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Thomas Legrand : « Oui à un débat sur la connivence mais pas à l’occasion d’un montage frauduleux, fait par des fachos »

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis, amis du café, amis de la police, amis de la presse libre, amis des interviews, hyper speed parce que monsieur Thomas Legrand, ici présent, vient d’arriver, il m’a appelé, il me dit mais c’est où ? Eh oui, monsieur, à l’habitude de Radio France où il y a des hôtesses d’accueil etc.
Thomas Legrand
J’ai pensé qu’il y avait des hôtesses d’au poste qui allaient arriver dans un petit uniforme bleu, enfin j'étais tout émoustillé.
David Dufresne
Le voici, le voilà et il se trouve que tu dois partir dans quarante-quatre minutes.
Thomas Legrand
45 minutes, 44 minutes 30, parce qu’il faut que je sois à la conf de rédaction, enfin il faut que je sois, je serai en visio à la conv de réaction de Libé qui est tous les jours à 9h45 et là ce matin il faut que j’y sois.
David Dufresne
Et puis, on va comprendre tout de suite pourquoi il faut que tu y sois. Depuis des années tu commentes la vie politique. Aujourd’hui c’est toi qui te retrouve dans la tempête, une tempête médiatique judiciaire et politique. Une conversation privée avec Laurence Bloch, ton ex-directrice à France Inter, captée à votre insu, qui se retrouve projetée en pleine lumière, disséquée, sortie de son contexte, exploitée. Et ce matin, on apprend par la cellule d’investigation de Radio France que l’enregistrement illégal porte une signature. Alexis de Lafontaine, journaliste à Europe 1. Legrand, c’est toi,tu réagis, toi, le fervent adepte de la culture du compromis, ce qui est assez étrange que tu sois là, puisqu’ici on est plutôt pour l’affrontement, mais il me fait plaisir de t’accueillir, surtout en ces temps difficiles pour toi. Tu contre-attaques, tu déposes plainte contre Europe1, CNews, chaîne du groupe Bolloré, que tu accuses devant l’Assemblée. Ce sont une organisation politique dotée de studios dans un but de propagande, il s’agit de méthodes qui s’apparentent à des barbouzeries, as-tu dit, mi-décembre. Avec nous, tu vas revenir sur ton audition démentielle que j’ai revue hier en vitesse rapide, je dois dire, puisque je l’avais déjà vue à l'époque. En vitesse rapide, comme en vitesse normale, c’est dément. Devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, préparez le café, ça va être chaud. Alors Thomas, d’abord, alors nous on n’a pas l’habitude de faire des interviews hyper vite, alors donc je vais accélérer mes questions, on n’a pas non plus l’habitude d'être dans le ultra chaud, est-ce que tu as fait exprès que tes petits copains de la cellule d’investigation sortent l’information ce matin, parce que tu venais ou pas, non ?
Thomas Legrand
Tout est préparé exprès pour toi autour de Au poste et de ta personne. Je voulais que tu sois en majesté, que tu sois le premier à avoir la réaction. Non, non, la cellule d’investigation de Radio France, elle travaille très sérieusement, de façon très carrée, et elle fait son boulot, et voilà, c'était prêt, et ils ont eu des informations avec des sources internes à Europe 1, ce qui reste qu’elle est, qui trouvent que c’est pas super la façon dont la Bollosphère opère et qui ont quelques scrupules quand même et donc il y a eu comme ça des informations. Mais ce n’est pas moi qui ai fait l’enquête. Non, non, bien sûr. C’est leur source et voilà. Donc c' est sûr. Je ne sais pas exactement comment ils ont eu leurs informations.
David Dufresne
C’est effectivement une totale coïncidence, puisque ce n’est pas du tout notre style à nous d'être sur le scoop, on essaie d'être plutôt dans la compréhension.
Thomas Legrand
Mais quand vous en avez un, vous refusez pas non plus.
David Dufresne
On refuse pas non-plus. Alors, rappelons les choses.
Thomas Legrand
Vous avez des scoops de temps en temps sur les violences policières, vous avez des scoop quand même.
David Dufresne
De temps en temps. On parlera si on a le temps des violences policières, parce que j’ai les souvenirs de certains éditos de toi sur la question des violences policières qui étaient mesurées, comme tu sais faire, qui étaient assez justes d’une certaine manière et qui ont au moins porté le débat. Alors on revient à cette histoire dont vous êtes dans une brasserie avec Laurence Bloch. C’est trois jours avant ton audition devant l’Assemblée. Est-ce que tu peux recontextualiser d’abord pourquoi tu es convoqué à l’Assemblée ?
Thomas Legrand
Voilà, je suis convoqué à l’Assemblée il y a une commission parlementaire qui s’intéresse aux services publics de l’audiovisuel. Elle est voulue par le groupe UDR, ce groupe ciottiste, vous savez, c’est ce groupe de droite qui est allié au RN. Ils ont voulu faire cette commission d’enquête et ils ont convoqué pas mal de gens du service public. Et Patrick et moi, Patrick Cohen et moi en particulier, parce qu’il y a eu cette affaire. Rachida, du Coucou Gate, le Coucou, c’est le nom du bistrot, on appelle ça le Coucou gate entre nous. Donc, où on était, Patrick Cohen et moi, à prendre un café avec deux socialistes à leur demande, comme on le fait, nous, les éditorialistes, quand on rencontre des gens de tout bord, de droite, d’extrême droite, quelquefois, de gauche, d’extrême gauche, on rencontre et on prend des cafés avec eux. C’est pas toujours très… Voilà, on discute politique, voilà. On n’est plus les rapporteurs politiques où on essaie d’avoir des infos. Là, c' est souvent, on parle des gens qui nous critiquent et qui disent voilà, pourquoi vous avez dit ça, etc. Donc on explique des choses et puis on essaye d' avoir aussi quand même des infos. Bon, bref, on discute avec des hommes politiques de tout bord et des femmes politiques de tous bords parce que c’est un peu notre métier de rencontrer les politiques. Et là, on est filmé par on sait pas qui. Et voilà, c' est découpé en petits bouts, c’est monté et on nous fait passer pour des soutiens, des conseillers du Parti socialiste et on comploterait avec le parti socialiste contre Rachida Dati..
David Dufresne
Parce qu’il y a cette phrase : "nous on fait ce qu' il faut pour Dati, Patrick et moi". C’est une phrase que tu prononces mais en fait tu dis, tu la prononces pas exactement comme ça.
