannes et garder des fermes dans leur intégrité en propriété collective qui puissent être transmises à de nouveaux, de nouvelles installées. Génération après génération. Le problème déjà, c’est qu’on n’a pas les moyens de tout acheter manifestement, sinon on ne serait pas chez David Dufresne. On n’a pas les moyens, ni nous, ni de faire de liens. On a les moyens d’acheter tout ce qui va être transféré en termes de propriété. Et le problème, c’est qu’en fait, la plupart des terres. Elles sont louées, elles le sont. La question, ce n’est pas celle de la propriété, même s’il y a une question de propriété politiquement qui est importante. Mais la question du transfert de terres dont on parle, c’est des transferts locatifs et donc ça passe par un parcours particulier. Il faut déposer une autorisation d’exploiter et il faut qu’elle soit examinée par une commission qui, dans laquelle, comme par hasard, c’est la femme qui est majoritaire et ensuite s’installer. Paysans et paysannes, il faut quand même, il faut quand même un capital. Donc il faut emprunter à la banque parce qu’on n’a pas de capital et voilà. Et du coup ce n’est pas, ce n’est pas et ce n’est pas des choses évidentes. Donc il y a des barrières à l’accès au foncier, il y a des verrous à l’accès au foncier. Pour comment on constate ça enclenche un processus de reprise de terre, sachant qu’il y a déjà un boulot formidable en plus de ce qui est fait par terre de lien, il y a tout un réseau d’aide et d’accompagnement à l’installation. Tout un boulot. Qui est menée localement par des institutions qui s’appellent les Adar, qui sont proches de la Confédération paysanne et qui ont d’autres noms dans certaines régions et qui accompagnent les gens dans leur parcours d’installation, qui les aident à trouver du foncier, etc. Mais en fait là, quand on voit le volume de terre à transmettre et le nombre de candidats et de gens qui sont prêts à s’installer paysans et paysannes, il y a un énorme décalage. Sachant que ces terres, elles sont à transmettre là maintenant et qu’on n’a pas assez de candidates et de candidats. Donc qu’est ce que ça voudrait dire reprendre ces terres ? Alors ce qu’on essaye de déplier, entre autres comme hypothèses. C’est l’hypothèse que...C’est compliqué ces questions là. J’essaye de t’en parler simplement. Est ce que c’est assez technique ? J’entends ce qu’on essaye de déplier quand une hypothèse, c’est l’hypothèse de construire des réserves foncières. C’est-à -dire que. Il y a plein de terre qui se libère, il y a plein de terre à apprendre, tous les camarades, paysans, paysans. On a tous un voisin qui nous dit Ah cette ferme, elle, elle se libère, mais on a personne, etc. Donc l’idée. Une des idées, un des axes pour enclencher une reprise de terre, ce serait de construire localement des réserves foncières. Ça veut dire quoi une réserve foncière ? Ça veut dire que si on ne laisse pas ces terres partir à l’agrandissement, on s’organise collectivement pour les entretenir, maintenir leur vocation agricole. Et faire qu’il y ait des gens qui s’installent un peu plus tard dessus dès que possible. Mais en tout cas là, vu qu’on n’a pas les candidats, si on ne veut pas qu’elles tombent dans les mains des cumulards, de celles et ceux qui concentrent tout. Une des possibilités, une des options, c’est de mettre en place des réserves foncières. Si on prend cet exemple de la réserve foncière, il y aurait trois manières d’envisager comment la mettre en place. Il y aurait une manière très classique de faire une loi pour ça. Voilà, il y a tout un groupe qui s’appelle Coalition foncière qui a amené un super boulot. Voilà, ils ont rencontré Macron et tout, ils ont essayé de négocier une loi foncière. Bon, manifestement ça n’a pas marché, mais eux, ils ont toujours plein d’idées et c’est aussi qu’ils n’avaient pas de rapports de force pour obtenir ça. Parce que personne ne parle correctement de ces enjeux fonciers et c’est un peu compliqué à expliquer. Tu as une deuxième manière de penser comment faire des réserves foncières. Et peser sur le transfert de terre qu’il va y avoir là et qui a commencé et qui va s’amplifier dans les dix ans qui viennent. C’est de penser ça à l'échelle municipale. Donc t’as des gens, t’as des communes qui se posent ces questions là, qui se retrouvent dans des dynamiques d’acquisition de foncier, d’aide à l’installation paysanne, Une troisième manière de le faire est de s’auto-organiser pour le faire, c’est-à -dire depuis des collectifs locaux. Construire des outils juridiques pour se positionner. Soit par la location, soit par l’achat collectif, soit par un subtil mélange des deux quand c’est nécessaire. Parce que des fois, souvent ce sont les terres qui sont louées, les bâtiments propriété et tout pour mettre en réserve des fermes et inciter des gens du coin ou d’ailleurs, ou de beaucoup plus loin à s’installer. Alors