4 668 € récoltés sur 16 000 €
Loyer
Gestion
Transport
Salaires
Divers
Site
Je soutiens Au Poste !
Pour défendre les libertés et nourrir le débat public
Au Poste retourne le réel Pour défendre les libertés et nourrir le débat public 100 % libre et LIVE Sans montage ni formatage
Elisabeth Bouchaud : aux grandes Femmes, la science reconnaissante !
Abonnez-vous pour sélectionner votre plateforme favorite

Elisabeth Bouchaud : aux grandes Femmes, la science reconnaissante !

1 h 3322/04/2024
Voter pour cette émission

En vous abonnant, vous choisissez chaque mois l’émission mise en avant sur AuPoste.media.

Elisabeth Bouchaud est une personnalité rare : physicienne, comédienne, metteuse en scène, dramaturge… Lauréate de plusieurs prix scientifiques dont celui de l’Académie des Sciences, Bouchaud a été membre du Commissariat à l'énergie atomique, et a enseigné à l'École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (ESPCI).

Depuis 2015, elle dirige le théâtre de la Reine Blanche à Paris, tel un laboratoire du théâtre scientifique, une scène « des arts et des sciences », un lieu où faire épanouir ses deux passions.

S’y joue actuellement la nouvelle création d’Elisabeth Bouchaud : « Les fabuleuses », une trilogie qui rend justice aux femmes scientifiques qui ont changé le cours de l’Histoire… avant que leur travail, puis leur mémoire ne soit spoliée par leurs collègues masculins.
Les hommes triomphent, les femmes pardonnent. Les femmes oublient. Ce temps est révolu. Sur les planches de la Reine Blanche, aux grandes femmes la science reconnaissante !

À travers son travail de metteuse en scène, Elisabeth Bouchaud nous emmène dans les rouages du monde feutré que sont les sciences. Loin d'être anecdotiques, les parcours de Liz Geithner, Jocelyne Bell et Rosalind Franklin, narrés dans la trilogie « Les Fabuleuses », révèlent un vécu commun, malgré les écarts d'époques et de pays, qui nous font toucher du doigt le systématisme du dénigrement des carrières scientifiques entreprises par les femmes.

Si le nom de ces femmes n’a pas été retenu, ce n’est pas qu’elles n’ont pas fait de découvertes majeures, mais parce qu’elles ont été poussées dans les oubliettes de l’histoire par un système patriarcal qui efface le nom des femmes ; dans quelque soit le domaine, mais en particulier en sciences qui reste un domaine très, très masculin.
Elisabeth Bouchaud

Les femmes invisibilisées

Les contextes sont différents, les processus aussi. Mais le résultat est le même : l'invisibilisation, la spoliation du travail de femmes par des hommes. En situation de supériorité numérique et socialisés comme tels, ces derniers exploitent la faiblesse de la situation de leurs collègues féminines pour s'accaparer leurs travaux.

À qui donne-t-on les postes les plus en vue ? Qui est autorisé à publier dans les revues scientifiques ? Qui sait se mettre en avant dans une éventuelle nomination au Prix Nobel ? Dans cette compétition permanente à la reconnaissance et à la lumière, inhérente au milieu, les filtres sociaux se dressent les uns après les autres entre le travail de recherche et la publication de résultats. Les femmes scientifiques vivent avec un syndrome de l'imposteur qui les empêche de se battre à la hauteur de leur contribution. Et quand elles ont le malheur d'avoir une « double tare », comme la judaïté de Liz Geithner dans l'Allemagne des années 1930 ou l'origine irlandaise de Jocelyne Bell dans les milieux universitaires du Sud de l'Angleterre, elles se retrouvent d'autant plus exposées aux bassesses de ceux qui sont en position de force. Ce phénomène d'invisibilisation des femmes scientifiques a été nommé « effet Matilda ».

Je pense qu’il faut arrêter de se priver de la moitié de l’intelligence du monde. C’est évident que chaque personnalité, et en particulier les femmes, va apporter une vision différente de la science, et donc découvrir des choses nouvelles. [...] Au-delà des femmes, l'inclusion des minorités ethniques ou sociales est loin d'être une réalité, et encore une fois, quand on a des backgrounds culturels différents, on peut voir des choses différentes et découvrir ce qui ne serait pas découvert par des gens qui ont tous peu ou prou le même bagage culturel.
Elisabeth Bouchaud

Une spoliation ordinaire

Elisabeth Bouchaud raconte dans le détail comment, tantôt consciemment et de manière éhontée, tantôt de manière plus subtile voire inconsciente, ces opérations de spoliation ont eu lieu. Qu'ils le veuillent ou non, les hommes et les femmes vivent avec des assignations de genre qui les poussent à se conformer à ce qu'on attend d'elles et eux. Se retourner, relire l'Histoire de la science avec ce regard critique, y reconnaître à sa juste valeur l'apport des femmes, est un préalable si l'on veut se débarasser des dynamiques sexistes qui entravent l'avancée scientifique, et avant toute chose, polluent les carrières des femmes en fonction aujourd'hui, comme peut en témoigner directement notre invitée.