Thomas Legrand
Je la prononce, on parle de l'élection municipale, on parle de Dati et effectivement à un moment je dis bah nous on fait ce qu’il faut avec Patrick pour Rachida Dati, et c’est coupé comme ça, tac, et en fait je dis nous on fait ce qu’il faut journalistiquement, c'était à dire que j’avais fait deux papiers à Libération, j'étais pas salarié de France Inter à l'époque, plus salarié, j’avais fait deux papier à Libération. Parce que Rachida Dati était venue à France Inter, où elle était un matin, où elle avait dit absolument n’importe quoi sur l’auditoire de Radio France. Elle avait dit oui, l’Auditoire c’est que des CSP+, voilà, s’il y avait 15 millions de CSP+ en France, on n’aurait pas de problème de budget. Et puis après, elle a dit, c'était que des…
David Dufresne
Qu’est-ce que t’es en train de dire, les pauvres coûtent cher ?
Thomas Legrand
Les pauvres, coûtent pas cher, mais les riches, normalement, ça devrait rapporter, si c'était bien fait, mais bon… S’il y avait 15 millions de CSP+, je pense que….
David Dufresne
Ça va mieux, en le précisant monsieur Legrand ?
Thomas Legrand
Bien sûr. Ah, écoutez, je suis éditorialiste à Libération, alors pour vous c’est peut-être de centre droit, et puis je suis sûrement de centre droit pour beaucoup de gens qui nous regardent, pour la moitié des 3 millions d’internautes qui nous regardent, où est-ce que vous m’avez perdu ? Alors c’est ça.
David Dufresne
Alors, CSP+
Thomas Legrand
Je suis fasciné par ce samovar là, ce truc derrière vous, là qui me fait un truc extraordinaire, ouais.
David Dufresne
Ça c’est une grosse cafetière de restaurant collectif.
Thomas Legrand
Ouais, c’est très beau.
David Dufresne
Donc elle avait dit n’importe quoi
Thomas Legrand
Je fais un papier en mode fact-checking, c’est-à-dire voilà, et puis après, elle était venue sur France 5, où elle s’en était pris à Patrick Cohen avec une hargne, et j’y avais vu des accents du Trumpisme. En fait, les journalistes italiens, les journalistes américains ont vécu ça, et des journalistes de beaucoup de pays démocratiques commencent à vivre ça de la part de l’aile droite et un peu Trumpienne qui est en train de monter partout. On essaie de nous intimider, de nous faire comprendre qu’on est des idéologues. Et donc, j’avais fait un papier qui dénonçait ça. C'était ça que je voulais dire. Et puis, il y avait un autre extrait où, ça va peut-être vous intéresser aussi, parce que vous êtes politique, David, un autre extrait où j’explique que la gauche… En gros, en fait, j’explique un papier que j’ai fait dans Libération et qui est critiqué par les deux personnes avec qui on prend le café. Et c’est pour ça, c' est pour ce papier et un autre papier de Patrick aussi que ces deux socialistes voulaient prendre un café avec nous. Moi, j' expliquais dans un papier de Libé que si la gauche voulait gagner, il fallait que ça aille, que la gauche aille de, puisque Mélenchon ne veut pas en faire partie, de Ruffin c’est-à-dire qu’il fallait que ça prenne aussi les déçus. De les gens de gauche qui avaient voté Macron et qui sont déçus, qui ont fini par être déçus. Ils ont mis un peu de temps, mais ils ont fini par être déçus. Et il fallait prendre tout cet arc. Et qu’au milieu de cet arc, il n’y avait pas le point d'équilibre de cet arc, c'était pas Olivier Faure, mais c’est Glucskman. On peut se demander si Glucksman est la bonne personne, mais en tout cas, il est au bon point, selon moi. Je ne suis pas certain que ce soit la bonne personne, mais en tous cas, il est au bon point, pas forcément le point qui correspond à mes idées, mais le point d' équilibre qui permettrait à la gauche d'être au second tour, voilà. C'était une analyse qui vaut ce qu’elle vaut, qui était celle de juin dernier, je ne ferais peut-être plus la même. Parce que ce qui est intéressant quand on est éditorialiste et qu’on parle tous les jours, c’est qu’il nous faut une analyse par jour. Donc quelquefois ça, on dit un truc, on dit un autre truc, et comme on n’a pas d'électeurs, on fait turbuler les idées, voilà !
David Dufresne
Combien la pige à Libé ?
Thomas Legrand
Je suis salarié, je suis en CDI.
David Dufresne
Oh la vache, bien joué. Alors, j’aimerais qu’on ait le temps aussi de parler du travail d'éditorialiste.
David Dufresne
Donc vous êtes ces deux personnalités politiques socialistes. Patrick Cohen et toi, vous êtes dans une brasserie. Bon, voilà, vous aimez bien les brasseries. T’aimes bien les brasseries ?
Thomas Legrand
Moi j’y vais là parce que moi j’habite pas le 7e arrondissement, j’habite le quart nord-est et je préfère les brasseries et les cafés du quart nord est mais ça c’est près de l’Assemblée et c' est près de la boîte de prod où Patrick avait rendez-vous après ou avant et donc on a rendez- vous à cet endroit là.
David Dufresne
Alors vous vous voyez, et devant la commission parlementaire, t’as une phrase qui m’a vachement étonné, tu dis, j’ai le complexe de l'éditorialiste. C’est-à-dire que, de ce que j’y compris, tu as essayé de dire à la représentation nationale dont le travail le tien est d'étudier.
Thomas Legrand
Pas le complexe de l'éditorialiste, j’ai le complexe du commentateur.
David Dufresne
Le complexe du commentateur, alors c’est quoi le complexe du commentateur ?