il y en a plusieurs. Ça fait plusieurs fois dans le châtelain que ça parle, se fait séduire et tout. Je vais essayer de ne pas parler chinois, de ne pas rentrer dans le détail, mais on va quand même en parler. Il va falloir affronter cette question. Quand je disais il y a trois manières de penser la réserve foncière. Ça renvoie aussi à l’histoire de ce qu’on a appelé la réforme agraire et dont je vais revenir un peu là dessus. En fait, ça a été un moteur de plein de révolutions. Les réformes agraires de 1789 à même aujourd’hui, on rêve ce qui se passe en Kanaky. Le mouvement kanak, vendredi 80, c'était pour la question, c'était Il y avait un gros mouvement d’occupation de terre à ce moment là en Kanaky. Donc la réforme agraire, ça a été un objectif qui était au cœur de plein mouvement révolution. Il y a eu des révolutions libérales comme 1789 ou la révolution anglaise et toute abolition du servage sortie du système féodal. Il y a eu les révolutions communistes. De non prétendus communistes avec l’idée de casser les grands monopoles, redistribuer la terre aux paysans, aux paysannes et avec souvent une politique d'étatisation de l’ensemble des terres qui s’est avérée assez catastrophique. Donc il y a eu des tentatives de se dire Bon, eh bien voilà, une des solutions, ce serait dans la révolution que toutes les terres appartiennent à l'État et que ce soit lui qui soit chargé de ça. Manifestement, ça n’a pas empêché la l’industrialisation de masse. Et ça, ça a contribué très fort à la dépossession des paysans et des paysannes. Là où ça s’est passé, il y a eu des révolutions anticolonialistes ou des gros enjeux. Je pense à la réforme agraire en Algérie. Je pense à ce qui s’est passé aussi en Amérique latine, à plein d’endroits où il y a eu des grosses tentatives de réforme agraire assez massives. Et nous aussi on se disait en y réfléchissant, mais voilà, en fait, tout cet imaginaire de la réforme agraire, il s’est perdu parce qu’en fait, il y a de moins en moins de paysans et paysannes. Il y a une méconnaissance de ces questions là. Il y a la généralisation d’une existence un peu hors sol, où la question de la terre, elle, apparaît comme lointaine et du coup, on essaye de raconter un peu cette histoire des réformes agraires dans le temps long dans le bouquin. Et puis il y a eu ces révolutions et il y a aussi eu des tentatives plus réformistes de peser sur la propriété et l’usage de la terre. L’allocation des terres agricoles et PAC vient en 1945, un vieux truc là, qui s’appelle le Conseil national de la Résistance. Ils ont presque fini d’achever tous les acquis de ce Conseil national de la Résistance. Il y a à ce moment-là l’institution du droit du fermage. Il y a l’institution d’un ensemble de droits en défense des fermiers qui renforçait la position des fermiers, des travailleurs de la terre face aux propriétaires pour limiter les abus des propriétaires. Ça, c’est un acquis très important de ce moment là. Et puis, dans les années 60, j’en viens. Question : où est la gauche ? Mais c’est que c’est compliqué. Dans les années 60, il y a un monsieur qui s’appelle Pisani, Edgar Pisani qui se dit voilà les révolutions. Puis il n’est pas du tout révolutionnaire, lui, il a dit la manière de changer l’attribution, l’allocation des terres, c’est de faire des institutions régulatrices. Donc on va plus fort, on va plus bouleversé par un rapport de forces politique puissant, l’allocation et l’attribution des terres, en les distribuant ou en pensant depuis les contre pouvoirs locaux. Comment les redistribuer ? On va faire des régulations, on va créer la SAFER qui intervient sur les transferts de vente, on va créer la CEDEAO qui intervient sur les transferts d’allocations, on va créer des administrations chapeautées par L’état qui vont tempérer les excès du marché en se donnant des critères, en disant voilà, on peut vendre, mais plutôt on va mettre des critères de priorités, peut être, peut être c’est mieux quand même si c’est un peu pour l’installation, etc. Sauf. Que. Ces institutions régulatrices. Elles sont chapeautées par l'État, mais elles sont tenues par le syndicat majoritaire FNSEA. Et du coup, c’est eux qui tiennent ces institutions régulatrices et régulatrices. Elles sont défaillantes. C’est-à -dire que. Et Guerre Pisani Christian dans les années 60. Aujourd’hui, en 2024, les terres n’ont jamais été autant concentrées entre les mains de quelques accapareurs. Elles sont défaillantes parce qu’elles sont détournées par tout un tas de mécanismes sur lesquels je ne vais pas m'étendre ici, qu’on appelle des mécanismes sociétaires ou grosso modo, au lieu de s'échanger des terres, on s'échange des parts de sociétés et on passe sous le radar de ces institutions. J’espère que je ne vous ai pas perdu
Je crois que le jour où ces institutions là, elles sont défaillantes, elles ne parviennent plus à réguler.
