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Grasset et le BolloréGate, surveillance de Rima Hassan, Festival du Film politique : une matinale au cœur des batailles

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Transcription de l’émission

00:00:00David Dufresne
Salut ! France Déter, vous êtes bien sur France Déter. Au poste ! C’est l’heure, debout les déters ! Bonjour, bonjour Euryale, bonjour les aupostiennes, les aupostiens, comment allez-vous ? Est-ce que le micro est de meilleure tenue ? J’espère que vous allez bien, amis du café, amis de la police, amis des libertés, bonjour, bienvenue sur France Déter, la matinale d’Au poste, c’est l’heure ! Il est 7 h 08, debout les déters, en vacances ou pas en vacances, je suis comme chaque lundi matin au poste, on tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant ! France Déter accueille des invités, tient des revues de presse particulières. Donne le temps des nuages et des luttes. Exploite le passé, explore le présent. C’est en direct, c’est fait maison, il y a du café. Bonjour à tous, au menu de ce lundi, alors c’est du chargé, c’est du lourd et c’est formidable, et c’est Au poste et c’est France Déter. Vincent Brengarth, bien connu de nos services, avocat de la députée européenne Rima Hassan, sera avec nous dans une vingtaine de minutes pour détailler les mesures de surveillance extraordinaires, peut-être même extrajudiciaires, déployées contre sa cliente. C'étaient des révélations de la semaine dernière de Mediapart, mais vous allez voir qu’il va y en avoir d’autres. Tout à l’heure, Vincent Brengarth sera donc avec nous à 7 h 30. À 8 h 10, on refait le monde de l'édition avec Thierry Discepolo, figure maîtresse de l'édition indépendante. Il est à la tête des éditions Agone. Il sera avec nous depuis le centre de la France. Retour sur l’affaire Grasset, sur ses secousses et sur ce qui est en train de se passer dans l'édition. Bonjour, bonjour, et nous irons enfin à Carcassonne à 8 h 40 avec Francine Raymond, présidente de l’association Ciné Bastide, association organisatrice du Festival international du film politique, qui a maille à partir avec la municipalité. Si vous n'étiez pas dans le coin, la municipalité est passée RN, et Francine viendra nous expliquer pourquoi son association vient de retirer sa demande de subvention auprès de la mairie, sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, Radiopolice, etc.
00:03:57David Dufresne
Comment allez-vous les uns les autres ? Ah, le micro est toujours faible, là ? Attendez, je vais monter un petit peu. Dites-moi si c’est mieux ici. Dites-moi si… Ah ouais, je sais pourquoi. Attends, bouge pas, bouge pas, bouge, tac, tac. Là, ça devrait être pas trop mal. Je monte, voilà. Comment allez-vous dans le tchat ? Alors, on va démarrer par, tout de suite, la petite revue de presse express. Le Monde : entre l’Iran et les États-Unis, escalade navale et dialogue de sourds à l’approche de l’expiration du cessez-le-feu. C’est la une du Monde. Pour L’Humanité, reportage sur les réfugiés libanais de retour chez eux dans le sud du Liban. C’est la une de L’Humanité. Sinon, si vous n’avez pas à rigoler ce week-end, eh bien… Qu’il se passe là ? Hop, hop, hop, ah bah ouais, attends, voilà, voilà, voilà, c’est mieux. Vous pouvez vous marrer puisque Vallot, Jadot, Glucksmann espèrent construire sans une primaire. J’ai vu passer un truc, j’ai cru que c'était de l’IA. Mais non, c’est François Hollande qui se dit prêt. Ces gens sont complètement dingos. Affaire Grasset : Bolloré s’occupe lui-même de sa défense dans son propre journal. Nous allons parler longuement de cette affaire dans quelques instants, avec Thierry Discepolo, de la maison Agone. En ce qui concerne Mediapart, retour sur les 7 semaines de guerre en Iran, au Liban et ailleurs : les leçons d’une succession effrénée d’opérations militaires, c’est la une de Mediapart, et également ce reportage de François Bougon à Barcelone, où Pedro Sánchez appelle au réveil des forces progressistes face à l’internationale réactionnaire, à l’occasion d’un sommet de dirigeants et d’un grand rassemblement progressiste. Le Premier ministre espagnol a enjoint ce week-end à la gauche de lancer la contre-offensive. L'ère de l’internationale d’extrême droite touche à sa fin, a-t-il dit, et voici la citation que j’ai repérée. Voilà, voilà, attends, bouge pas, bouge, bouge pas, c’est où ? Hop, non, ce n’est pas ça, hop. Le regain d’optimisme à main… Ça, là, on voit ce que c’est. Voilà, c’est ici. Alors… Il y a un peu de la prophétie auto-réalisatrice