Thomas Legrand
En fait quand on est reporter, quand on est journaliste et qu’on est reporter ou quand on est investigateur, j’ai été ça pendant 25 ans, j’ai été à l'étranger, j' ai fait de l’investigation, j ai aussi fait des reportages de guerre, on est journaliste et on sait qu' on change un petit peu les choses en révélant les choses ou on fait partie. Quand on est éditorialiste et qu' on commente, ce n' est pas le cœur du métier. Normalement on devrait demander ça à des vieux qu’ont bien bourlinguer, on lui a dit bon voilà donne-nous ton regard bon c’est un peu mon cas voilà bon mais je commente des politiques et des actions politiques de gens qui agissent et qui prennent des risques qui ont des budgets à respecter, qui ont les électeurs à contenter ou à qui ils ont fait des promesses il y a la réalité qui… enfin voilà des gens Et moi je commente je dis c’est bien c’est pas bien ça devrait être comme ça. Et il faut quand même se rappeler quand on est éditorialiste que nous on est assis, on est devant notre ordinateur et on commente et finalement on peut comme je le disais tout à l’heure changer d’avis et puis commenter sans conséquence de façon différente le lendemain. Et donc je me pose toujours la question quand je critique quelqu’un, j’essaye de mettre dans sa situation et de voir ses impératifs à lui, de penser contre moi-même. Et donc, j’ai le complexe du commentateur par rapport à l’acteur. Ce qui ne devrait pas me conduire à dire du bien de l’acteur, forcément. D’ailleurs, je suis plutôt critique dans mes commentaires. Mais voilà, j’ai ce complexe-là C’est pas le complexe du journaliste, c’est le complexe du commentateur…
David Dufresne
Ce que tu expliques à l’Assemblée, c’est que ces deux socialistes, si tu les vois, c’est parce qu’en fait ils ne sont pas contents.
Thomas Legrand
En fait, ils ne sont pas contents de nos papiers. Et donc, il y a deux sortes d’hommes politiques. Quand vous critiquez quelqu’un, il y en a qui appellent vos chefs et qui vous disent, et qui disent, c’est scandaleux, etc. Ils font pression. Ils sont là, ils sont insupportables ? Insupportable, ceux-là, je ne veux pas en entendre parler. En 2012, je crois, moi j’ai donc été éditorialiste à France Inter entre 2008 et 2022, je crois qu’en 2012, M. Cluzel, qui était le patron de Radio France, plutôt ancien RPR, il a été dans des cabinets de Chirac, etc. Monsieur Cluzel quitte Radio France, il m’invite à prendre un café, il me dit « Déjà, M. Legrand, pendant ces quatre dernières années, j’ai été convoqué trois fois à l’Élysée à cause de vous par Claude Guéant qui m’a reçu avec entre le pouce et l’index l’imprimé de votre papier, il était furieux, et je vous l’ai pas dit parce qu’il ne fallait pas qu’y ait une pression sur vous. » Ce Cluzel là, tout RPR qu’il était, il a respecté mon indépendance et il m’a protégé. Et ça, je comprends ça et je trouve ça assez admirable. Quand les politiques m’appellent et me disent « Ah là là, je ne comprends pas ce que vous avez fait, ce n’est pas juste, etc. », soit ils m’insultent et puis ils ne sont pas contents, ils pensent que bon, et là je laisse tomber, soit ils me disent Je ne comprends pas. Par exemple, je vous donne un autre exemple avec quelqu’un de droite. Parce que là, quelqu’un de gauche, vous pouvez dire c’est ta famille, tout ça. Quelqu’un de droite.. On avait fait un papier dans Libération où j’avais expliqué que la droite et l’extrême droite, ça y est, ils s’allient. C'était quasiment fait. C’est fait dans la police, c' est fait dans dans la presse, c' est fait chez les agriculteurs, c’est fait dans plein de trucs.Et ça commence à se faire dans les politiques à partir du moment où Retailleau et Wauquiez disent la seule chose qu’on ne peut pas s’allier au Rassemblement nationale parce qu' on n’est pas d’accord avec eux sur l'économie, ça veut dire qu’on va s’allier. L'économie, ce n’est pas les valeurs, c’est ce qui est négociable, c’est des chiffres. Donc quand on dit ça, c’est qu’on va s’allier. Donc c'était mon papier. Et là, il y a Xavier Bertrand qui m’appelle en me disant « Pourquoi tu ne parles pas de moi dans ton papier ? Moi, je suis aussi de droite et je ne suis pas… ».
David Dufresne
Tutoiement ?
Thomas Legrand
Oui, parce que je le connais depuis toujours. Il me tutoie et du coup, je le tutoie, je les connais depuis 30 ans. C’est pas bien, c’est comme ça, est-ce que je dois le vouvoyer, sans doute, mais bien sûr, enfin, en lui, il me dit quoi. Non, non, non.
David Dufresne
Est-ce que tu le tutoies quand tu l’interviewes publiquement ? C’est là ou ça va pas ?
Thomas Legrand
Oui, c’est là où ça ne va pas. C’est vrai. Mais bon, lui, il m’appelle en me disant tu. Alors, je vais pas dire monsieur, s’il vous plaît.
David Dufresne
Allons-y, allons-y.
Thomas Legrand
Et je ne nie pas qu’il y ait une sorte d’endogamie et qu’y ait trop de proximité et qu’il faut le combattre, on pourrait venir là-dessus. Mais donc, il me dit ça. Moi, je lui dis, mais je défends mon papier. J’ai dit, excuse-moi, mais bon, ta voix, là, elle pèse pas. Et puis moi, je n’en ai pas parlé, peut-être que j’en parlerai la prochaine fois. Bref, on discute. Si on m’avait filmé en train de discuter comme ça avec Xavier Bertrand, alors je m’engueule avec lui, mais après, dans une deuxième partie, je demande, alors, le Nord, comment ça va ? Enfin, on se pose des questions et on essaye d’arrondir un peu les angles. Mon but, ce n’est pas de me brouiller avec lui... Je suis journaliste à Libération, je ne suis pas dans une confrontation avec lui. Et si on m’avait filmé à ce moment-là, et qu’on avait fait un savant montage, j’aurais pu avoir l’air d'être le meilleur copain de Xavier Bertrand. Mais même avec Eric Ciotti, j’ai des souvenirs, avec Eric Ciotti qui venait à France Inter d’avoir discuté, pris des cafés avec lui, et bien évidemment. Il me parle de la dernière bourde d’un ministre, on rigole, etc. Si tu nous filmes à ce moment-là, on a l’air, et que tu fais un savant montage, on a l’air des meilleurs copains. Mais je ne suis pas jugé là-dessus, je suis jugé sur ma production.
David Dufresne
Alors, j’aimerais quand même qu’on revienne sur l’histoire de Dati. J’espère qu' on va avoir le temps d’aborder tout ça, parce que je me demande, au fond, si tu veux, derrière les dégueulasseries qui te sont faites et sur lesquelles il va falloir qu’on rentre dans les détails, il est 17, on a encore le temps, on va rentrer dans ces détails-là, je trouve quand même, qu’on peut réfléchir à l’aune de ces deux affaires, de l’histoire de l’endogamie, de la connivence, et est-ce que ça n’est pas aussi la faillite de tout un système ? Voilà, est- ce qu’on peut parler de ça ?
