Usul convoqué Au Poste
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Monsieur Usul, vous êtes né le 20 décembre 1985 à Louviers. Sur votre page Twitch, il est écrit Usul2000 stream politique. C’est trop court. Avant l’an 2000, vous aviez quinze ans. Qu’est-ce qui vous sidère et vous fascine tant dans l’an 2000 ? Nous en parlerons. Nous avons enquêté un peu et nous avons retrouvé dans nos fiches des renseignements généraux, puisqu'à l'époque il existait encore ces braves gens. Vous avez été militant de la Ligue communiste révolutionnaire, vous êtes vidéaste web, chroniqueur français, vous êtes le roi du rétrogaming et du turbo gauchisme. Vous vous êtes fait connaître par la websérie 3615 Usul. Là encore, on s’inquiète. Alors que vous n’avez même pas connu le Minitel. Vous parliez à l'époque de jeux vidéo, de politique. Alors on vous connaît évidemment depuis Mes chers contemporains 2014-2016 avec. Ouvrez les guillemets, vous entrez chez Plein, non ? C’est passionnant.
Cher contemporain, mes chers compatriotes.
C'était pour voir si vous suiviez. Vous êtes, vous êtes. Vous êtes un bon élément. Ouvrez les guillemets depuis 2017 qui s’appellent maintenant, ouvrez l'Élysée. Très bien, vous suivez ? Vous êtes réveillé, vous vous appelez Usul et vous travaillez également pour une petite chaîne qui s’appelle Blast.
C’est factuel, c’est factuel. Je vois qu’il y a un angle qui consiste à dire que je suis un peu jeune, vieux. C’est un peu ça le truc. Entre les années 2000 et le Minitel.
Tu démarres par un truc extrêmement, on va dire pour l'époque hypermoderne, tu es dans le jeu vidéo, etc. C’est-à-dire effectivement ce qu’on pourrait appeler une cure de jouvence. Mais cette cure de jouvence, à un moment donné, les rides arrivent. Et donc comment tu vas ?
Donc les boomers nous font pas de place, on est toujours des jeunes.
Comment tu te définis aujourd’hui ?
Je dirais avant tout épicurieux. Avant je disais vidéaste, c'était pratique parce que franchement, je faisais des vidéos, c'était mon corps de métier, écriture, montage, fabriquer des vidéos. J'étais un artisan vidéaste. Aujourd’hui, maintenant c’est accueil Backseat et le stream en plus, c’est plus pareil. Ouais, je suis un peu un influenceur politique au sens large. Oui ben oui, toi, tout ce que font les influenceurs politiques, à peu près, je le fais. Donc oui.
Alors c’est quoi un influenceur pour toi exactement ? C’est quoi un traitement ? Ouais, c’est quelqu’un qui habite les réseaux sociaux.
À toucher l’argent pour influencer les gens.
Bah ouais. Par Mediapart, je ne sais pas par Blast.
Alors c’est une chose d'être payé par des organes de presse, en est une autre d'être payé par des marques. Ce que je voulais dire c’est est-ce que. Est-ce que par exemple, il y a des marques qui t’ont un jour dit Tiens, ce serait sympathique de parler de mon clavier machin ou de ma paire de lunettes ? Est-ce que tu as été approché ?
Alors bah moi, ceux qui me courent après, qui me courent après, faut le dire vite, mais c’est plutôt ça aide plutôt. Lors de deux sorties de bouquins, on m’envoie des bouquins, mais j’imagine que toi aussi. Mais ça c’est le secteur dans lequel on évolue. Ça fait que voilà, à gauche, les gens écrivent beaucoup de bouquins. Et dans nos cercles, j’imagine particulièrement, vu qu’on côtoie, on est entouré, on est des journalistes.
T’es le seul invité de la semaine qui ne vient pas pour un livre. Moi je ne vois pas énormément de bouquins, j’adore ça.
Exactement au moment où j’ai plus le temps de les lire. Donc je les regarde, ayant pour plus tard ou plus tard. Là, je crois qu’on peut nous confiner longtemps et laisser les librairies fermées assez longtemps pour que je ne m’ennuie toujours pas au bout de quelques mois.
C’est quoi ton rapport au monde médiatique aujourd’hui ? Aujourd’hui ?