Oui l’attribution et l’allocation des terres. Donc c’est à nous de nous organiser localement, en comité, pour intervenir, pour intervenir, pour leur mettre la pression, pour leur montrer qu’on les regarde, pour pas les laisser décider seuls de l’allocation des terres. Pour ça, l’idée c’est de s’organiser localement, de créer avec, de relier entre elles les dynamiques qui existent déjà le syndicalisme agricole, tout ce qu’on a parlé, Terres de liens, etc. De se mettre ensemble et d’aller à la porte de ces institutions nous dit de dire on vous regarde, on vous voit, de leur mettre la pression, d’instaurer un rapport de force sur elles. Deuxième chose d’instaurer un rapport de force sur les cumulards. On a tous le gros cumulard à côté de chez nous, on a tous Et ça c’est pour enquêter pour ça. Mais on a tous chez nous le premier bénéficiaire de la PAC, le premier bénéficiaire d’aides, le premier en surface. Et bien en fait, il faut aller taper à sa porte pour lui dire on est là, on voit ce que tu fais, on ne va pas te laisser prendre toutes les terres que tu t’es pas comme ça tout seul avec une administration qui te soutient à pouvoir faire ce que tu veux. On est des habitantes et des habitants, des paysans, des paysans du territoire. On peut te mettre la pression, on peut venir toquer à ta porte. Et attention, t’as vu au bassines, t’as vu à plein d’endroits, on peut te faire peur un petit peu, très gentiment, dans les limites du cadre légal, mais on peut te mettre sous pression. Et donc l’idée c’est de créer des contre pouvoirs locaux. Vous appelez ça comme vous voulez. Il y en a qui appellent ça syndicats de territoire, il y en a à des endroits. Par exemple au Pays basque, c’est la Chambre d’agriculture autonome du Pays basque, à d’autres endroits, c’est beaucoup nos camarades syndicalistes, paysans qui font ça. Mais en fait, il faut renforcer ces contre pouvoirs locaux. Et faire qu’il ne soit tenu que par des paysans et des paysannes. Parce qu’en fait, cette question du foncier, c’est la question d’alimentation et ça nous concerne tous et toutes. C’est un truc qu’il y a à notre quotidien pour instaurer un rapport de force et une pression. Pour mener et remettre sur le devant de la scène cette question de la lutte pour, pour, pour la terre, pour la redistribution, contre la concentration. Propriétaires pour remettre la terre entre les mains des paysans, des paysans, des habitants et des habitantes. Il faut que je boive un coup de flotte.
Dans mes idées. Merci beaucoup. Ce que tu viens d’attaquer un gros morceau et c’est quand on lit ça, quand on n’est pas forcément dedans.
Excuse moi de te couper je suis désolé. Juste pour te dire qu’il est 11 h. Ok, moi j’ai tout mon temps si vous prenez le temps que vous voulez, mais si tu m’avais demandé de te donner l’heure, je serais l’horloger de la montre
J’ai le temps.
Toi tu as le temps aussi.
Encore une fois, on ne détient pas la solution à un problème aussi vaste. On appelle juste à essayer de s’organiser localement pour commencer à le traiter. On ne prétend pas avoir la recette là dessus. C’est une question vraiment très complexe, mais c’est une question qui est au cœur, qui est au cœur de la possibilité de continuer à s’organiser, à vivre sur cette terre. Et c’est une question, vous avez remarqué, qui a été cruellement absente de toute la séquence sur le mouvement agricole, et on a une séquence sur le mouvement agricole qui a duré trois mois ou où les paysans qui avaient, qui en avaient à juste titre ras le bol d’avoir des revenus de merde, etc. D'être soumis à la concurrence, sont descendus dans la rue ont fait des blocages et tout. On n’a pas entendu parler la question foncière alors même que je vous rappelle la loi d’orientation agricole qui est examinée en ce moment même à l’Assemblée nationale. Initialement, son objet, ça devait être cette question là. À la place, on nous met bon, allez, on continue à mettre des pesticides et on va construire sans bassines. Voilà, c’est ça la situation actuelle.
Et du coup, tu l’as dit, tout ça, vous le répétez vraiment, c’est que ça ne pourra pas se faire. Enfin, ça pourra se faire si vous parvenez à relier, relier les luttes territoriales, les organismes résistants, les habitants et les habitantes des territoires, vous dites bien qu’aucune décision ne doit se prendre contre les habitants des territoires. Et donc pour ça, vous parlez du pari de la composition, ce que vous développez dans les réflexions stratégiques sur comment bâtir vraiment, comment organiser un mouvement qui puisse aboutir à tous et toutes ces choses dont tu nous parles, ça consiste en quoi exactement la composition ? Parce que j’ai l’impression qu’on en entend souvent parler dans les luttes de convergence des luttes. J’ai l’impression, en lisant votre ouvrage que ça va même au-delà. C’est que c’est vraiment presque un postulat initial dont vous parlez, dont vous partez. Deux On est un mouvement vraiment multiple, pluriel, et c’est seulement à cette condition là que ça pourra aboutir. Comment ? Comment est ce que vous rendez possible du coup, cette coexistence de cultures ? Voilà ce que vous appelez la composition.
