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Comprendre le fascisme qui s’installe (et les dissolutions qui pleuvent)
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Comprendre le fascisme qui s’installe (et les dissolutions qui pleuvent)

2 h 3102/04/2024
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Depuis quelques années, nous avons vu l’État s’attaquer au mouvement écologiste après avoir démantelé des associations anti-racistes musulmanes et contestataires. Nous avons vu les manifestations interdites et l’antiterrorisme maintenir l’ordre.

Nous avons vu un ministre menacer la plus ancienne organisation de défense des Droits de l’Homme. L'ami Pierre Douillard-Lefèvre, un habitué du Poste, revient avec Dissoudre (Editions Grévis) sur l’objectif du régime Macron. Non susciter l’adhésion mais la soumission. Dissoudre tout ce qui fait commun. Alors que l’horizon se rétrécit, son livre d'intervention propose une histoire des procédures de dissolutions et la manière dont elles incarnent désormais la gouvernementalité contemporaine. Mais surtout, Douillard-Lefèvre se demande comment faire face.

Bien qu'il boive du thé, et non du café comme il se devrait, Pierre Douillard-Lefèvre, est convoqué au Poste pour la 4ème fois, à l'occasion de la sortie de son dernier livre «Dissoudre», aux éditions Grévis, dont la densité est inversement proportionnelle à la taille et au prix. Chercheur en sciences sociales, spécialisé dans les questions de maintien de l’ordre, il recense dans ce livre l'origine et l'historique des dissolutions en France dans les années 30. De quoi sont-elles le signe ? Comment elles articulent un retournement de la procédure et du sens des mots. Inversion des valeurs de l'échiquier politique qui permet au régime de justifier des procédures administratives brutales qui attaquent l'opposition. Et quelles solutions proposer à ces dissolutions, apprises  des collectifs.

Les dissolutions en 2023

La tendance exponentielle des dissolutions a d'abord visé des structures musulmanes, des médias, des groupes antifascistes ou des gilets jaunes.  En 2023, la dissolution visant les Soulèvements de la Terre marque un cran supplémentaire dans le processus en cours.

Dans la même unité de temps et d'espace, nous avons vu le chantier d'une mégabassine au milieu de plaines désolées, transformé en forteresse. Nous avons vu des milliers de militaires protéger un trou en envoyant des salves d'explosifs dans la foule. Nous avons vu un régime, pris dans une frénésie de dissolution, s'attaquer au plus grand mouvement écologiste du moment.
Pierre Douillard-Lefèvre

La dissolution d'un groupement est une loi d'exception, extrajudiciaire, administrative avec démantèlement de la structure dissoute et sans recours immédiat. De fait, elle attaque la loi de libre association de 1901, et marque un recul inquiétant sur le droit à se coaliser.

En chimie, la dissolution est l'état d'un corps solide dont les parties ont été séparées. La suppression de la cohésion des éléments qui rendait une matière résistante. L'objectif d'un régime qui a renoncé à l'apparence même de sa propre légitimité n'est plus de mobiliser mais de démobiliser, n'est plus de susciter l'adhésion mais la soumission, n'est plus de provoquer l'action mais l'apathie, et pour y parvenir, dissoudre ce qui fait humain.
Pierre Douillard-Lefèvre

A l'origine: les lois de 1935 et 1936

La dissolution est créée dans les années 30, en deux temps, dans le contexte très tendu de la montée du fascisme en Europe et en France. En réponse à la menace des ligues armées, comme l'Action Française - ligue royaliste et antisémite, dont est issu Gérald Darmanin - envers la République . La 1ère loi, de 1935, est portée par Pierre Laval, alors radical socialiste. Il arrive au pouvoir en pleine crise de régime et va casser de nombreuses avancées sociales. Équivalent d'un macroniste - ni droite ni gauche - il va introduire la dissolution des associations. La 2ème loi, de 1936, découle de l'agression de Léon Blum et vise la dissolution des groupes armées fascistes. David Dufresne relève l'illusion de cette loi qui sera rapidement détournée. Dès 1937, ce sont les groupes anticolonialistes - l'étoile nord-africaine - puis les groupes de gauche qui sont dissous.  Rapidement cette loi s'avère contre-productive. Alors que l'extrême-droite continue d'exister, un de ses groupes armés, la Cagoule, qui terrorise et tue, milite dès 1938 pour la dissolution du parti communiste. En septembre 1939, le PC est dissous, ses militants arrêtés, son journal l'Humanité, son syndicat la CGT et toutes les associations fédérées dissous.

L'arbitraire qui se répète après-guerre

Au lieu d'être abandonnée, la dissolution s'étend aux groupes anticolonialistes. En 1947 à Madagascar, 100.000 personnes sont tuées. On frappe les corps et on dissout les structures. Amer refrain qui résonne dans l'actualité. Non seulement la procédure administrative de dissolution permet à l’État d'arrêter les membres d'une organisation dissoute - ce qui dépasse la visée administrative - mais l'application de la procédure elle-même est également arbitraire.

