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Un monde sous influence multinationale. Best Of Poste

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Transcription de l’émission

00:00:00Jingle
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00:00:37David Dufresne
Amis du café, amis du café amis de Max Havelaar, amis de Nestlé, ouais, Nescafé, enfin on verra, amis des multinationales, amis de la police, bonjour, les multinationales, les voici, les voilà, Multinationales une histoire du monde contemporain. Ce livre fait 864 pages, mon pèse-personne a refusé de me donner son poids, ça veut dire qu’il fait un peu moins de 1 kg, mais il doit pas être bien loin, c’est une somme, et aujourd’hui nous avons deux des plumes de cette somme avec nous, Sophie Lemaitre, bonjour, et Rozenn Le Saint, c’est ça ?
00:01:16Rozenn Le Saint
Oui, c’est ça, Rozenn Le Saint bonjour.
00:01:18David Dufresne
Pour quelle multinationale travaillez-vous ?
00:01:21Sophie Lemaitre
Aucune. Moi je ne travaille pas du tout pour une multinationale. Je suis juriste de formation, docteur en droit. Ma spécialité c’est la corruption. Je travaille sur la lutte contre la corruption, notamment en lien avec l’environnement, donc tout ce qui est corruption dans le pétrole, corruption dans les secteurs des forêts. Je suis chercheure, donc actuellement je travaille à mon compte, je mène des recherches en particulier sur les poursuites bâillons et comment les entreprises et même les États tentent de réduire aux silences les ONG, les journalistes et auparavant j’ai travaillé pour l’ONU, pour l’Organisation des Nations Unies, pour L’Alimentation et l’Agriculture dans le secteur forestier, pour la association Sherpa que vous connaissez peut-être et j' ai passé quatre ans en Norvège dans un fonds de recherche.
00:02:03David Dufresne
Monsieur Bourdon William, c’est ça ? Qui était à l'époque président de l’association. Elle a bien connu notre service. Super ! Ah bah ça, c’est de la présentation. Rozenn quelle multinationale ?
00:02:15Rozenn Le Saint
Je suis journaliste indépendante, je travaille essentiellement pour Mediapart, journal indépendant en ligne, Libération, la revue 21. J’ai écrit un livre aussi, celui-là je l’ai co-écrit, mais le je l’avais écrit tout court pour les éditions du Seuil. Chantage sur ordonnance, comment les labos vident les caisses de la Sécu. Et puis j’ai co-écrit un documentaire pour Arte sur les pénuries de médicaments avec Xavier Deleu.
00:02:45David Dufresne
Vous Sophie, vous nous parlerez tout à l’heure en détail du programme pétrole contre la nourriture, qui fut un des plus grands scandales de corruption mis à jour, ça se passait évidemment en Irak. Et vous, Rozenn, vous nous parlerez des big-pharma et comment ces gens ont profité largement du Covid pour remplir les caisses et puis imposer des règles absolument invraisemblables. Donc c’est deux affaires plutôt récentes, on va dire, alors que le livre, lui, couvre à peu près 150 ans de multinationales. On est bien d’accord. Elles sont partout dans nos assiettes, nos écrans, nos villes, nos comptes en banque. Elles façonnent notre quotidien, influencent nos lois, dictent des politiques économiques entières, mais qui contrôlent vraiment les multinationales ? Comment ces entreprises ont-elles conquis une telle puissance au point de défier les États eux-mêmes ? 1850-1900, ça c’est le premier chapitre. Mondialisation du capital, expansion coloniale. Alors, c'était une période d'émergence et de consolidation des multinational en Europe, aux États-Unis, sur fonds d’industrialisation, de domination européenne. D’explosion du commerce et des investissements internationaux. Qu’est-ce que vous voulez ajouter sur cette période, rapidement ?
