Twitter et la visibilité des #violencespolicières
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Bonjour, amies, amis, amis de la police. Amis, amies du café. Amis des mugs Nous sommes sur le pont, et aujourd’hui nous nous allons parler d’un petit détail Il s’agit de tweeter, Un jour peut-être, un doctorant essaiera de voir comment les communautés d'émissions politico-gauchistes ou je ne sais quoi se créent sur Twitch.Chers amis, on est 200 à peu près. Le suspect. Je vais vous le présenter à mon avis, c’est un pseudonyme. C’est trop joli. C’est son nom de famille. On va lui demander d’abord Prénom nom de famille. Ça sent le pseudo là. Ça sent la couverture, c’est sûr
Voilà Bonjour, Monsieur. C’est vous, Monsieur Édouard Bouté.
Bonjour David. Bonjour tout le monde.
Alors, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous..
pour l’invitation.
Bien, je vous en prie. Vous avez des pétoches.
Un petit peu
Super ! Ne sous n’inquiétez pas, ne vous inquiétez pas. Je vérifie. Je vérifie avec la régie si le son est bon. En tout cas, l’image est parfaite. Ce sont des petites tonalités jaunes comme ça, qui nous rappellent, les tout débuts du poste. Un certain Damasio Alain que nous avions. Convoqué également. Et il avait un papier peint comme ça. Bref, voilà. Alors est ce que vous pouvez parler deux petites secondes ? Édouard on vous dit dans le tchat de ne pas vous inquiéter que nous sommes gentils ici.
. Est ce que je continue de parler pour le test ?
Ouais, un tout petit peu.
C’est un copain.
Pas du tout c’est un collègue dont je connais bien les travaux et qui, je pense, a vu ce que j’avais publié. Mais c’est par hasard qu’il a publié la cartographie. Mais on se connaît pas plus que ça.
D’accord ? Alors vous avez travaillé sur un matériau de 1 500 976 tweets. Cet élément contenant 31 698 images ayant été partagé 446 824 fois entre le 26 janvier 2019 et le 19 mars 2019. Donc tout le monde a compris. C’est à ce moment là aussi le plus fort du mouvement des gilets jaunes. Et vous vous êtes interrogés et c’est ce dont on va parler ce matin. Comment expliquer que certaines représentations, en l’occurrence les plus critiques envers les forces de l’ordre, deviennent les plus visibles ? Comment circulent ces représentations ? Plus vite au sein d’un même espace numérique ? Est ce que c’est correct cette présentation ?
C’est exactement ça.
Alors je vais commencer par régler votre son. Donc là, il va falloir que vous vous lanciez. Au départ, on laisse un peu le suspect dérouler sa version des faits. Et après, quand ? On le resserre. Je suis très, très content, Edward, de vous recevoir. J’ai lu votre document qui est ça y est qui, qui va être donné par un. Alors ça c’est un article payant, mais on va. Puisque vous avez eu la gentillesse de m’envoyer le PDF en couleur, on va pouvoir ensemble, si vous voulez bien commenter quelques tableaux, quelques figures de votre travail au départ. Comment ? Comment ça démarre votre affaire ? Pourquoi vous êtes vous intéressé à ça ?
Alors tout commence. En fait, je commençais mon doctorat en octobre 2018, donc juste avant, juste avant le début du mouvement des gilets jaunes, puisque le premier acte. Alors bien sûr, ça s’organisait avant, mais le premier acte où ça commence à être public, c’est le 17 novembre 2018. Donc au départ, je travaille sur autre chose et en parallèle de mon travail de thèse, j’ai bougé. J’avais dit ça, je suivais activement le comité Adama et il y avait eu un événement qui était à Bagnolet, donc dans le 93, en région parisienne. Où en fait c'était quelques jours après le début du mouvement des gilets jaunes. Il me semble que c'était le 27 novembre. Et ce jour là, le comité Adama appelait à rejoindre les gilets jaunes en disant non, on ne rejoint pas les gilets jaunes, on y va. C’est aussi notre combat.
Et ça, c'était alors parce que ça, ça n’apparaît pas dans votre travail. Mais je trouve que c’est très intéressant comme point de départ, parce que ça donne tout de suite une orientation à votre travail. Et, juste, puisqu’on est là dessus, c’est vrai que c’est quelque chose d’assez rare et il faut le signaler qu’un comité comme celui du comité Adama, dès le départ du mouvement des gilets jaunes, dise On doit aussi faire partie de ce machin là plutôt que de se penser comme une partie de la gauche qui va mettre du temps à se lancer dans la bataille, on vous écoute.
Et justement, en fait, c'était bien parce qu’il y avait tous les arguments qui avaient pu être développés. C'était autour des questions du chômage, autour des questions de l’abandon du service public dans les quartiers populaires et surtout de dire en fait le discours que commencent à tenir les gilets jaunes. Aujourd’hui, nous ce fait depuis des décennies qu’on le tient, donc c’est extrêmement pertinent qu’on soit présent nous aussi. Encore une fois, toujours dans cette logique de dire c’est pas comme si on rejoignait les gilets jaunes et on y va aussi. Voilà. Et très honnêtement, les premiers jours, eh bien je faisais partie peut être de cette gauche réfractaire qui en tout cas s’interrogeait sur ce qu'étaient les gilets jaunes. Je ne sais pas exactement. J’en avais entendu parler parce que je. Je viens d’un petit village de 300 habitants et même si je n’y habite plus maintenant, c’est là bas que j’en ai entendu parler en premier.
C’est quoi Monaco ?
C'était plutôt la diagonale du vide. Bien, un des grands est d’accord et. Et donc c’est là bas que j’en entends parler. Je ne sais pas du tout quoi en penser. Et c’est vraiment à partir du moment où le comité Adama fait cet appel là que je me dis effectivement, il faut se défaire du cadrage médiatique qui est proposé à la télévision notamment, et qui qui a pu mettre en avant à plusieurs reprises. Des propos homophobes ou racistes qui étaient tenus par certains gilets jaunes au début. Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais c’est en tout cas moi c’est quelque chose qui m’avait marqué dans les tout premiers jours. C'était vraiment le discours qui était tenu, qui allait être centré autour de ça. Donc c’est pour ça que j'étais réfractaire personnellement et que de part cette discussion lancée par le comité Adama, je me suis dit vas y enfin j’ai. C’est une erreur de lecture. Qu’il fallait. Sur laquelle il allait revenir. D’accord.
Donc. Allez-y.
Et donc voilà, je me lance, je me dis bon bah je parle avec mon directeur et ma directrice de thèse pour réorienter le sujet autour de ces questions qui valident. Et je commence à me dire bon bah qu’est ce que je fais ? Quel angle j’adopte ? Donc j’ai effectivement l’angle des violences policières dès le départ. Parce que. Il parlait justement du fait que je suivais le comité Adama qui était des questions qui m’intéressaient, qui me parlaient pour différentes raisons et donc je commence à me lancer et je me dis il faut y aller Et je travaillais donc sur des questions qu’il y ait des questions politiques et numériques. Donc c’est aussi pour ça que j’ai adopté un angle numérique. Et donc très vite, j’ai commencé à essayer de regarder dans quel espace, en fait, on pouvait parler de la question des violences policières. Est ce qu’on en parle dans les médias traditionnels ? Donc plutôt une étude de la presse, est ce qu’on en parle sur Twitter ? Comment ça se passe dans certains espaces sur Facebook, puisqu’il faut quand même se rappeler que les gilets jaunes eux mêmes, au début et même par la suite, n’auront pas le plus gros de leur présence sur Twitter. Mais sur Facebook. D’où l'étude en fait. D’une part, du fait que j’ai décidé d'étudier une multitude d’espaces numériques pour essayer de saisir la parole qui était venue.
Petit rappel historique. C’est vrai qu'à ce moment-là, quelques semaines plus tôt, quelques mois plus tôt, pour d’autres raisons évidemment, Facebook change son algorithme et décide de mettre en valeur ce qu’on appelle les groupes plutôt que les sites de presse avec lesquels Facebook est plus ou moins partenaire. Et c’est effectivement une des explications parmi d’autres de comment ce mouvement sans leader, sans son, sans cadre, a pu s’organiser en partie grâce à Facebook et au groupe Facebook et donc au fait que, à ce moment là, ce qui est, je crois, moins vrai aujourd’hui, Facebook met en avant les groupes. Alors, il y a, il y a quand même une question, c’est à dire comment vous basculez de Facebook à Twitter, C’est parce que vous avez l’intuition que les violences policières sont plus racontées pour aller très vite par Twitter que par Facebook, ou parce que c’est plus simple de travailler dessus. Et après, on va tout de suite attaquer sur votre méthode, sur comment vous avez. Vous avez beaucoup aimé. Pourquoi ce glissement ? Parce qu'à priori, le réseau social des gilets jaunes, c’est Facebook et non pas Twitter.
Ouais, ouais. J’étais déjà sur Twitter, donc je le vivais, je le vivais dans mon quotidien et ce qui se racontait dessus et c’est plutôt par en vivre. On va parler des gilets jaunes sur Twitter, notamment en raison de la présence des journalistes, photo, reporters, etc qui eux sont extrêmement présents sur Twitter. En fait, l’actuel et par tweeter est quand même un espace de commentaires de l’actualité. Et pendant le mouvement des gilets jaunes, l’actualité de ce mouvement va être commentée quasi quotidiennement. En fait, sur Twitter et tous les samedis où il y avait les journées de mobilisation, acte un, acte deux, actes trois. C'était constamment dans les tendances. Ce qui signifie qu’il y avait quand même une parole extrêmement importante à propos des mobilisations des gilets jaunes et de leur répression policière sur Twitter. Donc hors remarque, comme en voilà un. Développer un appareil méthodologique pour essayer de saisir quelle est cette parole, qui parle de quelle manière, etc. Et à côté, effectivement, j’ai rejoint différents groupes de gilets jaunes, donc c'était huit groupes à l'époque. Il me semble que depuis il y en a qui ont été supprimés. Mais donc à l'époque, il y en avait d’autres dont c'était les groupes de dimension nationale, il y en avait au moins huit. J’avais rejoint les huit plus gros où ici ce qui allait m’intéresser, c'était de la même manière regarder comment on parlait des violences policières, avec quels matériaux, etc. Et alors je ne saurais pas dire si je peux qualifier ça d’une étude comparative entre deux réseaux plutôt que d’une étude dont les notions de comprendre les circulations, comment les différents contenus circulent, comment les images circulent entre ces différents espaces d’expression numérique. Et puis plus largement, dans les médias, il y a des circulations entre ce qui va se raconter dans la presse, qui va se raconter à l’Assemblée nationale ce qui va se raconter dans les groupes Facebook de gilets jaunes qui va se raconter sur Twitter. Et donc un des projets de la thèse est d’essayer de mieux comprendre comment fonctionnent ces interactions. Pour comprendre aussi qu’est ce que le numérique dans le sens où les espaces numériques d’interactions vont apporter à la question des violences policières. Est ce que le fait d’en parler en contexte numérique, c’est ça qui va permettre derrière d’avoir une médiatisation de cette question là ? Alors un petit peu ce que j’ai voulu regarder.
