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Faut-il manger les animaux ? Avec Brigitte Gothière (L214) et Victor Duran-Le Peuch
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antispécisme

Faut-il manger les animaux ? Avec Brigitte Gothière (L214) et Victor Duran-Le Peuch

1 h 4719/12/2024
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Pourquoi mange-t-on les animaux ? Le sujet passionne les philosophes depuis l’Antiquité, jusqu’aux militant·e·s et intellectuel·le·s antispécistes qui luttent depuis plus d’un siècle contre l’exploitation animale, souvent caricaturé·e·s par une classe politique championne de l’électoralisme tendance « gastronationaliste ». C’est particulièrement vrai dans un pays comme la France, attachée à sa longue tradition d’élevage et où les puissants lobbies de la filière viande investissent même les établissements scolaires. Pour ce nouvel épisode de « Bouffe de là ! », Nora Bouazzouni convoque Brigitte Gothière, co-fondatrice de l’association lanceuse d’alerte L214 et Victor Duran-Le Peuch, créateur du podcast « Comme un poisson dans l’eau ».

Dans une société où la viande est placée au cœur de la consommation, la remise en question du dogme carniste n’est pas chose aisée. Impensée, normalisée, cette consommation concerne pourtant chaque année des dizaines de millions d’animaux d’élevage, élevés et abattus de manière industrielle. Face à cet état de fait, les antispécistes, dont font partie Brigitte Gothière et Victor Duran-Le Peuch, proposent une relecture des raisons qui nous poussent à manger des animaux. Mais qu’est-ce que le spécisme ? Eux l'expliquent comme l’oppression par l’humain des animaux, que l’on réduit à l’état d’objets et de nourriture. Ils nous expliquent leurs raisons de contester cette exploitation.

Des êtres sentients

D’abord, rappelle Victor Duran-Le Peuch, un critère pertinent de préservation des animaux serait la sentience, c’est-à-dire « la capacité d’éprouver les choses, d’avoir une vie subjective, en particulier d’avoir des expériences positives et des souffrances », développe-t-il. En effet, si l’on accepte assez facilement l’idée qu’un animal de compagnie et quelques autres animaux puissent être doués d’éprouver des émotions, « on en laisse tout un tas d’autres à la marge », ajoute Brigitte Gothière.

« On ne parle que d’élevage, mais il y a aussi d’autres utilisations des animaux qui sont dignes de la torture. L’appropriation de l’ensemble des autres animaux est institutionnalisée. Pour la remettre en question, on est obligé de se mettre à contre-courant. »
Brigitte Gothière

Pour les antispécistes, il existe alors deux courants de pensée qui divergent sur le long terme. Le premier vise à couper tout lien entre les animaux et les humains, le second considère qu’un lien peut subsister entre les deux, à condition « d’échanges en bonne intelligence », précise Brigitte Gothière. Dans les deux cas, complète-t-elle, ces courants se rejoignent sur une base commune: « les discriminations dont sont victimes les autres animaux sont purement injustes, intolérables et doivent disparaître. »

La dissonance cognitive

Si la consommation de viande ne faiblit pas, tous deux s’accordent pour affirmer qu’un changement de mentalité s’opère dans la société. On mange des animaux, mais on s’accorde à dire que le traitement qui leur est réservé n’est pas acceptable. La conciliation, au moins sur la forme, de ces deux aspects, c’est ce que Brigitte Gothière et Victor Duran-Le Peuch qualifient de dissonance cognitive.

« Le phénomène de dissonance cognitive, c’est l’inconfort psychologique qui est créé quand il y a une incohérence entre plusieurs de nos croyances. Par exemple, ne pas avoir envie de faire du mal aux animaux, mais considérer que les humains sont supérieurs et donc peuvent les manger. Il y a deux façons de le résoudre: soit on met en cohérence ses croyances et on laisse tomber celle qui est la moins justifiée, soit on change de comportement. Souvent, on résout la dissonance d’une autre façon. On va chercher à créer de nouvelles croyances qui viennent justifier nos comportements. C’est plus facile. »
Victor Duran-Le Peuch

Pour Brigitte Gothière, la dissonance cognitive est surtout résolue par notre environnement alimentaire: au supermarché comme au restaurant, les produits à base de viande tiennent une place centrale. La consommation d’animaux va de soi et sa remise en question reste le plus souvent un impensé.