00:04:05Sophie Lemaitre
1851, on a Singer qui on pourrait dire que c’est la première multinationale. Alors Singer c'était eux qui fabriquent les machines à coudre. Mais il faut savoir qu’il y avait déjà des entreprises, par exemple Beretta, dont on a la mention déjà en 1546, si je ne me trompe pas. On avait déjà les prémisses, en fait, il y a des entreprises qui sont très belles. Mais Singer 1851 c’est vraiment, on dit, la naissance d’une multinationale. Elle a des éléments de production un peu partout à travers le monde. Et puis, une autre chose qui m’a marquée à cette période, c’est, je crois que c'était en 1868, où on commence à parler des barons voleurs, donc ces industriels qui se sont enrichis de manière très rapidement, par des moyens illégitimes, parfois en utilisant des méthodes brutales. Donc par exemple, il y a Rockefeller qui a créé la Standard Oil. Et en fait, si on fait un parallèle avec aujourd’hui, par exemple aux Etats-Unis, en en train de parler de l’oligarchie avec des gens, des GAFAM qui se sont enrichis. Très rapidement, pas forcément comme à l'époque de manière illégitime mais on a des méthodes brusques et brutales qui sont utilisées comme c'était le cas en 1868.
00:05:21David Dufresne
Alors ça justement, c’est ce qu’on comprend dans le deuxième gros chapitre, 1901-1945, la société industrielle et ses crises. En fait, on se rend compte que les crises économiques et les guerres, les deux guerres mondiales, sont des propulseurs de multinationales en fait.
00:05:40Rozenn Le Saint
Exactement on en parlera tout à l’heure avec Nestlé, mais c’est là que les entreprises à goût alimentaire se rendent compte de ce qui fonctionne dans les tranchées. Donc le lait concentré sucré, par exemple, ça fonctionne bien et ça permet de créer des nouveaux marchés, des nouveaux produits avec des durées de conservation intéressantes, etc. Et du coup, on se rend compte effectivement que pendant les guerres, certaines luttes nationales deviennent encore plus puissantes. Dire des leçons des guerres précédentes, notamment la Première Guerre mondiale, les confiscations de biens, etc. Alors comment faire pour éviter si jamais il y avait un nouveau conflit mondial ? On va aller au Panama, en Suisse, pour être sûr de récupérer nos biens quel que soit le gagnant de la guerre suivante. Donc, c’est vraiment peu importe les combats idéologiques, l’intérêt, c’est de s’en sortir.
00:06:30David Dufresne
Absolument, c’est bon et en lisant ces moments-là, je me disais, mais, tiens, cette guerre mondiale qu’on nous annonce, qu' on nous prépare, etc., je me demandais, tiens, qui parmi les milliardaires d’aujourd’hui vont tirer profit de cette guerre ? Parce que là, c’est quand même très clair, à chaque guerre, c´est profiteur. Alors, vous, Rozenn, vous m’avez fait une liste magnifique, en disant, moi, j’ai bien aimé ce chapitre-là. Celui-là ! Celui là ! Et donc, vous êtes une buveuse de Coca-Cola.
00:07:00Rozenn Le Saint
Même pas. J’aime pas les boissons pétillantes, j’aime les sodas. Mais ce qui m’a intéressée avec Coca-Cola, c’est que, comme je travaille sur l’obésité, beaucoup pour Mediapart notamment, ça m’intéressait de voir quelles étaient leurs stratégies marketing mises en place. Et c’est vrai que maintenant, on a tout un univers marketing Coca-Cola, on y est hyper habitués. Le Père Noël Coca-Cola, en fait, j’avais jamais réfléchi que ça avait été créé pour qu’on boit du soda l’hiver. C’est pas instinctif, à la base, de boire une boisson fraîche comme ça l' hiver, et c'était eux qui ont façonné ça. Et ce que j’ai trouvé hyper intéressant aussi dans la façon dont est racontée l’histoire dans le chapitre, c' est de montrer qu'à chaque fois, Coca-cola s’est adapté. En réalité, au tout départ, le soda est créé, on connaît l’Histoire, par un pharmacien. Mais à la base, c’est pour essayer de remplacer un vin qui est créé, qui s’appelle c’est le vin Marianni, je ne connaissais pas, mais c'était un mélange de vin et de cocaïne quand même.
