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#VSS : l’impunité et le silence qui ment. Avec Hélène Devynck et Anouk Aubert.

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Transcription de l’émission

David Dufresne
Amis, ami du café, ami de la justice aujourd’hui de la justice. Amis, amis de la Parole qui se libère. Bonjour, bonjour ! Nous sommes au poste pour un poste spécial, assez délicat, assez délicat. Aujourd’hui, je vois que les invités arrivent en coulisses. Je vois qu’Anouk vient de se connecter depuis Nice. Pour l’instant je ne vous entends pas, mais ne vous inquiétez pas, tout va bien. Introduction je suis tout et tout. Je ne sais pas comment mener cet entretien. Je vous le dis franchement, je vais faire de mon mieux. J’ai été extrêmement touchée par. Impunité. Le livre qui est sorti cet automne, je dois confesser que je n’en avais pas entendu parler. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais j’en ai entendu parler quand Anouk a eu des problèmes avec sa librairie On va rentrer dans les détails. J’ai une petite introduction et puis après on va vous écouter toutes les deux, il y a les agressions, les faits prescrits, les classements sans suite, la parole que la justice feint souvent d'écouter. Et il y a PPDA, la puissance intouchable, un système qui se met en place, le silence qui ment par le silence, qui ment. C’est une phrase de Victor Hugo que vous citez, que j’ai honteusement reprise pour le titre, parce que je trouve ça magnifique cette phrase Le silence qui ment dans l’impunité, Le Seuil. Hélène de Vague, journaliste et scénariste, raconte comment elle et une vingtaine de victimes sont parvenues à fracasser le mur du silence, comment leur solitude éparpillée se sont faites bloc. Hélène est accompagnée d’un petit mot au moment où là, il n’y avait plus de café. C’est un contraste incroyable. Hélène est accompagnée d’Anouk. Et bien Anouk, à Nice, on sait ce qu’est que la lumière. Anouk est accompagnée par Hélène est accompagnée d’Anouk, libraire à Nice le 9 décembre, alors que Darmanin, Gérald était en ville, dans cette bonne ville de Nice, la devanture des » parleuses », votre librairie fraîchement décorée par les colleuses, il y avait des piqûres, des collages qui sèment l’impunité récolte la colère « Victime On vous croit » un violeur. On vous voit. Sophie votre librairie s’est vue recouverte de bâches noires alors qu’Hélène était venue deux jours avant faire un débat chez vous. Donc ça veut dire que la parole des femmes, ce n’est pas pour tout de suite. Bonjour mesdames, comment ça va ?
Hélène Devynck
Très bien.
David Dufresne
Est ce que la présentation est correcte ?
Hélène Devynck
Absolument. Il y a quelque chose qui me touche dans ce que vous dites, David C’est parce que il ne vous aura pas échappé que vous êtes un homme et que souvent ses sujets, on a l’impression que c’est des sujets de femmes, qu’il y a pas d’homme dans l’histoire qui n’a pas de retour, que c’est les femmes qui doivent prendre la parole, que c’est les femmes qui se battent, que c’est les femmes qui en parlent entre elles, que. Et en fait, moi ce que j’ai voulu faire dans ce livre, c’est justement essayer de faire comprendre aux hommes ce que c’est l’agression. Et c’est très difficile. Est-ce que David, vous, vous ne risquez pas de vous trouver dans les situations dans lesquelles nous nous sommes toutes trouvées ?
David Dufresne
Écoutez, c’est très simple. On va commencer par la page 77. Parce que c’est celle-là en fait qui m’a fait basculer.
Hélène Devynck
Oui
David Dufresne
Pour les hommes qui lisent ce livre, je me suis beaucoup demandé, écrivez vous, comment leur faire ressentir ce qu’a vécu Chloé avec le doigt ? Le doigt. Entrer dans son vagin. Je n’ai pas trouvé de solution. Les femmes ont immédiatement une sensation quand on évoque un doigt dans un vagin. Cette sensation n’est pas transposable. Ce n’est pas une question de talent ni de puissance d'évocation. En revanche, un pénis dans la bouche. Si vous êtes un homme, vous devriez pouvoir ressentir quelque chose. Techniquement, ça peut vous arriver. Et même si vous êtes un hétérosexuel qui n’en a jamais fait l’expérience, vous devriez pouvoir vous faire une idée et après vous expliquer ça pour expliquer l’effet de sidération. Ce passage là, Hélène. Chapeau !
Hélène Devynck
Ça va plus loin que ça. C’est à dire que, en fait, c’est très difficile de transmettre ce qu’on a vécu. Non seulement parce qu’effectivement les sensations ne sont pas les mêmes et que y a quand même dans l’idée de certains hommes que c’est pas si grave que le corps des femmes et les frontières qu’on peut poser quand quelque chose rentre à l’intérieur de notre corps, c’est pas si grave. Une femme, elle sait ce que ça fait, elle sait la fracturation, c’est ça que ça représente. Et ensuite, voilà. Après, il y a des choses qui sont aussi pas transposables parce que un homme n’est pas menacé. C’est à dire que même si vous étiez menacé David, vous avez, vous avez l'éducation qui vous permet de dire non facilement, de rigoler alors que nous on a appris à être gentil et bien élevé. Et ça compte aussi. Le système que je décris à TF1 était un système profondément discriminatoire et quand on était une jeune femme, on arrivait dans la rédaction, condition d’y arriver. Ce que je raconte aussi. Toutes celles qui ne sont pas là, on n’avait pas les mêmes chances qu’un homme qui rentrait dans la rédaction à cause d’un prédateur et à cause d’un système.
David Dufresne
Oui, parce que. Alors, je ne l’ai pas dit tellement ça me semblait évident. J’ai. J’ai des notes autour de PPDA. C’est évidemment de lui dont on parle, mais au-delà de lui, en fait, c’est un système. Parce que vous évoquez d’autres, d’autres personnes dans la hiérarchie de TF1 qui n'était pas en reste question agression sexuelles et le présumé Mais ce que vous racontez en fait, vous le raconter pour toutes les femmes.
Hélène Devynck
Dans toutes et pour tous les hommes.
David Dufresne
Et pour tous les hommes. Oui, bien sûr. A nous que vous preniez la parole quand vous voulez.
Anouk Aubert
Est ce que c’est le mot qui me semble fondamental dans ce que Hélène vient de dire et dans ce qu’on peut lire dans ce livre ? C’est le mot système. Et je crois que tant qu’on ne réfléchit pas à ce système qui est décrit et qui est latent dans toutes les strates de la société, là Hélène parle de TF1. Mais ce qui me semblait important avec Maud quand on a lu ce livre, c’est effectivement ça décrit le fonctionnement d’une entreprise, ça décrit un nombre de gens au courant qui est qui, qui est quand même surréaliste. Hélène décrit très bien une directrice d'école de journaliste qui ne voit pas ses stagiaires à TF1. C’est cette fille. Oui, c’est une fille depuis des années. Enfin, je ne parle pas d’un truc qui se passe pendant 20 ans. C’est quelque chose de connu, de reconnu. Enfin, quand vous en parlez maintenant au comptoir, on regarde avec PPDA. Il est comme ça, tout le monde le sait, mais tout le monde le sait. Personne ne dit rien. Quoi ? Sa fille ? Et ça, ça fait 30 ans que qu’il y a un type qui crie, qui fracasse des vies parce que il y a un truc que Julia Fize dit très bien, c’est le viol, c’est presque le crime parfait. Vous ne tuez personne mais vous tuez quelqu’un. Et ça, c’est quand même un problème. On est 52 % de femmes dans le monde. Il faut que ça cesse. Arrête de nous traiter comme une minorité. Et ça, aujourd’hui, c’est vrai que si moi je participe à l'émission avec Hélène, au delà de l’affection que je lui porte, c’est parce que ce qu’on fait, nous, dans notre librairie, tous les jours, c’est cesser de dire aux femmes du nous vous avez le droit de dire bah moi aussi en fait. Et on est beaucoup qui me disent aussi tout le temps. Avec un spectre effectivement très large. Mais moi aussi il est tellement automatique maintenant moi je cherche la femme de mon entourage qui me dit moi rien je n’en ai pas en fait j’ai 40 balais et j’en ai croisé des femmes dans ma vie. Je n’en ai pas une qui me dit bah moi je n’ai pas vécu un truc que j’ai pas choisi. On a toutes vécu un truc qu’on a subi.
David Dufresne
Donc poser la même question aux hommes est ce que tu as agressé une femme ?
Anouk Aubert
Ah avec certains oui. J’ai passé la soirée avec un ami hier qui est en pleine prise de conscience, qui est hyper violent pour lui. Et encore une fois, je ne crois pas Annick, l’objectif d’Hélène et le mien ce soit de tirer à boulets rouges sur les hommes, Au contraire, c'était de penser que les hommes ont tout à gagner là dedans. Parce que la représentation dans notre société de ce qu’est être un homme, c’est ultra limité. Et franchement, parfois ça me fait de la peine pour vous quand vous n’avez pas beaucoup de dossiers, de manière de vivre quoi. Vous ressemblez à des espèces de caricatures qui doivent être pénibles. Pas. Je dis ça vu de ma fenêtre, mais il y a des moments où je. Franchement, être un mec, quel sacerdoce quoi. Pour être une femme, ce n’est pas rigolo
David Dufresne
Je pense qu’il y a une prise de conscience.
Anouk Aubert
Oui, enfin dans certaines strates de la société. Je n’en doute pas, mais moi j’ai deux filles qui sont à l'école primaire et je suis déjà édifiée de ce qu’elles vivent. Elles ont 87 ans et elles ont intégré des trucs. En 20 ans, il ne s’est rien passé entre mon passage à l'école et maintenant. Elles n’ont toujours pas de place dans la cour.
David Dufresne
Et parmi les lecteurs ou les lectrices. Enfin parmi les lecteurs d’impunité, est ce qu’il y a des hommes ou des femmes ? Vous Hélène, quand on fait des rencontres, il y a que des femmes ou il y a aussi des hommes.
Hélène Devynck
Il y a une majorité de femmes, ça c’est très clair. Mais il y a aussi des hommes. Et quand je suis allée signer un marché ici, chez moi de haut parleurs à Nice, il y avait quand même pas mal d’hommes dans la salle. Alors il y a aussi que les hommes y parlent plus que les femmes. Il y a trois hommes et une dizaine de femmes. On entend plus les hommes.
David Dufresne
Et vous savez quoi ? Tout à l’heure, au début de l'émission, je me suis mis à admettre Je fais que parler, je fais que parler. J’explique. Mon approche trop longue. Non mais par exemple, moi je sais que, une fois dans un cinéma, je présentais mon film et il y a un exploitant d’une salle de cinéma qui a dit On va donner la parole à un homme, puis à une femme, puis à un homme et une femme. Au début, je me suis dit mais qu’est ce que c’est que cette fabrication ? Et en fait, je montre bien parce qu’effectivement on partage beaucoup plus la parole. Parce que sinon, il y a le phénomène que vous venez de dire, Hélène ou les mecs prennent la parole et.
Hélène Devynck
Et par ailleurs, il y a aussi que je raconte l’histoire à cette histoire se passe à TF1. Il y a le TF1 de PPDA, donc il est parti depuis treize ans maintenant. Et bien on parle d’aujourd’hui et TF1 d’aujourd’hui n’a pas changé. C’est à dire qu’il n’y a aucune prise de conscience et c’est une excuse. C’est un Beach club quoi. Et ça se voit encore.
David Dufresne
Alors il faut quand même commencer par là. Votre livre s'éteint. C’est une. Une déambulation avec des dames qui vont devenir des femmes qui vont devenir vos amies finalement, qui sont avec vous ? Voilà qui ont été victimes d’agression sexuelle pour certaine de viol, qui ne se connaissent pas, qui vont raconter des scènes extrêmement similaires sur un laps de temps extrêmement long. Ce qui veut dire qu’il y a quand même un souci, c’est autant de témoignages concordants de gens qui ne se connaissent pas, etc. Est ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus quand même ?