là-dedans, mais ça fait du bien à entendre, il est 7 h 14. Je sais, c’est Pedro Sánchez qui parle. Je sais, je sais que l’internationale d’extrême droite et une droite servile font beaucoup de bruit, que parfois on a l’impression qu’il n’y a pas d’autre voix. Mais ne nous laissons pas tromper, dit Pedro Sánchez : ils ne crient pas parce qu’ils sont en train de gagner, ils crient parce qu’ils savent que l’heure est venue, a-t-il lancé samedi. Les gens se rendent compte qu’ils n’ont pas de projet, qu’ils n’ont pas de solution. Leur politique n’a apporté que la guerre, l’inflation, les inégalités, la fracture sociale, a-t-il ajouté. L'ère de l’internationale d’extrême droite touche à sa fin. Nous allons inaugurer une nouvelle ère de progrès. Voilà, et notamment il avait en ligne de mire Orbán et sa défaite. Alors bon, bon, on espère, on espère que ça va fonctionner, mais on n’est sûr de rien. Libération fait sa une sur la riposte de Vincent Bolloré : crise chez Grasset. On en parle, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, long papier de Sophie des Déserts qui laisse entendre que monsieur Bolloré, Vincent, il n’est pas content du tout. Et c’est la raison pour laquelle il a pris la plume hier dans Le Journal du dimanche, fait exceptionnel. Il a donc utilisé son hebdomadaire pour expliquer son point de vue contre ce qu’il appelle la petite caste. Et d’après Sophie des Déserts, de Libération, le monsieur n’est pas content du tout, du tout, du tout, et ne s’attendait pas à un tel tollé. Donc nous allons nous faire plaisir, nous allons continuer ce tollé aujourd’hui. France Info : guerre au Moyen-Orient, la marine américaine a pris le contrôle d’un cargo iranien, l’Iran promet de riposter bientôt, ça joue toujours à la guerre du côté de Washington. Même si, même si ici ou là, la presse commence à trouver le temps un peu long, et les Républicains, singulièrement, qui ont très, très peur, et ils ont bien raison, pour le mois de novembre, vous savez, les… Comment on appelle ça ? Les midterms américains, voilà. Ça, c'était pour France Info. Politis : départ de Grasset, à qui profite le crime. Reporterre : la gare de Luméville, haut lieu de la lutte contre Cigéo, encerclée par les gendarmes. Reportage d’Alexandre-Reza Kokabi, publié hier à 21 h 23. Et mise à jour il y a 7 minutes : la gare de Luméville, haut lieu de la résistance au projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo, du côté de Bure, a été encerclée dimanche soir par des gendarmes mobiles, après une journée de mobilisation. Son expulsion pourrait être imminente. StreetPress : tout le lycée veut sauver Saïda, Azerbaïdjanaise de 16 ans, menacée d’expulsion. Ça se passe au lycée Alphonse-Daudet de Nîmes. La vie de la jeune collégienne a basculé au moment où une OQTF a été délivrée à sa famille. Tout l'établissement est derrière elle et se mobilise. Courage à toi. Ensuite, les nouvelles classiques données par StreetPress sur la fascosphère, et notamment 11 militants d’extrême droite condamnés pour des violences à Albi. Les Jours : en Haute-Saône, une maison d’enfants pétrie de violences, agressions sexuelles, suicide d’un éducateur, enquête sur un foyer pourtant réputé qui illustre le manque de volonté politique envers la protection de l’enfance, c’est la une des Jours. Et le petit, comment pourrais-je dire, le beau, le magnifique graffiti de la semaine qui nous est offert par le compte BlueSky Radical Graffiti. Le voici : le futur qu’ils veulent pour vous. Amazon, ICE, Data Center. C’est très, très beau, ça, c’est vraiment… Ça, c’est vraiment ce que j’aime le plus. On va ouvrir l’image. Hop, on va essayer de l’agrandir. Voilà, ça, c’est magnifique. Ça, c’est absolument magnifique ! Les amis, je vous mets un petit message à caractère promotionnel, le temps d’aller vous chercher la carte de la météo. Non, d’abord, il y a la météo tout court. La météo tout court, la voici, la voilà. Je vous fais pas de dessin. Vous connaissez l’Hexagone. Vous savez où vous êtes. Vous savez lire une carte météo, pas la peine que je le fasse pour vous. Regardez, jetez un petit œil sur le petit écran. Profitez-en puisque vous êtes sur votre clavier pour aller sur le site auposte.media et regardez la beauté de ce site que nous avons mis en ligne il y a deux mois. Et justement, à propos de ce site, petit message à caractère, comment dirais-je, promotionnel, parce que figurez-vous qu’on a besoin de vous. Si vous voulez qu’au poste perdure, continue, etc., eh bien il faut vous abonner. Il faut vous abonner sur le site auposte.media.