On ne va pas trop rentrer dans les détails techniques, mais en fait, il existe des outils d’analyse, de tweet. On va regarder des tableaux tout à l’heure qui sont absolument passionnants mais qu’il faut décrypter. Il y a des outils dont vous parlez très rapidement parce que, en bon chercheur, vous nous expliquiez comment vous avez cherché avant de nous dire 20 pages plus loin Est ce que vous avez trouvé ça ? Ça, c’est votre truc, Les chercheurs d’or. Oui, mais attendez ! Oh ! Ce que je veux dire, c’est que donc, il y a des outils dont vous parlez, comme Toast, Wifi, etc. Est ce que, sans rentrer dans les détails, vous pouvez nous expliquer comment un chercheur comme vous travaillez ait des outils qui permettent de quantifier des choses, de les donner, de les croiser, de les indexer ? D’où viennent ces outils ? Est ce que ces outils apportent des biais déjà ou pas ?
Alors pour tout vous raconter, donc, quand je commence à essayer d'étudier la dimension, ce qui se raconte en contexte numérique, disons ce qui se raconte sur Twitter ou de vous, je commence au mois de janvier 2019 à chercher. Donc là, je développe mon propre outil en cherchant des ressources. Sur Internet pour essayer de récolter ce qui est en train de se raconter à partir de mots clés énoncés. Tout simplement de dire à chaque fois que quelqu’un écrit quelque chose sur Twitter et enregistré sur mon ordinateur. En faisant ça, et je le fais de façon un peu dans l’urgence parce que je vois qu’il y a un problème qui est en train de se dérouler sous nos yeux, qui est cette question des violences policières. Je me dis qu’il faut absolument le saisir maintenant. Donc j’essaye de faire tant bien que mal quelque chose qui finalement ne pourra pas servir derrière. Je vais récolter pareille un premier matériau d’un million 500 000 tweet, mais qui était enregistré un peu n’importe comment sur mon ordinateur, donc très difficilement exploitable. Donc ça c’est aussi un des problèmes auxquels on fait face est comment on regarde autant de temps de parole. Et donc en fait, derrière, il y avait ça par le passé. Mais ma directrice de thèse, Virginie Julliard, est un chercheur ingénieur de recherche au CNRS, Thomas Boutigny, qui avait développé un outil qui s’appelle Toast et à l’aide duquel justement, il captait et rendait de façon plus simple exploitable toutes ces données là. Et donc on s'était rencontré avec Thomas dans un séminaire où on avait retravaillé sur l’outil en particulier pour récupérer aussi les vidéos, puisque la question des violences policières était passée très largement par le fait de partager des vidéos, etc. Et donc voilà. Et cet outil a été mis en place, donc en définissant tout un ensemble de mots clés. Qui sont en lien avec les violences policières dont ça peut être le nom des armes, ça peut être des noms d’action de la police gazer, tabasser, etc. Arrêter en ayant d’autres mots clés manifestant manifestation.
Ils sont là les mots clés. On a préparé des choses s’employait donc puisqu’au début, au début était le verbe comme cum, comme, comme dirait l’autre. Donc on voit, on voit les mots clés utilisés pour capter les tweets, publier en temps réel et constituer notre proto corpus. Profession donc aux forces de l’ordre bac, voltigeurs, CRS, action, interpeller, gazer, taser, matraquer, tabasser, arme, matériel, glyphosate, les grenades explosives, grenades lacrymogènes, celles qui arrachent les lanceurs de balles de défense, caméras piétons, blessures, violences policières, manifestations, slogans, etc. Donc vous démarrez en fait par des mots clés.
Quelqu’un va publier la publier un tweet avec l’un de ses mots clés et tous ses dérivés, donc manifester en manifestation, manifester, etc. Je vais les récupérer et les stocker dans une base de données sur mon ordinateur pour y revenir plus tard. Donc ça, c’est un peu toute la première étape de collecte des données qui m’a permis de récolter toutes les images et les 1 500 000 tweets qui alors ? Pas tous, mais dont certains partagent ces images-là.
Alors je vais ensuite au tableau numéro deux. Bon, Roland nous dit super, un sujet super hyper intéressant, merci de le mettre en avant. Et merci surtout à Édouard d’avoir fait ce travail et de d’accepter de venir nous en parler. Alors donc, Édouard m’a filé son PDF avec de la couleur. Et donc là, expliquez-moi ce que c’est que ce machin là. Ça c’est des extractions pour la constitution de trois corpus. Donc là nous allons prendre, nous allons perdre 40 % de l’audience, mais ce n’est pas grave. Ici, on n’est pas chez les groupes, on veut savoir de quoi on parle avant de parler.
Alors ouais, alors en fait, c’est pour le dire très simplement, on se retrouve avec 1 500 000 tweets. Et bah comment on les regarde ? Comment les étudier ? On ne peut pas regarder les uns après les autres 1 500 000 textes qui ont été publiés, on peut en regarder 10 000. Il n’y a pas trop de problèmes pour ça. Mais au-delà, ça devient extrêmement compliqué. Donc on ne peut pas. Étudier une aussi grande masse de données. En les lisant tout simplement. Donc, on se retrouve dans une situation où il faut mettre une problématique qui va nous aider à naviguer à l’intérieur de ces données. Donc c’est pour ça qu’ici la problématique, c'était de dire quelles sont les images qui ont fonctionné. Quelles sont les images qui ont été énormément partagées pour essayer derrière de regarder comment fonctionne la viralité sur Twitter ? Pourquoi ces images et pas d’autres, etc, etc. Donc c’est pour ça qu’il y a ce corpus rouge au milieu plus 500. Donc c'était vraiment extrêmement arbitraire que de se dire je vais regarder les images qui ont circulé sur Twitter au moins 500 fois. Est ce que ça permet de réduire drastiquement la taille du corpus et de la rendre analysable ? On a plus que 90 000 tweets à regarder, mais 90 images. D’accord. Et du coup, en faisant ça encore une fois, bien sûr, on va perdre des choses. En opérant ce zoom à l’intérieur du corpus, on aurait pu opérer un autre zoom en posant une autre problématique, mais en tout cas, en faisant ça, ça permet d’interroger. Et c'était le cœur de cet article dont on parle aujourd’hui que d'étudier le fonctionnement de la visibilité. Donc voilà, en réduisant à cela le corpus qui est tout à droite, qui apparaît en vert, c’est ça.
Alors vous, vous le voyez peut être pas très bien, mais rassurez vous, ce qui nous regarde, qui sont dans le cas qui pour l’instant sont très sages et vous écoutent, mais alors là, c’est incroyable, Je sens la concentration, là. Je vous fous la pression. Il y a plus de 300 personnes là, vous parlez à un amphi plein. Et bien d’accord, Alors faites gaffe. Et puis après, après, il y a la redif. Donc là c’est un stade, vous comprenez ? Donc faites gaffe.
Euh non mais c’est bien, ça n’augmente pas du tout la dose de stress.
Non, pas du tout. Donc là, nous sommes dans le, nous sommes dans le vert. Le corpus citation de Dobbs Et tout va bien, tout va bien. Ce petit chat qui se tient sage, bien sûr, traduit. Voilà, on est très bien. Donc on arrive, on arrive grosso modo à la validation, c’est ça ?
Ou alors non, pas exactement. En gros, là c’est aussi quelque chose qui est inhérent au fonctionnement de Twitter, où donc vous avez des gens qui vont partager des images, et puis vous avez le tweet qui permet de diffuser à une autre communauté un tweet qui a été partagé. Mais vous avez aussi quelque chose d’autre qui est le fait de partager en ajoutant un commentaire. Donc c’est ce qui s’appelle la citation sur Twitter. Et pourquoi c’est un corpus différent ? Parce qu’en fait.
Ce que vous avez étudié de près, dont on va parler après Wade, parce qu’il a, il a d’une certaine manière plus de force, il y a plus d’engagement, c’est ça que vous voulez ? Je ne dirais pas.
Alors on peut dire qu’il y a plus d’engagement. Mais surtout, ce que je veux faire comprendre, c’est que quand on va rajouter du texte, quand on va commenter un tweet, et bah on peut le critiquer, on peut le remettre en question, on peut, c’est-à dire transformer le sens qui va être attribué à l’image. Typiquement, on reviendra peut être dessus après, mais quelqu’un publie une image où on peut supposer que ce qui est donné à voir, c’est une violence policière. La personne va dénoncer la répression des gilets jaunes en publiant ce tweet. Si je retweete tout simplement ce qui a été publié. Donc je vais faire gagner en visibilité cette image là. Mais je la partage telle quelle. Mais si je vais la citer, je peux au contraire attribuer un sens très différent et mettre en avant et bien la violence des gilets jaunes par exemple en disant non mais c’est des casseurs, ce sont des black blocs, etc. Donc il fallait étudier d’une manière différente cet ensemble là pour observer. Est ce que bah on va reconstruire le sens pour raconter quelque chose d’autre ou est ce qu’on va réattribuer un sens similaire à l’image par ce biais ? D’où l’existence de ces deux corpus. Ça, bien. Et je n’ai pas parlé donc du corpus j’imagine bien.
Et bien oui, bien sûr. Et celui qui est en jaune, est ce que vous avez fait rouge vert ? Et puis vous vous êtes dit tiens, je vais, je vais laisser tomber, Non. C’est quoi le corpus Gefi ?
Alors donc, Gefi, c’est le nom d’un logiciel qui permet de faire des visualisations. Donc très simplement mal. Ce qui m’intéresse, c’est de voir les interactions qu’il y avait autour des images de façon dans cet. C'était pour faire un panorama de ce qui. C’est de tout mon corpus, sûr de ce qui s’est passé sur Twitter. Donc j’ai regardé, il y a quasiment l’ensemble des images qui vont un qui vont être prises en compte. Et c'était de bien regarder quand deux personnes interagissent autour d’une image. Et donc c'était de d’essayer de construire. Voilà un panorama très visuel des différentes personnes qui vont interagir autour des images. Et en fait, Gefi a cet intérêt qu’il peut nous permette de spatialiser ce qui est raconté. Qu’est ce que ça veut dire ? Ça veut dire que plus des personnes vont interagir entre elles, plus le logiciel va les rapprocher les unes des autres.
Grosso modo, c’est grosso modo c’est celui- ci.
Voilà, c’est ça. Voilà.
Exactement. Alors, ça, ça va être le gros morceau dont on va parler. Mais donc ça, c’est Gefi, c’est le logiciel dont vous parlez qui permet de spatialiser donc les tweets entre eux.
Oui. Et donc voilà, plus des personnes interagissent entre elles, plus le logiciel va les rapprocher les unes des autres et moins il y a d’interactions, plus ça va les éloigner. Donc en fait, ça nous permet de donner à voir les communautés qui interagissent entre elles sur Twitter pendant le bon moment, des gilets jaunes autour de la question des violences policières et à leur image. C’est ça que montre ce graphique. Et ensuite il y a tout un travail qui a été fait de ma part que de comprendre mais c’est quoi les différentes communautés qui vont apparaître ? Donc les gens qui vont, qui vont être rapprochés les uns des autres. On peut prendre l’exemple pour bien comprendre du petit cercle rouge..
Ce n’était pas celui que je voulais au départ.
Alors on pourrait. On peut en faire d’autres.
Alors c’est parce que. Alors tu. Juste une toute petite chose. Parce que moi j’avais noté, je ne sais pas pourquoi Figure un. Alors, elle est où la figure un ? Elle est après ? Est ce que c’est quoi la différence entre figure d’ailleurs ? Et expliquez-moi dans les légendes. Figure trois Tableau de différences entre tableau et figure.
Les tableaux sont des tableaux.
Oui, je comprends mieux
Non, en fait, je ne sais pas pourquoi, parce que j’avais noté figure une communauté qui s’intéresse aux images sur Twitter
Je pense que c’est la version que je vous ai donnée avec les couleurs. Juste le nom des figures.
. Donc d’abord, je pense qu' avant d’expliquer le tableau, faudrait nous détailler si vous voulez bien, les communautés, vous avez d’abord des communautés politiques on va dire euh. Donc est ce que vous pouvez nous expliquer ? Donc il y a la République en marche, il y a des cons de droite, d’extrême droite, il y a les comptes de gauche, d’extrême gauche, et puis il y avait aussi les comptes étrangers que vous avez grisés en disant cela ne nous intéresse pas.
Oui, alors bon, pourquoi je disais ça ? C’est parce que. Donc je vais me concentrer sur la question des vieux. Donc disons les tweet francophones, c'était tous les tweets qui n'étaient pas francophones et qui avaient pu partager, partager les mêmes images de temps en temps. Donc voilà, c’est encore une fois pas le cœur de mon problème à ce moment-là. Donc c’est pour ça que je l’ai, je l’ai mis de côté. Non pas que ça ne soit pas intéressant, mais que je sois là dans ma démarche, ce n’est pas ce qui était le plus pertinent. Et donc effectivement, donc les communautés politiques, qu’est ce que c’est ? En gros, ce qu’on va, ce qu’on va remarquer, c’est que sur Twitter, vous allez avoir des potes, des personnalités qui vont s’exprimer et des personnes qui vont les redouter. Alors, ce qui est très intéressant, c’est que souvent on dit l’espace numérique, c’est un espace qui a donné lieu à la parole des amateurs, dit des gens qu’on ne connaît pas, qui sont des anonymes. Mais ce qui est intéressant, c’est de remarquer que finalement, toutes les personnalités qui ne qui existent à l’extérieur de ça, dont par exemple des élus politiques, des journalistes qui sont dans, qui travaillent pour des médias traditionnels, vont être extrêmement présents sur ce réseau social là. Et en fait, il y a quand même tout un tas de choses qui vont s’organiser autour d’eux. Et donc ce qu’on remarque, c’est que, Bah, si on prend donc, par exemple la communauté, la communauté rouge pour commencer, donc gauche extrême gauche, c’est en fait tout un tas de personnalités, par exemple de la France Insoumise autour duquel va s’organiser tout ça. Il y a tout un tas de personnes qui vont, qui vont retweeter ce que ces personnes là vont pouvoir poster.
On vous demande si y a une échelle assez à ce tableau. Est ce qu’on doit comprendre quelque chose de particulier ? Il y a un point. Je ne sais pas si vous l’avez dit, je ne crois pas. Mais en fait, plus les points sont rapprochés, plus il y a des interconnexions
Exactement, plus il y a d’interactions. C’est ça et plus c’est éloigné des moyens d’interactions.
Donc pour ce qui nous regarde, est ce qu’il y a une échelle à cette spatialisation ?
Non, non, non. Il y a du coup, il n’y a pas d’autre échelle que celle-là que de comprendre ces phénomènes de rapprochement et d'éloignement entre eux, entre les individus. D’accord. Et c’est ça qui crée les communautés en fait.
Alors donc, il y a les communautés politiques. Mais comment arrivez-vous à classer des gens qui ne sont pas dans l’espace public, qui ne se connaissent pas dans l’espace public, avec déjà une opinion puisque vous leur mettez une opinion politique, alors vous vous estimez par exemple qu’un dénommé Dadju serait plutôt à gauche ? Je trouve ça assez extraordinaire. Je ne sais pas d’où vous sortez ça, mais qu’importe. Imaginons qu’à droite, vous avez fait à peu près la même chose. Qu’est ce qui vous autorise, cher Édouard, à faire ça ?
Là, c’est une très bonne remarque et qui d’ailleurs pose aussi un peu les limites de tout ce qu’on peut faire avec des aussi grandes masses de données, c’est que à un moment, on fait des hypothèses. D’accord. Donc là, cette communauté de gauche extrême gauche comme on l’a construit, eh bien tout simplement en allant regarder, là, on ne les voit pas malheureusement, parce que le graphe est trop petit. Mais en zoomant, on voit des noms de personnalités apparaître. D’accord, mais on se rend compte que toutes les personnalités politiques pour le coup officielles qui vont apparaître dedans vont être attachées au NPA, au PCF, à la France Insoumise, syndicalistes, à la CGT, à la CNT, etc. Et donc. Et en fait, ce qu’on remarque, et c’est là effectivement que on fait l’hypothèse que en fait les. Si ces communautés-là sont rapprochées entre elles, c’est parce que peu près les mêmes personnes qui vont tout le temps tweete ses différents comptes.
Alors, il y a donc la couleur politique, on va dire. Il y a aussi des communautés. Alors, je crois que vous en comptez quatre, mais moi j’en ai compté que trois. Mais vous avez peut être expliqué dans le texte, vous parlez de quatre communautés. J’en ai vu que trois qui relèvent du champ médiatique. Et il y a les comptes de fact checking qui sont ici, il y a les médias traditionnels et il y a les agences de presse et photoreporter qui sont là. Et ce que j’aime beaucoup. Alors là, je dois vous le dire dans votre dans votre choix esthétique, parce qu’il y a quand même aussi un choix esthétique. Comment vous vous représentez les choses, c’est que vous les mettez au cœur, les agences de presse et photoreporters, Je vais dire, c’est comme des cartes on peut, on peut, on peut modifier la perspective. Or, effectivement, évidemment, de la même manière que vous mettez les comptes des gilets jaunes au cœur, ce sont effectivement les deux sources principales en réalité. Donc, je trouve que c’est un hommage que vous leur rendez. Et donc si il a pris un compte relayeurs d’informations, C’est peut être ça la quatrième communauté.
Exactement.
Alors expliquez-nous.
Alors pour le coup, ce n’est pas moi qui leur rend hommage, c’est cette. Donc la spatialisation s’est faite d’une certaine manière presque automatiquement par le logiciel. Et donc les gilets jaunes, dans les différents comptes que vous venez de mentionner, se retrouvent mis par le logiciel au milieu. La seule chose que j’ai faite, c’est renverser à 180 degrés le graphe pour une meilleure lisibilité. Parce que par hasard, les comptes de gauche et d’extrême gauche se retrouvaient à droite. Et ces comptes de droite et d’extrême droite.
Sur votre gauche. Mais mon cher Édouard, c’est le confusionnisme qui règne.
C’est bien la preuve que même vos logiciels si. On vous demande si et si le graphe est en deux D S’il y a une idée de la marge d’erreur liée à la projection en 2D.
Ça de toute façon, on va toujours avoir des marges d’erreur. Il faut se rendre compte que donc il y a d’autres fins. Le logiciel on ne le comprend pas totalement. Enfin je ne suis pas rentré jusque dans le code source du logiciel. Donc déjà il y a ce premier biais qui est de ne pas comprendre à 100 % comment est faite cette spatialisation et ensuite c’est de tirer des conclusions à partir d’une spatialisation. Donc je pense qu’il faut plutôt prendre ça comme une clé de lecture, une hypothèse assez renforcée mine de rien, du fonctionnement communautaire de Twitter. Disons que ces spatialisations nous aident à comprendre comment ça fonctionne. Ces spatialisations vont nous accompagner dans notre travail d’analyse. Mais c’est vrai que ce serait dur d’affirmer que ce sont des preuves en soi.
On vous demande après on reviendra sur des communautés médiatiques. On vous demande qu’indique la taille des pastilles noires ?
Alors donc là, c’est la taille de la taille des pastilles noires. Si j’essayais d’entourer pour rendre compte vraiment de ce que donne à voir le logiciel, j’essayais d’entourer en fait l’ensemble de la communauté. Donc en fait, à l’intérieur des pastilles, vous allez avoir sur fond la grosse pastille gauche extrême gauche, vous allez avoir l’ensemble des comptes qui sont assimilés à cette orientation politique, qui sont situés à l’intérieur.
On va aborder des comptes de police. Mais alors d’abord les comptes médiatiques, qu’est ce ? Qu’est ce que ça nous dit votre, votre graphe ? Il y a d’un côté donc les indépendants, donc les indépendants, c’est qui ? Les copains, c’est Gaspard Glanz, c’est Taha Bouhaf, Rémy Buisine et tous les autres connus, moins connus, qui vont au front, qui sont en première ligne, etc. Qui renverse la perspective précisément. Il y a les médias traditionnels qui sont quand même, je dois le dire, plus importants que je ne le pensais dans votre. Dans votre graphique, il y a des comptes de fact checking. Donc ça, c’est quoi ? C’est des décodeurs, c’est CNews et autres, Il y en a un peu partout et ensuite il y a des comptes et relayeurs d’informations. Qu’est ce que. Qu’est ce que ça dit là, votre graphique ?
Alors déjà, tout d’abord, une remarque sur la présence des médias traditionnels de façon assez importante. Donc j’ai fait aussi en parallèle une étude du traitement par lequel je me suis concentré sur la presse, mais une petite étude sur la médiatisation de la question des violences policières par la presse. Il faut se rendre compte que la presse en parle énormément. Le problème n’est pas est ce qu’elle en parle ou est ce qu’elle n’en parle pas, mais comment elle en parle pour l’instant, dans ses graphiques, on a absolument pas du tout ces questions de cadrage médiatique. Parler des violences policières, ça ne veut pas dire les dénoncer.
A qui le dites vous ?
Ça peut vouloir dire qu’elle n’existe pas ou ces violences là sont légitimes. Donc signifie qu’il faut bien, il faut bien se rendre compte de ça. Et donc les médias traditionnels vont quand même énormément parler des violences policières.
Attention Édouard, ici et là, si je me permets que cela vous arrive, vous allez sur mon terrain et ce n’est pas anodin. C’est-à-dire que vous, vous démarrez votre étude à partir de janvier 2019. Et donc effectivement, il y a eu deux mois qui sont les mois de novembre décembre où, là, je le certifie, il y a une forme d’omerta médiatique sur ces questions là et ça explose, ça explose en janvier, Et donc c’est hyper intéressant de ce point de vue là, votre travail, au moment où vous, vous avez commencé à récolter 1 500 000 tweets.
Alors oui, donc pour le coup, l’analyse de presse est faite sur le plus long terme. Je pourrais montrer des graphiques pour préciser si ça vous intéresse, on pourra en discuter plus tard. Donc encore d’autres choses. Mais en fait, ce qui s’est passé pendant les gilets jaunes, c’est qu’il y a. Disons qu’on parle moins de la question des violences policières que lorsque ça arrive dans les quartiers populaires. Sauf que lorsque ça arrive dans les quartiers populaires, va y avoir des pics d’intensité médiatique extrêmement forts, mais sur un temps extrêmement court. Les gilets jaunes, c’est beaucoup plus faible, mais c’est sur le temps long. Pour le dire très rapidement, un peu dessus et donc se fâcher. Et effectivement, il faudrait revenir sur cette question de l’omerta médiatique en rentrant plus précisément sur les deux premiers mois de comment ça s’est passé. La je ne les ai pas en tête, donc je leur fais une totale confiance sur et sur ce point là. Et effectivement, il y a eu de toute façon une transformation du cadrage médiatique pendant le mouvement des gilets jaunes autour de cette question d’une transformation dans la presse
Comme quand vous dites quand vous dites Excusez-moi, quand vous dites pas l’interaction, est ce que vous pensez qu’ils ne se lisent pas du tout qui s’ignore ? Que c’est donc le principe des bulles de filtres où ils se lisent, il se peut, ils se regardent, mais ils prennent soin de ne pas se reprendre, de ne pas discuter pour éviter de donner de la visibilité à d’autres.
Ouais.
Ça, vous ne savez pas ça.
Alors c’est une vaste question. Alors pour cette étude là, c’est plutôt que les différentes communautés ne vont pas utiliser les mêmes images pour parler de la question des violences policières. On n’est pas du tout dans un dans une logique de ce qu’on fait, ce qu’on pourrait appeler la polysémie des images. C’est à dire qu’on peut avoir plusieurs lectures d’une image, et donc bien différentes communautés à partir de la même image d’une même image, vont produire des propos différents. Ici, on est dans une logique totalement différente que chaque communauté va plutôt avoir ses propres images. En revanche, si on sort de la question vraiment purement centrée autour des images sur Twitter, il y a énormément d’interactions entre les différentes communautés politiques. Il y a énormément de débats qui existent, extrêmement virulents par ailleurs, très souvent. Donc la question des bulles de filtres, on doit prendre un peu de recul dessus. Donc l’idée des bulles de filtre, c’est cette idée que on serait dans les algorithmes qui nous donnent à voir ce qui est publié sur les différentes plateformes de réseaux sociaux vont plutôt seulement nous donner à voir ce qui coïncide avec notre propre idéologie et surtout faire disparaître tout ce qui. Tout ce avec quoi on pourrait être en désaccord. Je pense qu’il faut avoir un peu plus de granularité dans la lecture des choses en comprenant que chaque réseau social fonctionne d’une façon très différente. Déjà que la manière dont fonctionne ces potentielles bulles sur Facebook ou sur Twitter ne sont pas du tout les mêmes et sur tweeter. En tout cas, encore une fois au sujet des déviances policières que j'étudie, on va avoir toujours des interactions entre les différentes communautés, les interactions extrêmement politiques.
On nous dit si ça intéresse les gens, je viens de compiler des sources sur les bulles de filtres. Le phénomène existe mais l’impact politique n’est pas du tout évident. Je reviens sur vos communautés médiatiques. Qu’est ce qu’elles disent ? Alors ? Je vais vous pousser un peu aux aveux parce que dans votre thèse, vous expliquez par exemple. Et c’est très intéressant que les comptes de La République en Marche qui donc vont plutôt massivement défendre les forces de l’ordre puisqu’elles vont défendre Christophe Castaner, alors ministre de l’intérieur, relaie assez facilement les comptes de fact checking. Est ce que ça sous-entend que les comptes de fact checking ont été plutôt favorables aux forces de l’ordre ? Ou encore qu’est ce qui a autorisé ? Qu’est ce qui a permis les comptes ? La République en Marche de reprendre plus facilement les décodeurs etc
Alors ici, c’est parce que il y avait certaines images qui pouvaient être utilisées pour parler de la répression policière, des gilets jaunes qui ne venaient pas du tout du mouvement des gilets jaunes et qu’elles n'étaient pas forcément des images qui venaient de la France. Donc à plusieurs reprises. Les fact checker ont pu être contactés. On leur a demandé est ce que ces images là vraiment viennent des gilets jaunes, etc. Et donc ont montré que effectivement, il y avait certaines images qui étaient mobilisées pendant le mouvement des gilets jaunes, qui eux qui étaient les fausses images d’une certaine manière. Et donc c’est dans ce cadre là que des élus de La République en Marche ont pu et ont pu retweeter ce qui était publié par les comptes de fact checking.
Les comptes de relayeurs, d’informations. C’est qui exactement ? Après, on va aborder ce que chacun dit ? Mais là, pour l’instant, on est en train d’essayer de savoir qui est autour de la table.
Alors les Relayeurs d’information. Très simplement. Ce sont des comptes qui n’ont pas de journalistes de terrain. Ce n’est pas des photo-reporters qui sont sur le terrain qui vont prendre des photos ou commenter ce qui est en train de se passer et le publier sur Twitter. Ce sont vraiment des comptes qui vont relayer ce que d’autres comptes médiatiques racontent. Donc ça, c’est du commentaire d’actualité qui à mes yeux, il n’y a pas de terrain qui est fait par ça, par ces comptes là. Ce qui ne veut pas dire que ce ne sont pas des comptes de journalistes. J’ai Jupiter en tête forcément les exemples, mais il y a certains comptes où il y a des étudiants en école de journalisme.
Il y a beaucoup de questions dans le tchat sur les comptes étrangers que vous évoquez dans votre étude, mais je trouve que les questions sont très pertinentes et il y a notamment des remarques qui sont faites sur la proximité entre les comptes droite extrême droite et comptes étrangers. Et donc on pose la question Alors là c’est vraiment là je vous sors de votre zone de confort deux chercheurs pour vous amener sur l’actualité par exemple, Donne qui vous demande est ce que ça explique que l’extrême droite française est grandement soutenue par des comptes étrangers ? Pour interrogation, est ce que ça expliquerait que par exemple, Zemmour fait plus de 4000 like par tweet, etc. Est ce que vous avez essayé d'étudier les liens entre l’extrême droite et les comptes étrangers ?
Je préférerais être tout à fait honnête et répondre que je suis incapable de dire quoi que ce soit sur leur jeu. Je n’en sais rien. Je n’en sais rien du tout.
Et sur ce que vous aviez vu là ? Non. Vous les avez écartés.
Parce que malgré tout, ils ressortent à droite de l’extrême droite des comptes étrangers.
Donc du coup, ils sont spécialisés à droite de l’extrême droite parce qu’ils n’ont aucune interaction avec les autres communautés. D’accord. Donc là, effectivement, on a des interactions qui ne se font qu’avec la communauté de droite extrême droite. Et effectivement, un homme, un vrai, serait un intérêt hyper pertinent à regarder plus concrètement ce qui se passe dans ces liens là. Mais je ne l’ai pas fait,
Ensuite, il y a les comptes de police qui sont à droite de la République en Marche, donc à gauche La République en marche. On avait des comptes de fact checking à droite, on a des comptes de police. Et dans ces comptes de police, il y a, on va dire, deux styles. Il y a un style, il y a deux familles, il y a les syndicats de police. Mais en fait, ce que vous avez retenu, c’est enfin ce dont vous parlez, c’est plutôt des comptes type femmes de flics, des comptes de policiers en tant que tel ou de stars du syndicalisme genre Linda Kebab, délégué national du syndicat Unité SGP Police, Force Ouvrière. Qu’est ce que. Qu’est ce qu’on peut se raconter sur ce petit ovale à droite ?
Alors il me semble que c’est Guillaume Le Saunier que vous aviez déjà rencontré, me semble t il Qui parle, lui, de profession taiseuse pour parler de la police qui est une profession qui qui s’exprime assez peu. Et effectivement c’est ce qu’on va retrouver sur Twitter, c’est à dire qu’il ne s’exprime pas du tout. On lui avait parlé en treillis sur les blogs de policiers ici, et ce qu’on remarque, c’est qu’il y a quelques comptes de police qui vont être peu présents sur Twitter, mais en très faible nombre de part. Voilà cette idée de profession taiseuse, ça va s’organiser autour de ces quelques personnalités. Vous avez mentionné ou des comptes qui vont avoir pas mal de followers femmes de flics ? Lynda Kebab Et puis il y a le syndicat des commissaires qui a aussi une grosse activité sur Tweeter. On va avoir aussi les des préfectures de police qui vont avoir pu s’exprimer. Voilà en gros ce qui se passe ici. Du coup, il y a une proximité très importante avec La République en Marche. Effectivement, parce qu’il y a des liens qui sont faits avec Christophe Castaner qui était donc ministre de l’Intérieur pendant le mouvement des gilets jaunes dans son Pendant le gros du mouvement du mouvement des gilets jaunes. Donc c’est pour ça qu’il y a des interactions entre eux, entre ces deux cercles là, et donc des interactions aussi avec les comptes de droite et d’extrême droite qui vont être les publics qui vont avoir le plus tendance à soutenir la police et donc à essayer de produire un discours en sa faveur. Il y a ici nié l’existence des violences policières.
Alors je suis embêté parce qu’effectivement vous avez eu la gentillesse de m’envoyer votre document en couleur, mais j’ai l’impression que les références sont pas les mêmes que celles du document en noir et blanc sur lequel moi j’ai travaillé. Donc je cherchais en vain le tableau trois. Mais en fait je crois que c’est celui ci sur la typologie des producteurs et productrice et diffuseur d’images, c’est sur la place.
C’est juste en dessous.
Alors on voit les choses, c’est celui qui est en dessous. Bien là. Il s’appelle Figure 4 tiens ! Oh non, non, c’est foutu ! Ce n’est pas sérieux. Alors, puisqu’on est passé du rouge au bleu, Je choisis la pilule. Bleue, Tout s’arrête et si je choisis la pilule rouge, je reste au poste, c’est bien ça ? Vous inquiétez pas, on n’entend pas les retours. Donc on reste au poste. On choisit la pilule rouge. Alors donc, si ce tableau là, alors, qui est un peu froid comme ça, mais qui est passionnant puisqu’en fait y révèle que dans l’essentiel des cas, ceux qui produisent les images ne sont pas celles et ceux qui les font accéder à la visibilité, je crois que c’est comme ça qu’il faut le dire. Il faut lire ce tableau.
Excellent ça !
Donc on a eu première colonne image produite par Et là on va détailler ensuite au milieu, diffusion virale Et puis après combien de sources de viralité ? Même personne qui projette, vit et diffuse des images ? Alors est ce que vous pouvez rentrer dans les détails ?
. Donc toujours dans ceux du Monde. Voilà, dans ces questions de visibilité, ce que je disais, il y a tout un tas de choses qui sont racontées sur les espaces d’expression numériques. Et l’une des choses très importantes qui a été racontée depuis de nombreuses années, c’est cette ouverture de l’espace à la parole des anonymes. Et donc, en regardant cette ouverture, sans cette extension de l’espace de la parole. Par le prisme de la visibilité. Ce que je voulais voir, c’est effectivement est ce que ce sont ces personnes anonymes, c’est à dire ces personnes qui vont avoir très peu de followers sur Twitter, qui malgré tout parviennent à vendre, à donner, à voir, à donner, à voir les images qu’ils vont avoir prises ou alors vont avoir trouvé ailleurs sur le web. Et ce qu’on remarque, c’est que, en fait, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Donc je vais essayer de retracer à chaque fois la généalogie des images. Qui est-ce qui les a publiés pour la première fois sur Twitter ? Est ce qu’arrive à retrouver la personne qui la produit, donc vraiment en enquêtant sur l’origine des photos ? Donc c’est pour ça d’ailleurs qu’un petit tout en bas du tableau marqué inconnu, c’est quand il m’a été tout simplement impossible de retrouver, de retrouver les sources. Donc j’ai préféré l’indiquer plutôt que de forcer le trait en essayant d’imaginer d’où ça pouvait venir. Et du coup, ce qui est intéressant à voir, c’est qu’effectivement, cette promesse de loi d’accueillir la parole des amateurs, qui est une des promesses d’Internet, est vraie puisqu’on voit que les publics amateurs sont les personnes qui vont avoir produit le plus d’images pendant les gilets jaunes. On voit également que les médias alternatifs qui étaient qui étaient présents sur le terrain pendant les gilets jaunes ont également produit de nombreuses images. Donc c’est quand même pour ça qu’on voit tout un tas de personnalités médiatiques, familiers, alternatifs, médias traditionnels, photo-reporter, professionnels, professionnels de l’image. Quelle est la différence entre professionnels de l’image et photo reporters professionnels, professionnels de l’image ? C’est que tout, tout, tout, tout simplement. Il y a pas mal d’images qui vont être des images d’illustration, des propos, donc des images qui ne viennent pas forcément des manifs. Ça peut être des photos de politiciens, tout simplement. Donc on va représenter Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Et donc voilà, c’est aider les photos qui vont venir d’autre chose. Et donc ces personnalités là sont très présentes, parce que voilà, il y avait cette présence sur le terrain. Et donc la deuxième colonne sur la diffusion virale, c'était de regarder. Bien, Est ce que ce sont les mêmes personnes qui ont réussi à faire accéder leur image à la visibilité ? Et on remarque que dans la plupart des cas, ce n’est pas le cas. Pour dire non, c’est assez évident. Une personne qui a très peu de followers, elle ne va pas réussir à accéder à la visibilité. C’est quelque chose d’extrêmement rare. Ça arrive dans certains cas, on voit que c’est public, amateur qu’on le réussit dans cette cas, a à faire relayer leur image. Quand on creuse, on remarque que c’est quand même parce qu’il y a certaines personnalités politiques ou influentes, en tout cas sur les réseaux sociaux qui ont à un moment donné retweete ces images là. Donc il y a quand même, même si ce sont des personnalités amateurs qui vont réussir par elles-mêmes assez rapidement, L’image à la visibilité, il y a quand même toujours un petit peu des gens qui ont plus de visibilité autour, qui vont les accompagner. Ça paraît peut être logique dit comme ça.
vous le démontrez quoi ?
Ouais, voilà, c’est ça, c’est ça.
Peut être parce que je vois dans le tchat il y a quelques interrogations, là on parle de tweet ou de retweet, ou on parle de la masse que vous avez étudiée.
Donc comme je disais un, quand on fait le zoom sur. Donc là c’est un tableau qui parle du zoom effectué dans le corpus de 1 million et demi de tweets avec les tweets qui contiennent des images et qui ont circulé plus de 500 fois. C’est ça. Voilà. Donc là, on parle vraiment des 89 images qui ont circulé plus de 500 fois.
Alors, de ce tableau, vous allez dresser une conclusion qui m’a beaucoup intéressé. Alors, c’est bon, c’est si, c’est une thèse. C’est écrit thèse, mais on va faire la synthèse, voire la foutaise. La visibilité des contenus nous apparaît donc moins être le résultat d’un phénomène de sélection aléatoire ou hasardeux des images par les membres de la plate forme, que le résultat d’un agencement d’acteurs et d’actrices aux rôles distribués. Qu’est ce que vous avez voulu dire par là ?
Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’y a pas tout d’un coup, voilà des images qui sont publiées et puis d’un claquement de doigts. Cette image est pertinente. Donc tout d’un coup, ça y est, elle accède à la visibilité comme par magie, parce que cette image nous montre quelque chose d’extrêmement important. Non, en fait, on voit qu’il y a des processus de sélection. Il y en a certaines qui. Et donc quand je parle d’agencement d’acteur électrique sont redistribués. C’est vraiment cette idée quand on remarque que les personnes qui lit un produisent les images et les personnes qui les diffusent ne sont pas les mêmes. Ça vient interroger sur la nécessité d’avoir tous ces acteurs influents sur les réseaux sociaux pour donner accès à la visibilité. Et sans leur présence, ça ne marche pas tout seul. Ça ne marche pas, tout simplement en fait.
Je vous assure, je découvre mon nom, pas dans le trafic, mais là, je le découvre. D’accord ? Parce que vous, vous allez aborder un point qui évidemment m’a touché. Et là, je ne vais pas faire semblant, évidemment. Si, si, Le truc m’intéresse, c’est que je m’y suis intéressé de près. Et il y a quelque chose qui m’a touché, c’est qu’en fait, votre travail vous a permis de comprendre quelque chose dont j’avais quasiment jamais parlé. C’est le fait qu'à un moment donné, les producteurs d’images ont compris qu’il fallait passer par d’autres comptes pour réaliser leur travail. Et là je parle de. Donc c’est l'époque des jeux. Je vous fais une petite confidence en fait. Effectivement, au bout de bout de quelques semaines, il y a eu un peu comme on est en train de faire au poste, une sorte de communauté qui s’est créée comme ça, une communauté de photographes, de vidéastes amateurs, semi-pro, professionnels qui effectivement, le samedi en fin de journée, commençaient à m’envoyer des choses tout en les invitant. Et puis à un moment donné, à ne faire que me les envoyer à moi pour que je les retweete et qu’effectivement ça fasse caisse de résonance pour parler comme ça. Mais j’ai trouvé ça, ça m’a touché, je vous le dis. J’ai trouvé ça assez fortiche de votre part de vous en être rendu compte. Enfin, ça c’est votre analyse, c’est l’humain et non pas l’intelligence artificielle qui a permis de comprendre ça.
J’imagine qu’il y a un peu des deux, forcément. Non mais de base aussi du fait d’avoir étudié les groupes Facebook de gilets jaunes, ce que vous venez dire en fait, je l’ai observé d’abord là dedans. Donc en fait, il y a des personnes qui vivent une souffrance à un moment extrême, qui vivent quelque chose qui les, qui est détruit, qui les bousille.
Qui les mutile.
il y a eu un rapport aux selfie pendant les gilets jaunes qui est extrêmement important. D’ailleurs, c’est aussi des choses qu’on retrouve par rapport aux autres traits, toutes ces références qui peuvent être faites à la Première Guerre mondiale, aux Gueules cassées. Il y a eu beaucoup de comparaisons, d’images qui ont été faites par les gilets jaunes autour de ça. Et donc c'était de prendre son visage, de prendre son corps mutilé. Et il y avait une espèce d’appel à l’aide, en fait, dans la publication de ces images, et absolument très, très souvent, des gens qui venaient dire voilà, c’est dans les groupes Facebook, donc on est dans un espace fermé. La visibilité ne va pas au-delà des gens qui sont abonnés à ces groupes Facebook. Donc la visibilité, elle se fait au sein des gilets jaunes qui sont déjà en fait convaincus par toute l’horreur qui est en train de se passer. Et donc y a tout un tas de personnes qui souvent arrivaient et disaient il faut que tu contactes David Dufresne, il n’est pas sur Facebook, faut que tu ailles sur Twitter.
. Il est tellement vieux qu’il n’est même pas sur Facebook.
Donc voilà, il y a eu toute cette chose qui a été fait ou effectivement votre nom tout d’un coup a été connu par la communauté des gilets jaunes et on renvoyait pour donner de la visibilité aux images de violences policières à chaque fois à votre nom. Et effectivement, c’est quelque chose qui est derrière passé aussi en dehors, en dehors des réseaux sociaux où les gens le savaient, j’ai pu aller. Alors discuter avec des blessés majeurs.
Alors je cherche maintenant le tableau quatre L’hégémonie des représentations critiques dans votre version qui s’appelle Comment ? Ça doit être celui-là.
C’est exactement celui-là. C’est celui. Des tableaux de plus en plus illisibles.
Eh oui ! Eh oui, là c’est comme au poste. C’est à dire que plus ça avance, plus c’est compliqué. Et ceux qui restent sont des résistants. Et bien ceux qui lisent votre travail sur des résistants, parce que plus ça va, plus c’est dense. C’est quoi ce tableau ?
Pour le dire simplement, à gauche, vous avez ce qu’il y a sur les images, une description de ce qu’il y a sur les images, des catégories dans lesquelles j’ai mis des images et ce qu’il y a en haut des catégories. Donc ce que racontent les textes qui sont associés aux images. En fait, ce que je voulais voir, c'était qu’est ce qu’on raconte avec les images pour rentrer dans le contenu ? Qu’est ce qu’on va faire dire aux images ? Comment on va faire parler les images ? Bon alors là, je me suis peut être trop pris la tête, je ne sais pas, mais en tout cas je me suis dit bon bah voilà, je vais regarder mes 89 images et puis l’ensemble des textes qui y sont associés, je sais plus combien y en a au total de différents, j’ai fait des catégories et j’ai essayé de voir est ce que les images sont majoritairement mobilisées en soutien à la police ou pour critiquer la police ? Pour le dire très simplement. Et puis après, bah dans l'étude, on remarque qu’il y a tout un tas d’autres choses qui sont racontées par les images notamment. Une chose assez intéressante, c’est que les forces de l’ordre ne sont jamais critiquées seules. Mais il y a une triple critique qui est énoncée triple critique qui va embarquer en fait les médias traditionnels, les forces de l’ordre et le gouvernement. Et ce que j’essayais de voir, c'était voilà, qu’est ce que montrent les images à partir desquelles on va produire ces critiques ? Est ce qu’on montre une image sur le terrain, donc pendant l’affrontement ? Est ce que je disais tout à l’heure beaucoup d’images qui montraient que les blessés, que les blessures. Donc, est ce que c’est ces images là ? Voilà. Donc, c'était juste pour essayer de comprendre un petit peu le sens des images.
Donc on a d’un côté. Vous décrivez les images et de l’autre côté vous décrivez la tonalité du message. C’est ça ?
Exactement.
Mais alors donc, dans ces cas là, là, je vois 89 305, ça, ça peut pas être un robot. Comment vous faites pour dire cette image là, elle est plutôt neutre ou au contraire message de soutien aux forces de l’ordre, ou plutôt insistance de la responsabilité du gouvernement, ou plutôt critique des représentations médiatiques traditionnelles, etc, etc. Comment avez-vous fait, là, à ce moment-là, pour qu’on comprenne bien ?
Eh bien, c’est du tri, de données dans Excel, et puis c’est la lecture pendant plusieurs années, jour et nuit de cet Excel est noté derrière, dans le tableau, ce qui se passe. Tout simplement. Donc, c’est vraiment essayer de faire en sorte que de synthétiser. Parce que donc, quand y’a marqué 89 000 tweets, en fait, il y a des tweets, il y en a 1000, c’est exactement le même texte, c’est par les retweet qu’il apparaît 1000 fois en fait. D’accord, donc ça simplifie la lecture. Donc je crois qu’au final, si je l’ai marqué dans l’article 1000, environ 1000 tweets ont vraiment été lus qui ont vraiment été lus ici.
Alors là c’est pareil. Quelle conclusion générale ? On va rentrer un peu dans les détails. On peut tirer de ce tableau, de ce travail que vous avez fait un examen minutieux de ses tweets.
Alors, l’examen dans la conclusion qu’on peut en tirer.
Édouard l’amphi est toujours plein Alors le tableau ?
Donc le tableau, qu’est ce qu’on peut en tirer ? Trois choses dans deux choses. La première qui est centrale, c’est donc que dalle, c’est les propos critiques à l’encontre des forces de l’ordre qui sont qui vont le plus circuler sur Twitter, qui vont gagner le plus de visibilité.
Donc qui vont mettre en avant l’illégitimité de la force pour exactement.
Donc on est soit dans des logiques de dénigrement des forces de l’ordre, soit de critique de la profession de tel ou de critique de l’action, de l’action qui va être commise, de la répression en la jugeant, en les gens illégitimes, en critiquant l’usage des armes. Donc il y avait eu énormément de débats pendant les gilets jaunes pour pousser à l’interdiction des dits LBD, des successeurs du Flashball ou des glaives quatre. Donc les grenades qui avaient arraché pas mal de mains pendant cinq mouvements et les flèches de LBD du coup qui ont éborgné au siècle 30 ou une trentaine de personnes. Donc voilà. Et donc c’est ce sont les propos qui circulent le plus sur Twitter. Et ça, ça résonne bien avec ce qu’on disait avant en fait. Bah la police est une profession taiseuse, plutôt absente de ce réseau social. Il y a quand même des choses qui sont racontées, mais ils n’arrivent pas à accéder à la visibilité. Il n’y a que très peu de monde qui vont accompagner cette visibilité.
Alors je dois dire Édouard, parce que ça, je l’ai étudié de près c’est un peu après votre étude, ce n’est pas pour vous pousser à continuer, mais effectivement, les comptes Twitter favorables aux forces de l’ordre, les comptes organisés, j’entends soit de syndicats, soit de policiers, etc. Les figures de policiers twittos vont apparaître peut-être un peu après ou vers la fin de votre étude. C’est à dire qu’il y a un temps, il y a un temps de réaction qui va être encore plus long du côté de l’institution qui aujourd’hui, comme on le sait, communique à tout va, y compris n’importe comment. Et donc ça se retourne contre elle. C’est un autre débat. Mais c’est vrai que là, très honnêtement, c’est en ça que je trouve votre étude passionnante, c’est qu’en fait vous étudiez un moment qui est très rare en réalité dans l’espace temps, mais semble t il sur la réflexion autour de la police ou effectivement sur un temps très court, massivement, c’est quand même la critique de la police qui est apparue. Voilà. Et donc. Mais bon, on y est, il commence à y avoir et vous le détecter, des comptes favorables aux forces de l’ordre.
Mais c’est ce que vous dites aussi. Et ça fait aussi la limite de ce travail qui est basé sur un temps donné. Il s’est passé d’autres choses potentiellement très différentes avant ou après. Donc c’est vrai que ça, il faut aussi se rendre compte que c’est que sur deux mois pendant les gilets jaunes, même si c'était le groupe des gilets jaunes, bah il y a une durée d’un an, mais j’ai tendance à mettre des bandes temporelles. Le 17 novembre 2018 et 17 mars 2020 qui est donc le début du confinement en raison du coronavirus qui vient un peu tout casser.
Vous dites le discours favorable à l’action des forces de l’ordre. Les discours favorables à l’action des forces de l’ordre sont peu nombreux 7 % du corpus. Et on est d’accord entre vous n’allez pas chercher à le minorer, c’est vous avez, puisque vous avez pris la masse et c’est sorti comme ça. Alors, c’est exactement ça. Alors que vous voyez, moi, je pensais, c'était beaucoup plus que ça, parce qu'évidemment je faisais partie comme d’autres qui nous écoutent, sans doute des cibles. Donc j’avais l’impression que l’idée ici, ils étaient très nombreux, ils étaient partout. Mais en fait, vous dites non, en réalité, c'était 7 %.
Ouais, encore une fois. Donc 7 %. Donc, ce qui a été très visible, oui, bien sûr. Donc, ça veut dire, effectivement, il y a les fameux trolls qui vont, qui vont venir agresser des gens, harceler des gens, mais qui vont avoir aucune visibilité en fait. En réalité, c’est des propos qui eux, heureusement d’une certaine manière, sont sombres, apparaissent, disparaissent.
Vous voulez dire que les commentaires haineux sous un tweet, quel qu’il soit, finalement, il ne faut pas en tenir compte quand on est quand on est un émetteur.
Je pense que c’est difficile.
Ah, c’est impossible ? Ah non mais non, moralement ce n’est pas possible. Mais en termes politiques, en termes d’efficacité et en termes d’engagement, est ce que vous pensez que. Le commentaire d’un troll ? Finalement, c’est très peu visible. Celui qui en est la cible a l’impression que c’est central, mais en réalité c’est peu visible aussi quand même.
Ben en fait, ça va être visible dans la masse de ces commentaires là. Donc cette masse de commentaires qui ne sont peu visibles individuellement vont quand même avoir une certaine visibilité. Et au-delà de ça, entrer en discussion aussi avec ses commentaires. On peut observer que ça donne quand même l’occasion à des A, des débats politiques parfois intéressants dans le sens où ça pousse chacun dans ses retranchements et à être dans une logique d’affrontement axiologique, donc autour des valeurs. Qu’est ce qui fait que je pense ça ? Qu’est ce qui fait que je raconte ça ? Quelles sont mes opinions politiques sur lesquelles se construit mon argumentation ?
Vous vous écrivez Les médias traditionnels sont eux aussi embarqués dans la critique du maintien de l’ordre.
Alors donc, comme je disais, en fait, ce qu’on remarque, c’est que la critique des forces du travail, des forces de l’ordre ne se fait pas de manière isolée. Forcément. Va y avoir deux autres, deux autres acteurs qui, qui vont, qui vont être pris dans cette critique, les médias traditionnels. Pourquoi ? Pour deux choses. Soit en critiquant leurs invisibilisées dans la manière dont ils rendent invisibles les violences policières. Donc c’est de dire partagez cette image massivement. Les médias ne rendent pas compte, c’est tout ce qui va être autour de BFM. C’est quand même pas mal une critique des chaînes d’information en continu. Et aussi, ce qui va être critiqué, c’est le cadrage médiatique qui est effectué. Donc ce n’est pas de dire que les médias n’en parlent pas, mais les médias vont produire un propos en faveur de la police, ce n’est pas possible. Y monte. Ils ne rendent pas compte de ce que nous, on vit vraiment sur le terrain. Donc c’est ça la critique qui peut être faite.
Vous parlez également d’un glissement depuis l’idée des violences policières vers celle des violences d’État qui seraient présentes dans 14 % du corpus. Et là, je vous avoue mon étonnement, parce que c’est ce que je dis à titre personnel, je considère que les violences policières, c’est un mot valise qui permet de faire comprendre très vite des choses, mais qui évidemment, comme tout mot valise simpliste. Et en fait, il faudrait parler de violence d’État. Or, j’ai l’impression que ça, c’est un discours qui passe. Et en fait, si vous dites c’est présent dans 14 % du corpus,
Ouais, donc c’est bien, C’est aussi quelque chose qui découle de. Pour le coup, les forces de l’ordre vont être les forces de police à la dimension la plus politique dans le sens où c’est extrêmement explicite. Et il y avait une lecture et en fait c’est ce qui s’est fait depuis le début des gilets jaunes au début des gilets jaunes. Il y a une volonté de la part des gilets jaunes d’aller dans les lieux de pouvoir, d’aller au plus près des lieux de pouvoir et de considérer que c’est légitime de faire cela en temps,il y a une volonté des gilets jaunes d’aller au plus près des lieux de pouvoir et en fait non. Donc forcément, les institutions vont tout faire pour que physiquement cela soit possible, en mettant en place des cordons de sécurité et de CRS qui sont gendarmes mobiles à proximité de ces lieux. Il va y avoir une incompréhension de la part des gilets jaunes, de la présence des forces de l’ordre, étant donné l’ordre, la volonté, la volonté d’agir. Et donc, dès le début, va y avoir une construction du discours autour des forces de l’ordre comme étant les chiens du pouvoir. La dimension politique du maintien de l’ordre, elle est en soi très présente, mais elle est entourée pendant les gilets jaunes et va être explicité constamment, constamment, constamment. Donc ce sont les chiens de Castaner. Là je cite une des choses que j’ai pu lire Les chiens du pouvoir, ils sont là pour protéger Macron. Donc c’est en ça qu’on peut parler de violence d'état parce que ce sont des violences politiques, d’une certaine manière, et elles sont vécues comme telles.
On arrive un peu à la conclusion et après je vais prendre parce qu’il y a un paquet de questions dans le tchat. Vous écrivez ceci que je trouve particulièrement pertinent. Mais d’abord, attendez d’abord, je reviens sur ce que vous venez de dire. Est ce que vous pensez qu’il y avait comme une. Si on était dans des années 70, je dirais une conscientisation express des gilets jaunes par rapport aux violences policières. Je rappelle ce que vous nous disiez au début, vous vous intéressez aux violences policières. Par le comité Adama en réalité, et vous arrivez aux gilets jaunes. Donc vous, vous avez déjà une vision de tout ça pour une bonne partie des gilets jaunes me semble t il. C’est la découverte en fait, c’est la rencontre brutale, violente avec les forces de l’ordre qui s’opère à ce moment-là. Et donc on voit dans une partie des gilets jaunes un glissement de discours. Et d’ailleurs on s'étonne, on s'étonne que les énarques et hauts fonctionnaires et autres n’aient pas saisi très vite que la violence policière, de tout temps, est un ciment dans une lutte. C’est à dire que précisément, ça permet de surpasser des querelles internes ou des discussions internes, parce que tout d’un coup, vous venez de le dire en face, l’ennemi est identifié, identifiable et fait d’une certaine manière, ça fédère, ça fédère la lutte. Donc on s'étonne et on s'étonne que le pouvoir n’est pas saisi. Ça. Mais est ce que vous, par exemple, dans les tweets que vous avez récolté, vous avez senti aussi une évolution du discours, de la prise de conscience ou pas ?
Comme vous le faisiez remarquer tout à l’heure, j’ai pas non plus les tweets au tout début du mouvement des gilets jaunes où s’opère cette conscientisation. En revanche, cette conscientisation, j’ai pu le remarquer dans un autre cadre qui est dans l'étude des groupes Facebook où j’ai étudié pas mal aussi tous les live qui pouvaient être faits sur les ronds points dès les premiers jours du mouvement. Oui, la police est absente des discours dans la critique de la police est absente des premiers discours y’en peut avoir sur des ronds points. Deschamps a appelé à remercier la police de les laisser occuper les ronds-points. Donc il y a plutôt un discours qui est en faveur. Alors bon, je dis la police, mais là c’est de façon. Très général en la. Policiers, gendarmes, etc. Il y a donc, il y a ce discours là qui est en faveur et qui va petit à petit changer. D’abord, et c’est aussi pour ça, je pense, qu’il y a un État qui est critiqué, c’est à dire on ne va pas toujours critiquer les policiers en tant qu’individu ou en tant que profession, on va dire. Ils n’ont pas le choix, c’est la hiérarchie qui décide de ces violences. Et donc c’est pour ça qu’on va remonter la chenille hiérarchique jusqu’au gouvernement. Donc ça, c’est les premières critiques qui vont apparaître. Et petit à petit aussi aux doutes critiques qui vont après de dire oui mais mine de rien, à un moment, le policier à qui on dit d’utiliser son LBD, c’est lui qui vise la tête. Faut arrêter avec ses discours. Ce sont des armes qui ne sont pas précises et. Et ici c’est involontaire. Il y a une volonté de la part des personnes qui tiennent les armes que de mutiler. Et donc petit à petit aussi, le discours va se concentrer sur les forces de l’ordre en tant qu’individus, notamment autour de la BAC. En fait et des du retour des voltigeurs avec qui s’est dénommé la BRAVM r aussi pendant les gilets jaunes.
Bien sûr. Non et mais, Mais là, là, précisément, ça a titillé la mémoire, titiller ce qui se rappelle de mai 68 ou de décembre 86, des voltigeurs de Pasqua, etc. Edberg nous dit avant c'était un débat au sein. il y a une petite faute, mais je la trouve très belle. Au saint au sein de la gauche, les violences policières, ça n’existait pas pour la droite avant les gilets jaunes. Et donc aujourd’hui, c’est un débat qui s’est répandu en fait dans toute la société, qui traverse aussi le champ de droite.
Oui, oui, oui, totalement D’ailleurs. Et euh. En fait, il y a eu un moment où la critique qui était faite de l’usage des armes par la police est devenue telle. Tellement important en fait. Enfin, cette critique là était présente de façon tellement importante et les journalistes aussi y étant confrontés faut pas oublier. Donc il y avait pas mal de photo reporters professionnels d’images qui étaient sur le terrain, qui ont pu être blessés. Et donc il y a un moment, quand il y avait des interviews qui étaient faites, des politiciens ou les mandats de se positionner par rapport à cette question là. Et donc c’est par ce biais que le débat est entré. Après, bon, j’avoue ne pas savoir si effectivement le débat était totalement absent. Je pense que oui, il a toujours été. Les prisons. On a toujours eu des blessés, il y a toujours des morts. Les lignes. Le débat devait traverser l’ensemble de la société française quand c’est arrivé. Là, ce qui est intéressant, c’est que. Du fait de la sociologie des gilets jaunes, il y a effectivement des personnes qui étaient au départ en faveur plutôt en faveur de la police, plutôt à avoir une bonne image de la police, à découvrir un autre visage de cette profession et à se mettre à la critiquer et qui peut être justement des personnes qui vont être plutôt à droite, ou l’extrême droite de l'échiquier politique en général
Vous écrivez, En conclusion la production de représentations des forces de l’ordre ne passe pas que par le partage d’images du maintien de l’ordre en train de se faire. Cela se fait aussi en donnant à voir les conséquences de ce travail, les blessures, les mutilations ou encore les outils, les armes. Et ça, je trouve que c’est extrêmement intéressant. C’est à dire que ce que vous expliquez, c’est que il y a une, une connaissance qui va être développée par cette circulation d’informations sur Twitter, sur Facebook. Est ce que vous pourrez revenir là dessus ? Comment vous l’avez perçu ?
Il y a une expertise assez incroyable qui se développe en une connaissance presque scientifique du fonctionnement des armes. On va même voir circuler des extraits de manuel de police ou des extraits du manuel d’utilisation des armes qui vont être publiées, qui vont beaucoup circuler. On va publier aussi tout un tas de recommandations pour se comprendre. Comment se comporter en manif, justement pour se protéger des effets que peuvent avoir les armes. Donc il y a la développe, le développement d’une expertise qui, à mon sens, se fait quand même beaucoup plus sur Facebook. Pourquoi ? Parce que, encore une fois, on est dans cette logique de groupes fermés où les gilets jaunes parlent, montrent peu et où ils se partagent ce savoir. Et ce savoir individuel devient par ce biais un savoir commun.
Et donc ça c’est davantage Facebook,
oui
Et est ce que vous pensez intuitivement parce que vous ne l’avez pas étudié ? Mais est ce que vous pensez intuitivement que cette profusion de connaissances, de débats, de confrontation d’idées, d’images terribles ? Est ce que vous pensez qu’elle a modifié les rapports sociaux sur ces questions là ? Est ce que vous pensez que, en gros, si on enlève l’aspect spectaculaire terrible, sanglante. Est ce qu’il reste des arguments intellectuels, des arguments de débat ou pas ? Ou est ce que c’est du bruit médiatique, comme on disait dans les années 80-90 et que c’est remplacé par autre chose ? Finalement, il y a une espèce de point éphémère qui fait qu’on est passé à un autre sujet.
C’est une question centrale et hyper compliquée à répondre.
J’aurais voulu être directeur de thèse, j’aurais voulu faire bosser des étudiants et des doctorants, des profs et des chercheurs.
Alors ? Alors j’ai essayé de répondre en deux temps. La première chose que je voudrais dire, c’est que clairement, ça a débouché sur un problème public, ça a poussé les institutions de la République à se positionner sur ce sujet. Il faut quand même se rendre compte que ce n’est pas la première fois que les institutions sont confrontées à se positionner sur ce sujet là. Vous parliez de Malik ou Cycline tout à l’heure sans le nommer. Ça implique des démissions minimes, ça implique la suppression des voltigeurs justement. Donc il y a des effets très concrets qui peuvent être observés et des grenades utilisées
De grenades de ce type ?
C est une grenade qui fonctionne un peu différemment mais qui contient et qui contient également des explosifs et qui fait aussi énormément de dégâts. Donc les institutions au travers de leur porte parole vont être au. Vont se positionner sur le sujet. C’est de la communication politique. Derrière, oui, il y a un vieux Christophe Castaner qui avait largement mis en avant le fait que l’on arrête que l’État arrête d’acheter des livres quatre. En fait, ce qu’on nous dit avec des enquêteurs qui vont un peu plus loin, dit Marc, en fait non, c’est parce que l’entreprise qui les produit ne les produit plus et du coup, on est obligé de passer à un nouveau type d’armes d’armement. Donc on est toujours dans cet entre deux de. Effectivement, on observe des transformations mais en même temps très limitées. C’est de la communication politique, donc faut l’observer sur le plus long terme. La deuxième chose que je voudrais dire sur cette question, c’est plus sur les rapports sociaux, la transformation des rapports sociaux. Bah justement avec les communautés qui se construisent, comme vous le disiez tout à l’heure, contre un ennemi commun qui là, les forces de l’ordre, et là toute la violence policière qui en découle. Il y a eu beaucoup de débats aussi au sein des groupes de gilets jaunes. Parce que y’a des personnes qui sont arrivées dans ces groupes de gilets jaunes en se revendiquant originaires de quartiers populaires et en disant ça fait 30 ans, on vous dit que la police agresse gratuitement alors qu’on ne fait rien. Maintenant, vous le vivez maintenant, vous le voyez. Et en fait, tout ça a débouché sur tout un ensemble de débats avec tout un tas de personnes qui, en fait, ont reconnu ne pas avoir tenu compte de ce qui se passait dans les quartiers populaires, parce qu’en fait, ils le vivaient pas et croyaient effectivement que c'étaient les habitants des quartiers populaires qui montaient, qui étaient un minimum responsables, etc. Et qui donc les gilets jaunes s’excusaient en disant maintenant on vit maintenant ou c’est désolé et on n’aura plus du tout le même rapport.
Vous pensez notamment à comment il s’appelait, Eric Nicolle, comment il s’appelait, qui est allé à Beaumont sur Oise ?
Maxime ?
Nicolas ? Maxime ?
Ou alors oui, voilà, il faut aussi penser à Jérôme Rodrigues qui a déjà tenu des tribunes aux côtés d’Assa Traoré.
Bien sûr
Du comité Adama. Maxime Nicolle, effectivement, qui l’a fait ? Qui s’est excusé à Beaumont sur Oise publiquement
De son indifférence
De son indifférence passée Oui, exactement. Et en fait, il y a tout un tas de personnes qui l’ont fait et en même temps il y a eu. Bah voilà pourquoi je dis que c’est un débat. Parce qu’en fait non, il y en a d’autres qui n’ont pas démordu de leur, de leur a priori et qui ont dit non. Nous, nous sommes les gilets jaunes d’une certaine manière, le peuple légitime. Nous sommes ce que le peuple des citoyens qui n’ont rien fait et qui avons subi la répression policière. Mais ce qui se passe dans les quartiers populaires là-bas, ils le méritent. En fait, il y a une espèce de construction d’une figure repoussoir de l’habitant des quartiers populaires pour construire sa propre identité en tant que victime des violences policières. Donc on a pu observer, voilà ces deux choses qui sont entrées en débat. C’est un débat qui a duré très, très, très longtemps. Pendant tout le mouvement des gilets jaunes en fait. Et là, je crois que ça a été un mouvement quand même de recomposition des rapports sociaux, des rapports à l’autre, etc.
C’est un débat qui fait d’ailleurs toujours rage. Je voulais des questions pour vous. Alors ça va être à la fois des questions soit sur votre analyse, soit sur votre technique de travail. Est ce que par exemple, vous demande Siné, est ce que certaines images sont revenues à différents moments, par exemple plusieurs semaines, plusieurs mois après leur publication ? Et si oui, comment ? Pourquoi ?
Ouais, alors ça arrive très régulièrement. Alors soit elles sont reproduites telle quelle, soit en fait, il y a aussi eu tout un travail de la relation très propre à la culture numérique, de remix des images. On comprend des images que quelqu’un d’autre a fait et qu’on va refaire. Et donc ça permet de faire exister ces images là en les transformant au fur et à mesure du temps notamment. Non pas par exemple c’est quoi ? C’est bien tous les selfie. Un grand nombre de selfie de visage tuméfié par la violence policière ont pu être agencés pour produire une photo de Chris. Sauf Castaner et donc par là produire tout à propos pour en montrer, montrer la responsabilité de l'État dans tout cela. Et donc, par ce biais là, il y a des espèces d’images un peu enfantines qui vont devenir canoniques et qui revenir sans cesse.
Alexandrie vous pose la question qui nous est chère ici ? Et la question du second degré comment interpréter le second degré ?. Est ce que, par exemple, vous vous êtes autorisé à accepter le second degré ? Elle comprendrait, parce que ça, c’est compliqué pour les pour et pour les pour les logiciels de second degré.
Ouais, c’est vrai ça, c’est une question qu’occupent les sciences sociales actuellement sur le traitement automatique du langage et le fait de repérer le second degré. Donc, comme je n’ai pas recours à des outils automatiques d’analyse de ce qui se raconte, je lis les tweets, d’accord. Et donc là c’est effectivement un mais libre appréciation. Et donc je peux me tromper des fois de croire que du second degré n’en est pas une autre. Je préfère être honnête là dessus, mais on peut observer dans celle ci quand même assez bien quoi. Et on peut remarquer quand il y a du second degré ou pas. Effectivement, même sur ces questions là, il y en a constamment.
On vous demande est ce que vous avez réussi ? Puis faire l’analyse inverse, analyser les points que vous aviez vus comme importants sur des tweets qui n’ont pas marché, histoire d'éviter un biais de la réussite ?
Voilà donc qu’il donne un exemple comme un gagnant du loto qui dirait bien que pour gagner, il suffit de jouer. Ceux qui n’ont pas réussi auraient aussi peut-être utilisé la même manière de présenter.
Oui exactement. Donc je n’ai pas étudié les images qui échouent pour le moment. Encore une fois, c’est un travail de thèse en cours en classe. Et ton article ? Je pense qu’il vous faut voir les articles scientifiques non pas comme des vérités en soi que l’on enseignait que comme des objets de discussion et qui doivent constamment inviter aussi à repérer les zones d’ombre. Et donc c’est une zone d’ombre qui doit être à l’avenir éludée. En revanche, et c’est aussi pour ça que je dis que ce n’est pas dans le contenu, la forme du contenu en tant que tel qu’on remarque si c’est ça qui les rend visible ou pas, que je vais sur ces questions d’agencement d’acteur. En montrant que voilà, c’est parce qu’il y a un moment où les images marquent, parce qu’il y a un moment des acteurs influents qui vont les relier..
Alors Mésange demande Est ce que des journalistes se sont questionnés, ont eu des interrogations sur leur influence, sur leur positionnement, sur leurs perspectives ou pas ?
Oui, il y a eu ce que je disais, notamment parce qu’il y a eu des journalistes blessés J’ai pu aussi m’entretenir avec eux avec quelques journalistes notamment. Pour ce qui m’intéressait, c'était à quel point ça a fait débat au sein des rédactions. En gros, on pourrait dire voilà, c’est BFM TV dont on voit le propos qui va être tenu dans le ring dans leur émission d’information en continu. Et on peut se dire bah c’est tout BFM TV qui est en accord avec ce qui est raconté là. En fait non. Et ça c’est quelque chose d’absolument étudié de façon beaucoup plus, beaucoup plus approfondie. Moi j’ai juste à aborder le sujet pour un peu mieux comprendre ça. Mais il y a des failles en fait, tu sais, c’est des débats, des disputes internes qui n’en finissent pas aussi sur la manière dont on traite médiatiquement l’informel en formation et donc autour des violences policières. Effectivement, il y a eu tout un tas de débats. Je suis désolé, je n’ai pas le nom en tête, mais derrière il y a quelqu’un qui est je crois quelqu’un qui s’appelle Monsieur Joujoux qui a qui a travaillé sur ça et qui a montré en fait. La manière dont les journalistes de terrain qui voyaient ce qu’ils vivaient ont été dans leur salle de rédaction et ont essayé de transformer la manière de parler des sujets.
Alors moi j’ai eu un débat assez houleux mais cordial avec Céline Pigalle qui est la directrice de la rédaction de BFM il y a deux ans de ça. Mais je dois dire qu’elle a été assez et elle était assez honnête. Et justement elle a parlé de ça, elle a parlé de ça. Et d’ailleurs, c’est-à-dire du fait que certains reporters, donc pléonasmes de terrain, eux, quand ils rentraient à la rédaction, ils disaient voilà ce qui se passe. Il n’y a pas que des violences, des gilets jaunes aux policiers ou autres ou aux journalistes. Il y a aussi des violences faites aux gilets jaunes par les policiers et elles sont beaucoup plus importantes, etc. Et pourquoi ce n’est pas à l’antenne ? Et pourquoi ça ne passe pas ? Etc. Et ils se sont rendu compte, ils disent avoir fait leur méaculpa, je ne suis pas sûr de ça. Mais en tout cas, ils ont essayé de mettre en place les conditions du méaculpa. La direction de BFM a organisé ce qu’ils ont appelé des ateliers pour, de mémoire je cite fluidifier les relations entre la rédaction en chef qui. Pour qui ne s’était pas entendable en fait, qui avait une vision du monde qui est grosso modo celle des télécoms et les reporters qui s’y attendaient. Ça ne va pas. Équipe Et qui par ailleurs pouvait aussi le dire ça ne va pas. Et d’ailleurs ça va tellement mal. Que va t on nous taper dessus parce qu’on nous dit qu’on nous raconte pas la vérité ? Donc effectivement, ce problème avait été notamment pris en compte à un moment donné par notamment par BFM en créant qui était à l'époque la chaîne phare Signaux et avait beaucoup moins d’impact qu’elle n’en a aujourd’hui. Et donc voilà, ils ont créé ce qu’ils ont appelé des ateliers et des ateliers internes de discussion. En gros, comment ? Ce qui est quand même dingue, comment le terrain, les infos du terrain peuvent remonter plus vite en haut alors que ça devrait être tout ça et plutôt l’inverse. La thèse qui te dirait toi sur le terrain, tu vas me chercher ça. Voilà, c'était juste pour vous apporter une précision. Est ce ce que vous disiez ? Alors il y a aussi les à manger. J’ai déjà validé. Il y a plusieurs témoignages dans le tchat de deux personnes qui expliquent en effet qu’ils ont vu beaucoup, beaucoup de débats dans les tables rondes, dans les œufs, dans les ronds points. Des gilets jaunes, ces questions. Mais l’idée de créer nous nous demande et je ne sais pas si vous allez pouvoir nous répondre comment se passe la prise de conscience dans le reste de la population qui n’habite ni les quartiers ciblés, ni les ni parmi les gilets jaunes ? Comment cette prise de conscience peut avoir lieu sur la question des violences policières ? Je vous ramène juste à votre travail. Est ce que vous pensez que la caisse de résonance, à un moment donné, déborde le cadre médiatique, le cadre militant et justement irrigue la société ou pas ? Ou ça, c’est un vœu pieux.
C’est encore une fois des questions très importantes et très complexes à répondre comme ça. Et justement, encore une fois, le travail qui est fait à l'écran. L’une des limites, c’est ça. Si ça étudie la visibilité interne à Twitter. C’est pour ça que dans mon travail de thèse à côté, j'étudie les circulations pour comprendre comment ça circule entre les différents espaces publics, politiques, institutionnels, etc. Numérique et non numérique avec y a des personnes qui vont avoir un peu ce rôle de passeur, notamment vous les i Phone, vous avez eu ce rôle de passeur puisque. Non mais qu’est ce qu’on trouve en fait quand la question des violences policières arrive à l’Assemblée nationale ? Portée alors il y a deux ans, portée par la France Insoumise et aussi quand même portée par une mandale puisqu’on met une personne de La République en marche qui qui avait acquis et qui avait milité pour l’interdiction des LBD. Donc quand la France insoumise aborde cette question là, c’est en renvoyant vers votre travail.
Je me souviens notamment que Clémentine Autain, que tous ces gens là, je les connaissais pas pour être très franc, et je peux vous dire ah bah voilà, puisque vous en parlez, je n’en ai jamais parlé, mais je peux vous dire que le jour où j’ai vu Clémentine Autain à l’Assemblée nationale dire à Castaner Monsieur Castaner, connaissez vous le travail de Machin, c’est à dire de moi ? Ça m’a fait chaud au cœur parce que je me suis dit qu’il y a quelque chose qui est en train de se passer. En effet, sans sont sans présager de la suite et sans non plus ce n’était pas une consécration. Je voulais dire que ça voulait dire voilà le passage, le buzz, le passage de relais et il a lieu. Et maintenant ça y est, c’est dans le champ politique, c’est dans l’hémicycle, etc. Bon après il y a d’autres gens qui ont été cités aussi, il faut le rappeler.
Ouais, mais en gros, l’idée c’est effectivement, on peut se poser la question est ce que bah, toute cette masse de tweet dont on parle en tant que tels réussissent à irriguer le débat public dans l’ensemble de la société ? Je ne suis pas sûr qu’on puisse l’affirmer aussi simplement. En tout cas, il y a tout un tas de personnes qui vont travailler à partir de ce qu’elles mêmes ont vécu pendant ce moment-là, même si ce n’est pas pour ce soir, pour vous lancer des fleurs. Mais quand je parle avec des gens qui ne sont pas de base au fait des questions de violences policière qui se sont peu intéresser aux gilets jaunes, quand parle d’un Pays qui se tient sage c est le documentaire qui les a fait se rendre compte de la situation.
en lisant votre étude que je trouve vraiment super qui n’est malheureusement pas publiée car pour l’instant elle a été publiée dans une revue,
Je crois que ça va être public à partir de cette année-là, sauf que ça arrive gratuitement, je l’espère.
J’adore et j’adore les réponses de chercheurs. On est au mois de janvier, cette année, ça va être public genre dans huit mois. Par ailleurs, par ailleurs, je ne suis pas contre le mur du payant, parce que je pense qu’il faut, il faut financer la recherche, il faut financer l’information, il faut financer des débats comme on est en train d’avoir là. Et l’idéal, si c’est le prix libre,
Je reviens d’ailleurs dessus.
Donc je sais bien, j’ai un petit regret vous ne vous ne touchez pas Vous ne touchez pas du doigt, j’ai employé un mot à dessein provocateur, le mot de spectacle, de spectaculaire. C’est à dire est ce que les algorithmes de Twitter, de Facebook, dont on sait aujourd’hui qu’ils mettent en avant le contenu violent, le contenu clivant parce qu’en fait c’est leur fond de commerce, C’est à dire qu’ils savent que le travail des photographes, des journalistes amateurs, semi-pros, professionnels, des militants des gilets jaunes qui ont inlassablement documenté, documenté, documenté, de ceux qui ont vu, qui en ont fait le relais, de ceux qui les ont répertoriés Est ce que vous ne pensez pas, à un moment donné qu’ils ont aussi bénéficié de ça, c’est à dire de la faveur de l’algorithme de tweeter, de Facebook qui ne fait pas de politique mais qui fait finalement du commerce d’attention, du business par rapport à ça. Et donc, et bien effectivement, des images ensanglantées sont partagées plus facilement, sont poussées plus facilement par les algorithmes que d’autres.
Si bien sûr. Et les images circulent dans un contexte industriel, on ne peut effectivement pas n’est pas ce qui se raconte sur Twitter. Ce qui s’invente sur Facebook des espaces d’expression. Ce n’est pas non plus des espaces publics purs où il y aurait un désastre économique, au contraire, vous faites bien de le rappeler, c’est extrêmement central. Là où il y a quand même un propos à modérer, c’est que les images violentes peuvent être très facilement censurées.
Absolument. Bien sûr.
Donc il y a aussi cette chose là qui a pu limiter leur propagation jusqu'à un certain point. Alors, il y a plusieurs formes de censure, soit la modération sur par, sur les groupes Facebook de gilets jaunes, qui est un des premiers espaces de circulation des images. Les modérateurs ne laissent pas passer certaines images. Soit ce sont les algorithmes de Facebook qui vont repérer que ce sont des images violentes et donc les cacher. Donc on peut quand même cliquer dessus en disant voilà, j’ai plus de 18 ans machin. Et donc regardez ces images là, ou tout simplement il y a plusieurs personnes qui vont les signaler parce qu’elles sont trop violentes et ces images vont disparaître. Mais aussi, effectivement, ces images, de par leur dimension spectaculaire, vont susciter énormément de réactions et vont être mises en avant. Et effectivement, les algorithmes, de par toute l'économie de l’attention dans lesquels elles s’inscrivent, vont favoriser leur circulation. Les dispositifs dans lesquels on les publie effectivement jouent un rôle extrêmement primordial.
Mon cher, mon cher Édouard, je pense qu’il est temps de vous, de vous libérer et surtout, surtout, de vous remercier. Est ce que vous voulez ajouter quelque chose pour votre pour votre défense ?
Je crois que j’ai déjà beaucoup parlé, mais je vous remercie tout le monde pour toutes les questions. Et ça me fait très plaisir d'être là, avec vous parmi vous. Encore merci pour l’invitation.
C'était vraiment un plaisir un de lire votre étude qui m’a appris beaucoup de choses. Bon allez, bon courage pour votre soutenance. A bientôt tout le monde
