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Violences policières : les techniques de la police scientifique au service du journalisme

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis d’Auguste, amis du café amis de la police, amis des élections, amis de Laurent Delahousse qui tout d’un coup se rend compte que la presse fait n’importe quoi, bonjour !Nous sommes le 21 juin, il est bientôt 9 h. Aujourd’hui, c’est la première émission d Auposte où nous avons autant d’invités Quatre qui viennent du journal Le Monde et qui sont les investisseurs qui font partie de l'équipe vidéo du journal Le Monde. Et là, l’idée, c’est de raconter les secrets de fabrication. En fait de ces enquêtes vidéo, combien de temps ça leur prend, pourquoi ils font ça, comment ils font ça.Aujourd’hui, c’est l'émission qui est dûment déclarée en préfecture.
Asia Balluffier
Tout a commencé le 12 janvier 2019, au moins pour nous, puisque je, Antoine et moi avons coécrit, coréalisé la première enquête vidéo du service en 2019 sur un cas que certains connaissent peut être, qui est celui de Olivier Béziade qui est un gilet jaune qui est toujours gilet jaune et qui manifestait à Bordeaux ce jour là et qui a pris un tir de LBD. Et c’est sur ce cas là qu’on a commencé à enquêter. On peut être regarder un extrait
Vidéo
Olivier Béziade est le dernier à se mettre à courir. Il sort du champ de la caméra au moment où deux agents parviennent à l’angle de la rue. Mais regardons la suite. Olivier Béziade A t il été touché par un tir de 40 ? Par une grenade ? A t il tout simplement trébuché ? Et surtout a-t-il adopté un comportement menaçant pouvant justifier une telle intervention ? La rue Sainte-Catherine dispose d’une caméra de surveillance. Elle est placée ici, juste en face de la rue de la Maison de Rennes. D’autres images filmées par des témoins directs montrent également la scène. Grâce à des sources proches de l’enquête, nous avons pu nous faire confirmer leur contenu.Voici ce qui s’est passé. Une première balle de LBD 40 est d’abord tirée par un agent de la BAC. Elle ne touche pas Olivier Béziade
David Dufresne
Pourquoi vous aviez choisi d’abord cette enquête et ensuite pourquoi vous aviez choisi de la faire comme ça ?
Asia Ballufier
Je me souviens qu'à l’origine, ça faisait plusieurs mois, plusieurs semaines que les mouvements des gilets jaunes avaient commencé et que vos services, on en discutait régulièrement, que des violences avaient lieu chaque weekend et qu’on voulait le traiter. On ne savait pas vraiment encore exactement comment ni quand. Et puis il y a eu cette séquence qui a tourné à celle du 12 janvier 2019, qui est très violente. On la voit là dans les extraits.
Asia Balluffier
Sur l’honneur du Monde en général. C’est difficile pour moi de me prononcer au service vidéo qui implique une petite rédaction à l’intérieur de la rédaction. En tout cas, on avait couvert un peu plus couvert les gilets jaunes parce qu’on fait. Par ailleurs, on fait de l’enquête, mais on fait aussi de l’explication. Et on a fait plusieurs vidéos d’explication sur les gilets jaunes. Déjà, quand la vidéo Bordeaux est sortie en novembre 2019 alors que l’enquête a commencé en janvier, ça faisait déjà un an qu’on faisait des vidéos sur les gilets jaunes qui ont fait beaucoup moins de, qui ont eu beaucoup moins d'écho et qui ont évidemment que l’enquête sur le nerf en général. Je ne peux pas trop me prononcer, mais je crois que. Charles vous voulez dire quelque chose ?
Charles-Henry Groult
Personnellement, je pense qu’effectivement il y a eu un moment de bascule avec cette vidéo et qui est à mon avis liée à deux choses. La première, c’est qu’il y a un côté scientifique, il presque la démonstration, c’est vraiment l’occasion d’y revenir, c’est à dire oui, bien sûr, la méthode, les images. Il peut y avoir des manipulations, faut être très prudent, mais la façon dont cette vidéo-là a été faite, il y a un côté scientifique et donc quelque part on ne peut pas en débattre en fait. C’est-à -dire qu’il y a les images, on vous prend, vous prouve ce qui se passe, quoi. Et ça, ça fait un truc vraiment très important qui est, c’est plus des camps qui racontent avec des discours et de la propagande, un côté de l’autre et tout ça. Il y a un truc factuel qui est, y a un moment, il y a les forces de l’ordre qui n’ont pas agi comme elles auraient dû. Et la deuxième chose, c’est peut être, c’est peut être le statut, la chance qu’on a au monde, c’est à dire le statut un peu du monde comme journal média de référence sur certains sujets qui, quand il s’avance, quand il prend le risque de se prononcer sur un truc, ben ça change quelque chose quoi. C’est à dire que c’est ça, ce n’est pas une institution, mais il y a un peu cet effet là quoi.
Un des arguments qui a fait qu’on s’est penché sur les violences policières, c’est cette profusion d’images qu’il y a. Qu’est ce qu’on en fait ? Alors c’est à la fois très bien parce que comme, comme le dit Olivier B. Comme les Olivier d’Hésiode, comme le dit Madama Kébé dans l’affaire Ville monde, sans ses images, ils n’ont aucune preuve et ils sont en difficulté pour prouver ce qui leur est arrivé. Donc c’est une très bonne chose et en même temps, ces images peuvent être trompeuses. Nous, on l’a expérimenté au service vidéo parce qu’on s’est fait tromper par exemple. Et donc on a voulu aussi utiliser ces images, non pas pour.
David Dufresne
La dire quand vous vous êtes fait tromper, c’est-à -dire.
Asia Balluffier
Simplement qu’il y a des images qui sont tronquées, qui ne sont pas conceptualisées. Et tous les lundi matin, après les weekends de gilets jaunes, on en avait à profusion, on en recevait beaucoup et on s’est fait tromper dans le sens on ne s’est pas fait tromper, mais on ne pouvait pas les vérifier, on ne pouvait pas les utiliser. Et on se rend compte de ça. On s’est dit qu’il faut qu’on les utilise pour vérifier les faits, pour faire émerger la vérité à partir de ces images.
David Dufresne
Sur le côté mise en scène et sur le côté sur la forme. En gros, on a eu l’idée d’essayer de fabriquer ça, c'était parti, donc c'était à peu près au même moment où le mouvement des gilets jaunes a émergé et on a découvert à peu près au même moment le travail de Junior Times de leur cellule via l’investigation qui et qui fait. Donc voilà, des enquêtes vidéo en sang. Beaucoup en sont ouvertes et notamment le travail. Une enquête en particulier où ils ont travaillé avec Forest Architecture, qui est donc une agence, une équipe de chercheurs à Londres qui modélise comme ça, qui utilise la 3D notamment, mais plein d’outils, plein de nouvelles technologies pour documenter des violences d'État et des crimes aussi, de par des entreprises par exemple. Alors là, puisque tu parles de français, je pense que c’est important de faire un petit point dès maintenant. C’est quand même ce laboratoire qui est à mi -chemin entre l’art et la science, puisque ils ont fait des installations dans des musées. C’est quand même le point de départ. Il y a plus d’une dizaine d’années, c'était à Londres. C’est un peu le point de départ de l’idée d’utiliser la science, d’utiliser des techniques scientifiques pour rendre irréfutable la démonstration des actions policières, militaires. Il faut dire que c’est la maison mère. Oui, en tout cas c’est nous. A ma connaissance, c’est une des seules équipes qui fait ce genre de travail dans le monde en tout cas. Et nous, c’est ces travaux là qu’on a découverts. Effectivement, on en est directement inspirés. Moi, j’y ai même travaillé quelque temps. Après, quand on récupère une vidéo ou une photo, la première chose qu’on regarde souvent, ce sont les métas donnés pour pouvoir voir si elles existent. Donc les métadonnées, c’est des données qui sont liées à une photo ou à une vidéo et qui contiennent plein d’informations techniques, notamment la date et l’heure de prise. Ce n’est pas valable