00:08:00David Dufresne
Un mélange de vin, de Bordeaux et de feuilles de coca inventé par le chimiste corse Angelo Mariani qui connaît à cette époque un succès considérable.
00:08:07Rozenn Le Saint
Et comme on sent l'ère de la prohibition approcher, Coca-Cola se dit bon, on va créer une alternative. Mais il y a quand même toujours un élément addictif dans sa boisson. Donc au départ, effectivement, il y à les feuilles de coca. Au bout d’un moment, ça commence à faire mauvais genre. Alors ça va être la caféine qui va être mise en place et puis ensuite, c’est le sucre qui est incriminé pour son effet addictif. Du coup, on va mettre des édulcorants. Et puis après, finalement, on s’aperçoit que même dans les édulcorants, il y a des risques cancérigènes. Alors on va créer des gammes un petit peu plus saines. Du Coca Zéro qui rend tout aussi addict et en fait, c’est cette capacité d’adaptation toujours en fonction des injonctions sanitaires qui est mise en œuvre par Coca Cola qui est intéressante et d’ailleurs Coca Cola, c’est aussi une entreprise qui sait parfaitement semer le doute. La fabrique du doute, ça s’applique aussi. Aux boissons et aux aliments de tous les jours, Coca-Cola, en fait, son credo, c’est de dire les soucis liés à l’obésité, c’est pas lié à nos boissons, vous pouvez en boire tout ce que vous voulez, c' est lié l’activité physique. Et de la même façon, comme Sophie l’a raconté, Coca-cola a créé une sorte de lobbying et d’organismes scientifiques. Pour promouvoir le fait que c’est le manque d’activité physique qui provoque l’obésité. C’est uniquement ça. C'était comme ça que Coca-Cola a décidé d'être sponsor des Jeux Olympiques, qu’on a vu du Coca-Cola partout, partout, pendant tout l'été, qu' on a vu des athlètes avec des bouteilles de Coca-cola, qu on a vues que des boissons Coca-colas qui étaient vendus dans les stades, parce que Coca Cola avait le monopole sur les boissons non alcoolisés.
00:09:51David Dufresne
Le monopole de la boisson légitime.
00:09:56Rozenn Le Saint
En gros, puisque la science dit une chose, nous, on va dire autre chose et ça va nous permettre de continuer à faire des bénéfices.
00:10:05David Dufresne
Alors, 1918, Nestlé, titre de l’article signé Pierre-Yves Donzé, Nestlé s’adapte au désordre mondial. Et il écrit « L’entreprise suisse Nestlé représente un cas d'école de la capacité d’adaptation de ces acteurs économiques émergents ». Vous l’avez en tête ce chapitre ou pas ?
00:10:27Rozenn Le Saint
C’est vrai que Nestlé, c’est quand même la première entreprise de l’agroalimentaire mondial. Et en fait, c’est un logo tellement établi qu’on ne le voit même plus. Moi, j’ai eu l’impression d’avoir découvert que le chocolat blanc Galac, c'était Nestlé, alors que j’en mange et je ne le vois plus, ce logo. Le Nescafé, c’est évident, Nestlé Café, mais j’avais pas compris que c'était Nestlé avant de lire le chapitre. En fait, c’était intéressant de se rendre compte qu’ils sont vraiment partout et qu’eux réussissent à adapter leurs produits. Il me semble que le Nescafé, c'était aussi bon.
00:10:58David Dufresne
Vous pouvez arrêter de parler de Nescafé, ici on boit du café et ça m’a dégoûté. Il y a pire, il n’y a qu’un p’tit bout.
00:11:03Rozenn Le Saint
Mais pendant la guerre, c'était bien pratique le Nescafé et c’est comme ça que le produit visiblement a commencé à bien fonctionner.