« Il y a beaucoup de légendes autour de la liberté alimentaire : les vegan, les spécistes voudraient nous priver de la liberté alimentaire. En réalité, c'est aujourd’hui que nous sommes privés de notre liberté alimentaire, puisque dans notre environnement alimentaire tout est fait pour que la position facile soit de manger de la viande. »
Brigitte Gothière

Ces croyances qui viennent réduire la dissonance ne viennent pas de nulle part. Pour Victor Duran-Le Peuch, si elles se retrouvent aussi facilement un peu partout dans la société, formulées de la même manière, c’est que c’est de l’idéologie: « Ça a un nom, ça s’appelle le carnisme », poursuit-il. Lui résume le message du carnisme en quatre « N » : « C’est normal, c’est naturel, c’est nécessaire, c’est 'nice' (bon). »

L’idée de nature

Selon cette doctrine, manger de la viande serait donc naturel. Un discours que Victor Duran-Le Peuch et Brigitte Gothière refusent. « Plus on est spéciste, plus on croit à l’idée de nature », argue cette dernière. Lui en appelle à une comparaison intersectionnelle: « On disait la même chose avant: l’homosexualité, ce n’est pas naturel, les femmes ont une nature féminine, etc. » Les groupes dominés sont essentialisés pour mieux effacer leur exploitation.

L’idée de nature est une espèce de fantasme, un élément idéologique fort dans le spécisme et dans d’autres oppressions qui naturalisent un rapport qui est social. C’est une certaine organisation de la société qui est construite, et qui pourrait donc être différente. »
Victor Duran-Le Peuch

Si la nature est un thème récurrent pour justifier la consommation carnée, lui note en revanche que le mot « spécisme » est absent quand on parle de la question animale: « C’est tout de suite vu comme un truc militant. » Le mot porte une charge lourde de sens, systémique. Un poids que L214 a bien compris. Brigitte Gothière assume de ne pas toujours employer le terme d’antispécisme d’emblée. En définitive, ce qui compte pour l’association, c’est d’abord de pouvoir parler au plus grand nombre.

« Il y a des canaux de discussion qui sont différents: quand tu peux aborder des questions de philosophie ou quand tu cherches juste à ouvrir une porte pour inciter les gens à aller chercher plus loin. Nous on est sur le grand public, puis les politiques. »
Brigitte Gothière

Qu’est-ce que le flexitarisme ?

En principe, le flexitarisme est un régime alimentaire dans lequel la base de l’alimentation est végétarienne, mais ou la consommation de viande persiste, de façon limitée. Le concept de flexitarisme est sujet à caution: il est récupéré par le lobby de la viande pour en justifier la consommation.

Qu’est-ce que l’animalisme ?

L’animalisme est une idée selon laquelle les animaux, en tant qu’êtres sensibles doués d’émotions, doivent pouvoir bénéficier de droits de la part des humains. C’est un humanisme appliqué à tous les animaux. Le courant animaliste se divise en deux branches distinctes: les premiers veulent améliorer le bien-être des animaux, les seconds souhaitent abolir toute exploitation animale.

Qu’est-ce que le phénomène de réactance ?

Selon Victor Duran-Le Peuch, la réactance est un phénomène psychologique dans lequel une personne, mal à l’aise face à une question, va mettre en place des procédés d’évitement. Il prend pour exemple des éléments de la réflexion carniste: lorsque l’on mange de la viande tout en adhérant à l’idée d’un meilleur bien-être animal, on est face à une contradiction de notre pratique.

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Sources, liens & références

Le code rural reconnaît les animaux comme des êtres sensibles et non sentients. Malgré tout ils sont quand même considérés comme les biens de ceux qui les possèdent et ne sont pas considérés comme sujets ou agent moraux
alkemiaphillia

Questions animalistes

Réflexions et supports informatifs - Antispécisme, sentientisme, esprit critique | Par Florence Dellerie

questionsanimalistes.com
Pour la dissonance cognitive, il y a les vidéos de Lyla_et_Yohann www.youtube.com/@Mangayoh/v...
Replique_Ethique
l'azer / pour une écologie sans nature - Nicolas Martin youtu.be/4IlkyiH286w
pissaladieresansanchois
L'extrême droite qualifie régulièrement l'antispécisme de "menace civilisationnelle" (Cf. Jordan Bardella, Marion Maréchal, Valeurs Actuelles...)
FlorenceDellerie
Je pense qu'on sous-estime le besoin de domination et d'identité. La philosophe Florence Burgat dit "On ne tue pas des animaux pour manger de la viande, on mange de la viande pour tuer des animaux".
FlorenceDellerie