Hélène Devynck
Alors ce n’est pas seulement des femmes qui ont vécu des agressions qui vont du harcèlement à l’agression, au viol, C’est aussi des femmes qui, spontanément, quand l’affaire est sortie, quand Florence Porcel a porté plainte et quand Patrick Poivre d’Arvor et ses amis ou occupaient les médias pour dire que non, jamais rien, c'était des menteuses, des folles qui s'était rien passé et que c'était un homme charmant, etc. Tout un discours qu’on entend à chaque fois qu’un homme est accusé. Chacune de notre côté, on a pris notre téléphone, on a trouvé le numéro des enquêteurs et on les a appelés pour raconter ce qui nous était arrivé. Il y a beaucoup de femmes qui se sont manifestées plus tard ou qui ne se sont pas manifestées. Ce n’est pas seulement les agressions qui ont été extrêmement nombreuses. Le premier témoignage que j’ai, c’est 1981 et le dernier en 2016. Donc ça fait quand même un peu plus de 40 ans après 82. Et ensuite pendant dans tous les endroits où il a travaillé, il a fait la même chose. Donc toutes on a chacune avec notre petite histoire, on est venu la raconter aux enquêteurs et il se trouve que ces histoires ressemblent au mot près, au geste près chacune de nos histoires dessine ce qu’on appelle le mode opératoire d’un prédateur qui a très, très peu de variations. Et nous, on s’est rencontré à partir du moment où certaines avaient déjà été déjà contactées sur les réseaux sociaux et moi j’ai témoigné publiquement dans le monde. Et donc, une fois que mon nom a été rendu public, elles m’ont contactée. Ce qui fait que la première fois qu’on s’est vu en été sept, ça a été une révolution pour nous toutes pour la première fois de notre vie, cette histoire qu’on croyait isolée et ça, je ne peux pas dire que je me croyais absolument seule à avoir eu des problèmes avec lui. Mais enfin, pour une fois, on avait parlé en sécurité et ça, c'était juste. Ça ne nous est jamais arrivé. Et ensuite, tout le combat qu’on l’a mené, on la connaît ensemble et c’est ça notre force. Parce qu’aucune d’entre nous seule n’aurait eu la moindre chance de se faire entendre. Nulle part. Elle aurait été pulvérisée comme il l’a fait au début avec Florence Porcel, c’est à dire folle, menteuse, salope qui veut de l’argent. Il y a tout un partenaire d’histoires et de récits qu’on applique aux femmes qui parlent, qui les rendent inaudibles. Notre force, c’est qu’aujourd’hui, on est 90, on est près d’une centaine à parler. Et donc, entre la parole d’un homme, Patrick Poivre d’Arvor et des dizaines de femmes qui racontent chacune la même histoire, ça devient quand même très compliqué de dire que c’est parole contre parole.
David Dufresne
Je donne des noms. Agathe, Alexandra, Alexandra, Aline, Amandine, Amandine, Anouk, Armelle, Astrid, Aude, Aude, Béatrice, Bénédicte, Camélia, Camille, Camille, Candice, Cécile, Cécile, Céline, Chantal, Charlotte, Chloé, Claire. Claire. Claire. Claire. Clémence, Diane. Elisabeth. Elodie. Emilie, Emmanuelle, Emmanuelle, Florence. Éloïse. Isabelle. Isabelle. Joséphine. Julie. Justine. Karine. Laetitia. Laurène. Lisa. Maïté, Margaux, Marie, Marion. Mathilde. Monique. Muriel. Nora. Pauline. Stéphane. Stéphanie. Sonia. Ces quelques noms que vous citez page 250.
Hélène Devynck
Oui, ça c'était quand j’ai fini le livre l'été dernier. Depuis, la liste s’est encore beaucoup rallongée.
David Dufresne
Vous avez parlé de mode opératoire. Le mode opératoire, c’est ce que vous appelez le coup du plateau.
Hélène Devynck
Où je raconte le coup du plateau.
David Dufresne
Soit je lis votre livre, soit vous le racontez, mais c’est peut être mieux de vous entendre. Mais sinon, c’est vrai, 63 ans après.
Hélène Devynck
La majorité des femmes qui ont témoigné dans ce dossier racontent exactement le même procédé qu’il a fait. Donc, dans toutes les rédactions où il est passé, à France deux, à TF1 et ensuite, je crois, la radio classique, s’est il invité ? Une jeune femme qui connaissait quelques fois même pas parce qu’elle lui avait juste écrit une lettre, envoyé un manuscrit, ou alors qu’il avait croisé dans un salon littéraire, Ou alors qui croisait dans le train une femme qui n'était pas de la rédaction, tout cas, qui avait dit qui voulait devenir journaliste par exemple. Souvent il lui disait : Venez voir à 20 h. Nous sommes arrivés en l’installant au fond du plateau surélevé sur une petite chaise derrière les caméras. Donc, elle voyait Patrick Poivre d’Arvor faire son journal. Elle arrivait à la dernière minute. Il y lisait ses lancements qu’en général il n’avait pas écrits. J’en sais quelque chose parce que je les ai écrits pendant deux ans.
David Dufresne
Mais dans sa France, c’est les petits textes que le présentateur présente.
Hélène Devynck
Patrick Poivre d’Arvor disparaissait. Une assistante venait chercher la femme qui était là, qui était un peu gênée parce qu’il n’avait pas dit bonjour. Il n’avait pas dit au revoir, il n’a pas fait un signe de reconnaissance, donc on ne sait pas très bien où se mettre. Elle est toute seule. Et donc l’assistante venait à chercher, le montait dans son bureau et disait à Patrick Blanc Bourgeois Donc la femme était toute seule dans le bureau à attendre. Lui, il faisait ce qu’on appelle la pratique, en fait suivait le journal très rapidement. Et puis il arrivait, il s’occupait de il et il était assez grossier. Il dit à peine bonsoir et s’occupe de son courrier. Et puis, quand il avait fini, la secrétaire partait et quand il avait fini son courrier sautait dessus, il sautait sur la femme qui était là. Alors il y en a qui ont réussi à sortir sans gros dommage en fait, qui ont été très choqués, qui sont partis radote, qui ont été violés. Mais c’est toujours la même histoire. C’est ce qu’on appelle le coup du plateau.
David Dufresne
Voilà, comme dit Anouk.
Anouk Aubert
Un système.
David Dufresne
Un système,
Hélène Devynck
Alors que tout le monde voyait, les femmes n'étaient pas cachées. Alors maintenant, les gens disent Ah oui, mais on ne sait. Alors à la rédaction, après le 20h, il n’y a plus personne à TF1. Donc quand Patrick Poivre d’Arvor arrivait dans le bureau, la rédaction était absolument déserte. Donc certains disent même on ne savait pas, on était plus là, on ne pouvait pas savoir. Il n’empêche que ce ballet de jolies femmes jeunes, un peu intimidées, elle a été plusieurs fois par semaine au journal. Tout le monde le voyait et personne ne se posait de questions.
David Dufresne
Il y a même Je ne veux pas les accabler, mais il y a quand même deux assistantes. Qui ferme la porte régulièrement. Et dire Et puis.
Hélène Devynck
Premier rendez vous qui ferme la porte. Alors, est-ce qu’elles ont fermé les yeux ? J’en sais rien. Aujourd’hui, il y en a une qui travaille toujours avec lui. Les deux disent que bien sûr, ce n’est pas possible. Il n’empêche qu’elle était là. Elles ont. Elles ont un rôle particulier dans cette histoire. Certainement.
David Dufresne
Et d’une certaine manière, ça rappelle la série et le film sur elles et le patron de Fox News. Notamment, il y a une série remarquable sur et il y a vraiment des. Je trouve des similitudes avec ces hommes de médias pleins de pouvoir et qui. Voilà qui se comporte en bulldozer. Alors PPDA, il s’explique, il s’explique. Dans votre dans votre livre. Et puis après on va aborder la question du combat que vous avez mené. Alors. Quand le major. Alors, le major, c’est celui qui va toutes. Vous, vous écoutez qui a un rôle extrêmement important dans le temps, dans votre histoire et donc dans votre dans votre livre, mais qui va quand même, si j’ai bien compris à un moment donné, devoir ficeler son enquête parce qu’il est, il est muté ailleurs, Vous ne dites pas d’ailleurs si c’aurait été mieux qui reste pour continuer l’enquête. C’est l’impression qu’on a en vous lisant.
Hélène Devynck
Non à la police ? A sa DRH. Je ne veux pas savoir ce qui se serait passé s’il était resté. En tout cas, il nous a reçus et nous a reçus plutôt bien. Et lui il a résumé nos témoignages. Donc il a. Il a eu raison. Son téléphone a sonné non-stop. Il a eu 23 témoignages en on va dire qu’il a résumé en disant que c'était un prédateur sexuel qui abusait de sa notoriété et qui se comportait, qui avait aucune tentative de séduction et qui se comportait avec cruauté avec les femmes qui osaient refuser ses avances. Il se comporte aussi avec cruauté avec celle qu’il avait violée. Je peux en témoigner.
David Dufresne
Quand on a interrogé Patrick Poivre d’Arvor, écrivez vous sur mon cas, il a convenu avoir eu une relation sexuelle avec moi à son domicile. Il a cassé l'événement juste avant que je devienne son assistante et non à la fin de notre collaboration. Ce changement de date avait deux fonctions stratégiques. Il diminue le lien de subordination puisque selon lui, je ne travaillais pas encore exclusivement pour lui et il laissait croire que j’avais accepté de coucher pour avoir le job. Ça faisait de moi une pute, une salope arriviste. Le mythe de la promotion canapé est toujours là pour servir les hommes et pour dénigrer les femmes au travail. Un mythe qui justifie le rejet social de la femme hiérarchiquement inférieur et la valorisation de l’homme au pouvoir. Même quand l’histoire est parfaitement désirée, on parle dans son dos à elle, on l'évite à la cantine, le groupe accable la femme. Jamais l’homme.
Hélène Devynck
Je pense que ça viendra. J’ai voulu tordre le cou à cette idée de promotion canapé parce que quand j’ai commencé à parler, il y avait beaucoup de gens qui me disaient ah oui, mais moi j’en connais celle-là, vraiment. Et elle couche, Elle a réussi à avoir des promotions comme ça, c’est une vérité, ça existe, Moi ce n’est pas ce que j’ai vu. La promotion canapé, c’est vraiment le terme qui discrédite les femmes et jamais les hommes. Mais je crois que ça vient d’un fondement très profond qui est qu’un homme. Plus il affiche sa sexualité, plus il a du prestige et qu’une femme, il faut qu’elle la cache parce que c’est la fille. Sa sexualité est sanctionnée socialement. L’espèce de fondement sur lequel se développe, c’est ce stigmate de la promotion canapé. Là, en l’occurrence, Patrick Poivre d’ Arvor ne passe décidément pas derrière. Des femmes, peut-être. Il n’y avait pas de promotion canapé,il se servait et derrière… Voilà, il fallait se débrouiller avec ça. Et la seule solution, c'était de se taire en fait, toutes celles qui ont parlé, il y en a qui ont parlé un tout de suite, il y en a une. Elle avait seize ans, c'était une lycéenne, elle a été violée dans son bureau. Elle a voulu le dire à ses parents, elle ne savait pas comment faire. Donc elle a été voir un journaliste.
David Dufresne
Incroyable
Hélène Devynck
Minute a fait un article qui s’appelle « Un satyre à TF1 ».
David Dufresne
Il raconte l’Histoire Je me permets Hélène, Minute, c’est le seul moment du bouquin. Je ne suis pas d’accord avec vous, je vous trouve assez gentille vis à vis de ce journal d’extrême droite
Hélène Devynck
Parce que les parents de cette jeune femme lisaient ce journal là.
David Dufresne
C’est drôlement rare,
Hélène Devynck
Je suis d’accord avec vous. Mais il n’empêche que c’est un journal diffusé nationalement qui racontait un viol de lycéenne à TF1 par un homme grand, voûté avec un peu calvitie qui présentait un présentateur vedette et que personne n’a bougé, c’est à dire qu’on le reconnaissait. Patrick Poivre d’Arvor, son nom n'était pas cité, mais on le reconnaissait et ça n’a eu aucun effet. Et cette jeune femme, donc les parents, c'était la jeune femme, ont compris qu’il s’agissait d’elle. En fait, ils l’ont emmené voir un psy, pas pour savoir si elle était blessée n'était pas folle pour raconter un truc pareil que personne ne l’a cru. Et il y en a d’autres qui ont parlé. Seule, aucune femme ne pouvait dire quoi que ce soit et se taire. Moi, je me suis tue complètement. C'était. C'était être sain d’esprit. Et on s’est toutes tues parce qu’il n’y avait aucun endroit où parler, faire. On parlait, on était fracassé.