00:11:11David Dufresne
C’est ce qui a visiblement rendu Nestlé aussi riche, donc pour moi la désolation est totale. Et Galac, moi ce qui m’a surpris c’est en fait c'était la date, ça date des années 30. Alors je pensais que c'était le chocolat blanc, je ne sais pas pourquoi, je pensait que c'était plus récent. Mais surtout le côté adaptation qui nous intéresse, le côté cas d'école, c’est que quand ils sentent que le vent juridique, politique tourne, ils s’adaptent et changent de lieu..
00:11:41Sophie Lemaitre
Donc, on voit dans le chapitre, on parle de l’optimisation, notamment d’optimisation fiscale, comment l’entreprise négocie l’usage des brevets et de la marque Nestlé avec ses filiales contre rémunération, donc ça permet en fait de faire baisser les profits dans les différents pays et donc de ce fait de payer moins d’impôts. Et on voit aussi, il y a la technique, j’ai découvert ça, la technique du double un siège social en Suisse et je crois que l’autre il était au Panama si je me souviens bien et qu’en fonction du vent, des crises, des changements de régulation et bien il y avait des filiales qui peut-être se retrouvaient rattachées au Panama et vice versa pour éviter dénationalisation et compagnie.
00:12:34David Dufresne
Et notamment en mai 1936, donc là on voit tous ce qui est en train de se passer en 1936 où là Nestlé se dit, si ça barde, il vaut mieux que je n’aie pas mes œufs dans le même panier donc ils vont ouvrir effectivement un siège en Amérique du Sud, un bureau à New York, ils vont conserver celui qui est dans Suisse, etc. Et ça en fait, c’est la matrice de ces multinationales d’aujourd’hui qui sont tout à fait capables de sauter les frontières.
00:13:04Rozenn Le Saint
Oui, et puis de jouer sur les législations qui sont mises en œuvre par les États justement pour s’affranchir des frontières. Donc c’est comme ça que Nestlé va décider de s’appuyer sur les producteurs de lait locaux. Ce n’est pas pour les vertus écologiques que ça aurait, c'était vraiment pour éviter la taxation à l’importation de ces produits. Donc en fait, c’est un système qui est mis en place pour profiter de ce qu’il y a sur place pour ensuite s'étendre le plus possible ailleurs.
00:13:31David Dufresne
Alors on attaque vos chapitres respectifs ? Pétrole contre nourriture, la corruption des multinationales au grand jour, c’est l’entrée 2003.
00:13:43Sophie Lemaitre
Oui, mais pour ça, il faut repartir un petit peu en arrière. Absolument, allez-y. Si, pendant le temps, on est en 1990 et on a l’Irak qui envahit le Koweït. Et en réaction de cette invasion, l’ONU décide d’adopter un embargo très très strict à l'égard de l' Irak, ce qui va conduire en fait à de la famine au niveau de la population irakienne, il n’y avait plus de denrées alimentaires qui pouvaient entrer. La situation était vraiment intenable et donc l’ONU a décidé de mettre en place un programme qui s’appelle Pétrole contre nourriture. Pourquoi ? Parce que l’Irak avait énormément de ressources pétrolières qu’on voulait pouvoir soutenir la population mais qu' on ne voulait pas que les profits à l’exploitation pétrolière puissent servir à nourrir le gouvernement de Saddam Hussein. Donc en 96… Programme pétrole contre nourriture, qu’est-ce que c’est ? Eh bien, c' sont des entreprises pétrolières qui sont agréées auprès de l’ONU, qui peuvent acheter du pétrole auprès de l’entreprise d'État irakienne et les profits qui sont liés à la vente de pétrole sont mis sur un compte séquestre à New York. Donc l’idée, c’est que le gouvernement irakien ne peut pas accéder aux profits faits par la vende du pétrole. Voilà, le