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Gramsci nous avait prévenus : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Avec l’historien Johan Chapoutot, nous avons tenté, justement, de voir clair dans nos temps obscurs. Où sont les monstres ? Le cadavre du Vieux monde est-il déjà froid ou encore chaud ? La France à l’envers, Manouchian panthéonisé sous le sourire de Le Pen et ses lieutenants, la macronie machine à « com » d’extrême droite au service des élites. On a écouté le maître.
Johann Chapoutot, historien spécialiste du nazisme et de l'Allemagne, professeur d'histoire contemporaine à Paris-Sorbonne, est l'auteur, entre autres, de «Le Meurtre de Weimar» (PUF, 2010), «La Loi du sang. Penser et agir en nazi» (Editions Gallimard, 2014), «Le Grand récit» (PUF, 2021). Son travail sur le management nazi, antichambre du management capitaliste moderne, est l'un des plus notables.
Sommes-nous dans un « remake des années 30 » ? Johann Chapoutot, historien spécialiste de la période, assume de s'exprimer sur le présent depuis les connaissances qu'il produit, en premier lieu parce que la communication du gouvernement ne se prive pas, bien au contraire, de convoquer des figures du passé. En rappelant les faits historiques et en analysant l'enchaînement des événements, le travail de l'historien casse les tentatives de récupération et de détournement, largement grossières, auxquelles la Macronie nous habitue : le CNR, les « jours heureux », plus récemment les accords de Munich...
Tandis qu'elle mène une politique de classe, c'est-à-dire tournée vers les intérêts de son électorat aisé et âgé, la Macronie tente de maintenir ce qui lui reste de crédibilité sur un discours pervers, mensonger. « Si ils disaient en vérité ce qu'ils font, ce serait l'émeute, immédiatement. Ils doivent donc mentir, avec obstination, en permanence », énonce Chapoutot. Ses prises de position sont d'autant plus importantes que les médias de masse, propriétés de milliardaires partageant ces mêmes intérêts de la classe dominante, ne font pas du tout ce travail critique. C'est le modèle économique même des chaînes d'informations en continu : faire parler des personnes qui n'ont aucune compétence ne coûte rien, contrairement au travail de recherche ou d'enquête journalistique.
Le pouvoir actuel est essentiellement communicationnel. On atteint un paroxysme de ce phénomène avec la nomination d'Attal comme Premier Ministre. Mais Attal n'est rien du tout, rien d'autre qu'un communicant. C'est par ailleurs un bon communicant, mais qui pourrait aussi bien lire le Bottin, le programme du parti nazi, un discours de Staline avec la même conviction, tant que cela nourrit son pouvoir et son narcissisme.
Alors, sommes-nous autorisés à comparer les décennies 1930 et 2020 ? Johann Chapoutot assure que oui, tout en gardant en tête que comparaison n'est pas assimilation : il faut autant étudier les points de contact que les divergences. « On fait de l'histoire depuis une situation, une époque un contexte, avec en tête les questions qui nous préoccupent et qui préoccupent notre temps ».
La différence majeure entre ces deux époques est l'héritage de la guerre, en l'occurrence de la Grande Guerre. Contrairement à nos aïeux, nous ne vivons pas sous le spectre de ce que les travaux d'historiens font apparaître comme une « lessiveuse anthropologique d'ampleur jamais vue, en cela qu'elle fut une injonction à frapper et à tuer auprès de 80 millions de personnes ».
Dans l'entre-deux-guerres, en Europe, il était normal de voir des uniformes, des « gueules cassées », dans l'espace public. Aux partis politiques, y compris de gauche, étaient adossées des milices armées. Selon comment ils se sont sortis de la guerre, les pays d'Europe ont eu plus ou moins de mal à s'en remettre, tant économiquement que culturellement. Cela explique que l'Allemagne et l'Italie, pays mutilés par la guerre, ont été des terreaux plus fertiles pour les régimes fasciste et nazi que la France et la Grande-Bretagne, qui avaient les réserves d'or, les empires coloniaux, les ressources pour entamer bien que douloureusement un travail de reconstruction. Aujourd'hui, ce poids écrasant ne subsiste plus que sous forme d'imaginaire auprès de groupes d'extrême-droite, qui en appellent systématiquement aux mêmes références, à savoir le nazisme, le fascisme, l'OAS et « l'Algérie française ».
Mais ce que montre Chapoutot est une perpétuation dans le paysage politique contemporain de structures qui existaient déjà dans les années 1930, et dont les mouvements sont malheureusement prévisibles car maintes fois vérifiés au cours du XXe siècle. Convoquant la notion « d'extrême-centre » théorisée par l'historien Pierre Serna, il explique comment les libéraux de l'entre-deux-guerres se sont alliés aux partis d'extrême-droite, avec l'espoir de les utiliser dans leur propre intérêt, avant de se faire déborder.
L'extrême-centre fait le lit de l'extrême-droite, et a l'illusion de pouvoir maîtriser cela. Ça a été la même illusion en Allemagne en 1932, quand le chancelier Von Papen permit à Hitler d'accéder au pouvoir pour s'adjoindre la force de frappe des militants nazis, tout en projetant de le faire démissionner.