Manuel rabat-joie féministe  - Sara Ahmed - 2024

: Tes collègues lèvent les yeux au ciel en réunion dès que tu dis " sexisme " ou " racisme " ? Les blagues offensantes ne te font pas rire ? On te dit que tu es injuste quand tu signales une injustice ? L'atmosphère se tend dès que tu abordes certains sujets ? Si c'est le cas, tu es sans doute une rabat-joie féministe et ce manuel est fait pour toi ! Le terme " rabat-joie " est souvent utilisé pour critiquer les féministes : on pointe leur agressivité, leur tristesse, leur méchanceté, leurs frustrations, leur jalousie, leurs excès, leur impatience. Les féministes voient le mal partout, détestent les hommes, ne savent pas s'amuser, cassent l'ambiance en soirée. En somme, elles pourrissent la vie des autres, elles " tuent " la joie de celles et ceux qui ne demandent qu'à vivre dans le bonheur. Dans ce livre, Sara Ahmed prend au sérieux ces accusations et les retourne. Non. Le bonheur n'est pas toujours possible face à la brutalité envers les femmes, les queers, les personnes racisées et tant d'autres. Oui. Nous devons être prêt.es à déranger (y compris nos camarades féministes), à nous obliger les unes les autres à nous remettre en question. En s'apprenant à dire non, les rabat-joies féministes s'engagent dans un projet créateur de mondes. S'inscrivant dans l'histoire des féminismes trans, queers, handis et racisés dont il tire force et inspiration, le féminisme d'Ahmed est une célébration des pratiques, des savoirs, des peines et des joies rabat-joies. S'inspirant de sa vie, de celle de ses lecteurices et de ses proches, Sara Ahmed allie la profondeur de la pensée à l'honnêteté et à l'intimité. Le Manuel rabat-joie féministe est à la fois le manifeste d'une communauté, un manuel de survie et une archive qui rassemble les voix de très nombreuses rabat-joies féministes.

editionsladecouverte.fr
Lire l'article Pourquoi les animalistes sont-ils toujours les orphelins de la gauche? Le suprémacisme humain en question par Will Kymlicka lamorce.co/pourquoi-les-ani...
FlorenceDellerie

Solidarité animale - Yves Bonnardel & Axelle Playoust-braure

: Malgré la visibilité croissante de la " question animale ", la confusion règne parmi ses divers commentateurs. Les termes dans lesquels le débat est posé, y compris dans les milieux progressistes, empêchent d'en comprendre les enjeux véritables. C'est en particulier le cas pour la notion de " spécisme ", qui désigne une discrimination fondée sur le critère de l'espèce, et postule la supériorité des humains sur les autres animaux. Cette hiérarchisation des individus selon leur espèce a pourtant des effets très concrets : aujourd'hui, ce sont plus de 1 000 milliards d'animaux qui sont exploités et tués chaque année pour leur chair, parmi lesquels une vaste majorité d'animaux aquatiques. Comment est-il possible de continuer à justifier toutes ces souffrances et morts d'êtres pourvus de sensibilité ? Cet ouvrage, en dévoilant l'impasse théorique, éthique et politique dans laquelle nous enferme la société spéciste, clarifie les réflexions développées par le mouvement antispéciste en France. Proposant une synthèse claire et accessible, Axelle Playoust-Braure et Yves Bonnardel montrent en quoi le spécisme est une question sociale fondamentale et plaident en faveur d'un changement de civilisation proprement révolutionnaire.

editionsladecouverte.fr

Politique sexuelle de la viande - Carol J. Adams  - 2016

Politique sexuelle de la viande - Une théorie critique féministe végane Carol J. Adams Dès sa première parution en 1990, La Politique sexuelle de la viande, qualifiée de « bible de la communauté végane » par le New York Times, s'est imposée comme un ouvrage de référence dans le domaine du droit animal. Dans cette théorie critique féministe végétarienne, la féministe militante Carol J. Adams explore la relation entre les valeurs patriarcales et la consommation de viande à travers leurs représentations dans l'histoire, les médias et la littérature.

lagedhomme.com

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Laurence Huc
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