00:14:18David Dufresne
Il est 7 h 21, c’est l’heure de la météo des luttes. Comment ça, il n’y a pas de direct sur le site ? Ben si, regarde, il est là, en haut à droite, bien sûr, le site d’Au poste, le voici, le voilà. Mais, mais, mais nous sommes maintenant ici pour la météo, la météo des luttes. Tendance, tendance française : mobilisation marquée. Qu’est-ce qui se passe ? Hop, hop, hop. Il y a un truc qui a fait baisser. C’est quoi ? Ça marche chez vous ? Bon, mobilisation marquée par l’antinucléaire, l’anti-répression et les solidarités concrètes : cantines, ateliers, soutien financier. Présence forte d'événements hybrides, cette semaine sur la France et sur ses rivages : des événements festifs, politiques et d’auto-organisation. Tout d’abord, à Saint-Jean-du-Gard, samedi 21 avril. Qu’est-ce que c’est que ces trucs-là ? Mardi, c'était ça. Mardi, demain, pardon, excusez-moi : cantine solidaire à la Lézarde, cantine mensuelle, autogérée à prix libre, propose un repas accessible à toutes et à tous dans une logique d’entraide et de solidarité locale. Moment de rencontre et de discussion informelle entre habitants et militants, habitantes et militantes, inscrits dans les pratiques d’autonomie alimentaire et de soutien mutuel, accueil ouvert, sans condition, c’est à Saint-Jean-du-Gard. Le 23, jeudi, 19 h 30 : drag show caritatif pour le planning familial. Soirée festive queer dont les bénéfices sont reversés au Planning familial Hauts-de-France. Alors là, c’est tout ce que j’aime, tout le bordel pas possible. Objectif : financer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Présence de stands d’information et de sensibilisation. L'événement mêle culture drag, engagement féministe, fonctionnement à prix libre avec accessibilité PMR annoncée. C’est le Démosphère et voici la belle affiche. C’est le Démosphère de Lille qui nous a indiqué cet événement. Alors d’ailleurs, à ce sujet, on a absolument besoin de vous, les amis, parce que c’est une tannée pour moi d’aller chercher ces événements un peu partout. On a un petit formulaire, n’hésitez pas à le remplir si vous savez qu’il y a des événements pas loin de chez vous qui doivent avoir lieu et si vous voulez les partager auprès de la communauté. Le 25, c’est un samedi, au Mans. Le Mans, c’est ici, et voilà. Le Mans, café réparation : atelier participatif autour de la réparation d’objets et de vêtements, vise à lutter contre le gaspillage et à transmettre des savoir-faire techniques, fonctionnement collectif et ouvert, sans hiérarchie, s’inscrit dans les dynamiques écologistes locales et d’autonomie matérielle, favorise les échanges et l’entraide entre participants. C’est dans la Sarthe, samedi. Bordeaux, dimanche 26 avril. Tchernobyl, c'était il y a 40 ans : mobilisation antinucléaire à l’occasion des 40 ans de la catastrophe, mise en avant des conséquences sanitaires toujours actuelles et des territoires contaminés, lien avec les conflits récents où les centrales deviennent des cibles, critique de la dépendance énergétique française et du coût du nucléaire. Ça se passe donc dans la région de Bordeaux et ce sera dimanche. Toulouse, dimanche également : atelier d’autodéfense numérique. Toulouse, c’est ici. Atelier d’autodéfense numérique. Attends, bouge pas, voilà, je te mets ça comme ça. Et bien justement, ça, ça nous a été proposé par le formulaire. Merci beaucoup au camarade qui nous a envoyé cet atelier d’autodéfense numérique qui est tenu par Extinction Rébellion, c’est dimanche. Atelier de formation aux outils de protection numérique pour militants, militantes, transmission des pratiques, sécurisation des communications, gestion des données, anonymisation, réponse à l’intensification de la surveillance et de la répression, objectif : renforcer l’autonomie technique des collectifs inscrits dans les stratégies résilientes militantes. Ça se passe à Toulouse dimanche. À Paris, à Paris ce week-end, Au poste sera présent avec une bonne partie de l'équipe au