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Travail de mémoires : Manchette et le polar, Quadruppani et l’ultragauche

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Je le redis, nous sommes retransmis en direct, donc attention ! Je l’ai entendu. Ils n’ont pas tort. Alors nous avons d’abord Nicolas le Flahec ici, ici même, éditeur de sept de ce recueil, « Manchette derrière les lignes ennemies, Entretien 1973 1993. » Manchette, le père du polar social, bien qu’il détestait cette expression et peut être notre père à tous donner peu d’entretien, mais qu’elle entretient un recueil de 28 d’entre eux. Publie entre 73 93 où Jean-Patrick Manchette détaille sa vision du monde, le sien, le nôtre, le roman policier, la presse. Souvent, on le sent rire derrière son porte cigarette. Nicolas, le flic fin connaisseur du bonhomme, éditeur de la compilation, agrégée de Lettres modernes et qui enseigne à Bordeaux Monsieur, vous allez être content. Il enseigne à Bordeaux, va nous expliquer ce que l’on doit à Jean-Patrick Manchette. A côté Quadruppani serge Vient de publier ceci « Une histoire personnelle de l’ultra gauche » éditions Divergences. Depuis près de 50 ans, il n’a cessé de participer à divers médias hostiles à la société capitaliste. C’est ce qu'écrivent ses éditeurs et lui sert. J’ai écrit ceci. Et là vous n’entendez pas. On fait des incantations à côté de moi. Il faut laisser les morts enterrer les morts. Page 93. Je pense qu’on va passer 1h sur cette phrase. Il faut laisser les morts enterrer les morts. Ce livre, c’est une traversée de 1968. Il avait seize ans à l'époque. De nos jours, avec les chômeurs, le CPE, les migrants, les agités. Et c’est d’une certaine manière, c’est un faire-part. Serge annonce qu’il a rompu avec vous. Il a rompu avec l’ultra gauche. Il n’est plus votre ami depuis ce livre. C’est ça, hein ?
Quadruppani serge
Pas du tout.
David Dufresne
Aussi, tu dis que tu as rompu avec l’ultra gauche, mais tu t’amuses à retourner le stigmate fait aux gens, notamment de Tarnac. Et tu dis à un moment donné oui, je suis un ultra gauche anarcho autonome. Nous allons essayer de faire un entretien croisé de ces deux messieurs, ça va être compliqué. Donc j’ai besoin de votre aide. Si c’est ce que tu dis, tu dis je ne me revendique plus d’ultra gauche.
Quadruppani serge
C’est-à -dire que je me revendique de l’influence de l’ultra gauche. Comme je me revendique de l’influence de l’anarchisme, comme je me revendique de l’influence de l’autonomie italienne, ce n’est pas la même chose que de dire que je suis autonome ou que je suis anarchiste, que je suis de gauche. De toute façon, les identités m’emmerdent d’une manière générale, donc je n’ai. Le fait de se revendiquer à tout prix d’une identité politique, déjà, ça me tape sur les nerfs. Il me semble que ce qu’on écrit, ce qu’on dit, ce qu’on fait, montre bien ce qu’on est et on n’a pas besoin de le l’essentialité, de le figer dans une identité à tout prix.
David Dufresne
Très bien. Je vais poser une question.
Quadruppani serge
Il y a un autre, un autre point. Je ne voudrais pas faire l'émission à ta place.
David Dufresne
Mais je te connais. Je vais essayer.
Quadruppani serge
Il y a d’autres points que je ne connais pas. Peut être que tu comptais les signaler. C’est que Manchette, je connais.
David Dufresne
Stop. Ah non, non, non ! Ne me casse pas mon effet de coup de théâtre à un moment donné. Bon alors je lui ai donné la parole de Nicolas, mais quand même. Serge L’ultragauche, l’ultragauche. Toi même, tu dis que c’est une appellation d’origine contrôlée qui est floue. Il serait bon que tu nous le donnes. On connaît tous la version du ministère de l’Intérieur pour lequel nous avons évidemment beaucoup de respect, mais on aimerait avoir ta version à toi, l’ultragauche. En réalité, ça peut se situer historiquement très clairement et tu démarres là dessus ton bouquin.
Quadruppani serge
C’est à dire que si on s’en tient à la définition du ministère de l’Intérieur et de la plus grande partie des médias d’aujourd’hui, l’ultra gauche et tout ce qui est à gauche du Parti socialiste, ça fait pas mal de monde. C’est-à -dire tout ce qu’il y a à gauche de la droite pour toi. Mais en réalité, si j’ai voulu exhumer ce terme, essayer de lui donner une et un sens utilisable, c’est parce que, à une certaine époque, il y a des gens qui ont revendiqué cette étiquette. Et qui l’ont vendu. Et ces gens-là. J’en faisais partie aussi. J'étais jeune, j'étais très proche, j'étais jeune, j’avais entre seize et 25 ans, disons. Donc quand ? Oui, il faut parler davantage vers le micro. Donc ces gens là, Jean Genet fait partie du jeûne été et c'était une très belle expérience. C'étaient mes universités que je détaille dans ce récit et. Cette ultragauche, c'était des gens qui, après 68, ont renoué avec un courant politique qui a été vaincu dans les années 20 du XXᵉ siècle, mais qui était un courant qui impliquait des dizaines, des centaines de milliers de prolétaires, qui étaient des gens qui que ce soit dans la révolution russe ou dans la révolution allemande, parce qu’il y a eu une révolution dans le monde qui a été écrasée aussi. Eux qui revendiquent se revendiquer des conseils ouvriers, c’est à dire des gens qui, pour qui la révolution devait être l'œuvre non pas d’un parti, n’ont pas de dirigeants politiques pendant la tête du prolétariat, mais d’initiatives de la base qui se fédèrent. Et donc ça s’appelle le communisme de conseil. Ce sont les gens que Lénine a dénoncés dans son livre Le gauchisme, maladie infantile du communisme, parce que, à l'époque, il appelait ça le gauchisme. Mais comme en 68. Le gauchisme c'était des léninistes ce que le. Le ministère de l’Intérieur et les médias de l'époque appelaient le gauchisme. C'étaient les trotskystes et les maoïstes qui sont des gens qui se revendiquent de Lénine. Ça a introduit une petite complication qui fait que les gens qui, comme moi, se disaient ultragauche.
David Dufresne
Pour se différencier, se distinguer.
Quadruppani serge
Différenciés de ce courant là. Et il me semble que beaucoup d’hypothèses de ce courant là depuis, c’est à dire la critique de la politique de parti, l’importance des initiatives de la base, la critique de l’U.R.S.S. Parce qu’on n’a pas attendu Soljenitsyne pour dénoncer le caractère dictatorial du régime installé d’abord par Lénine et ensuite par le par les staliniens, par le par Staline et stalinien, toute une série de thèmes qui étaient au centre la critique du travail, du travail moderne. Toute une série de thèmes qui sont la critique de la démocratie, de la démocratie parlementaire, la critique des syndicats, tout ça. Il me semble que cela a été vérifié dans la réalité historique, en particulier à partir de 68 et dans la et dans tout ce que j’ai vécu après. Après, dans ce courant, il y avait toute une un aspect. Il pouvait y avoir des aspects sectaires, il y avait des erreurs, il y avait des grosses erreurs aussi sur lesquelles je revenais. Et donc on va en parler. J’ai essayé de faire un bilan.
David Dufresne
Nicolas, Manchette Il faut peut être rappeler qui il est. Et quand on lit ses entretiens, quand on lit ses livres, on a plutôt l’impression d’un solitaire, de quelqu’un qui est encore plus ultra que ultra bouche, qui ne se retrouve pas dans un collectif. Peut être que je me trompe, mais déjà, est ce que tu peux nous rappeler qui est Jean-Patrick Manchette d’un point de vue à la fois littéraire et culturel ?
Nicolas Le Flahec
Oui, je vais essayer de faire vite. Alors, c’est un auteur qui est né en 1942, qui a brièvement milité dans différentes organisations et notamment à la voie communiste. C’est là où il a un journal dans lequel il a publié son premier texte sous pseudonyme Max Burden.
Quadruppani serge
Il est proche de L’ultra.
Nicolas Le Flahec
Oui, oui, oui, il y a des points évidents. Il a cependant assez vite rompu avec le militantisme pour différentes raisons qu’il explique dans ses entretiens, et il s’est trouvé assez vite en position de devoir gagner sa vie puisque ses parents lui avaient coupé les vivres et qu’il devait vivre avec femmes et enfants. Donc il avait un plan assez simple sur papier, c'était de vivre grâce au cinéma, parce que c'était un très grand cinéphile, un immense cinéphile. Ses chroniques de cinéma ont été publiées Les yeux de la momie, c’est vraiment magnifique. Et il s’est dit Ah le cinéma facile, Je vais écrire des scénarios, je vais devenir riche et avoir le confort. Évidemment, ça ne s’est pas passé comme ça. Bon, il le dit avec beaucoup d’autodérision, ça s’est avéré beaucoup plus compliqué. Alors il a fait beaucoup de travaux alimentaires, il a fait un petit peu, il a travaillé un petit peu pour le cinéma, pour Max Beka notamment. Il a fait, il a écrit un roman pornographique sous pseudonyme aussi de Castro. Il a écrit des nobélisé sous un autre pseudonyme, Pierre Duchesne, Mourir d’aimer, Sacco et Vanzetti et petit à petit, il y a eu un autre plan et s’est dit tiens, je vais infiltrer le cinéma en trouvant une autre technique, c’est à dire que je vais écrire des romans noirs et ces romans noirs seront adaptés par le cinéma. Et bingo ! À moi la vie, à moi la vie de scénariste. Ça, ça a marché au-delà de ses espérances. Il le dit, même si sa position là dessus a bougé au fil des années. C’est-à -dire qu’il a écrit deux romans qui ont été publiés à la Série Noire Un tout seul, L’affaire, une gastro et un avec Jean-Pierre Bastide. Laissez bronzer les cadavres. On est au début des années 70 et ces romans-là vont être remarqués par leur qualité. Alors surtout la faire une gastro par leur originalité. C'était un manuscrit qui avait été proposé à la Série Noire et qui avait beaucoup étonné Le Marcel Duhamel, le créateur de la Série Noire, qui trouvait ça très étonnant, très original. Il s’est dit bon, ça risque de déplaire aux lecteurs de la collection. Beaucoup de gamberge politique, beaucoup d’idées. Très étonnant. Sur la forme, on va demander quelques concessions à l’auteur, mais ce serait bien de tenter l’aventure. C’est ce qu’il dit est et ce roman l’a été, a été publié, a été reconnu. Et après ? Pendant dix ans, Manchette va publier à peu près, pour simplifier, dit Roman, La Série noire. Dans les années 70 jusqu’au début des années 80, qui vont être adaptés au cinéma Nada, par exemple, par Claude Chabrol, et puis d’autres après. Et sa position va s’inverser. C’est à dire qu’au début, le but c'était d'écrire des romans pour travailler pour le cinéma. Et il explique qu’il s’est rendu compte que c'était très bien d'écrire des romans et beaucoup moins intéressant de travailler pour le cinéma. Donc il a fait l’inverse. Il a travaillé pour le cinéma, pour gagner de l’argent, pour dégager du temps, pour pouvoir écrire librement des romans singuliers qui ont été publiés à la Série Noire. Et alors qu’il est. Je veux dire, alors qu’ils représentent quelque chose dans le champ du polar français au début des années 80. Plus que quelque chose, même si c’est une figure importante, il a une aura. Ils arrêtent de publier des romans. La position du tireur couché au début des années 80, c’est le dernier roman publié de son vivant. Il n’arrête pas d'écrire. C’est important et les entretiens permettent de le comprendre. Et ils continuent à travailler pour le cinéma. Y traduit, c’est le traducteur d’une BD bien connue « Watchmen », c’est le traducteur de très grand romancier américain Ross Thomas Donald Westlake, notamment le roman Kawa. Il continue à travailler au cinéma. Il continue aussi à travailler un petit peu en tant que romancier. Il a un projet qui va peu à peu mûrir, mais il est dans une position un petit peu intermédiaire en disant ça se retire un petit peu. Et il meurt en 1995. Très rapide pour ceux qui le connaissent pas, ce qui en fait un cas un peu particulier pour le roman noir français, puisque c’est un auteur qui a qui est dont le dernier roman a été publié de son vivant en 1981 et qui est mort en 1995, qui a publié une collection très populaire. Et pourtant on le lit encore et pourtant il est encore adapté au cinéma. Il est adapté en bande dessinée, il joue au théâtre. Ces inédits ont été publiés après sa mort des chroniques, le début de son journal, sa correspondance, ses entretiens. C’est en fait un cas un peu étonnant.
David Dufresne
Alors il y a quelque chose qui vous rejoint, qui rejoint Manchette et Serge. Quand on lit les 2 livres, c’est pour rester sympathique. Une méfiance vis-à -vis des médias. Donc il y a quelque chose. On va parler de Manchette, mais là je vais donner la parole à Serge d’abord. Mais effectivement, la manchette c’est assez rigolo parce qu’on voit bien qui pactise avec l’ennemi, qui joue avec lui. Monsieur Quadruppani Page 41. L’une des faiblesses majeures de 68 a sans doute été, mais le temps peut être a manqué d'être resté malgré les efforts de communication autonomes, dépendants des médias. Je le disais à seize ans en 68 et je me demande si ce que tu dis là, ça a pas. Déterminé un peu le ta vie puisque tu vas passer beaucoup de temps à travailler dans des revues Mordicus la banquise aujourd’hui, lundi matin, etc. Ce rapport aux médias sur aujourd’hui par exemple, qu’est ce que, Qu’est ce que tu peux ? Qu’est ce que tu peux en dire ?
Quadruppani serge
Eh bien moi j’aime bien Twist par exemple..
David Dufresne
Non mais il me semble que c’est Twitch ?
Quadruppani serge
Il me semble que ce que je pourrais en dire, la plupart des gens qui se trouvent ici pourraient le pourrait le dire avec moi. C’est-à -dire que. C’est de plus en plus. Il est de plus en plus manifeste que les médias font partie de ce mouvement. Du système et très profondément qui sont qui sont constitutifs de la société capitaliste, les grands médias, et pas seulement pour des questions de propriété. On sait bien que les questions de propriété avec des gens, que des militants comme Bolloré, etc. C’est évident que quand des militants d’extrême droite comme vous l’aurez. C’est évident que la question de la propriété a de l’importance. Mais pas seulement. C’est à dire que le rôle principal des médias, c’est quand même le maintien du statu quo et pour des raisons intrinsèques au fonctionnement même des médias, parce que le média veut avoir un maximum de lecteurs ou de spectateurs, etc. Donc il faut avoir, il faut traiter les sujets de manière à fabriquer quelque chose qui s’appelle l’opinion publique, qui serait de fabriquer quelque chose qui sort de l’opinion majoritaire et pas par hasard. C’est cette opinion majoritaire. Est tout à fait compatible avec les instances du système capitaliste. C’est à dire qu’on gomme les aspects les plus, les plus brutaux et les plus durs du système capitaliste de manière à ce que ça puisse continuer comme avant. Et donc. Et puis en plus, et ça n’a fait que s’aggraver, c’est-à -dire que ce je. Et alors ce que je dis sur 68. Évidemment, si un mouvement veut s’affirmer en opposition à la société, la première, une des premières choses qu’il doit faire, c’est arriver. Si un mouvement veut, veut s’affirmer par rapport au reste de mouvement social, veut s’affirmer contre la société comme une critique, un acte de la société. Il lui faut aussi. Faire, c’est son propre média. Il faut qu’il soit lui-même son propre média, d’une certaine manière, parce que les médias de la société dominante ne passeront jamais un message révolutionnaire. C’est un fameux. Le fondateur du rap et du slam me rappelle-t-il son nom ? Je ne sais plus qui a écrit un poème voilà, la révolution ne sera jamais télévisée. Donc il me semble que cette phrase contient tout. C’est assez simple. Les écrans sont un dispositif de séparation. Ils sont chargés de nous séparer, de nous mettre les uns les autres à côté des autres et pas les uns avec les autres. Donc la méfiance envers les médias. En ce qui concerne Jean-Patrick Manchette, ça tenait à une culture et je tenais quelque chose qu’il avait. Qui l’avait intégré particulièrement et qui faisait partie de ma propre culture, c’est-à -dire la critique situationniste. Je sais que Jean-Patrick en était un.
David Dufresne
On va y venir sur les deux et je pense que Nicolas pour en parler mais quand même garder le micro. Il faut, si je veux, faire du rap.
Quadruppani serge
Mais je ne veux pas faire du rap.
David Dufresne
Donc très bien. Il y a quand même dans ton livre, alors tu tues, tu racontes avec beaucoup de délectation des réunions sans fin en fumée, etc. Des différentes rédactions que tu as traversées. Mais au bout du compte, ce qu’on retient aussi, c’est que tu dis finalement, c’est des brochures qui dépassent pas tant de milliers d’exemplaires. Et finalement, le seul journal qui peut sortir de 68, tu le traite d’une lignée, tu le traite bien d’une ligne en parlant de libération, le gauchisme culturel et fermé, le bon quoi. Donc est ce que là, par exemple, tu reconnais qu’il y a un échec de la part de gens comme toi qui n’ont pas pu créer un média ou des médias qui auraient pu peser plus qu’ils ne l’ont fait ? Et si c’est le cas, alors vers quoi il faut aller.
Quadruppani serge
Les médias qu’on a créés étaient à la hauteur du mouvement qu’on était. C’est à dire que l'été on n'était pas, on n'était pas grand chose en même temps, ce pas grand chose. Il me semble que d’une certaine manière, il est plus que jamais dans beaucoup de têtes. Tout ce que je dis dans ce bouquin, toutes les expériences que je rapporte, ce sont des expériences qui ont nourri et qui ont nourri des tas de réflexions et qui se poursuivent encore aujourd’hui. La question de l’autonomie des luttes, elle est réapparue, ne cesse pas de réapparaître. Elle est réapparue sur les AD, elle est réapparue dans toutes sortes de mouvements, elle réapparaît dans les soulèvements de la terre. C’est un mouvement qui est très original, qui essaye de se constituer comme autonome, en intégrant, en faisant participer des organisations, mais en gardant une espèce d’autonomie par rapport aux agendas politiques, par rapport à toute la. Un imposant son propre, son propre programme pour l’humanité. Et bon, je pense que les idées que les idées voyagent, ce n’est pas parce qu’on est élu à l'époque, peu que par quelques centaines de personnes que nos idées sont mortes. Au contraire, nos idées ont continué à circuler, elles se sont mélangées à d’autres et je pense que c’est ça l’essentiel. Après, je m’en fous complètement de mettre un copyright sur le sur le programme révolutionnaire, mais je pense que les points que j’ai avancés tout à l’heure comme définissant. Une certaine ultragauche est plus que jamais à l’ordre du jour. Donc c’est. Pour moi c’est ça l’essentiel. Après que le nouveau jus était pollué à l'époque. En plus ça dépend, ça dépend. Si lire la banquise c'était vraiment lu par tout petit milieu. Mordicus, c’est une revue qui est tombée à un moment, un bon moment.C'était un moment où tout le monde commençait à en avoir vraiment marre des années 80, des années quatre, des années 80. Et c'était le début des années 90. Il y avait l’opposition à la guerre du Golfe, il y a eu l’irruption des banlieues dans les manifs étudiantes dans Paris, il y a eu pas mal de choses qui se sont passées et on avait une revue qui était bien en phase avec l'époque La banquise, C'était une revue de repli, c'était on se met sur l’autre, on se replie sur nos positions, on attend que ça passe. Et alors que mordicus, c’est quand même une revue. Il y a peu de revues militantes qui peuvent dire, qui se sont rendus à 30 000 exemplaires au premier numéro, tu vois, dans les kiosques, on vendait en kiosque donc, et j’ai pas cessé après pendant des décennies, de rencontrer des gens qui connaissaient la banquise, qui s'était marré ou qui s'était formée politiquement en lisant la banquise, pardon mordicus.
David Dufresne
, Nicolas, Manchette et les médias à la fois. Lui et surtout, qu’est ce que, qu’est ce que dans sa position, on peut en retenir pour nous, pour nous alimenter aujourd’hui sur notre propre relation aux médias ? Qu’est ce qui fait le point de vue moderne de ce monsieur ?
Nicolas Le Flahec
, alors Manchette, comme l’a dit Serge, je peux le redire, même s’il a prévu d’en parler après. C’est un lecteur de Guy Debord jusqu'à la fin de sa vie et il est sa critique des médias et nourrie par sa lecture, notamment des commentaires sur la société du spectacle et sur le mensonge totalitaire dont le médiatique n’est qu’une partie. Donc tout ça nourrit vraiment son regard sur ce qu’il appelle les mass médias. La deuxième chose pour Manchette, c’est qu’il se méfie beaucoup, en tant qu’auteur de polar, de ce qu’il appelle la récupération qui est inévitable. Pour lui, c’est compliqué puisqu’il œuvre dans le champ de littérature populaire et que pour lui, c’est une sorte de bastion. C’est-à -dire que Manchette n’est pas allé vers le polar par dépit, c’est-à -dire en ne pouvant pas publier de la littérature dite plus noble. Et il n’est pas allé vers le polar en espérant que le polar soit reconnu, anobli comme une, c’est-à -dire par les institutions culturelles. Ce qui s’est vraiment passé, ce qu’il a documenté et ce qu’il a vécu. Donc lui, il se méfie beaucoup de ça. Par exemple, il a publié la Série Noire, ça l’intéresse pas d'être publié par La Blanche chez Gallimard. Ce n’est pas la trajectoire qui va suivre. Lui, ce qui l’intéresse dans le polar, c’est que c’est une forme populaire et culturellement méprisée. Donc il n’attend pas, par exemple, que les médias, la noblesse, lui, en tant qu’auteur de polar et encore moins la forme des littératures policières, ce qui va se passer malgré tout. Donc il se méfie beaucoup de tout ça, même si je constate assez vite qu’il ne peut pas grand-chose face à la récupération à un moment donné. Par exemple, il dit dans un entretien Moi, si je devais écrire autre chose que du polar, ce ne serait pas des formes culturellement plus nobles, ce serait. Ce serait peut être par exemple du porno, mais il y aura, ça finira aussi par être récupéré et on trouvera des zigotos qui font du néo porno. Et ça deviendra une forme aussi populaire anoblie culturellement. Donc il se méfie beaucoup de ça et évidemment aussi du regard que les médias vont porter sur sa propre œuvre. Ça donne des entretiens puisque là, on a le paradoxe en fait d’un livre qui recueille les entretiens, d’un auteur qui se méfiait beaucoup de ceux qui allaient recueillir sa parole. Donc ça en fait un livre un peu particulier et donc intéressant, et ça donne des entretiens, mais où ? Manchette, par exemple, est interviewé par le un universitaire qui dirige une revue, la revue Littérature, qui a décidé de consacrer un numéro au polar à des auteurs de polar qui se diraient Parfait, très bien. On nous reconnaît enfin comme de vrais auteurs. Et Manchette, lui, a le regard opposé, versa. Et il commence d’abord par refuser. Alors le directeur, le directeur du numéro thématique sur le polar insiste, insiste et Manchette finit par répondre à quelques questions. Il dit à la fin le petit questionnaire d’une revue subalterne. Donc là, il n’est pas en territoire ami, là, il est derrière les lignes ennemies. Pareil quand il va voir Bernard Pivot à Apostrophes. La couverture est extraite de l'émission sur le polar à laquelle il a participé. Et si vous avez envie de lire, on a ri. On a juste reproduit la partie qui concerne Manchette, sinon ça aurait été trop long. Mais on voit bien l’incompréhension entre Bernard Pivot par exemple et Manchette et comment il y a une espèce de dialogue de sourds. Parce que Bernard Pivot parle d’un roman de manchette, Le petit bleu de la côte Ouest, sans comprendre très bien finalement, quel est le but poursuivi par Manchette dans l'écriture de ce roman ? Bernard Pivot y voit une histoire policière. Pour ceux qui n’ont pas lu Le Petit bleu de la côte Ouest, tu peux présenter ce roman là. C’est l’histoire de Jean Gerfaut. Un cadre en manchette dit que j’ai choisi le sujet le plus à la mode à ce moment-là pour plaire, notamment pour m’amuser avec la presse et le malaise des cadres. Donc j'écris un roman sur le malaise des cadres. Et donc Gerfaut il. Ils ignorent qu’il a été témoin, bien malgré lui, d’un acte criminel et qu’on le recherche pour l'éliminer. Mais il ne sait pas ça. Donc il est en train de se baigner un jour à Saint Georges de Didonne et il voit deux types très costauds foncer sur lui et ces deux types là essayent de le noyer. Comprends pas pourquoi. Ça donne une très belle scène, notamment sur l'état de la mer. Vous pouvez voir à quel point la mer est déjà polluée à ce moment-là et dans l’indifférence totale, on essaie de tuer Jean Gerfaut. Et donc là, il y a une espèce de réflexe, comme souvent, les personnages de Manchette, qui sont des personnages qui à la base ne font pas vraiment peur mais qui se révèlent assez redoutables. Il a un sursaut et donc il arrive à mettre en déroute les deux tueurs qui sont très surpris de voir que Jean Gerfaut se transforme en une espèce de gibier fou qui est tout près de leur arracher les yeux. Et là, au lieu de rentrer voir sa femme Béa, ses deux filles. Et d’aller voir la police qui s’en va. Il prévient sa femme qui s’en va, mais il ne raconte pas l’histoire et il s’en va. Et là, Bernard Pivot dit qu’il fuit les tueursEt Manchette dit qu’il ne fuit pas les tueurs, il fuit sa vie de cadre qui lui est finalement insupportable. Avant ça, déjà, Jean Gerfaut dit tout d’un coup j’en ai eu marre. Voilà. Et les moments où Georges Gerfaut en a marre. Donc il va saisir cette occasion là pour partir. Et donc, dans cette émission là, on voit bien que ce message là ne passe pas très bien, il y a de l’interférence. Pourtant, Manchette dit Je ne sais pas si ce ne serait pas un peu plus rigolo l’existence si tous les cadres ne partaient pas dans la montagne. Donc ça c’est pour en revenir à ta question. Il y a des malaises savoureux on va dire. Manchette s’amuse aussi, même s’il est dans une position un peu inconfortable. Ce dont pourrait témoigner aussi la photo. Mais il y a médiat et. C’est à dire qu'à l’intérieur de ce livre, il n’y a pas seulement des entretiens accordés à des journaux dont Manchette se méfie, type Le Monde par exemple. Il y a aussi des médias accordés à des revues où il se sent beaucoup plus à l’aise, notamment une certaine revue Combo. Je ne sais pas si ça te dit quelque chose.
David Dufresne
Merci. Merci beaucoup pour cette transition Bernard Pivot recompose un fanzine que je le faisais avec un ami. Et effectivement, Yannick Bourg, mon complice, mon copain avait recueilli ce qui est une des toutes dernières interviews de Manchette et qui est dans l’entretien. Euh. Je voudrais juste lire un petit passage que je trouve extrêmement savoureux
Nicolas Le Flahec
Je sais ce que tu vas lire.
David Dufresne
À moins que tu veuilles le faire, il cite une lettre de Manchette à son copain Pierre Signac qui date du 13 juillet 79. Elle est extrêmement importante puisque c’est la couverture de ce livre. On y voit Manchette avec un magnifique micro filaire donc à Apostrophes, et il écrit à son copain. Pour ce qui est de l’apostrophe du 20 juillet, ça a été enregistré l’autre lundi d’une manière peu satisfaisante de mon point de vue. J’ai d’ailleurs eu la maladresse de signaler à Pivot, après l'émission Autour d’un pot que peut-être sur le polar, on eût pu dire quelque chose, quelque chose de plus intéressant. Et bien que j’eusse ajouté aussitôt que c'était moi qui étais fautif de ne pas avoir engagé le faire, puisque faire, j’avais dit la première question qui me fut posée, et en négligeant celle ci. Malgré ça, dis je dans les yeux de cet homme affable, j’ai vu le meurtre luire qu’on osât n'être pas entièrement enthousiasmé par son émission dans quoi l’on venait de passer. Là, on sent un peu le côté Debord.
Nicolas Le Flahec
Je pense que c’est nous qui avons ajouté les notes et celles là spécifiquement pour donner un autre éclairage
David Dufresne
Parce que c’est évidemment toute l’ambiguïté. De la relation aux médias. Alors il y a un autre point. Et là je vais donner la parole à Serge. Évidemment, dans les 2 livres, c’est la relation à l'édition. Et Serge, tu parles beaucoup d’un monsieur qui s’appelle René Lefeuvre. C’est comme ça qu’on prononce le feu vert. Les éditions Spartacus. Alors tu en parles pour ? Pour deux raisons. Je ne sais pas si on peut parler des deux raisons. Alors la première raison, c’est pour l’amour des livres qu’il t’a donné, puisque tu reçois des colis de lui quand tu es, quand tu es petit, avec des livres dedans qui changent, qui changent ta vie Et donc si j’ai bien lu ton ouvrage, c’est le premier contact avec lui aujourd’hui, 60 ans plus tard, où je ne sais pas quand. Cinq ans plus tard, qu’est ce qui reste de cette relation ? Je parle du premier point sur l’amour de la lecture, l’importance de la lecture. Ici, on est heureux, on est là sous l'égide d’une librairie La Limousine. Donc les bouquins, c’est toute ta vie tu a écrit un paquet. C’est quoi la nécessité de nous raconter ça ? Et qui était ce monsieur qui était Spartacus ?
Quadruppani serge
juste avant de parler de René juste avant de parler de René, je voulais juste dire que Pivot, il était quand même un peu un peu bloqué. Parce que pourquoi ne pas comprendre ce qu’il y avait de complètement subversif dans le petit bout de la côte ouest ? Fallait faire un gros effort parce que. Les premières pages sont extraordinaires puisque c’est la description de Gerfaut qui est en train de tourner sur le périphérique. Et ça se termine en disant si Gerfaut se trouve à cette heure-ci sur le périphérique, en tournant, en écoutant de la musique. Je sais bien évidemment, parce que Jean-Patrick n’était pas seulement. Il n'était pas seulement cinéphile, il était aussi amateur de jazz. Mélomane Un instant, je ne sais plus quelle musique, parce que Jean-Patrick adorait ça. Si Gerfaut se trouvait encore en train de faire le tour, c’est à cause de sa place dans les rapports de production. Ça se termine comme ça. Et si Pivot n’a pas compris, c’est que c’est un journaliste banal quoi. Un journaliste de base ?
Nicolas Le Flahec
Peut être qu’il n’a pas lu Marx.
David Dufresne
Ou qu’il a mal lu l’affiche qu’on a faite.
Quadruppani serge
Et alors ? Maintenant, pour parler de René ? Ben oui, René, c'était quelqu’un que j’ai rencontré par des potes, des relations, pour aller très vite. J'étais rejeté d’une famille pauvre, monoparentale. Nous étions quatre enfants. Je ne vais pas vous faire pleurer. Mais donc ma maman était toujours en recherche de protecteurs pour ses enfants et donc mon protecteur était une protectrice, la directrice de l'école maternelle. Il se trouve que le frère de la directrice de l'école maternelle était René Lefeuvre, qui est venu la voir, qui m’a rencontré et qui est tombé amoureux de moi. On peut dire les choses comme ça parce que la suite qui est dans la deuxième question que tu vas me poser.
David Dufresne
Le deuxième point.
Quadruppani serge
Le deuxième point, j’anticipe. En tout cas, René a été formidable dans le sens où il a été, il a été une sorte de papa spirituel. Il a commencé à m’envoyer et m’envoyer des bouquins et moi j'étais vraiment à l’affût d’un tel truc. Et donc, à travers ça, j’ai découvert des pans entiers de la culture et de la culture politique. J’ai lu mon premier texte politique qui se trouve être L'éloge de la paresse de Lafargue. Donc ce sont des choses qui marquent l'éloge de la paresse. Et donc. Et ensuite, je me suis retrouvé.
David Dufresne
Mais ça a été envoyé dans un colis particulièrement bien confectionné.
Quadruppani serge
Il faisait beau, c'était pour lui.
David Dufresne
Ce n’était pas un colis
Quadruppani serge
Au départ, lui, c’est un prolo qui fréquentant les milieux politiques avait fini par devenir correcteur de presse. Mais il gardait toujours cette espèce d’amour du travail bien fait. Et puis pour faire vivre ces éditions Spartacus qui étaient des éditions qui ont fait connaître justement toute cette culture ultra gauche à laquelle je me réfère, et en commençant par Rosa Luxembourg, et puis toutes sortes d’auteurs importants. Donc, et publié chez Éditions Spartacus. Il faisait littéralement des économies de bouts de ficelle. C’est-à -dire que quand je l’ai rencontré à Paris, quand je suis venu le voir à Paris à ses frais. Il ramassait les bouts de ficelle dans la rue avec sa canne. Il a eu et il a. Il avait un geste très au point pour faire sauter la ficelle, la rattraper et ficeler ses colis avec lesquels il envoyait ses bouquins à travers la France. Donc c’est quelqu’un qui m’a fait découvrir beaucoup de choses et grâce à lui, je suis venu vivre à Paris. J’ai rencontré euh ben j’ai rencontré le. Tout un monde. Et comme je raconte, alors il y a un des aspects. De ce que m’a apporté René, dont vous bénéficiez tous encore aujourd’hui ce qui m’a appris que la politique n’est jamais aussi bien qu' autour d’une table bien garnie et que donc le fait de vouloir mélanger tout le temps le bon et la politique, dans la grande tradition des banquets révolutionnaires du XIXᵉ siècle, ce n’est pas au hasard. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué parce que dans les années, juste après 68 Chéronée, il y avait des tables extraordinaires avec des gens qui avaient connu la révolution de 1917. Quand même, faut se rendre compte qu’il y avait des gens qui étaient encore vivants et qui avaient connu la révolution, la révolution russe et la révolution, le monde et la révolution espagnole. Il y avait ces gens là, il y avait des travelos. À l'époque, on disait de travelos. Du bar homosexuel d’Action révolutionnaire. Il y avait des trotskistes de diverses, de diverses sectes. Il y avait tout un peuple, tout un monde. Et c’est et c’est là que j’ai appris la vie d’une certaine manière, donc je lui dois énormément. Le problème, c’est le deuxième point que tu as apporté, certainement.
David Dufresne
Non, non, en réalité, je voulais te demander si toi tu voulais l’aborder.
Quadruppani serge
Je ne sais pas.
David Dufresne
Ça a été je ne sais pas.
Quadruppani serge
Comme je n’ai pas envie d’en faire une icône. Et comme de toute façon j’en parle aussi parce que pour moi c’est un contenu politique, parce que tout ce que je raconte de ma vie, de ma vie personnelle, pour moi, je le raconte du point de vue des de la, des généralisations politiques qu’on peut en faire à partir de là. C’est à dire que je parle de la question de la place centrale du désir dans l’idéologie.68 dans le milieu soixante-huitard sur le fait qu’il y avait un certain impérialisme du désir qui faisait qu’il en oubliait la deuxième partie qui aurait dû être obligatoire du terme. C’est partagé, c’est réciproque et c’est consentement. Et donc bon, ça a donné le combat contre ça, ça a donné, évidemment, par exemple, la MLF qui est née chez les femmes en réaction. En réaction, entre autres, au machisme terrible qu’il y avait dans les groupes gauchistes. Et en ce qui me concerne, c’est vrai que René était à la fois mon papa et il voulait être mon amant et je me suis laissé faire pendant deux ou trois ans avant de mettre fin à ces choses brutalement. Mais pour moi, comme je l’explique, je ne veux pas séparer les deux aspects du personnage. Je ne veux pas à la fois ni me poser en victime parce qu’il m’a apporté énormément et je pense toujours avec lui, avec une certaine forme d’affection, même si parfois c’est mélangé avec des avec une forme de colère.
David Dufresne
Mais ça fait partie et après on peut clore là dessus, ça fait partie des pages les plus les plus sensibles de ton livre où effectivement tout d’un coup tu nous révèle ce que tu viens de nous dire alors que tu viens de nous expliquer tout ce qu’il t’a transmis dans la passion des livres, de l'édition, de l'écriture, etc. Et effectivement, ça te permet, mais ce n’est peut être pas l’objet du débat aujourd’hui, ça te permet de discuter de deux questions qui traversent enfin la société.
Quadruppani serge
Heureusement.
David Dufresne
Voilà, c’est ça. Sur la question du consentement.
Quadruppani serge
Justement, Je voulais dire si j’ai accepté ce rapport qui n'était pas pour moi fameux quoique bon, parce que j'étais très jeune, j’avais treize ans et je n’avais encore eu aucun rapport sexuel avant et etc. C’est aussi parce que j’avais le sentiment qu’il m’apportait tellement c'était une telle, c'était il m’ouvrait au monde et refuser son désir, c'était refuser ce monde d’une certaine manière. Donc, il y avait quelque chose de vraiment comme une forme de chantage qui disait pas du tout comme ça, mais. Mais bon, c'était comme ça que je le ressentais en tout cas, voilà. Et il est vrai que dix ans après, quand je l’ai revu, après avoir cessé tout rapport avec lui, quand je l’ai revu, il m’a dit oui, j’ai eu tort, j’aurais jamais dû faire ça.
David Dufresne
Alors d’un côté, il y a ce René. On va garder l’aspect éditeur, l’artisan, l’artisan qui fait ces éditions, Spartacus qui sont donc, comme tu le racontes très bien, une espèce de galaxie dans laquelle tournoie tout un tas de tout un tas de gens. Alors que Manchette, pour rester dans l'édition, lui, c’est l’inverse, tu l’as dit tout à l’heure, c’est à dire qu’il s’inscrit dans ce qu’il appelle page 152, dans une dans une interview dans la revue à suivre en 1982, ce qu’il appelle la culture marchandise. Et il revendique tout à fait, tout, tout, tout à fait ça. Qu’est ce que ça signifie la culture marchandise pour lui ? Et qu’est ce que ça peut signifier pour nous aujourd’hui ?
Nicolas Le Flahec
Alors plusieurs choses. Ça signifie pour ces personnages, par exemple, qu'à un moment donné, ils sont écrasés par la domination du capital sur la vie. Je crois que c’est une autre formule qu’il a. Typiquement, Georges Gerfaut est ce que cherche à saisir Manchette. C’est toujours le moment où le personnage, d’une certaine manière, va craquer ou exploser. Et les conséquences de cette explosion sur le sur le monde qui l’entoure. C’est notamment ça qui l’intéresse. Ça a donc des répercussions pour ses personnages dans différents romans. Ça a des répercussions pour lui en tant qu’auteur, il le dit. Il y a un autre entretien où on dit "Je suis assiégé, je suis assiégé par le capital", c’est à dire que je dois dire que mon travail est directement lié au cours du pain et à la nécessité d’acheter des baguettes chez le boulanger. Donc il faut aussi que je pense à ça. Donc il dit Je suis personnellement assiégé par tout ça. Et donc ça nourrit son rapport, son rapport au monde, nécessairement, puisque je l’ai dit tout à l’heure, alors, je l’ai dit avec l’autodérision qui est celle de Manchette, avec son, son, son plan fameux, là, dont il parle après avec un peu de recul et d’humour. Mais ce que ce dont il faut se rendre compte quand il se lance dans cette carrière là, quand il décide de vivre de sa plume, c’est que c’est extrêmement difficile et que tous les travaux de commande qu’il doit, qu’il doit effectuer, il le fait pas pour le plaisir de devenir un homme de lettres, il le fait pour bouffer. C’est ce qu’il dit à un moment donné. D’où une extrême fatigue, d’où un rythme de travail assez phénoménal. D’où sans doute, au bout d’un moment, une forme, une forme d'épuisement. Alors qu’est ce que ça peut nous dire aujourd’hui ? Plein de choses à mon avis. Des cadres ou des jeunes qui sortent d'école de commerce et qui d’un coup décident de partir et pas dans la montagne, mais peut être dans la montagne aussi. On en voit je crois. Ça dit aussi beaucoup du monde qui sera bientôt le nôtre Et là dessus, Manchette n’est pas exactement pessimiste et pas exactement optimiste. Il est très pessimiste parce qu’alors je ferai une distinction après. C’est à dire que je ne veux pas donner l’impression que même si, même si le regard de Manchette est nécessairement nourri par ses idées politiques, il ne fait pas de militantisme dans ses romans, il dit qu’il veut faire voir au lecteur qui a bien envie de voir, mais il n’est pas chargé d'évangéliser. Et ceux qui, après tout, veulent juste une histoire avec des voitures, des stations service qui explosent et des coups de feu, ils auront ça aussi. Et puis après tout, s’ils peuvent capter une autre chose, ce sera bien. Mais lui, il n’est pas là pour évangéliser. Ça veut dire que dans ses romans, il ne choisit jamais la facilité. J’ai dit qu’il était entré en littérature avec l’affaire Strauss et un roman inspiré de l’affaire Ben Barka et Manchette par exemple. Au lieu de se choisir un alter ego assez plaisant, c’est-à -dire un jeune homme qui serait nourri par ses idées à lui, c’est à dire plutôt. Alors lui, il dit qu’il a un regard sur le monde anarcho marxisant. Lui, il va choisir l’inverse, c’est à dire qu’il va nous mettre dans la tête d’un jeune fasciste minable et il va vraiment nous mettre dans sa tête et il va nourrir ce personnage là par ses propres souvenirs à lui, pour que la chose soit vraiment encore plus intéressante quand il imagine un personnage de détective privé. Jean Tapon, c’est un ancien gendarme qui a une crise morale, donc il est parti de la gendarmerie après, après, après la mort de quelqu’un, pendant une manifestation. Mais c’est un ancien gendarme. Si vous lisez les entretiens, vous verrez qu’il est très critique sur la police, c’est le moins qu’on puisse dire. Il y a des choses assez savoureuses. Par contre, quand il écrit à toutes, c’est différent. Un peu trop oui, je sais que ça lui sortait, mais je sais qu’il est bon dans les romans. Par contre, dans la fiction, c’est différent parce que la fiction, elle interroge. Par exemple, il y a des documents inédits, notamment un projet de nouvelle qu’il avait ou où il voulait raconter l’histoire d’un flic. Et il se met en garde lui-même. Il dit écueils à éviter le texte anti flic parce que là, pour nourrir la réflexion, ce n’est pas très intéressant. Bon par contre. C’est certain que c’est nourri par ses idées, par son rapport sur le capital. Les entretiens témoignent aussi de sa trajectoire. C’est à dire qu’entre 1973 et 1993, son regard sur le monde a changé. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle parce que dans les années 70, il croit encore sincèrement à la révolution, c’est-à -dire qu’il est convaincu. Alors ça peut faire sourire. Maintenant, j’ai des amis que ça fait plutôt rire, qu’il trouve très naïf. Mais il est convaincu encore dans les années 70 que ce monde là va s’effondrer, que ça ne se fera pas dans la douceur même pour lui.C’est à dire qu’il est conscient de ce qu’on va lui reprocher à lui, il est conscient de ce qui risque, de ce qu’il va perdre, mais il estime que ça ne peut pas être autrement. Au début des années 90. Il dit qu’il s’est trompé. Ce n’est pas la révolution qui a triomphé et ce n’est pas du tout une bonne nouvelle, parce que le monde qui aurait pu donner autre chose, selon lui, avec la Révolution, s’effondre. Je reprends ses mots dans la merde et dans le purin. Et donc pour nous, ben ce n’est pas une bonne nouvelle non plus puisqu’on est c’est dans combo justement en début de combo, je vais essayer de retrouver la page parce que je préfère citer ces mots à lui. D’autant que ces formules sont quand même plus intéressantes que les miennes. Il dit On est au début des années 90 qu'à présent il vit et ils vivent. Toi aussi, au début des années 90, c’est Yannick Bourg aussi. En attendant que l'économie démente en finisse progressivement mais vite et assez complètement avec l’espèce humaine et les autres espèces vivantes auxquelles nous sommes habitués depuis quelques millénaires. Voilà, je ne sais pas, mais il me semble que, par exemple, ce discours là peut raisonner encore aujourd’hui et que les choses ne sont pas forcément arrangées de ce point de vue là.
David Dufresne
Mais voilà, que dans les mêmes années, dans les années 90, nous apprenons page 181 d’une histoire personnelle de l’ultragauche. Monsieur, C'était l'époque où mes romans connaissaient un certain succès critique entre parenthèses, jusqu'à des appréciations flatteuses de Jean-Patrick Manchette que mes éditeurs successifs n’ont cessé de reproduire. Donc le lien est fait. Alors, raconte-nous Manchette. Mais est ce qu’on va voir qu’il a la dent dure sur les auteurs de polars ? On va voir ça juste après.
Nicolas Le Flahec
Pas toujours la preuve.
David Dufresne
Mais ça va
Quadruppani serge
En fait. Jean-Patrick, au moment où il considérait que le monde était en train de s’enfoncer dans le purin, il n’avait pas tout. Il n’avait pas tout à fait tort. Mais il n’avait pas tout à fait raison non plus, puisque c’est le moment où il a commencé à publier Mordicus. Et c’est le moment. C’est à dire qu’on a continué quand on a voulu affirmer un retour de la combativité sociale en dehors des pratiques politiques traditionnelles et. Et c’est à travers mordicus que Manchette est entré en contact avec nous. Il a écrit à Mordicus. J'étais le directeur de publication. Je lui ai répondu et on a commencé à avoir un échange, un échange de lettres. On s’est parlé au téléphone et pour moi, Manchette était déjà un auteur, un auteur de référence. J’avais beaucoup lu, je l’avais beaucoup bu et c'était quelqu’un que j’appréciais beaucoup. Ses bouquins, évidemment. Et je pense que ces bouquins font partie des influences réelles. Qu’on peut sentir dans ce que j’ai écrit moi même. Et. Il m’a écrit et un jour il m’a téléphoné en me disant qu’il aimerait bien me rencontrer. Et de juillet. Écoute, justement, là, il y a eu une manif. Alors il y avait un flic qui venait de tuer un jeune dans un commissariat dans le 18ᵉ. Vous voyez, c’est toujours la même histoire qui ressort. On est toujours en boucle sur les mêmes
Quadruppani serge
Le flic, était énervé. Il avait sorti son flingue et l’avait mis dans la bouche pour lui faire peur. Et puis le coup est parti, paraît-il, sans faire exprès. En tout cas, il y a eu des émeutes dans le 18ᵉ et on s’est donné rendez- vous à la manif, c’est-à -dire à la bagarre. Devant la mairie, on s’est donné rendez- vous au métro, devant la mairie du 18ᵉ et à la sortie du métro, je l’ai vu. C'était une vision assez. Cinématographique puisqu' il y avait la fumée des lacrymos et lui, son chapeau était hyper élégant. Il était très maigre parce qu’il était déjà très malade. Il était très élégant avec un chapeau. Et puis il a un film cigarette et il fumait au milieu de la classe, mot avec beaucoup d'élégance comme ça. Il en avait un. Un paquet de bananes à la main et donc un sac avec des bananes dedans. Et on a un peu parlé. Et puis au bout d’un moment, je lui ai dit : "Écoute, c’est quand je le voyais dans quel état il était. Je lui ai dit : "Écoute, c’est peut être mieux que tu rentres maintenant, on va se revoir. Et puis je suis allée faire quelques tours avec quelques amis dans la. A l'époque, je courais, je courais plus vite que maintenant, donc je pouvais me permettre de pratiquer la manif débordante. Et après il m’a recontacté et il était hyper excité parce que bon, comme tu sais, il était, il avait des problèmes, de gros problèmes psychiatriques, Il était à la fois agoraphobe. Et comme on dit. Bipolaire. Ces gars-là, Il était là, il était en phase maniaque. Il était hyper excité. Il m’a dit Ouais. Et il m’a raconté qu’en fait, il était. Il n'était pas parti. Il avait commencé à manger des bananes et il posait les peaux de banane aux pieds des CRS. Et il ne s’est pas fait massacrer.
Nicolas Le Flahec
Il raconte ça. Si tu veux, je peux lire l’extrait pour illustrer. Étant seul avec mon air con et une banane à la main, je me suis mis à me balader au milieu des carrefours. Je me tournais du mauvais côté de manière que mes fesses soient au contact des pare-chocs. J’ai déclenché à moi tout seul un embouteillage. Je suis allé dire à des CRS Monsieur l’agent, où est-ce que je jette ça ? Les jeunes du quartier ont l’air d’avoir volé toutes les poubelles. Circulez, Faites en ce que vous voulez, mais je ne peux pas la jeter par terre. Mais si vous foutez ça par terre. Alors j’ai posé ma pelure par terre et je l’ai étalée comme une étoile de mer. S’ils m’avaient interpellé, il y aurait eu un accident tout de suite parce qu’il y en avait 50. Mais qui là, sur le trottoir, à 20 mètres ? J’ai décidé ensuite de fonder Bananas, Brigands anarchistes. Ni anorexique, ni aphasique, mon bison a guéri, ni anxieux, ni agoraphobe, ou encore bi alcoolique, ni anti physique, ni ataraxie. C’est ce qu’on veut. Et donc après, il évoque les associés et dit que nous avons aussi un sympathisant Serge Q donc il n’a pas voulu donner ton nom qui étant poursuivi pour provocation, apologie du crime d’incendie volontaire et provocation des militaires à la désobéissance et autres bricoles et en tant que responsable de la publication, Mordicus ne peut pas ou ne veut pas faire partie de Bananas pour l’instant. Je lui ai proposé de faire partie de notre organisation de masse qui va être la mouvance Banana Split. D’habitude, ce sont des flics qui inventent des mouvances. Cette fois-ci, le groupe Banana invente sa propre mouvance. Nous sommes pour la démocratie directe, la manducation des bananes et tout le pouvoir au Conseil des travailleurs. Et pour le reste, on verra. Et Serge a raison. Est ce que dans la correspondance, en fait, il faut qu’il envoie des lettres à tout bout de champ.
Quadruppani serge
il fait marcher la photocopieuse ?
Nicolas Le Flahec
Oui, voilà. Et après il écrit aux gens pour s’excuser, pour dire voilà, il y avait un mauvais réglage, dans mes médicaments. Et puis bon, je me suis rendu compte que peut être c’est un peu excessif. Donc c’est dans la correspondance. Donc il reste le mouvement Banana pour la postérité.
David Dufresne
Alors, est ce que tu en as fait partie parce que tu n’en parles pas ? Est ce que c’est le prochain bouquin ? J'étais l’histoire secrète.
Quadruppani serge
J'étais un Gentil Banana.
,
J’ai fait de l’organisation secrète. Donc est-ce que je me souviens aussi qui a réclamé la libération de tous les prisonniers politiques cubains aussi ? Ça faisait partie du mouvement, non ? Mais il a fait fonctionner la photocopieuse de Gallimard. Il avait l’aide secrète de l’attaché de presse de Gallimard qui lui a fait marcher à fond la photocopieuse. Il a envoyé. A l'époque, il n’y avait pas de mail. Il a envoyé des centaines de tracts à travers Paris, donc bon et bon. Si tu veux que je continue. Après y a eu des relations avec Jean-Patrick, donc on est devenus amis. En plus on avait un ami commun qui était à Fano, j’avais un ami qui était Jean Echenoz et qui était aussi. Un admirateur, Enfin oui, un admirateur. J’aime pas le mot admirateur, je n’aime pas le mot, je n’aime pas l’admiration de toute façon. Mais bref, Il avait beau, j’en avais beaucoup et a toujours beaucoup d’estime pour Jean-Patrick comme écrivain. Et donc on s’est. On s’est vus tous les ans, on s’est vu tous les trois. Enfin c'était un truc et. En fait. La discussion, entre autres Jean Jean-Patrick et moi, portait beaucoup sur la définition de l'écriture, sur la définition du bon style de l'écriture. Parce que Jean-Patrick avait cette espèce de jansénisme de l'écriture où il disait que tu peux sûrement parler toi même beaucoup mieux qu’eux, en fait. C'était dans l'époque qu’on vivait, qui était l'époque de tous les mensonges. Une écriture qui ne devait pas laisser la place à l’effusion sentimentale, au lyrisme qu’il fallait que ce soit sec et dur, comme dans le hardboiled, le roman noir américain qu’il fallait que ce soit de l'écriture comportementaliste, c’est à dire la description des actes des gens qui montrent ce qui fait sentir ce qu’ils sont et ce qu’ils pensent, et ne pas entrer dans leur intériorité mentale. Et moi je lui disais mais enfin bon, c’est une convention comme une autre, parce que quand tu lis Dashiell Hammett, on a eu le plaisir il y a quelques mois de recevoir Nathalie Bonnin qui est la spécialiste de Dashiell Hammett et c’est vrai que quand tu lis Dashiell Hammett, tu lis rouge et que tu vois comment il veut dire qu’un type est en colère et il raconte qu’il a le sourcil qui se froncent, qu’il a le nez qui fatigue la bouche, qui fait ça. Mais il ne dit pas qu’il est en colère. Au lieu de dire qu’il est en colère et qu’il fait toutes ces descriptions, je dis on pourrait croire qu’il a une crise d'épilepsie aussi, tu vois. Et au bout d’un moment, la discussion était bonne. Bah si t’es pas d’accord, je te flingue et tout ça. Bon, c'était plutôt sur ce terrain là, mais pour Jean-Patrick, c'était un des fondements de sa, de ça, de son travail, de son écriture. Et ce qui est bien, c’est que c'était une contrainte, mais qu’il a respecté. Pas en réalité. Parce que comme toutes les contraintes, ce qui est bien, c’est de jouer avec les contraintes, les contraintes et ça permet. C’est une façon de stimuler l’imagination. Mais je crois que c’est au début de la position du tireur couché. Il y a une description des rafales de vent. Je crois que c’est un écho absolument magnifique. Je lui ai dit tu vas, tu vas me dire que c’est du comportementalisme.
Nicolas Le Flahec
Oui, oui, ça c’est très juste. Et spécifiquement ce passage là, le début et la fin, la position tireur couchée, donc le dernier roman c’est juste magnifique. Et c’est une erreur faite souvent entre ce comportementalisme là qu’il essaie de respecter dans son rapport aux personnages et le roman. Là par exemple, plus spécifiquement, il dit qu’il est ultra béhavioriste, mais ça ne veut pas dire un style à l’os comme Dashiell Hammett. Il y a, il y a du muscle chez Manchette, donc la phrase peut se contracter, mais elle se déploie aussi et spécifiquement. Ces phrases-là sont très longues, très belles. Il y a le vent qui part. Alors c’est Angleterre, de Worcester il traverse la Manche et tout et qui vient cogner aux vitres sur la vitre du personnage et. Ça, c’est pour la fin du récit, pour le début du roman aussi. Et la fin est pareille. Donc il y a des morceaux de bravoure chez Manchette. Mais quand on dit effectivement été très attaché à la forme, au travail, sur le style, tout en sachant que ça ne peut pas être un maniérisme et dit en empruntant la formule à Marx la forme n’est pas la forme si elle n’est pas la forme du contenu. Donc il faut toujours un accord évidemment entre la forme et le contenu, le fond, les idées. Mais par contre il faut soigner la forme parce que c’est important littérairement, par plaisir aussi. C’est mon plaisir. Que voulez-vous travailler sur la forme ? Et donc ça donne un vrai plaisir de lecture qui dépasse très largement. Je suis d’accord avec toi, l’imitation du style de Dashi à la maîtrise, ça va beaucoup plus loin que ça. Ça veut dire qu’il y a des passages.
Quadruppani serge
Où il joue.
Nicolas Le Flahec
Avec la langue de toutes les manières possibles, puisqu’il est capable de faire beaucoup de choses avec cette langue qu’il maîtrise très bien.
Quadruppani serge
La forme est là pour donner de la force au contenu, parce qu' un texte qui a un fond, un contenu juste mais qui est mal écrit, ça passera moins bien qu’un texte dont le fond n’est pas terrible mais qui est super et qui est super bien écrit. C’est comme ça. Je veux dire, l’esthétique fait partie de la vie et c’est essentiel donc. Mais après qu’elle ait la bonne forme, c’est une longue discussion.
Nicolas Le Flahec
En l’occurrence, tu as raison, il a des principes et puis il les suit ou il ne suit pas globalement ce qu’il veut. Mais dans l’entretien du bilan combo, dans un roman, je ne sépare guère le jeu intellectuel et l'émotion. Comme un ébéniste qui veut faire un beau meuble. Il me faut autant de savoirs techniques que possible, mais mon but est le beau meuble. Distinguer cette fin et ses moyens est un exercice de philosophie morale qui risquerait d'être long pour aboutir seulement à la conclusion qu’il est bon d’avoir de la technique, mais que ça ne sert à rien si on est un vil roublard, on d’aboutir à un ouvrage roublard. La technique gâchée ne sera plus un style mais un maniérisme. L’objet sera moche, l'émotion absente. Donc il recherche quand même l'émotion pour le lecteur. Une espèce d’effet de choc qui dit dans sa correspondance une très belle lettre qu’il écrit à des lycéens à la fin de sa vie, que les romans sont, entre autres choses, la mémoire des émotions des hommes. Et contrairement à ce que j’ai peut être laissé penser tout à l’heure, à la fois, il donne l’impression qu'écrire c’est peu de chose. Lire aussi et en même temps aux lycéens avant de mourir, il leur dit que c’est quand même drôlement important la lecture, l'écriture.
Quadruppani serge
Et c’est là que pour moi, c’est l’influence néfaste de l’idéologie pro situ. C’est à dire que Manchette, quand il nous a écrit à mordicus, il terminait sa lettre en me disant oui, je sais très bien que vous pouvez me traiter de starlette du polar, et il s’auto dénigrer face à des gens qui considérés comme des vrais révolutionnaires purs et durs. Et moi je vais toujours trouver ça faux. C’est à dire c’est un rapport faux à la création qui est quand même assez présent dans l’idéologie pro situ, c’est à dire tout ce qui est culture, c’est de la merde parce que c’est le capitalisme, etc. C'était très grossier en réalité, le la critique en tout cas du dépôt des gens qui ont été influencés par les situationnistes. Et c’est d’autant plus, d’autant plus paradoxal que le créateur principal de cette de ces théories, c’est un type comme Guy Debord qui était hyper cultivé et qui n'écrivait pas comme n’importe qui et qui avait un vrai style grand siècle donc. Et ça, c’est quelque chose qui m’a toujours compté dans les discussions avec Jean-Patrick, qui m’a toujours heurté. Sur lesquelles on n'était pas d’accord. C'était son attachement à la doxa situationniste. Que de mépris pour la culture, ça n’a pas de sens pour moi. La culture, qu’est ce que c’est ? Ça dépend de quelle culture et comment elle est utilisée.
David Dufresne
Il y a peut être un autre point de divergence entre toi et Manchette, c’est la nécessité du livre. En tout cas ce qu’on peut en attendre dans une interview du début des années 80. Manchette dit que le problème du film n’est pas la qualité mais le nombre d’entrées. Le cinéma, comme le roman, ne peut plus rien. Il répète ce qui a déjà été fait. Alors que effectivement, dans les années 70, Manchette voit son travail plus comme un roman d’intervention. Mais dix, quinze ans plus tard. Il considère que les jeux sont faits. Tout ça aboutit sur un comptoir de vente. Alors que toi, Serge, tu as l’air de toute ta vie que tu racontes ici. De croire que le livre peut changer les choses, peut apporter des choses, peut modifier le cours de l’histoire. Alors que Manchette semble dire à un moment donné t’as en train à prendre
Nicolas Le Flahec
ou non, J’ai sous la main un texte que je vais te lire qui va t’intéresser. J’avais anticipé ta question.
David Dufresne
Il est trop fort maintenant.
Nicolas Le Flahec
Je te connais déjà, c’est ça que je vais discuter.
David Dufresne
Donc voilà. Par exemple, est ce que là dessus tu es d’accord avec ce que dit Manchette ? On ne fait que répéter ce qui a déjà été dit et puis bon, bah voilà. Donc restons modeste. Grosso modo, où est ce que tu penses que non,
Quadruppani serge
Ce que j’avais en commun. Ce que j’avais en commun avec Jean-Patrick, c’est que moi aussi je faisais partie des gens qui, après 68 dans les années 70, pendant une période de 5 à 10 ans, ont pensé que la révolution mondiale était imminente. Ça vous paraît, ça vous va peut être vous donner envie de rigoler, mais c'était dans l’air et je pense que. On avait raison de penser qu’elle était nécessaire. On s’est trompé en pensant qu’elle était imminente. Mais je pense qu’on avait raison de penser qu’elle était nécessaire. Et je pense qu’au Nord, on aurait raison, aujourd’hui plus que jamais, de penser qu’il est nécessaire. Et après mon attitude, une fois que j’ai du bien, dû digérer le fait que la révolution n’avait pas eu lieu. Mon attitude n’a pas été d’aller à la soupe, comme toute une génération de petits chefs gauchistes, grâce notamment. Je pense aussi à l’exemple d’un type comme René Lefeuvre qui avait gardé cette souplesse d’attachement de départ à la condition prolétarienne, à un certain refus de parvenir, une certaine façon de vouloir rester proche des gens qui avaient toutes les raisons du monde de vouloir le changer. J’ai donc joué. À la différence de Jean-Patrick, je n’ai pas pensé, je n’ai pas pensé que c'était foutu. Je ne pense pas que c’est foutu. Je ne pense que ça e fait hier, il y a eu sans arrêt des gens qui disaient Mais donnez nous de l’espoir. Il y a eu plusieurs fois face aux intervenants des gens qui ont dit mais Pierre Madelin a dit oui mais bon, moi je crois que c’est foutu, mais on va continuer quand même. Et il a dit : "C’est parce qu’on ne peut pas ne pas faire autrement. Mais moi, je crois que ce n’est pas foutu tant qu’il y a tant qu’on est là. Donc tant qu’il y a nous, tant qu’on pense qu’on n’est pas d’accord. Et s’il en reste comme je serai celui-là ? Et donc. La question n’est pas, n’est pas de savoir si on y croit ou si on n’y croit pas. La question, c’est de prendre parti. Moi je pense que la seule manière, vu le cours catastrophique de la société que prend cette société, la seule manière qu’on peut avoir. De s’en sortir, c’est de changer très très profondément la société, ce qui ne se fera pas sans affronter les classes dirigeantes. Forcément, après cet affrontement, le niveau de violence qu’il aura, ce ne sera pas nous qui imposeront, ce seront les classes dominantes. Après, ce sera à nous de savoir, de savoir leur résister Moi je prends parti en contre l’autre, c’est tout. Je ne sais pas quelle sera l’issue, je n’en sais rien. Mais je sais que la seule, la seule possibilité de s’en sortir, c’est effectivement, je crois encore que la seule possibilité de s’en sortir, c’est une révolution mondiale. Ça ne veut pas dire demain matin, etc. Tous les gens qui croient au grand soir, bla bla bla. C’est complètement idiot, évidemment. Je ne crois pas que du jour au lendemain, etc. Ça peut se dérouler sur des décennies, mais sur des décennies, peut être des siècles. Mais en tout cas, si ça devient toujours plus urgent et c’est une urgence qu’on sent dans nos tripes de toute façon. Donc. Il n’y a pas de question de succès ou pas ne se pose pas.
Nicolas Le Flahec
Et pour Manchette, pour préciser par rapport à ce que j’ai dit tout à l’heure
David Dufresne
Il joue à domicile.
Nicolas Le Flahec
Et les entretiens permettent de comprendre ce qu’en fait. S’il a pu publier, il a continué à écrire et à réfléchir. Et en fait, paradoxalement, en étant agoraphobe, il dit mais dans un entretien Mais moi, j'étais enfermé avec ma machine à écrire. Qu’est ce que vous voulez que je fasse d’autre ? Qu'écrire et écrire pour Manchette, c’est toujours s’intéresser au monde et c’est d’essayer de faire en sorte que peut être le lecteur s’interroge dessus et comprenne d’autres choses. Par exemple, constatant en fait que le mouvement qu’il pensait accompagner très modestement avec ces petits romans avait échoué et s’est dit bon, ben je vais faire autre chose, je vais essayer de comprendre comment on en est arrivé là, à cette situation des débuts des années 90. Donc, il a essayé dans ses dernières années de construire un vaste cycle de romans Les gens du mauvais temps, très ambitieux et dit C’est un peu sa comédie humaine à lui pour expliquer comment l’histoire a évolué dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. Il a eu le temps de travailler seulement au début du premier tome. Une bonne partie du premier tome, La Princesse du sang, qui est magnifique, qui est, qui est vraiment un très grand et très beau texte. Et il avait donc un projet très ambitieux, alors même qui pouvait donner le sentiment finalement que à quoi bon écrire ? Et donc j’en viens à aux textes que je voulais te lire, parce que David et Yannick Baur aussi, je crois, ont publié une nouvelle de Manchette dans un recueil qui s’appelait Homicide je crois, une nouvelle qui avait été publiée dans Elle dans les années 80 d’abord, et dans ces notes noires, les notes qu’il prenait, qui sont et qui ont été inédites, qui sont inédites, qui ont été publiées après sa mort par la Nouvelle Revue française. Ce sont des notes qu’il a prises entre 84 et 86, je crois. Il s’interroge sur l'écriture et sur ce que c’est qu'écrire du roman policier maintenant, à quoi ça sert ? Et donc il revient un peu sur cette question depuis l’invention du roman, et à présent que la forme en a été épuisée, peut être n’a t il jamais été si difficile de faire des ouvrages romanesques qui présentent quelque intérêt. Mais n’est ce pas au contraire plus facile que jamais ? Nous sommes débarrassés, sinon de la question formelle, du moins du problème de l’innovation formelle. La question formelle se réduit à qui pastiche ceux qui pensent qu’un roman policier, c’est d’abord une bonne histoire ont finalement raison, mais pas de la façon qu’il croit, parce qu’il ignore manifestement ce qu’est aujourd’hui une bonne histoire. Et donc, pour illustrer ce qu’est une bonne histoire, il va prendre l’exemple de cette nouvelle qui est une nouvelle qui s’appelle Basse Fosse, qui a été publiée dans un recueil malheureusement épuisé aux éditions Rivages qui dans Elle s’appelait Il y a de l'électricité dans l’air, titre que Manchette trouvait nulle. Et donc il explique que c’est une nouvelle qui est nourrie de sa documentation sur les armes. Je sais qu’il y a des auteurs de polars qui trouvent que Manchette a une espèce de fascination étrange pour les armes. Il explique dans ses notes pourquoi parfois des proches, voyant que j’ai des revues de ce genre, suggèrent que je suis un maniaque. Généralement, je réponds que c’est de la documentation sur les armes. Comme j’ai de la documentation sur les automobiles, la mode vestimentaire, la géographie et même la botanique. Et en effet, sous un point de vue purement langagier, une documentation sur les armes est utile à un auteur de roman noir, sans parler des traducteurs. Mais je crois qu’il ne s’agit pas d’une documentation d'écrivains sur les armes, mais d’une documentation de citoyens sur le monde où il vit. Je crois qu’il est superflu d'être un amateur d’armes, mais nécessaire d'être un citoyen pour mesurer utilement les grands progrès qui ont, par exemple, été faits dans les 20 dernières années. On est au milieu des années 80 en matière d’armes individuelles et de matériel de maintien de l’ordre. Et surtout pour considérer la direction de ces progrès, leur sens. Ensuite seulement, on peut être de loin en loin un romancier. Ainsi, j'écris pour l’hebdomadaire « Elle » qui a publié en janvier 1981. Une nouvelle qui n’a rien de remarquable, dont l’exécution est médiocre, mais qui tout de même traite des matériels anti-émeute et du silence complice des médias. Je suis tout disposé à admettre que cette nouvelle est peu de chose, mais le matériel antiémeute et le silence complice des médias ne sont pas peu de chose. Ceux qui pensent qu’un roman policier ou une nouvelle, c’est d’abord une bonne histoire devraient écrire un peu plus sur le matériel antiémeute et le silence complice des médias. Au milieu des années 80. Je pense que ça a évolué. Le matériel antiémeute depuis.
David Dufresne
C’est magnifique. Tu voulais ajouter quelques paroles Serge ?
Quadruppani serge
Oui, je voulais juste dire que je pense que la question de la littérature et du roman qui soit roman noir, polar ou roman tout court, est vraiment importante du point de vue de la critique de la société. Non pas dans le sens où il faudrait écrire des romans, où on fait du prêchi prêcha révolutionnaire, politique. Mais parce que je pense qu’il est très important d’arriver à construire des récits qui ne soient pas des récits en. En homologie, en sympathie avec le récit dominant. Parce que la réalité, c’est que si nous on ne raconte pas des histoires, les dominants, ils racontent à notre place. Par exemple, je veux, c’est une transition. Je voulais vous parler d’une affaire qui est quand même très importante. C’est l’affaire des personnes qui ont été le 8 décembre 2020, interpellées et accusées d'être des terroristes d’ultra gauche. Euh là, la raison pour un des ce qui est ce qui est intéressant dans cette affaire, aussi bien dans cette affaire que dans l’affaire de Tarnac que tu connais bien, c’est la façon dont les services de police construits ont réussi à partir d'éléments qui ne sont pas en soi, qui ne peuvent pas être en soi définis comme des éléments criminels, mais en les mettant bout à bout, fabriquent, en les mettant bout à bout, fabriquent un discours selon lequel c’est au terrorisme d’ultragauche que l’on a affaire. Voilà des gens qui ont été interpellés, à qui on a reproché alors d’avoir été au Rojava comme combattant aux côtés des Kurdes contre Daesh. C’est à dire aux côtés d’une entité non étatique, mais qui est soutenue par l’aviation américaine et avec laquelle l’Etat français négocie sans arrêt le maintien en détention ou la livraison de terroristes ou de femmes, de terroristes ou de fils de terroristes avec quelqu’un qui donc a mené un combat qu’on peut estimer et que j’estime personnellement, moralement tout à fait juste, qui n’a strictement rien à voir avec le terrorisme, c’est à dire de se battre contre les assassins de Daesh. Donc un premier élément il y a un il y a quelqu’un qui est Rojava. Deuxième élément, ce sont des gens qui utilisent les systèmes qui permettent de ne pas être détectés en permanence par la police. Que le fait de vouloir se soustraire au regard panoptique du pouvoir, c’est déjà le signe que vous êtes. Vous avez quelque chose à cacher. Un vrai bon site. C’est un argumentaire qu’on a aussitôt trouvé dans l’affaire de Tarnac
David Dufresne
À l'époque, c'était de ne pas avoir de téléphone.
Quadruppani serge
C'était suspect.
David Dufresne
Aujourd’hui, c’est d’utiliser Linux, Tor, Signal donc c’est ça qui est reproché.
Quadruppani serge
En fait, c’est un certain mode de vie qui est présenté comme étant le parce qu’ils n’ont trouvé aucune, absolument aucune. Et aucun élément. Montrant même simplement un projet d’attentat ou de destruction et évidemment encore moins d’assassinat. On peut discuter aussi. Qu’est ce que c’est que le terrorisme ? Est ce que le sabotage c’est du terrorisme aussi ? Mais même pas. Ils n’ont même pas trouvé d'élément qui prouverait ce genre de chose. Mais ils ont construit tout un récit au nom duquel des gens doivent passer en procès pour terrorisme aujourd’hui. Donc je vous invite vivement à prendre contact avec ce groupe sur l’adresse 812 support arobase riseup point net. Vous avez une brochure que vous pouvez vous procurer
David Dufresne
Et sinon, je crois que la brochure est là et il y a. Donc. En fait le procès va s’ouvrir pendant quatre semaines à Paris au mois d’octobre et il y a une semaine du 18 au 25 je crois du 16 au 23 septembre. Donc là, dans quelques jours, dans un mois, une semaine internationale de solidarité. Donc c’est au mois de septembre et le procès dure quatre semaines à la Cour spéciale à Paris.
Quadruppani serge
Donc, au mois d’octobre, les mauvais polars de la DGSI. Essayons de construire un récit qui tienne plus compte de la réalité.
David Dufresne
Est ce que parmi vous quelqu’un de la DGSI qui voudrait défendre la prose ? Non. Est-ce que vous avez des questions à Nicolas ou à Serge ?
Spectateur
Alors déjà une chose, c’est que les militants qui ont été, vont passer en procès, notamment pour l’utilisation de systèmes d’exploitation open source pour téléphone Androïd. Et je pense que c’est une bonne idée que tout le monde se renseigne pour essayer d’utiliser ces systèmes. En réalité, la question c’est on peut se dire que c’est d’avoir quelque chose à cacher ou pas. En réalité. On porte tous des slips. Donc la vie privée, en réalité, c’est important. Je pense que. C’est bien que ce serait bien que ça fasse tache d’huile et qu’on se mobilise sur cette question. En réalité, c’est que du savoir-faire technique et il y a plein de gens qui peuvent vous aider, y compris si ça vous intéresse. Moi, je peux vous aider. Je pense que c’est important. Ensuite, j’avais une question à propos de Jean-Patrick Manchette Il y a quelque chose de l’ordre du combat dans ces romans. Moi qui me parle beaucoup, je sais que c’est un peu un tabou de L’extrême gauche, que c’est sûr que c’est tout de suite assimilé à la violence mais en même temps, j’aimerais savoir s’il y avait des choses dans sa vie, dans les entretiens, dans les correspondances que vous avez eues, dans les confidences qui expliquent ces personnages qui sont très, très fragiles et en même temps qui trouvent en eux des ressources pour, pour se battre, en fait pour combattre d’une manière ou d’une autre..
Quadruppani serge
Un point qu’on n’a pas mentionné mais qui est à mon avis très important ce qu’il a écrit, Nada, raconte t il. Pour ou essayer de convaincre des amis de ne pas passer à la lutte armée clandestine. Parce que, comme il disait, le terrorisme, c’est le terrorisme et l’anti terrorisme sont les deux. Les deux mâchoires, les deux mâchoires du même piège à cons. Bien que leur motivation soit différente. Et donc moi, ça fait partie des citations que j’avais dans la tête quand j’ai écrit mon livre sur l’antiterrorisme en France par exemple. Donc c’est vrai que comme vous voyez, ça peut être aussi, ça peut avoir. Les livres peuvent avoir une influence, contrairement aux propos désabusés de Jean-Patrick.
Nicolas Le Flahec
Oui, on en a pas beaucoup parlé de Nada qui est un roman dans lequel il imagine l’histoire du groupe Ennahdha qui est un groupe terroriste qui envisage de kidnapper l’ambassadeur des Etats-Unis. Et au dernier moment, l’un des membres de ce groupe est un professeur de philosophie. Le personnage le plus proche de Manchette. Il explique lui même, décide de pas de rompre vraiment avec ce groupe, mais de rebrousser chemin et de mettre en garde les autres membres en disant que ça va être contre productif. C’est-à -dire que je parlais de la récupération tout à l’heure de manchette du romancier par la société. C’est la même chose avec le terroriste, c’est -à -dire que Manchette estime que. Le terrorisme et l’acte terroriste va être récupéré par l'État et servir les intérêts de l'État et pas du tout la cause que les terroristes servent, quelles que soient leurs motivations. Et dans le roman, on voit que c’est complexe et d’un personnage à l’autre et que parfois elles peuvent être bonnes. La méthode non pour la violence en tant que telle et pour les effets de ça. C’est à dire qu’en fait, dans le roman, désolé pour ceux qui l’ont pas lu, mais l'état français d'état dit très bien, très bien que ces terroristes kidnappés et on va même faire en sorte qu’il qui le tue comme ça on va faire d’une pierre II coups, on va s’occuper de politique internationale avec les États-Unis, on va faire porter le chapeau aux gauchistes et on va faire en sorte que l’opinion publique se désolidarise tout de suite de ces gauchistes là, en utilisant aussi les médias qui font bien leur travail dans le roman pour servir cette cause là. Donc ils s’intéressent à la à l’utilisation de la violence à travers le terrorisme, en disant clairement que c’est une erreur. Un des personnages dit à un moment donné Buenaventura Diaz J’ai fait erreur et c'était celui qui était celui qui avait le plus mal pris. La défection de fait, au début, était à deux doigts d’en venir aux mains alors qu’ils étaient amis. Se retrouve à la fin, je ne dis pas comment, parce que c’est une scène. Une très belle scène, spectaculairement violente, commençait à les écrire. Mais avant ça, il enregistre une Devant la défaite qui est, je vais dire en plus que Manchette la raconte dès le début. C’est à dire que si vous lisez le roman, ça commence par une lettre d’un gendarme, le gendarme pouce à Crouille, qui va écrire une lettre à sa mère pour raconter l’attaque de la ferme dans laquelle étaient retranchés les membres du groupe Nada. Et pour dire que les A tous, ils les ont tous tués. Et tant mieux évidemment, puisque c’est du point de vue d’un gendarme qui n’est pas ici exactement l'équivalent de Tarpon, le détective de Manchette. Donc il y a c’est dès le début, c’est fichu. Alors bon, c’est un gendarme un peu limité, donc en réalité, il ne sait pas qu’il y a un personnage qui a réussi à fuir de la ferme et que ce n’est pas tout à fait terminé. Mais pour l’action en tant que tel, oui. Là, de ce point de vue là, c’est la dimension tragique du roman. C’est à dire que dès le début, en fait, c’est voué à l'échec, ça ne veut pas dire que tout est voué à l'échec, ça veut dire que le terrorisme, oui, pour Manchette, c’est sa position et donc il se dit après il réalise effectivement qu’il a reçu quelques lettres de lecteurs qui ont réfléchi là dessus et qui donc ont changé d’avis et se dit bon, c’est pas, ça représente pas beaucoup de monde, mais là il a l’impression d’avoir fait œuvre utile. Après pour la question des personnages, ça c’est très intéressant. C’est à dire que les personnages de Manchette sont confrontés à une grande violence et ils sont littéralement increvables, avec quelque chose même qui peut sembler invraisemblable. C’est à dire qu'à un moment donné, la position tireur couché Martin Terrier, un tueur à gages qui décide d’arrêter des tueurs à gages, Vous verrez pour quelle raison, si vous lisez, le roman se fait tirer dessus à bout portant et une balle dans le poumon. Il se relève, une balle dans la tête. Il se relève quand même. Les personnages de Manchette se relèvent toujours. Il y a un personnage, c’est Aimé Joubert. On n’a pas parlé des personnages féminins de Manchette qui sont de très beaux personnages. À la fin de Fatal Roman, un peu mal aimé, mais qui est un très beau roman, peut-être l’un de mes préférés de Manchette. Il y a un personnage féminin, mais Joubert, une tueuse à gages qui œuvre dans Blainville pour tuer les gros cons, comme elle dit, et qui est blessé sans doute mortellement. Et en plus, elle a un accident de voiture, elle, elle sort de la voiture, On ne peut pas être beaucoup plus mal. Et là, Manchette fait une scène somptueuse, vraiment une apothéose, une espèce de poème en prose et en même temps très politique, si on réfléchit bien, dans lequel Aimé est littéralement métamorphosé. D’un coup, le sang qui coulait de son bras a fait une espèce de gant montant rouge très long. C’est une très belle scène même là, en fait, on se dit les personnages. Sont increvables. Comment interpréter ça ? Ça, c’est le travail aussi du lecteur. Et il y a vraiment loin de moi l’idée de fermer l’interprétation de ces romans-là. Il y a beaucoup de choses à en dire et spécifiquement pour le cas où tout est ouvert et dit à un moment donné qu' Aimé traverse des faubourgs juste avant de cette scène là dans lesquels le prolétariat dort. Pour un moment court encore, pour un moment court encore. C’est écrit en majuscules, donc ça peut faire réfléchir sur la suite. Mais ce que dit Manchette, c’est que tout seul, en fait, les personnages échouent toujours aussi parce qu’ils sont des solitaires. Ils ont une solitude vraiment chevillée au corps. Et c’est cette aussi, cette solitude là peut être, qui conditionne d’une certaine manière. C’est pour ça que les terroristes ne peuvent pas réussir, parce que de toute manière, ils ne sont pas en accord avec l’opinion publique.
Nicolas Le Flahec
L’opinion publique qui n’existe pas, mais en tout cas avec la société plutôt. Voilà, je ne sais pas si j’ai répondu à votre question sur la violence.
Quadruppani serge
Si tu as cité la dernière phrase c’est fatal en fait. D’ailleurs fatal à propos du style Manchette disait Mais personne ne s’est aperçu que j’ai parodié Flaubert moi je l’avais remarqué qu’il y avait un style dans la description, de la ville bourgeoise, avec les différentes figures de gros bourgeois de la ville. C’est vraiment du Flaubert, quoi !
Nicolas Le Flahec
. Emma Aimée on comprend et Serge à raison. Je dis que ce qu’on dit c’est qu’il a imité plutôt les ceux qui les continuateurs de Flaubert comme lui, il y a eu. La scène est une scène inspirée de la scène des commises dans Madame Bovary qui est assez savoureuse dans la dernière phrase. Ces femmes voluptueuses et philosophes, c’est à vous que je m’adresse. Le roman se termine comme ça, en majuscules. C’est une citation empruntée à Sade. Alors voilà une autre caractéristique de Manchette, c’est à dire qu’il va planquer dans un roman, dans une forme populaire, une collection populaire. La série Noire dit que ce n’est pas le fleuve Noir, mais quand même, C’est une collection populaire, plein de phrases cachées. Alors c’est un peu inspiré des collages situationnistes, mais avec la particularité que Manchette colle aux phrases qui lui sont chères souvent. Ce que j’aime bien dans cet exercice là, c’est que si on les repère, on est content, ça fait réfléchir. Si on ne les repère pas, on s’en fiche complètement. En fait, la phrase raisonne on n’a pas du tout besoin de savoir la référence pour être touché par cette référence là. C’est intéressant.
David Dufresne
Est ce que vous avez d’autres questions ? Sinon, j’ai une phrase à vous lire. Et ensuite DJ Quadruple sera aux platines. Ça, c’est son petit nom. Donc pour vous remercier tous les deux, je vais dire juste une phrase de Serge. Il envoie un dénommé Karl. C’est un jeune garçon à qui il donne quelques conseils et cette phrase est très courte : « Identifier l’insupportable et rester son irréductible ennemi. C’est cela qui doit orienter ta vie. »

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