système paraît fonctionner et puis en 2003, on a la coalition américaine qui intervient en Irak et là on a accès. Aux archives et on découvre du coup un énorme scandale de corruption et que le programme pétrole contre nourriture en fait avait favorisé un gros système de corruption. Il va y avoir une commission qui va être mise en place dans une commission d’enquête qui est mise en places par l’ONU et on y apprend en fait que sur que sur les 3000 à peu près, un peu plus de 3000 entreprises qui étaient agréées, plus de 2000 de 66 pays ont à des pratiques de corruption et dont 180 entreprises françaises. Juste pour expliquer comment la corruption fonctionnait, mais en fait quand les contrats étaient signés, il y avait ce qu’on appelait une surcharge, donc une commission, c'était 10 % de la valeur du contrat qui était viré sur des comptes en Jordanie ou au Liban qui appartenaient à des fonctionnaires irakiens. Donc c’est plusieurs millions de dollars qui sont partis comme ça sur les pratiques des corruption. Ce scandale-là, c’est l’un des plus gros dans le sens où, pas nécessairement en termes de chiffre, mais plutôt en terme de nombre d’entreprises qui ont été impliquées. Il n’y a pas eu d’autre scandale de corruption ces dernières années qui ont impliqué 2000 entreprises, c’est quand même énorme. Et par la suite, on a ces révélations, mais finalement, il y a eu très peu d’enquêtes. En France, oui, on amenait des enquêtes totales, devenues Total Énergies maintenant, et l’entreprise de négoce Vital ont été poursuivis en France. Elles ont été relaxées en 2013 mais condamnées en 2016 par la Cour d’appel, confirmées par court de cassation en 2018 et validées ensuite par la cour européenne des droits de l’homme en 2023. Et donc on voit en fait, c’est un épisode qui a duré 20 ans. Le scandale a été réveillé en 2003 et on a la condamnation définitive de TotalEnergies et de Vitol, confirmé en 2023. Il y a eu d’autres entreprises, il y en a une douzaine d’entreprises françaises qui ont été aussi condamnées, pareil, relaxe, puis condamnation en Appel. Mais sinon, je vous le disais, c'était 66 pays. Sinon, il n’y a très peu de pays à part la France. Il y eu des négociations qui ont étés conclues aux États-Unis. Il y avait eu quelques enquêtes au Royaume-Uni, mais sinon dans la majorité des cas, il n y a pas eu d’enquête.
00:17:22David Dufresne
Alors, pourquoi les entreprises faisaient ça ? Qu’est-ce qu’elles y gagnaient ?
00:17:28Sophie Lemaitre
Les contrats de pouvoir acheter ce pétrole-là et le vendre. En fait, le secteur pétrolier, les profits sont énormes. Quand on signe des contrats, on se fait plusieurs, c’est des contrats qui valent plusieurs milliards de dollars. Donc finalement, verser 10 % de la valeur du contrat, ce n’est pas grand-chose par rapport à tous les profits qui peuvent être faits. Et c'était un marché intéressant. C'était comme ça que ça fonctionnait à l'époque. C'était normal de verser des pots de vin et en France, par exemple, jusque dans les années 90, les pots de vins versés à l'étranger pouvaient être déduits des impôts. Donc, c’est se remettre dans le contexte, il y avait des pratiques qui étaient considérées comme, voilà, c'était comme ça, on le fait comme ça du business. Et après 2003, les pratiques ont commencé à changer, notamment parce qu’il y a eu la Convention des Nations Unies de lutte contre la corruption, enfin Convention des Nations Unies contre la Corruption. Qui a été signé et on a commencé à avoir un petit peu des changements de pratiques.
00:18:31David Dufresne
Racontez-nous votre chapitre, racontez nous votre travail.
00:18:33Rozenn Le Saint
Donc en gros, le but, ça a été de, avec le recul, quelques mois, années après la crise du Covid-19, d’essayer de comprendre comment les entreprises pharmaceutiques ont manigancé pour réussir à être là aussi des profiteurs, non pas de la guerre, mais de la crise sanitaire. Donc on est revenu au tout début de la crise du Covid 19. Donc le début du chapitre, c’est le G7 qui ne peut pas se tenir exceptionnellement à cause des mesures sanitaires. Et puis, un an plus tard, on est au G7. Cette fois-ci, il a lieu en Grande-Bretagne. Et puis pof, apparaît Albert Bourla, le PDG de Pfizer, en plein milieu de la photo de famille avec les chefs d'État. Et là, on se dit, en un an de temps, il y a un PDG d’une entreprise qui est devenu aussi puissant qu’un État, en fait. Il a fait sa place parmi les plus puissants de ce monde. Et alors, le but de ce chapitre, ça a été de montrer quelles stratégies ont été mises en place. Donc en fait, très rapidement, les laboratoires pharmaceutiques se sont positionnés. Donc il y a cinq ans exactement, on est confinés chez nous. On nous dit juste que potentiellement le paracétamol peut être utile en cas de mot de tête, mais on n’a rien. Évidemment, dans les entreprises pharmaceutique, on lance les processus. Il y a beaucoup de recherches qui avaient été réalisées généralement par des instituts publics. À l’université de Pennsylvanie, à la base qu’on a beaucoup travaillé sur le vaccin ARN messager qui ensuite a été commercialisé par les entreprises Moderna et puis Pfizer-BioNTech. Ça permet de zoomer sur…
00:20:13David Dufresne
Ce que vous expliquez, si j’ai bien compris, c’est que ces recherches publiques sont subventionnées, sont payées, et en fait les labos ont exigé qu’il y ait des sommes colossales versées à ces laboratoires publics pour qu’ils aillent, pour qu’ils puissent aboutir à un résultat.
00:20:32Rozenn Le Saint
Ce n’est pas tout à fait ça. En fait, plus globalement, pas que sur le Covid-19, les entreprises pharmaceutiques ont sous-traité l’effort de recherche au fur et à mesure. En fait à partir du moment où elles sont devenues très financiarisées, les actionnaires ont demandé de plus en plus de… Que les actions rapportent, voilà, et donc là, le problème avec la recherche, c’est qu’on ne gagne pas à tous les coups et que ça fait prendre des risques. Donc ce qu’ont fait les entreprises pharmaceutiques, c'était sous-traité. Donc déjà, au premier niveau, aux États, qui, via l’Inservant France par exemple, ou le NIA aux États-Unis, vont lancer des programmes de recherche, sur la recherche fondamentale, celle qui ne rapporte vraiment pas à tout les coup, mais qui est nécessaire pour qu’ensuite ça aboutisse à un produit et puis ensuite, une fois que les instituts publics réussissent à faire des trouvailles, généralement ce sont des start-up dans le secteur pharmaceutique, des biotech, on appelle ça, qui vont racheter les brevets au secteur public pour pouvoir les développer. Ces biotech réussissent à prouver que ça a une efficacité et qu’on peut créer des médicaments, des produits de santé. C’est ce qui est arrivé avec BioNTech. Pfizer arrive en bout de course, une fois qu’il n’y a plus grand-chose à faire en termes de recherche, rachète l’innovation ou s’associe à BioNTec, en l’occurrence pour le vaccin contre le Covid-19, pour finalement limiter les risques et mettre en route sa grosse machine commerciale pour faire les derniers essais cliniques, pour réussir à prouver l’efficacité. Et à faire ressortir les effets indésirables les plus importants, et puis surtout lancer la machine de la commercialisation. Effectivement, oui c’est pour ça qu’on dit souvent qu’il faut payer deux fois nos produits de santé, parce qu’en tant que contribuables, on paye la recherche publique, et une deuxième fois, une fois que les produits sont vendus hors de prix.
00:22:16David Dufresne
Alors je vous laisse dérouler votre point de vue, il y a donc plusieurs étapes pour arriver à ce triomphe des laboratoires, donc la première étape c’est d’avoir sous-traité la recherche et après il y en a d’autres.
00:22:30Rozenn Le Saint
Voilà, alors là, c’est d’ailleurs ce qui a alimenté le complotisme, c'était comment on a fait pour créer des vaccins en si peu de temps. Les États ont raqué, en fait, ils ont versé tellement d’argent qu’on a pu faire une accélération du processus de mise sur le marché et réussir en très peu de time à avoir des vaccins qui ont pu être commercialisés. Généralement, ce qui était négocié par les laboratoires pharmaceutiques lors des négocions, notamment au niveau européen c’est de réussir à avoir des chèques en blanc, c'était-à-dire des aides au développement de ces vaccins pour pouvoir aller plus vite et ça a permis à des entreprises d’encaisser de l’argent quand, parfois, le résultat n’a pas été au rendez-vous. C’est le cas de Sanofi, notamment. Donc, on a mis beaucoup de temps à avoir les éléments sur combien l’Europe a donné à ces laboratoires pharmaceutiques, parce que personne ne voulait rendre public les contrats qui ont été passés, et pourtant, c' est de l argent public. Nous, journalistes, on a demandé très tôt à ce que ces contrats soient rendus publics on n’a pas réussi à obtenir gain de cause. Finalement, quand la Commission européenne a été en conflit avec un des laboratoires, AstraZeneca, parce que la Commission Européenne, c'était en tout début 2021, où vraiment, il faut se remettre dans le contexte, on avait tellement besoin des vaccins que les pays entre eux se battaient pour avoir des doses. Et là, l’Union européenne, la Commission européenne fait un procès à AstraZeneca pour dire mais vous nous n’avez pas donné assez de doses, c’est que vous les avez distribuées ailleurs alors qu’en Europe, on en a besoin. Je m'étais rendue à l'époque au procès à Bruxelles et c'était juste flagrant à quel point la Commission Européenne s'était fait avoir dans les contrats. Les avocats d’Astra Zeneca n’avaient pas beaucoup de travail à faire pour montrer que finalement, comme ce qui avait été négocié, c'était juste une obligation de moyens et non de résultats. Les laboratoires avaient les mains totalement libres de faire ce qu’ils voulaient de leurs doses. Toujours est-il qu'à ce moment-là, une partie des contrats sont publiés. La Commission européenne fait une erreur de bureautique, et pendant un court instant, on réussit à voir ce qu’il y a en dessous des parties grisées, parce que sinon, c’est des contrats caviardées auxquelles on a accès. Il y a la moitié qui…
00:24:43David Dufresne
J’aime bien le terme de bureautique.
00:24:46Rozenn Le Saint
Toujours est-il qu’on a réussi à voir ce qu’il y avait en dessous et pour moi c'était une mine d’or d’information parce qu’y avait…
00:24:52David Dufresne
Il faut préciser, oui c’est une forme de PDF, mais en fait on arrive à voir, à lire ce qui est censé être masqué. Donc par exemple…
00:25:00Rozenn Le Saint
Tout ce qui était euro, c'était masqué. Le prix des vaccins, c'était masqué. Et puis pof, pendant un court moment, on a réussi à voir ce qu’il y avait en dessous. Donc là, on a su que le prix des vaccins AstraZeneca n'était pas très élevé parce que ça a été développé avec l’université d’Oxford, donc un institut public qui a accepté de collaborer avec l’entreprise pharmaceutique à condition que les vaccins ne soient pas vendus trop cher. Donc c’est les seuls qu’on n’a pas payé trop cher et puis surtout, on a réussi à voir que la Commission européenne avait versé, il me semble, 340 millions d’euros en chèques en blanc, dont je vous parlais tout à l’heure, pour accélérer le processus. Donc ça, on réussit à le savoir uniquement grâce à cette erreur de bureautique, mais ça nous permet d’avoir un minimum de transparence auquel on devrait avoir accès dans tous les cas. Et donc, c’est là qu’on se rend compte que si on a réussi à avoir ces vaccins aussi vite, c’est parce que l’Europe a versé beaucoup d’argent.
00:25:54Sophie Lemaitre
On n’a pas une boule de cristal pour voir ce qui ce qui se passera dans le futur et vous disiez le livre est déprimant et en même temps dans le livre on n en a pas parlé il y a quand même des choses qui sont mises en place pour essayer de lutter contre l’impunité des multinationales pour essayer d’encadrer la manière dont elle fonctionne et voilà il y a des choses qui existent.
00:26:14David Dufresne
Alors visible justement parce qu' il n’y a pas de question comment faire pour lutter contre.
00:26:19Sophie Lemaitre
Donc il y a plusieurs choses, déjà ça prend du temps, donc il n’y a pas de solution miracle, on ne va pas, c’est comme la corruption, ça ne peut pas se faire en un an. Mais on a déjà quelques petites victoires, comme le fait qu’il y a eu un accord mondial sur un taux minimal d’imposition sur les sociétés de 15 %. Alors bon, en France par exemple, l’impôt sur les société est de 25 %, donc on pourrait se dire qu’on interrompt ça. Ah, ne m’en parlez pas, ne me parlez par. Mais il y a des pays où c’est 0 %, donc déjà, arriver à un tel accord au niveau international, alors qu’ils y aient des pays, c'était des paradis fiscaux, ils n’avaient aucune… C'était pas dans leur intérêt d’augmenter leur taux d’imposition, ça c’est une victoire. En France, on a eu la loi sur le devoir de vigilance en 2017 qui a pour but que les multinationales mettent en place un plan de vigilance et qu’elles essayent de réduire les risques d’un impact sur l’environnement, sur le droit des travailleurs. On a des plaintes qui sont déposées contre des multinationales pour blanchiment de fraude fiscale pour atteinte à l’environnement. Là j’ai vu par exemple que Arcelor Mittal avait été mise en examen pour atteintes à l’environnement et mise en danger d’autrui. Donc il y a différentes actions et puis après il y à l action des citoyens par exemple sur certains produits. Le fait d’avoir de boycotter, ça peut pousser l’entreprise à changer ses pratiques, signer des pétitions, c’est hyper important. Soutenir, donc verser des dons à des médias comme auposte mais aussi aux ONG, c’est hyper important pour soutenir une société civile dynamique, donc il y a plein de mesures qui peuvent être faites et on a aussi Des victoires que dans des États par exemple où l’eau, la gestion de l’eau était privatisée, on a vu qu’il y a des États qu’on réussit à remettre ou des villes qu’ont à remettre à renationaliser, à rendre l’Eau à nouveau un service public. Donc il y a de projets miniers qui ont pu être arrêtés grâce à la mobilisation des communautés locales. Donc il y a plein d’exemples. Il ne faut pas abandonner, il faut continuer à se mobiliser.
00:28:23Rozenn Le Saint
C’est ça, ce livre, il permet de se dire, mais c’est pas possible qu’il y ait autant d’impunité, peut-être. Effectivement, il dénonce, mais il donne aussi des exemples de succès une fois qu’on se bouge. Dans le domaine pharmaceutique, par exemple, Joe Biden, une nouvelle fois, a réussi à imposer, via le Reduction Inflation Act, que les trois entreprises qui commercialisent les produits contre le diabète, qui est vraiment un fléau aux Etats-Unis réduise le prix de l’insuline de 70 %. Il a réussi à l’obtenir par la loi. Et pourtant, il y a eu un lobbying extrêmement fort de les entreprises pharmaceutiques au moment de cette loi-là. Donc c’est comment on contre le lobbying et comment on met en place des contre-pouvoirs pour réussir à les contrer.
00:29:06David Dufresne
Merci à vous deux, merci Nayan, merci Euryale merci tout le monde dans le tchat et à lundi !
00:29:23Jingle
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