Festival des médias indépendants qui aura lieu à Ground Control. Plus de 40 médias indépendants réunis pour présenter leurs enquêtes, leurs journaux, leurs pratiques. L'événement permet une rencontre directe entre journalistes et publics dans un contexte de défiance envers les médias dominants. Présence de nombreuses rédactions critiques, dont Reporterre, mais surtout, mais aussi Au poste et bien d’autres. Objectif : renforcer des liens, développer les abonnements, c’est eux qui le disent, et structurer un écosystème médiatique alternatif. Dimension politique autour de l'éditorial. Et puis après, j’avais aussi à Rennes le 30 avril, mais on pourra revenir : comment lutter contre la guerre, et le 8 mai, journée de soutien à la Legal Team Paris. Ce sera de 14 h à 22 h. Voilà pour la météo des luttes. Je regarde en régie si notre invité de 7 h 30 est arrivé, ce n’est pas le cas. Vincent Brengarth, mais je ne doute pas qu’il va arriver d’un instant à l’autre. En attendant, petite musique.
00:22:31David Dufresne
Non, ce n’est pas la musique du Troisième Homme, mais c’est une musique de film, c'était Fellini, c'était Huit et demi à l’orgue de Barbarie. Alors que nous attendons Vincent Brengarth, qui est donc l’avocat de Rima Hassan. Je regarde s’il a essayé de me joindre par les canaux habituels, ça n’a pas l’air d'être le cas. Attends, bouge pas, qu’est-ce qui se passe ici ? Là, non, bon, ben on va l’attendre. Donc ce week-end, si vous êtes sur Paris, on sera là samedi et dimanche, avec Théophile, notre crieur, avec Veuve Chyco, avec Muriel, on aura un stand, on a nos petites tasses magnifiques d’Emilecheval, il nous en reste quelques-unes. Si vous voulez les acheter, on va discuter avec vous d’Au poste, de la politique, de l'époque dans laquelle nous nous trouvons. Ça va se passer samedi et dimanche de midi à 18 h, alors pas sûr, pas sûr qu’on fasse des lives depuis Ground Control, parce que d’abord, il y a un petit problème technique. Et deux, on a déjà fait pas mal de lives comme ça depuis des rencontres de médias indépendants. Je pense notamment à la Fête de l’Huma, et j’ai pas envie de radoter. Voilà, je n’ai pas envie de radoter. Alors, certains dans l'équipe me disent : ah, quand même, ce serait pas mal qu’on fasse le tour des médias indépendants. Qu’en dites-vous, chers amis, qu’en dites-vous ? Est-ce que vous auriez envie vraiment d’un petit live samedi ou dimanche depuis le Festival des médias indépendants de Paris ? Ça aura lieu à Ground Control ou pas. Dites-moi, dites-moi ce qui vous ferait plaisir, tout simplement. Je m’inquiète, Vincent Brengarth n’est toujours pas là. Que se passe-t-il ?
00:24:42David Dufresne
Pourquoi Vincent Brengarth n’est pas là ? Attendez, je lui envoie un petit texto, tac à tac, tac à tac… J’en profite pour vous dire qu’on a vraiment besoin de vos retours. N’hésitez pas à venir sur le Discord d’Au poste. J’espère qu’il n’est pas en garde à vue. Alors tu rigoles, mais ça, c’est tout à fait possible. Enfin, pas lui, mais il peut tout à fait avoir un client. Attendez, je lui envoie un petit message. Est-ce que vous avez la musique ? Parce que moi, je n’ai pas la musique dans le casque. Alors, ce serait cool. Je pense que tu parles d’un live. Personnellement, Au poste, c’est toi qui m’as mis à Twitch en me faisant faire les manifs alors que je n’y étais pas, donc oui, ce sera toujours un plaisir de te voir errer parmi les gens. Oui, on veut toujours plus d’Au poste… Vous avez la musique, d’accord ? Ah non, oui, c'était par rapport à la musique. Ah merde, je croyais que c'était par rapport au live de ce week-end. Alors, écoutez, en attendant Vincent, on va faire Radiopolice, j’espère qu’il va pouvoir arriver. J’ai préparé l’entretien avec lui concernant la surveillance. Oui, là, c’est étonnant. Oui, je suis là, mais non, il n’est pas là. Alors, il est là ? Alors attendez ; le voilà ! Le voilà ! Ok ! Le voilà, le voilà. Oh là là là, quand même, je me disais que ce n'était pas possible.