Alors. Deux choses sur la composition, la première chose, c’est que ce n’est pas acquis. Encore une fois, on n’invente pas grand chose, on fait. C’est aussi c’est une pratique, c’est quelque chose qui advient en fait. Quand ? Quand ? Quand tu luttes, par exemple contre un projet d’autoroute sur la 69, eh bien il y a des collectifs citoyens d’habitants qui sont contre ce projet, qui vont faire des recours juridiques. C’est la voie libre, en l’occurrence, qu’ils vont faire des recours juridiques, des mobilisations citoyennes, des concerts, des festivals, tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher ça. Et puis il y a des camarades paysans qui eux, sont pris dans le syndicalisme agricole, qui ont leurs propres enjeux, leurs propres connaissances aussi. Il y a des jeunes, etc. Il y a tout un ensemble de forces et de sensibilités politiques différentes. Et ce qu’on appelle composition, c’est la manière dont elle s’articule dans une lutte. Et voilà. En fait, on cite un auteur dans le bouquin, on dit la composition. C’est cette étrange unité qui ne se dit que du multiple. C’est la composition, ce n’est pas genre on devient tous pareils et on adopte tous le même point de vue. C’est comment on agence, on articule nos pratiques et nos sensibilités autour d’un objectif concret. Et du coup, je vais essayer de paraître composition en essayant de répondre à une question du tout en même temps sur la question de la sécurité sociale, de l’alimentation, donc sur la sécurité de l’alimentation, il y a un super boulot qui est fait, il y a des gens qui se retrouvent en inter orgas et tout, c’est pas nous qui le menons, c’est. C’est toute une partie de la gauche paysanne, de mouvements syndicaux, etc. Qui bossent sur cette question et cette question de la sécurité sociale, de l’alimentation qui est la question en gros de comment reconstruire de la mutualisation des caisses collectives pour répondre à nos besoins alimentaires. Pour le dire très vulgairement, après, il y a plein de notions différentes de comment ça pourrait être mis en œuvre. Il y a plein d’expérimentations partout en France. Et bien si on prend cette question de l’alimentation et qu’on la relie à la question de la composition. Par exemple. Qu’est ce qui fait qu’on est tous et toutes concernés par les méga bassines ou par la lutte contre le complexe agro-industriel ? C’est que tous et toutes, on a ce besoin, ce besoin fondamental en partage qui est le besoin de se nourrir. Et tous et toutes, on a des opinions et des sensibilités très différentes et on a aussi des capacités très différentes. Il y en a qui ont les moyens de se payer une nourriture de très grande qualité, etc. D’autres qui n’ont pas les moyens, qui sont dans des situations d’insécurité alimentaire ou qui subissent, qui mangent en marge de choix très réduites sur ce qu’ils peuvent, à la nourriture à laquelle ils peuvent accéder. Il y a des travailleurs qui produisent ce qu’on mange, qu’ils acheminent, etc. Et il y a des initiatives, je ne sais pas, moi, des AMAP, des gens qui se réunissent pour acheter bio, etc. Ce n’est pas toujours accessible, mais il y en a quand même plein. C’est quand même hyper intéressant ce qui se passe à ces endroits là. Bon et bien prendre appliquer un processus de composition à STEM, c’est se dire le préalable à s’organiser là dessus, ce n’est pas être d’accord sur un programme. Ce n’est pas d’un coup de résoudre toutes les contradictions de tout le monde, c’est de se donner un objectif concret, massif, concret et de voir qu’est ce que chacun peut amener. Chacun peut amener depuis sa sensibilité, depuis ses capacités pour construire un rapport de force. Et donc voilà. Et donc c’est typiquement ce qu’on essaye de faire sur les bassines, sur le béton, auprès de toutes les luttes locales avec lesquelles on agit. C’est ce qu’on essaye de faire, c’est d’agencer des forces. Si à l’origine des soulèvements, on avait dû se mettre d’accord avant de faire un calendrier d’action sur c’est quoi notre rapport à la violence ? C’est quoi notre rapport à l'État ? C’est quoi notre rapport à la nature ? C’est quoi notre lecture de la crise du monde agricole actuel ? Si on avait dû se mettre d’accord là-dessus avant d’agir, en fait, on aurait jamais agi, on aurait juste passé notre temps à discuter et à discuter de quelles mesures abstraites on pourrait faire, alors qu’on n’est même pas en capacité de se poser cette question là. Et donc c’est ça la composition, c’est l’agencement d’une multiplicité de forces. Et on l’a bien vu dans la dissolution, dans l’offensive de dissolution, ce qui nous a permis de résister et de tenir le choc, et d’avoir un rapport de force politique victorieux sur la question de la dissolution enfin victorieux au sens où on n’est pas dissous. Ça ne veut pas dire que. C’est pour autant qu’on est onctueux, que ça ne va pas, ça ne peut pas ré arriver demain ou que les dissolutions ne vont pas se multiplier. Mais en tout cas, c’est le fait d’avoir un rapport de force très large avec des gens qui à priori n’auraient pas grand chose à faire ensemble, si on s’en fie à d’où ils viennent, qu’est ce qu’ils pensent et tout. C’est ça qu’on appelle la composition.
Ben oui, en fait c’est très intéressant avec cette idée de la composition pour en parler des heures, c’est que ça vous permet de dégager plein de réflexions sur aussi comment, comment, fins, sur l’autogestion, comment, comment on coordonne. Du coup, c’est bien d’illustrer ça avec la sécurité sociale, alimentaire. Est ce que tu peux nous dire un mot sur les questions inhérentes à. Vous vous parlez beaucoup d’essayer des réflexions sur comment éviter l'écueil d’une bureaucratisation du mouvement, avec quand même le parallèle de la nécessité de pouvoir s’organiser et d’avoir un noyau de coordination, de réussir à composer justement avec toutes ces sensibilités ? Comment, comment vous, vous réussissez-vous ? Avez-vous réussi justement un peu à mettre en place des choses pour éviter quand même de tomber dans des écueils pourrait justement être le revers de la médaille. Un peu de cette composition.