sur les images diffusées sur les réseaux sociaux, puisqu’en fait YouTube, Instagram, Twitter en fait, gomment les métadonnées. On est d’accord. C’est pour ça que souvent, on essaie de retrouver la personne qui a filmé la séquence originelle pour pouvoir avoir accès à ces données et pour avoir la séquence en intégralité. Parce que souvent les gens postent des extraits de vidéos. Les gens ne se doutent pas que des moments qui se sont déroulés quelques minutes avant ou quelques minutes après des événements peuvent être déterminants pour nous dans notre travail de journaliste. C’est typiquement le cas dans l’enquête sur ce qui est arrivé à Olivier Béziade réussissant, nous, à avoir accès aux 30 secondes ou une minute qui précédait, ça nous permettait de vérifier que le cortège était calme à ce moment-là et que la charge n'était pas justifiée. Je poursuis la présentation. Il y a la synchronisation par l’audio. On a deux extraits vidéo et en analysant les bandes sons, on se rend compte qu’il y a des moments où ça augmente et donc c’est le moment des détonations. Ce qui nous permet dans le montage de les synchroniser quand l’audio n’est pas disponible, parce que parfois les caméras sont trop éloignées et on n’a pas la même bande son. Ou alors il n’y a pas d’indices sonores sur les images. Une autre méthode, c’est d’essayer de chercher des indices dans l’image pour la relier à notre montage et pour pouvoir l’ancrer par rapport au reste. La prend pour moi, pour la synchroniser. En tout cas. Je n’avais pas trop de doute sur le fait que c'était le même moment parce que ça ressemblait quand même à aux infos qu’on avait. Je sais que j’ai observé la position des jambes des policiers pour pouvoir la synchroniser. Donc c’est ce type de travail qu’on peut faire pour synchroniser uniquement par l’image, c’est-à -dire aller chercher des indices dans l’image. Parfois, certaines images sont filmées dans le feu de l’action et donc bougent beaucoup. On essaie de les déstabiliser. Et là c’est un exemple sur la sur l’enquête de Villemomble qu’on a dit il y a quelques jours, il y a une image de base. Par exemple, on voit qu’elle bouge. Du coup pour la synchroniser justement, je le fais avec After Effect. Et donc des fois il y a des outils de stabilisation automatique qui peuvent marcher, mais là dans ce cas là, ça bouge vraiment trop. Et donc on va venir, voilà, image par image. En fait, moi je me mets des repères, là on voit les choses pas très claires, mes repères, là, sur le poteau et sur mais arrête de te vendre, c’est très clair, tout va bien, T’inquiète pas, tout va bien. On voit bien les flèches, tout va bien. Voilà. Ok. Et donc ce qui permet, ce qui nous a permis sur cette séquence de repérer les deux tirs de Flashball. Sinon ils nous auraient complètement échappé. Moi j’avais repéré au début le flash de lumière qui est déclenché au moment du tir de flashball. Mais pour pouvoir vraiment analyser le pouvoir et surtout pouvoir le présenter aux gens, en fait, c’est essentiel de pouvoir le stabiliser et juste rappeler de quoi il s’agit. 2013 Villemomble. Descente de la BAC il y a un an, il y a un rodéo qui se passe dans ce quartier et une équipe de bac se met à la poursuite de ces gens. Ils interpellent une première personne par erreur. B Ensuite, son frère descend pour avoir des explications et subit des violences de la part de la police. C’est une scène très complète, très complexe, très chaotique. La maman de ces deux garçons reçoit un éclat de grenade, de désencerclement lors d’un moment où la police essaie de disperser un groupe que la police juge que ces gens sont. C’est une foule agressive sur les images, ce n’est pas l’impression qu’on a. Donc on a voulu vérifier ça dans les phases d’enquête. En fait, on a à la fin un espèce d'écran comme ça, avec tous les extraits vidéo synchronisés et on rajoute, on ajoute souvent là c’est ce qu’on voit des du tracking en fait, d’une surcouche graphique pour essayer d’identifier les personnes clés dans ces scènes, pour essayer de suivre, de voir comment elles évoluent. Donc la 3D en phase d’enquête, la 3D peut être intéressante pour tester et essayer de comprendre des situations. Donc là par exemple, dans cette affaire de Villemomble, il y a une caméra de surveillance que je montre avec la flèche là, qui a fonctionné pendant, pendant, pendant les événements et. Or, aucune des parties n’a eu accès à ces images de vidéosurveillance, en sachant que c'était une caméra a priori qui était à 360 degrés, donc qui détecte, qui s’ajuste en fonction des mouvements. Donc voilà comment tu modélises les voitures. L’immeuble, c’est à partir de l’image vidéo. Ton logiciel traduit ça en volume. Comment ça se passe ? C’est très artisanal en fait. Google propose des données 3D de cet endroit, d’autres bases pour ce genre de choses, C’est souvent les images satellites aussi. Après, le travail, c’est de venir construire en fait en trois dimensions le lieu pour tout ce qui est voiture en l’occurrence. Je saluais là le travail de Simon qui est une ancienne motion design hors du monde. Donc on a eu un expert voiture four pour essayer de venir identifier. Vous avez tous les modèles de bagnoles et vous pouvez déposer. Maintenant, si je retrouve le visuel, je serais ravi de vous montrer ce qui est assez amusant, L’outil en question pour faire de la 3D, c’est quoi ? Alors moi je travaille au cinéma 4D et le moteur de rendu Redshift A pour un gars qui travaille beaucoup avec Blender. Demandez le logiciel open source. Voilà, moi je pense que si c'était à refaire, la prendrais Blender plutôt parce qu’il y a une beaucoup plus grosse communauté et c’est beaucoup mieux. Il se trouve que j’ai appris au cinéma 4D dans mon premier métier, donc je continue avec ça. Il y a aussi Rhino qui est utilisé à ma connaissance, mais je pense que c’est possible de le faire avec n’importe quel logiciel de 3D. Il n’y a pas de et pas de problème. La restitution, ça démarre par un tableau, un story-board. Donc là, le story-board, c’est à dire une fois que les recherches sont terminées, c’est comment vous allez restituer les choses, comment vous allez les raconter. Et bien ça, c’est une méthode qui, dans beaucoup de rédactions je crois, pour fabriquer des vidéos dans des médias, on prépare d’un côté le script qui va être dit par la voix off ou les extraits sonores, et de l’autre côté, dans la colonne de droite, on essaie de penser le visuel, ce qu’il y a l’image à ce moment là. Comme ces séquences sont compliquées à fabriquer, notamment les séquences avec de l’animation, de la 3D. L’idée, c’est d’essayer de repérer les problèmes dans la vidéo à l’avance pour pouvoir les changer et les corriger et éviter de devoir reproduire des séquences, ce qui est extrêmement coûteux. Les codes visuels vues satellites car on crée l’effet dans l’espace. Ce type de visuel, on l’utilise vachement bien aussi parce que ça fonctionne bien pour expliquer des situations aussi. Là par exemple, c'était la place de la Comédie à Bordeaux, où on essaie d’expliquer comment les forces de l’ordre avaient fait disperser les manifestants. Ça permet de se repérer dans l’espace en quelque sorte. Donc c’est un premier. C’est un premier code visuel qui a un nom. On l’utilise régulièrement, pas tout le temps, mais un outil pour essayer d’ancrer les faits dans le temps. On appelle ça timeline. On reprend le mot anglais alors que ligne de temps, c’est tellement joli et tellement joli. Mais cette année, au Québec, on s’est inspiré de son architecture encore pour essayer d’en faire un outil, vraiment pour que le spectateur puisse se repérer dans les faits. Autre effet que vous utilisez, c’est la lecture pause et le rembobinage.
vidéo
Pour une raison inconnue, l’agent. B en fait pourtant usage.Donc là, pause. Un instant après. Cet homme en noir jette une pierre en direction des forces de l’ordre qui rebondit sur un véhicule de police.