00:27:33David Dufresne
Alors, attendez, Vincent Brengarth est avec nous, caméra 1, caméra 2. Alors Vincent, une petite seconde. Excuse-moi, je vais te mettre. Vincent, bonjour. Est-ce que tu nous entends ? Parfaitement. Et on t’entend parfaitement. Vincent, nous étions inquiets. En tout cas, le tchat était inquiet. Certains ont pensé à une panne d’oreiller. J’ai dit non, ça, ce n’est pas le genre du professionnel. Mais d’autres ont évoqué une garde à vue. J’ai dit : ah, c’est possible, il peut avoir un client qui se retrouve en garde à vue.
00:28:11Vincent Brengarth
Mais le rendez-vous au poste était ce matin, avec toi.
00:28:16David Dufresne
Impeccable. Comment vas-tu ? Je rappelle que tu es un habitué d’auposte, que tu es un habitué des grands procès, tu es avocat au barreau de Paris et entre autres tu es l’avocat de Rima Hassan. Mais d’abord, comment vas-tu ?
00:28:35Vincent Brengarth
Je vais extrêmement bien, même si ça ne m’empêche pas d'être préoccupé par la période que nous sommes en train de traverser. Je trouve, de ce point de vue, que la multiplication des actualités, aussi bien nationales qu’internationales, graves, est évidemment une source pour moi de préoccupation un peu quotidienne. Mais je ne pense pas être le seul à traverser cet état d’esprit.
00:28:57David Dufresne
Alors, tu es avec nous ce matin parce que Mediapart a révélé la semaine dernière des conditions que j’appellerais extraordinaires, voire peut-être extrajudiciaires, tu vas nous en parler, concernant donc une de tes clientes, Rima Hassan, dont on se souvient qu’elle avait été placée en garde à vue. La garde à vue va fuiter, va fuiter n’importe comment, et l’idée, ce serait que tu nous en dises un peu plus que ce que Mediapart a fait. Parce que bon, c’est bien gentil, Mediapart, enfin ici, c’est un peu sérieux. Alors, que s’est-il passé exactement pendant d’abord cette garde à vue ? Et après, on parlera d’avant la garde à vue ?
00:29:42Vincent Brengarth
Alors, que s’est-il passé pour la garde à vue ? Déjà, il faut simplement rappeler à titre préalable que ce n’est pas la première fois que Rima Hassan est convoquée pour des faits d’apologie du terrorisme et que, systématiquement, elle s’est rendue aux différentes convocations, qui étaient en fait des convocations libres. Convocations libres qui font qu’on permet d'échapper aux régimes plus restrictifs de la garde à vue. Et à chaque fois, en fait, elle a reçu en amont ses convocations. Il y a eu une prise de contact avec les enquêteurs et la détermination, parfois d’un meilleur jour parce qu’elle n'était pas toujours disponible, mais elle s’est toujours rendue. Et par conséquent, les fonctionnaires n’ont jamais ignoré la manière dont elle pouvait être contactée et n’ont jamais ignoré non plus le fait qu’elle était systématiquement dans la collaboration. Et nous, en fait, comment débute cette convocation ? Parce que c’est qu’elle a eu une convocation. Il faut rappeler qu’elle n’a pas été interpellée. En fait, elle est appelée un jour, et puis je crois que c'était le 31, de mémoire. Elle est appelée par les fonctionnaires de police qui lui indiquent qu’ils envisagent de la placer en garde à vue. Et donc, elle leur donne mon adresse pour qu’ils viennent remettre la convocation en main propre. Et c'était déjà un peu particulier parce que je me retrouve avec des fonctionnaires de police qui viennent à notre cabinet pour remettre la convocation en vue de la garde à vue de Rima Hassan, ce qui est assez rare parce que généralement, en fait, les convocations, on les reçoit plutôt par internet ou alors ce sont les personnes que nous représentons et que nous défendons qui les reçoivent directement par voie postale. Et c'était toujours une surprise de voir un policier sonner à son cabinet le 1er avril. Nous, assez rapidement, on prend contact avec les enquêteurs pour leur confirmer.