Après 1968, la dilatation des dissolutions reprendra jusqu'en 1972 visant des mouvements d'extrême droite (Occident) et d'extrême-gauche (la Gauche Prolétarienne). À partir de 1972, s'opèrent quelques retouches à la loi qui pointe d'abord les groupes à partir de propos haineux. Puis, en 1986, ce sont les groupements liés au terrorisme qui sont concernés. Enfin, au XXIème siècle, on assiste à travers la loi séparatisme, à l'avènement de l'anti-terrorisme comme mode de gouvernement.

Cette loi de dissolution, elle naît dans un contexte fasciste et en fait, elle traverse les époques. Non seulement cette loi contre les milices de combat, elle n'est jamais abrogée, mais elle est constamment enrichie par l'État français, et notamment sous la Vème République. Le périmètre des dissolutions, qui était quand même un petit périmètre - les milices armées - c'est un périmètre qui s'étend jusqu'à englober des pans extrêmement importants.
Pierre Douillard-Lefèvre

La loi séparatisme

La loi séparatisme de 2021 - confortant le respect des principes de la République - de Gérald Darmanin marque un nouveau recul sans précédent sur la liberté d'association. Par le principe d'inversion de la charge de la preuve, propre aux procédures antiterroristes, une arrestation sur une intention est rendue possible. David Dufresne pointe le renversement à l’œuvre dans la notion de violence : les années 30 pointent les ligues fascistes armées versus les années 2020 accusent les casseurs de vitrines.

Depuis 2017, le nombre de dissolutions explose. Entre l'élection de François Mitterrand en 1981 et celle de Macron, l'État n'a prononcé que 29 dissolutions en plus de trois décennies. En avril 2023, Macron avait déjà engagé la dissolution de 34 associations et collectifs en seulement six années de pouvoir. Un record absolu sous la V ème République. Loin devant le général de Gaulle, dont les dix années de règne ont été secouées par la guerre d'Algérie, ponctué de tentatives de putsch et d'assassinats, et mai 68 qui a fait vaciller le régime.
Pierre Douillard-Lefèvre

Depuis 7 ans, Macron a plus dissous que tous les gouvernements de la Vème, IVème et IIIème République réunies. Or, une fois prononcée, la dissolution est très difficile à contester. Seul le média indépendant Nantes Révoltée a fait échouer le gouvernement, avant l'enclenchement de sa dissolution.

Parallèlement, à l'Assemblée Nationale, le nombre de sanctions des députés explose aussi
Luckopat dans le tchat

L'expansion des dissolutions révèle le durcissement du régime : record de 49.3 - plus de 20 - et record d'utilisation d'armes de la police. À nouveau, frapper les corps et dissoudre les structures. Pierre Douillard-Lefèvre renchérit au message de SentierBattant dans le chat : à l'ombre des politiques qui passent, on trouve des petites mains qui œuvrent. Pascale Léglise, fonctionnaire de la DLPAJ, casse méthodiquement les libertés publiques depuis 2010 - à la tête de 240 fonctionnaires dans son service du Ministère de l'Intérieur qui exerce à temps plein la répression des libertés publiques - en appliquant notamment la caractérisation de provocation «subliminale»1. Cette dérive pourrait interpréter un like comme une intention de violence.

Il faut quand même remettre la Pascale Léglise au milieu du village, Pierre, en disant que cette dissolutionnite aiguë est due à la présence de la DLPAJ de Mme Pascale Léglise, très friande de dissolutions. Son petit nom est même «Destop», ce n'est pas une blague.
Sentierbattant dans le tchat

La création de récit et la désagragation du sens

Les mots anti-républicain, éco-terroriste, black-bloc, ultra-gauche figurent l'ennemi, le stigmatisent et précèdent le lancement des dissolutions dans le but de les justifier. Cette illusion langagière, marque de fabrique de Macron qui multiplie les paradoxes pour empêcher de penser. De même, Darmanin, passé par l'Action française, menace la Ligue des Droits de l'Homme, sous le prétexte d'anti-républicanisme. Le sociologue amateur de thé déploie, avec la rigueur qui le caractérise, la multiplicité des signifiés que le mot République a revêtu dans l'Histoire, de la République romaine à nos jours. Ces 20 dernières années le concept s'est inversé, on est passé d'un front républicain - de la gauche au centre droit - à un arc républicain - de Zemmour à Macron. Il faut faire croire que le danger est à gauche, que la république est à l'extrême droite. Un autre outil, celui-ci financier, instauré par la loi Séparatisme et passé alors inaperçu, est le Contrat d'Engagement Républicain. Il donne tout pouvoir à l'état pour supprimer des subventions à des milliers d'associations et de salariés.

Des dissolutions aux solutions, des rhizomes venus de la terre

La plus grande offensive a visé les Soulèvements de la Terre, une organisation militante gigantesque, composée de comités diversifiés. Comme pour Nantes révoltée, c'est une mobilisation organisée et solidaire qui aboutit à une victoire politique en novembre 2023. Comme solutions, Pierre Douillard-Lefèvre évoque la nécessaire bataille juridique mais insiste sur la création d'un contre-récit qui désamorce les procédures. Comme dans le cas de l'affaire dite de Tarnac, bien connue de nos services, où lors du dernier procès, il s'avèrera que le récit créé sur l'ultra-gauche s'était déjà effondré comme un soufflé. Encore une raison évidente de soutenir les médias indépendants créateurs de contre-récits !

1. https://www.lemonde.fr/religions/article/2016/12/03/salafisme-de-la-difficulte-de-demontrer-l-existence-d-un-message-subliminal_5042803_1653130.html

Transcription de l’émission

David Dufresne
Bon, comment vas-tu, Pierre ? Bon, super, je suis désolé, mais c’est parti, je t’ai fait te lever tôt pour une broutille, enfin pour une connerie, parce qu’en réalité, figure-toi, au moment où j’ai lancé le live, mon logiciel m’a dit : « Ah non, la carte de son n’est pas à jour », et il a fallu tout refaire, voilà. Je… je… je suis absolument désolé. C’est vrai que vous avez manqué ces lives-là. Voilà, Pierre Douillard-Lefebvre, tu es Au poste pour la troisième ou quatrième fois, et c’est toujours un plaisir. Tu as écrit déjà deux livres, c’est ton troisième. C’est ton troisième, Dissoudre, aux éditions Grévis. C’est un petit livre qui vaut dix balles et qui est d’une densité rare. Je ne sais pas comment on va faire l’émission parce que j’ai pratiquement corné les cent pages, si tu veux, donc c’est un peu complexe. Les amis, je vais monter le son de l’invité, je vais essayer de vous mettre le live, le chat, mais pour l’instant, voilà, l’essentiel, c’est qu’on soit là. Pierre, je parlais tout à l’heure, pendant les réglages, de ton livre comme d’un précipité de ce fascisme qui s’installe. Alors, le mot est fort, « fascisme », mais ce qui est absolument incroyable en te lisant, c’est que tu nous racontes à la fois l’histoire des dissolutions dans l’histoire de France ça remonte très loin avec une accalmie, on va rentrer dans les détails, et une sorte d’accélération sidérante ces derniers mois, ces dernières années. Et en lisant ton livre, on a l’impression d’un précipité de ce qui nous arrive, c’est-à-dire qu’on comprend mieux ce que chacun d’entre nous ceux qui nous regardent, qui tchattent, et nous deux, enfin nous tous on comprend mieux ce qui nous arrive. Est-ce que c’était ça, le but de ton ouvrage ? C’est-à-dire : je fais un point d’étape, où est-ce qu’on en est, et d’où ça sort ? Est-ce que c’est ça, le point ?
Pierre Douillard-Lefebvre
Le point est parti d’une actualité très concrète, très matérielle, c’est-à-dire différentes dissolutions ou tentatives de dissolution contre, d’abord, des structures musulmanes ces dernières années, et puis des structures issues du social et de l’écologie. Donc il y a eu l’attaque contre Nantes Révoltée en 2022, le média Nantes Révoltée. Il y a eu plusieurs groupes antifascistes militants qui ont été dissous, ou des groupes de gilets jaunes. Et donc, au printemps dernier, au printemps 2023, il y a eu cette offensive contre Les Soulèvements de la Terre, qui était, à mon sens, un cran supplémentaire en termes d’attaques et de tentatives de dissolution contre un contre-pouvoir politique, social, écologiste. Et donc, à partir de là, j’ai eu envie de réfléchir à ce que c’était que la procédure de dissolution, de quoi il s’agissait sur le plan historique, comment c’était apparu, et ce qu’elle disait de la société actuelle et du régime actuel. Comme tu le disais, tout nous renvoie aux années trente. On va peut-être en parler plus longuement, mais tout nous y renvoie, puisque les dissolutions sont nées dans les années trente. C’est pour ça que c’était assez intéressant, et on va sûrement le voir : il y a eu un retournement, une inversion qui s’est opérée à la fois en ce qui concerne purement la procédure de dissolution, mais également du sens des mots, du sens général des discours politiques, etc., qui permettent de justifier les dissolutions.

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Sources, liens & références

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Salut David, bonjour Pierre, j'ai trouvé le livre remarquable, il est en belle pile dans ma petite librairie rurale à Poligny
Arbre_Senescent

La Cagoule

Pour les articles homonymes, voir Cagoule (homonymie).

fr.wikipedia.org
Il faut quand même remettre la Pascale Léglise au milieu du village, Pierre er Pierre en disant que cette dissolutionnite aiguë est due à la présence à la DLPAJ de Mme Pascale Leglise très friande de dissolutions. Son petit nom est même "Destop" (ce n'est pas une blague) !
SentierBattant
C'est vraiment une bonne émission. J'arrive pas à bosser
anisgraffiti
En somme, créer des précipités contre la dissolution. La précipitation est la réaction inverse de la dissolution chimique.
SentierBattant

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