David Dufresne
Voilà, j’ai mis un extrait très court parce que voilà, mais il est spectateur. Vous regardez une des vidéos du Monde, vous verrez que si vous en utilisez régulièrement. Je pense que c’est les codes du web aussi, c’est-à -dire le fait de prendre une vidéo de fair Play, de revenir pour l’analyser. Je pense qu’on n’est pas les seuls à faire ça, mais on l’assume complètement en tout cas et on le met vraiment en scène dans le film. Ok, on s’arrête et on va analyser une telle partie sur la modélisation 3D en écrivant plusieurs usages. Un des premiers usages, en tout cas de moi, de ce que j’ai pu expérimenter, c’est par exemple dans l’affaire Adama Traoré tenter d’expliquer des situations pour lesquelles il n’y a pas d’images. Donc typiquement, c’est le cas pour le faire vrai. Donc on essaie, à partir d’autres sources, d’utiliser la 3D pour expliquer des choses. C’est un premier usage. Moi, je l’utilise aussi. Un usage que j’affectionne particulièrement, c’est pour relier entre elles plusieurs séquences et plusieurs angles de vue. Il y a des images filmées dans le feu de l’action et on va utiliser la 3D pour les ancrer dans l’espace et dire non mais on est, on n’est pas chez les fous, ça roule, Vas y, tu peux y aller, tu peux y aller, tu peux y aller. On a une image filmée dans le feu de l’action qu’on veut contextualiser. Hop, on en sort, on rentre dans la 3D pour expliquer quelque chose et ensuite on va de l’autre côté pour le raccrocher au visuel de côté. Ça permet de faire une séquence continue en quelque sorte de ces images filmées dans le feu de l’action parfois, c’est à dire c’est l’image manquante que vous recréez par la 3D. Ce n’est pas toujours parce qu’on vous implante. Il n’y a pas d’image manquante, on le pense. Il y a quatre caméras qui filment. Donc c’est pour passer d’une autre à l’autre, d’une séquence à l’autre, là où on a. Moi j’aime bien ça. Je trouve ce mot, il correspond bien, c’est à dire ça permet tout de suite de comprendre où on est et puis de faire le lien avec d’autres centres de vue où si on mettait juste, on allait, si on changeait de plan parfois on serait dérouté, on serait mal. Mais on en est où là ? Vraiment une question de béotien, là. Cette image là, je la remonte, c’est combien de temps de montage, de calcul si rapide ou je ne sais pas. Ce n’est pas très rapide. Non, en fait ça dépend du niveau de complexité en fait. Aussi, quand qu’on déploie, là on a, on a une journée, j’essaie de déployer avec Émile Costa avec qui on a travaillé sur la 3D. Moi j’avais envie d’utiliser d’essayer d’avoir un modèle détaillé pour que justement on puisse bien matcher avec les vidéos et que ça connecte bien. C’est possible de le simplifier aussi. Néanmoins, ça rien qu’en modélisation. Donc il faut prendre le temps de modéliser le bâtiment, de modéliser les voitures. Tout ça c’est des heures, des jours, plutôt des jours de travail. Et une fois qu’on a le modèle du lieu, il faut modéliser les moments qu’on va figer. On a décidé dans notre préparation de. OK, on va figer ce moment là pour expliquer quelque chose. Donc là, il faut venir placer tous les personnages. Alors nous, on fait en surimpression en quelque sorte, on met par dessus notre modèle, en gros, on met les images un peu comme un papier calque en transparence et on vient placer des mannequins comme ça dans la 3D pour figer les moments dans la 3D et ensuite en temps de rendu. Ensuite là, c’est quelques heures de temps de rendu je pense. En gros, moi je pense à cette vidéo de Villemomble. Chaque plan représente en cumulé deux, peut-être deux ou trois jours de travail.
vidéo
Durant quelques minutes, la tête du cortège, composée de plusieurs centaines de manifestants, s’immobilise devant le Grand Théâtre.
David Dufresne
Alors moi j’essaie dans mon travail et je pense que c’est la même chose pour les collègues. Motion design, art du monde, Marsault, Bretonnie et les Allons vil. Mes animations marchent complètement avec la voix off. Donc on pense vraiment le commentaire et le visuel ensemble. Et une fois que la deuxième sommation est effectuée, les premières lacrymos partent çà et là et la place se vide.
vidéo
Pendant que le gaz lacrymogène envahit les lieux, Une partie des manifestants se disperse vers le nord de la place de la Comédie et par le cours du chapeau rouge à l’est, tandis que les autres rebroussent chemin sur la rue Sainte-Catherine, où le reste du cortège est toujours en train de progresser.
David Dufresne
Et voilà. Juste pour mentionner, c’est vrai que c’est moins d’un point de vue de désigner. C’est aussi toujours très intéressant d’essayer de penser ces séquences parce que c’est souvent un travail qui est invisible, parfois une toute petite séquence où on va voir une animation très simple. En fait, c’est beaucoup de réflexion pour trouver quels outils visuels va être le plus adapté pour expliquer quelque chose.
Nous sommes le 16Novembre 2019 sur la place d’Italie, dans le sud-est de Paris. Emmanuel Kwan, un manifestant de 41 ans, est arrivé le matin même de Valenciennes avec sa compagne.Il participe à la manifestation déclarée et autorisée qui marque le premier anniversaire du mouvement des gilets jaunes. Mais à 14 h. Et 41 minute, je ne me dis pas que la ville de Paris savait pas qu’il a un projectile fracturé le plancher osseux de son orbite gauche, lui ouvre. L’arcade et le globe oculaire.Kwan vient de perdre l’usage de son œil gauche de manière irréversible La tête en arrière. Dans les secondes qui précèdent l’impact, 55 mètres plus loin des CRS ?Non, six grenades lacrymogènes.L’une d’entre elles est tirée dans la direction de Manuel Kwan Nous avons rassemblé et analysé plusieurs heures de vidéo et reconstitué seconde par seconde les événements qui ont précédé la blessure.
David Dufresne
Et là, de mémoire. Mais peut être que je me trompe. En fait, il y a un journaliste du Monde qui a filmé une bonne partie des images qui sont là et qui vous donnent justement le contrechamp, qui n'était pas nécessairement accessible sur les réseaux sociaux. Je dis ça de mémoire, peut être que je me goure.
Asia Balluffier
Et non, non, tu as tout à fait raison. Et ce qui était plutôt pratique, c’est que le journaliste du Monde, c'était moi.
David Dufresne
C’est ça, C’est ça.
Asia Balluffier
Et ce qui est du coup, bien joué,.Au déclenchement de l’enquête. Mais oui, oui, tu parlais de la synchronisation des images. C’est vrai que dans toutes nos enquêtes, c’est une étape. À côté de laquelle on ne peut pas passer, qui est généralement très longue et fastidieuse. Donc généralement, on fait ça en comparant notamment les audio des vidéos, parce que c’est ce qu’il y a de plus fiable et c’est ce qui permet d'être le plus précis sur des manifestations. C’est relativement facile entre guillemets, parce qu’il y a toujours des sirènes de pompiers, des détonations, ce genre de choses qui permettent de rapprocher des images. Et là, sur la place d’Italie, ce qui était particulièrement compliqué, c’est qu’on parle d’un tir de grenade qui a lieu à 60 mètres, un peu moins de 60 mètres de la zone d’impact. Et du coup, on avait vraiment deux types d’images différentes : les images d’un côté de la place où a eu lieu le tir et des images du côté de la zone d’impact et donc de la blessure de Manuel Kwan. Et voilà qui est des images très lointaines qui ne m’ont pas la même chose, où on n’entend même pas forcément les mêmes choses. Et du coup, c’est ça, ça a été un des éléments un peu compliqué sur cette enquête était de réussir à faire le lien entre ces deux jeux d’images. Mais c’est sûr. Sur ce cas là, c’est précisément une fois qu’on a réussi à synchroniser les images, qu’on arrive à dire regardez, on a ici un CRS qui tire avec un lance grenade dans la direction de Manuel Kwan et grâce à notre synchronisation, on arrive à dire exactement deux secondes et demi après, il y a une grenade qui tombe sur Emmanuel Kwan et ensuite il nous reste à éliminer les autres possibilités, les autres pistes d’explication possibles pour dire bon bah voilà, vraisemblablement c’est ça, non ?
David Dufresne
Tu dis Il nous reste plus qu'à faire. Alors il y a dans le chat, j’ai l’impression qu’on vous écoute beaucoup. Il y a peu de questions pour l’instant, ça tombe mal. Pour une fois, j’ai des gens très férus qui pourraient répondre. En même temps, il y a peu de questions. Tu dis qu’il ne nous reste plus qu'à faire ça. En fait, c’est quand même un travail de fourmi, c’est-à -dire de synchroniser, de zoomer, de ralentir, de revenir, de mettre en lumière telle ou telle partie de la scène. Même avec un bon ordinateur que nous n’avons pas, nous et que vous, vous avez le monde, ça prend du temps. Et une vidéo comme celle-ci, ça prend combien de temps par exemple à réaliser ? Juste la partie montage.
Charles-Henry Groult
C’est ultra chronophage. Et après c’est aussi entre guillemets. C’est presque un peu voulu parce que nous, notre volonté à travers ces enquêtes, c’est de donner du contexte le plus de contexte possible qui nous semble assez indispensable pour accéder au moins essayer d’accéder à ce qui s’est passé dans les faits. Et c’est pour ça d’ailleurs que Charles, on voyait exclusivement des extraits beaucoup trop longs. C’est quand il faut, il faut prendre du temps pour comprendre ces scènes. Et c’est vrai que ces vidéos, elles sont en moyenne beaucoup plus longues que toutes les vidéos qu’on a été habitué à faire jusque là. Sans parler de la phase d’enquête qui prend généralement presque autant de temps, voire plus que la mise en image, la mise en image sur cette enquête de mémoire, je crois que c’est peut être 200 ou 300 heures il me semble. Mais en gros, sur cette enquête, on y a passé quasiment tout. Moi j’y ai passé l'équivalent d’un bon gros mois en enquête plus sont mis en image et avec moi j’avais de motion designer à qui on doit tout l’habillage de la vidéo, les cartographies, les petits éléments graphiques, la frise. Et là aussi, j’en profite pour leur rendre hommage. Antoine Shearer, c’est bien qu’il soit avec nous puisque c’est un designer hors pair. C’est vrai que dans son travail de motion designer, on aurait beaucoup plus de mal à restituer aussi et à rendre accessible ce qui est ce qui s’est passé. Mais donc du coup, oui, la mise en image, une fois qu’on a, qu’on a réalisé notre enquête est extrêmement longue aussi.