On a vu que l'extrême-droite d'aujourd'hui ne diffère pas, malgré le ravalement de façade, à celle du siècle dernier, puisqu'elle s'y réfère elle-même directement. Ce qu'ils font de manière sporadique en tant que groupuscules - ratonnades, meurtres... - risque de se généraliser si un parti soi-disant présentable accède au pouvoir, comme à chaque fois que c'est arrivé. Les liens qui continuent d'être entretenus entre les partis comme le RN ou Reconquête avec les groupes d'action violents sont parfaitement établis, par des travaux tels que ceux que mènent StreetPress par exemple. L'histoire du XXe siècle nous apprend que l'extrême-centre, dont la mouvance macroniste est un exemple caricatural, finit toujours par s'allier avec l'extrême-droite : en Italie en 1922, en Allemagne en 1932, ce sont les libéraux-autoritaires qui réhabilitent les partis d'extrême-droite en perte de vitesse dans une lutte contre la menace soviétique fantasmée.
Pendant les années 30, les élites industrielles se sont vendues, littéralement, aux fascismes dont le nazisme allemand. Les fascismes étaient l'assurance qu'il n'y aurait plus jamais de gauche, plus de syndicats. Elles ont reconnu dans le nazisme ceux qui ont fait à nouveau de l'Allemagne une zone dans laquelle on pouvait faire de l'argent, beaucoup d'argent. À l'exemple d'Henry Ford, de Louis Renault, d'André Citroën, beaucoup font le voyage en Allemagne, autant intéressés par la politique financière, économique et sociale menée que par l'expérience d’ingénierie sociale « bio-politique » de régénération, de réarmement de la population allemande.
Pendant ces plus de deux heures de discussion, Johann Chapoutot explore les liens et les allers-retours entre extrême-centre et extrême-droite, en détaillant comment les intérêts économiques des uns se fondent dans l'idéologie des autres. De l'héritage nazi du management contemporain, via la figure de Reinhard Höhn, au recyclage des anciens collaborateurs dans les partis libéraux - FDP en Allemagne, FPÖ en Autriche, UDF en France... , l'historien démonte méthodiquement les éléments de communication que le gouvernement tente de dresser à l'aube de chaque nouvelle échéance électorale dans l'espoir de maintenir l'illusion qu'ils sont un barrage à l'extrême-droite.
Qui est Johann Chapoutot ?
Johann Chapoutot est historien, spécialiste de l'Allemagne et du nazisme, professeur d'histoire contemporaine à Paris-Sorbonne. Son travail sur le management nazi, antichambre du management capitaliste moderne, est l'un des plus notables.
Qu'est-ce que l'extrême centre ?
Théorisé par l'historien Pierre Serna, "l'extrême centre" est la politique du camp des "libéraux autoritaires". D'après Johann Chapoutot, ce camp s'allie toujours à l'extrême droite, pensant la maîtriser, avant de se faire systématiquement déborder.
Quel est le lien entre les années 30 et aujourd'hui ?
Pour Johann Chapoutot, on peut comparer, sans assimiler, les années 30 à aujourd'hui, à travers la montée en puissance d'un extrême centre faisant le lit de l'extrême droite. Ce fut le cas, rappelle-t-il, en Italie en 1922, en Allemagne en 1932.
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au-poste.tpopsite.comMieux vaut Chapoutard que jamais
Nomen [est] omen (au pluriel : nomina [sunt] omina) est une locution latine qui, traduite littéralement, signifie « le nom est un présage ». Ce dicton vient de la croyance des Romains que le destin était indiqué dans le nom de la personne.
fr.wikipedia.orgPour les articles homonymes, voir Les Jours heureux.
fr.wikipedia.orgmacron à parlé des jours heureux, il a pas précisé pour qui ...
ça fait trop de bien d entendre un universitaire légitimer ce qu'on pense, et y porter des explications, et une perspective historique.
J'adore la violence parfaitement polie de Chapoutot

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fr.wikipedia.orgBonjour à tous, bonjour à Mr Chapoutot et merci pour son œuvre, j'ai jamais eu d'idoles il est pour moi ce qui y ressemble le plus !
Politique | C'est Piketty qui a lancé la première flèche: « Le vote macronien, c'est le plus bourgeois de l'histoire de France. Ça n'a pas fait plaisir qu'on le dise comme ça, mais c'est un fait objectif. » Puis Julia Cagé a déroulé. Pendant une bonne heure et demi, bien tassée, et de bonne humeur, les deux sont revenus sur leur travail monumental, les 864 pages de Une histoire du conflit politique (le Seuil).

fr.wikipedia.orgCapitalisme | Le libelle de Ludivine Bantigny commence par une silhouette. Celle d’un adolescent qui va mourir pour nous. Dans une décharge, il cherche des métaux rares, de ceux dont nos téléphones et ordis raffolent. Le court essai de historienne est lancé. Dévastateur pour le capitalisme de mort, ensauvagé et sans pitié.
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Cet article est une ébauche concernant un livre et la politique.
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On a essayé de décortiquer ce à quoi nous sommes confrontés
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