De l’extérieur, ce sont les gens me traitent un petit peu comme si j’appartenais bel et bien. Pour autant, j’ai le sentiment d’y être un peu par intrusion et de ne pas en être un des éléments les plus légitimes. En tout cas, ça c’est certain. Mais on se prend au jeu.
Ta critique du monde médiatique a toujours été là, dans ton travail. Est-ce qu’elle a évolué du fait que tu fasses partie finalement du circuit maintenant ?
Bah je pense mais c’est normal. Mais c’est faux. Faites pas confiance aux journalistes pour avoir un point de vue sur les journalistes, ils sont un peu empêchés quand même un peu. On va dire qu’il y a des bénéfices aussi quand on est dans un champ à jouer les outsiders, apprendre à rentrer un peu dans l’art, etc. C’est une position de challenger dans un champ, d’arriver et de critiquer et de critiquer l’ordre même du champ, ses valeurs. Parce que nous, on aurait une meilleure place dedans si ces valeurs-là changeaient. Là, manifestement, des gens comme Pujadas, je dis toujours aucune, je ne me sens toujours pas proche de gens comme Pujadas. Je me sens. Je m'énerve toujours quand j'écoute Léa Salamé et Nicolas Demorand, ça, il n’y a pas de problème. Mais je comprends vachement mieux le métier de tous les autres journalistes ou de beaucoup d’autres journalistes. J’ai vu des rédactions, j’ai vu des studios, j’ai vu des journalistes qu’on ne voit pas, ceux qui préparent les plateaux. Et je vais avoir tendance à avoir un peu plus d’indulgence que je n’en avais avant.
Et voilà, et voilà. Et voilà. C’est quoi ta position ? Et qu’est-ce qui te légitime ? Pourquoi tu te dis tiens, je peux écrire là-dessus.
Je suis quand même au contact de beaucoup de vrais gens. Je vois que ça, ils l’ont pas. Moi je l’ai. Je ne suis peut-être pas expert, mais au moins je peux apporter ça. Ça, j’ai capté ça. J’ai essayé de leur expliquer comment j’ai capté ça et je pense que je peux l’expliquer d’autant plus facilement que je vois tout à fait où en sont encore les gens. J’y étais il n’y a pas si longtemps, moi, dans ce truc-là, à la limite. Donc moi c’est vraiment un truc qui me qui m'épuise, c’est. Est-ce que moi j’ai été étonné en apprenant ce truc-là ? Et si oui, j’ai le droit de raconter quoi ? J’ai le droit de raconter ? Je crois que j’ai compris. Je ne dis pas non plus des trucs très compliqués non plus. Moi je ne suis pas, je pense chercheur, je n’ai pas prétention à traiter de trucs très balèzes. Donc vraiment je viens avec la modestie du vulgarisateur aussi.
Attendez, attendez, attendez, attendez, attendez ! !
Ceci est un contrôle de police. Bonjour, bonjour !
Je viens d’entrer par effraction Ostpolitik. Le meilleur d’entre nous, le Alain Juppé du tweet. Qui écrit, qui réalise, qui monte, qui pense à tout ça ? Comment ça se passe ?
Qu’est-ce qui vous excite le plus ?
Moi ce que je préfère, je pense, c’est en outre le moment de sortie de l'épisode où tu vois ton travail fini et les premières réactions et tout et les premières réactions. C’est toujours assez cool, mais c’est l'écriture je pense le plus intéressant. J’aime bien l’idée aussi d’avoir un petit pouvoir de nuisance et de me dire tiens, on va emmerder, tiens, on va caler ça. Les gens l’ont pas dit comme ça, on va le dire comme ça, on va être plus franc et il y a un petit truc de ouf, ça fait toujours plaisir mine de rien, un truc lisse, c’est pas marrant, mais un truc où tu dis je vais emmerder des gens, ça, ça te fait du bien de le dire.
De temps en temps, on a l’impression et c’est ça que je trouve le plus, le plus chouette, c’est qu’il y a une part d’improvisation quand même, ou de trouvailles sur le moment. Non.
C’est le côté bêtisier. C’est ça.
Ce n’est pas un bêtisier, parce qu’on discute avant de ce qu’on va dire. On dit Ah, on va faire une blague sur un autre sujet d’actu. En général, c’est un peu prétexte à faire une blague sur un autre sujet qui est un peu dans l’actu, ou à préciser un truc sur l'épisode ou à faire une blague. Mais ça c’est ça. Ce n’est pas écrit dans le texte.