David Dufresne
Patrick Poivre d’Arvor a ajouté que je n'étais pas farouche. Je cite. Un gibier farouche, écrivez-vous. C’est celui qui ne se laisse pas percevoir, celui qui fuit au moindre signe de danger pour ne pas être violé. Demandez-vous. Les femmes devraient avoir peur, détaler devant les hommes et vivre dans la mâchoire bien serrées de la domination masculine triomphante se défend d’une accusation de viol en remettant en cause la vertu de la victime est un poncif éculé. Alors je pense pouvoir utiliser cette histoire. Je pense que les femmes qui disent ça sont confortées et les gars comme moi. Ben j’avoue, je n’avais jamais pensé ça comme ça. Pour ne pas être violées les femmes devraient avoir peur d'étaler devant les autres interrogations et vivre dans la mâchoire bien serrée de la domination masculine triomphante.
Hélène Devynck
David Moi, j’ai grandi dans l’Indre, à l'époque de la libération sexuelle, où on nous a appris que justement, je n’avais pas peur des hommes. J’avais l’impression d'être, d’avoir les mêmes chances d'être égal. J’ai fait des bonnes études, je travaillais énormément, je jouais la question des violences sexuelles. Finalement, dans ma vie, elles apparaissent quasiment pas, ou en tout cas on en parlait pas et il fallait être fort et tant mieux. On avait plus, on avait la contraception, la vieille, l’avortement. On avait l’impression d’avoir une vie qui nous permettrait une liberté sexuelle qui en réalité s’est retournée contre nous qu’il est décoince. Moi je n’ai jamais prétendu être un homme, j’ai vécu avec mon époque et ça c’est ce que Patrick a essayé de retourner en disant voilà comme on est toutes ou des menteuses ou des salopes.
David Dufresne
Alors il faut dire que vos plaintes n’ont pas abouti pour la plupart d’entre vous, vous avez été classée sans suite.
Hélène Devynck
On a été classée sans suite, presque toute pour prescription, et Florence Porcel a été classée sans suite pour insuffisance de preuves. N’est ce pas un peu ce qu’on appelle insuffisamment caractérisée ? Donc elle, elle s’est portée partie civile. Ça veut dire qu’il y a une instruction qui est ouverte sur. C’est bien là, Mais le problème c’est qu’on est face à un problème que la France a avec les tueurs en série aussi, avec tous les criminels en série, c’est que on a pris chacune de nos histoires et on les a séparées la justice a regardé, elle a dit ah bah cela, elle est prescrite là, elle est prescrite, elle en a suffisamment caractérisé. Sauf que la valeur de témoignage, il est en groupe, c’est à dire c’est toutes nos paroles qui disent une vérité. Chacune est vraie, mais l’ensemble devient incontestable. Et ça, la justice ne sait pas s’en saisir.
David Dufresne
Anouk, est-ce que vous voulez réagir ou pas ?
Anouk Aubert
non, je lis le tchat et j’ai vu un live où vous allez parler de Sombre bientôt White qui je pense va faire un très bel écho là maintenant. Mais la justice ne sait pas et je crois qu’il y a une histoire de volonté politique. Ce n’est pas parce qu’on l’a. On n’arrive pas à avoir un système et à dire aujourd’hui il faut qu’on soit face à l’ennemi. L’histoire d’Hélène et de toutes ses autres femmes, c’est l'équivalent d’Epstein ou de Weinstein aux Etats-Unis. C’est un système organisé et sombre. Je l’ai fini ce weekend avec La Nausée. J’ai lu ça. Nos absentes de Lorraine des carrefours. Tous les. Tous les livres que vous pouvez lire sur ces sujets expliquent comment le système fonctionne. Il y a un refus de prendre, de prendre au sérieux la parole des femmes, de croire d’emblée la femme, on la met en cause d’emblée sur la femme. On a envie de raconter qu’elle a été violée ou agressée pour se rendre intéressante. C’est dans l’imaginaire collectif, c’est à tomber par terre. Quand on a eu le problème avec la police et qu’on nous a couverts à la librairie. Un des policiers présents appartenant à la police nationale a réalisé déjà qu’impunité était un livre pris en photo entre femmes. Il est passé quand même beaucoup de choses monsieur. Et puis il n’a quand même pas pu s’empêcher de me dire avec une espèce de désinvolture mais qui était mais qui était puant trois. Enfin bon, PPDA ça va est quand même beau et du fric, il n’a pas besoin de violer, mais à quel moment en fait savoir ? Les violeurs, ce n’est pas des pauvres noirs quoi. Français ? C’est dramatique d’avoir ces représentations là et elles sont tenaces,
Hélène Devynck
elles sont tenaces, intéressantes et c' est dramatique. C’est ce mot, le besoin de violer, c’est à dire comme si c'était un besoin, là où est le besoin de violer. On peut dire, quelqu’un qui a faim a besoin de voler. Parfois, et c’est un critère juridique, elle indique la nécessité, mais le besoin de violer les gens, moi ça me vient d’où ? Qu’est ce que ça dit de l’homme qui dit qu’il a besoin ou pas besoin ? Personne n’a besoin de violer.
David Dufresne
Alors le paradoxe dans votre histoire, c’est que le major de la police va bien vous écouter. D’ailleurs, vous soulignez que vous avez eu plutôt de la chance par rapport à beaucoup de femmes qui ne veulent même pas porter plainte tellement c’est compliqué de le faire, etc. Parce qu’on est mal accueilli, parce qu’il n’y a pas d'écoute, parce que vous êtes et immédiatement suspect et non plus victime, etc. Vous vous êtes plutôt bien reçu par quelqu’un qui monte le dossier, qui justement a une vision périphérique. C’est à dire qu’il comprend qu’il y a un système qui a été mis en place et que ce n’est pas un cas, ce n’est pas un cas et un autre cas, il un autre cas, ce n’est pas un empilement, c’est un ensemble. Voilà. Pourtant la justice ne va pas vous donner raison. Donc vous, vous, vous parlez de ça comment ? Comment vous expliquez ça, vous ?
Hélène Devynck
Et un jour, ils ont pris et ont séparé chacune des plaintes. On a reçu chacune une lettre du procureur, ce qui est déjà énorme. Nous disions voilà, le Steve y a prescription, donc y a un cas, y fait faire un classement sans suite. Mais il a dit aussi que Patrick Poivre d’Arvor avait dit car il a dit en termes techniques, juridiques, moi j’ai reçu, il a reconnu la matérialité des faits, mais pas l’intentionnalité. Est ce que la matérialité des faits, c’est à dire qu’il a, ça veut dire qu’il a reconnu qu’il y avait eu une relation sexuelle, mais il dit qu’il ne m’a pas violé puisque j'étais d’accord. Voilà, ça c’est sa version. Pour d’autres, il n’a pas reconnu l’intentionnalité. En fait, quand il a été interrogé, souvent lui on lui disait est ce que vous connaissez madame Machin ? Il disait son nom et ne me disait rien. Et puis après il faisait sa déposition et il disait ce qu’elle raconte est invraisemblable ou vraisemblable en fonction de ce qui en fait, il se souvenait certainement plus de ses femmes. Nous, on se souvient très bien de ce qui nous a fait. Mais la justice est en panne. Pause. Pas seulement par aveuglement ou par dogmatisme. Elle est en panne aussi par manque de moyens. s’il avait fallu vérifier chacune de nos accusations, etc. Six Et on il n’aurait pas été fait parce qu’elles sont prescrites, ça a été fait quand même un petit peu, mais pas beaucoup. Ça demande énormément de moyens. Et en fait, les dossiers s’accumulent. Et en classe, parce qu’on classe, est ce qu’on n’a pas le temps de travailler parce qu’il n’y a pas assez de monde, parce qu’il n’y a pas assez d’intérêt pour les victimes ?
David Dufresne
C’est ce que vous écrivez page 137. Il y a des raisons pragmatiques : l’encombrement, le manque de magistrats, les jugements rendus des années après les faits, les audiences jusqu'à 0 h. Tout manque, le personnel, les moyens, le temps, l’intérêt pour les victimes. Parce que c’est effectivement un livre qui porte beaucoup là-dessus, sur le sur le combat, le combat judiciaire.
Hélène Devynck
En fait un livre qui raconte un an de ma vie, à partir du moment où j’ai parlé, où j’ai parlé publiquement et où j’ai parlé à ami, à la justice de mon pays et tout ce qui s’est passé ensuite. C’est à dire que non, une fois que la justice nous a dit on peut rien pour vous, on s’est dit voilà, on a parlé. Alors parler, ça veut dire aussi que votre réputation en prend un sacré coup. Un. C’est pas, c’est pas très agréable à raconter et ce qui se passe derrière n’est pas très agréable à vivre. Et donc derrière, on s’est dit que cette histoire, on va la faire, on va la faire savoir, on va la faire connaître. Et donc on a travaillé avec des journalistes, on en était toutefois pour beaucoup. On était journalistes, en tout cas au début.
David Dufresne
Oui.
Hélène Devynck
C'était plus facile de se trouver comme journaliste. Mais ensuite il y en a eu de tous les milieux et de et de tous les horizons. Et donc je raconte comment on a essayé de raconter cette histoire qui nous semblait d’utilité publique, ça raconte comment pendant 40 ans, un homme peut être criminel sans qu’il lui arrive rien. Et il y arrive encore aujourd’hui. Rien. Donc la question c’est comment c’est possible ? Mais c’est aussi qu’est ce qu’on a nous ? On a raconté à la justice et qu’est ce que la justice laisse tomber.
David Dufresne
Alors vous racontez vos rencontres avec les journalistes de Libération, du Monde, de Mediapart et sur le monde journalistique. Après, je reviendrai sur la question de la justice, sur le monde journalistique. On parlera aussi, mais plus tard, du cas incroyable du cas incroyable de 7 à 8 mai sur les journalistes qui ont été victimes dans notre affaire. Beaucoup de victimes sont des journalistes, écrivez-vous. L’agresseur est un journaliste. Ceux qui peuvent en parler ou ne pas en parler sont des journalistes. Dans la presse comme dans l'église, regarder en face les pires dérives criminelles en son sein n’est pas une chose facile. Est ce que vous pourriez. Expliciter un peu ça l’omerta qui règne dans le monde journalistique.
Hélène Devynck
Je pense que c’est un peu comme dans l'église effectivement. S’il y a quelque chose de très compliqué à reconnaître, même ceux qui n’ont rien fait sont quand même responsables de quelque chose nous, on a été tenus au silence. Pas seulement parce que Patrick Poivre d’Arvor était puissant, mais parce que aussi, on n’a pas envie que ça arrive. Personne n’a envie que ça arrive. On sait que c’est compliqué. Et quand on a. Il y a des journalistes qui nous ont contactés et qui ont été absolument infectés ce qui s’est passé pour nous, pour moi, c’est que je suis journaliste et tout d’un coup, je suis devenue source. Sauf que moi, je sais comment je travaille avec mes sources quand je fais des articles.
David Dufresne
Ou de voir comment fonctionnent les journalistes quand même.
Hélène Devynck
Ah oui, ça fout les boules quelquefois.
David Dufresne
? Il y en a qui se comportent très bien quand même ?
Hélène Devynck
Il y en a qui trouvent que c’est bien de piétiner leurs sources. Enfin, on reconnaît tout de suite une espèce d’avidité où il y a peut-être une déformation professionnelle peut-être, Voilà. Il y a des journalistes à qui on n’a pas voulu parler et on a eu raison de ne pas leur parler. Bon alors c’est pas le cas de tous,
David Dufresne
alors on va quand même parler de celui de 7 à 8, parce que là c’est bien possible. Page 216. Comment ?
Hélène Devynck
Donc je n’ai pas donné l’ordre.
David Dufresne
Là, on voit la confrérie qui reste, mais ça n’a pas d’importance. Ce qui compte aussi, c’est de 7 à 8. C’est quand même l'émission, c’est ça, c’est le vaisseau amiral, c’est la puissance totale. Donc voilà le genre de truc. Donc d’abord, vous voyez le sous chef, je sais plus comment vous l’appelez, ensuite le supérieur hiérarchique, le grand chef, le chef intermédiaire et donc le grand chef vous dit On ne va pas se mentir, Hélène vous dit il, m’a t il dit, écrivez vous dans une confraternelle complicité, je veux des viols.