Quand on est une femme, il faut travailler deux fois plus pour être crédible. Donc ça, je pense que c’est général et ça s’est appliqué à moi comme à bien d’autres. [...] Tant que j’étais étudiante ou jeune chercheuse, j’avais des remarques sexistes sans arrêt, mais ça n’a pas entravé le cours de mes recherches... jusqu’au moment où je suis devenue chef de service. Alors là, ça a été très compliqué pour certains hommes de supporter qu’une femme soit leur chef, dans ce domaine scientifique où les femmes sont minoritaires.
Elisabeth Bouchaud

Selon elle, le mouvement #MeToo a au moins permis d'établir le problème, de faire surgir certains noms de femmes scientifiques jusqu'alors inconnus. Malgré tout, l'évolution des moeurs reste très lente, surtout à l'intérieur de la communauté scientifique, où, comme soulevé dans le tchat, « toutes les personnes du milieu ont pu observer des relations d'emprise et de harcèlement entre directeurs de thèse et thésardes ».

Avant même d'arriver à faire de la science, dès le cours préparatoire, on constate une autocensure des jeunes filles, alimentée par le manque d'exemples connus mais aussi par un système éducatif qui prône la compétition de plus en plus tôt, à travers les réformes successives du baccalauréat : aujourd'hui, le nombre de femmes qui se lancent dans un cursus scientifique en France est en train de régresser. Pour faire évoluer les mentalités, le théâtre peut être un outil. Le témoignage d'Elisabeth Bouchaud aussi.

La colère, il ne faut pas la retenir. Il y a des colères saines. Et il faut que les femmes se fassent entendre. On disait tout à l’heure que les hommes se battent et les femmes pardonnent : ça, c’est une assignation de genre. Il faut refuser les assignations de genre si elles nous font souffrir, si elles mènent à l’invisibilisation des femmes. Je crois que j’encouragerais aussi les hommes à refuser l’agressivité comme assignation. Et ce n’est pas forcément ce que, au niveau individuel, les hommes souhaitent. Et s’ils ne le souhaitent pas, il faut le refuser. Donc il faut exprimer cette colère.
Elisabeth Bouchaud

Trois questions clés

De quelles femmes parle la trilogie « Les Fabuleuses » ?

Le premier épisode des « Fabuleuses » retrace la vie de Liz Geithner, physicienne autrichienne née à la fin du XIXe siècle et qui a largement contribué à la découverte de la fission nucléaire ; le second retrace la vie de Jocelyne Bell, astrophysicienne irlandaise ayant découvert les pulsars ; le troisième épisode relate celle de Rosalind Franklin, physico-chimiste britannique dont les travaux sur l'ADN sont à l'origine de la biologie moléculaire moderne.

Où peut-on voir les pièces d'Elisabeth Bouchaud être jouées ?

Le troisième épisode des « Fabuleuses », écrit et mis en scène par Elisabeth Bouchaud, est joué au théâtre La Reine Blanche, à Paris, du 07 mai au 09 juin 2024, et les trois premiers épisodes seront joués au festival Off Avignon 2024 du 03 au 21 juillet 2024.

Y'aura-t-il d'autres épisodes dans la série « Les Fabuleuses » ?

Une quatrième pièce est en préparation autour de l'histoire de Marthe Gautier, pédiatre française ayant découvert la trisomie 21. Une cinquième pourrait voir le jour au sujet de Katalin Karikó, chercheuse hongroise à l'origine de l'utilisation de l'ARN messager pour les vaccins.

Transcription de l’émission

Pauline Todesco
Bonjour, les aupostiens amis du café des féminismes, amis de la science, amies des femmes scientifiques qui ont eu le courage, à travers l’histoire, d'œuvrer dans un monde aussi masculin et qui ont aussi le talent pour sonder les mystères de l’univers et des atomes. Bienvenue sur Bonjour Colère, notre nouvelle émission mensuelle dédiée aux luttes féministes et nous avons le plaisir d’accueillir ce matin madame Élisabeth Bouchaud. Bonjour Élisabeth, Merci d'être avec nous aujourd’hui.
Élisabeth Bouchaud
Bonjour Pauline, bonjour les aupostiens (es.)

Contre la Bollorisation des esprits !

Depuis 5 ans, #AuPoste défend les libertés publiques, la gauche critique, l’histoire vivante, les arts de la fugue et les voix qu’on bâillonne. Depuis 5 ans, nous avons choisi de rendre accessible gratuitement toute notre production car nous défendons l’information en circuit libre.

Plus que jamais, une presse libre, fouilleuse et indocile est vitale.

Au Poste n’a pas de prix. Mais un coût. vos dons font tourner la baraque.

Je soutiens Au Poste !Don récurrent ou abonnement annulables à tout moment.

Infolettres

L’information comme acte de résistance !

Recevez chaque dimanche la newsletter d’Au Poste.

Un point de vue critique et indomptable.

S'abonner :
On a créé de l'échange
Pierre Douillard-Lefèvre
Canapé orange d'Au Poste

Au Poste est mis à la disposition de toutes et tous selon les termes de la licence Creative Commons Attribution : Pas d’Utilisation commerciale - Partage dans les mêmes Conditions.