Ah non, je ne suis pas encore. On est trop jeune pour dire qu’on a évité les écueils, mais on essaie de les identifier. Et si j’avais un peu de naviguer au milieu ? En tout cas, ça rejoint ce qu’on discutait tout à l’heure sur la réforme agraire et ça a bien touché. Aussi cette question de l’organisation, quelque part, c’est aussi toucher à notre rapport à l’État. On va y venir dans le détail. C’est que. Une organisation purement spontanée. On en éprouve ou on en a éprouvé dans plein de mouvements sociaux, même les mouvements les plus merveilleux. Le mouvement le plus merveilleux qu’on a vécu ces dix dernières années dans les gilets jaunes, on en a éprouvé à la fois toute la puissance de la spontanéité et toutes ses limites. On a aussi éprouvé dans le temps la manière dont les organisations, partis, syndicats. Ou d’autres se figent dans une dérive bureaucratique et n’ont plus pour propre finalité que la conservation. Euh. Et donc nous on se contente. Sans forcément prétendre réussir. Mais ce qu’on essaye de faire, c’est d’articuler cette spontanéité et cette organisation, l’horizontalité des assemblées et un minimum de verticalité à des endroits, comme je disais par exemple, quand on s’organise avec une lutte locale, c’est les gens du coin qui sont souverains sur ce qu’on va faire comme action. Moi par exemple, je n’habite pas à Castres, Toulouse ou en Maurienne. Ce n’est pas moi qui vais où mes camarades qui viennent de plus loin. Ce n’est pas des gens qui viennent de loin qui vont décider d’eux. Qu’est ce qu’on fait comme action puisque ce n’est pas nous qui allons en assumer les conséquences ? C’est des gens qui sont du coin, qui vivent là, qui vont assumer les conséquences du coup. A cet endroit là, on peut, on peut assumer ensemble que c’est à eux de décider et pas à pas à n’importe qui est dans l’assemblée. Donc voilà. Donc si on essaye d’articuler ces contradictions entre elles et d’essayer de détruire une ligne de crête comme ça. Et cette question de l’organisation. Et elle a la bureaucratie. Elle est très liée à cette question de l'État et du lien avec la reste du reste de la gauche. Il y a différentes sensibilités politiques parmi. Parmi nous, au sens large du mouvement, des soulèvements internes des gens qui constituent nos manifestations, etc. Il y a des gens qui sont, qui sont dans des partis, d’autres pas du tout. Il y a des gens qui votent, d’autres pas du tout. Il y a des gens qui votent pour les uns, des gens qui votent pour les autres à gauche, etc. Il y en a toute une question irrésolue sur la question du rapport à au pouvoir étatique. Il y a des gens. Quand on parlait de réforme agraire tout à l’heure, il y a des gens qui disent bon ben voilà, il faut se battre pour arracher des lois. Il y a des gens qui se disent ici, il faut se battre à des échelons inférieurs à ceux de l'État, mais qui sont quand même des échelons du pouvoir : municipalités, régions, etc. Et il y en a d’autres qui se disent qu’il faut s’affranchir complètement de ces formes là et créer une autre forme, inventer d’autres formes. Nous, ce qu’on dit, c’est que le point sur lequel on peut se retrouver, c’est celui des contre pouvoirs locaux, c’est celui de l’idée qu’on crée des espaces d’organisations composites et autonomes où on mène des offensives et où on construit ce qu’on veut voir advenir. Et que ça, c’est un espace de préalables. En fait, c’est un espace de préalables, quoi qu’on pense de la possibilité que demain, une alternance politique ou pas, quoi qu’on pense du vote ou de "Méluche" ou de je ne sais pas quelle personne qui veut prendre le pouvoir quoi qu’on pense d’eux, Dans tous les cas, on a besoin et il faut répartir ces espaces locaux d’auto -organisation et c’est un peu l’hypothèse qu’on pousse. Et c’est aussi pour ça que si vous voulez rejoindre le mouvement, la porte d’entrée principale, c’est les comités locaux qui ont été créés partout en France suite à la dissolution. Il y a une carte sur le site avec l’ensemble des comités locaux et c’est d’abord à ces échelles là qu’on pense qu’il y a un moyen de reconstruire une force, un rapport de forces qui a été défait et par des moments de répression et par la désillusion, la trahison de tout un, de tout un pan de la gauche systématiquement quand à l’arrivée au pouvoir. Et nous voilà donc nous. Du coup, nous, notre champ d’intervention politique, ce n’est pas le champ électoral, ce n’est pas la bataille partisane et tout. Notre champ d’intervention politique, c’est le terrain, c’est ce qu’on peut faire, c’est là où on peut agir. Et après les unes et les autres, on a des sensibilités différentes sur est ce qu’il faut intervenir sur le plan. Mais le plan d’intervention des soulèvements internes, c’est celui de composer ensemble, à l'échelle locale, des forces et des luttes de terrain et de les relier dans un calendrier national, dans un rapport de force national, pour peser sur la situation, espérer de peser sur la situation et faire bouger les lignes.
Mais on pourrait encore vraiment en parler des heures. Malheureusement, bien peut valoir avancer vers la fin de cette discussion. J’aimerais juste te poser encore deux petites questions, un petit peu, un petit peu plus léger pour finir, je pèse. Il y a de très bonnes questions.
Il y aura aussi des questions du chat qui ne seront pas légères.
Allons y, vas y D’abord tes question
En fait, je me disais ce qui ressort beaucoup, tu l’as dit, de la composition. Et de même, tout ce qui nous. L’ouvrage, c’est l’importance des idées, des liens qui sont créés au sein du mouvement. Et il y a un truc qu’on ne voit jamais aussi, on voit peu dans les médias, etc. C’est quand on voit à l'échelle d’une action directe, on voit rarement les chars décorés, on voit rarement, enfin voilà tout. Tout le côté artistique, le côté festif, les concerts ou les baby sitters qui s’occupent des enfants. Je me demandais comment, comment les uns par rapport à l’importance de ces liens, comment les éprouver au sein du mouvement. Ce décalage entre la réalité du terrain et du vécu militant peut être, et ce qui peut être véhiculé, eu du mouvement, Est ce que voilà, vous arrivez là bas.
Mais il y en a beaucoup. Mais tu sais, il y a ce texte de Simone Veil sur la joie et la grève. Là, il y a beaucoup à s’organiser ensemble contre un projet ou pour un bouleversement politique. C’est quand même d’abord et avant tout une histoire d’amitié, de joie, de rencontres et je ne sais pas, il y a toujours un côté dans les coordinations d’actions et tout, même si il y a des enjeux lourds, même si des fois on se plante gravement, il y a quand même toujours un côté un peu malicieux quoi, où on essaie de dire bon alors comment on peut essayer cette fois ? De se retrouver, de faire quelque chose de bien, de passer un bon moment et de ne pas être que dans un truc, de se prendre à fond au sérieux. Il y a surtout vraiment beaucoup. Quand je dis ce truc d’amitié, ça peut paraître pour les trucs qui disent Ah, les gens qui parlent de tournage, de cinéma ou des conneries comme ça. Mais c’est vraiment important cette histoire d’amitiés. Je pense quand même que. En tout cas, dans ce qui fait des alliances entre des gens très différents dans la composition, c’est quand même souvent aussi des rencontres et des amitiés hyper fortes. Et je ne sais pas, je vais parler pour moi un peu parce que c’est des choses tellement sensibles, On ne va pas en parler pour les unes les autres, mais je sais que moi par exemple, quand j’ai rencontré un monsieur, un grand monsieur qui s’appelle Jean-Jacques et qui m’a montré les rivières chez lui et tout ça, moi je ne savais pas ce que c'était une bassine à ce moment là. Et quand il m’a raconté ça et qu’on s’est rencontré, c’est quelque chose qui m’a touché et qui a joué pour beaucoup dans l’eau, dans l’envie de faire ensemble. Et du coup, il y a cet angle là des amitiés, des rencontres. Et il y a aussi un autre angle qui est mis au travail dans le mouvement, c’est la question du soin, quoi de prendre soin les unes des autres, d’essayer de se tenir ensemble et de. Et ça aussi, c’est une certaine à une certaine disposition. Et oui, et effectivement, il y a plein de camarades qui, de plein de manières différentes, s'échinent à embellir nos manifestations d’actions et à créer des je ne sais pas, des trucs comme L’oiseau de Soline ou à la manif Limagrain. C'était hyper chouette ce qu’ils avaient fait les gens des comités locaux et ça c'était vraiment très beau. Et moi ça me fait penser voilà, Mais ce n’est pas nouveau, c’est pareil dans l’histoire ça. Il y a toujours eu des beaux fanions, des beaux, des beaux trucs et. Eh oui, et c’est pareil, On a toujours envie quand même que dans nos moments d’actions, il y a aussi des moments de fête pour se retrouver, pour se retrouver à la fin.
Merci beaucoup, c’est vraiment ce que je recommande. Je ne sais pas si je me trompe.
Attends, attends. Le monteur est venu. Non, ce n’est pas monteur, c’est le réalisateur.
Là, c’est nickel l’infini. Là tu le montres très bien ; montre combien tu l’as abîmé ce livre, tu l’as dévoré.
Il a peut-être reçu un peu de café aussi.
Ça c’est bien.
Je recommande ce livre parce que je trouve que c’est rare aussi de pouvoir vraiment avoir des récits de résistance de l’intérieur. En lisant ce livre, j’ai vraiment réalisé à quel point on manque d’imaginaire, de résistance et que souvent les récits qu’on en a sont soit par le point de vue des autorités, donc forcément très biaisé, soit rétrospectif par des historiens, des historiens. Donc vraiment, c’est vraiment super intéressant d’avoir aussi mis en lumière les doutes et intéressant que vous n’ayez vraiment pas cherché à donner, juste des positions mais aussi vraiment mis en avant. Un des voilà les doutes qui vous traversent. Voilà, on sent vraiment qu’il y a une envie de faire votre propre récit. Peut être que c’est pour ça aussi que vous êtes venu au poste ce matin pour pouvoir donner vos propres raisons.
On ne sait pas qui vous a surtout invité.
Ah ben oui, c’est vrai que ça aide aussi. Ce n’est pas tombé par hasard. Voilà, Peut être qu’il y a des questions.
Alors il y a quelques citations du tchat que je vais et que je vais remonter pour toi, Basile. Que répondez-vous ? C’est une question de Citadellejeteconstruirait : Que répondez-vous à ceux qui conspuent une écologie bourgeoise sans ancrage populaire ? On peut penser aux personnes sans papiers travaillant dans les exploitations agricoles, aux habitants des zones périurbaines qui ne seraient pas associées aux réflexions et aux actions. Il y avait une autre question, plus dure.