00:31:38David Dufresne
Juste une petite seconde, d’ailleurs, il y a un joli message dans le tchat. Un Vincent qui nous fait du bien. Je pense que c’est en référence à un autre, à un milliardaire breton. Parce que tu as parlé de préalable. Là, tu as parlé du 31, c'était le 31 mars, mais en fait, tout démarre le 26 mars, quand Rima Hassan poste un message sur X qu’elle a supprimé depuis, dans lequel elle cite Kōzō Okamoto, un des auteurs de l’attaque perpétrée le 30 mai 1972, au nom du Front populaire de libération de la Palestine, le FPLP, à l’aéroport de Tel-Aviv, qui avait tué 26 personnes, dont 8 Israéliens. Il faut quand même rappeler ce message qu’elle a supprimé, j’imagine, comprenant le caractère plus que discutable du tweet. Toujours est-il qu’il y a une plainte et c’est à ce moment-là qu’arrive ce dont on est en train de parler.
00:32:36Vincent Brengarth
Alors, il y a une plainte, mais les plaintes concernant Rima Hassan, il y en a quand même un certain nombre. Donc il n’y a pas forcément de vigilance particulière par rapport à cette publication, si ce n’est effectivement les commentaires qu’elle avait pu susciter, sachant qu’elle expliquera que c’est vraiment la reprise d’une citation qui figure en dessous de la publication qu’elle a republiée et qui était en lien avec l’engagement de cette personne auprès… auprès de la Palestine, et c’est tout le débat, évidemment, qui aura lieu devant les juridictions si jamais on a à examiner le fond. Mais en tout cas, on se présente, nous, à 9 h 30, et au début, en fait, ça se passe parfaitement bien. C’est-à-dire qu’on est reçus par l’un des responsables du service, puis qui nous indique assez rapidement qu’il va y avoir une notification, évidemment, comme c’est le cas en la matière, de façon systématique. Progressivement, quand même, on sent que les choses commencent à se tendre, mais elles vont définitivement se tendre en milieu de matinée, parce que la convocation et la notification des droits doivent avoir lieu vers 9 h 30, et on doit avoir l’entretien avocat vers 10 h 15, je pense. Et à l’issue de l’entretien, nous, on avait compris, c'était un peu l’engagement qui avait été pris, que l’audition, que la notification des droits serait immédiatement suivie de l’audition. Et on comprend que ça ne va pas être le cas à l’issue de l’entretien qu’on a ensemble, l’entretien confidentiel. Et on comprend, en fait, qu’elle va regagner une geôle. Et là, en fait, c’est le premier un peu motif d’opposition qu’on a. Parce qu’on ne comprend pas les nécessités d’un placement en geôle à ce moment-là, alors même que, je l’ai dit tout à l’heure, elle s’est systématiquement présentée dans le cadre des différentes auditions libres et qu’en fait, cette mesure de contrainte ne s’impose absolument pas, s’agissant en plus d’une personne qui s’est présentée le matin même de façon volontaire. Surtout qu’il existait d’autres moyens, c’est-à-dire qu’un policier aurait très bien pu la surveiller dans son bureau, et on voit à ce moment-là, en plus, que le commissariat n’est absolument pas débordé par les dossiers, parce qu’on a accès, de fait, on se trouve à ce point-là dans l’aile des personnes gardées à vue, et c'était un état qui permet largement une mesure de surveillance.
00:35:15David Dufresne
Vincent, le service de police en question, c’est lequel ? Et ensuite, plusieurs questions du tchat. Pourquoi s’est-elle rendue à la convocation, alors que son statut d'élu, d’après le tchat, lui aurait permis de ne pas se rendre ?
00:35:31Vincent Brengarth
Alors, on va assez rapidement, manifestement, rentrer dans le vif, en tout cas du débat de fond. Mais en fait, déjà, le service de police, c’est le commissariat du 10ᵉ arrondissement. Et ce qui était assez particulier, puisque la majorité, d’ailleurs, des convocations libres qui étaient jusqu'à présent intervenues, elle avait été au Bastion, qui, en fait, a des services qui sont spécialisés, notamment en matière de liberté d’expression, en matière d’infractions en lien avec l’apologie et la provocation du terrorisme. Et donc, déjà, c'était un peu une première singularité, le fait de se retrouver, nous, pour la première fois au commissariat du 10ᵉ arrondissement. Maintenant, s’agissant de la question : pourquoi est-ce qu’elle se rend à cette convocation ? En fait, effectivement, les parlementaires européens bénéficient d’une immunité et d’une inviolabilité. Mais sauf que le protocole qui encadre la question des immunités pour les parlementaires européens prévoit que cette immunité cesse pour les crimes et les délits flagrants. Et en fait, très rapidement, on comprend, à travers les contacts qu’on a avec le fonctionnaire en lien avec la convocation, que le cadre qui a été choisi est le cadre de la flagrance. C’est pour ça que, techniquement, c’est très difficile, avant les gardes à vue, de pouvoir contester ces conditions de la flagrance, parce que ce sont les autorités nationales qui vont apprécier les critères de la flagrance avant la mesure. Vous, vous n’avez que deux possibilités : soit vous tentez de faire obstacle en ne vous présentant pas et en vous disant « je bénéficie de l’immunité et je bénéficie de l’inviolabilité ». Mais en fait, là, on rentre dans une zone grise considérable, parce que les autorités ont, à ce moment-là, le choix de vous interpeller. Et en fait, nous, le positionnement qu’on a eu, c'était aussi pour éviter, en fait, les images éventuelles d’une interpellation qui aurait été totalement désastreuse, d’un point de vue public, et on imagine, en plus, qu’elles auraient circulé, comme ont circulé les informations relatives à la garde à vue. Et donc, c’est pour ça qu'à ce moment-là, on fait le choix.
00:37:37David Dufresne
Vincent, est-ce que tu veux dire que, par exemple, certains policiers pourraient appeler certains paparazzi ou photographes ou vidéastes en disant « Dites donc, on a une cliente intéressante pour vous, venez donc faire le pied de grue devant le commissariat ? »
00:37:53Vincent Brengarth
Pour moi, ça ne fait aucun doute qu’il y a des courroies de transmission directes entre certains journalistes et les fonctionnaires de police. Et Rima Hassan remplit tous les critères pour eux d’intérêt. C’est-à-dire que c’est une personnalité médiatique forte, c’est une personnalité aussi qui fait parfois l’objet, et régulièrement l’objet de critiques assez virulentes, et qui, évidemment, est considérée comme un adversaire du pouvoir. Donc, évidemment, quand il y a une réunion de tels critères, ça favorise très clairement les fuites. Maintenant, on y reviendra peut-être, mais là, peut-être, ce qui crée un peu l’interrogation dans ce dossier, c’est le point de savoir si ce n’est pas des fuites qui sont orchestrées. Moi, je pense que, étant donné qu’il y avait une connaissance de la garde à vue, me semble-t-il, il y a des éléments qui me suggèrent que l’on est davantage face à une orchestration qu'à des fuites, si je puis dire, classiques de fonctionnaires de police qui transmettent l’information à des journalistes pour…
00:38:57David Dufresne
Quels éléments, quels éléments Vincent ?
00:39:00Vincent Brengarth
Mais en fait, quels éléments ? Déjà, il faut rappeler qu’au moment de la garde à vue, il y a cet entretien dont je disais qu’il avait lieu en milieu de matinée. Par la suite, on lui demande de gagner une geôle à deux reprises, et finalement, elle finira par gagner la geôle. Il va y avoir l’inventaire, dont on va peut-être discuter tout à l’heure, qui va donner lieu à la découverte des deux contenants, dont elle va indiquer immédiatement qu’il s’agit de CBD. Et en fait, à ce moment-là, à nouveau placée en geôle, le temps que le parquet prenne une décision sur le point de savoir s’il entend poursuivre les infractions supposées aux stupéfiants. Et moi, je sors du commissariat, parce que j’attends l’avis du parquet, et c’est à ce point-là, en fait, qu’interviennent les premières fuites. Et les premières fuites, on a un article, de mémoire, du Parisien qui indique et qui révèle le placement en garde à vue. Et ce placement en garde à vue est assez précis puisqu’il comporte non seulement l’endroit et le service dans lequel elle est placée en garde à vue, et aussi les propos de la publication qui est poursuivie, à un moment où, pour nous, les auditions de fond n’ont pas débuté. C’est-à-dire que, au moment, nous, de la notification des droits, on a simplement le jour de la publication, mais on n’est absolument pas notifiés sur la publication elle-même. Donc, pour que des journalistes…
00:40:27David Dufresne
Ah oui, tu veux dire que les journalistes sont au courant, avant Rima Hassan, de l’objet de l´enquête ?
00:40:34Vincent Brengarth
Oui, ils sont au courant avant, avant elle. Mais bon, après, le fait est que, vu que c'était le même jour, on pouvait avoir une présomption sur la publication qui était concernée. Mais par contre, au moment de la notification, on n’a pas les termes. Et donc, en fait, moi, au moment de la pause, je regarde la presse et je lis, en fait, quel va être l’objet de la convocation. Enfin, je veux dire, ce qui est totalement ahurissant. Je veux dire, on ne peut pas concevoir qu’on découvre par le biais de la presse quel est l’objet de la convocation. Et en fait, pour répondre à ta question, il va y avoir ça. Il va y avoir aussi, quelques jours après, les révélations du Canard enchaîné, qui vont montrer qu’il y aurait eu des échanges intervenus, au moment de la garde à vue, entre des journalistes et le porte-parole de la chancellerie. Lui va s’en défendre en indiquant que ses échanges n’auraient porté que sur la question de l’immunité, mais on se retrouve malgré tout, dans tous les cas, à avoir un porte-parole de la chancellerie qui est en train de commenter une affaire en cours au mépris du secret de l’enquête et sur la base de révélations de journalistes qui sont elles-mêmes au mépris du secret de l’enquête.
00:41:52David Dufresne
Tu veux dire que le porte-parole du ministère de la Justice s’est un peu comporté, on va dire, comme le porte parole de l’Intérieur depuis un certain nombre d’années ou pire encore comme un vulgaire syndicat, je dis vulgaire, comme un simple syndicaliste de police sur un plateau télé. En fait, il est en train de commenter en direct là une affaire en cours qui n’est absolument pas normalement le cadre de son travail, on est bien d’accord ?
00:42:18Vincent Brengarth
Ce qui n’est pas le cas de son travail. En plus, il nous dit que ses échanges portent sur l’immunité, mais à ce moment-là, je veux dire, s’il est une autorité indépendante de ce qui se passe et indépendante du judiciaire, pourquoi est-ce qu’il ne dit pas, à ce point-là, au moment du rappel : « Oui, mais il y a une possibilité de contestation. » Je rappelle qu’elle s’est tout le temps présentée aux différentes auditions, que ça s'était toujours bien passé. Il y a aussi une question de choix des propos. Et après, je pense que c’est sa position. Pour moi, ce que va révéler l’enquête, et vraiment, nous, je suis déterminé à ce que les choses puissent aller au bout, c’est le niveau d’information dont le garde des Sceaux bénéficie à ce moment-là.
00:42:58David Dufresne
Alors, on va y venir, Vincent, mais d’abord, je voudrais qu’on reste sur la garde à vue. Par ailleurs, je crois que tu as des réserves, on va dire, sur l’attitude de trois enquêteurs. J’aimerais, c’est ce que Mediapart disait, mais… On ne sait pas exactement quelle attitude et quels sont ces enquêteurs. Qu’est-ce que tu leur reproches et que tu fustiges ? Certaines questions particulièrement intrusives, je te cite, et discriminatoires, posées lors de cette audition. Par exemple : « Que pensez-vous des lois établies en France et des valeurs républicaines ? De quelle confession êtes-vous ? De quel courant vous sentez-vous proche ? » ont notamment demandé les trois enquêteurs. Quand tu parles d’attitude des enquêteurs, tu parles de quoi ?
00:43:42Vincent Brengarth
En fait, il y a eu véritablement un ensemble, c’est que déjà l’attitude des fonctionnaires qui ont auditionné Rima Hassan tempérait totalement avec la manière dont on a été reçus au commissariat du 10ᵉ arrondissement. Ensuite, les choses commencent à se tendre, je le disais tout à l’heure, quand on lui demande d’intégrer une cellule, là où on juge que, nous, ce n'était absolument pas nécessaire. Et honnêtement, en fait, déjà, on voit qu’il y a une volonté d’humiliation, mais en tout cas, c’est comme ça que je le ressens. Il y a eu une volonté de se retrouver avec une députée qui est en geôle, de façon extrêmement humiliante. Ensuite, rapidement, en fait, au moment où on s’y oppose, on fait venir l’un des fonctionnaires qui sera présent dans le bureau et qui indique que c’est la procédure applicable pour les personnes poursuivies en matière de flagrance. Ce fonctionnaire s’en défendra en disant : « Non, je n’ai jamais dit coupable, j’ai dit poursuivi », mais jusqu'à preuve du contraire, je sais encore ce que j’entends. