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Taha Bouhafs : la comparution immédiate #AuPoste

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis du café, amis de la police, amis de la jeunesse, amis du thé, amis du thé. je crois que notre invité c’est du thé qu’il boit. Ça y est, il est là. Bonjour, bonjour Monsieur Ça va ?
Taha Bouhafs
Ça va et toi David ?
David Dufresne
L’honnêteté commande de dire que nous avons fait une petite course tous les deux sur Twitch, tu as démarré
Taha Bouhafs
Oui ce n’est pas passé assez vite
David Dufresne
Et tu t’es barré ?
Taha Bouhafs
Voilà, je me suis barré, j’ai commencé à faire quelques petites émissions de gaming, etc. Puis après je me suis lassé et j’ai arrêté de streamer. Mais j’aimerais bien reprendre. Mais c’est vrai que ça prend beaucoup de temps à mettre en place tout ça.
David Dufresne
Et monsieur n’a plus le temps.
Taha Bouhafs
Ouais, c’est vrai qu’entre temps beaucoup de travail, il y a la présidentielle. Là il y a le bouquin à y apprendre, plein de choses et c’est vrai que j’aimerais bien avoir du temps quand même. C’est vrai que c’est un peu ça, un peu compliqué, mais du coup bah t’es là donc y a plus de raison, on en laisse.
David Dufresne
Alors je vais démarrer par un petit portrait très rapide. Une ville de 35 000 habitants à peine communiste depuis l’après guerre, une zone urbaine prioritaire mais qui est aussi une ZEP zone d'éducation prioritaire et une ZSP zone de sécurité prioritaire depuis 2012. Les trois Z, la totale, écrivez vous. Vous avez aujourd’hui 24 ans et 125 822 followers. J’ai vérifié ce matin. Vous avez détaillé des chambres d’hôtel, remplit votre frigo en recrutant des donateurs, Médecins du monde ou Aide. Vous avez déjà réalisé un scoop qui a fait trembler la République quelque part sur une petite place bourgeoise et assez jolie, assez coquette, un peu comme vous, la place dite de la Contrescarpe à Paris, avec un vrai faux policier qui avait des méthodes de vrais policiers, un dénommé Benalla, Alexandre, qu’on essaie également de dissuader ici, mais on n’arrive pas à le joindre. Deux militants, Vous êtes devenus journalistes. Vous êtes engagés comme les autres journalistes. Mais sauf que les autres ne le disent pas. Vous, vous le revendiquez. Quand les autres camouflent leur vision du monde, vous êtes un intrépide. Vous êtes capable d’enfourcher un Vélib à 0 h pour aller récupérer des images et des sons. Un bicot, ça ne sait pas nager. C’est comme ça qu’on l’a su. Parce que vous avez pris un vélo électrique, il me semble.
Taha Bouhafs
Toujours électrique.
David Dufresne
Allez, d’accord, Il suffit de marcher à vos côtés dans une manifestation ou dans une rue sombre pour voir combien vous magnétiser ou parfois vous attisez la détestation. On va en parler. Votre fiche Wikipédia ne mentionne même pas votre dernier forfait qui fait l’objet de votre convocation au poste. Ce livre qui n’est rien. On pouvait craindre un livre moins jeu. Et en fait, vous inventez un truc du style nous jeux une trace générationnelle, une sorte de de moment entre selfies et manifestations Insta et cortèges. Votre avocat, je crois, m’a dit qu’il vous suivrait peut-être. Là, je crois qu’il est un peu inquiet. Qu’est ce qu’il va dire à mon client ? Votre avocat dénommé Alimi, lui, dans le genre défavorablement connu, est le champion. Nous allons parler avec vous de vos goûts musicaux qui ne sont pas très sûr. Là, je dois le dire, j’ai été très déçu de ce point de vue là en lisant le livre.
Taha Bouhafs
Merci beaucoup pour cette présentation
David Dufresne
Bon alors vous voyez le langage corporel de tas en fait tant il est timide et donc là il flippe encore un peu, il se demande à quelle sauce il va être mangé d’autant. Et je suis très heureux de te recevoir. Je ne te cache pas qu’au début, quand tu m’as dit que tu sortais de bouquins, ça dit un certain temps, j'étais au courant, etc. Je m'étais dit qu’il allait venir au poste mais je n’étais pas tout à fait sûr du résultat. Et donc j’ai lancé l’invitation et j’ai lu le bouquin alors que généralement je lis d’abord le bouquin, ensuite je lance l’invitation. Mais disons qu’avec toi, je. Moi je joue, je joue gagnant, je joue pas placé et. Et bien j’ai eu raison parce que le bouquin il est. Il est vachement bien. Si tu veux bien, je vais, je vais, je vais raconter en fait. Parce que ton livre d’abord, tu vas peut-être. Pourquoi tu écris ce bouquin ? Et après on va rentrer dans les détails.
Taha Bouhafs
Exit donc tous les engagements que j’ai eu dans ma vie, dans toutes les décisions que j’ai prises d’un point de vue professionnel, politique, je me suis toujours donné. Je me suis toujours et je me suis toujours demandé d’abord deux choses. J’ai toujours pris ces décisions avec deux éléments. C’est bon. Le premier est ce que, évidemment, le plus important, c’est ce que déjà, ça, ça me plaît ? Est ce que j’ai envie de faire ça ? Est ce que je ne suis pas malheureux si je commence un projet comme celui-là ? Et surtout l’utilité. Comment est-ce que je peux me rendre utile ? Comment est-ce que je peux être utile au combat que je défends, aux valeurs que je porte ? Et est ce que ça va être utile aux autres ? Et donc, je me suis beaucoup posé la question de ce n'était pas prévu de faire un il se gère, c’est que je ne sais pas quand j’ai bien.
David Dufresne
C’est-à-dire qu'à 24 ans, écrire ses mémoires…
Taha Bouhafs
C’est pas des mémoires, Et en fait, pendant ces cinq années, un peu de lutte où j’ai rencontré des gens, des luttes sociales, des luttes syndicales, de l’antiracisme, etc. Ce n'était pas prévu que j’en fasse un livre et ce n'était pas envisagé. Et en fait, je me suis posé la question l'été dernier en me disant voilà, l’année prochaine, il y a une année de présidentielle, il va y avoir une séquence très, très politique. Comment est-ce que tu vas y participer ? Comment est ce que parce qu’on voit tous les dangers qui nous guettent ? Bien sûr, le fascisme qui vient clairement et la montée de l’extrême droite, la décomplexions de la droite antisociale réactionnaire. Et je me suis dit mais comment est-ce que je peux me rendre utile dans la séquence ? Moi ? Je n’allais pas me mettre dans un parti où coller des affiches e
David Dufresne
Pourtant tu l’as fait.
Taha Bouhafs
Je l’ai fait. On y reviendra, mais on y viendra. Je sais que j’y suis moins utile qu’ailleurs. Et donc je me suis posé la question de comment est ce que je pouvais me rendre utile ? Qu’est ce que. Qu’est ce que je fais ? Qu’est ce que je pouvais faire pour apporter ? Voilà ma petite pierre pendant cette séquence. Et en fait ce livre, c’est un récit d’apprentissage politique. Je raconte un peu comment, pendant ces cinq années, depuis 2016, je me suis formé politiquement. Je raconte un peu les bagarres sociales, que ce soit à Marseille avec les McDonald des quartiers Nord, les femmes de chambre, les bus Batignolles, les gilets jaunes, la marche contre l’islamophobie, les lois sécurité globale, etc. Et je raconte aussi ces gens qui ont fait ces luttes et ces engagements qui se croisent. Et qu’est ce que ça veut dire une lutte ? Qu’est ce que ça veut dire d’un point de vue personnel par rapport à la famille ? Comment est-ce que les gens évoluent, se rencontrent, etc. J’ai voulu raconter vraiment tout ça parce que j’en ai tiré les enseignements politiques. Et en fait là, je me suis rendu compte que j’avais une chance extraordinaire, la chance d’avoir pu avoir ces expériences, avoir ces leçons, rencontrer toutes ces personnes. Parce que dans la vie de tous les jours, les gens en fait y travaillent. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un parcours qui a ensuite amené à devenir journaliste et à pouvoir suivre des conflits politiques, sociaux, etc. Pendant un an. Bon, pas plein temps et les gens en fait. Bon bah ils bossent quoi. Déjà ? Rien que suivre l’actualité politique en plantant des gens, juste la suivre, celle qui est sur les journaux. Alors si en plus les gens on va aller à toutes les manifs, tous les piquets, sur tous les mouvements. Et donc je me suis dit que ben il fallait que quelque part je restitue un peu ce que j’ai appris. Je reste et c’est pas un livre de leçons politiques, c’est pas, c’est pas un manifeste ou quoi que ce soit, mais. Mais il fallait que je restitue un peu, y compris l’histoire de ces bagarres. Ce n’est pas exhaustif parce qu’on aurait pu faire 18 hommes. Mais voilà, l’objectif de ce livre était une forme d’invitation, une forme d’invitation à l’engagement. Et de dire que voilà, on n’a pas fait que perdre des batailles pendant ces cinq années et c'était le but de donner envie à certains de s’engager était aussi redonner un peu de fierté, un peu de bec à celles et ceux qui ont mené ces bagarres pendant ce quinquennat.
David Dufresne
Tout démarre en mars 2016, place de Verdun à Grenoble. C’est le premier chapitre. C’est ta première rencontre avec une manifestation et tu dis que pour la première fois, personne n’est là pour te dégager. Personne n’est là pour te dire de rentrer chez toi à Echirolles. Tu es accepté dans le cortège. Et tu dis que ce lieu devient. Donc cette manifestation devient un lieu du possible. Et que tout démarre ici, c’est la manifestation. Cette première manifestation de ma vie, aujourd’hui place de Verdun, Ce lieu, c’est le début de ta vie. En fait, c’est la révélation. C’est. L'Épiphanie. Donc on est bien d’accord, ce n’est pas les petites histoires de frérot du bois, ça c’est On ne sait rien de ta vie avant tes 18 ans. On a l’impression que tu es né place de Verdun à 18 ans, hein ? Voilà, c’est la révélation et c’est très bien, je le respecte, etc. Tu racontes très peu le reste avant. Qu’est ce qui s’est passé ? Cette manifestation, c'était quoi ?
Taha Bouhafs
C’est une manifestation en mars 2016. C’est une manifestation contre la loi El Khomri. La loi travail, c'était. J’habitais à ce moment-là Echirolles en banlieue sud de Grenoble. C’est une ville qui est à quelques kilomètres au sud de Grenoble. Et tu lui expliquais David tout à l’heure. Une ville assez compliquée. Donc j’ai grandi dans cette ville et je me suis. Le 20, j'étais très rapidement sorti un peu du système scolaire. Je me suis retourné, on m’a orienté en bac pro électricité. Très rapidement, je n’ai pas été électricien, donc je suis sorti et j’ai commencé à bosser très jeune. J'étais mineur quand j’avais commencé à bosser et puisque j'étais mineur, j’ai dû me mettre en contrat d’apprentissage. Vous savez, c’est la manière dont, quand on est mineur, c’est la seule façon, c’est le seul contrat avec lequel on peut travailler. C’est des contrats avec lesquels on travaille de la même façon que les autres à 30 ou 35 h par semaine. Mais on est payé trois fois moins que les autres, c’est à dire 400 € par mois. Donc j'étais apprenti à ce moment là au Taco de Lyon qui était installé dans un snack en bas de chez moi. Donc je bossais en semaine dans un snack et le weekend je bossais en station de ski. On avait rendez- vous à 4 h du matin sur les. Sur le parking de Carrefour. Et puis on se dit on était dispatchés dans les stations de ski de la région et le weekend, donc on nettoyait les chambres d’hôtel, les chambres des chalets, etc. Et c’est vrai que c’est un travail qui était assez compliqué parce qu' on montait dans les stations qui à quatre à 4 h on arrivait à 8 h et on bossait et souvent on avait peut être quinze 20 appartements à faire et on finissait à 22 h à 23 h.
David Dufresne
On dit c’est ce que tu écris page 33, ce que tu sais. Ici, on lit les livres des invités du matin au soir. Je galère pour 400 € par mois. Le weekend, je nettoie des chambres d’hôtel et des chalets dans les stations de ski de Val Thorens, Val Meunier, La Plagne.
Taha Bouhafs
C’est toute la région, toute la Savoie, la Haute-Savoie, tout ça. Et moi, je vis en Isère.
David Dufresne
Ah donc je comprends pourquoi ne t’aimes pas te lever tôt le matin
Taha Bouhafs
Voilà, je suis dans ce monde à ce moment là de ma vie. Et c’est vrai qu’en fait, les moments où je travaillais au travail, où la travailleuse, elle se politise, c’est la politique en réalité, au boulot, en discutant avec son délégué du personnel, c’est vrai que nous on avait un gars qui nous soutenait vis à vis du patron, etc. Nous voilà pour savoir comment bosser pour 70 € la journée. Quand on monte la station de ski, c’est des trucs saisonniers. Et donc on était soutenu par les délégués du personnel, etc. Et cette discussion en discussion à un moment donné, il nous parle de cette de cette réforme, il nous dit voilà, il va y avoir cette réforme qui va encore plus précariser nos emplois, qui va encore plus nous mettre en difficulté vis à vis des patrons, vis à vis des licenciements, etc. Et il nous parle de cette manifestation. Il faut savoir que c’est un moment aussi où ? Où ? En fait, on est à un an après, presque un an après les attentats de Charlie Hebdo ou quelque mois après. Et c’est vrai qu’il y a toute cette ambiance à ce moment-là. Si vous vous souvenez un peu de divisions, de haine, les discours de Manuel Valls, la déchéance de nationalité, l'état d’urgence. Moi dans mon quartier c’était particulièrement prégnant que l’on sentait bien que quelque part c'était mal d'être ce que l’on était, c’est à dire des musulmans. Il y avait aussi des assignations à résidence et perquisitions administratives qui étaient complètement arbitraires, où il y avait les préfets qui faisaient des défilés, des demandes de perquisitions qui n’avaient aucun sens, qui n’avaient aucun lien avec le terrorisme ou la radicalisation, où on allait tout simplement péter des portes de gens qu’on soupçonnait de là, de barrettes, de shit. Et ça, tout ça crée une ambiance un peu particulière dans le quartier, c'était une forme de surveillance et de suspicion généralisée permanente. Quand on allume la télévision, quand tu vas au centre ville, on te regarde de travers. Bon, ma mère, elle porte le voile, je l’ai bien vu dans le regard des gens. Comment ça a changé ? Mais comment ça a basculé après 2015 ? Et nous, c'était un peu la double peine pour nous. Parce que d’une part, dans un état attristé comme tout le monde, de ce qui s'était passé et de ce drame qui et de ces drames qui se sont déroulés en 2015. Mais en même temps, on était aussi quelque part accusés par ricochet de ce qui s'était passé. Et donc c'était une période extrêmement compliquée. D’autant que moi, j'étais un jeune, un jeune homme qui était en train de se construire. J’avais à peine seize 17 ans et je me construis en tant que jeune adulte dans un dans une société qui considère que je suis non plus seulement une forme. D’Objet extérieur mais, mais, mais, mais réellement un forme d’ennemi de l’intérieur quoi !
David Dufresne
Alex dans le chat nous dit merci pour cette rencontre. Ce qui m’a le plus impressionné avec le récit du livre, c’est que nous pouvons suivre les événements avec les médias. J’ai retrouvé la vidéo de campagne de 2017, la vidéo de Tolbiac, Et c’est vrai et c’est vrai, malheureusement, on n’a pas des vidéos de 2016. Il y a juste un petit point et donc ce tout début de révélation pour toi. Ce que tu ne dis pas, c’est quel est l’environnement familial que tu as ? Politiquement, j’entends. Parce que là, il y a quand même une très tôt on se sent conscient des choses, on se sent intéressé par la chose publique. Est-ce que ça te vient comme ça ? C’est par pure rencontre fortuite de voir ce cortège place de Verdun à Grenoble. Ou est ce que quand même tu as un environnement politique, familial, parental, de frère, de sœur ?
Taha Bouhafs
Et du coup. Je suis ni plus ni moins qu’une déception. Pour donner un peu le contexte dans lequel à ce moment
David Dufresne
Tu comptes ne pas répondre à mes questions longtemps comme ça ?
Taha Bouhafs
Mais j’ai été amené à y amener parce que pour le coup, je ne sais pas si c’est familial, parce que mes parents, aucun d’entre eux n'était militant politique. Mon père avait une association ou faisait des trucs dans le quartier, mais ce n’était pas Il n’y avait pas de rapport à la gauche syndicale, politique ou aux élections, ou d’aucune façon. C'était plus comme dans le quartier des associations qui organisent des choix, des événements culturels ou tu vois des trucs dans le quartier, des fêtes de quartier, etc. De voisins mais du lien social quoi. Mais au sens premier du terme quoi. Pas un truc d’organisation politique en tant que tel, ni très structuré. Mais évidemment, et j’ai eu la chance, moi par contre, d’avoir un milieu familial où on arrivait qu’on arrivait avec mes parents. Moi j’avais un craquage de quatre ans ici en France, j’ai ma famille et que mes parents et mes sœurs et ici en France et mes parents avaient été profs en Algérie donc il y avait quand même une certaine forme de capital culturel. Et on avait beau être pauvre, mes parents étaient quand même des gens lettrés. Ce qui est une chance parce que. Parce que parfois les parents ne peuvent pas forcément suivre, etc. À ce niveau là. Et c’est vrai qu’on avait des discussions sur l’actualité, mais mes parents suivaient l’actualité politique à la télévision, un peu comme tout le monde. Mais. Mais du coup, on a la chance de pouvoir aussi parler parfois de l’actualité, que ce soit conjointe, il y avait moi, je me souviens, j’ai une image très qui reste marquée. C’est le jour de l’Aïd, quand Saddam Hussein est pendu par les Américains le jour de l’Aïd, c’est rediffusé sur toutes les chaînes de télévision du monde. Et je me souviens, moi, de la scène où j’ai Je pars. J'étais. C'était un jour de fête qui était censé être un jour, un jour de fête. Et je vois à cette date à la télévision mes parents qui regardent ça, qui me demandent de pas regarder et je vois leur mine un peu grave, etc. Et qui m’expliquait mais m’expliquant que ce qui se passait était très grave avec soirée des implications tu restes sur le reste de l’histoire. Et donc je me juge. Je me souviens quand même qu’il y avait des discussions à propos des conflits internationaux de la Palestine.
David Dufresne
Enfin je dis ça parce que quand on lit ton bouquin, là, je me fais engueuler par le chef en disant que je suis trop complaisant avec toi, que tu prends trop et ça ne va plus parce que. C’est une blague, évidemment, on comprend. Dis moi si je me goure à la lecture de ton livre que ta formation express en fait, c’est quand même beaucoup, c’est internet. C’est à dire que tu dis que tu te précipites sur YouTube, tu te précipite sur Wikileaks.
Taha Bouhafs
Et c’est là que tu te dis que tu le feras après un premier temps. Et c’est vrai, c’est vraiment ça, tu vois. Donc je te dis, je suis dans ce contexte un peu particulier de post Charlie Hebdo pendant un moment, la loi travail, etc. Ou aussi j’arrive à un moment de ma vie où je me pose des questions parce que je suis plus à l'école, je fais des sur un tas de merde, j’ai aucune perspective et donc je me pose des questions. Et donc il y a ce il y a cette manifestation et j’y vais avec un grand, mon quartier qui s’appelle qui s’appelle Aimeras, qui m’emmène dans cette manifestation et en fait, quand j’arrive dans cette manifestation, c’est ma première manif. J'étais déjà allé à deux ou trois manifs pour la Palestine et c’est ma première manifestation entre guillemets ou là dans laquelle je vais. J’y vais pour moi entre guillemets. Et donc j'évolue dans cette manifestation. C’est après que je vois des gros ballons CGT détoner et ceinturer dans une manif ou une manif syndicale et très rapidement gémissants et gémissants. Ah ! Je m’y sens super à l’aise et rapidement je me retrouve dans le cortège de tête pour le pot. Pour tout dire, je me retrouve devant assez rapidement. Est ce que c’est vrai que ça en début ça m’ennuie un peu, ça m’ennuie un peu. Les cortèges syndicaux, je ne m’y connais pas. Et en fait d’un instant, je vis une pancarte, je vis une pancarte dans une manif sur la loi travail avec une religieuse, avec une pancarte sur le racisme. C’est vrai que, et à ce moment-là, je ne voyais pas très bien.
David Dufresne
Si au début de ton bouquin tu racontes ça, c’est extrêmement touchant.
Taha Bouhafs
Et j’y vais avec une pancarte sortie parce que pour moi c’est tellement lié, tu sais. Et c’est vrai que je l’aurais peut être pas fait les années d’après, mais quand j’y pense, je trouve qu’en vrai ça raconte beaucoup parce que j’avais dit avait compris inconsciemment que dès le début que c'était la question sociale et la question de l’antiracisme était en réalité. Enfin, ce sont des choses qui sont indissociables et donc je me suis rodée, je me retrouve dans ce cortège de tête et je me dis que je suis vraiment à ma place. Parce que cet espace public, ça se passe dans le centre ville de Grenoble. Et cet espace dans lequel j’avais été régulièrement contrôlé, chassé, où quand on allait avec nos potes d’Echirolles, quand on se baladait dans le centre ville, ben on nous dévisageait où la police nous contrôlait, etc. Eh bien cette fois-ci, bah j'étais large. Bloquer cet espace, je le revendique. J'étais un danger. Je sais comment ce slogan est la rue, elle est à qui ? Elle est à nous. Et c’est vraiment ça en fait l’idée de se réapproprier l’espace aussi. Et ça, ça a été vraiment un truc important pour moi. Je me suis senti tout de suite à l’aise et donc j’ai enchaîné les manifestations rapidement. Et puis les unes après les autres, je rencontre des gens, etc. Et puis ensuite, à la fin d’une manifestation, on me dit que la manifestation n’est pas terminée, on va aller jusqu'à la MC2, donc la Maison de la culture de Grenoble et on va faire « Nuit debout ». Donc tout de suite je me dis c’est quoi ce truc là ? Moi je ne connais pas, Tu vois Ruffin, Lordon, tous ces gens je dit juste on va faire nuit debout. Donc je pense vraiment que les gens vont passer la nuit debout.
David Dufresne
Je vais le laisser tout seul parce qu’il fait l’interview là je le vois, je raye mes questions au fur et à mesure. Le gars il parle tout seul.
Taha Bouhafs
En fait, j’allais rejoindre ta question sur la politisation.
David Dufresne
Ben oui, c’est ça. Alors vas y, vas y, coche apéro. Ça a un avantage, c’est que ça te permet de boire une petite gorgée de thé à la pomme. Pas Les gens ont vu que c'était à la pomme.
Taha Bouhafs
C’est dans le gang des Haïtiens.
David Dufresne
Le moindre indice est scruté. On vous écoute, jeune homme.
Taha Bouhafs
Je me retrouve, tu vois dans ce truc un peu Nuit Debout. J’arrive et je leur dis mais c’est quoi l’objectif de ce truc ? Les gens commencent à poser des enceintes, à mettre des tentes, etc. Et il y a un gars qui me dit bah non, on va se poser une authentique ici et puis on va s’installer ici jusqu'à la base du capitalisme. je dis ok, beau projet tu vois, parce que j’ai rien d’autre à faire de mieux, donc. Je verrais çà et donc je là, dans ce truc, et j'évolue dans ce milieu qui m’aime tellement, mais tellement étranger. Et je rencontre tout un tas de gens assez chouettes, assez intéressants, que je n’aurais en vérité jamais vraiment pu rencontrer dans ma vie, ou d’Échirolles et tout. Ou alors des traders, des sociologues, des profs à la fac, des militants altermondialistes, enfin bon, tout un tas de gens assez intéressants.
David Dufresne
C’est quoi ce petit dégoût là ? Altermondialiste.
Taha Bouhafs
y a de quoi être pas du tout là, alors pas du tout. C'était pour dire l’horreur, la diversité. Donc je discute avec tous ces gens qui sont assez différents de moi, etc. Et vous savez, Nuit Debout, ça s’organise en groupes de parole, en groupes, et ensuite c’est des commissions et ensuite des commissions travaillent et tu y fais une restitution en assemblée générale. Mais pour faire la restitution du groupe de travail dans lequel tu a bossé et bien tu dois écouter tous les autres autour de commissions.
David Dufresne
Et donc ça ce n’est pas ton fort d'écouter les autres.
Taha Bouhafs
Non, c’est que j’ai moi j’arrive avec mes problèmes de mecs de tête à ce moment là et focaliser là dessus. Tu vois, avec mes problèmes sociaux de racisme, de difficultés professionnelles, scolaires, enfin tout ce qui constitue la vie d’un citoyen de seconde zone comme moi à ce moment-là et c’est vrai que je ne sais pas ce que c’est du le féminisme, je ne sais pas ce que c’est que l'écologie. Et quand des gens dans les assemblées nous parlent de faire des potagers partagés alors que nous on a trois kilomètres de long, y’en a qui, qui, qui au fond, desquels les restos du cœur font un tube. Bon je sais vrai que j’avais y avait un décalage et tout et j'étais obligée donc comme je te disais d'écouter du coup tous les retours de commissions et au fur et à mesure, je comprends que c’est la première fois que j’arrive dans un truc de dans une tente. Je rentre dans une tente, on met une tente non-mixte, interdite aux hommes, enfin interdite aux hommes en soit pas interdite aux hommes mais de fait réservée aux femmes. Et ma première réaction a été un peu celle de dire mais pourquoi est-ce que je serai exclue de cet endroit ? Tu vois ? Et tu as un peu la réaction que je que j’aurais dénoncée, tu vois un peu aujourd’hui. Et c’est vrai qu’ensuite on m’explique, on me dit oui mais non mixte. Si c’est ça, ce n’est pas c’est pour libérer la parole, c’est pour que les concernés s’organisent, parlent. Et puis en fait, je commence à comprendre petit à petit que finalement les choses sont liées. Tu vois, les luttes sont liées. C’est un même système qui écrase, qui organise la domination et que et que petit à petit je comprends qu’il y a des fils à tirer entre chaque heure, chaque lutte, chacun, chaque sujet, et je crée une commission qui s’appelle lutte populaire,
David Dufresne
Stop, tu permets ? Page 21 Mon groupe s’appelle simplement Quartier populaire. Ils sont quelques-uns à me rejoindre, à m'écouter. Je leur explique d’où je viens. Je les éduque à mon tour. Je leur dis mon rapport à l'État, à l’islamophobie quotidienne, aux violences policières. A vous les studios ! Par ailleurs, le tchat t’indique qu’il a repéré que ton horloge n'était pas à l’heure non plus
Taha Bouhafs
Pas la mienne.
David Dufresne
donc l’horloge affiche l’heure d'été. Très bien. Et donc voilà. Et tu racontes ça ? Et donc ce retournement, finalement ? Toi, tu es venu pour écouter et finalement ce sont les autres qui ont failli et en échange ils vont se mettre à t'écouter.
Taha Bouhafs
Exactement. Et donc c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de gens, mais avec le recul, n’y avait pas beaucoup de gens issus des quartiers, etc dans ce truc. Et donc je me dis et bon, tant qu'à faire, bah écoute moi, ils m’ont appris tout un tas de choses y compris tu. Moi je me suis initié à tout un tas d’apprentissages que j’aurais, j’aurais dû avoir à l'école. Tu vois des notions de philosophie, de politique, d'économie, le libéralisme, le capitalisme, le communisme. Je, j’apprends, tu vois, je et je suis très avide de connaissances. J’apprends. Bien sûr, on me file des bouquins, on me file des documentaires à regarder et surtout et surtout par la discussion, tu vois. Et c’est vrai que je me politise vraiment beaucoup à ce moment-là, et de façon assez rapide parce que de toute façon, moi je l’ai dit, j’ai dit aussi la méthode. Mais ces mouvements sociaux sont aussi des séquences d’ultra politisation ou sont des écoles politiques accélérées. Et donc je me retrouve dans ce truc qui m' échappe mais qui reste quand même minoritaire. C’est à dire que c’est le petit bémol que je mettrais à ce que j’ai dit par rapport à ton bouquin que je trouve super. Et je pense que là, les gens sont en train de découvrir la teneur de ton livre, parce que d’une certaine manière, oui, c’est ce que tu es en train de nous dire là. C’est exactement ce qu’on retrouve dans le livre, mais on ne peut pas non plus dire que ce soit majoritaire. On ne peut pas non plus dire que ton itinéraire, que tu ne prends pas en exemple, mais qui, qui permet en fait de s’engouffrer dans une époque qui est la nôtre ? Il est plutôt rare, on n’est pas majoritaire. Et là c’est vrai que dans le bouquin, j’aurais aimé, peut être même sans tomber dans le traité politique qui peut être un petit regard par rapport à ça, pourquoi il n’y a pas plus de gens de quartiers qui étaient venus avec toi, Pourquoi il n’y a pas plus de gens d’une manière générale dans les dents, dans les engagements, et je trouve ça manque un peu dans le bouquin. C’est a totalement raison en disant que ce n’est pas un itinéraire sans intérêt assez singulier. C’est la raison pour laquelle sur un livre c’est pour restituer un peu ça. Mais de fait, les mouvements sociaux sont des écoles politiques. Tu vois, quand tu regardes le mouvement des gilets jaunes au début du mouvement des gilets jaunes, t’as des gilets jaunes dans les A.G qui voyaient pas de difficultés à ce qui est dans l’assemblée générale des gens issus du Front national ou des racistes ou ce que tu veux et dit Oui, on est tous ensemble, les gilets, les gilets, les gilets et dès où ça passe, tu te souviens la formule qui disait on est apolitique à partisan. En fait, au début du mois, Gilets jaunes, c’est ça. Donc on n’a pas trouvé ce qui des nationalistes, des royalistes sera envisagé. Et les mecs vont se politiser et vont apprendre dans la rue, vont apprendre aussi. Théoriquement, un certain nombre de choses vont se confronter à cette forme de réalité politique avec la police au début de la police avec unir leurs amener des fleurs et à la fin, les mecs qui finissent dans des manifestations antifascistes pour Clément Méric et à Beaumont sur Oise l'été pour Adama Traoré qui y est tué et des mecs qui n’avaient pas différencié leurs gosses de leur droite se trouvent des militants politiques. Chaque génération de mouvements sociaux à sa génération de militants. Et il y a les générations 2005, CPE, il y a la génération 95, il y a la génération 86 qui gueule. Il y a des fois, c’est la Génération 2016 qui va avec la loi travail, mais il y a tout un tas de militants qui sont issus de cette génération que tu vois, par exemple le camarade candidat aux présidentielles Il est aussi de cette génération de militants et de militantes qui ont émergé en 2016. Comment le mouvement, le travail et donc ce sont des écoles politiques formidables Parce que non seulement je m’ennuie, mais non seulement on apprend des choses, mais aussi tu vis quoi ? Tu vis un mouvement, tu vis avec des gens au quotidien, tu te retrouves sur des supports à soutenir, à aller dans des piquets de grève dans toute la région, à faire des opérations sur des autoroutes péages gratuits, à toi, à tisser des liens de camaraderie, d’amitié avec des gens à mener des bagarres, etc. Et c’est vrai qu’un mouvement social, c’est vraiment une belle école politique et une école de la vie. Toi.
David Dufresne
Qu’est ce qu’il est devenu ton copain dont tu parles au début ? Celui qui t’emmène à la première manifestation
Taha Bouhafs
Il est encore à Grenoble. Il est coach de futsal et il avait une société de cyber sécurité si je ne me trompe pas,
David Dufresne
Je te pose la question parce qu’on a complètement oublié de dire parce qu’on réserve des surprises. Il y a des gens dans le club qui s’inquiètent tellement tu leur parles, ils visent, mais qu’est ce qu’il a ? Qu’est ce qui va rester ? Et il va rester beaucoup de choses et notamment et notamment une petite trouvaille du bouquin : ce sont les témoins dont tu parles, que tu retrouves parfois des mois après, des années après. Il y a par exemple Marianne Pujol, vice président de l’UNEF, il y a Kamel, du McDonalds, de Marseille, il y a Manu, gilet jaune qui a perdu un œil. Il y a un dénommé Arié Alimi on ne sait pas trop pourquoi. Et le livre en fait est plein à la fois de citations d’un dénommé Macron Emmanuel dont évidemment tout le monde a compris. Tu reprends, tu retournes la déclaration, tu reprends des déclarations qui, mises bout à bout quand même, montrent un mépris dingue pour le peuple. Parce qu’en gros, c’est ça. Et puis deux ou trois pages de temps en temps comme ça, de gens qui témoignent, de gens que tu as vu, que tu as vu dans tes premiers reportages ou dans des premiers engagements et que tu vas revoir pour essayer de savoir avec une simple question Et aujourd’hui ?Donc le livre, comme tu l’as dit, il est, il est rythmé par tes phrases. Et même quand il commence en réalité avec cette phrase d’Emmanuel Macron, moi qui a beaucoup résonné en moi à ce moment-là, c’est en juin 2017, il est à la station F. Il est tout jeune, un président tout fraîchement élu et il dit cette phrase et dit Dans les gares, on croise de tout, on croise ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien. Et là, c’est vraiment cette phrase dévastatrice parce que dit pas ceux qui n’ont rien ou ceux qui ne font rien et disent ceux qui ne sont rien. Et à ce moment-là, moi, cette phrase, elle me. Elle a une résonance particulière en moi parce que je considère être, n'être. N'être rien, c’est quand même quelque chose. Ce n’est pas acheter des merdes ou des rien du tout quoi. Et cette phrase est que le début, voilà, c’est le début d’une longue série d’insultes, de mépris, de petites phrases méprisantes comme ça, qui vont rythmer le quinquennat. Jojo, les gilets jaunes, les fainéants, les cyniques, les diplômes en chocolat. Mais comme, mais comme par hasard, vous êtes quand même deux à l’avoir sacrément noté. Toi donc et Macron lui même, puisque dans cette grande, grande interview, dans cette grande fresque sur TF1, il est revenu sur cette phrase en disant qu’il a regretté pour dire que je l’ai appris qui l’emmerdait. Mais c’est vrai que c’est cette fois parce.
Taha Bouhafs
Que ça laisse des traces, ça laisse des traces, il y en a pas mal des phrases mais. Mais tu vois, évidemment, ça laisse des traces. Ce genre de phrases, tu peux, tu peux revenir là dessus, même des années après. Ça laisse vraiment dans l’imaginaire des gens, dans la tête des gens, quelque chose d’assez terrible pour un président de la République qui a une responsabilité à avoir. On ne peut pas prononcer ce genre de phrase. Et donc il a, pendant tout le quinquennat, soit caractérisé un peu son mépris. Et c’est vraiment, c’est la raison pour laquelle j’ai appelé ça les années Macron, c’est les années mépris. C’est vraiment le président le plus méprisant qu’on ait eu depuis un moment. Je suis un peu jeune pour Sarkozy et pour Chirac, etc. Enfin, je ne sais pas s’ils ont usé à chaque fois systématiquement de ce genre d’insultes en français, le plus souvent à l'étranger. Et donc il y a.
David Dufresne
Celui méprisé, celui qui a commencé, c'était Sarkozy avant vrai. Avant Sarkozy, il n’y avait pas de phrase aussi frontale.
Taha Bouhafs
Le bruit, la vie, le bruit et l’odeur.
David Dufresne
Il y avait le bruit, l’odeur. Tu as raison.
Taha Bouhafs
C’est Macron, c’est assez systématique. On se demandait juste quand est ce qu’elle est tombée la prochaine fois. Et puis on peut s’amuser tout le monde de Jojo, le gilet jaune en passant par les séparatistes des quartiers. Et donc il y a Je voulais, je voulais raconter. Je voulais à chaque fois rappeler entre les chapitres ces phrases méprisantes, etc. De Macron pour raconter non seulement la violence sociale qu’on lit dans les chapitres, par les réformes, par la violence, par la répression, mais aussi cette violence symbolique représentée par le pouvoir macronien. Et face à ça, cette dignité, ces gens qui se sont tenus debout, qui ont mené ces bagarres dans le chapitre et aussi leur redonner la parole et leur dire parce qu’on les raconte aussi dans le récit, mais aussi leur donner la parole et leur dire où est ce qu’on en a aujourd’hui. Comment avez-vous vécu cet épisode ? C'était important aussi. Qui qu’ils et elles puissent avoir la parole. Pour revenir un peu sur sur ce quinquennat et reprendre un peu la main sur ces mesures et comprises cette histoire de ce quinquennat, et ce et ce récit et ce récit non seulement individuel et et mais c’est aussi ce récit, ce récit collectif. Donc je voulais opposer un peu ces deux mots, c’est ce mépris et cette morgue,Du pouvoir et en même temps cette dignité et cette lucidité. En réalité, parce que vous allez débouler quand vous lirez des dramatiques, on comprendrait de toutes celles de toutes celles et ceux qui sont opposés à ce pouvoir.
David Dufresne
Donc ces verbatim, c’est d’une certaine manière la transposition de ton travail de reporter de petit point technique. Tu diras à ton éditeur la découverte qui est en train de vendre par paquet ton livre, et là c’est chez eux. Je suis heureux quand ça les énerve, on le sait chez eux, c’est génial, J’adore, j’adore, j’adore. Mais tu diras à ton éditeur qui est en train de se faire un peu de pognon, que pour la réédition, ce serait bien que graphiquement, il y ait un petit. Un petit geste, un petit geste graphique. Je trouve les verbatim comme les déclarations de Macron mériteraient d'être une peu mieux mise en page. Voilà, c’est un petit peu pour nous.
Taha Bouhafs
Je pense qu’ils nous écoutent.
David Dufresne
Donc arrêtez les rotatives, reprenez la maquette. Non, je t’assure, c’est un peu con, c’est un peu dommage. Bon, ce n’est pas grave.
Taha Bouhafs
Mais moi je dis j’aimerais bien mettre des images Non parce que là après tu fais avec c’est Face book. Mais tu vois, c’est marrant, mais ce livre je l’ai aussi écrit. En fait, on regarde en revenant sur les images que j’avais tournées, j’ai dit Quand on vit des événements, quand on parcourt des événements sans forcément avoir l’intention d'écrire, on a une approche différente. Et donc quand on essaie de se replonger dans ces moments, etc. Pour écrire, c’est vrai qu’on a une autre, une approche différente. Et donc moi, pour me pour écrire ses chapitres, pour me replonger là dedans, et bien j’ai pris mon téléphone et je suis allé dans la iCloud et j’ai pris par date et j’ai regardé toutes les images que j’ai tourné parce que j’adorais un paquet, un paquet, un paquet d’images sur mon téléphone. Et donc j’ai ce. Ce récit est construit avec des images que je tourne avec mon téléphone.
David Dufresne
Page 31. C’est là que tu m’as convaincu. Page 36 Très vite. Pourquoi tu m’as convaincu ? Parce que, à l’instant, on vient de parler de la phrase de Macron dont il faut rappeler, comme tu l’as fait, que ça se passe à l’inauguration de la station F à Paris RER. Et la phrase c’est une gare, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réunis, qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Et page 30, tu dis que toi on est en 2016 donc tu étais tout jeunot. La journée, quand je passe devant la gare de Grenoble, je suis souvent tenté de monter dans un train. M’enfuir d’ici pour aller où ? Peu importe, mais je n’ose pas. Je reste sur le quai. Je regarde tous ces gens qui vont et qui viennent. Je sais pas si tu t’es rendu compte que tu répondais à Mâcon et par ailleurs que tu répondais à Jacques Brel qui disait Le plus important ce n’est pas d’aller à la gare, c’est de faire sa valise, c’est à dire de prendre la décision de partir. Et je trouve que ce passage là fait quatre lignes à mon avis, ça résume ton tonton, ton état d’esprit.
Taha Bouhafs
J’ai toujours vraiment été fasciné par les gares parce que je me suis toujours, en me baladant, toujours arrêté plus longtemps devant la gare, en regardant tous ces gens qui vont et qui viennent avec leurs valises, avec leurs sac, avec leur sac à dos et qui partent en train, qui reviennent rien ne m’empêchait techniquement de monter dans un train, que ce soit en le payant ou on le paie pas. Et puis il n’y avait pas de portiques dans les gares à ce moment-là.
David Dufresne
Et tu vois. Attention, attention, tu vieillis, hein ? T’imagines ceux qui ont 18 ans, qui écoutent le Oh le vieux ! Un ça va vite, ça va vite, ça va vite. Attention, le web, ça va vite
Taha Bouhafs
Il n’y avait pas de parti qui, à mon époque. Après guerre, on pouvait monter dans des trains était le bon temps avec 2025 mais pas. Et du coup. je pouvais prendre les trains, en vrai, je pouvais monter dans le train. Mais pour aller où ? Tu vas ? Où aller où ? Parce qu’on parle souvent, tu vois de barrières, de plafonds, de barrières un peu invisibles. C’est le cas. Je peux monter, prendre un train, aller à Paris. Mais pour y faire quoi ? Pour y voir qui ? Pour faire ? Et c’est vrai que je me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes ont une destination, ont un but et d’autres n’en ont pas. Et moi je me pose la question en voyant ces gens partir, partir et revenir. Moi, quel est mon but ? Où est-ce que je vais ? Quelles sont les perspectives ?
David Dufresne
Est ce que tu penses que tu comprends mieux ton but aujourd’hui après avoir écrit ce livre ?
Taha Bouhafs
Je pense qu’il y a beaucoup plus de sens non. Seulement pour avoir écrit ces livre, mais surtout après avoir compris un certain nombre de choses, mais surtout d’avoir compris d’où je venais. Parce que tu sais, moi je suis né en Algérie et j’ai grandi en France. Je ne peux pas me revendiquer entièrement de l’histoire de l’Algérie, Je ne peux pas me revendiquer entièrement une histoire de France pas entièrement français, je ne suis pas entièrement algérien et c’est vrai qu’on a souvent cette photo d’identité fracassée, on ne sait pas d’où on vient, etc. Et c’est vrai que moi j’ai compris d’où je venais. On dit toujours pour savoir où tu vas, il faut savoir d’où tu viens et compagnie et d’où je viens moi, c’est où ? Et c’est vrai que je l’ai compris en apprenant l’héritage des luttes, des luttes ouvrières, des luttes de l’immigration, en comprenant que, par exemple, à mon âge ou plus vieux, il y a des gens qui, dans la même condition avant moi, se sont posés les mêmes questions, rencontraient les mêmes difficultés et se sont organisés et ont lutté. Quand j’ai découvert que voilà, il y a eu au début de l’immigration, il y a eu le mouvement de l’immigration et des banlieues, le mouvement des travailleurs arabes, la marche pour l'égalité et le racisme, toutes ces bagarres contre la double peine pour le titre de séjour à dix ans, pour toutes ces luttes de l’immigration et aussi les luttes ouvrières de Dakar desquelles je me sens proche et desquelles je me rends, me revendique quand j’ai quand j’ai compris toutes ces luttes et cet héritage là, c’est un peu d’où mon d’où je viens à moi, tu vois, c’est mon bled à moi, tu vois, j’ai une forme, moi j’ai une identité politique, pas nationale, nationale, nationalisme, ça m’intéresse très peu. Peut être un peu l’histoire aussi de la guerre d’Algérie. Parce que. Parce qu’il y a une histoire aussi anticolonialiste de lui pour l'émancipation et l’autodétermination. Mais ce n’est pas un peu ? Je ne suis pas fier d’appartenir à un pays, je suis fier d’appartenir à une histoire de lutte, une histoire de Denis. De Dumont Des ouvriers et de l’histoire de l’immigration. Et donc, dès lors que j’ai appris qu’il y avait cette histoire qui en réalité n’a été cachée, on ne l’a pas appris à l'école. On nous a parlé de la Marche des Beurs, une marche dans laquelle je ne me suis jamais identifié en forme de marche du Parti socialiste, de Julien Dray et de SOS Racisme et de toute sa bande. Mais. Mais quand on m’a expliqué ce qu'était réellement la marche pour l'égalité et contre le racisme, c’est vrai que ça a été une forme de libération. Parce que même quand on m’a expliqué ce qu'était le racisme, parce que ce n’est pas évident, on a toujours une forme d’approche morale du racisme. On nous apprend à l'école que c’est en quelque sorte une forme de part mauvaise de l’humanité et de mauvaise idée. Et donc il y avait des gens gentils, des gens méchants, des gens racistes, des gens pas racistes et qui valaient et qu’il suffirait de marginaliser cette idée ou les gens qui là qui la portaient pour en quelque sorte en réduire le champ d’action. Mais dès lors que l’on m’a expliqué le racisme en tant que système politique, en tant que y compris qui s’inscrit dans une forme de au service des intérêts du capitalisme, le racisme, c’est aussi à un moment donné, des siècles de discours politiques pour justifier l’exploitation et la réduction en esclavage, la colonisation, la spoliation de terres de toute une partie de gens dont il aura. Il a fallu déshumaniser pour rendre acceptable cette forme de d’exploitation et au service d’intérêts socio-économiques particuliers au service du capitalisme. Et aujourd’hui qui continue. Pourquoi ? Pour justifier des politiques de relégation sociale dans les quartiers populaires, l’accès aux services publics qui sont moindres dans les quartiers populaires. Et dès lors que tu comprends que ce qui t’arrive c’est penser, c’est un système, c’est organisé et que tu comprends dans quel but. Déjà, c’est une libération énorme parce que ta colère, déjà, elle est plus redirigée contre toi même, elle est plus rude, dirigée contre les gens comme toi. Parce que souvent on entend moi au quartier des rebeus par exemple dire ouais mais regarde les Arabes, regarde la merde. C’est pour ça que les Français sont racistes. Et parce qu’en fait, en réalité n’ont pas compris ce que c’est, je crois. Quand on vit profondément malheureux, quand on ne comprend pas les structures qui sont à l'œuvre dans la société et les dynamiques qui sont à l'œuvre. Et on peut vivre très malheureux. Et en fait, moi j’ai eu cette chance quand je dis la lutte m’a sauvé, c’est elle m’a sauvé de moi même, elle m’a sauvé de ma colère, elle m’a sauvé je pense vraiment que plus on comprend la société, plus on comprend les dynamiques qui sont à l'œuvre, mieux c’est. Et en réalité, quand j’ai découvert ces luttes, quand j’ai découvert cet héritage, quand j’ai découvert ces connaissances, en réalité j’ai mieux compris. Est ce que je devais faire et quel était mon but et quel était le sens de ma présence ici ?
David Dufresne
Page quatorze Si c’est ta première rencontre, est ce qu’en fait on ton bouquin ? D’une certaine manière, on pourrait dire que c’est ta première manif, tes premiers boulots, ta première nuit debout, ton premier voyage en train. Et il y a page quatorze, ton premier contact avec la police et je pense qu’on en a souvent parlé tous les deux et que le premier contact avec la police détermine évidemment le regard qu’on a ensuite sur la sur la police est une chose. Tu nous dis page deux, page quatorze Donc un policier me gifle et me crache cette phrase qui résonne encore en moi Toi ! Je n'étais pas assez pris de claques dans la vie. Voilà, c’est ça. C’est un de mes premiers contacts avec l'État. Donc là, je pense que c’est le policier qui a fait ça.
Taha Bouhafs
Ça fait partie
David Dufresne
Est ce que tu peux non pas nous raconter l’histoire, elle est dans le bouquin, mais quand tu dis ça résonne encore en moi. Tu crois que par exemple, ton travail d’aujourd’hui que tout le monde connaît, dont on va parler dans quelques instants
Taha Bouhafs
Oui, évidemment. Je pense que c'était Karl Marx qui disait que L’existence détermine la conscience.
David Dufresne
Les conditions d’existence déterminent le niveau de conscience. Non mais attends, je veux bien la génération Twitter qui condense un Karl Marx, Pense que le vieux disait que le vieux Staline, lui, tu peux l’appeler l’ancien.
Taha Bouhafs
Parce que l’ancien disait à cette époque Ouais, c'était nous, nos conditions d’existence qui déterminent. Plus ou moins généralement, quand on vit dans un milieu aisé et qu’on n’a pas forcément d’expérience avec la police particulièrement violente, on a tendance à dire à mettre hashtag, soutien aux forces de l’ordre et à considérer que ce sont des agents qui maintiennent l’ordre et que les gars, pas de souci. Mais dès lors que voilà, on a vécu dans des conditions un peu particulières, dans des quartiers et qu’on a très rapidement expérimenté l’arbitraire de l'État et la violence de l'État, bah évidemment, la police ça va pas être on va pas être des grands fans de la police quand on sera plus âgé, tu vois. Donc moi j’ai rapidement eu cette expérience avec la police. Ce n’est pas la seule. Je raconte plusieurs choses qui me sont arrivées avec la police quand j'étais gamin.
David Dufresne
Ce n’est pas non plus une anthologie de tes relations avec la police
Taha Bouhafs
Y a des exemples.
David Dufresne
Il faudrait faire un deuxième tome pour ça. Il n’y a pas tous les exemples, mais il y a des exemples frappants. Mais là, ce qui m’intéresse, je n’ai pas dit tu as quel âge à ce moment-là ?
Taha Bouhafs
Quand le policier lui a dit j’ai douze ans, j’ai douze ans, quand tu me prends une gifle par un CRS en centre ville de Grenoble qui me dit tu t’es pas appris après cette claque dans ta vie ? Parce que j’ai déjà refusé de me coller contre un mur pour me faire contrôler parce que j’avais douze ans en fait, et que j’ai tiré juste par mètre contre un mur. Je ne l’ai pas théorisé comme ça à ce moment-là, mais je n’avais juste pas le net contre le mur. J’avais rien fait de mal. J'étais dans le centre ville, avec mes potes, avec aucun sens. Et en fait tu vois, dès le début, dès le début de ta vie en fait, on va on va te rappeler quelle est ta place en fait, le système va venir quand et notamment quand t’es un jeune arabe, un jeune homme arabe, un jeune homme noir et blanc. Tout de suite, voilà, à l'école, on va, on va te dire que ne t’es pas un bon investissement pour l'éducation nationale. On va t’envoyer dans des filières dites de voie de garage parce que. Et Christian plombier, c’est très bien. En plus, tu peux très bien gagner ta vie, mais on sait très bien que tu ne vas pas finir Grisha. Et au niveau du marché de l’emploi, il y a aussi une forme d’exclusion et surtout l'état, tout de suite le rapport à la police, etc. Donc t'écrase tout de suite. On te rappelle tout de suite que voilà, tu dois rester à ta place. Donc un truc très d'écrasement en fait, tout de suite, dès le plus jeune âge pour rappeler à l’ordre social quoi.
David Dufresne
Alors page deux, page 35, il y a j’avance dans le récit et sinon on va y passer la nuit, hein ? C’est ta rencontre avec Mélenchon qui me fait marrer, c’est qu’il y a un petit côté gonzo parfois dans ton bouquin, Qu’est ce qu’il y a ? Il y a un mauvais message qui vient d’arriver.
Taha Bouhafs
Ah non, non, pas du tout.
David Dufresne
Il y a ton éditeur qui te dit faut moins sourire
Taha Bouhafs
Maintenant, tout va bien,
David Dufresne
Donc page 35. C’est ta rencontre avec Mélenchon tu seras plus tard candidat aux législatives. On va en parler. Et ce qui me fait marrer, c’est le côté gonzo. C’est à dire que parfois tu nous racontes à l’intérieur de la scène, c’est-à-dire que tu ne surplombe pas ce qui se passe. Tu, tu, tu dis voilà, moi j'étais là, je vous raconte tel que je l’ai vu et il y a ce jeu. Mais ce jeu dont je disais tout à l’heure qu’il était une forme de nous, je pense, et j’imagine que les gens qui viennent, j’ai vu quelques photos, c’est dément. Les gens qui viennent à tes lectures, à tes signatures, c’est ta génération. Donc j’imagine que s’il y a une forme de nous et moi, ça me ça me plaît, mais ça ne me plaît pas. Je prends ça acte, tu dis Je suis juste derrière Jean-Luc. Bon, déjà, tu t’appelles Jean-Luc.
Taha Bouhafs
Le meeting commence. On ne m’a pas prévenu, mais quand on est installé juste derrière des enceintes, on n’entend absolument rien. Je me contente d’applaudir quand le public applaudit. Dans ma poche, mon téléphone n’arrête pas de vibrer. Tous mes amis me reconnaissent sur BFM, mon père aussi. Je me demande ce que ça lui fait de me voir là, dans les gradins d’un meeting politique. J’adore cette anecdote. T’entends Ryad applaudir C’est le meeting, vous savez, vous souvenez, c’est le premier meeting hologramme en février 2017. C'était à Lyon, donc il était à Lyon en vrai et en hologramme à Paris, à Pantin. Mais moi j'étais à Lyon parce que j'étais acteur. Grenoble, donc c’est mon premier meeting politique et donc je me ramène dans ce meeting et je viens pour filer un coup de main. J’arrive à 8h, je me lève tôt et tout. À l'époque, je me levais tôt, assez souvent et je ramassais des chaises, des machins, des trucs à L’accueil. Le point presse de tous les camarades. Et puis à un moment, un gars qui dit de l’organisation, qui me dit voilà et tout ça dirait d’aller sur scène avec Jean-Luc, etc. Et je dis bah ouais et tout, super et tout. Et donc j’y vais et donc discute x Comme après je sais que je suis derrière les enceintes qui sont qui projettent comme ça et en fait derrière on entend absolument rien. Et c'était un meeting qui a duré 3 h ou que j’ai réécouté après sur YouTube qui était très intéressant devant les JT de 3 h derrière en train d’attendre et je n’entendais pas vraiment grand chose. Et y avait de la lumière en plus des trucs. Donc on était là et donc on se contentait d’applaudir quand les gens applaudissaient de joie parce que c'était sûrement intéressant. La garde rapprochée de Mélenchon, elle est maline, elle repère ce jeune talent qui a l’air intrépide comme je l'écris. Mais je vais changer le titre, je vais mettre l’intrépide et l’intarissable. Est ce que je ne peux pas parler dans cette interview ? Ne pose pas grave et il te repère.
David Dufresne
Et ils t investissent candidat aux législatives c’est en 2017.
Taha Bouhafs
J’ai 19 ans à ce moment là
David Dufresne
Oui, c’est ça tu penses que tu vas battre Le Pen, Le Pen qui avait été, qui a été très longtemps le plus jeune député de la République ? Tu penses que tu vas battre son record ? Tu ne vas pas le battre. Mais il y a une phrase qui je trouve est extrêmement intéressante : elle est dure, elle est dure. Tu es donc dans un bar à chicha qui a l’air d'être un peu ton QG de l'époque qui s’appelle Les 1000 et une nuit. Je ne sais pas s’il existe toujours et tu dis voilà, tu discutes avec tes copains, tu leur dis je vais me présenter à l'élection. J’ai l’impression qui pousse un peu, qui se demande ce que tu fais. Mais ils veulent t’aider et il y en a un qui te dit si on fait campagne pour toi, on pense plutôt que ça pourrait te desservir. Et ça je trouve, c’est une phrase qui tu dis c’est dur à entendre.
Taha Bouhafs
Ben oui, parce qu'évidemment moi, la raison pour laquelle je me présente, c’est pour défendre les intérêts des gens comme moi et parce que j’ai vu toute ma vie bah les gens, mes voisins, mes machins, enfin des gens comme moi. Galérer est la raison pour laquelle j’ai envie de m’engager et de gagner ce mandat, etc. C’est que c’est pour défendre les gens comme moi et non contre des gens pour qui je me bats, me disent mais en vrai, ne vaut pas qu’on fasse campagne avec toi parce que soyons honnête avec toi, ça va te desservir. Et j’ai la phrase Ensuite je dis c’est malheureux parce que c’est vrai. Et c’est vrai que quand a dit Blanc qui parle de politique dans un café ou une réunion publique. Et quant à dire beaucoup de choses dans une chicha, on appelle ça du communautarisme et très vite c’est stop.
David Dufresne
Stop, J’en appelle à la population. Écoutez bien. C’est exactement ce qui est écrit. Plus exactement, c’est dur à entendre, parce que c’est vrai des blancs qui discutent politique dans un café, c’est une réunion publique. Mais dix rebeus qui font la même chose dans une cité, ça c’est perçu comme du communautarisme. C’est bien lui, ce n’est pas un autre mais cette impasse.
Taha Bouhafs
Cette impasse là, il y a toujours cette peur dans les élections, dans l’organisation et tout ou là il y a toujours. On se dit non, mais si on s’organisait tous, on va considérer qu’on est entre nous et entre Arabes, ça va être perçu comme un truc communautariste. Et donc parfois les gens ne s’organisent même pas parce qu’ils ont peur dans la façon dont ils vont être perçus. Et on se dit toujours bah tu vois, il faudrait peut être un truc qui est ça. Ça me fait souvent rire quand on me dit oui, les trucs de réunions non-mixtes, de machin, tout le blabla qu’on en fait. La réalité, c’est qu’il y a des gens qui ne s’organisent pas parce qu’il n’y a que des robes et son cœur entre rebeu. Donc ils disent non, non, on ne veut pas que ce soit perçu comme un truc où on est communautaristes, etc. Parce que c’est un truc de terreur en fait, à chaque fois que des gens sont organisés, même dans des associations, pour faire des trucs culturels ou cultuels ou ce que tu veux, il y a toujours ce truc à regarder, ils sont entre eux et le communautarisme
David Dufresne
Alors comment et comment ces communautarismes radicalisent ?
Taha Bouhafs
C’est très compliqué.
David Dufresne
Comment percer cette impasse ?
Taha Bouhafs
C’est cette impatience qu’il y a. Je développe une idée dans le livre qui est celle de reconstruire, y compris une forme d’unité de classe, toi de conscience de classe, de considérer qu’il faut avancer ensemble. Il faut créer des alliances entre les gens des quartiers populaires, les zones périurbaines, les milieux ruraux, les hommes, les femmes, les écolos, les antiracistes, les verts. Ce petit bloc, un peu d’unité de classe toi de considérer aussi que toutes celles et ceux par exemple qui sont obligés de travailler pour vivre, ont les mêmes, globalement les mêmes intérêts. Et de reconsidérer, voilà qu’on informe de notre communauté, c’est une communauté d’intérêts, une communauté de classe et que voilà, on est la grande majorité des gens de ce pays qui produisons la richesse et qui nous faisons écraser par un système qui est organisé par une poignée de personnes. Et donc je pense que dès lors qu’on sera sorti des logiques dans lesquelles on veut, nous, dans laquelle on veut nous classer dans les sous catégories dans lesquelles on veut nous mettre, il faut en finir avec cette forme d’atomisation de la société ou du monde, du monde du travail et se réorganiser et réorganiser nos combats, nos pensées en Occident, dans cette en cette conscience collective, cette conscience de classe, quoi !
David Dufresne
Alors le chat me demande, s’interroge C’est quoi le gonzo ? Le gonzo, c’est le CNT Thompson qui en est l’inventeur ? C’est le journalisme subjectif, le journalisme qui se met en scène pour raconter le monde. Voilà. Alors j’avance. Page 48, page 48 Tu arrives à Paris et. C’est ta première manifestation. Alors le classique, la Bastille République, c’est un peu ennuyeux, mais ça fait toujours plaisir d'être au milieu du gué de la Chaussée. Paris, c’est le rêve du gosse de province. C’est la ville du possible. Référence à la première manifestation de Grenoble dont on a parlé en début d'émission au bout de la ligne de train. Donc tu continues. Les images de la télévision en vrai.
David Dufresne
Un petit point critique ? Est ce que. Qu’est ce que tu réponds à ceux qui te comparent à un Rastignac, c’est-à-dire à ce gars de la province qui vient pour vendre Paris ?
Taha Bouhafs
Dominer Paris n’est pas Rastignac, donc je sais que je ne saurais pas quoi leur dire. Mais. Mais moi j’arrive à Paris pour une manifestation et je ne descends jamais. Je suis tout de suite. Quand je dis des images, la télévision et toutes les images que j’ai, c’est Paris. C’est le lieu où tout se passe. C’est le lieu du pouvoir, c’est les cérémonies du 14 juillet, c’est les investitures présidentielles, c’est la passation de pouvoir, c’est ça. C’est là que ça se passe. On sait bien que nos vies sont toutes régies et organisées par quelques petits bonhommes qui habitent à Paris. Et je sais que quand je fais ma première manifestation, t’as aussi ce petit truc. Tu vois dans les manifestations parisiennes où tu comprends bien que la confrontation aussi avec le pouvoir, elle se passe aussi en partie là bas. Tu vois mon papa, pas entièrement le mouvement des gilets jaunes ou la montré aussi mais c’est là que sont les lieux de pouvoir, c’est là que sont les gens qui organisent et qui décide de la suite de nos vies. Donc je sais que ça se passe là. Je sais que c’est ici que je dois continuer à manifester et à m’organiser. Quoi donc ? Mais ce n’est pas conscient tout de suite, tu vois.
David Dufresne
Une première fois, une autre première fois juste après. C’est ta première rencontre avec le comité à Damas qui va, qui va là aussi et qui irrigue encore ton combat, ton avis pour ceux qui nous écoute, qui n’ont pas encore lu le livre, Qu’est ce que, qu’est ce que tu pourrais nous dire là de la quintessence de ce combat pour toi ? En quoi ce combat te semble bien générationnel ? Tu parles de Génération Adama ?
Taha Bouhafs
Ouais, c’est vraiment la génération Adama. Parce qu’en fait, la mort de la mère Traoré survient dans un moment un peu particulier. C’est l'été 2016. Moi, je venais juste de prendre Ouais, j'étais en voie de politisation. J’avais fait le mouvement, le travail, j’avais fait le mouvement Nuit debout et en fait, ensuite, il y a eu le 49 trois. Tout le monde est rentré à la maison. Il est arrivé, le mouvement s’est essoufflé, chacun est rentré faire sa vie, etc. Les étudiants avec qui je militais sont partis en Erasmus chez Papa-Maman, les autres ailleurs t’emporte. Chacun est retourné à sa vie. Et puis moi je dis je retourne en Israël comme on retourne à une caisse d'épargne. Et à ce moment-là, je me dis bon, pour moi, c'était juste un mouvement d’une grande cité. C’est mon premier mouvement dans ma tête, tu vois, c'était à la révolution, tu vois, on allait, on allait faire reculer gouvernement lent, N’en faites pas du tout, on se mange une répression de ouf, on a le 49 trois, on a soit ce truc qui est complètement antidémocratique et donc je me, Je me dis et quoi ? Maintenant ? Tu vois, la situation sociale est toujours la même. Pas de perspective non plus. Et je me dis qu’est ce que qu’est ce que je fais ? Et je me pose plein de questions pendant cet été là et je sens qu’il manque un élément dans ma réflexion et dans et dans mon et dans ma logique. Et en fait, c’est l'été, c'était là et c’est l'été, au mois de mai, au mois, il y a déjà eu des violences dans mon quartier, il y a déjà eu des morts, de la police, etc. J'étais un peu plus jeune et tout, mais à ce moment-là, ça a une résonance particulière. Et donc je me mets à suivre partout sur Twitter partout. Après tout cette histoire, tu vois, je suis dans le sur le fil de Tiamat Beg, de plein de journalistes indépendants, etc. Et je et je. Et ça a une résonance particulière. Et très rapidement d’ailleurs, on invite la famille Traoré à Grenoble pour leur organiser une soirée de soutien avec une caisse de solidarité. On va manifester avec eux à Lyon et donc je suis en contact avec eux sur Facebook, sur Messenger, on discute, etc. Et donc quand je monte sur Paris, évidemment, une des premières choses que je fais, c’est d’aller à la rencontre du comité et. D’apporter mon soutien et d’accompagner, d’accompagner ce combat. Donc j'écris à Youssef, on se voit en bus, mis à part.
David Dufresne
Youssef, c’est-à-dire.
Taha Bouhafs
Je ne sais pas que ni moi ni Adama n’a lui, lui il passe sa vie à la chicha comme moi. Donc très rapidement on devient, on ne devient pas amis. Et donc j’accompagne ce combat du comité Adama en même temps que je monte sur Paris pendant le mouvement contre la loi sélection entre université et le mouvement contre la réforme du pacte ferroviaire. Et donc tu vois, ça a une résonance particulièrement parce que aussi en 2016, continue à ce qu’on tient à la mort d’Adama Traoré. Je me mets à réfléchir aussi à ces questions de racisme et d’antiracisme. Jusqu’ici, je m'étais un peu formé aux questions sociales, mais c’est vrai qu’il me manquait cet aspect, tu vois, antiraciste, intersexuel, intersectionnel des choses. Et donc j’ai cet été là où Me Adama Traoré, je vais pousser la porte d’un local du FN équipé du front uni d’immigration et des quartiers populaires. Et c’est des gens formidables qui m’ont aussi apporté Hocine justement aussi cette question dont on parlait tout à l’heure de l’héritage des luttes, de cette histoire aussi, des luttes de l’immigration et ce mot antiracisme, parce que c’est vrai que c'était un mot, un. Nouveau pour moi. Tu sais, le racisme, je ne connaissais pas l’antiracisme et donc je m’approprie un peu ce mot. J’essaie de le comprendre, j’essaie d’en comprendre la teneur, L’histoire et donc ses usages. C'était un élément de joie, d’analyse et de compréhension aussi de la situation dans laquelle j'étais, qui me manquait. Et donc c’est aussi en cela que l’action de la génération Adama, c’est aussi du tout une prise de conscience et et ensuite à la génération Adama, la génération 2020 en réalité, et avec tous les gens qui sont sortis pour les grandes manifestations devant le tribunal sur la place de la République après la mort de Georges et après la tentative de non-lieu sur l’affaire Adama Traoré ou de tout un tas de jeunes qui sont sortis pour la première fois manifester et qui sont sortis manifester en fait sur une question de dignité et de dignité humaine, de droit à la vie. De deux choses aussi simples que des revendications d'égalité, de dire qu’on ne peut pas être traitées de façon différente. On veut être traité de la même façon que les autres, pas moins, pas moins bien. On va avoir le on va avoir, il n’y a pas de peine de mort, c’est fini la peine de mort dans ce pays, on n’a pas à mourir dans un simple contrôle de police simplement parce qu’on est noir ou parce qu’on est arabe, ou parce qu’on est exigeant,
David Dufresne
À propos, excuse moi, je dis il y aura des gens dans les éditions du Bout de la ville dont le titre s’appelle La peine de mort n’a pas été abolie en France sur les morts en prison car il y a des morts en prison dont on ne parle jamais. Et jeudi matin, à ta place, ils sont là. Les éditions de L’envolée et le Bout de la ville viendront parler de ça. À part l’abolition de la peine de mort. C'était juste un petit aparté. Il y a un point qui est très important que tu rappelles dans ton livre par rapport au comité Adama, c’est que le comité Adama va avant même le 17 novembre 2018, c’est à dire le premier acte des gilets jaunes appeler à. Non pas la convergence des luttes, je sais, mais l’alliance, hein, Je crois que c’est ça. Il y a un distinguo qui fait entre convergence des luttes et convergence et alliance par alliance. Le syndicat de police a mis d’accord l’Alliance, l’Alliance, la Belle Alliance. Et ça, tu rappelles ça. Tu. Tu. Tu. Tu te souviens comment ça s’est décidé ? Que le comité Adama dit les gilets jaunes, on doit les rejoindre.
Taha Bouhafs
Moi, je me suis ferme là. Mais la décision est prise dans un train. On était encore à Marseille. Ouais, bah tu vois. Un haut lieu de la résistance politique. Non. On était parti en étant invité par le SQDM, le Syndicat des quartiers populaires de Marseille, près de chez moi. Mais de Ben Salah. C’est une grappe, c’est un coucou, c’est regarde et on est invité pour parler un peu de ces luttes là. Il y avait des gens et des mecs, de Marseille, des gens de Maison-Blanche, plein de collectifs citoyens et tout. Et on parle un peu de nos questions. Et c'était une sorte de réunion, de réflexion et tout là dessus. Et en fait, sur le retour, c’est vrai que nous, on s'était posé la question, on regardait un peu le mouvement des gilets jaunes, mais le premier acte C’est vrai qu’on va garder ça un peu loin au début parce que, y compris moi, je pense que moi en tout cas, je parle pour moi parce que je peux parler que pour moi. Mais j’avais compris mes aprioris sur ce sur ce mouvement que j’ai pu considérer à certains égards comme une forme de duel amical. Des automobilistes qui râlent parce qu’il y a les 80 kilomètres heure et ils sont bien plus qu'étrangers. Mais c’est vrai que, y compris le tout était organisé médiatiquement pour que l’on pense ça, pour qu’on pense que c'était des petits zigzag auto tu vois, poujadistes et que c'était pas c'était pas un mouvement social. Et en réalité c’est un peu à moitié vrai parce que le mouvement ensuite, comme il a évolué, ce n’était pas le mouvement du début. Et en plus en fait ce qui m’a moi, ce qui m’a vraiment mis la puce à l’oreille, c’est que c’est l’insistance des médias à définir ce mouvement comme un mouvement raciste, comme un mouvement qui voit sa diversité comme un mouvement. Et ça m’a mis la puce à l’oreille et je vois ça sur BFM TV et j’explose. Alors je me dis mais en fait depuis quand ils s’intéressent ? Tu vois à nous ? Depuis quand ils s’intéressent aux quartiers ? Depuis quand ils s’intéressent à la diversité dans les mouvements ou la diversité tout court ? Et à notre sortie, et c’est ça qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est que c’est qu’en réalité leur plus grande peur, c’est que les gens, ils se rejoignent. Et donc ça c’est une des choses qui ont fait que je me suis senti, je m’y suis intéressé de plus près. Et donc la deuxième chose, c’est la masse et l’aspect massif du mouvement et aussi la radicalité, tu vois, dans une forme de confrontation assez inédite avec le pouvoir, avec des manifestations sur les champs assez violentes, etc. Qui nous ont fait nous poser des questions en tant que militant politique, de nous dire ben ouais mais tu vois, ce truc c’est bien un tout, mais on est en dehors là. Qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que c’est ? Comment ? Comment est ce qu’on réfléchit par rapport à ça ? Et il y a tout un tas de gens qui, de façon assez dogmatique, ont considéré que ce n’était pas un mouvement dans lequel on devait s’investir et que ce n’était pas un mouvement qui concernait le camp social. Le camp progressiste et certains d’entre nous se sont posé la question y a pas que le comité a d’abord et avant tout regardé, il y a l’action antifasciste par les banlieues de tout un tas de gens qui se sont posé la question et avec lesquels on s’est réuni. Et on s’est dit mais en fait c’est le même. Nous, tu vois, ce mouvement, c’est aussi l’autre. Parce que, y compris ne pas laisser la place à l’extrême droite parce que moi je me souviens, il y avait des groupes nationalistes, royalistes. Donc dans les manifestations et la confection concertée avec eux, avec Assa, Youssef et d’autres. Tout ça c'était de se dire que, en fait, oui, il fallait recréer aussi un lien entre justement cette France périurbaine rurale avec les quartiers populaires, parce que, y compris même en termes de service public, en termes d’accès à la santé, aux soins, à l'éducation et tout, c'était les mêmes problématiques. En réalité, contre retrouver, c'était la même magie et marginalisation, c'était la même relégation sociale, C'était aussi des citoyens de seconde zone. Tous ces gens qui habitaient Yves, qui ont été occupés, les ronds points qui étaient concédés, qui n'étaient pas considérés comme des gens qui habitaient dans les centres villes. Et donc on séance. Et c'était aussi de renouer avec l’histoire des luttes, des luttes aussi de l’immigration qui ont aussi créé des passerelles avec le milieu rural, du serment moral me parlait souvent et c’est pour ça que, à l’appel à Saint Lazare qu’on avait appelé L’appel, le Comité Saint Lazare, dans ce premier appel à manifester avec les gilets jaunes.
David Dufresne
Encore une guerre, comme par hasard.
Taha Bouhafs
Et il y avait sur cette banderole le mot Larzac, du comité Adama aux gilets jaunes et élevés. Et en fait, c'était le c'était le mouvement, l’immigration et des banlieues qui avaient crée aussi des convergences avec eux, avec eux, avec les combats des milieux ruraux, qui avaient été invités dans Larzac. À la. Fois je crois que c'était au Forum social européen par la Confédération paysanne et qui faisait des trucs avec des José Bové et compagnie, sur des questions aussi d’alliance des luttes. Et déjà à ce moment-là, en 2003, il y avait des passerelles qui ont été créées entre les mouvements de l’immigration et des banlieues et les luttes altermondialistes, les luttes des milieux ruraux, etc. Et donc il s’agissait aussi de riches, enfin de choix de continuer cet héritage là et de se dire que oui, oui, en fait, c’est le même système qui nous écrase. Et vous n’allez pas nous diviser les copains, Vous n’allez pas nous faire croire que nos ennemis, ce sont ces gens qui manifestent pour du pouvoir d’achat et pour parce qu’on leur enlève, on les écrase sous une fiscalité injuste, sous des taxes, parce que c’est des guichets, des gens qui sont au. J’ai dû prendre la voiture pour aller bosser. Qui n’habite pas dans les villes, qu’on ne peut pas prendre le métro. Et ce n’est pas eux nos ennemis. Et quoi ? C’est vous en fait ? Et donc il y a eu cet appel qui a été fait à l’appel Saint Lazare. Et qu’est ce qui m’a fait ? Qui s’il a validé et qui m’a conforté en réalité dans notre dans notre choix, qui a été réitéré ensuite, les appels d’après, c’est que quand on a regardé, on a pas fait trois pas, qu’on a été arrêtés tous par la police. Il y avait un dispositif policier qui était aussi important sur Saint Lazare que sur les Champs-Élysées où il y avait la grosse manifestation, parce qu’en réalité, ils ne voulaient pas qu’il y ait des gens du milieu antiraciste, du milieu du mouvement social qui se retrouve sur les champs avec les gilets jaunes et qui et qui scandent des slogans anticapitalistes et qui donnent aussi, parce que c’est le rôle des militants, une direction politique à ce mouvement. Et donc c’est cela aussi qu’on a. On a compris que l’importance de la presse dans notre présence ici et la peur en réalité du pouvoir que tous ces gens sont, contre quoi ?
David Dufresne
je suis obligé de cavaler Il y a une tuile qui t’arrive le 23 avril 2018 à Tolbiac, tu y reviens largement. Je peux citer la page 61. Donc c’est la fac de Tolbiac et tu vas annoncer. À ce moment-là, tu es, tu es entre le militantisme et un peu le journalisme intuitif. Tu ne sais pas vraiment quand tu deviens formateur.
Taha Bouhafs
Il y a de l’emploi là- dedans.
David Dufresne
Mais justement j’y reviens tu vas transmettre une information avec d’autres, qui va s’avérer fausse. La mort d’un manifestant par les flics..
Taha Bouhafs
C’est exact. En gros, donc on est pendant le mouvement contre la sélection entre universités. je ne sais pas si vous vous souvenez, y avait eu l’attaque de Dans un contexte particulier assez violent, il y a eu l’attaque de la fac de Montpellier par un commando d’extrême droite qui avait été guidé par le doyen et par des profs de cette même fac. Il y avait eu un grand mouvement de protestation et d’indignation y compris de mobilisation vis-à -vis du ministère de l’enseignement supérieur, la recherche et donc des occupations dans toutes les facs, dans toutes les grosses facs de France. Il y avait des occupations à Lyon deux, au Mirail, à Toulouse, à Paris huit, deux à Paris, trois à Paris quatre et à Tolbiac. Et d’autres. Et donc il y avait ce mouvement dans ses occupations et tout. Et donc c'était des occupations qui avaient duré un certain nombre de temps, tu vois, et qui étaient particulièrement. Il y avait une répression qui était particulièrement violente dans les manifestations. Il y avait des tentatives d'évacuation, donc je sais pas si vous voyez un peu le principe de l’occupation, mais il faut tenir la garde, tu vois, Il faut garder ainsi ici toute une organisation, toute une logistique parce que. Y compris à la menace d’une expulsion, on a les menaces des fachos parce que les fachos venaient aussi de Bihac faire des expéditions punitives. Et ils ne trouvent que le jour de l’expulsion. Vers 4 h et 5 h du matin, il y a eu une violence policière. Et dans les témoignages qui revenaient, il y a eu une information qui était parvenue aux camarades, qui était celle d’un gars qui était tombé en se faisant courser par un flic et qui s'était fait mal si ce n’est était inconscient. Et donc cette information a commencé à circuler, a été diffusée dans des médias, y compris des par des vrais médias quoi. Les médias comme Marianne et compagnie, le média Reporterre brut et compagnie par vraiment plusieurs témoignages ont été relatés dans la presse. Et ces témoignages-là ont été relayés par certains de nos camarades, dont moi. Et je trouve que ces témoignages se sont avérés quelques jours plus tard. Faux. Et donc moi, plus terre à terre.
David Dufresne
Il faut dire les choses, si toi et certains camarades vous informez la presse qui répercute.
Taha Bouhafs
C’est dingue, non
David Dufresne
C’est la presse qui le dit avant vous. ?
Taha Bouhafs
Non, non, je sais, des témoignages qui sont relayés dans la presse par des camarades,, je n’ai pas parlé à la presse, c’est une fois ces témoignages relayés, je les relaie aussi, tu vois. Et donc il s’avère que ça devient faux. Ensuite, enfin, ce lien faux, ça n’a jamais été vrai. Et. Et donc en nous la rétro, on a reproché collectivement et ensuite quelques mois. Là, quelques jours plus tard, je filme place de la Contrescarpe Benalla Si c’est ça qui se passe, on ne me reproche pas tout de suite parce que je suis personne et que je ne suis pas à l’origine du truc.
David Dufresne
Ok, ok, si tu veux, tu peux y aller maintenant. Parce que, parce que je trouve ce que tu écris sur ton livre, c’est la meilleure défense.
Taha Bouhafs
quelques jours plus tard, je filme, donc j’ai Alexandre Benalla. En juillet 2016, l’affaire éclate. Je suis très exposé médiatiquement et à ce moment là pour expliquer que finalement, ce truc de Benalla, c’est un faux truc. On va ressortir un tweet à l'époque où j’avais fait un témoignage qui s’est avéré faux en disant regardez, c’est mytho. Tolbiac et donc tous les fachos, les Macronistes, les bottes, les machins étaient mis à fond son truc. Et d’où le truc de le truc de Tolbiac vient pas, mais en vrai de pas du tout. Moi j’ai juste comme d’autres relaté le truc mais c’est devenu tard parce qu’un mensonge répété 1000 fois devient une vérité et donc qui serviront à et donc d’où l’intoxication de plein de gens. Et tu veux que tu ne puisses pas répondre à chaque fois et revenir chaque fois dessus, c’est fatiguant. D’où David Dufresne qui nous fait une pose nouvelle en direct dans le concert en disant que c’est un truc de mort à Tolbiac qui n’a jamais été le cas et personne n’a jamais dit, personne ne l’a jamais dit en réalité. Tout le monde a été en réalité un peu intoxiqué doublement par d’une part ce faux témoignage et ensuite toute la propagande derrière pour délégitimer le mouvement. Et ça a été un truc très compliqué. Pour sortir de ça, il aura fallu des années et des années d’explication, ça a été une leçon.
David Dufresne
Et l’honnêteté commande de te dire que moi je t’ai toujours incité à expliquer les choses. C’est pour ça que je te provoque et c’est pour ça que tu peux le dire ici. Et c’est pour ça aussi, je pense que tu l'écris là. Lisez dans le livre, c’est intéressant. Cette affaire de Tolbiac est une leçon pour moi. Ce que je ressens d’abord est un mélange de regrets, de culpabilité, d’avoir causé du tort au mouvement. C’est page 61 Je continue Bon, moi étudiant, Puis plus tard, un sentiment d’injustice, je me suis fait le relai d’un faux témoignage, certes, mais j’ai été trompé et je m’en suis excusé, expliqué des dizaines de fois. Et par la suite, tu vas expliquer que c’est justement ça qui va te mettre au journalisme. C’est à dire c’est le fait de ne pas avoir vérifié l’information qui va te transformer en journaliste en te disant merde. C’est là que je vois aussi la différence entre une démarche politique militante simple et une démarche journalistique qui peut être engagée. Et c’est le cas mais aussi de considérer que même si on a toutes les raisons de croire à quelque chose, même si toutes nos expériences et la situation est dans le contexte dans lequel on se trouve, nous pousse à penser cette chose là et penser que cette chose là est vraie, eh bien on ne peut pas le diffuser tant qu’on n’a pas, tant qu’on l’a pas recoupé, tant qu’on n’a pas vérifié et revérifié avant de diffuser une information. Et c’est à ce moment là que j’ai décidé de systématiquement filmer. Parce que, en fait, quand on filme une image, on ne peut pas la contredire.
David Dufresne
Avec une difficulté, par rapport à ça, c’est que toi tu es dans la génération du live, du direct. Et donc il y a aussi parfois cette complicité mais plus exactement entre la vérification, le direct, tu en fais assez peu en réalité.
Taha Bouhafs
Je ne fais pas de direct mais pour le coup, ce que je disais c’est que donc une image, on ne peut pas la contredire, tu vois. Et donc ça m’a renforcé dans l’idée que, en réalité, mon médium est le truc avec lequel je vais travailler. En tout cas, au début c'était l’image, c'était filmer avec mon téléphone, c'était capturer, voilà ces instants. Et c’est vrai qu’il y a plein de camarades à ce moment-là qui m’ont dit mais t’as ouvert, c’est compliqué ce machin, etc. Puisqu’il y avait toute cette polémique et en fait je dis non, moi je vais continuer à filmer. Et en fait, juste quelques jours plus tard, après Tolbiac 1ᵉʳ mai 2018, Place de la contrescarpe, je sors mon téléphone
David Dufresne
. Donc là, ici, il y a ton tweet, hein. 1ᵉʳ mai 2018. Je ne sais pas si tu le vois dans Le retour, ce sont des images qui ont fait le tour du monde que tout le monde connaît. C’est la minute de plaisir pour moi car moi à ce moment-là, je vis à Montréal. Et je vois tes images. Et je ne sais pas du tout que personne ne sait qui s’appelle Alexandre Benalla, mais je trouve quand même que c’est un peu bizarre ce que ce flic fait puisque je le prends pour un flic comme toi. Comme tout le monde, on le prend pour un flic, mais nous ne sommes pas très nombreux et d’ailleurs tu le raconte dans ton livre à considérer quand même que ce que ce mec fait n’est pas affaire. Et donc juste pour la petite histoire, Allo la préfecture de police pour interrogation, vous faites quoi pour interrogation ? On est à ce moment là le 1ᵉʳ mai 2018, c’est six mois. Allons place Beauvau Et en fait c’est pratiquement la genèse d’un déplacement. Ce qui fait qu’effectivement on a tous les deux une sorte de solidarité, de bivouac qu’on ne pourra jamais nous enlever. Mais on est là pour t'écouter. Et page 69, tu racontes ce truc que je trouve absolument délicieux et qu’en fait tu es sauvé par un spot wifi Parce que l’histoire de Benalla tu l’as racontée 200 000 fois ? Je pense qu’on peut avancer. Mais cette anecdote, je ne la connaissais pas.
Taha Bouhafs
Ah ouais ? Elle a filmé et ma 4G les a flingués. Il y avait beaucoup pensé à rajouter des brouillages simples s’il y avait une manif. En tout cas, c'était impossible de capter de la 4G. Donc je me dis qu’il faut que je balance cette vidéo rapidement. Et en fait il y avait un accès sur la place, donc je me branche sur le wifi et heureusement qu’il y avait ça sinon j’aurais jamais pu balancer la vidéo.
David Dufresne
. Évidemment, ça va te catapulter dès lors que le monde, quelque temps plus tard, va révéler que ce type là, c’est Alexandre Benalla. Comment ? Comment vas-tu Comment tu vis ça toi ? Comment tu vis ça ? Parce que ça va très vite. Ton bouquin va très vite. C’est un bouquin qui est, qui est rapide, ça veut ne pas dire qu’il est écrit rapidement, mais il est rapide parce que les événements s’enchaînent et tu te retrouves. Donc à ce moment-là. On est en 2018 à qui tu as 19 ans, 20 ans.
Taha Bouhafs
J’ai 20 ans, j’ai 19 20 ans.
David Dufresne
Qu’est ce que tu disais ? Qu’est ce que tu ressens ? Ça devient finalement une affaire d'état finalement.
Taha Bouhafs
Mais je suis un peu dépassé par le truc parce que tu vois, je raconte un peu la scène, comment j’apprends ce truc de Benalla. Je ne vais pas vous spoiler tout mais. Mais c’est vrai que j’apprends un truc un peu dans mon quotidien un jour, tu vois, c’est l'été et donc chaque fois l'été c’est là. C’est un peu la fin des mouvements sociaux, donc c’est un peu la fin d’une forme d’effervescence, c’est tout. Et donc tu retournes en fait l'été, pour moi, c’est vraiment les moments qui sont les plus hauts, où je travaille dans le chômage comme les grands chez moi, etc. Et j’apprends ce truc en plein milieu de l'été où je bosse à ce moment-là, je recrute des recruteurs de donateurs. Tu sais, c’est le mec relou qui t’arrête gilet fluo dans la rue pour demander d'écrire pour une association.
David Dufresne
, C’est pour une association ?
Taha Bouhafs
Ouais, c’est possible aussi pour Médecins du Monde. et la Ligue contre le cancer ? Et du coup j’apprends, j’apprends donc ce truc à ce moment-là. Et tu le vois ce truc ? Et c’est vrai qu’au début il y a cette vidéo qui est mise et c’est vrai que Le monde n’est pas mon nom en tant qu’auteur, je n’ai jamais été happé par le monde. Et j’appelle donc un gars du monde que je connais et je lui dis est coûteuse ma vidéo etc. Il y a peu j’y travaille, rectifie le truc à toi. Et à ce moment-là, mon téléphone se met à sonner comme jamais. Il a sonné. Je reçois un acte de chevalerie. En une soirée, j’ai dû recevoir peut être au moins 300 appels, trois de partout. Et j’ai. C’est vrai qu’on se sent un peu dépassé par le truc et en même temps, je me pose plein de questions. Et pour revenir à la raison que tu disais tout à l’heure et je me dis mais ok, c’est un collaborateur de président République, ok, c’est très grave, je comprends pas tout puisque c’est une affaire d'état, mais je me dis pourquoi il y a deux mois et demi quand j’ai posté cette vidéo, ça n’a fait chier personne que en fait juste un simple policier en fait en réalité puisse taper des gens impunément sans que ça crée de scandale pour moi. En fait, le scandale de base, c’est que ce gars a été frappé. En fait, ce n’est pas français aussi parce que c’est un proche de la phrase un peu con et je prendrais conscience de la gravité de l’affaire et de tout ce qu’elle en ensuite va impliquer en termes de révélation et d’implication sur soi, de simplement la comment fonctionne la Macronie et comment fonctionne ce régime présidentiel. Mais, en réalité, je me suis vraiment posé la question de me dire en fait quand des gens se font tabasser par la police, en fait on s’en fout. J ai un appel : C’est un numéro inconnu Et c'était peut être le poste de police, le vrai. Et du coup, je me dis en fait, tu vois, Benalla, quand il choisit de frapper cette personne, il se déguise en policier, il choisit l’uniforme de policier et ce n’est pas un uniforme de pompier et je ne dis pas un uniforme d’ambulancier. Il choisit un uniforme de bosser parce que l’uniforme de policier nous permet cette impunité, cette impunité médiatique, cette impunité politique, cette impunité juridique qui fait qu’on peut taper quelqu’un contre ça sans que rien ne se passe. On peut tabasser des personnes sans qu’on vienne nous chercher ou bien nous demander des comptes.
David Dufresne
Et cette question te taraude évidemment, c’est à ce moment là que tu vas être mis sur le devant de la scène de la scène publique tu écris page 111 que tu vas être tabassé à ton tour plus tard dans une autre affaire et qu’il va y avoir une mobilisation. Et tu dis quand j’ai été frappé par un policier, cela fait les titres des journaux, des ONG, des syndicats, des personnalités ont manifesté leur soutien. Mais quand on est sans papiers, qui se soucie de nous ? Cette question là de taraude, je dis et je le disais, c’est à dire qu’il y a aussi une injustice devant les violences policières pour les victimes. Selon qu’on est connu, pas connu blanc arabe.
Taha Bouhafs
On est blanc noir selon qu’on est une nationalité française ou pas, selon qu’on soit notre statut social, qu’on soit journaliste, qu’on soit simple travailleur. Un ouvrier, c’est donc évidemment, tu vois, et ça, je ne comprends pas ce que je lis, je l’ai d’abord vécu cette injustice, pour ensuite être clairvoyant sur le fait que quand moi je me fais frapper par la police, c’est pas du tout la même réaction. Quand c’est un sans papiers qui se fait taper dans une manif. Et y a beaucoup plus de soutien d’ONG, des syndicats de machin quand c’est moi qui me fait arrêter que quand c’est un militant. Leur bec sur la terre dans une manifestation, Tu vois ça je le sais et je le vois. Et c’est aussi la raison pour laquelle il faut, il faut sans cesse être vigilant et raconter aussi et raconter aussi ça. Et je raconte le truc de Chronopost parce que je me fais frapper dans cette manifestation, je me fais déboîter l'épaule encore aujourd’hui et j’ai mal et je ne t’ai opéré toi et suis encore en procédure judiciaire. Ça fait et ça fait trois semaines, ça va faire trois ans presque que j’suis en procédure judiciaire. Mais en fait je suis en procédure judiciaire, j’ai un avocat, j’ai des gens qui défendent et ça ce n’est pas un luxe, tu vois, ce n’est pas tout le monde n’a pas cette chance là, tu vois, il faut aussi, il faut aussi raconter que. Tout le monde ne peut pas être dans un truc, tout le monde n’est pas défendu de la même manière.
David Dufresne
Page 108 du raconte un tract d’alliance. Le syndicat Alliance 94 sort un tract sur lequel je suis donc toi t’as représenté en chien avec de la bave. Ils ont inscrit en majuscules ce slogan flatteur Pourquoi je parle de ça ? C’est parce que tu vas te retrouver face aux délégués.
Taha Bouhafs
Les policiers me disent Vous arrêtez. je vais te mettre à poil, je vais le mettre. Tu n’auras pas le sou malheureusement. Donc je reprends, je reprends les choses. Le syndicat Alliance te présente donc comme un chien baveux en disant que tu as la rage. Malgré tout, malgré ça, je veux dire, je t’appelle et je te dis voilà, je suis en train de tourner un film qui va s’appeler Un pays qui se tient sage, et j’aimerais que tu ailles en face de Benoît Barré, du syndicat d’alliance. Les policiers me disent Vous arrêtez de filmer des blessés vous aussi ? Je vous arrête. Je vais bien ? Est ce que je vais sur un contrôle de police en disant Vous arrêtez votre véhicule qui est maintenant quelqu’un qui se retrouve filmé à trois centimètres de la tête ? Avec ce même film surtout sur la tête. C’est quoi ça ? J’ai jamais vu, J’ai jamais, jamais. J’ai vu. Mais moi je l’ai vu tous les jours avec des gars qui se trouvent sur les réseaux sociaux.
David Dufresne
Et tu te rends compte de ce que c’est que de travailler en étant tout le temps filmé ? C’est une scène, un petit extrait, et il y a la fameuse scène. Je dis fameuse parce qu’encore l’autre jour, vendredi, j'étais à Brest présenter le film et on m’en a parlé. Mais alors, comment est-il ? Mais est ce qu’il est ? Est ce qu’il est aussi beau qu'à des conneries ? Et. Et voilà, dans la scène où vous discutez du marketing, je n’ai jamais eu l’occasion de te poser la question. Je le fais parce qu’y a du monde. Qu’est ce qui t’a fait accepter finalement d’aller discuter avec ce policier dont le syndicat venait de publier ce tract dégueulasse ?
Taha Bouhafs
Je suis Impuissant. Je crois que c’est le moment de vérité auquel on a déjà eu droit. Parce que souvent on est dans des dispositifs. Tu vas dans les médias, dans des dispositifs assez piégeurs qui sont déjà une. La configuration est faite pour que tu perdes la discussion, pour que tu ne puisses pas aller jusqu’au bout du truc. Et là c’est vrai qu’on a un face à face, surtout sur la base qui est ce que j’ai trouvé. En vérité, la configuration de ton film est vraiment très intéressante. On parle sur la base, sur la base d’images, sur la base de d’images qu’on a tournées nous mêmes, qui représentent exactement, ce qu’on reproche à ces policiers. Et à partir du moment où tu discutes sur une base factuelle d’images ou où il y a évidemment des violences illégitimes qui sont commises, à partir de là, on peut réellement avoir une discussion dont on va sortir quelque chose, en tout cas pour nous. Et c'était ce moment de vérité auquel on a eu droit parce que j’ai pu insister et peut être qu’on le voit, on le voit aussi. Et souvent quand je sors des projections du film, les gens me disent merci de pas avoir lâché et de lui avoir fait lâcher parce qu’on ne va pas la scène, mais la scène qui revient, dont on parle souvent, c’est le gars qui commence à dire non mais l’image du Burger King a rien etc. Et là je lui dis mais non, là, ce que tu vois là, là, c’est normal ou pas ? Et les mecs, il dit oui, énorme et truc gênant, non, là il y a ici ce que tu vois là, c’est normal ou pas ? Et tu vois, je peux sur un plateau de télévision, ce n’est pas possible de faire ça. Et j’insiste, et ça dure un petit moment quand même la séquence et à la fin il est obligé de lâcher en disant. Bon, là, ce que je vois effectivement et tout le monde rit dans la salle, tu vois ? Parce qu’en vrai, c’est un truc cassé. C’est des moments auxquels on n’a pas de fait, des trucs que je ne dis pas que c’est le fun, C’est incroyable politiquement, mais quand tu vois un truc qui. C’est des moments de vérité auxquels on n’a pas souvent, auxquels on a pas souvent droit et qu’on ne voit pas souvent. Et c’est pour ça que, en réalité, j’ai accepté parce que je savais que la configuration et le dispositif me permettaient, d’aller jusqu’au bout du truc et de parler sur une base sur laquelle on pouvait parler et qui était des bonnes bases de fait. A un moment, je pense que ça revient beaucoup dans le film et je crois que, en plus, la séquence qui avait été choisie pour les pour la cérémonie des César, la croix des César, c'était celle là c'était Ce moment où le flic est acculé et ce qui n’arrive quasiment jamais. Souvent, tu vois ces syndicalistes politiques en suspension sur les plateaux de télévision tu les vois jamais en difficulté et au final être obligés d’avouer qu’il y a un problème
David Dufresne
J’avance parce qu’il nous reste 20 minutes mais j’avance un tout petit. sur trois événements, il y a des Bouffes du Nord, le cadre des Bouffes du Nord. Là aussi, je laisse quand même aux gens la surprise de te raconter ce fameux moment où tu te retrouves au théâtre avec le président de la République Macron. Pour moi, tout le monde se souvient de ça. Je t’en parle parce que là, je suis un peu emmerdé. Là, je suis un peu emmerdé parce que tu nous expliques que quand tu pars au bout d’une heure parce que tu as l’information, tu écoutes Véronique Sanson dans ton AirPod. Plus tard, quand tu es dans un comico en cellule de garde à vue, tu chantes à tue-tête Dalida, Joe Dassin. C’est quoi ? C’est quoi ces goûts de chiottes là ?
Taha Bouhafs
Oui, je. Sais, c’est français, mais je trouve ça drôle. J’ai adoré. En 2005. Son regard Claude Barzotti, Serge Reggiani, Ce que tu veux Joe Dassin. Et parce qu’en fait, mon daron écoutait ça dans la voiture tout le temps et je chantais souvent en voiture avec mon daron. Et il mettait tout le temps, tout le temps. Ces musiques, elles sont restées. Tu vois, c’est un peu ce que m’a transmis un peu mon daron j’adore la chanson française. J'écoute, je kiffe. J’adore le karaoké dans toutes les soirées, je n’ai que l’ambiance en mettant des musiques, en mettant du Balavoine, tu vois, Et j’aime bien. C’est resté et c’est vrai que je me délectais du visage des policiers en garde à vue quand je faisais le juke box du Globo, donc quand je faisais le tout le répertoire des chansons françaises et je regardais leur tronche et ça me faisait vraiment rire. Donc j’ai continué. Et oui, j’aime jouer, c’est mon petit truc quoi. C’est entre Dino et Véronique Sanson.
David Dufresne
Le chat applaudit. Mais ça m’a beaucoup fait rire de t’imaginer de chanter sur les Champs-Élysées aux policiers quand tu es dans ta cellule. Mais bon, Véronique Sanson, elle a tenu bon. Un point important dans la chanson. Pourtant, je suis né à Paris.
Taha Bouhafs
Comme quoi, tout ça avec mon petit croissant au beurre.
David Dufresne
Bien cher ami. Alors il y a un moment important dont tu parles longuement aussi, c’est la loi sécurité globale. Puisque tu es un des artisans de ce mouvement, notamment tu étudies, tu le monsieur propagande, on peut dire ah c’est toi qui va aller voir les graphistes etc. Instagram patati patata. Bon voilà, tu parles beaucoup de tu parles beaucoup de ça et tu parles notamment d’une réunion importante qui va avoir lieu place Beauvau. Donc tu vas te retrouver face à Darmanin. Je suis témoin oculaire puisque j’assiste là aussi en tant que représentant de la Société des réalisateurs de films. Nous sommes seuls. Il y a aussi des journalistes, il y a aussi des ONG. Et puis il y a Christian, le père de Cédric Chouviat Et tu révèles Pour ceux qui n’avaient pas été là, tu révèles qu’en réalité, nous avions imposé la présence de Christian Chouviat. Est ce que tu peux nous l’expliquer là, pourquoi ?
Taha Bouhafs
Ben en fait c’est une délégation qui s’est faite un peu, mais de façon assez informelle. En vrai, à la base, c’est une boucle de WhatsApp qui est devenue une boucle signal parce que David aime bien qu’on précise qu’il a une hygiène numérique irréprochable.Et c’est. Lui qui nous a demandé de migrer vers Signal.. Et du coup. C’est plein de gens au début de bonne volonté, de gens dans des orga, dans des trucs à la Quadrature du net, Amnesty, etc. Qui étaient sur la BO qui a ajouté untel et untel. Et puis c’est devenu une boucle d’orgas, de coordination, d’organisation et avec plus de choix de plus de 64 organisations. Et donc cette organisation a décidé de créer une délégation qui feint de former une délégation qui était un peu représentative, parce que ce n'était pas qu’un truc de syndicats, de journalistes ou deux d’associations de défense des droits humains ou des libertés publiques avait vraiment des comités de familles de victimes. C'était un truc assez large, des associations antiracistes, etc. Et donc il y a cette délégation qui s’est montée et on s’est dit qu’il fallait absolument que ce soient des familles de victimes qui soient présentes, des viols, des violences policières, parce que c'était aussi la question de la France. Une des questions de la loi Sécurité globale. Et donc, et c'était à ce moment-là le nom du père de Christian, Julien a servi à arriver. On lui a proposée et elle a accepté. Et donc il faut savoir qu’au début, les équipes de Darmanin avaient refusé catégoriquement en disant Non, on ne va pas recevoir au Ministère le père, Christian Chouviat, le père de Cédric. Et donc ça a été une des conditions de la délégation pour s’y rendre. De dire qu’en fait, s’il n’y avait pas eu Christian, je. Bien, et bien personne ne viendrait, y compris les syndicats, y compris les sept journalistes, et qu’il fallait que la délégation.
David Dufresne
Je restitue juste le moment. C’est donc la bataille autour de l’article 24 de la loi Sécurité globale, celui qui voulait empêcher la diffusion d’images de policiers. En fait, cet article 24, pour certains de la coordination, dont toi comme moi, c'était un cheval de Troie pour abattre toute la loi, pour les journalistes, pour les représentants des journalistes, c'était surtout cet article là, le point détaillé et terminé. Et donc c’est à ce titre là que Darmanin est un peu obligé par Macron en fait, et par le Premier ministre de l'époque, d’essayer de calmer le jeu et donc décide de recevoir cette coordination nationale dont tu fais partie,on va se barrer et en fait on va se barrer, on va se lever et tu écris ? je crois que c’est un peu notre on se lève, on se casse puisque à un moment donné tu racontes très bien et je le sais que tu peux le raconter parce que ça tu le dis pas parce que tu avais enregistré ça raconte très bien qu’au bout de 40 minutes, tu dis à Darmanin on la loi, on la connaît. Maintenant on va passer aux choses sérieuses. Et comme on ne peut pas passer aux choses sérieuses, puisque nous passons, on décide de se barrer. Mais je reviens à toi. Tu écris page 152 d'être face à lui, de le regarder dans les yeux et de lui dire ce que j’avais à lui dire. C'était important pour moi, pour le petit. Et des moments comme ça. Moi je suis ému pour le garçon d’Échirolles qui a douze ans s’est fait gifler par un policier. Ça, moi je ne le savais pas. Quand on se retrouve dans la salle, dans le fumoir, puisque ça s’appelle comme ça. C’est cette fameuse salle où il y a eu le, c’est le bureau de la sécurité. Moi je ne savais pas où est cette histoire. Tu t’es fait gifler à douze ans ? Est ce que tu peux en dire un peu plus ?
Taha Bouhafs
Ben y a plein de gens qui m’ont posé la question des camarades, des gens qui m’ont dit mais pourquoi tu peins ? Pourquoi t’as l’air bizarre, à l’intérieur ? Est ce que quelque part ce n’est pas une forme de compromission ? D’une façon, qu’est ce que vous attendiez ? Moi personnellement, et je pense qu’un certain nombre de gens dans la délégation, voire la majorité de gens, savaient qu’il y avait de façon rien à négocier et que, y compris stratégiquement, c'était une forme de levier médiatique pour appeler à la manifestation de samedi qui était déjà prévue, qui était déjà organisée et qui était déjà déposée en préfecture et profité de la sortie du ministère avec toutes les caméras pour dire rendez vous à la manifestation prochaine, tu vois ? Donc, ça va. En tout cas, à titre personnel, je savais qu’il n’y avait absolument rien à négocier.
David Dufresne
La manifestation du 28 novembre, celle des 100 000 personnes dans toute la France.
Taha Bouhafs
. Exactement. Et donc moi, quand j’y suis allé, c'était aussi quelque chose que je pensais important politiquement, symboliquement, qui est une présence comme la mienne, comme celle de Christian Chouviat comme celle de David, ou derrière des gens qui ont travaillé sur la question des violences policières, des gens qui ont subi les violences policières et qui, quelque part, il fallait aussi y confronter ce mec, ce Darmanin qui était là, qui avait toujours des interlocuteurs face à lui, toi qui ne savait pas forcément de quoi il parlait ou qui est un peu complaisant, ou qui étaient là pour défendre leur bout de bifteck. Et pour moi, ce truc de la loi sécurité globale, ça ne devait absolument pas être un truc corpo, de journaliste ou un truc de mais c'était ça. L’important, c'était de ramener du politique, de ramener quelque chose de plus global. Dans cette tension, dans ce mouvement, et pas en faire une des revendications sectorielles. Et donc il y avait une importance à être là. Et aussi avait on pour le coup, c’est vrai que David le savait pas, mais moi il y avait une importance aussi personnelle pour moi d'être là, une forme de réparation de quelque part. Je me suis fait gifler par ce flic, tu vois, quand j’avais douze ans et j’avais besoin d'être en face des chefs du chef des flics pour lui dire aussi ce que j’avais à lui dire en face à face dans les yeux. Sachant que quelques jours avant, Darmanin m’avait pris à partie sur Tweeter avec son compte de ministre et je n’ai jamais été fait par hasard à la suite de ses intimidations sur Twitter, j’avais aussi reçu des menaces. Donc j’avais aussi besoin d'être face à ce gars là et de lui dire ce que j’avais à lui dire, quoi que ce soit pour moi mais aussi pour les et pour les gens qui s’identifient aussi en moi quelque part. Soit de se dire que ouais, que j’ai bien fait, je pas. Il y avait une importance symbolique et politique à venir lui dire ce que j’avais à lui dire en face tout en étant aveuglé et tout en étant lucide sur le fait que de façon on n’allait pas régler la question ou une négociation quelconque. Et donc ce qui s’est passé c’est qu’on lui vit et lui ai dit ce que j’avais à lui dire. Bon, certains liens ont pu entendre la conversation qui était un peu atypique. Il ne voulait pas me laisser parler. Donc j’ai commencé.
David Dufresne
C'était un peu tendu on va dire.
Taha Bouhafs
C’est un peu tendu. Ils ne voulaient pas me laisser parler. Je commençais à parler. Il me dit Monsieur, on ne va pas fonctionner comme ça, votre micro, je ne sais pas quoi, etc. Et je continue à parler et il continue à m’interrompre et je pense à dire Bien, on se parle dessus, on s’entend bien, tu vas peut-être une minute, tu vois ? Et le truc est très tendu, tout le monde regarde un peu comme ça, va savoir qui est qui, est ce, qu’est ce qui va se passer. Et donc je lui dis ce que j’ai à lui dire et en fait on lui dit mais on n’est pas venu pour une explication de texte. En fait, on a très bien compris votre loi, on a très bien compris votre projet de loi et à un moment donné, est ce que vous comptez retirer les articles 24, les articles machin de l’article machin, le nouveau schéma du maintien de l’ordre ? A l’issue de cette réunion, le mec dit non et du coup on se tire et puis on profite des caméras qui sont devant pour dire go en manifestation.
David Dufresne
A propos de symbole, Je terminerai là dessus et on passera aux questions si tu veux bien. C’est comme une boucle. Nous sommes à Paris, à l’hôtel Ibis Batignolles. Nous sommes en mai 2021 et tu suis la lutte de ces femmes qui de ces femmes de ménage de l’hôtel et tu écris. Ça rejoint tes 17 ans quand tu étais en apprentissage et que tu étais sûr que tu nettoyais des hôtels, des stations de ski dans la région de Grenoble. Tu écris page 167. J’ai connu des clients indifférents qui te regardent à peine et préfèrent payer une caution plutôt que de rendre leur chambre à peu près propre. J’ai connu ces bons jours que tu dis dans les couloirs sans que personne ne te réponde, comme si tu n’existais pas. J’ai connu les douleurs froides du soir à force de frotter comme un malade. Ben moi je trouve que c’est magnifique. Je veux dire que tu viens de faire une explication de texte justement. Je viens de faire une explication de texte à l’inverse. Bonjour aux raideurs de qui se nourrissent que nous saluons. Euh voilà, je ne sais pas si ça amène un commentaire, mais on comprend là, on comprend ton travail. C’est -à -dire que tu ne vas pas par hasard sur telle ou telle lutte. Tu ne vas pas par hasard ? Shift Darmanin Tu ne vas pas au comité Adama, tu es gêné, tu remets ta casquette, tu ne sais pas quoi dire, même si ça. Est ce que tu veux ajouter quelque chose
Taha Bouhafs
Non mais c’est vrai que moi ça me touche particulièrement ces femmes parce que d’une part, je pense que je ne pense pas à ça. C’est des femmes qui sont à l’intersection de tellement de choses, tellement de questions, tellement de dominations, de la misogynie, du racisme, de la question de la classe sociale avec une telle ligne de fracture qu’il y a une telle dignité et une telle force. Et je connais ce travail. Tu vois, c’est aussi le travail que j’ai fait pendant quelques années, que je n’ai fait que pendant quelques années, et je sais à quel point c’est pénible déjà de le faire dans ces conditions là. Et bien là, elles ont fait toute leur vie et continueront à le faire.
David Dufresne
Mais je n’ai pas souvenir, je n’ai pas souvenir que, alors à l'époque, je restais plutôt pour là bas si j’y suis ou le média je ne sais plus. Mais je n’ai pas souvenir que tu eus raconté ton histoire. En quoi la leur résonnait. Non, il faut attendre le livre pour le savoir.
Taha Bouhafs
Donc tu vois, je raconte le truc. Et parce que c’est aussi, je les appelle vite la victoire sous l'ère Macron, ces 22 mois de lutte. Une lutte qui n’est pas entre eux. Ils ne sont pas là avec les mines défaites qui ne sont pas là et donnent aussi l’esprit du livre, tu vois. Parce que ces femmes là, quand elles ont mené ces 22 mois de grève, ça a été un truc inventif, rigolo de même, de fait, un peu de voix. Elles étaient là, sur le sur le piquet, elles lançaient des confettis, elle chantait, elle dansait, c'était coloré, etc. Elle est en beaucoup, elle était pas mal. Et que ce soit pendant Halloween, quand elles sont déguisées en fantômes pour dénoncer leur invisibilisation ou à Noël quand ils ont fait une distribution de cadeaux de Noël avec le syndicaliste qui s’est déguisé en Père Noël et qui distribuait des cadeaux. Il y avait tous ces trucs assez de joie, de célébration, d'être fier aussi de ce que l’on est, etc. Et ça donnait aussi l’esprit du livre. Cet aspect de célébration, cet aspect aussi. La couverture. Tu vois, j’ai fait un truc rose je pense, parce que c’est aussi beau en fait. Les bagarres qu’on mène, on est beaux, notre projet de société, il est beau les idées. En fait, c’est un beau projet de société, on peut en être fiers. Et moi je vois. Tu vois, ces nanas là, elles ont donné une forme de fierté aux idées d’appartenir à cette classe de gens qui sont dignes, qui sont forts, qui sont beaux, etc. Et vraiment, c’est pour ça que je termine le dernier chapitre sur les femmes de chambre des Batignolles. Et je dis elles sont la raison pour laquelle j’ai. Un jour, je suis allée en manifestation et je n’en suis plus jamais repartie. Elles nous offrent tellement d’enseignement et de et de fierté et de Et elles donnent tellement de force en fait. Donc c’est dans une lutte qui a été exemplaire. Tu vois où des femmes qui sont considérées comme rien, qui sont qui à qui on pouvait mettre des mains au cul en passant et sans le ton, en considérant que rien ne pouvait se passer et le racontent. Elles disent qu’elles ont été victimes de violences sexistes et sexuelles de la part de leurs patrons, Et en fait, ces femmes-là, elles se sont organisées et pendant 22 mois, elles ont encore fait plier le groupe Accor Elles ont obtenu 90 % de leurs revendications des augmentations de salaire, la baisse des cadences, des paniers repas, des euh, l’internalisation, etc. Et c’est vrai que quand on dit qu’on a fait que perdre pendant cinq ans, non, c’est pas vrai, il y a des victoires comme celles là et c’est des victoires, voilà qui je pense sont très c’est prescripteur quand même, j’ai envie de dire et ça donne du courage à d’autres qui voudraient s’organiser et qui pensent que c’est difficile et ça montre qu’on est pas derrière toi. Donc ça c’est une lutte super importante.
David Dufresne
Question Comment à 24 ans on arrive à surmonter le déferlement de haine et de violence que tu reçois sur les réseaux sociaux.
Taha Bouhafs
Tu sais, j’en parle peu dans le livre parce que tu vois, quand on mène une bagarre, on donne des coups, on en reçoit, je ne voudrais pas que les baffes qu’on reçoit, ça devienne le sujet. Et ce n’est pas la raison pour laquelle on se battra.
David Dufresne
Ça me plaît beaucoup que tu dises ça, mais de temps en temps ça alimente le truc.
Taha Bouhafs
C’est-à-dire ?
David Dufresne
À côté, dans une polémique, tu l’alimentes.
Taha Bouhafs
Tu réponds et des fois je suis accusé quasiment de terrorisme. Pardon, mais quand Raphaël Enthoven explique que je suis un collabo des terroristes et qu'à défaut de tenir l’arme, je leur tiens la porte et je leur indique la cible. Je suis obligé de répondre. Je suis obligé de déposer plainte. Je suis obligé de réagir quand je me fais harceler par le vieux Naulleau qui fait qui en dirige. S’il ne fait pas un tweet par semaine sur moi, il crève. J’ai été obligé à un moment donné de laver mon honneur parfois. Mais ce que ça raconte, c’est que tous ces gens ont fait. Ils ne supportent pas ma simple existence dans le débat politique dans l’espace public. Ils ne supportent pas ce que je représente. J’ai appris à prendre du recul par rapport à toutes ces attaques parce que ces gens-là ne me connaissent pas personnellement. Tu vois ce qu’ils attaquent et c’est ce que je représente. L’exclusion projette de moi cette idée qu’ils se font des gens de gens et des gens comme moi, tu vois. Donc j’ai pris, j’ai appris à prendre un peu plus de recul et y compris sur les insultes, les gens qui me traitent de sale boulot, de machin truc. Ce n’est pas moi qui insulte, tu vois. Il ne faut pas le prendre personnellement, je le prends pas, j’essaie de ne pas le prendre personnellement, même si c’est difficile. Mais tu vois, je reçois une quantité d’insultes et de menaces qui est absolument phénoménale et pour le coup, m’en plains pas. On ne met pas sous protection policière, on ne fait pas des sujets pour expliquer à quel point c’est terrible de menacer un jeune journaliste arabe, etc. Mais ça, je l’ai compris parce que je le comprends. Parce que, en fait, quand tu mènes une bagarre contre un système et contre des intérêts politiques, des intérêts économiques, que que t’es dans une forme de confrontation, faut pas s’attendre à ce qu’on te fasse des câlins, ne faut pas s’attendre à ce qu’on te plaigne. Faut pas s’attendre à ce qu’on s’attendrit ces cons et qu’on dise le pauvre, je n’ai pas envie encore une fois que le sujet ça devienne le pourboire. Ce n’est pas la raison pour laquelle je me bats toi, parce qu’on se prend tous des coups de soleil, bien sûr, tous des coups, je le dis encore une fois, je suis privilégié par rapport à d’autres. J’ai beau me faire harceler et compagnie, moi quand j’ai un problème, eh bien j’ai un avocat derrière qui me soutient, j’ai des associations, j’ai des syndicats, j’ai des toute la communauté et tous les gens qui sont dans le chat, sur Twitter, etc. qui me soutiennent. Il y a des gens qui se font écraser par le système dans l’indifférence la plus absolue. Moi, je ne vais pas commencer à me plaindre, tu vois, Ça me fait un peu rire quand il y a le tweet, là, hier ou avant hier, de Darmanin qui dit à chaque fois qu’un journaliste a menacé nous allons appliquer, nous allons retrouver les auteurs et nous allons le protéger, Et quand il est menacé par vos policiers, vous comptez faire quoi, toi ? Ça me fait un peu rire des fois, mais bon. Enfin je sais, il y a une bonne raison pour laquelle je n’en ai pas. Je n’en ai pas parlé dans le sujet. J’ai quinze procédures judiciaires en cours. Je n’en ai pas parlé, je n’ai pas parlé des menaces, je n’ai pas parlé du harcèlement. J’en ai vraiment parlé. J’ai dit de Motus parce que le sujet, ça ne va pas être ça à mon sens.
David Dufresne
Il y a beaucoup de questions sur ton travail de journaliste et notamment sur ce que tu as dit à un moment donné. Qu’est ce que tu as voulu signifier en disant une image ? On ne peut pas la contredire réellement. Ça, c’est sentiers battus. Il y a TF1 qui dit que c’est intéressant. Comment garantir l’authenticité des images et autres questions où ? Mais euh, le curseur entre le militantisme et le journalisme ? Alors déjà sur ce que tu as dit tout à l’heure, tu as dit une image, ça ne ment pas. Et à titre personnel, je ne suis pas d’accord avec toi.
Taha Bouhafs
Mais c'était pour moi. C'était ma réflexion à ce moment-là en me disant bon, si je filme là, on ne pourra pas dire que c’est inventé, tu es d’accord ? Evidemment, on peut faire dire ce qu’on peut faire, dire ce qu’on veut aux images et à une manipulation des images. C’est ça. Quand on fait du direct, on peut passer à côté de l’essentiel, on peut passer à côté de ce qui est important nos commentaires L’angle de vue. Il y a. Plein de façons de manipuler une image, que ce soit avec le commentaire qui va avec ou l’angle de la prise de vue ou le montage variable. Évidemment, une image peut raconter autre chose, mais avec un recul À l'époque, j’avais cette réflexion de me dire que j’allais filmer parce que c’est beaucoup plus difficile. Et dire qu’on a inventé un truc pour filmer et ensuite sur le journalisme militant, le journalisme engagé. Je crois que c’est un débat qui est tellement dépassé, qui est tellement naze.
David Dufresne
Tu abordes la question dans le bouquin et je trouve que c’est très convaincant.
Taha Bouhafs
Oui, oui, je fais un chapitre là dessus, mais pour résumer, franchement, je trouve qu'à chaque fois que quelqu’un vient me remettre ça devant le nez en disant ne comprends pas très bien, ou des gens qui ont mis tant de cas en pensant me mettre mal à l’aise, je suis mal à l’aise. Tellement ce Débat est dépassé et naze Cette question est réglée depuis un certain nombre de temps. Mais d’ailleurs le journalisme dans l’enquête et le reportage dans des formes de journalisme moderne, à l'époque, il y avait des clubs politiques. Vous avez des retranscriptions de débats politiques et des réflexions politiques sur des journaux. C'était ça les journaux à l'époque. Les plus grands titres de presse sont fondés par des hommes politiques. L’Humanité par Jean Jaurès, c’est y a même pas. Le journalisme et la politique sont des choses qui sont éminemment liées et je hais expliquer aux gens et pouvoir faire croire aux gens qu' un journaliste, le temps de décrire son sujet, retire son âme, toutes ses subjectivités, toutes ses sensibilités, tout ce qu’il a vécu, le temps d'écrire son papier et puis les remet après, C’est mentir aux gens. Et je veux dire, à un moment donné, aujourd’hui, qu’on nous explique que c’est parce qu’il y a des journalistes engagés, des journalistes militants, etc. Par ailleurs, les journalistes militant et engagé, c’est que lorsqu’on est à gauche contre, quand on est à contre courant, l’idéologie dominante. Parce que lorsque on a des éditorialistes, des experts, des journalistes qui nous vendent de la propagande néolibérale, réactionnaire. Ce sont les gens sérieux, ce sont les experts, le c’est la pensée qui va bien. Et dès lors qu’on a quelque chose qui va un peu à contre courant, c’est quelque chose de militant, c’est quelque chose de, de pas objectif, etc. Et en fait, ce que j’ai envie de dire aujourd’hui à tous ces gens qui me parlent de journalisme militant comme une forme de danger pour la profession, c’est le danger. Ma profession aujourd’hui, c’est la concentration des médias dans la main d’une poignée de milliardaires. C’est cet accaparement de ces médias, des cinémas, du monde de la culture, de l'édition, etc. Dans la main d’une poignée de milliardaires au service de leurs intérêts. C’est ça la question principale. C’est la répression des journalistes dans les manifestations, C’est des lois, l’aide des schémas du maintien de l’ordre qui demandent à des journalistes de s' accréditer en préfecture pour pouvoir couvrir la manifestation. C’est la honte, la honte des journalistes qui se font. Je me souviens, le 5 décembre, la Marche, la première grande manifestation contre la réforme des retraites où un journaliste turc s’est fait exploser littéralement la tronche par un, par une grenade ou par un tiers qui avait un masque à gaz. Et il avait le visage en sang. Où le journaliste de l’AFP, le photographe de la sécurité globale, le Syrien qui se fait fracasser par des policiers. Enfin, je veux dire, on est la honte, on est la honte de l’Europe et du monde Occidental soi disant civilisé. Et on est regardé. Il n’y a qu'à regarder le classement. Dans la liberté de la presse, la France n’a fait que dégringoler d’année en année. Je crois qu’on est 36ᵉ cette année et on se revendique en même temps parallèlement à ça, le pays des Lumières, de Charlie, etc. Le danger aujourd’hui pour la presse, c’est le capitalisme, c’est les puissances de l’argent, c’est le pouvoir en place. C’est pas le petit journaliste qui va faire son petit reportage sur des ouvriers en grève ou une famille endeuillée parce que ne ils se sont fait tuer par la police. Et oui, je suis journaliste engagé et oui le journalisme pour moi est un outil d’engagement et je suis venu par le journaliste au journalisme pour. Raconter des récits pour raconter des contre récits, pour participer aussi à la voilà raconter nos histoires, reprendre la main sur nous, sur nos histoires. Et oui, quand on vient me dire oui a tu fais, tu fais des sujets sur les violences de la police, mais quand la police est violente, je ne fais pas chier. Non je ne ferais pas de sujet parce qu’on n’en a pas besoin. On a des représentants de la police sur les plateaux de télévision toute la journée, toute notre vie. On a allumé notre télé sur un terrain et on était branché avec la BAC 75, aller à Pigalle avec la gendarmerie de Nice et de Cannes. Le regard policier est partout, au cinéma, à la télévision, dans les chaînes d’information, partout, partout. On a systématiquement le point de vue policier. Et en fait, bah moi je viens raconter autre chose. Je vais un peu raconter l’autre côté un peu. Mais en fait, je crois qu’on ne peut pas couvrir une manifestation si on est de l’autre côté de la de la file de CRS. Il faut être à l’intérieur. Il ne faut pas être en caméra embarquée avec le mec de la bravade, il faut être avec le gars qui se fait tirer dessus par le mec de la braguette pour comprendre cette manifestation, pour comprendre la colère des gens. Le journaliste doit comprendre ce qui se passe.
David Dufresne
Donc voilà, on peut être dans les deux.
Taha Bouhafs
Ben moi j’ai fait l’autre côté. Je raconte ce côté là qui est si peu raconté qu’il est de plus en plus. Mais c’est vrai que toutes, on a toujours eu droit qu'à un regard policier, qu'à la version policière, la première version, quand il y a un incident où la police est impliquée, c’est toujours la version policière parce que structurellement, les médias y sont sous perfusion et notamment les services police justice qui traitent de ces questions là. Ils sont sous perfusion des commissariats, C’est leur source première ne couvre pas d’une certaine manière, il y a un contrat un peu implicite, c’est qu’ils ne remettent pas le couteau sous la gorge d’enfants qui veulent avoir des petites infos sur le truc, la dernière trouvaille, etc. Dans une affaire de faits divers et tout, quand il y a une affaire où la police est impliquée, implicitement ils savent que voilà la première version à balancer, le premier papier à balancer, c’est le communiqué de la préfecture de police, puisque leur a dit le commissaire au téléphone. Et donc ça pourri en fait, le rapport des gens aux médias, ça pourrit le rapport des gens à la police parce qu’on a systématiquement qu’une seule version. Et ça, ce n’est pas du journalisme pour le coup. Donc moi, je vais rapporter l’autre version, je reviens rapporter l’autre côté et ce qui est, ce qui fait qu’un jour je me suis pris un train, je suis allé à Nantes quand il y a eu un mec qui s’appelle Aboubacar Fofana, qui s’est pris deux balles par un policier qui au début expliquait qu’il avait tiré parce qu’il était en danger, parce que le jeune avait reculé, avait fait une marche arrière, a écrasé un policier. Mais quand les images sont sorties, qui avait mis en marche arrière ? Ni policier derrière, ni rien du tout. Il a dit qu’il avait tiré par accident de balle dans la tête. Il est rentré dans l’habitacle, il lui a tiré deux balles dans la tête et il a dit que c'était par accident. Au début, exister par légitime défense. Et bien et bien vous irez regarder les premiers articles d’Ouest-France, de BFM TV. Les tout premiers articles sur le truc dans la version policière est un personne qui est allé voir les habitants pour leur demander pourquoi, qu’est ce qui s'était passé, Qu’est ce qu’ils avaient vu ? Est ce qu’ils avaient des vidéos ? C’est la première version qui compte et donc dans la tête des gens, on va nous dire ah bah le gars, il a situé un fake. En plus, il était recherché par les services de police et était son cousin germain, il avait un casier judiciaire donc c’est bien fait pour lui. S’il est mort, c’est qu’il a cherché. Il a un peu louche de toute façon et ça fait une racaille en moins. Et dans la tête des gens, c’est comme ça que ça a pris cette première version. Et bah donc moi je suis venu et j’ai raconté pourquoi est ce que, comment ça s'était passé et surtout quand il y a eu des révoltes dans ces quartiers. Parce que souvent, en fait, quand t’as des manifestations qui sont des manifestations violentes sur les Champs-Élysées, ou c’est des manifestations syndicales ou des gilets jaunes, ça on dit que c’est des révoltes ou si on dit que c’est des manifestations violentes. Mais c’est politique. Dans les quartiers populaires, quand il y a des révoltes après un mort dans les quartiers, on appelle ça des émeutes. Non, ce sont des révoltes politiques, ce sont des révoltes urbaines. Et personne ne se pose la question de pourquoi est ce qu’il brûle leur propre voiture ? Pourquoi est-ce qu’il brûle leur propre infrastructure ? Et je le dis dans le livre, je raconte et je parle avec un gars de ce quartier et je pose la question de Parce qu’il a brûlé la médiathèque, Plein de gens s’est dit mais pourquoi est ce qu’ils ont brûlé trois bibliothèques et te dit Il me répond à ce moment là, il a à peu près mon âge et me dit c'était le prix à payer, c'était le prix à payer pour qu’on parle de la mort de notre ami. Parce que si on ne l’avait pas fait, ce serait resté dans les pages faits divers d’Ouest-France. Et c’est la vérité. En fait, s’il avait pu, s’il n’y avait pas, il n’aurait pas fait ces révoltes là, et ben je n’en aurai peut-être jamais entendu parler. Boubacar Fofana Il serait jamais, peut être, peut être même venu, et personne ne se serait intéressé à ce qui s'était passé. Donc c’est important en fait de redonner aussi la parole à ces personnes, de construire ces récits, de raconter ces histoires, d’humaniser, de redonner du sens, de remettre du politique au centre. Parce que sinon, on a uniquement toujours qu’une version, celle de la police, qui est très vite réglée. On nous explique que c’est juste des petits délinquants, ils ont bien mérité ce qui leur arrive et votre police vous protège ne vous inquiétez pas, on est là pour vous. Il y a rien à regarder de ce côté là. Allez regarder Les anges de la téléréalité. Franchement, quand même, pour vouloir gouverner 66 millions de personnes, pour avoir déjà un petit, un petit problème.
David Dufresne
Il y a beaucoup de questions sur la politique que pense l' invité de la primaire populaire, comment tu vois l’avenir politique Mais j’ai pas envie de te transformer en oracle ou en éditorialiste. Mais peut être que toi t’as envie pour 2022 un conseil de vote ?
Taha Bouhafs
Je pense que ce sont les gens savent à peu près que je me suis dit politiquement, je pense que la situation politique dans laquelle on est là, c’est clair. Moi je ne parle pas parce que je ne sais pas si j’ai des consignes de vote à donner, mais je pense que ce qu’on a affaire là, c’est clair et je pense qu’il faut pousser partout. En fait, il faut pousser tous les murs, il faut être dans la rue pour être dans les urnes, il faut être sur les réseaux sociaux, il faut mener la bataille partout, y compris la bataille culturelle. Parce que la mère de toutes les batailles, c’est la bataille culturelle. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Antonio Gramsci qui dit que pour gagner toutes batailles politiques, faut gagner la bataille culturelle.
David Dufresne
La guerre d’opposition avant la guerre de mouvement. Et qu’est ce qu’on a fait ce matin d’après toi, pendant 2 h ? Qu’est ce que tu penses de ce qu’on a fait ?
Taha Bouhafs
Bah on a discuté et on a participé à réfléchir. On a réfléchi collectivement, on a discuté avec le tchat et donc on a apporté une petite pierre à tout ça. Donc c’est pour ça que je dis faut pousser partout, il faut faire des livres, faire des films, faut faire de la musique, faire des Twitch, faire des émissions, faire des manifs ou aller voter pour aller pousser partout tant qu’on peut. Et parce que ce qui bien est effrayant, il faut se serrer les coudes
David Dufresne
Mon cher Taha, merci infiniment d'être venu
Taha Bouhafs
Abonnez vous à ma chaîne Twitch merci. A bientôt.

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