Thomas Legrand
Bien sûr, je vous incite à lire le livre de Rachid Lahir, journaliste à Libération.
David Dufresne
Qui est venu ici en parler.
Thomas Legrand
Qui a fait un livre très intéressant là-dessus, sur l’endogamie, sur tous ces gens qui font Sciences Po ensemble, qui se retrouvent là. Ça, c’est vrai. Moi, quand j'étais jeune journaliste, reporter à RTL et à RMC avant politique, je me souviens que quand j'étais à RTL, Alain Duhamel parlait souvent de ses dîners avec : tiens, les “Jospins” sont venus dîner hier soir. Il en parlait, moi ça me choquait, et en même temps, on sait tous ce que pense Alain Duhamel, voilà, il ne le cache pas, mais il est indépendant, il a des idées, il est éditorialiste, donc il ne les cache pas. Mais on peut dire qu’il est indépendant, c’est-à-dire qu’indépendant, ça veut dire qu’il n’est lié et au service d’aucun homme politique, d’un parti politique, etc. Moi, je, par exemple, je me fixe des règles. Et depuis le début, je me fixe des règles. Je ne dîne jamais avec des hommes politiques. Je ne vais jamais à des rendez-vous privés ou amicaux avec des hommes politiques ou des femmes politiques. J’oublie tout le temps de dire des femmes, des hommes ou des femmes politiques, parce que si vous dinez avec un homme ou une femme politique, moi, quand je dine avec quelqu’un, on se sert à boire, on picole, on part de nos vacances, de nos copains, de notre vie, quoi. Et donc j’ai pas la force après d'être indépendant pour aller le critiquer s’il faut le critiquer. En revanche, je déjeune avec des confrères et des hommes et des femmes politiques et le déjeuner a un statut différent, un statut de rendez-vous de travail. Je déjeune dans le septième, dans les quartiers de la politique, c’est pas du tout chez moi, c' est un quartier que j’aime pas, c' est un quartier, c est les quartiers de la politique où je prends des cafés, voilà, et soit c’est payé par moi, remboursé par la boîte soit c’est payé par eux, si c'était eux qui nous ont invités. Non mais on peut déjeuner dans un ministère aussi. Généralement, c’est toujours nous qui payons. Quand on est dans un Ministère, on ne paye pas. Mais tout ça, et je me suis dit quand j’ai vu les vidéos, si j’avais été le gamin de 30 ans, parce que je suis vieux maintenant, et que je vois le vieil éditorialiste Thomas Legrand comme ça avoir l’air de copiner avec des socialistes. Bah j’aurais eu un peu les boules aussi. Rachid, à la conférence de Rachid Lahir, c’est la conférence de rédaction de lB2, il a dit, mais en gros, quand on a vu Thomas, on a tous pensé à des déjeuners où on aurait pu se faire piéger, parce qu’il y a des déjeuners avec les politiques où on essaye même, même avec des politiques qui pensent pas et tout comme nous, on essaye de les avoir un peu dans la poche.C’est Bismarck qui disait, si vous aimez les saucisses, il faut pas trop savoir comment c’est fait. C’est un peu pareil le journalisme politique, il faut faire attention, chacun doit avoir des limites et il faut faire attention à ne pas trop copiner, mais comme disait Hubert Beuve-Méry : le journaliste c’est le contact et la distance. Et il faut gérer ça de façon honnête. Moi j’essaye de le gérer de façon honnête, ce qui m’embête beaucoup plus que ça, c' est plutôt le côté social, c’est-à-dire que c'était toujours un peu le même genre de gens qui ont fait Sciences Po, qui sont un peu de la bourgeoisie blanche parisienne, ils ont fait Sciences po ensemble, ils ont les mêmes codes, ils sont dans les mêmes écoles, ils ont été dans les même clubs de je ne sais pas quoi et puis ils se retrouvent attachés parlementaires et jeunes journalistes, puis ministres et vieux journalistes et puis ça c' est un peu embêtant, moi je ne suis pas trop là-dedans. Je n’ai même pas fait d'école de journaliste, je n’y ai pas fait Sciences Po. Et puis voilà, j’habite dans une banlieue bobo de Seine -Saint-Denis et je fréquente pas de politique en dehors de mon boulot.
David Dufresne
Alors, quand tu as cette phrase, on s’en occupe de Dati, journalistiquement.
Thomas Legrand
D’abord, ce n’est pas cette phrase, ce ne sont pas " on s’en occupe", c’est « on fait ce qu’il faut ». On fait ce qu’il faut, voilà. C’est différent, on fait ce qu’il faut journalistiquement.
David Dufresne
Tu as deux critiques qui vont arriver tout de suite, du RN et de la France Insoumise, et qui vont critiquer l’entente entre les journalistes et les partis politiques. Là, le tchat ne comprend pas bien où tu veux en venir, sur les saucisses, sur Bismarck, etc. Est-ce que tu admets qu’il y a une entente, qu’il y a une forme de connivence, qui est très ancienne, il y avait déjà le livre de Carton sur : "Bien entendu, c’est off, il y a plus de 20 ans", etc. Il n’y a pas de remise en cause dans les journalistes politiques qui comptent, dont tu fais absolument partie, c' est à dire qui fabrique l’opinion, en tout cas qui facilite l' opinion.
Thomas Legrand
Si, si, il y a une remise en cause, il n’y a pas de tout le monde, moi je remets en cause alors, je veux bien avoir ce débat avec toi, et je veux l’avoir ce débat. maintenant, c’est-à-dire quelques semaines après, quelques mois après. C’est pourquoi je t’avais appelé. Je ne veux pas que le débat sur la connivence se fasse à l’occasion d’un montage absolument frauduleux, manipulatoire, fait par des fachos, contre le service public. Et tu vois, c’est ça qui me gonfle. En revanche, je vous incite à lire le livre de Rachid que tu as reçu.
David Dufresne
Absolument.