Maintenant, c’est celle-là qui est à peu près similaire, disons, les soulèvements de la Terre. C’est un mouvement très, très blanc c’est un peu ce que je développais au début. Je vais essayer de revenir dessus. Euh. C’est qu’effectivement on peut dire qu’il y a une certaine écologie qui s’est un peu enfermée dans une forme de ghetto. Et c’est ce qu’on disait la parme sur la désobéissance civile non-violente et la manière et la manière très située socialement de disqualifier les formes de résistance populaire. Et donc moi je ne prétends pas détenir la clé là dessus. Et nous, en tant que mouvement, ne prétendons pas détenir la clé là dessus. On fait juste, on pose des jalons pour essayer de défaire ça. Parce qu’une fois qu’on a fait ce constat, la question c’est comment on le dépasse. Donc les jalons pour essayer de défaire ça, je vais en donner quelques uns. Donc je ne reviens pas sur. Enfin si j’y reviens, je reviens vite sur la question du lien entre les travailleurs et travailleuses. Nous, on le prend par l’angle des industries, les filières sur lesquelles on enquête et sur lesquelles on agit. Donc il y a eu beaucoup de contacts qui n’ont pas eu, qui n’ont pas encore porté systématiquement leurs fruits. Ce ne sont pas forcément incarnés par des actions hyper visibles, mais il y a eu beaucoup de contacts, de travail qui a été mené d’un côté. Je prends deux exemples. Le premier, c’est des travailleurs du bâtiment et notamment des questions autour des questions de régularisation, chantiers des JO, etc. Sauf que ça, ce n’est pas des choses qui peuvent s’incarner par une grosse action à 100000 dans une rédaction nationale. C’est plus du travail au long cours de composition politique, de rencontres, d’aller un peu voir les unes et les autres, de capter des réalités, d’essayer de voir comment on peut s’appuyer, céder. Pas forcément de manière ultra visible, mais comment c’est possible ? Je prends un deuxième exemple. C’est toujours sur ce thème des travailleurs et travailleuses qui font tourner les industries auxquelles on s’oppose et de comment on crée de la porosité à ces endroits-là. Et aussi comment dans le discours. Notre but, encore une fois, ce n’est pas de dire ces trucs-là, faut juste les abolir d’un revers de la main. Et on s’en fout de la question de qui y travaille. Au contraire, on ne pourra pas ça. C’est écrit texto dans le bouquin et je le répète ici, on ne peut pas démanteler le complexe agro-industriel sans les travailleurs du complexe agro-industriel. On ne peut pas impacter conséquemment la filière béton sans avoir une réflexion forte avec les travailleurs et les travailleuses du bâtiment. Donc le deuxième exemple que je voulais prendre, c’est des camarades paysans de Loire-Atlantique il y a quinze jours. On lutte contre un projet ensemble à Saint-Colomban, un projet de maraîchage industriel, un projet de carrière de sable qui contribue à l’extension du maraîchage industriel. Et à eux, ils passent en tracteurs tous les jours et ils voient plein d’ouvriers agricoles qui, pour la plupart, ont pour la plupart, soit sont dans des régimes de détachement en régimes d’exception, soit sont en situation irrégulière. Ça fait deux ans qu’on lutte là bas. Les camarades y passent en tracteur, à chaque fois, ils les voient trimer et tout, ils disent comment on peut faire pour les rencontrer, etc. Mais en fait, ça ne se décrète pas ces choses là, c’est vraiment long. On a essayé de recueillir des témoignages. De capter c'était quoi leurs conditions de travail ? Est ce qu’en fait nous on s’attaque, on s’attaque, on pointe du doigt, on essaie d’exercer une pression sur leur patron. Dans notre lutte et du coup on essaie, on a aussi envie de le faire par cet angle. Donc avec des camarades de la CGT, avec des camarades solidaires de cette région. On a essayé de recueillir des témoignages, on a fait en sorte d’en parler systématiquement dans nos prises de parole et dans nos communications pendant ces actions. Les actions là-bas, à Saint-Colomban et ailleurs. Il y a quinze jours, nos camarades paysans se sont rendus là bas, ils ont fait un pique nique et on a Vas y, premier contact. Ce que tous les. Tous les témoignages qu’on investit dans des cadres très indirects, très confidentiels, ce que les gens ont peur et ils ne sont pas forcément en position d’engager, d’engager un rapport de force. Et donc là, voilà, c’est des petites choses quoi. Les camarades, ils organisent un pique nique en sortie de serre, ils essaient de les capturer et de discuter avec eux, sachant qu’ils se sentent d’une condition commune. Même s’il y a des grandes différences dans leur situation, ils se sentent d’une condition commune dans la mesure où ce que nous disent nos camarades paysans, mais c’est la plupart du temps, ils étaient paysans et paysans chez eux avant de venir. Il y a un mouvement à cet égard qui est assez exemplaire, qui nous intéresse beaucoup, sur lequel on enquête aussi. C’est le soc en Andalousie, c’est un syndicat d’ouvriers, d’ouvriers agricoles qui ont mené des occupations et qui ont mené des occupations et qui mènent encore des occupations de terre contre. Eh bien, pour qui crée des coopératives en fait, ou c’est des ouvriers ouvrières agricoles qui deviennent leur propre patron et qui. Ces coopératives ? Elles servent aussi à des processus de régularisation. Donc nous, on est très loin de ça. Mais si on se penche dessus, c’est qu'évidemment que pour nous, ça fait partie des perspectives et que l’avenir du mouvement, des soulèvements inter, ce n’est pas simplement de reconduire des calendriers d’action, ce qui est nécessaire, ce qui est vital, ce qui nous a constitué