Hélène Devynck
C’est comme ça que la conversation s’est terminée. Il me parlait à moi. Il savait ce qui m'était arrivé. Il voulait que je témoigne et il me dit voilà, je veux des viols. Ça veut dire je veux du sensationnalisme, je veux et il ne veut pas des témoignages, il veut des viols, Il veut le moment où une femme raconte comment le type a baissé son pantalon. Bah c’est tout. Et ceux-là, faut pas leur parler. Mais vous connaissez David ? Vous connaissez les journalistes ?
David Dufresne
Oui, je les connais. Mais je trouve ça bien de parler à ceux qui connaissent moins Quand on lit ça Franchement, c’est épouvantable. Le mec ose le dire ? Ah, vous voyez ce que je veux dire ? Vous avez du répondant, vous avez une surface médiatique. Enfin, il y a d’une certaine manière la plus littérale là aussi je trouve.
Hélène Devynck
Bien sûr. Absolument. Alors, je ne veux pas non plus jeter la pierre sur l’ensemble de la confrérie, parce qu’il y a aussi des journalistes qui ont été remarquables, absolument extraordinaires. Si on est là aujourd’hui et si on se parle, c’est parce qu’il y a eu des journalistes qui ont, qui ont travaillé de façon. Absolument.
David Dufresne
C’est Libé. Après, il y aura Mediapart et ensuite y aura Le Monde. Enfin pas dans cet ordre là d’ailleurs. C’est plutôt Le Monde, Libé ou Mediapart. Effectivement, Libé en avait fait une qui va faire sensation avec vos visages. Vous mettez une condition, c’est qu’il n’y ait pas le visage de PPDA dans le dossier
Hélène Devynck
Ça, c'était et c’est toujours c’est très important, c’est que ces histoires là, on les raconte toujours du point de vue de l’homme. Et même moi, quand je racontais au début, il y avait toujours des gens pour me dire mais ils pensaient quoi ? Mais tu crois quoi et comment ils étaient, etc. A Le récit sur le prédateur, sur le criminel. Ça veut dire ne pas voir ce qui se passe pour nous. Et donc, comme Libé avait recueilli nos témoignages de façon très soignée, très longue et les publier. L’idée, c'était de raconter l’histoire de notre point de vue. Et ce livre aussi, c’est ça, c’est retourner la caméra, ne plus raconter une histoire en en faisant un héros, le criminel, ce qui est le cas dans beaucoup de séries et de beaucoup de films. C’est une narration graphique, de notre point de vue, de notre côté. Elle est beaucoup plus difficile à imposer. Mais il y a la confrérie des journalistes. Et puis après, quand le livre est sorti, il y a eu la Confrérie des libraires et là ça a été une autre histoire. C’est à dire que quand les signatures dans les librairies ont été des moments extraordinaires d’une liberté de parole, des espaces de parole que je n’avais jamais vu ou lu ailleurs, peut être que à nous de le raconter.. Quand je suis venue présenter ce livre, j’avais l’impression que les gens qui étaient là, étaient là. Pas pour Patrick Poivre d’Arvor, parce que tout le monde s’en fout de Patrick Poivre d’Arvor, mais parce que ça faisait écho à des histoires. Voilà qu’on ne pouvait pas dire que c’est aussi un livre sur le silence et de partager le fait de ne pas avoir pu dire ça ouvre un espace de parole extraordinaire. Et là, les libraires ont été formidables.
David Dufresne
Anouk, Je crois qu’elle vous a lancé une petite perche. Je suis certaine qu’elle est là. Et elle retrouve son plateau télé.
Anouk Aubert
après être entourée de deux journalistes à presque 10h du matin le lundi. C’est assez impressionnant pour une libraire. Moi non, mais je crois que vraiment, je ne suis pas libraire depuis très longtemps, donc je n’ai pas non plus un recul sur cette profession. Mais en tout cas, en cinq ans, en six ans, je constate que les librairies, certaines évidemment, deviennent des espaces de résistance contemporaine. Et évidemment, on arrive sur des tables et ce ne sont pas pour rien que les femmes victimes de violence avec le spectre dont on parle utilisent les cris pour parler, parce que, en fait, elles n’ont pas de place pour parler. Donc il faut écrire, il faut être lu. Globalement, ce n’est pas parce qu’on est une librairie féministe, mais quand même beaucoup de librairie. Et dans les rencontres, celles-ci sont des femmes qui se déplacent et pas des hommes. Mais il y a quelque chose d’un peu caricatural, mais les hommes achètent plus des essais, mais pas les essais féministes et les femmes achètent plus de romans. C’est ça aussi. C’est très séparé, mais moi j’ai juste derrière moi ma table. Pas féministe, un peu engagée et alors ? C’est fait comme ça à vue, mais c’est globalement 98 % de femmes qui achètent ces livres là. Donc ce sont des femmes qui écrivent plus par des femmes. C’est ultra nécessaire et ultra salvateur pour plein de femmes. Mais là, le gros enjeu des années à venir, je crois que c’est, c’est d’arriver à parler aux 48 % restants.
David Dufresne
Voilà, je le répète, je suis persuadé que voua allez vous faire du mansplaining et vous expliquer ce que c’est, mais ça c’est historique.
Anouk Aubert
Ils le font déjà. Donc voilà, c’est fait, c’est déjà et c’est déjà important pour moi. Mais je crois que voilà, la librairie, là, prend une place dans la question des violences sexuelles hyper importante parce qu’on est un espace de liberté, on n’a pas le contrôle des journaux de masse, je ne sais pas. Moi j’ai 30 40 mètres carrés de liberté et elle vaut, elle doit très chère cette liberté.
David Dufresne
Ben oui.
Hélène Devynck
C’est ajouter quelque chose. C’est dans la genèse du mouvement MeToo. Il faut rappeler le mouvement MeToo. Ça passe par deux articles. Le premier du New York Times, ça c’est passé par la presse écrite, ça a été les premiers articles, c'était sur, donc Weinstein Mais il y a une logique à ce que ça passe par la presse écrite et ensuite par le livre qui est une logique économique. C’est à dire que pour la télévision, il faut beaucoup plus de moyens pour le cinéma, il faut beaucoup plus de moyens et donc c’est aussi le papier, le récit écrit qui soit dans la presse ou dans les livres. C'était là où il y avait un espace pour que les femmes puissent parler, puisqu’il y avait moins de moyens aussi à déployer.
Anouk Aubert
Et d’ailleurs on le voit avec les que c’est le mouvement des colleuses en salle. C’est un mouvement qui colle effectivement, mais qui écrit à la base. Enfin voilà, c’est ce sont des messages écrits. Ce qu’on a fait nous c'était de l'écrit aussi. Voilà, je crois que c’est là où on se fait le mieux entendre.
David Dufresne
Et d’ailleurs très vite, page 34 Hélène, vous vous faites un point de vocabulaire avec le pardon, avec le terme féminicide et vous expliquez qu’il y a ans, en gros, le vocabulaire peut changer la vie.
Hélène Devynck
Oui, le vocabulaire peut changer la vie et il nous manque beaucoup de mots. C’est à dire qu’avant les féminicides, il n’y avait pas ce mot féminicide. On disait crime passionnel. Il n’y avait pas de mot pour dire un homme tué. Sa femme n’avait pas de mot. C’est un homicide.
David Dufresne
Un crime.
Hélène Devynck
Passionnel !
David Dufresne
C'était épouvantable. C’est dégueulasse.
Hélène Devynck
Et la définition.
David Dufresne
C'était complètement fou.
Anouk Aubert
Mais c’est encore vrai dans un article, un pardon. Mais dans les semaines qui viennent de s'écouler, il y a plein d’articles qui encore utilisent des mots qui sont, qui ne sont pas acceptables.
David Dufresne
Un mélange de sévérité, de l’ironie ce matin.
Anouk Aubert
Alors je ne vous permets pas. Nos derniers échanges ont été très tendus et ce matin, vraiment, on n’est pas très copains.
David Dufresne
Pas passionnels.
Anouk Aubert
Oui, c’est très passionnel.
Hélène Devynck
Oui, on manque de mots encore, par exemple, pour parler de nous mêmes, on dit les victimes. Mais il y a plein de femmes qui n’aiment pas ce mot, qui ne veulent pas, comme on dit. On va vous enfermer dans une position victimaire. Alors on dit plaignantes. Les plaignantes, ça veut dire qu’on est allé d’abord, c’est un peu plaintif comme mot, et puis ça veut dire qu’on est allé parler à la police et qu’on a porté plainte. Toutes n’ont pas porté plainte. On dit accusatrice, c’est exact, mais ça fait un peu inquisiteur. On dit et en fait de victime, c’est un mot que seuls les agresseurs reconnaissent. Les agresseurs, Ils se disent victimes et disent Nous, on est victime alors de hordes de femmes déchaînées, victimes de lynchage médiatique, victimes, etc. Mais nous, on n’a pas du tout envie d'être victime et on n’a pas de mots, on n’a pas un mot qui convient.
David Dufresne
Alors parler écrire sur le fait d'écrire, écris toi-même. Quelqu’un vous dit : Écris le toi-même et c’est là où vous faites votre première, votre première tribune et là où vous allez. Parce que c’est un. C’est quasiment parfois un livre de philosophie, votre affaire. Des centaines de messages ont déferlé dans les heures qui ont suivi la publication. La publication de votre témoignage qui expliquait ce qui vous était arrivé. Presque tous soulignent les messages, presque tous soulignent mon courage, ce qui n'était pas sans m’inquiéter. Le courage suppose le danger. Quel est le danger à parler ?
Hélène Devynck
Je l’ai beaucoup sous-estimée à ce moment-là. J’ai l’impression maintenant, quand je pense que j'étais extrêmement naïve. En fait, ce que ce que j’explique, c’est qu' il y a une réprobation. Cette personne est pour le viol, personne va vous dire c’est normal, je trouve ça très bien, On est contre le viol, ça n’est pas là comme il y a une réprobation sociale. Mais on est aussi contre les femmes qui parlent et c’est la même, c’est de la même intensité, c’est à dire une femme qui dit des violences masculines, elle est immédiatement, on se demande pourquoi elle le fait que la norme, c’est de ne pas le faire. Et puis on lui trouve plein d’attributs négatifs et de mauvaise réputation. Le coup qui transforme immédiatement. Bref, personne alors uniquement. Il y a aussi eu beaucoup de messages de soutien et d’encouragement. Mais je pense par exemple à l’affaire Johnny Depp, Amber Heard. La classe. La barde a raconté dans un journal qu’elle était, qu’elle avait été victime de violences conjugales sans citer Johnny Depp. Qu’est ce qu’il fait lui ? Il l’attaque en diffamation et se fait atomiser sur les murs. Ça devient la personne la plus détestée du monde. Tout ce qui lui arrive, c’est on va dire en énorme ce qui nous est arrivé à nous en plus petit. C’est à dire des gens qui vous parlent plus, des gens qui disparaissent même, même des amis proches. Et ça, c’est très blessant. Et puis une maladie, des rumeurs, de la calomnie. Parler de s’exposer à la calomnie. Ce que j’imaginais ? Pas à ce point. Moi, quand j’ai parlé, je me disais je dépends plus de la télévision, j’ai plus 20 ans, je suis une femme plutôt installée et non, rien. Jamais une femme n’est suffisamment solide pour ne pas être calomniée quand elle parle.
David Dufresne
Je vous écoute. Le livre aborde plusieurs fois. Vous avez plusieurs images ? Je laisse. Je laisse les gens découvrir les images. Mais il y en a une qui revient souvent, c’est celle des couches de papier peint, de contes de fées. Est ce que vous pouvez nous expliquer ce que vous voulez dire par là ? Des couches.