Thomas Legrand
Je passe mon temps à m’interroger. Moi, je ne peux pas dire autre chose que je n’ai pas de contact privé, amicaux avec des politiques. Et quand des vieux militants ou des vieux journalistes que je connais deviennent politiques, et bien je leur dis, on ne bouffe plus ensemble. On déjeune ensemble avec des confrères, mais on ne dîne plus ensemble, Ça m’est arrivé deux fois, avec deux personnes. Et c’est difficile à comprendre. J’ai été invité récemment à un anniversaire et j’ai cru savoir qu’il y avait un politique dedans. J' ai appelé mon pote et je lui ai dit « Je peux pas, on ne peut pas, on ne fait pas ça, je ne peux pas. » Toi tu peux parce que tu n’es pas journaliste, mais moi je ne peux pas et il a compris. C’est des petites choses qu' il faut gérer, que chacun gère, tout le monde ne les gère pas de la même façon et beaucoup de journalistes ne le font pas comme ça. Il y en a plein. Et je ne critique pas Alain Duhamel, qui invite les Jospins ou les machins à dîner chez eux, chez lui, parce que je constate, je constate… Alors c’est l’incarnation du système Alain Duhamel,. Parce que ce qu’il pense, il est centriste, il est modéré, il confond peut-être le cercle de la raison avec l’arc républicain. D’ailleurs non, pas lui, d’autres le font mais pas lui. Et moi je ne peux pas le critiquer comme ça parce que je sais qu’il est… Il pense qu’il pense, mais il est indépendant, c’est-à-dire qu' il est journaliste. Moi, la France Insoumise, par la voix de Ersilia Soudais dans la Commission, m’a dit : "oui, cette commission… "
David Dufresne
Que tu faisais le jeu de l’extrême droite.
Thomas Legrand
Cette commission, elle est pas bien, mais vous faites le jeu de l’extrême droite, et vous n'êtes pas honnête. J’ai dit à Ersilia Soudais, j’ai dit, je suis pas honnête, parce que, pourquoi je suis honnête ? Mais parce que vous êtes proche des socialistes et vous ne le dites pas. D’où est-ce que je suis pro-socialiste ? Parce que là, c’est sur la foi de ce truc monté. Si ça avait été face à Xavier Bertrand, comme je vous le disais tout à l’heure, on aurait dit Xavier Bertrand. Moi, dans ma carrière, à mon tableau de chasse, j’ai un ministre. C’est pas beaucoup, un ministre, Olivier Stirn, un petit ministre, tout le monde a oublié. C'était le ministre de Michel Rocard. Il se trouve que j'étais jeune reporter quand ce petit ministre…
David Dufresne
Michel Rocard c’est un peu… c’est ta lumière politique, la deuxième gauche..
Thomas Legrand
J’admire l’homme plus que ses idées, j’admire l’homme un peu comme Mendès et comme j’admire plus Mendès que Duclos pour cette époque-là, et j' admire plus Rocard que Mitterrand. On pourrait revenir. Et là, c’est sur ma modération. Rocard en 81, je reviendrai à Rocard. Mais Rocard en 81 avait dit qu’il faut faire des nationalisations à 51 %. Parce que ça ne tiendra plus longtemps. Mitterrand a dit, non, 100 %. Toute la gauche était tombée sur Rocard en disant que, social traître, il ne voulait que 51 %. 100 %, moralité, deux ans après, les privatisations commençaient parce que ça avait été trop cher, ça avait été le bordel. Si on avait fait à 51 %, ça serait toujours le plus à gauche entre Rocard qui voulait des nationalisations plus larges mais à 51 % et ceux qui voulaient des nationalisations à 100 % qui n’ont pas tenu et c’est la gauche qui a privatisé après. J’ouvre ce débat pour une autre émission. Du coup je suis complètement paumé.
David Dufresne
Moi aussi, tu m’as paumé là. On dirait un édito de Thomas Legrand, thèse antithèse, synthèse. Foutaise !
Thomas Legrand
Mais, non, j’avais l’esprit d’escalier. Non, non mais tout va bien. Non, ce que je veux dire, oui, voilà, c’est Ercilia Soudais me dit, vous êtes socialiste et vous le dites pas. Moi, je suis pas un socialiste, c’est- à-dire que j’ai passé mon temps à critiquer François Hollande dans mes éditos. J’ai écrit un livre quand Mitterrand était président qui dénonçait la façon dont Mitterrand a aidé le Front national. Pourtant, j’avais voté Mitterrand. Enfin, je n’ai pas voté, je dis trop jeune, mais en tout cas, j'étais pour lui. J’ai écrit un livre contre l'élection du Président de la République, qui s’appelle « Arrêtons d'élire des Présidents, juste après l'élection de Hollande. Voilà. Donc je suis, en fait, j’ai une posture plus démocratique, c’est ma vision démocratique de la politique que je défends dans mes éditos, plutôt qu’une vision idéologique. Moi, je suis – pour vous dire ce que je suis ! – je suis un écolo. Un écolo, et j’aime les gens… ce que j’aimais dans la deuxième gauche, je suis pour l’horizontalité et pas pour la verticalité du pouvoir. C’est ça que j’aime, Mendès France qui a écrit « République moderne » en 1964, vous le lisez aujourd’hui, les propositions institutionnelles de Mélenchon sont gentillettes.
David Dufresne
Sur l’histoire de l’indépendance journalistique, quand on est journaliste politique, pour employer ce terme rapidement, éditorial, etc. Est-ce que tu crois pas que la politique se fait en dehors des dîners en ville ? Est- ce que tu ne crois pas ?
Thomas Legrand
Bien sûr. Heureusement.
David Dufresne
Ben oui, mais si votre source d’information, c’est les dîners, les groupes, les trucs et les machins, comment pouvez-vous pouvez faire pour dire « Les Français pensent » ou tout ?
Thomas Legrand
Alors d’abord, moi je ne dîne jamais avec les politiques. Le café, c’est pour répondre, et j’en prends très peu, mais c’est pas dans les cafés et dans les dîners qu’on sait ce que les français pensent, c’est pas ça. C’est dans les dîners et les cafés, en tout cas les cafés pour moi, qu' on peut savoir ce que les politiques pensent et ce que les politiciens préparent. Mais pour savoir ce que les français pensent. Ça me fait rire parce que je vois souvent, dans la bollosphère, ils disent « Ah, Libération, France Inter, c’est Bobos Germanopratins. » Les journalistes de Libération et de France Inter les jeunes journalistes qui ont 35 ans, ils gagnent 2005, ils ne peuvent pas se loger à Paris, ils habitent en banlieue. Il y a des journalistes de Libération qui sont toujours en coloc à 30 ans. C’est comme ça. Donc eux, qu’est-ce qu’ils font ? Ils sont dans les associations de parents d'élèves, ils vont voir leurs parents, leurs frères et sœurs. En région, comme on dit maintenant, ils vivent la vie de tous les jours, ils vivent la vie de tout le monde. Donc ils connaissent la France, ils connaissent bien mieux la France que la bollosphère surpayée qui est enfermée, qui a peur de tout et qui décrit la France comme un coupe gorge généralisé. Non, c’est pas en déjeunant ou en prenant des cafés avec les politiques qu’on connaît la France évidemment, non, ou l'État ou la réalité sociale de la France pas du tout. Les cafés ou les déjeuners avec la politique, c’est pour savoir, pour avoir des infos. Bon, moi, je trouve qu’il ne faut pas en abuser, je n’en abuse pas. Finalement, j’en fais très peu et j' en fais plutôt à la demande des politiques qui ne sont pas contents de ce que je dis et je pense que je leur dois ça parce qu’ils n’ont pas appelé mes chefs.