David Dufresne
Charles-Henry Est ce que tu peux rebondir là dessus ? Parce que si c’est autant de travail, ça veut dire que c’est un choix économique. C’est un choix éditorial qui est très fort. C’est quoi l’intérêt pour un journal comme Le Monde de dire Je vais mettre un journaliste exclusivement pendant un mois sur une vidéo qui va faire quinze minutes plutôt que de produire dix vidéos dans le mois, qui seraient peut être moins virales, mais qui au bout du compte ? C’est quand même plus de. Plus d’audience. Est ce que. Est ce que, par exemple, ça, c’est des questions qu’on se pose quand on est à la tête du département vidéo du Monde ? Oui, oui, c’est des questions qu’on se pose tout le temps. Quand tu dis dix vidéos par mois, on a des concurrents, plutôt dix vidéos par jour. Donc il y a effectivement un jeu d'échelle entre ce que nous on produit, ce que d’autres produisent et les choix que font chacun des médias et qui peut être assez, assez important. Bah déjà la première raison, c’est que c’est comme tu l’as dit, c’est un choix assez. On a fait le choix de se dire ces sujets-là, ils sont importants pour le moment. Gilets jaunes a été hyper important, on a fait des dizaines de vidéos explicatives sur eux sur ce moment là et la profusion d’images autour des violences policières et les questions sociétales que ça posait politique que ça posait nous intéressait énormément. Et on s’est dit il faut qu’on, il faut qu’on soit présent quoi. Et en plus, on avait la chance de se dire que c’est un sujet très important sur lequel on peut apporter quelque chose de très différenciant. C’est à dire que quelque chose que les autres ne font pas et d'être nécessaire en ce de cette façon là, c’est à dire se dire ah bah voilà, les gens ont. Et se dire heureusement que le monde était là pour le faire parce que ça manquait et quoi y manquait, Il y manquait. Mais, mais, mais je tente de faire ce job là. Je dirais que ça va tellement loin cette idée là que aujourd’hui, on voit des comités Justice ou des observateurs, voir de pratiques policières qui essaient avec leurs moyens et beaucoup de cœur et qui parviennent parfois à s’inscrire dans votre dans votre lignée, c’est à dire à rendre un peu plus scientifique leur démarche, à essayer de comparer les angles,. C’est à dire que d’une certaine manière, votre travail irrigue, au-delà même du fait d'être en rupture avec ce que le reste de la presse peut faire, mais irrigue même la sphère militante ou. Oui, c’est vrai. C’est vrai. Et nous même, on travaille avec des gens qui sont dans ces sphères là, militantes. Et tu l’as dit tout à l’heure, mais on a récupéré beaucoup d’images tournées sur le terrain par des dessins d’art indépendants, des journalistes indépendants, des amateurs, des manifestants, Alors des fois, on les récupère sur les réseaux sociaux. Quand c’est des journalistes indépendants, on les achète. Ça, c’est important aussi de préciser, mais on a comme toi d’ailleurs, tu l’avais expliqué pour un péquiste bien sage. Mais c’est des images qui sont le fruit d’un travail de fond. On les a acheté des milliers d’euros, on n’a pas des moyens délirants, mais on les achète quand même. Et c’est un travail qui nourrit, un travail qui était, qui était nécessaire et dans lequel effectivement il y a des croisements, il y a beaucoup d'échanges avec des sphères plus militantes. Adama Traoré On a travaillé, c’est des vidéos sur lesquelles il faut travailler avec les avocats des parties, il faut rencontrer les familles des victimes pour les faire témoigner, tout en essayant de faire un travail qui est vraiment un travail journalistique pour le coup, et qui en ça se distingue du travail exclusivement ou purement militant qui est de se dire et à un moment où il faut mettre tout aspect partisan de côté, essayez d'être le plus objectif possible, le plus à partisan possible. Et ça, ça c’est un travail sur lequel qui n’est pas évident, qui demande du temps et qui à mon avis dépend de la méthodologie. C’est-à -dire qu’il faut vraiment avoir une méthode précise et s’y tenir, mais ça vaut le coup. Arthur est un petit peu moins sur le fait sur lesquels il a bossé parce qu' il n’y avait pas de jeu de ans de regard porté sur un même événement par des gens très différents. Mais Antoine sur le film sur Villemomble, c’est des questions qui ont pu se poser par exemple je pense.
Charles-Henry Groult
Et je me permets de rebondir sur ce que disait David par rapport au fait que d’autres essaient de s’inscrire dans cette. Dans cette méthode, sachant que nous même, en fait, on ne fait que s’inscrire dans une méthode qui existait avant. Et Antoine a parlé du New York Times de faire une architecture qui est un peu nos inspirations. Nous, c’est presque un peu aussi un objectif. On est on veut beaucoup s’inscrire dans la démarche qu’on appelle l’OSINT, qui est l’Open Source Intelligence, le renseignement source ouverte qui est quelque chose que n’importe qui peut faire en fait. C’est simplement dire bon bah voilà, il y a des matériaux en ligne qui existent, qui sont à la portée de tout le monde et on peut en faire des choses. C’est aussi arrivé à un moment où, notamment avec les idées jaunes, il y avait. J’ai un peu l’impression qu’il y a toujours. On parle depuis la nuit des temps d’une crise de défiance envers les médias. Mais pendant les gilets jaunes, c'était particulièrement vrai. Il y a eu l'émergence de plein de nouveaux médias un peu indépendants de. Le succès des Facebook Live sur les manifestations avec cette idée que du coup, ils étaient plus objectifs que le traitement journalistique des médias mainstream comme nous. Et c’est vrai que, en fait, il y a la volonté de faire un travail que non seulement tout le monde pourrait faire parce qu’en réalité ils demandent du temps, mais demandent pas des moyens que inaccessibles, et notamment ils ne demandent pas ce qui se fait habituellement dans le journalisme, à savoir des sources. Alors sur certaines enquêtes, on en a besoin et on s’en sert, mais sur d’autres, on ne se repose absolument pas sur des sources. On offre qu’on aurait travaillé en tant que journaliste qui nous donne des infos un peu confidentielles. Le sur le réel Sur la vidéo de Manuel Quand je jeux, tout repose sur ce que j’ai trouvé en ligne. Et donc non seulement tout le monde peut le faire, mais aussi quand on montre la vidéo, quand on la présente. Et c’est aussi une des choses qui font qu’elles sont longues, c’est que tout le monde peut vérifier en fait notre travail, on ne demande pas aux gens. Bon bah voilà, là on vous donne une info qu’on a tirée d’une source, on ne peut pas trop vous dire qui c’est et on ne peut pas vous donner plus de preuve que de vous demander de nous faire confiance, ce qui parfois est nécessaire dans le journalisme. Là on est vraiment dans une démarche, on dit bon bah voilà, on vous met les images, elles sont disponibles en ligne, vous pouvez aller vérifier, on a pas triché et la démonstration qu’on fait, bah vous pouvez la refaire chez vous si vous voulez, vous pouvez tout reprendre de zéro et refaire pareil. Et voilà. Donc il y a vraiment cette dimension un peu collaborative où tout le monde peut le faire. Tout le monde repose sur le travail d’autrui, le travail des gens qui filment sur le terrain. P. En une trentaine de secondes, il va frapper au moins six personnes, dont trois journalistes et un individu au sol. Pour bien comprendre. Nous allons vous montrer une première fois la charge en vitesse réelle à travers plusieurs angles de caméra synchronisés.
David Dufresne
On va vers environ 10 h 30. Les groupes de manifestants, c'était à peu près à la moitié de la rue de la Bastille.
vidéo
Je me retrouve entre les policiers sur ma gauche et les manifestants sur ma droite. Donc ça balance plein de trucs. Les premières sommations sont faites. Il y a eu un cri d’une personne des forces de l’ordre. La BRAVM charge en premier. Moi et plusieurs confrères, on se calme et on crie Presse, presse !
Asia Balluffier
Je reçois un premier coup de bouclier, il me semble. Je me relève. Je dis que je suis photographe. Et là, je sens un premier choc sur mon appareil photo, puis un deuxième au niveau de mon visage. Et là, c’est une pluie de coups qui suivent et je finis par terre. C'était une enquête, celle ci particulièrement difficile parce que les images sont de très mauvaise qualité, sont tournées à la tombée du jour, sont hyper pixélisées, parfois filmées de loin, parfois sans stabilisation. Il a dû stabiliser, zoomez des fois ça joue à trois pixels. Des fois c’est hyper frustrant parce que vous avez une personne qui passe devant la caméra au mauvais moment. Ou alors la personne a fait un zoom warp à trois lignes de l’appareil au mauvais moment. C'était une enquête particulièrement coton. Qui a demandé Arthur Valentin deux fois plus de temps que ce que l’on avait imaginé au départ. Mais on s’est dit ça vaut le coup parce que, au fur et à mesure de la progression d’Arthur, on se disait plus il avance, plus il récupère des blocs de vérité, justement pour établir ensuite, comme tu dis, l'évidence. Maintenant, il y a des enquêtes qu’on fait, des enquêtes qu’on appelle analyse d’images qu’on peut faire en une semaine, en deux semaines, on a fait un une vidéo sur, par exemple les armes utilisées par les camps en Israël, Israéliens et Palestiniens pendant le. Le dernier coup de chaud, là, ça a duré quinze jours. On a travaillé sur le Capitole, la prise du Capitole par des milices d’extrême droite. On a bossé en trois quatre jours. Enfin ça dépend. Il y a des fois on fait des descentes des forces très ponctuelles pour aller vite et puis des fois on missionne quelqu’un qui va prendre le temps de faire une enquête plus charpentée et qui parfois va prendre beaucoup, beaucoup de temps.
Charles-Henry Groult
Nos vidéos sur les enfants, nos enquêtes sur des violences policières sont de loin pas celles qui ont le plus de succès ou qui génèrent le plus de vues.
David Dufresne
C’est vrai.
Charles-Henry Groult
Non ? Ouais. Une enquête sur le groupe la compagnie paramilitaire russe Wagner ou notre analyse des armes utilisées dans le conflit israélo palestinien, puisqu’on est sur YouTube notamment, font énormément plus de vues que certaines de nos enquêtes policières. On est parfois un peu déçu d’ailleurs de passer un, deux ou trois mois sur une enquête qui nous empêche de dormir pour qu’au final on ait l’impression que ça n’interpelle pas tant que ça. Mais. Mais malgré ça, parce que nous, on estime que indépendamment de l'écho que ça c’est nécessaire, on continue à le faire.
David Dufresne
Je note par ce qu’a dit Arthur que finalement les accusations qui sont faites, notamment par les syndicats de police, aux journalistes qui sont indépendants ou autres, qui s’intéressent particulièrement à la question des pratiques policières et des violences policières, qui font ça pour le buzz. En réalité, ce n’est pas ce que vos chiffres démontrent et comme vous êtes le monde, ça compte quand même d’avoir cette réponse là, juste comme ça, histoire de bien le noter. Et là, je voudrais montrer un autre exemple qui est votre travail sur Adama Traoré. Euh. Mais d’abord je vais l’introduire, Je ne sais pas, Je ne sais plus qui de vous quatre a travaillé dessus. Est ce que c’est Arthur Antoine Asia ? Mais en tout cas, il y a une question qui est posée par le chat et qui est posée systématiquement et qui est posée légitimement, systématiquement. Cette fois ci, c’est par Raymond dit La question à poser restera est ce que sans les gilets jaunes vous auriez tenté de faire ouvrir médiatiquement les yeux sur les violences policières ? Les gens des quartiers sont agressés depuis des dizaines d’années par ces uniformes, ça n’intéressait quasi personne ayant de l’impact médiatique. Alors on aura un exemple tout à l’heure. Antoine à Villemomble dès 2013. Mais la question est quand même pertinente. Voilà. Est ce que vous vous seriez intéressé ? Vous auriez déployé autant d'énergie, de moyens. S’il n’y avait pas eu les gilets jaunes.
Asia Balluffier
J’en suis persuadée. On n’aurait peut être pas fait sitôt, sitôt pas fait. Dès janvier 2019. Mais on aurait fini par le faire. Parce que c’est des méthodes qui nous intéressaient. Avant, on était encore jeune et on commençait seulement à s’y intéresser. Mais on l’aurait fait sur d’autres cas. Antoine l’a fait avec la BBC sur un cas anglo-saxon, le New York Times le fait sur des cas nationaux. Et nous, on l’aurait fait. Et d’ailleurs on l’a fait et on parlait de le faire dès cette époque là et au moment où on travaillait sur les violences policières, sur les gilets jaunes, vous n’oubliez pas ce qui se passe dans les quartiers et on en parle entre nous. Donc, comme vous l’avez compris, maintenant, on passe beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps sur ces enquêtes. Donc on fait une chose à la fois d’une après les autres. Mais oui, on aurait travaillé sur ces cas-là, c’est certain. Et d’ailleurs le reste du journal, en dehors du service vidéo, travaillait aussi sur ces cas-là. Tu parlais d’Adama Traoré, Nicolas Chapuis qui était rubrique Police Justice, a travaillé sur le cas avant même que nous en on parle depuis assez longtemps.
David Dufresne
On va commencer d’abord par votre enquête, à qui ? Quasiment une contre-enquête, comme toutes les autres d’ailleurs, au sens où aller, où elle va à votre travail va souvent à l’encontre du récit général qui est donné sur telle ou telle affaire. Donc là, c’est ici, c’est Adama Traoré. Et en fait, je vais mettre l’extrait que nous a préparé Charles-Henri. Là où c’est intéressant je trouve dans celle ci, c’est que c’est surtout un travail sur l’image manquante, parce qu’en fait il n’y a pas d’image. Il n’y a pas d’images de ce qui s’est passé à l’inverse de vos autres travaux ou vous partez des images pour éventuellement combler par de la 3D. Là, il y a énormément de choses qui sont en fait de la reconstruction, de la reconstitution. Et ça c’est une partie du travail. Alors, je mets l' extrait.
Vidéo
On enregistre à nouveau la course d’Adama Traoré. Il emprunte d’abord la rue Meunier, puis entre dans le champ de la caméra numéro huit qui le voit bifurquer en direction de la rue Léon Baudin, au nord. Il disparaît alors du champ des caméras. Quinze minutes plus tard, à 17 h 29, une patrouille de la gendarmerie de personnes lance un message radio. Le monde est Forensic architecture. On peut reconstruire les positions décrites dans leurs témoignages grâce à une modélisation en trois dimensions. Comme ces témoignages ont parfois évolué avec le temps, nous avons créé deux versions de cette modélisation. La première restitue les éléments convergents dans l’ensemble des auditions des gendarmes.
David Dufresne
C’est en fait absolument essentiel, car c’est toute la bataille.
Asia Balluffier
Adama Traoré.
David Dufresne
Expert contre expert depuis des années. Et vous, vous allez modéliser en fait toutes les deux versions.
David Dufresne
Qui inclut des sous versions en fait.
Asia Balluffier
C'était un débat d’experts, mais absolument pas accessible puisque pas visuel. Donc c’est très bien le cas qui effectivement les forces des experts qui ont débattait. Mais nous ce qu’on voulait c'était Antoine pour en parler pas mal puisque c’est un travail que Forensic fait beaucoup utiliser la 3D, la 3D pour rendre compte des témoignages et rendre compte dans l’espace visuellement des différentes hypothèses de ce qui s’est passé.
Vidéo
On est en appui sur les pieds et les deux genoux enserrent le bras. Les deux genoux touchent l’individu. Comme il se débat le troisième gendarme G entreprend d’immobiliser ses jambes.
Asia Balluffier
Là, ce qui était intéressant, David parce qu'à nouveau j’ai mis un extrait peut être un peu long Non mais vas y, vas y, parle, parle, parle, c’est bien, c’est bien. En gros, pour que les gens comprennent bien, il y a ce que les policiers ont dit juste après la mort d’Adama Traoré. C’est ce qu’ils ont dit longtemps après. Et entre ces deux, ces deux déclarations, ces de moments où l’une des forces de l’ordre
On a
expliqué ce qui s’est passé, il y a des différences importantes et donc l’idée de la 3D, c’est montrer ses différences. Il y en a qui disent qu’on s’y appuie comme ça. Mais en fait, quelques heures après, la mort d’Adama Traoré on s’est appuyé comme ça et on ne dit pas tellement la vérité. C’est ce qu’ils ont dit juste après et après avoir menti ou l’inverse. On dit juste qu’il y a un décalage et ça interroge comme on dit, mais c’est une vidéo où on est moins affirmatif que dans beaucoup d’autres. C’est à dire qu’on dit carrément qu’il y a énormément de zones d’ombre et ça nous a été un peu reproché, mais ça a été souligné par pas mal de gens sur Internet, parce qu’il y en a qui ont dit oui. Ces vidéos prouvent qu’Adama Traoré a été ceci et cela. Cette vidéo prouve que l’inverse et nous en fait, on a montré, on a voulu avec cette vidéo là, montrer avant tout mettre l’accent sur les zones d’ombre et dire voilà, voilà ce que les policiers ont dit.
David Dufresne
Voilà la différence entre les différents témoignages qu’il y a eu maintenant. Faites vous votre avis ? Quoi pour compliquer ? D’ailleurs, c’est une méthode de travail, ce qui est, qui est qu’on a repris je pense, mais qui est peut être venue sur ce projet là, moi qui procède souvent dans leur enquête parce qu’ils appellent négatif l'évidence, je ne sais pas trop comment le traduire en français, mais c’est plutôt que de s’atteler à essayer de montrer ce qui s’est passé, ou c’est ou c’est. Parfois on, souvent même on ne peut pas le faire parce qu’il n’y avait pas de caméra qui filmait tout simplement. On va essayer de regarder, essayer d’utiliser cette technique là, la 3D, pour venir mettre en lumière d'éventuelles contradictions et expliquer pourquoi, par exemple, une version officielle, elle ne serait pas compatible avec les informations que l’on a. Vous avez une responsabilité énorme. Parce que si vous vous trompez dans la reconstitution par exemple, et que parce que la reconstitution est faite, parce qu’elle est là, elle a les atours. Du côté implacable, du côté irréfutable. Et vous vous trompez. Qu’est ce qui se passe ?
Asia Balluffier
Oui, on a une responsabilité immense. On a tous fait des cauchemars la veille de publication et on en parle souvent entre nous. Mais on fait tout ce qu’il faut pour ne pas se tromper. Et. Je ne vous parle pas du nombre de chèques construits les uns les autres. Ça ne repose évidemment pas sur le jugement ou l’interprétation de l’un d’entre nous. Check.
David Dufresne
Tu veux dire vérification pas check.
Asia Balluffier
C’est de l’anglais ?
David Dufresne
C’est de l’anglais
Asia Balluffier
Oui, mais donc oui, ça ne reposait évidemment pas sur un seul d’entre nous, sur le jugement dans son entre nous, parce que ce n’est pas suffisant. Et quand on a un but, quand on ne sait pas, on ne dit pas non, on ne dit pas voilà la vérité, on dit voilà ce qu’on sait. Voilà les qu’on peut être, qu’on peut affirmer et ce qu’on peut vous dire aujourd’hui. Faites vous votre propre avis ?
David Dufresne
Il y a des questions sur les pressions, ce que vous avez. Au-dessus des pressions, il y a. Il y en a quand même une. Une pression a posteriori et qui peut jouer à l'échelle de plusieurs enquêtes. Quand on commence à travailler plusieurs mois, plusieurs années. C’est des enquêtes qui, même s’il y a tout cet aspect architectural scientifique dont on parle depuis tout à l’heure, se basent aussi sur du témoignage et de la prise d’info humaine auprès de services de police, auprès d’avocats, auprès de et. Et c’est sûr que l’enquête d’Arthur, son commissaire et le commissaire matraquent de journalistes. Comme tu disais, Çà pas fait plaisir du tout à la préfecture de police de Paris, c’est-à -dire.
Charles-Henry Groult
Sans trop entrer dans les détails. Effectivement, le commissaire en question étant un employé de la préfecture de police de Paris puisqu’il dépendait des hauts PC, de la direction de l’ordre.
David Dufresne
Ordre public et de la circulation
Charles-Henry Groult
Oui circulation, qui est donc une direction rattachée à la préfecture de police de Paris. Effectivement, c’est un travail qui ne valorise pas forcément le travail de la préfecture et on a eu aucune pression pendant la réalisation de l’enquête. De toute façon, peu de gens savaient qu’on enquêtait, mais ça on nous a fait comprendre après que bah ils n’avaient pas apprécié et. Et disons que la préfecture reste quand même un interlocuteur qu’on avec lequel on traite régulièrement puisque la préfecture gère quand même énormément de choses, traite de nombreux sujets. Donc assez régulièrement on a des échanges avec eux et disons que ça n’a pas, ça n’a pas fluidifier ces échanges.
David Dufresne
C’est le c’est le service de presse de la préfecture. Qui c’est qui a toussé ou c’est un peu au dessus ? Il faut balancer.
Charles-Henry Groult
Qu’est-ce qui se passe derrière le service de presse ? Ce sont les salaires gardés et évidemment qui ne nous disent pas ce qui se passe. Qui n’est pas content ? Qui demande quoi ? Nous, ce qu’on voit en tout cas, c’est effectivement le service presse qu’est.
David Dufresne
Korben 21 qui te demande enfin qui vous demande pourquoi l’Égypte ne fait pas ce travail ? Volonté politique seulement ou problèmes de moyens techniques et humains ? C’est suivi d’un travail. Que fait la rédaction ça régulièrement et encore en ce moment, de réfléchir au fond, qu’est ce qui fait qui ? JPM va mettre du temps à traiter, à traiter des cas, comment ils sont équipés, comment ils sont formés ? Il ne faut pas se cacher aussi quand même. Une différence notable entre l’IGPN et nous, c’est que, au monde, nous ne sommes pas tenus de faire quoi que ce soit. Nous ne sommes pas tenus d’enquêter sur toutes les affaires pour lesquelles nous sommes saisis. C’est une très grosse différence et qui est lié aussi au temps de travail. C’est à dire que quand Arthur travaille deux ou trois mois sous le commissariat, traqueur de journalistes, si DGPN devait travailler deux ou trois mois sur toutes les affaires pour établir de façon plus certaine, encore plus claire sur l’affaire, c’est à dire de façon juridiquement recevable les faits, ça demande sans doute une un staff énorme, en tout cas une méthodologie,. Et non, je ne dis pas que les JAP ne pourraient pas le faire. Je dis juste que nous on s’inscrit dans un cadre qui est quand même très différent de celui de l' IGPN.
Charles-Henry Groult
Et j’ai été convoqué deux fois pour des pour être auditionné sur deux enquêtes qu’on a publiées, que j’avais, que j’avais conduites. Et donc du coup, j’avais eu l’occasion de discuter avec les enquêteurs qui étaient chargés de ces enquêtes. Donc en l’occurrence c'était sur pour l’enquête sur Manuel quoi, nous qui a perdu son œil en novembre 2019 sur place d’Italie et sur le commissaire matraqué et. Et du coup ça m’a permis de faire ses arrêts, ce que j’ai passé 2h dans les locaux DGPN. Donc je ne. Je m’abstiendrai de dire que je connais une DGPN, loin de là. Moi ce que j’ai vu, c’est que j’avais en face de moi des gens qui m’avaient l’air tout à fait de bonne volonté.
David Dufresne
Mais qu’est ce qu’ils cherchaient à tort ? Excuse-moi, Qu’est ce qu’ils cherchaient en auditionnant ?
Charles-Henry Groult
Et bien, ils cherchaient à faire avancer leur enquête.
David Dufresne
Eh bien, en quoi toi, journaliste, tu pouvais les faire avancer puisque tu as fait ton travail, tu l’as rendu public et que c'était un sacré travail et que tout est bien clair.
Charles-Henry Groult
Alors c’est justement, il y a, il y a le fait que. Comment dire ? Par exemple, dans l’enquête sur un manuel, quand le problème de cette enquête, c’est que la manière dont on la restitue, contrairement à ce que je disais tout à l’heure par rapport à l’usine, ce n'était pas totalement possible de refaire tout seul chez soi la démarche. Ou alors il fallait prendre un peu de temps et avoir une ou deux idées. Mais. Mais voilà, ce n’était pas évident. Disons qu’on disait des choses dans, dans la vidéo, dans notre enquête qui reposait sur des éléments qui n'étaient pas forcément visibles dans la vidéo. Et l’IGPN ne peut pas se contenter de dire bon ben voilà, il y a du monde a fait cette enquête, on leur fait confiance et on reproduit leurs conclusions à l’identique pour le juge d’instruction. Donc il y avait cette volonté d’essayer de comprendre comment on avait travaillé pour essayer de savoir comment on était arrivé à ses conclusions, voir si ça concordait avec ce qu’on avait trouvé et essayé de reproduire ce qu’on avait fait de leur côté. Donc c'était. Oui, c'était des gens qui avaient une attitude qui, en tout cas dans ce qui est montré sur ces 2 h d’audition, témoignent d’une volonté d’essayer de faire avancer, de faire leur travail. Ce que j’ai vu aussi, c’est effectivement, on en parlait un peu, un manque de moyens qui est pour le coup évident. Où ça ? Notamment, je ne sais pas pour les enquêtes, puisque moi ce sont des enquêtes sur des manifestations pour des enquêtes d’un autre type, je pourrais me prononcer, mais c’est vrai que là, c’est des enquêtes où les vidéos avaient un rôle ultra important et l’IGPN y travaille encore sur les mêmes ordinateurs qu’on avait au cdi quand on était au collège qui n'était pas loin de tourner encore sous Windows XP où quand ils ouvrent deux fenêtres de navigateur, l’ordinateur plante.
David Dufresne
Est ce que les gars de l’IGPN semblaient quand même agacés par. Le fait que les journalistes aient plus de moyens, que ce soit plus efficace ou pas du tout ? Est ce qu’ils sont jaloux ou envieux ?
Charles-Henry Groult
Et c'était même assez marrant la toute première fois que j’y suis allé. Et c’est vrai que pour être tout à fait honnête, moi je touchais un peu. C'était une convocation en audition libre à laquelle je n'étais pas du tout tenue de répondre et à laquelle je pouvais même aller et simplement dire que je ne voulais pas répondre pour autant. Ça a un côté un peu impressionnant. C’est vrai que c'était la première fois que ça m’arrivait. En plus, on sortait de la séquence où des journalistes du Monde avaient été convoqués par la DG. Si. J’y allais un peu flipper où j’avais tant mon téléphone, je ne savais pas à quelle sauce j’allais être mangé et où. En fait, je suis tombée sur des enquêteurs qui me. Qui nous félicité pour notre travail et qui étaient admiratifs et qui disaient On en a parlé entre nous, Vraiment, c'était super. Puis quand vous faites ça, c’est vachement bien, Qu’est ce qu’on aimerait savoir ? Faire la même chose. Donc non, il n’y avait vraiment pas de tout. Qu’il y ait ni agacement, ni rancœur, ni reproches, ni quoi que ce soit, ni intimidation ou je ne sais quoi.
David Dufresne
Donc c’est parce que. Parce que quand on regarde les dossiers, moi j’en ai, j’en ai regardé à peu près 80 et dossiers IGPN concernant des gilets jaunes, c’est extraordinaire le nombre de caméras piétons dont les objectifs ne marchent pas, les batteries sont en panne, les caméras de surveillance ce jour là, elles ne marchent pas ou filment le mauvais côté. Je veux dire, ce n’est pas de bol quand même, ce n’est pas de bol l’IGPN. Est ce qu'à un moment donné, votre travail dépasse le cadre journalistique et se retrouve dans un champ qui n’est plus celui du Monde français ?
Charles-Henry Groult
Est ce que je peux dire c’est sur cette dernière enquête sur le commissaire matraqué de journalistes. Que quand on a sorti l’enquête, donc quatre mois après les faits, peu après les faits, l’IGPN devant le juge d’instruction, un juge d’instruction avait confié à DGPN une enquête On recherche des causes et des blessures pour Amiral, Alby, qui avait été blessé, on ne savait pas par quoi. Et quand on a sorti l’enquête, j’ai été auditionné et ça a provoqué une vague d’auditions. Je sais que d’autres personnes, notamment Rémi Benzine, ont été auditionnées, différentes personnes touchées par ce commissaire. Et du coup, trois semaines après notre enquête, l’IGPN rendait ses conclusions au parquet qui décidait de charger un nouveau juge d’instruction d’une enquête, cette fois pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique. Ce qui veut dire qu’on est passé d’une étape où la justice disait Ça pourrait être bien de trouver qui a frappé Amiral Albi à une étape où, juste après notre enquête, la justice a dit Bon bah on va enquêter pour des faits de violence commis par une personne dépositaire de l’autorité publique. Est ce que c’est notre enquête qui a tout débloqué ? Je ne peux évidemment pas dire que je ne suis pas dans la tambouille interne. La conjonction des dates et la rapidité avec laquelle ça s’est fait me font penser que. Un petit lien mais dans ce cas là, oui. Ça a été suivi d’une information de l’ouverture d’une information judiciaire.
David Dufresne
Moi je bois vos paroles et je vous adore, pourquoi ? Parce que vous réinventez le journalisme, mais vous êtes quand même au monde. C’est-à -dire qu’il y a quand même beaucoup de réserves dans ce que vous dites. Il y a de la litote et je trouve ça super. Fabien Jobard dans Le Chat, t’es en train de nous dire qu’il a eu des discussions avec des policiers et des gendarmes et qu’ils sont admiratifs de votre de votre travail ?
Asia Balluffier
Voilà, ce que je sais c’est qu’avant la publication, la vidéo donc y avait pas de mise en examen. D’ailleurs je crois qu’il n’y avait aucune condamnation prononcée, ni même aucune mise en examen sur toutes les affaires. Gilet jaune de violences policières sur des gilets jaunes avant novembre 2019, ça a été un peu après et un des policiers de la BAC a été mis en examen. Peu de temps après, il a reconnu avoir tiré et il a accusé un défaut d’arme en disant que de son LBD 40 en disant qu’il avait visé la tête et que maintenant en reconnaissant les faits. Et pour ce qui est de la vidéo, on a eu l’avocat à plusieurs reprises qui nous a félicités et qui nous a dit qu’effectivement il comptait l’utiliser lors de la procédure judiciaire. Je ne sais pas exactement de quelle façon il a terminé.
David Dufresne
Est ce que vous. Il y a un risque. Est ce que vous l’avez mesuré ? D’habitude d’accoutumance. Idéalement, une vidéo chasse l’autre et que l’effet s'émousse. L’effet scientifique s'émousse. D’une vidéo à l’autre, est ce que c’est des choses ? Qui êtes-vous ? Réfléchissez. Est ce que vous discutez de ça ensemble ? Ou pas du tout ? Les faits scientifiques. Je ne pense pas que c’est Mousseron parce qu’il est aussi vieux que le journalisme fait du journalisme d’opinion et du journalisme de terrain et du journalisme. Voilà. Et finalement on fait que reprendre des valeurs, des techniques, qui sont anciennes et je pense, ça sera toujours efficace. Par contre, oui, on se pose beaucoup et tout le temps la question à chaque nouvelle enquête comment on raconte le truc ? Est ce qu’on ne répète pas des choses que les gens ont déjà comprises ? Est ce qu’on ne rentre pas nous même dans une sorte de formatage ? Un peu de ce type de contenu ? L’enquête d’Antoine et Émile, Amanda et Lucas sur les violences policières en Seine-Saint-Denis, à Villemomble, est un bon exemple. C’est-à -dire qu’ils ne sont plus uniquement sur un truc. Il y a des violences policières, mais il dé zoomé aussi un peu. Ils essaient de prendre de la hauteur pour dire voilà, qu’est ce que ça raconte. Du coup, il y a une sociologue à la fin de la vidéo qui vient apporter son regard,. Il y a un côté mécanique de la violence en quartiers populaires qui va au-delà de l’exemple précis. Et c’est aussi quelque chose qu’on fait sur la plupart de nos enquêtes maintenant, c’est que non seulement on révèle des choses et on essaie d’expliquer des choses aux gens, donc d’ajouter une couche de pédagogie. Nous, par exemple, ce n’est pas le tout de dire Ah bah c’est ce que certains appellent le journalisme tutoriel, c’est ça ? Ouais, ouais, ou explicatif, c’est à dire de dire bon bah là, les forces de l’ordre tirent, tirent telle grenade, prennent le temps, faisons pause et regardons c’est quoi cette grenade là ? Comment elle est constituée, quels types de grenades escamotent plusieurs types et quelle est la réglementation par exemple, ou quelles sont les recommandations qu’on donne aux forces de l’ordre pour tirer, histoire que les gens sur le terrain, dans les manifs, dans leur vie de tous les jours soient aussi plus informés, non seulement se disent ah bah Manuel quoi, ne c’est pas normal ce qui s’est pris, ce qui s’est pris dans l'œil, mais aussi bah voilà, est ce qu’on a ici un S ? Est ce que je dois porter mon matricule ? Est ce que tel type de grenades c’est normal de tirer à tel endroit,ça, on essaie aussi d’accompagner les gens dans ce truc-là. Et puis je sais que t’es sensible aux mots, à tout ce qui est narration, récit, storytelling aussi de comment on amène les choses. On a parlé de pas mal de comment poser votre voix. C’est un truc qu’on réfléchit aussi au fil de l’eau, dans ce côté un peu itératif de voilà, on remet sur le sur l'établi à chaque fois le notre boulot et il y a des petites astuces, des petites choses qu’on avait l’habitude de dire. On fait gaffe de ne pas répéter à chaque fois par pour pas être dans un truc. Voilà à chacun trop par exemple que Le Monde a analysé des centaines de vidéos, des milliers d’images grâce à une visualisation 3D, on a été capable de cet état. Bon, pour pas rentrer dans un nous même, une sorte de formatage, un peu de notre truc. Donc on explore quoi. Voilà, on essaie de se réinventer aussi un peu. Et puis je termine donc en vous donnant la parole. Mais il y a un truc aussi auquel on tient beaucoup, c’est de se dire c’est bien le côté scientifique, le côté très froid police scientifique de l’enquête, mais il faut qu’on garde ce côté humain. Ce qui compte quand même derrière, c’est qu’il y a des humains, des gens qui ont vécu des trucs et de remettre du témoignage de des parcours de vie là dedans, ça donne une dimension complètement différente à l’enquête. On n’est pas la police, on n’est pas des scientifiques, on est des journalistes. On est là aussi pour raconter l’histoire des gens et comment ils l’ont eux-mêmes ressenti. Quoi ? Mais, mais. On sent très bien cette préoccupation. À aucun moment on se dit que vous oubliez les souffrances qu’il y a derrière. Et on sent même que c’est ce qui porte aussi le projet. Alors là, je vais diffuser en version muette deux extraits du propos que j’avais préparé. Sur ce qui se passe à l'étranger. On a droit de parler ou on a droit de parler ? Oui. C’est-à -dire ? Tu es là pour parler, tu es convoqué pour parler, Les heures donc faites gaffe. Oui, oui, bien sûr. C’est quelque chose qui très vite est apparu. C’est-à -dire qu’en fait, cette méthode est extrêmement porteuse pour tout un tas de sujets. Alors, violences policières en France, violence d'État au sens large, en France, à l'étranger et même pas. Que dire ? Pollution, exaction militaire dans le cadre de ces opérations armées scandaleuses, scandale environnemental, malversations financières, il y a une foultitude de sujets qui sont qui sont abordables avec ceux avec ces techniques là. Donc là on va peut être sur l’OSINT et dans l’analyse open source de réseaux sociaux. Mais on va aussi être sur davantage d’analyse à partir d’images satellitaires. Donc on a bossé ces derniers mois. Comment renforcer aussi la mine de nos sources sur les images satellites ? On a accès non seulement à Google, Google Maps, et à Google. Google earth les outils de Google. On a aussi accès à des sources via des agences qui ont des satellites AR planète auxquels on achète des images qui nous permettent d' analyser des situations comme justement de croiser des photos qui sont prises sur le terrain, par exemple par des mercenaires russes du groupe Wagner. C’est-à-dire. Est ce que c’est bien là bas ? On va croiser ça, où va, où va ? On va les comparer avec des images satellites pour voir. Ah ben oui, effectivement, on reconnaît tel petit monticule, telle habitation, donc on peut authentifier cette image. Et il y a bien des mercenaires, des paramilitaires russes qui sont dans tel combat. On va le voir. En effet, comment arrivez-vous à situer des mercenaires russes au Donbass ? Parce que sur une photo, vous vous trouvez à l’enseigne d’un magasin je crois, ou tout comme ça, et vous pouvez situer exactement. Ça ou ça se passe.
Asia Balluffier
Sur un des principes fondamentaux de l’enquête en sources ouvertes. Tout est ici, tout est accessible à l’esprit. Je sais que nous, ça nous a beaucoup servi pour apprendre justement. On a suivi leur enquête, nous avons expliqué comment ils avaient fait. On s’est dit Ah ! Donc ils vont faire comme ça. C’est donc risible de le reproduire. Et pour terminer sur l’aspect communauté de ce. De deux, ce collectif qui s’intéresse à l’usine, Effectivement, en France, à l'étranger, il y a de plus en plus de gens qui, bénévolement pour le plaisir, s’attachent à faire ça. Comme dès qu’il y a un conflit quelque part, et notamment c'était le cas dans mon cas, Rabat a partagé leur expertise sur les armes utilisant tel type de roquette, utiliser tel endroit qui partage leur compétence aussi sur le fait de pouvoir localiser des lieux. Et c’est même la course à celui qui est le plus rapide sur ces choses là.
David Dufresne
Je me fais l’avocat du diable et ceux qui suivent vos posts savent que j’adore faire ça. Je ne dis pas que je le fais bien, mais j’adore le faire. Est ce qu’entre l’usine et puis le complotisme, il y a. Il n’y a pas parfois une frontière un petit peu ténu. C’est-à -dire que. Est ce que derrière l’idée que l’image, C’est sûr, c’est comme ça, je suis sûr que c’est comme ça que ça s’est passé. Est ce qu’il n’y a pas aussi. Je ne parle pas de votre travail, mais d’une manière générale, cette idée de cette sainte automatisation du monde dont je parlais tout à l’heure. Est ce qu’il n’y a pas de risques ? Et est ce que ces risques là, là aussi, vous les prenez en compte dans votre travail ?
Asia Balluffier
Bien sûr. En fait, c’est exactement ce qu’on disait sur la 3D tout à l’heure. Il y a un outil qui peut servir et tout dépend de celui qui l’utilise. Et si on a des mauvaises intentions, on peut dire qu’on peut faire dire ce qu’on veut à l’image. On peut faire dire ce qu’on veut à la 3D ou à la 3D. Et donc toute la différence se situe là. Et sur ce que tu dis, sur les risques de la puissance de l’image et de à quel point elle est implacable. On est très prudents parce qu’on sait, nous, à quel point elle n’est pas si évidente que ça et qu’elle n’est pas si implacable que ça et à quel point elle peut tromper. Par ailleurs, il y a des évolutions qui nous inquiètent, comme le fait de pouvoir trafiquer les images à un niveau fixe et qui pour l’instant, on ne connaît pas d’avance sur le deep fake qui permet donc de créer des images à partir de quelque chose de complètement faux et de le rendre très réaliste. Alors on n’y est pas confronté, on n’y est pas confronté encore là on sera assez certains jours. Donc oui, il faut faire attention à cette méthode, à ces méthodes-là. L’image n’est pas une parole d'évangile et c’est pour ça qu’il faudra continuer à faire la pédagogie de nos méthodes, à être transparent sur comment expliquer les choses et comment on voit comment on a abouti à ces conclusions là. Et toujours être dans cette démarche de séparer les interprétations, les jugements, les opinions des faits et de continuer à dire quand on ne sait pas quelque chose, de continuer à être prudent tout en mettant dans cette démarche là d’enquête et de révélation.
David Dufresne
Charles-Henri est ce qu’on vit une sorte d'âge d’or de ce travail là, avec l’irruption des réseaux sociaux qui donnent une source inépuisable d’images avec des outils que vous pouvez utiliser et pas encore tout à fait des travers dont on vient de parler et le fait qu’il peut arriver, Est ce que est ce que tu considères que c’est un moment un peu, un peu étrange et fabuleux d’une certaine manière, dans le dans la connaissance, dans l’accès à la connaissance, dans le journalisme, dans le documentaire,. Et qu'à ce moment-là va s’arrêter ou un autre ? Et si oui, c’est quoi le coup d’après ? Et sinon pourquoi je me plante
Charles-Henry Groult
Si j’en crois ce que dit l’un des fondateurs de Open facto qui s’y connait très bien en design pour le coup lui pense ce que tu dis, c’est à dire il dit on est un moment un peu idéal mais ça va se refermer, ça va se refermer parce que les gens mesurent maintenant l’importance de leur image, Donc soit en font moins, soit les gardent pour eux, soit les vendent très cher, ce qui est dans les trois cas fermés le moulin, le moulin à images. Les états eux mêmes se rendent compte qu’il faut qu’ils fassent attention parce que c’est super l’open data, mais ça veut dire pas les journalistes vont aller farfouiller dedans. Et puis il y a ce dont Asia part, c’est-à -dire les manipulations diverses et variées. Les différents, ça veut dire non seulement pouvoir créer des faux témoignages, un jour peut être, mais on l’a vu parce qu’on se l’est partagé entre nous la semaine dernière, il y a des tentatives, par exemple pour créer des deep fake satellites. C’est à dire que bah, vous allez sur un logiciel d’imagerie satellite et puis vous allez croire qu’il y a un bâtiment à un endroit alors qu’en fait il n’y en a pas. Et ça a été créé dans l’image satellite elle-même où ça a fait disparaître un camp ouïghour, par exemple, vous allez voir la forêt, alors qu’en fait il y a un camp à cet endroit. Donc il y a sans doute une augmentation aussi des compétences techniques. Je ne sais pas vers quoi on va, mais pour l’instant, effectivement, en ce moment où il y a énormément de matière, énormément d’images et on peut en se formant, en mettant les mains dans le cambouis, on peut faire émerger des informations. Je pense que dans cinq ans ça sera beaucoup plus difficile. C’est pour ça qu’au Monde on essaie de se lancer assez tôt là dedans, de mettre les moyens de monter assez vite en puissance parce que parce que je pense que ça va devenir assez vite plus compliqué.
David Dufresne
Merci beaucoup à vous quatre. Merci beaucoup à tous ceux qui ont participé à l’intelligence collective, l'émulation. On se retrouve dans deux minutes après une pause technique, revue du web. Et puis débriefe du débat, évidemment. Merci chers amis je vous libère et on vous retrouve bientôt. Votre prochain gros travail si vous avez envie de venir en parler ce sera avec grand, grand plaisir.
Asia Balluffier
Voilà, ça fait plaisir.
David Dufresne
Merci.
Charles-Henry Groult
Merci pour l’invitation.
David Dufresne
Merci. Bonne journée à vous tous.

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