Hélène Devynck
Ouais, les couches de papier peint conte de fées qu’on arrache pour essayer de se faire entendre et de montrer ce que j’appelle le. Je parle du mur troué des violences qu’on a subies. C’est tous les mythes qui font qu’on ne peut pas être entendus. Et c’est des mythes qu’on a intégrés que les victimes des femmes ont intégré elles-mêmes, qui nous empêchent aussi de parler. Ce n’est pas seulement quelque chose qu’on vous plaque sur la gueule où on aurait, nous, une vérité. On est complètement imprégnées de sémites là. Et c’est. Voilà ce que je disais, l’idée que c’est un homme charmant. Il a pas pu faire ça, tout homme, toute la mécanique très lourde qui vient de millénaires, de patriarcat, qui musèle notre parole et qui une fois qu’on a parlé, font qu’on ne nous entend pas aussi. Aurore Et donc on appuie particulièrement, qui est la présomption de consentement. C’est à dire que je pense que Patrick Poivre d’Arvor a pu faire ça pendant tant d’années. C’est que c’est pas qu’on ne voyait pas ce qu’il faisait, c’est qu’on présumait tout autour que comme il était riche et célèbre et qu’il avait du pouvoir, toutes les femmes étaient d’accord pour avoir du sexe avec lui, ce qui est totalement faux. Mais tout autour, les gens se disent ah bah oui, s’il arrive quelque chose, c’est qu’elle est d’accord. Et cette présomption de consentement, elle est inscrite quasiment dans la loi, dans le texte. C’est ce que d’autres féministes appellent l’accès au corps des femmes.
David Dufresne
Et tout ce qui se joue, c’est évidemment la question de la parole. Et en vis à vis celle du celle du silence. Vous y. Vous écrivez page 70 Comprendre sans. Parce que moi, à l’inverse de lui, je lis les livres pour bien comprendre, sans détourner le regard. C’est que ce qu’est réellement un viol, c’est accepter que le viol n’existe que grâce au silence qu’il impose. Le premier à le savoir, c’est l’agresseur. Le silence lui assure une tranquille impunité et la permission de recommencer aussi souvent qu’il le veut. Enfermée dans la violence du traumatisme, coincée entre les murs de la honte et de la culpabilité. Nous, les victimes, nous ne pouvons pas articuler notre détresse. Sa puissance de destruction est amplifiée dans un terrible effort pour sortir du piège. On retourne à la destruction contre soi, on se tait et parfois on se tue. Et là, vous évoquez d’autres cas
Hélène Devynck
Une vague de suicides. Ce sont des gens, des proches de ces jeunes femmes qui se sont suicidés, qui ont accompli 20ᵉ ou ont raconté, ou qui ont témoigné devant la justice de ce qui était arrivé à cette jeune femme. Je sais, c’est très difficile. Il n’y a pas de statistiques. On ne peut pas, on peut, on ne peut pas savoir. Mais moi, je pense que quelquefois, quand on est totalement coincé, quand on ne peut pas parler contre, ne pas comprendre ce qui nous est arrivé, l’agression, là on retourne ça en autodestruction. Alors ça va jusqu’au suicide. Mais ça peut aussi être des scarifications, des rêves, des dépressions massives, de l’anorexie aussi.
David Dufresne
Alors ça c’est Je l’ai découvert dans votre dans votre dans votre livre, il y a un rapport avec les femmes anorexiques qui est.
Hélène Devynck
Oui, c’est très violent
David Dufresne
Très violent.
Hélène Devynck
Beaucoup des femmes qui ont témoigné étaient anorexiques, l’ont rencontrée dans des périodes où elle était gravement anorexique et sont allées vers lui comme un spécialiste de la maladie puisque sa il a une fille lui même anorexique qui s’est suicidée à 19 ans et. Et du coup il se présente comme un père aimant qui avait compris les ravages de la maladie. Donc elle arrivait totalement en confiance. Et il en a abusé
David Dufresne
Et certaines victimes racontent qu’elles ont fait la qu’elles ont subi ces assauts sous le portrait de sa fille dans son bureau.
Hélène Devynck
Alors dans son bureau, il y avait un grand portrait de sa fille anorexique. Et oui, elle a violé plusieurs femmes anorexiques sous le regard de sa fille Obaldia.
Hélène Devynck
Non, ce n’est pas drôle ça.
David Dufresne
Non, ce n’est pas drôle. Je reviens à la justice. Il y a la question de Nan, ce n’est pas drôle. Il y a la question des expertises psychologiques. Donc vous dites qu’en fait. Ce sont les victimes qui sont soumises au test et pas l’agresseur.
Hélène Devynck
Alors ça, c’est toujours comme ça. C’est à dire que dans au stade de l’enquête préliminaire, on soumet la plaignante, celle qui vient raconter à une expertise psychologique en fait des c’est des fous, c’est des tests de mensonges on va dire. On voudrait bien qu’elle mente d’abord, on regarde d’abord si la femme est pas folle, si elle n’est pas menteuse. C’est le premier réflexe, c’est le premier réflexe de la justice, c’est le premier réflexe de la société. Ensuite, et c’est un peu. Alors là, pour le coup, c’est un peu des tests comment dire : de bonne présentation, pas de risque. Est ce qu’elle a l’air crédible ? Et souvent dans ses expertises, le trauma se retourne contre elle. C’est à dire que si les femmes sont psychologiquement perturbées à cause de l’agression, on va dire avalée, psychologiquement perturbée, donc elle. Donc elle n’est pas crédible, c’est des tests de crédibilité. Ensuite, quand ça passe au niveau de l’instruction, là on fait une expertise psychologique pour les hommes aussi, mais c’est d’abord les femmes qu’on veut, qu’on examine, on va dire.
Anouk Aubert
Est ce que je peux dire une petite chose ? Ça fait partie du livre d’Hélène et du livre d’autres femmes. Il y a un problème dans les moyens judiciaires, mais pour moi, il y a un problème fondamental avec la police. Bon, je sais, j’enfonce des portes ouvertes, je sais bien, mais il y a quand même des choses qui sont demandées aux femmes au-delà de l’expertise. Cependant, quand une femme porte plainte ou quand une femme vient raconter ce qui s’est passé, il y a des questions qui sont posées aux femmes. Ce qui me semble à réfléchir de la part d’une institution, c’est à dire quand une institution demande à une femme qui vient raconter des violences sexuelles qu’elle a subi et qu’on lui demande si elle y a pris du plaisir, si elle a mouillé, si elle a joui, je ne comprends pas. Et on peut me le montrer par A plus B. Quel est l’intérêt de cette question ? Que vient chercher cette question chez la femme, à part lui remettre le nez dans la violence qu’elle vient de subir ? Quand bien même la réponse a. Le fait d’avoir un orgasme pendant un viol, la réponse est oui. Donc ça fait d’elle une menteuse ou la réponse est non et semble logique puisque c’est de la violence. Donc aujourd’hui, quand ? Voilà qui réfléchit à ses interrogatoires, qui définit ces questions comme nécessaires à la réception d’une plainte pour violence sexuelle ou pour agression sexuelle, je. Je trouve que là encore, à part un mec pour penser à une idée comme ça, qu’est ce que ça vient servir ? Qu’est ce que ça vient crédibiliser dans le discours de la femme qui vient raconter ça ? Je m’interroge. Et elle n’est pas la seule à avoir pu entendre des choses comme ça. Vous lisez un certain nombre de récits, c’est exactement la même chose. Quel est le plaisir que vous avez pris dans votre viol ?
David Dufresne
Et ça existe. Et est ce que vous pensez que si ces questions étaient données à des enquêtrices, à des magistrates les choses seraient différentes.
Anouk Aubert
Moi, je suis persuadé que ce n’est pas comparable. Mais les études qui sont faites quand il y a une représentation plus égalitaire des femmes dans les lieux de réflexion, dans les lieux de décision. Les femmes sont plus concernées. Alors c’est peut être un peu simpliste de dire ça comme ça, mais l’apport d’un regard de femme, on est construite aussi dans cette société, avec elle même, avec des injonctions et un regard de femmes. Nécessairement à apporter apporte quelque chose qu’un homme ne peut pas vivre. Quand je suis rentré, je pensais à cette Vision. Ce matin, j’ai sorti le chien à 22 h 30. Hier soir, toute seule, je me suis baladée dans la rue avec une grosse capuche. On ne sait pas trop de quel sexe je suis. A bientôt 40 ans, j’ai encore mes clés dans la main, toute seule dans la rue. Et je pense que ça. Il y a peu d’hommes qui en ont fait l’expérience et il y a peu d’hommes qui calculent leur trajet retour entre tous, toutes ces choses là, les choses avec lesquelles on a grandi, avec lesquelles on s’est construit, avec lesquelles on a appris à considérer de rentrer. Pas tout seul. Enfin voilà, moi, le premier sexe d’homme que j’ai vu, j’avais quand même que neuf ans et c’est un type qui s’est arrêté à un arrêt de bus avant. Je ne sais pas, ça commence comme ça quoi. C’est neuf ans type il s’arrête pour se masturber. Je ne crois pas qu'à neuf ans mes copains avaient vécu ça. J’en suis même sûr que non. Mais nous, on était un groupe de filles de neuf ans. On avait déjà vu un sexe d’homme. Nous voilà dans une voiture qui s’arrête pour montrer, pour montrer son sexe. Donc je pense que ça, c’est des trucs spécifiquement hommes d’expérience, de femmes et de filles. Et les chiffres y sont édifiants. Moi, je. Chaque fois, j’ai juste envie de répéter. Enfin, depuis qu’on ensemble un viol toutes les sept minutes, un enfant sur dix qui subit de l’inceste, pas les chiffres, les délits, on sait où ça ne va pas sans cesse sur des mois. Il y a des choses. Dans le capitalisme, on n’a pas de solution parce qu’il y a plus qu’un modèle. Donc je veux bien. Depuis qu’on a plus de communisme, on ne sait pas, mais là il y a des solutions. En fait, on sait ce qui se passe, donc il y a à mettre en œuvre. Et ça, s’il y a plus de femmes quelque part dans des endroits décisionnaires ou dans des réflexions autour d’interrogatoires ou dans des jeux, je crois simplement que ça ne peut qu'être bénéfique pour les femmes victimes de violences. C’est ton droit.
David Dufresne
Dans votre ouvrage, Hélène, il y a une description, donc des faits qui sont épouvantables. La description n’est pas malsaine parce qu’elle est pour moi, elle est presque pédagogique. Par exemple, l’effet de sidération, j’ai compris ce que c'était que les faits de sidération en vous lisant. Par exemple, vous écrivez page 48, vous êtes sur votre lieu de travail. L’homme est omnipotent, il vous intimide un peu, vous respectez son pouvoir. Votre avenir professionnel dépend de lui. Soudainement, brusquement. Il fouille l’intérieur de votre sexe. C’est une anomalie qu’aucun cerveau ne peut gérer. Ça, c’est Chloé.
Hélène Devynck
Ca vous a tous interpellé ?
David Dufresne
Oui, bien sûr parce que c’est des discussions que je faisais depuis longtemps. C’est pourquoi il y a Il n’y a pas de morsure. Je l’ai compris. J’ai lu le passage tout à l’heure. Pourquoi il n’y a pas de réaction ? Et quand vous écrivez une fois, deux fois, trois fois ce que c’est que l’effet de sidération. Parce que vous avez recueilli les témoignages. Mais évidemment, on change de. Je n’ai jamais jugé avant, c'était de l’incompréhension. Voilà, je vais le dire comme ça. Et là je comprends mieux. Je vous le dis, je ne devrais peut-être pas le toucher. Je l’ai compris.
Hélène Devynck
Non, je pense que c’est quelque chose que je critique, qu’on a beaucoup de mal à comprendre. Mais c’est l’intrusion de la. De la sexualité encore. Est ce que c’est de la sexualité, d’une violence sexuelle dans une situation où ça ne devrait pas ? Ou on est pas préparé pour ça, où on a pas envie, on n’est pas, c’est bien, il faut, il faut le temps de l’intégrer, le temps de l’intégrer, c’est fini. Et c’est vrai que la sidération, c’est quelque chose qui est très difficile à expliquer. C’est à dire qu’on se dit toujours mais pourquoi il n’est pas parti ? Pourquoi elle n’a pas crié, pourquoi elle n’a pas tapé ? Pourquoi elle ne s’est pas défendue ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce arrivé ? Parce qu’on aimerait que la société soit simple et que quand on n’est pas d’accord, on sache le dire. Mais quelques fois on a tellement peur qu’on ne le dit pas et. Et ça a été pour moi quelque chose de très compliqué. Parce que quand j’ai rencontré les autres femmes, certaines avaient été agressées, si je puis dire, c’est à dire qu’elles avaient réussi à éviter le viol. Et je me disais mais pourquoi moi je n’ai pas réussi ? Pourquoi moi ? Qu’est ce que. Qu’est ce ? Qu’est ce que. Qu’est ce que j’ai ? Qu’est ce qui est faible chez moi ? C’est de ma faute alors ? Et cette culpabilité, elle est très difficile à décoller. Et je l’ai traînée pendant très longtemps.
David Dufresne
Manifestement, certaines personnes dans le tchat se reconnaissent dans ce que vous êtes en train de dire. Je dis qu’on a du mal à comprendre nous mêmes pourquoi on n’a pas réagi et d’où la culpabilité. Et effectivement, quand on lit votre ouvrage, on. Voilà, on baigne là dedans, dans cette culpabilité. D’autant plus que certaines, vous venez de le dire, elles ont réussi à s'échapper. Elles en ont. On s’est débattues et on comprend que l’effet de sidération n’a pas le même, le même effet.
Hélène Devynck
Sur une enquête, la question est mal posée un moment il faut se demander pourquoi il a fait ça. A la clé. Le problème c’est l’agression. Ce n’est pas la façon dont on essaye de faire avec plus ou moins, avec plus ou moins de succès. Et puis il y a aussi que peut être ce jour là, on n’avait pas les moyens. Peut être que ce serait arrivé deux jours avant, trois jours après, Voilà, on aurait réussi à s’en sortir. Mais moi je n’ai pas réussi.
David Dufresne
Et puis après, il y a aussi pour certaines un grand nombre une jeunesse incroyable, seize 17 ans, 18 ans, 20 ans et on pense rencontrer quelqu’un qui va vous aider. On l’a fait et on se retrouve dans des situations.
Hélène Devynck
Mais ça, ça fait partie du truc. Il y a toujours un dominant et quelqu’un qui est dominé. Lui, il était dans une position de pouvoir où il n’y avait pas d'équivalent. Donc oui, il prenait en plus des femmes jeunes, débutantes. Bien sûr, il y jouait là dessus, c'était son arme.
David Dufresne
La question de la frontière entre le sexe et la violence ne passe pas par la zone grise, écrivez-vous. Et la magnifique phrase, elle passe par le. Il ne peut pas y avoir de magnifiques phrases tout le temps. Je. M’excuse, mais là, je dis attention, Écoutez les amis, écoutez. Voilà. Donc la magnifique fois, c’est celle-là. La question passe par le choix du sujet pour qui ? Le sexe et pour qui ? La violence ?
Hélène Devynck
Je suppose que pour Patrick Poivre d’Arvor, et c’est ce qu’il a défendu devant les policiers, c’est ce qu’il a défendu tout le temps. C'était du sexe, quasiment du libertinage incompris on va dire. Pour moi, pour nous, pour toutes les femmes avec qui j’ai parlé. C'était la violence. Ce n’est pas du sexe en face à face, le sexe. C’est de la violence sexualisée.
David Dufresne
Alors, au-delà de PPDA, vous vous faites des rapprochements avec Johnny Hallyday ? Vous rappelez comment Eric de Montgolfier, le procureur, a dit que ça a été la plus terrible affaire qu’il ait eu à subir. Il y a eu un nombre incalculable de pressions, je le raconte de mémoire. Vous rappelez que Bernadette Chirac était elle-même intervenue à la télévision en disant qu’on ne touche pas au Trésor national, Johnny, etc. Et donc il n’y a pas eu, il n’y a pas eu, il n’y a pas eu de suite. Vous parlez de Nicolas Hulot, là aussi à TF1 où il n’y aura pas de suite. Vous parlez donc évidemment abondamment de PPDA. Et donc ce que vous voulez nous expliquer, c’est qu’il y a. Une impunité encore plus grande dès lors qu’on touche au star système, en fait.
Hélène Devynck
Absolu. C’est une impunité absolue. C’est à dire que dans aucune vedette, un certain niveau de célébrité, aucun homme n’a jamais été condamné. Certains ont été accusés, mais jamais aucun n’a été condamné. Donc c’est une impunité en béton. Mais là, peut être je vais laisser parler un autre. Parce que celle qui a accusé Johnny Hallyday de viol, Marie, elle était là à Nice. Quand on a fait la signature.
Anouk Aubert
Mais en fait oui. Hélène et Marie se sont rencontrées quelques heures avant la signature à la librairie et ça a donné encore à cette soirée une autre dimension à la présence de Marie. C’est une femme qui a été dans une. Dans la solitude. Aujourd’hui, l’espèce de chance que font les femmes, c’est de pouvoir se. De pouvoir se regrouper, de pouvoir se retrouver. Marie, elle a été clouée au pilori. Elle a été dans une solitude absolue. Elle a été suivie, elle a été menacée. Il y a eu un nombre d’enquêteurs engagés par Adjani. Hallucinant pour l’intimider avec le procureur de la République. On en parle à l'époque de la difficulté qu’il a à gérer cette affaire et cette femme finit par être condamnée à de la prison. La finalité de cette affaire, c’est. Bon ben voilà, vous portes enfin vous dites il m’est arrivé ça et c’est vous qui êtes condamné à de la prison. Alors certes avec sursis, mais à la ça est quelque part écrit sur son casier. Et cette femme est la. Je ne sais pas si c’est une battante. C’est. C’est une guerrière. Elle est incroyable de gentillesse, de douceur avec ce qu’elle s’est pris. Et les voilà. Nous, on continue à la voir depuis qu’on l’a rencontrée à la librairie avec Hélène C. Bien, ça fait partie de ces femmes. Vous vous dites, mes enfants, comment elle traverse la vie. En fait, quand on s’attaque à Johnny Hallyday, effectivement, on s’attaque à un monument national, comme à PPDA, comme à Bourdin, comme à Hugo, comme à Epstein ou Einstein. Strauss-Kahn, le fameux coureur. Là aussi, tout le monde, tout le monde était au courant. Enfin, là, il y a une vraie question de oui, du pouvoir des hommes, des hommes publics. J’ai encore vu passer ou je n’ai pas approfondi le sujet, mais sur la prochaine nomination de Polanski, je ne sais pas Voilà, ce sont des vraies questions. Mais après ? Et après tout, quand on reparle de l’histoire de la Sambre. Le type qui a violé pendant 40 ans aussi dans ce coin là. Bon bah manifestement, il était très célèbre, mais là, il n’a pas été. Il n’avait pas le profil ou quoi pour être prêtre violeur. Donc on n’a pas vraiment une idée de ce qu’on se fait des violeurs comme un homme public puissant qui a du fric, Il ne peut pas faire ça, ce n’est pas possible. Les autres non plus. Il fait seulement sa coiffure.
Hélène Devynck
Marie par exemple, a compté 26 magistrats qui se sont penchés sur son cas sur cette affaire. Pas pour essayer de mettre à jour une vérité, mais pour essayer de la faire taire, c’est à dire pour essayer de faire renoncer à son accusation de viol contre Johnny.
Anouk Aubert
Auquel elle a, qu’elle a même demandée à des enfants. Et elle a toujours tenu le même discours, avec la même explication ou les mêmes mots, mais elle a vécu des pressions. Franchement, c’est un petit bout de femme, vous ne diriez pas comme ça, mais elle a des épaules si c’est du béton armé. 26 personnes qui vous regardent et qui vous traitent de menteuse. Il faut pouvoir les encaisser.
David Dufresne
Alors d’une certaine manière, elle, elle a eu une enquête. On ne lui a pas opposé la prescription. Non, je parle de ça parce que c’est. C’est un élément extrêmement important dans l’affaire de PPDA, puisque ça va être l’argument massue qui va vous être opposé. Et là vous écrivez "Elle a bon dos la prescription". Elle interdit les poursuites, pas les témoignages. Elle n’oublie pas la justice à se boucher les oreilles. Rien dans la loi ne dit que les faits concordants, répétés, même anciens, n'éclaire pas sur les habitudes criminelles de leurs auteurs. Il ne s’agissait même pas de l’envoyer PPDA au tribunal. Seulement d’ouvrir une instruction, de continuer à enquêter, chercher d’autres victimes, éventuellement non prescrites. N’a pas été l’option retenue. Ça n’a pas été jugé utile. Est ce que vous voulez que la prescription soit allongée ?
Hélène Devynck
Alors maintenant, quand j’ai témoigné, je savais que c'était prescrit, donc je ne savais que mon cas ne serait pas jugé. J’y suis pas allée pour faire je ne sais pas quelque chose. Moi j’avais. J’avais l’impression d’avoir régler mon problème intime et personnel. J’y allais pour témoigner, j’y allais pour d’autres. J’y allais par altruisme. Et la question de la prescription, Elle est, elle est, elle est. Elle est compliquée. C’est à dire que la justice dans cette histoire, euh. En fait, elle est restée très passive. Et encore aujourd’hui, il y a une nouvelle enquête préliminaire et ouverte. Mais une fois qu’on a le profil d’un homme comme ça, qu’est ce qu’on fait ? On cherche des victimes non prescrites et moi j’en connais des victimes non prescrites. Donc je pense que la police peut les trouver, que la justice peut les trouver. Simplement, elles n’ont pas envie, elles, de faire cette démarche parce que elle, elle voit la montagne de emmerdements, que c’est de témoigner, parce qu’en plus l’histoire est très médiatisée, donc il y a aucune possibilité de garder une vie normale une fois qu’on a témoigné quand on n’est pas prescrite dans cette histoire. Donc je comprends très bien que je n’y aille pas, mais de la part de la police, la justice, une fois qu’ils avaient nous les prescrites, c’est comme ça qu’on s’appelle entre nous, c’est ça. On avait, on avait témoigné. La justice devait s’emparer de l’histoire et chercher d’autres victimes. Est ce qu’il y en a ? il n y a pas de raison qui se soit brutalement arrêtée. Il y a des cas, disons, il y a 20 ans, c'était très peu vraisemblable. Ce n’est pas l’option qui a été choisie. C’est à dire que. Et encore aujourd’hui. Alors là, sur l’instruction, je sais pas, les secrets, on en sait rien. L’enquête préliminaire l’est aussi, mais je connais des femmes qui sont allées témoigner dans cette enquête préliminaire. J’ai l’impression que la justice attend que le téléphone sonne. Verra t on que les femmes se manifestent ? Point. Il n’y a pas eu d’enquête sérieuse à TF1. Il n’y a pas eu d’enquête sérieuse dans tous les lieux qu’il fréquentait, et notamment, par exemple, à la maison de Solenn. Comme il aimait les anorexiques et qu’il y avait cet endroit où elles étaient très nombreuses, où il allait de temps en temps.
David Dufresne
Est ce que c’est la maison de Solenn ? C’est à Paris..
Hélène Devynck
Solenn je vous laisse le dire.
David Dufresne
Donc c’est vous la pro.
Hélène Devynck
La maison finlandaise est une institution qui s’occupe du mal être psychique des adolescents et en a quelque chose de remarquable, et notamment des adolescents anorexiques. Et ça s’appelle Solène, à cause de la fille de Patrick Poivre d’Arvor, donc, qui s’est suicidée. A un moment, il était question de la rebaptiser cette maison. Quand on a commencé à comprendre qui était le personnage. Moi je ne crois pas qu’il faille la rebaptiser cette fille a souffert dans des conditions familiales avec un père qui était ce qu’il est et que ça veut dire quelque chose. Mais il n’y a pas eu du tout d’investigations de ce côté-là.
David Dufresne
Alors à l’inverse. Il y a une enquête en cours contre vous, si j’ai bien compris. Vous êtes poursuivi pour dénonciation calomnieuse ?
Hélène Devynck
Elle et les agresseurs en général ont tout un arsenal juridique pour. C’est. On dit que sont des mesures bâillon, mais en fait ce n’est pas des procédures bâillons, c’est des procédures de représailles. Qu’une fois qu’une femme a parlé, il y a tout un arsenal de représailles qui se met en place. Parmi ses représailles à la diffamation, c’est à dire on a attaqué quelqu’un en disant que ce qu’il dit est faux. Patrick Poivre d’Arvor a attaqué Le Parisien et Libération en diffamation. Le procès du Parisien doit normalement se tenir le 4 juillet et on espère beaucoup qu’il va maintenir sa plainte parce que, à ce moment-là, ça nous donnera une possibilité de venir raconter, nous, dans l’enceinte d’un tribunal, ce qui nous est arrivé et nous nous mêmes. Il a pris alors, je ne sais pas sur quels critères, seize des 23 femmes qui avaient témoigné dans la première enquête, et il nous attaque en dénonciation calomnieuse,, en fait, il a. Il a déposé une plainte contre nous qui a été classée sans suite au bout de deux jours parce que la justice l’a pas du tout pris au sérieux et il s’est portée partie civile. Donc ce qui ouvre une instruction etc. Nous attaquer en dénonciation calomnieuse c’est pas ce n’est pas tellement qu’il y a une chance presque pour qu’on soit condamné et on aimerait beaucoup qu’il y a un procès, mais pour l’instant on n’a même pas reçu la plainte donc je sais pas quand ça pourra avoir lieu, mais c’est surtout pour faire peur aux autres, quand on est attaqué, il faut prendre un avocat, il faut se défendre. Voilà. Et alors ? Sans sa dénonciation calomnieuse, elle est. Elle est construite sur l’idée qu’il était trop séduisant, qu’on était folle de lui, qu’on n’a pas eu qui on voulait. Donc c’est lui qui a dit non. Et donc on a rongé notre amertume et on a préparé un complot pour se venger aujourd’hui, parce qu’on a été éconduites. C’est très dur à prouver quand même.
David Dufresne
C’est quel narcissisme quand on rigole aussi ? Il faut, il faut quand même beaucoup s’aimer pour, c’est tout pareil.
Hélène Devynck
Madame est enceinte. Dans le texte de sa dénonciation à quelque chose d’extraordinaire, c’est que les femmes sont fascinées par l’argent, le pouvoir, l’uniforme. Mais ça, ça m’a laissé un peu bouche bée.
David Dufresne
Est ce que PPDA vous demande qui a porté plainte contre vous ? Hélène après la parution du livre Et quand je dis que c’est ce qu’il sous -entend, c’est ce que sous-entendait son avocat. Je ne sais pas si c’est le cas ou pas
Hélène Devynck
À ma connaissance, il n’y a pas de plainte en diffamation contre le livre. Pour l’instant, ni mon éditeur ni moi n’en avons reçues normalement.
David Dufresne
Donc c’est bon puisqu’il c’est sorti en septembre 2022
Hélène Devynck
je vais revenir à ce qui s’est passé à Nice. C’est à dire que bon, il n’y a pas de plainte en diffamation, bien, il y en aurait une. J'étais prête à discuter mot à mot sur le un, sur le texte. En revanche, quand Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur et le ministre de la Justice, passent devant la librairie et qu’il y a le livre, et quand il y a écrit indignité et puis écrit violeur, pouvoir, victime, on vous croit. Alors là, il y a une posture, une censure qui ne vient pas de n’importe où qui vient, ou deux de la police qui vient des autorités, qui vient peut être aussi de la ville de Nice. Ça veut dire que. Pourquoi ? Pourquoi Darmanin ne devrait pas ? Pourquoi ne pourraient pas voir ces mots ? Je réponds au pouvoir à l’antenne. Quel est le problème ?
David Dufresne
Alors il faut bien expliquer la situation tout à l’heure, j’ai montré le joli carton rose du mardi qui précède, du mardi 6 décembre où vous venez faire une signature rencontre à la librairie Les Parleuse. C’est bien ça le nom ? Oui, c’est ça. Et donc, Anouk, il y a. Il y a des choses qui sont venues remettre ça. Gérald Darmanin est en ville à ce moment-là.
Anouk Aubert
C’est pour être complètement écolo. Enfin, c’est nous qui les avons contactés, qui commence le mardi. Voilà, on se dit qu’on va faire des blagues et que voilà, on a beaucoup d’humour.
David Dufresne
C’est bien.
Anouk Aubert
C’est les habitudes on colle à l’extérieur on en met aussi à l’intérieur. Comme ça quand on est petit.
David Dufresne
Il y a un problème technique si j’ai bien compris.
Anouk Aubert
Du coup un gros problème technique pour la police. Mais nous on apprend un peu par hasard en plus, que quand le ministre de l’Intérieur vient, on n’est pas prévenu. Notre local est situé à quinze mètres de l’entrée du futur plus grand hôtel de police européen. Là, on va avoir la police municipale. La nationale du CRS, c’est non, juste en face. Et
David Dufresne
Bah ça va faire du bruit.
Anouk Aubert
Ah bah là on va changer notre carte pour la changer de notre proposition littéraire aussi, c’est ça ? On va renvoyer vos livres et donc du coup on se dit bon bah on a des locaux hyper vitrés, voilà. On appelle une de nos clientes dont on sait qu’elle n’est pas très, qu’elle connaît quelques colleuses et puis on leur dit ah qu’est ce que vous en pensez ? On se met d’accord sur les FA, sur le sur mesure, les quatre phrases qu’on affiche et puis on se donne rendez vous à 7h du mat. Mais on n’y a pas été en pleine nuit. Quand on est rentré dans notre librairie, tout le monde nous a vu rentrer. Il y a la police municipale qui était déjà là, qui nous a vues coller. Enfin, on avait allumé quelques lumières et puis on repart et on va à l'école à 8 h et demie déposer les enfants. Et puis on retrouve les collègues vers 8 h 35 au petit café à côté de la librairie. Et ce jour-là, il pleut à Nice comme rarement, il vente comme rarement. C’est genre une espèce de déluge. Et là on voit une voiture de la métropole débouler devant la librairie, acheter des draps noirs et des bouts de bâton aux CRS qui se mettent à construire des cadres. C’est à dire que l’on voit des mecs à quatre pattes avec leurs petits clous et leurs marteaux pour construire un cadre noir pour mettre devant les vitrines quoi. Et voilà, ça c’est du fait maison fait sur place, sous la flotte, sous le vent. Et c’est vrai que quand on voit ça, on se dit qu’on rigole bien quand même parce que c’est un peu pitoyable de les voir galérer à faire ça. Et puis après, ben il y a quand même un flic devant notre librairie, donc quand même, on a un sacré comité d’accueil, donc on rigole, mais on rigole en serrant un peu les dents et en se demandant ce qui ne nous attend pas. Et puis là, on envoie une petite photo. Hélène on lui dit bon là ça craint ou ça craint cette histoire quand même. Parce que enfin, les quatre slogans qui sont affichés, les quatre slogans en noir un et le titre d’un livre ci dessous, c’est des choses qu’on peut voir dans des manifestations. Enfin, il n’y a rien de diffamant, on n’est pas de idiote. On a un peu réfléchi à ce qu’on voulait afficher. On dit juste bon, le ministre de l’Intérieur qui lui même est un peu empêtré dans une affaire, mais voilà, un peu seulement puisque la justice a encore dit que c'était presque rien passé et on se dit bon ben voilà, c’est ça, c’est la continuité de notre action en réalité. Le mardi, on parle de tout ça à la ministre de l’intérieur, on a envie de dire bah ouais, y a quelques petits commerces à droite à gauche qui sont un peu fâchés avec toutes ces histoires et qui ont envie que tu vois quoi. Surtout qu’il a pas vu, il a pas regardé, on l’a vu partir, on l’a vu arriver et voilà. Donc il y a eu un formidable effet Streisand, mais il y a quand même quelqu’un qui a pris une décision à un moment donné et ce n’est pas la police.
David Dufresne
Juste le but poursuivi. Effectivement, c’est en lisant la tribune d’Hélène qui faisait part de ce qui de vos mésaventures que j’ai. Connu l’existence du livre. Donc l’effet, l’effet bœuf. Bravo les gars.
Anouk Aubert
Ils ont tout réussi
David Dufresne
Ah oui, ça c’est la tribune d’Hélène. Quelques jours plus tard, même nom le lendemain, Le lendemain matin, le réflexe journalistique. La photo est publiée le dix je crois, le 10 décembre. Ça vous est arrivé le neuf. Hélène Voilà comme si le féminisme devenait hors la loi à l’approche de Gérald Darmanin, vendredi à Nice, les forces de l’ordre ont tendu une bâche noire sur la devanture d’une librairie pour cacher des collages féministes avant la visite de jardin dans la ville. Mais l’opération. N’a fait que montrer ce qu’elle voulait cacher l’impunité accordée aux puissants, explique la journaliste qui accuse PPDA de l’avoir violée en 1993.
Hélène Devynck
Sauf que maintenant, moi je trouve que c’est très grave. Sûr, il y a dans cette histoire une solidarité de violeur. C’est à dire que quand on est choquant, quand le ministre passe, on doit nous effacer, on doit et on doit, on doit, on ne peut plus nous entendre, on doit nous cacher, nous bâcher. Il y en a un à qui ça fait plaisir, c’est Patrick Poivre d’Arvor. Il y a une démonstration de quel côté l’État met des moyens et ce n’est pas pour nous entendre, c’est pour nous effacer. Après, il y a aussi où j’ai vu quelqu’un qui disait Ah, c’est le village Potemkine. En fait, un village Potemkine vous a rappelé Scorsese et Potemkine. C’est un ministre, je crois, de Catherine II de Russie, qui, pour lui faire croire que le pays allait bien, faisait des fausses façades quand elle se promenait pour que les villages aient l’air riche et joyeux. Donc là, c’est un peu c’est un peu la même chose. C’est à dire on doit disparaître pour que le ministre de l’intérieur n’ait pas les yeux salis par un livre, par des mots, euh par des slogans. Il y a quelque chose qui ne va vraiment pas. Et fermer une librairie, censurer un livre, 1 h 01 jour, un mois, un an, c’est la même chose. Il y a, il y a un truc qui démocratiquement ne tourne pas rond.
David Dufresne
C’est la suite des banderoles arrachées de manifestants qui protestent par exemple contre la venue de Macron il y a quelque temps, etc. De plus en plus de gens font ça. Mais alors justement, dans votre tribune, Hélène, vous laissiez planer le doute sur qui avait fait ça et qui avait donné l’ordre. Anouk Aujourd’hui, qu’est ce qu’on sait de ça ?
Anouk Aubert
On ne sait rien. Mais j’ai reçu la semaine dernière une lettre de la mairie de Nice. J’ai reçu la visite il y a quinze jours, trois semaines, de l’adjoint à la culture qui nous apporte son soutien. Bien sûr, la mairie de Nice se positionne. Absolument pas décisionnaire là dedans c’est écrit noir sur blanc, avec une volonté de la mairie de montrer son attachement à la liberté d’expression pour chacun. Chacun se fera son idée. A la différence, vous faisiez référence aux banderoles qui étaient arrachées chez des particuliers. La spécificité est que nous, on est un commerce, on est un commerce particulier, on vend, on vend des livres. Le livre est un bien en France assez particulier. Il a un prix fixe. Si vous allez chez moi ou à la Fnac, théoriquement vous payez la même chose. Donc c’est un commerce qui a une spécificité. Et encore une fois, j’ai le droit de mettre sur mes vitrines ce que je veux, notamment quand. Voilà, ça ne porte pas préjudice ni aux ministres, ni à personne. On n’a pas été. Aucun des slogans ne tombe sous le coup de la loi. Donc il y a des questions vidéo. Est ce qu’il y a un cadre légal ? Évidemment. Bien sûr que non. Il n’y a pas de cadre légal. On nous a empêchées d’ouvrir une atteinte à la liberté d’entreprendre. On nous a contrôlé, on est venu nous demander, on est venu bâcher ce qu’on avait écrit. C’est une atteinte à la liberté d’expression et on nous a empêchées d’ouvrir la librairie. Il y a une dame qui est venue, qui a voulu acheter un livre et la petite nous a dit Non, vous n’ouvrez pas. Voilà. Donc ça c’est une réalité. Et là on va voir ce que ça donne. On a rendez- vous au tribunal administratif fin février-début mars.
Anouk Aubert
Mais le temps que l’ennemi recule. On a une avocate formidable qui a pris l’affaire en main et qui a déposé des requêtes en notre nom au nom de la librairie et au nom de Hélène à Devynck auprès du tribunal administratif, parce qu’elle estime que c’est une décision qui se situe quelque part dans les strates de notre administration et qu’il va falloir, devant un juge administratif, répondre de qui a décidé quoi et comment. Comment ça se met en œuvre. Donc l’américanisme a déjà répondu C’est pas nous. Et vous nous avez déjà répondu
David Dufresne
Vous expliquiez en début d'émission, que vous avez discuté un peu avec les policiers, on est bien d’accord.
Anouk Aubert
Alors devant, devant la librairie, il y avait deux policiers qui étaient en civil, qui ont été très discrets et la seule femme faisait partie de ces deux policiers en civil. Je ne vais pas reculer en vous voyant. Symboliquement, je ne sais pas trop si aller assumer ce qui se passait. Et après il y avait des CRS et de la police nationale. Et nous, on a discuté. Le chef de groupe était un policier de la police nationale, le fameux qui disait que PPDA n’avait vraiment pas besoin de violer la loi. Mais du coup, vous vous posez des questions parce qu’au départ, il ne voulait pas nous laisser rentrer. On nous a fait un peu la leçon sur la nécessité d’avoir ses papiers en permanence. On leur a dit mais vous savez, nos papiers sont dans votre ordinateur à l’intérieur. Scanner, on peut les voir. Ah oui, mais qu’est ce qui nous dit que c’est bien vous ? Je ne sais pas. Le vendredi matin, quand j’arrive à 9 h 45 devant un commerce, manifestement, j’ai encore envie de travailler et de faire mon boulot et que je ne viens pas me rendre intéressante. Non, non. Et ils ont vérifié à l’intérieur, ils ont fait sonner nos téléphones portables plusieurs fois pour être sûr qu’on n’ait pas changé de numéro. Enfin voilà, on sait très bien qu’on est identifié maintenant, au cas où on ne l'était pas avant. Bref, c’est féministe, nos chefs sont identifiés.
David Dufresne
Et Darmanin, il venait poser la première pierre du commissariat ou pas ?
Anouk Aubert
Nous, ça fait quatre ans qu’on est installés ici, ça fait quatre ans qu’on nous dit que ça va ouvrir. Ouais. Bon. Donc pour l’instant, là, il y a des travaux un peu qui ont commencé. Est ce que j’aurais pu vous faire un petit film ? Maintenant, on a plus des bâches, mais on est recouvertes de trucs de travaux où vraiment ne faut pas venir nous voir. Faut il faut, faut savoir où on n’est pas, on est bien caché, c’est bon, plus personne n’y a accès visuellement. Ça fait un an qu’on a un échafaudage autour de la librairie qui s’est installé de manière discutable. Enfin voilà, je sais on est bien cachées. Ben voilà, maintenant on sait où on est, mais grâce au ministère de l’Intérieur auquel on ne manquera pas d’envoyer une lettre de remerciement pour cette campagne de publicité. Voilà, il y a quand même une vraie question qui se pose sur la nécessité de cacher. Parce que, en réalité, géographiquement, quand bien même Gérald Darmanin serait sorti de ce bâtiment, il n’aurait jamais vu, à cette distance qu’il avait écrit sur nos vitrines.
David Dufresne
. Bon, tenez nous au courant quand même pas.
Anouk Aubert
On vous fera des petites vidéos quand on sera à Nice avec Hélène en train de crier devant le tribunal.
David Dufresne
On sera là, on sera là.
Anouk Aubert
Ben oui !
David Dufresne
Si vous avez encore quelques minutes, j’ai quelques questions. Avez-vous des témoignages sur des pertes de mémoire ? C’est aussi une chose qui peut arriver. La sélectivité du cerveau pour résister, je pense.
Hélène Devynck
Le cataplasme qui fait allusion à l’amnésie, ce qu’on appelle l’amnésie traumatique, qui est le fait de court-circuiter le moment traumatique pour avoir à survivre. Moi j’ai pas vécu ça. Ça veut pas dire que je pas. En fait, ce qui se passe c’est quand on a quatre ans, quelque chose de très violent arrive comme ça, on ne veut pas que ça soit arrivé. Donc on fait tout en bloc, on fait tout pour que ça n’existe pas. Et c’est ce que j’ai fait moi et ce que je raconte dans le livre. J’ai fait un petit sarcophage bien scellé que j’ai mis dans un coin de ma tête pour y penser. Je n’irai pas jusqu'à dire que c’est une amnésie traumatique parce que je savais très bien, mais certaines choses arrivent à certaines femmes qui les critiquent mettent des années, voire des dizaines d’années à la comprendre. Et puis ensuite, quand les choses se sont passées il y a longtemps et voilà, il y a un problème sur est-ce que je ne suis pas en train de me raconter une histoire ? Et c’est très compliqué d’intégrer l’agression dans son réel.
David Dufresne
C’est d’ailleurs un des arguments de ceux qui voudraient que la prescription soit allongée en disant qu’il faut beaucoup, beaucoup de temps en fait, pour pouvoir parfois se rappeler ou se dire allez, cette fois je vais, parler
Hélène Devynck
Et la prescription dans notre histoire, par exemple, est une histoire dite de sérialité, où les choses se répètent, se répètent, se répètent. Elles ne bénéficient qu'à l’agresseur. Soyons clair : la société n’a rien à gagner à ce que cette histoire soit prescrite. Personne n’a rien à gagner à ce que cette histoire soit prescrite. De même, les plus fervents défenseurs de la prescription. Pourrait s’interroger en cas de sa réalité. Faire si les choses se répètent tellement ? Est ce que ça ne peut pas tomber ? Alors c’est le cas quand les agressions concernent des mineurs. Euh pour les pédocriminels qui répètent depuis des années et des années les mêmes choses, je ne vois pas très bien pourquoi ça ne serait pas pareil pour nous.
David Dufresne
Avez vous lu le livre de Florence Porcel Terre aux loups ?
Hélène Devynck
J’ai lu le livre de son enfance. J’ai lu ses 2 livres. André Nickel a écrit donc avant de porter plainte et honte qui vient de sortir où elle raconte quelque chose de très important aussi. Eh bien en fait, ce qui lui est arrivé à Florence, c’est que le sort qui lui a été fait était tellement violent. Moi, quand j’ai vu qu’elle avait porté plainte, j’ai écrit un petit mot sur Instagram. Je ne la connaissais absolument pas pour lui dire je vous crois et je suis bien placé pour savoir de quoi vous parlez. Et puis voilà. Derrière, Patrick Poivre d’Arvor est venu à Quotidien dire qu’elle était folle érotomane qui s'était jamais rien passé et que il était très convaincant sa défense a été tellement agressive vis à vis de Florence que c’est ça qui moi m’a décidé à porter plainte en plus que jamais. Et je savais par ailleurs qu’il mentait. Et donc Florence, dans ce livre, elle a. Elle revient avec beaucoup de distance par ex sur le sentiment de honte qu’elle a vécu qui a été terrible. À un moment plus personne ne le croyait.
David Dufresne
Comment votre livre a été reçu dans le milieu médiatique ?
Hélène Devynck
Alors on va commencer par Il y a des journaux qui sont toujours proches, on va dire, du pouvoir et qui n’en ont pas parlé, mais ils sont très peu nombreux. Le livre a été extrêmement bien reçu, ce qui en a été pour moi une va être très importante. C’est à dire que la salsa a inversé la place qui dans un premier temps avait donné, avait été donné à Patrick Poivre d’Arvor m'était donné et par le biais de mon livre à nous tous qui avons témoigné ça a été bien plus d’un monde de travail de fait, d’explication, de pédagogie pour homme pour faire comprendre cette affaire. Euh non, j’ai. Le livre a été très bien accueilli.
Anouk Aubert
Si je peux me permettre d’ailleurs de rajouter une chose sur ce livre que j’aime beaucoup, qui est juste un avis de libraire. Et moi je suis sensible à la langue et Hélène raconte des choses absolument affreuses. J’ai vu passer cette sensation de nausée et elle est là, mais elle est portée par une langue et une écriture où je jouais jadis, donc je le disais tranquillement. Hélène écrit merveilleusement bien. Et ça aussi, il faut le dire, parce qu' elle parle d’un sujet de société. Mais. Mais en elle l'écrit Vous êtes, vous êtes pris dans les récits, vous n’avez pas le choix. Si vous l’ouvrez, c’est fini pour vous. Elle finirait Comtesse. Et voilà, c’est merveilleusement bien écrit en plus de ce que ça raconte.
David Dufresne
Nous sommes d’accord.
Anouk Aubert
Merci beaucoup. Non mais ce n’est pas grave, mais vous, Il y a des. Il y a plein de livres. Je. Pour en avoir lu quand même maintenant un petit peu, j’ai lu les livres de Sarah bible de Camille Cuné J’ai quand même une culture là dedans qui commence à être respectable et on peut noter des différences d'écriture parce que je suis quand même sensible à la forme et que, en tout cas, voilà, celle de l’année a une particularité, un ton, un style que j’ai trouvé bouleversante. L'écriture est bouleversante.
Hélène Devynck
Aussi sur le dernier mot que ça me permet d’ajouter une chose, c’est qu’il y a aussi une difficulté quand on raconte ce genre d’histoire, c’est que c’est ce qu’on appelle un livre mytho et on peut très vite classé dans le témoignage. C’est qui dans les librairies ? C’est assez, c’est honorable, c’est courageux, c’est un témoignage pour qu’on nous accorde sur ces sujets le statut de littérature. Il y a encore du travail et ça on a du mal à y arriver. C’est comme si c'étaient des récits qui ne pouvaient pas prétendre à la littérature.
David Dufresne
Alors ça me permet de répondre à une question qui est posée, mais autour de votre ouvrage par lequel on corrèle. Question pour Dave Duff est ce qu’après la lecture du livre d’Hélène Devynck, ta vision sur les violences sexuelles et sexistes a changé, évolué, étant de la même génération que toi mais du sexe opposé, Je serais curieuse de le savoir. Je l’ai dit tout à l’heure, oui, oui, et je pense que c’est par la littérature, parce que le bouquin est particulièrement écrit que j’ai peut être plus accroché que le livre de témoignage, qui devient en effet un genre en soi et tout, je veux dire tout chouette qu’il soit. Bon, là il y a autre chose qui ne tient pas uniquement au style, mais qui tient au fait que vous tirez de toutes ces histoires une analyse qui s’adresse aussi aux hommes. C’est comme ça que je pense, c’est comme ça que je veux que je l’ai lu, moi en tout cas. Alors que je ne m’attendais pas au début, je ne m’attendais pas à ça.
Hélène Devynck
Vous avez cru que c'était une histoire de deux femmes.
Anouk Aubert
Oui.. Puisque vous avez invité une libraire,
David Dufresne
Y a des supers libraires.
Hélène Devynck
Je suis d’accord.
Anouk Aubert
Enfin, j’ai l’impression de continuer à me réveiller chaque jour. J’ai l’impression de comprendre encore. Quelque chose va cesser. C’est un travail au long cours, cette réflexion autour des relations entre les hommes et les femmes. Et si la science est au-delà du livre d’Hélène qui me semble essentielle dans notre société française, en vraiment c’est la base d’un combat. Elles ont posé des fondations à ces femmes. Voilà, j’ai. Si vous avez la flemme de lire, commencez par l'émission de Mediapart pendant 2 h, après vous aurez tout à fait envie de le lire. Sinon, on n’a pas été assez convaincants ce matin. Mais il y a, il y a le travail d’une femme qui s’appelle Dorothée du CEA et qui, me semble t il, explique très bien aussi le ruissellement. C’est ce mot qu’aime bien notre président. Qui c’est qui ruisselle ? Je sais plus. Mais lui, c’est lui qui a eu le ruissellement des violences, des violences sur les enfants, des violences sexuelles sur les enfants. Est ce que. Est ce que ça peut donner dans une société d’adultes après ? Les chiffres sont édifiants, je pense sous estimé.
Hélène Devynck
Le berceau des dominations, je crois qu’il a été réédité récemment.
Anouk Aubert
Mais je me souviens, je me suis bien assise dans la librairie. J’ai choisi mon camp.
David Dufresne
Alors Anouk, juste un tout petit truc. Faites un vrai site merci infiniment à vous.
Anouk Aubert
Bonsoir à tous les participants dans notre librairie, on peut boire, On est la seule, enfin, je crois qu’on est peut être une des rares librairies à avoir une licence 4, ce qui est quand même un peu particulier.
David Dufresne
Ça fait plein de raisons pour lesquelles il faut venir. Tant que vous êtes en face du grand Marché et du plus gros commissariat d’Europe et d’Europe.
Anouk Aubert
Bien, je résume on peut boire des bières.
David Dufresne
! Merci infiniment à toutes les deux d'être venues C'était chouette on invite tout le monde à venir chez vous.
Anouk Aubert
Mais attention, parfois je suis cachée dans la librairie pour faire des vidéos comme ça, donc faut venir, on ne sait jamais.
Hélène Devynck
Merci à vous David.
Anouk Aubert
Merci de cette invitation. C'était super !

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