Les recherches. Lequel de vous deux les fait ?
Ah ben ça dépend. Pour Blast c’est plus Ost, et pour Mediapart, on les fait, on les fait en même temps. Mais même pour Blast, on fait un peu tout en même temps parce que bah en fait tu es un peu toujours vigilant à ce que tu regardes dans l’actualité. Enfin, tu as toujours ce regard-là de dire tiens, ça, ça peut servir pour un épisode, donc tu le mets de côté dans ta tête ou vraiment sur un papier. Et puis quand on se voit, on dit t’as vu ça ? T’as vu ce truc-là ? Jean-Pierre Non, mais ce travail de veille ordinaire qui fait que là, ce matin, je ne serais pas avec vous et je serais levé à cette heure-là. Peut-être que j'écouterai le replay de la matinale de France Culture, je regarderai qui il y avait sur France Inter, etc. Le Replay À l’air libre aussi. Enfin voilà, on fait, on regarde partout et en général, soit ça va influencer aussi sur le sujet qu’on va choisir après, soit on a déjà choisi le sujet, auquel cas c’est mis de côté. Donc on les fait chacun de notre côté aussi. Et par contre quand on regarde des gros trucs genre on force par exemple les trucs que je n’ai pas envie de regarder tout seul pour le plaisir là. Quand on avait regardé le meeting de la Maison commune d’En Marche, là très bon souvenir, hier j’ai dû me mater 1h ou deux de BFM TV pour voir ce que ça racontait quoi. Après j’ai mis CNews et donc je fais un peu de veille comme ça de merde exprès par exemple. Tu vois, j’ai mis de côté Zemmour chez Magali Berdah.
C’est qui ma grand-mère ?
Elle est souvent appelée la papesse des influenceuses. C’est un peu la Mimi Marchand des influenceurs et des stars de téléréalité. Elle a rencontré Mélenchon aussi je crois, oui, et elle a décidé de se lancer dans la politique.
Est-ce que vous discutez avec Matthias Enthoven qui a Blast ? Est-ce que vous discutez avec tous ceux qui sont Mediapart avant de faire votre sujet ou vous êtes des autonomistes ou vous faites ce que vous voulez ? Vous avez vos livres et les trucs à faire.
Alors à Mediapart ? On est très autonome dans ce qu’on fait sur place, on discute un peu plus, on annonce notre thème, mais encore une fois sur l'écriture et sur le fond, il n’y a pas, il n’y a pas de relecture, il n’y a pas de corrections de choses comme ça. En général, on est assez maso. C’est aussi une condition pour faire, pour faire notre travail quoi, à moins qu’on ait des erreurs factuelles ou des trucs qui pourraient nous mettre en porte-à-faux juridiquement, il n’y a pas de raison pour qu’on pense qu’on change de quand on écrit quoi. Mediapart, tu découvres le sujet le lundi matin.
Et bla bla bla..
C’est sûr qu’on est en train de bosser. Matthias c’est vrai.
Pour Blast, vous faites une série de portraits, il y en a eu trois, il y a eu Chevènement marché et merde, le dernier c'était Le Pen, c’est ça ? Je ne me goure pas, mais c’est ça. Pourquoi vous faites dans la naphtaline ? Elle est jeune, elle est jeune.
Pourquoi on en parlait ? On en parlait hier. On bosse sur Philippe de Villiers, voilà.
Et en fait ça se pose là.