et qui nous permet de rencontrer plein de gens, mais aussi de se structurer sur d’autres projets de plus long terme. Et c’est sûr que le lien avec les ouvriers agricoles en fait partie. Sur la question du caractère blanc du mouvement. C’est pareil. C’est pareil dans le sens où ou c’est des choses qui ne se décrètent pas, c’est des choses qui s’installent par. Par des alliances, Par des rencontres. Mais déjà la première condition de possibilité, c’est de céder. C’est théoriquement et en termes de récit et d'énoncé et d’analyse stratégique de relier, comme on l’a fait dans le bouquin et avant la question coloniale et la question écologique. C’est un des axes pour ça, pour rendre possible, au-delà d’une convergence impossible déjà ne serait-ce une rencontre faite qu’il y a un intérêt pour ça. Parce que c’est vrai que le mouvement est majoritairement blanc. On est quelques-uns à être issus de l’immigration postcoloniale ou à venir dans les colonies actuelles. Mais en vrai, on en a une poignée. Il ne faut pas se mentir là dessus. Mais du coup, le fait, le fait de le prendre en compte ou de faire comme on l’a fait un communiqué très vite après le 7 octobre pour prendre une position très claire sur la question de la colonisation comme prise de terre, sur le droit d’accès des peuples à la terre et à l’eau, c’est des choses qui déjà rend possible la rencontre, comme ce qu’on a essayé de faire là ce weekend. Pourquoi parler de racisme environnemental ? Faire une action dans le 93 ? Évidemment, il n’y avait pas, il n’y avait pas toutes les familles et tous qui sont descendus d’un coup en mode ouah ! Il y a le mythe des soulèvements de la terre à venir avec vous, évidemment. Comme quoi, évidemment que ça va prendre du temps, que ça se construit dans le temps. Et donc la condition, c’est. Chercher ses rencontres, chercher ses alliances, les susciter. Voilà. Quand les caméras. Moi, quand je vois que les camarades de parole d’honneur, ils s’intéressent au bouquin et m’ont bien trouvé et nous invitent, je me dis tiens bon, c’est des petits jalons pour ça. Ah, il y a effectivement, comme tu dis Charles Vent à plein de gens. Il y a, il y a Malcolm. Fascinant aussi qui est ou qui cherche à construire ces ponts, ces liens. Voilà. Deuxième perspective. Et j’arrête là sur cette question. Mais deuxième perspective qui se dégage, c’est aussi.
Surtout qu’il y en a d’autres questions ?
Ok, j’arrête là sur cette question.
Alors tu arrêtes déjà la réponse. Déjà que tout le monde, comment tu arrivais à répondre aux questions si précises de Lucie tout en ayant un œil sur le chat Donc là, j’imagine que tu commences à te fatiguer un peu.
Dans la d’inadéquation question suivante. Mais du coup, question irrésolue et on a besoin de vous pour la résoudre.
Rolland te demande : que pensez-vous de la présence d'élus dans vos manifestations ?
Très bonne question. Alors comment c’est en train de me marrer et qui vont mal le prendre ? Alors deux choses là dessus. Nous, on n’est pas un, on n’est pas un parti politique, on n’est pas un mouvement qui se positionne dans le champ électoral. Dans les coordinations d’actions, les coordinations qui organisent les manifestations dans lesquelles il y a les Assos locales et paysans. Il n’y a pas de parti politique, ne sont pas décisionnaires dans les coordinations d’actions.En revanche, ils viennent aux manifestations et ils nous soutiennent quand on est dans la merde en termes de répression comme pendant la dissolution ou comme voyez, je ne sais pas, je ris, je prends, je prends un exemple très concret. Un simple souligne : Il y a des gens qui sont gravement blessés. Et il y a des gens, quoi qu’on puisse penser de la robe audience, qu’ils soient Europe Ecologie-Les Verts ou à la France Insoumise, qui mettent leur écharpe et qui font un cordon autour des blessés. Ça leur n’empêche pas de se faire tirer dessus et on va quand même évacuer les blessés au milieu du chaos. Mais voilà, ils font cette forme de mise en jeu. Ça veut ni dire qu’il faut voter pour eux, qu’il ne faut pas voter et chacun fait comme il le sent. Mais en tout cas pour nous, cette présence là et le fait qu’il y a un déplacement à cet endroit là. Ça nous importe. C’est à dire à la fois c’est pas du tout notre terrain d’intervention, mais à la fois le fait qu’après simple, solide, il n’y ait pas un seul élu de gauche qui condamne à la violence, etc. C’est quand même pour nous un truc assez fort par rapport à ce qui s’est passé avant et après. Tu dis leur présence c’est médiatisé donc ça peut aider. Oui, ça peut aider, comme ça peut être productif parce que parfois ils attirent toute l’attention à eux. Et du coup, au lieu que ce soit une habitante, un habitant du coin ou un paysan, une paysanne qui s’exprime et qui dise les enjeux, on va plus retenir telle ou telle figure avec son écharpe qui est venue. Et ça, c’est un équilibre délicat, c’est un équilibre délicat et on ne prétend pas l’avoir trouvé, on essaye des trucs. Voilà, on essaye des trucs, on est dans une relation d’alliance, mais on comment que c’est bien de garder la bonne distance aussi, même si c’est important, ça nous tient énormément à cœur de garder la bonne distance à cet endroit là, de ne pas être, de ne pas faire l’objet de récupération, mais de ne pas non plus être des aides, des aides, des puristes et leur dire a dégagé que vous êtes des élus de tenir Lina dessus, de savoir comme tu le dis dans notre charte, de savoir quand ils se mouillent, le reconnaître sans pour autant devenir béats ou faire leur apologie et leur campagne.
Alors merci infiniment à toi.
Et merci à toi et à la prochaine du coup ! Merci beaucoup !