David Dufresne
Alors, il y a cette vidéo qui circule, qui va faire les choux gras de la bollosphère. Est-ce que tu peux rappeler le nombre d'émissions, le nombre d'évocations de cette vidéo concernant Rachida Dati dont on vient de parler ? Ça tourne en boucle pendant combien de jours ?
Thomas Legrand
Ça tourne en boucle, c’est deux mois après, donc notre rendez-vous c'était le 7 juillet, deux mois après ils sortent ça, alors c’est l’Incorrect qui sort ça, sans aucun canon journalistique. C’est-à-dire que normalement quand on vole une vidéo, moi j’ai déjà volé des documents pour révéler des trucs, ça existe, peut-être toi aussi dans ta vie de reporter, t’as peut-être fait ça. On peut, normalement, la charte de déontologie dit qu’on peut pas, mais on peut en fait, si ça révèle un trouble à l’ordre public, un délit ou quelque chose qui intéresse.
David Dufresne
Ah non, pas du tout, si c’est pour l’intérêt général.
Thomas Legrand
Ou l’intérêt général.
David Dufresne
Le trouble à leur public, non.
Thomas Legrand
Si, trouble à l’ordre public.
David Dufresne
Ah bon ?
Thomas Legrand
La jurisprudence dit que, non, mais trouble à la loi publique, au sens très large, par exemple. Je te vois, toi, t’as une déformation. Trouble à l’ordre public ça peut vouloir dire, par exemple, si je veux manipuler une commission parlementaire, c'était un trouble à l’ordre public.
David Dufresne
Absolument.
Thomas Legrand
Donc voilà. Et si le juge peut considérer que le journaliste a le droit d’espionner, disons, les puissants, si ça révèle quelque chose. L’affaire Bettencourt, par exemple, J’avais défendu Mediapart donc, il y a des procédures, c’est-à-dire qu’on fait le contradictoire, on demande à ceux qu’on a filmé leur avis, et puis il y a des procédures. Rien n’a été respecté de tout ça. Et puis, il a eu un montage frauduleux Donc, la bollosphère en a fait des tonnes c’est passé sur CNews en permanence, il a été dit n’importe quoi. Ma femme, ancienne journaliste, a une association qui s’appelle Transsonore et qui fait de l'éducation aux médias, en Seine-Saint-Denis, qui ont fait faire des reportages aux gamins, ils font faire des reportages aux gamins sur des trucs d'économie sociale et solidaire, des choses comme ça, pour essayer d’apprendre aux gamins ce que c’est que le reportage de journalisme et lutter contre les fake news. Ils ont considéré, la bollosphère a été voir ça, sans passer un coup de fil à personne de cette association, sans faire un travail de journaliste, et considérer que c'était une pompe à fric pour moi, parce que, évidemment, c’est des collectivités plutôt de gauche qui financent, qui font travailler ça. Ma femme, elle a créé ça il y a quatre ans, elle se paye depuis deux ans au SMIG, elle à des alternants, voilà. Et ils ont menti comme ça, ils ont raconté n’importe quoi, en permanence, c'était la une. Vous vous rendez compte qu’entre le 5 et le 12 septembre, sur CNews, mon nom a été plus prononcé que celui de Sébastien Lecornu, ça a été calculé par l’INA, Sébastien Lecornu qui venait d'être nommé premier ministre. Donc mon nom et celui de Patrick Cohen ont été balancés sur Europe 1, etc. C'était un bashing total, menace de mort, ma famille, enfin voilà. C’est ça la bollosphère si vous voulez.
David Dufresne
Donc, il y a une commission d’enquête qui est provoquée en partie à cause de cette conversation. Et là, il faut absolument qu’on parle politique, cette commission d’enquête sur l’audiovisuel public. On peut considérer, notamment son rapporteur, que c’est un cheval de bataille contre le service public.
Thomas Legrand
Oui contre le service public. En fait, Charles Alloncle, donc UDR, vous savez que chaque groupe d’opposition, chaque groupe parlementaire à ce qu’on appelle un droit de tirage, peut choisir le thème d’une commission d’enquête, même de façon minoritaire. Il n’y a pas besoin que la majorité du Parlement vote la tenue de cette commission parlementaire, chaque groupe a une commission parlementaire. L’UDR avait choisi de faire au départ une commission parlementaire sur le vrai coup de l’immigration. Et comme ils ont préparé ça… Ils sont aperçus que tous les professionnels qui avaient vraiment cherché sur cette question, disaient que ça rapporte, ça coûte, mais que ce n’est pas un drame. Donc ils ont changé de thème parce que ça ne les arrangeait plus. Et ils ont trouvé ce thème-là. Il s’agissait donc de taper sur l’audiovisuel public, et il s’agissait surtout d’isoler l’audiovisuel public et d’essayer de rallier toute la presse privée. La bollosphère contre l’audiovisuel public, ça, c’est raté. Et donc, cette commission, Charles Alloncle l’a préparée à charge. Et il y a des choses intéressantes pourtant, on peut se demander comment on dépense, comment le service public de l' audiovisuel dépense son argent. C’est tout à fait logique et légitime de se le demander. Simplement, en ce qui concerne Patrick Cohen et moi, on a été interrogés ; je vous invite à regarder sur LCP ou sur le site de LCP ou sur YouTube où le site de l’Assemblée nationale.L’assemblée nationale ça dure deux heures huit me concernant oui regardez si vous avez un peu de temps c’est assez effrayant et c' est assez prémonitoire de ce qui arrive dans tous les pays illibéraux dans tous les pays où le Trumpisme arrive C’est un procès complètement à charge et c’est une méconnaissance du travail du journaliste qui est absolument effrayante.
David Dufresne
Alors effectivement, le dernier tiers est absolument incroyable puisqu’il y a les autres députés qui prennent la parole et la plupart pour dénoncer l’attitude du rapporteur.
Thomas Legrand
Et la plupart, ceux de gauche, en tout cas ceux de la gauche et du centre aussi, celui du Modem était effaré, et puis ceux de gauche…
David Dufresne
Il y a quelque chose d'étrange aussi, c’est qu’en fait, face à toi, il y a deux députés RN qui sont des anciens journalistes, Caroline Parmentier qui a travaillé dans le journal Présent, et puis Ballard, je crois, son nom, voilà. Donc ça donne aussi une connotation. En plus, vous avez travaillé ensemble avec Ballard ?
Thomas Legrand
J’ai travaillé avec lui, enfin, il était au service économique à RTL et franchement quand il était au service économique à RTL, il faisait son boulot, enfin voilà, je n'étais même pas aperçu qu’il pouvait être bon. Maintenant il est devenu député RN. Caroline Parmentier, je la connaissais autrement, moi j’ai couvert le RN quand j'étais à RTL et à RMC. Et je lisais tous les jours Présent, journal totalement pétainiste et antisémite, et elle, elle écrivait dans Présent. Et elle écrivait, par exemple, des choses comme Simone Veil, cette grosse dame responsable du génocide des bébés, enfin, de l’avortement. Et je me disais, c’est vrai que je me le disais. Mon honneur de journalisme, là, est en jeu et il est jugé par Caroline Parmentier,c'était compliqué.
David Dufresne
On sent, on sent. Alors, j’invite effectivement tout le monde à regarder. Alors il se trouve que trois jours avant, tu es victime d’un autre espionnage, d’une conversation entre toi…
Thomas Legrand
Trois jours avant la Commission.
David Dufresne
La commission, entre toi et l’ancienne directrice de France Inter. Laurence Bloch. On apprend ce matin même, grâce à la cellule d’investigation, que c’est donc un journaliste de Europe 1 qui vous enregistre à votre insu. Cette conversation va faire les choux gras de l’audition dont tu es l’objet à l’Assemblée. Il se trouve que j’avance parce que tu as une conf de rédac, tu vas déposer plainte contre X pour captation illégale, contre Europe 1 et contre CNews pour conversation, divulgation conservation divulgation et utilisation d’enregistrement obtenu de manière illicite et diffusion de fausses nouvelles. Ce qui suggère d’ailleurs une déformation des propos. Voilà le point. Maintenant pour faire l’avocat du diable, quelle est la différence ? La question t’es posée en commission mais quelle est la différence entre enregistrer une conversation entre toi et Laurence Bloch et le le majordome de Bettencourt, Cahuzac cache-investigation, les caméras cachées puisqu’on parle de journalisme ce matin. C’est quoi la différence pour toi ? Où est-ce que tu mets le curseur ?
Thomas Legrand
La différence, c’est que je prends un café, je suis journaliste, je prends un café avec une ancienne collègue, mon ancienne chef, dans un restaurant, un café c’est un lieu privé.Les cafés sont des lieux privés, ce,ne sont pas des lieux publics. Et un journaliste d’Europe 1 décide de nous enregistrer. il nous enregistre et il en tire.
David Dufresne
C’est mieux que ça, d’après ce que j’ai compris ce matin. I.
Thomas Legrand
L nous photographie, il nous enregistre…
David Dufresne
Il vous photographie, il envoie ça à sa rédaction en chef qui lui dit, vas-y enregistre.
Thomas Legrand
Voilà, sur ordre. Donc sur ordre des chefs, il nous enregistre. Si on était un dignitaire d’extrême droite et un mafieux, si on voit un dignitaire politique et un mafieux déjeuner ensemble, on peut concevoir qu’on les enregistre. Mais un journaliste et son ancienne chef qui prennent un café ensemble, pourquoi les enregistrer ? Et surtout, de ce qu’ils enregistrent, ils en tirent des conclusions complètement aberrantes. Ils ont fait toute une matinale, 7 heures, 7h30, 8 heures, tous les journaux, comme si c'était le truc important, en disant que Laurence Bloch avait été dépêchée par Radio France pour me dire de démissionner avant la Commission. C’est peut-être un peu compliqué, mais voilà, pendant la Commission, si j’avais pas de contrat au moment de la commission, c'était quand même plus facile pour moi, et donc Laurence Bloch et pour Radio France, donc Laurence Bloch m’aurait dit de démissionner, mais elle ne m’a jamais dit ça, et surtout, je n’avais pas à démissionner et je n’avais plus de contrat. Mon émission était terminée, et puis ma nouvelle émission, je l’avais abandonnée, donc je n 'avais pas de contrat, donc je ne pouvais pas démissionner, et puis surtout, pourquoi demander à Laurence Bloch C’est un truc totalement absurde. Et à partir du moment où pas qui est un peu en froid avec la direction, qui est parti, c’est absurde. Pascal Praud le lendemain dit dans son émission, en fait, on a l’enregistrement. Alors du coup, il a fallu que Europe 1, illicite, peut se justifier si ils disent, parce que un enregistrement, comme je l’explique tout à l’heure, ça révèle un délit, quelque chose qui doit intéresser le public d’un point de vue démocratique ou un trouble à l’ordre public, j’y reviens. Et donc le lendemain, ils ont dit, ah oui, M. Legrand et le député socialiste Emmanuel Grégoire fomentent, ils en ont parlé lors de ce café, fomentaient un complot contre la commission. Évidemment, un complot contre une commission parlementaire, ça, c’est un trouble à l’ordre public. Pas du tout. En fait, Laurence Bloch me dit, mais dis donc que dans la Commission, il y a Emmanuel Grégoire, comme il a fait une proposition de loi plutôt favorable à la presse, peut-être qu’il va te défendre. Et moi, je dis, je sais pas, il ne siège pas. Je ne sais pas. Puis je ne vais pas l’appeler. Voilà, ça a duré ces quatre secondes-là. Ils en ont tiré le fait qu’on complotait parce qu' il fallait justifier le fait d’avoir fait cet enregistrement. La différence entre l’enregistrement de Mediapart, c’est que Mediapart, grâce à ces enregistrements, on a pu ouvrir des procédures judiciaires parce que ça révélait des délits et puis on pouvait en allant sur le site de Mediapart avoir l’entièreté de l’enregistrement, il n’y avait pas de montage et puis ils avaient fait le contradictoire, ils avaient demandé aux gens qu’ils avaient enregistré et qui étaient encore vivants, voilà, ce qu’on appelle le contradictoire c’est la base du journalisme quand il y a des révélations, n’importe quel rédacteur en chef vous dit que si vous arrivez avec un document volé, fait le contradictoire. Donc on appelle chacun et on dit voilà, on vous a enregistré ou enregistré à l’insu de quelqu’un. Ok, super, on va diffuser ça ou on va diffuser le contenu de vos enregistrements. Qu’est-ce que vous avez à dire ? Rien n’a été fait de tout ça. On m’a pas dit qu’on allait enregistrer et ce que j’ai dit n’as pas été répercuté.
David Dufresne
Alors il ne nous reste que 3 ou 4 minutes, j’aimerais qu’on arrive à une conclusion. C’est celle du Trumpisme. Qu’est-ce que tu veux nous faire comprendre avec ce qui est en train d’arriver, c’est à dire comment, ce que t’as appelé des barbouzeries, tu as dit, je l’ai dit en introduction, je vais te citer exactement, tu as dis que les Européens et CNews, ce sont une organisation politique dotée de studios dans un but de propagande que révèle l’affaire, les deux affaires pour toi, au-delà de ton cas à toi, pour nous tous ?
Thomas Legrand
En fait, est-ce que vous vous souvenez d’un scoop, d’une info de quelque chose qui gène les puissants qu'à révélé Europe 1, CNews ou la bollosphère ? Ils ne révèlent rien, ils ne font pas de journalisme.Ils commentent, ils commentent et ils…
David Dufresne
C’est ce que tu fais aussi toi, tu commentes.
Thomas Legrand
Oui, je commente sur la base de faits et je commente dans des rédactions dont le commentaire n’est pas le centre. Libération à des journalistes, ils font des enquêtes, ils révèlent des choses et moi, je suis un commentateur, c’est à la marge.
David Dufresne
C’est un écosystème en fait.
Thomas Legrand
Eux ne font que ça, c’est-à-dire que tous les jours ils décident de deux ou trois thèmes porteurs pour eux, tant pis si c' est lié ou pas à la réalité, si c est lié à une réalité tant mieux et ils y vont, ils extrapolent et voilà, et au bout de trois minutes quel que soit le thème, c’est à cause des musulmans, c’est à cause de je sais pas quoi, des bobos, des wokistes, enfin bon, et ils ne s’intéressent pas aux faits, et quelquefois il les trafiquent même. Vous souvenez des étoiles bleues de David peintes après le 7 octobre sur les murs ? Ils en ont fait trois jours en disant c'était à cause de l’antisémitisme de banlieue, et ils ont à peine brévé quand on s’est aperçu très rapidement, bien avant qu’ils finissent de commenter que c'était une manip des Russes. Ils s’en foutent de ça, ils passent à autre chose. La seule investigation qu’on leur connaît, c’est l’espionnage de confrères. Et le trafic de ce qu’ils ont dit, et l’instrumentalisation. Donc, pour moi, on ne fait pas le même métier, voilà. Je peux considérer que je fais le même métier qu’un éditorialiste du Figaro. C’est-à-dire que, quand je débat avec quelqu’un du Figaro… Je ne parle pas du Figaro Vox, mais si je débats avec Guillaume Tabard par exemple, un des éditorialistes du Figaro, on ne sera pas d’accord sur les événements qu’on commente, mais on ne pourra pas se traiter de menteurs.
David Dufresne
Qu’est-ce que tu penses du fait, excuse-moi, là tout d’un coup je fais mon "Duhamel" qu’est ce que tu penses, je te coupe, je ne le fais jamais, Alain ou Benjamin ?
Thomas Legrand
Benjamin, vas-y.
Thomas Legrand
Pas mal, c’est en dit long quand même, bon bref, on ferme la parenthèse. On a compris. La réaction de Radio France après Rachida Dati, l’affaire Rachida Dati le Coucou gate comme tu l’as appelé, c'était de t’avoir débranché. Est-ce que le service public n’a pas manqué à la fois de droiture à ton encontre et puis de droiture à l’encontre de ce qu’il est ?
Thomas Legrand
Ah, ils m’ont pas débranché, c’est moi qui ai pas voulu faire la suite du…
David Dufresne
Ouais, arrête !
Thomas Legrand
Non, non, ils ont appelé ça suspension. Et je n’ai pas aimé. Pas une suspension, c’est moi qui ai décidé. Ils ont appelé ça suspension, ils sont en train de négocier le budget, J’ai pas aimé, ils appellent ça suspension… Maintenant ils disent que c’est l'émission qui a été suspendue, et ce n’est pas Thomas Legrand.
David Dufresne
Mais qu’est-ce qu’on fait par rapport à la bollosphère, la trumpisation de la société ?
Thomas Legrand
On fait du journalisme, on rappelle ce que c’est, et le journalisme le cœur du journaliste c'était pas l'éditorial, c'était pas l'éditorialiste. Moi j’ai 62 ans, j’ai fait beaucoup de journalisme maintenant je suis éditorialiste et c’est du journalisme aussi mais c’est pas le cœur. Moi je préparais un bouquin, on m’a dit : fais un bouquin sur ce que t’as vécu, je vais te préparer un bouquin sur les grandes enquêtes, les grandes investigations qui ont changé les choses dans le journalisme français, c’est ça qui m’intéresse. C’est à ça que je veux rendre hommage. Et pour les commentateurs dont je suis, toujours se baser sur les réalités factuelles journalistiquement établies. On a des règles pour ça. Journalistiquement établies. Il n’y a pas de vérité. Il y a des réalités factuelles journalistiquement établies. Et dans ces vérités factuellement journalistiquement établies par exemple, toi, avec ton optique sur la sécurité,(on n’a pas eu le temps de parler) mais je reviendrai,avec ton optique sur le maintien de l’ordre, tu éditorialises, on sait d’où tu parles, tu as des opinions, mais tu te bases sur des vérités factuelles, journalistiquement établies, et c’est pour ça que j’aime Au Poste.
David Dufresne
Qu’avons-nous fait pendant trois quarts d’heure, l'émission la plus courte de l’histoire d’Au poste ?
Thomas Legrand
Je reviendrai alors.
David Dufresne
Je vois que ça sonne de partout. Qu' avons-nous fait pendant trois quart d’heures ? Dernière question, après on se revoit une prochaine fois.
Thomas Legrand
Je suis à la bourre, on a parlé de journalisme et on a parlé de démocratie et voilà, et puis on est auposte, on boit un café, c’est cool. C’est beaucoup plus cool qu’au vrai poste.
David Dufresne
Merci beaucoup, bonne journée à toi.

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