On rigole, on rigolait en disant on a pris un jeune, cette fois-ci, ça a commencé avec. Et en fait c’est passionnant parce qu’en fait on ne comprend pas où on en est maintenant si on ne comprend pas par tout ce par quoi on est passé. Le Pen, il faut la lepénisation pour qu’il y ait la mémorisation derrière. Il faut Chevènement à l'époque pour qu’il y ait Arnaud Montebourg ou le Printemps républicain aujourd’hui Marchais pour expliquer le PCF à la position de Roussel. Et voilà, on ne peut pas comprendre les textes de Roussel et la viande si on ne comprend pas que ça a toujours été comme ça. Les gars marchaient, c'était déjà ça. Il y dénonçait déjà les idées, le gauchisme, les étudiants. Voilà, ça a toujours été ça quoi. C'était vraiment l’idée de base de se dire si dans dix ans on revoit ses vidéos, qu’on puisse encore, encore en tirer quelque chose. Bon, peut-être un peu, peut-être un peu. Moi je n’en sais rien. Mais si on prend des figures politiques actuelles, il y a toujours le risque. Un an plus tard, on en sait plus qui c’est. Donc des figures qui ont marqué un petit peu la scène politique de la vie politique depuis 30-40. Ou 50 ans au moins. On sait que ceux qui ont toujours marqué la vie politique à ce moment-là. Et puis, et puis il y a aussi le fait qu’ils sont. Ça, c’est particulièrement vrai pour Marchais. Pour Chevènement, c’est des gens dont les dons, les personnes dont les dons, les acteurs politiques d’aujourd’hui se revendiquent.
Vous faites de l'éducation populaire ?
Je n’ai pas dit ça, on peut acheter, j’ai pas vu ça et moins mieux. Ah oui, j’ai dit Usul. Et moi je trouve ça hyper intéressant qu'à la fois tu es l’influenceur à l’avant-garde de la gauche, YouTube, internet, etc. Et en même temps, comme dirait ton ami, tu puises beaucoup dans le passé. C’est ça que je trouve, je trouve assez étrange.
Bon, tu veux que je me passionne pour quoi ? Pour la primaire populaire ? Extinction, rébellion ? Les trucs de maintenant
On va en parler.
On a le côté actu avec la chronique sur Mediapart, on a le côté plus perspective un peu historique dans Blast. Et puis c’est un peu ce que faisait Usul avec. Avec Mes chers contemporains, c’est ce truc-là d’avoir plus une perspective par rapport au passé, mais c’est toujours pour dire quelque chose du présent. C’est une porte d’entrée en fait. Les figures politiques qu’on choisit, c’est un visage. Mais derrière un visage, il y a une histoire que nous essayons de traduire en histoire populaire quoi. On veut que les gens se laissent un peu moins embarquer, quoi. Quand on entend l’extrême droite qui récupère Georges Marchais. C’est légitime que nous nous demandions pourquoi. Comment ? Comment peut-on là où il y a des gens qui sont des falsificateurs, il y a des gens qui sont embrouillés, comment nous on redonne un peu de clarté, notamment avec une vision de classe aussi.
Je vous remercie. Vous avez mis un petit extrait de Mathieu Molard Au poste. Merci pour les années, mais ce n’est pas un reproche, c’est une remarque. Que ce soit Chevènement, que ce soit Le Pen, que ce soit Marc et Le Pen surtout, il y a quand même chez vous une fascination pour le côté bête de la télé qu'étaient ces mecs-là.
Ah ben c’est plus pratique en vidéo, on fait de la vidéo donc, et c’est plus agréable à bosser. À regarder des émissions, on constate des émissions de L’Heure de vérité de 1978 avec. Ça n’existait pas mais bref.
Chers messieurs, j’ai bien compris, vous faites de la vidéo ? C’est mieux d’avoir de la vidéo, mais précisément, vous êtes aussi sur la bataille des idées. Oui, vous n’arrêtez pas de nous dire ça. Est-ce que la bataille des idées se mène uniquement sur l’espace télévisuel ou aujourd’hui YouTube, Twitch, machin ?
Non mais comme je disais, ça c’est un produit d’appel. On voit bien ce que tu veux dire. C’est-à-dire tu fais la distinction entre télé à gauche, il y a toutes les luttes populaires, et puis il y a la face émergée qui va être le petit jeu politicien. Et nous on attaque par le petit jeu politicien et le monde médiatique. Mais parce que c’est ça que les gens connaissent le mieux en fait. Mais à travers ça, on essaie d’arriver aux luttes derrière, comme quand on prend Blanquer. Le but c’est de parler du mouvement social des profs derrière. Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui se passe sociologiquement avec les profs, etc. Mais on attaque évidemment par Blanquer à Ibiza.
Sur réponse à ce, répliquent ces deux rappeurs. Vous êtes les juristes. Ah ! Les coups de chaîne du Twitch vont très bien. Comment vous êtes formés ? Quel est votre manager ? Qui vous a marié ?
Qui est qui ? Vous cherchez quelqu’un à la base ? Puis on s’est rencontrés par des amis en commun, je crois, à Lyon à ce moment-là. Et puis et puis voilà. On a commencé à faire un pilote de volley avec plein de monde. Rien. Vraiment, c'était n’importe quoi. Mediapart vous a dit très poliment que ce n'était pas bien. Ils n’ont pas dit ça comme ça. Mais voilà.
Ce sont des gens, ce sont des gens très polis à Mediapart, ça il faut le dire. Non, les gens ne le savent pas, ils sont très polis.
Et j'étais au chômage à ce moment-là. Je cherchais un peu donc ça c'était bien tombé pour ce truc-là quoi. Je venais de sortir de mes études. En plus, toi tu cherchais quelqu’un qui avait une formation de journaliste, donc j’avais travaillé en radio, je faisais un peu des piges à droite à gauche sur cette période-là. J’en faisais, j’en faisais très peu quoi. Du coup, voilà, ça s’est fait comme ça. Et puis on s'était vu en manif à l'époque de la loi travail. Voilà. Moi j’aime bien le truc du duo parce que tu peux faire, tu peux faire des dialogues, je trouve tout seul, tu te fais vite chier. Niveau écriture, je parle parce que à écrire, c’est plus marrant d'écrire des dialogues quoi.
Vous pensez que ça joue un rôle de ne pas être des parigots ?
Non mais en fait c'était pas mal d’avoir je pense des chroniques de gens qui sont pas forcément dans Paris parce que bah tout est à Paris, donc je pense que ça intéresse aussi Mediapart à ce moment-là de voir quelque chose de l’extérieur. Mais après, sur la forme. Bon, les gens au début de la chronique ils disaient ah les bobos parisiens qui ne sortent pas du périph. Quand je vais à Paris, j’ai un briquet avec marqué Lyon dessus, comme ça on le pique pas. On sait que je suis lyonnais. Et puis il y a autre chose, c’est que ça nous rend aussi attentifs. Il y a quand même une situation locale à Lyon dont les parisiens ne se rendent pas compte et je m’en rends compte, moi, en discutant parfois avec des journalistes qui font des articles notamment sur tout ce qu’est la fachosphère, les fachos, etc. On vit dans une autre ambiance. Ici à Lyon.
J'étais une cible puisque il y a quelque temps t’as été agressé par des fachos. Comment vous vivez ça ?
Alors je fais gaffe, je suis vigilant, Papacito a fait plusieurs vidéos sur ma gueule etc. Quand derrière ? Après ils appellent les gens à s'équiper d’armes parce qu’on sait jamais, on va tester comment un gauchiste réagit. Je ne sais pas de quel calibre il s’agit. On sent bien que bon, s’il y a un attentat d’extrême droite là, un mec qui décide de péter un câble et de poser une bombe ou de tirer sur des gens, on ne sera pas en haut de la liste des priorités. Je pense qu’ils sont trop. Et c’est terrible ce que je vais dire, mais je pense qu’ils sont tellement racistes que ça va. Ça va être un des critères qui va, qui va primer, des gens qui ont le malheur de pas être blanc et de marcher dans Lyon et qui se font agresser, ça arrive, ça arrive très régulièrement. Je pense que c’est vraiment le plus rassurant. Vivre en sécurité là, à Lyon, en centre-ville, dans un quartier, avec ce cas, il a vachement plus de menaces que nous.
Quelle est votre formation à tous les deux ? Le tchat est très indiscret par rapport à ça.
Moi j’ai juste le bac et c’est tout.
On peut savoir quelles lettres du bac.
L évidemment remotive si forcément de bac L qu’on fait quand on fait ces émissions.
De bac et pas d'études supérieures.
Moi non. J'étais à l’université publique à Lyon sur Lyon 2. J’ai fait un master en sciences politiques de sciences sociales, sciences politiques. Un syndicalisme. La formation de gauche également.
Bloquer ou ne pas bloquer ?
Moi je bouge, je bloque, je même. Et là, j’ai même bloqué automatiquement les insultes qui s’appellent Bodyguard. Je conseille d’ailleurs si vous êtes Bodyguard.
C’est quoi ça Bodyguard ? Putain, ça m’intéresse.
C’est assez bien foutu. Il détecte les messages insultants, il les bloque, il les masque. Ça te donne même pas de notification. Dès que j’ai un truc qui m'énerve un p’tit peu, même si ce n’est pas forcément méchant, c’est juste un peu ironique, mais je bloque. De toute façon ça ne va pas détruire la vie de la personne qui se bloque ici.
Tu disais à l’instant j’ai envoyé chier ton chat d’abord, je trouve ça assez drôle que tu dises ton chat parce que je pense que c’est notre chat. Hé ! Et deux. Et de deux choses, je suis intimement convaincu. Par exemple, aujourd’hui, c’est pour moi la preuve, c’est que là, il y a beaucoup plus de monde que d’habitude. Évidemment, vous êtes là. Eh bien, je pense que nous atteignons le seuil critique au-delà duquel il ne faut pas aller, parce que ça devient inintelligible tellement il y a de messages. Est-ce que, de temps en temps, vous vous ne dites pas un peu comme l’idée de la décroissance ? Il faut, il ne faut pas aller au-delà d’un certain seuil si on veut rester dans une intelligence collective de discussion, de débat.
Twitch, typiquement, c’est un espace intéressant justement pour avoir ce débat collectif. Par exemple, les commentaires YouTube, pour moi ce n’est pas un espace de discussion intéressant, mais après le tchat ça permet aussi, même si moi j’ai pas mal de monde aussi. Moi, tu m'étonnes, tu ne peux pas tout lire. Des fois ça va, ça va un peu vite et tu peux mettre le slow, tu peux voir un peu plus facilement les messages. Je fais souvent des petits sondages pour voir un petit pour me faire une idée aussi de ce que mon public là qui est là à en tête. Et des fois je suis assez étonné, je vois qu’ils sont plus concis que je pensais ou à l’inverse c’est bon, ils sont complètement radicalisés. Le débat sur Twitch est plus apaisé que sur d’autres réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Donc on peut avoir une discussion intéressante avec les gens. Je pense que c’est pas mal. Après, ce n’est pas non plus un rêve démocratique, l’horizontalité tout ça. Je ne dis pas ça.
Moi, c’est quand même ça qui m’intéresse vraiment dans Twitch, c’est l’interaction. Là je suis en train de lire, il y a des modos qui remontent des questions, etc. C’est ça qui me passionne moi aussi.
Mais ce n’est pas d’horizontalité dans le sens où il y a quand même une personne qui streame. Il y a des gens qui sont dans le cas, la personne qui streame. Tu disais les modes, remontent les questions et sélectionnent les questions. Les personnes qui streament, sélectionnent les questions auxquelles elles veulent répondre. C’est un peu. C’est un peu comme un standard de radio avec des sélections de questions des auditeurs, mais en plus immédiat et en plus en plus rapide.
Non parce que c’est oui, mais sauf que tout le monde tient le standard puisque tout le monde voit les questions.
Oui, tout le monde voit les questions.
Après, il y a celles qui sont répercutées, mais tout le monde les voit et tout le monde voit les, les et les interactions. Bon, par exemple, au début du chat, c'était assez désagréable, il a été beaucoup question de pognon. On en parle, on n’en parle pas.
Bah moi je ne trouve pas ça palpitant.
En fait, je m’attendais à ce que le trotskiste, par exemple, profite de la question pour parler des moyens de production qu’on a. Il faut qu’il y ait des donateurs ou des abonnés à Mediapart ou des abonnés à vos chaînes respectives. Parce que s’il n’y a pas un peu de carburant financier, ben, il y aura, à un moment donné, il n’y aura plus du tout de cintre, de contre-voix, de contre-parole. Si c'était ça, je voudrais bien des.
Donner à Mediapart. Abonnez-vous à Mediapart, abonnez-vous. Oui, parce qu’en fait c’est eux qui payent nos salaires. Donc ouais, t’as raison, il faut, il faut s’abonner. De toute façon, de manière générale, la presse, la presse indépendante de manière générale, Les Jours, Blast, Radio Parleur font un plan média hyper intéressant. Quel s’abonner et soutenir financièrement les journalistes aussi qui sont souvent. Vous voyez souvent des journalistes très médiatiques et on se dit gagner beaucoup d’argent parce qu’ils passent à la télé, mais ce n’est très souvent pas le cas. Donc n’hésitez pas à soutenir les médias indépendants.
Vous, vous êtes de la génération qui est née avec la presse gratuite, les chaînes d’info, les chaînes, les radios d’info en continu, c’est-à-dire l’illusion que la formation ou la réflexion, finalement, elle est et elle n’a pas de coût. Elle est distribuable comme ça, gratuitement, au gré du vent. Est-ce que aujourd’hui c’est votre boulot ? Vous pensez ça différemment ou.
Je ne sais pas moi. Déjà j’achetais déjà Le Monde Diplo en 2001, donc j’ai un goût pour la presse papier et donc pour la presse payante. Mais de façon je pense que aussi nous on met pas mal en valeur j’espère le travail de ces, décès, de ces rédactions-là. Bien sûr, ce sera dans une revue de presse, que ce soit même dans les guillemets, on met des extraits de trucs machin. En fait, je trouve que ça revient un peu d’ailleurs, parce qu’il y a vraiment eu les années 2007, crise de la presse où il y avait beaucoup de gratuit. Beaucoup de médias ont pensé qu’il pourrait survivre avec un modèle publicitaire, peut-être de Rue89 notamment, qui avait pensé pouvoir survivre comme ça. Maintenant, c’est une sous-catégorie du Nouvel Obs., donc bon, ça n’a pas trop bien marché. Mais il y a ce retour du paywall, ce retour des abonnements. Moi je trouve que c’est une bonne chose en fait, parce que ça permet à la presse, à la presse de survivre, surtout la presse indépendante. Après, il y a la presse subventionnée, c’est quelque chose. Mais même des journaux qui étaient en crise, comme Libé ou Le Monde, ont un petit peu des couleurs. Aujourd’hui. Il y a vraiment eu cette décennie de crise de la presse et qu’il y a vraiment la tentative du tout gratuit. Avec la grande période. Des journaux gratuits, il y en avait, il y en avait cinq ou six différents je crois. Une époque où la plupart se sont cassés la gueule. Ça a montré que c'était un modèle qui fonctionnait pas de toute façon, ça l’a montré par ça l’a montré par la réalité quoi. Donc oui, c’est pour soutenir la presse qui nous intéresse, la presse indépendante.
Et c’est plutôt primaire, ou plutôt populaire.
Ah ! Question pour Bibi. Pas primaire, populaire en tout cas. On peut dire qu’on préfère l’Union populaire à la limite, même si on est critique des insoumis. On l’a fait dans d’autres vidéos. C’est quand même un choix de cœur. On va dire ça comme ça.
Quelle est votre position sur la primaire populaire qui a démarré hier ?
Il n’y a pas un complot de Taubira derrière. Il n’y a pas de complot du PS derrière. Mais je regarde par contre comment les choses fonctionnent. Et en effet, j’ai vu comme toi qu’il y avait là-bas chez eux une espèce de culture START up macroniste. Les organisateurs d’ailleurs. Ben oui et non. Il y en a qui viennent vraiment de ça. Après cette espèce de culture START up, je m’inspire de Bernie Sanders. On va faire une plateforme sur Nation et puis ensuite on va faire du phoning et puis une campagne de masse. Je l’ai vu aussi chez les Insoumis en fait, la vidéo de Samuel Dubost qui a fait pas mal, pas mal parler. Il y avait vraiment l’idée de récolter des datas quoi. Les gens c’est des données. C’est cette vision très marchande de la politique dans cette primaire populaire-là qui a éclaté au grand jour. Parce que cette vidéo qui est sortie mais qui effectivement exulte, raison, elle se répand un peu partout dans le monde, dans le monde militant. Malheureusement, malgré l’image qui se donne quelque chose qui vient de la base populaire, c’est nous. Dans le nom, ils sont assez peu transparents quoi. Ça, ça pose problème ? Et après quand on parlait de Taubira, ce n’est pas qui roule pour Taubira, c’est qu’en fait, sociologiquement, ces gens-là, on sait que Taubira ça leur plaît. Tout ça, c’est porteur de plein d’enjeux qui ont été tranchés en amont par un groupe de gens qui ne nous ressemblent pas et qui ont décidé que pour eux, par exemple, le PS était naturellement encore de gauche. Ça avait encore du sens de faire une union de la gauche en invitant avec Hidalgo, avec Taubira, etc. Alors qu’il y a tout un peuple de gauche qui était dans la rue. Pendant que Samuel Grzybowski s’enthousiasme sur la candidature Macron, il y a tout un tas de gens qui étaient dans la rue pour le mouvement loi travail alors que Taubira était encore ministre. Il y a ce côté très politisé de se dire qu’il y a l’union de la gauche. Sur quoi, pourquoi, avec qui ? On ne sait pas. C’est vraiment l’union de la gauche. Faut faire l’union, faut faire l’union. Taubira, Hidalgo ne les a pas vus pendant les manifestations dans les manifestations sous le quinquennat de Macron. La loi sécurité globale, le mouvement des gilets jaunes, ce genre de choses. Des gens qui étaient absents pendant cinq ans. Et là soudain, ils ressortent et on devrait accepter, faire une espèce de socle commun un peu vague pour faire une union de la gauche. Parce que tout ça, c’est un petit peu courageux de penser ça. Ce genre de.
Féminisme, il paraît que ça s’est mal passé avec Hidalgo, c’est vrai.
Moi j’ai regardé le replay quand même, je l’ai trouvé assez désagréable et je me suis trouvé assez désagréable aussi avec elle. Comme quoi ça fonctionne bien. Elle n’est repartie pas contente.
Apparemment c'était l’union des désagréables, c’est ça ?
Elle n’est pas restée boire des coups après. En effet, on ne fait pas vraiment du Twitch quelque part. Très peu d’interactions avec le chat. On fait une émission, mais en même temps, pourquoi on ne pourrait pas faire nous-mêmes aussi une émission si on reprend les codes de deux plateaux sur lesquels de toute façon on n’est pas ou peu invités et on se donne le droit de faire une émission comme les bourgeois. Voilà, vous avez vos plateaux. Eh bah très bien, on en a un plateau comme ça aussi nous.
Côté face à Castaner. Est-ce que tu penses que c’est justement le plateau, le plateau bourgeois ? Je comprends ton expression, hein. Tu vas dire quelle est ton idée derrière la tête ? Eh bien si tu viens de là, tu viens de la prononcer. Est-ce que tu penses que c’est ça qui te qui te fiche un peu ?
Castaner c’est un mec, il ne sort pas de n’importe où, des mecs de gauche, des marxistes, des machins. Il s’en est fadé pendant 20 ans au PS, il en a vu d’autres, les plateaux télé, il en a vu d’autres. Et ça marche. En effet, la violence symbolique, ça marche. Quand t’as quelqu’un qui te prend un peu de haut, etc.
Question de Max qui influence les influenceurs.
On l’a dit avant nous, c’est lui aussi la presse, etc. Forcément, on est un peu influencés par le langage, par les discours qui peuvent soutenir, qui va soutenir dans les médias, c’est sûr. À Nancy, je sais aussi ce qu’on peut répondre. Twitter aussi. Pas mal dans un réseau social qui a peu de monde dessus. En vrai, au niveau de la France, c’est très peu, mais ça a une énorme influence sur la vie politique. Tout le monde, tous les hommes politiques, les journalistes ont Twitter, ça fait des polémiques. On fait des articles sur les tweets, des tweets sur les articles, des articles retweet sur les articles. Enfin, on a quelque chose qui est quand même hyper influent par rapport aux poids que ça a réellement, et on est vraiment un peu là-dedans. Ouais, je pense.
Est-ce que vous êtes abonnés ? Vous demande Clarika. Est-ce que vous êtes abonnés à des journaux de droite pour la pluralité ?
Non, non, on ne leur donne pas d’argent.
Où commence la droite ? S’il vous plaît, répondez. Ce sera ma dernière question.
La droite a commencé au pire endroit au PS à nous voir.
C'était un bonheur de vous avoir tous les deux. Je vous rappelle ici un des slogans Faut pas mollir nos copains des Mutins de Pangée. Merci à vous deux. Merci beaucoup d'être venus et merci encore à l’un et à l’autre pour vos précieux conseils. Quand j’ai démarré, quand je suis venu faire le mariole comme vous. Voilà, c’est pour l’invitation.
Voilà, je sais merci.
C’est à plaisir. À bientôt, à bientôt. Merci les gars !
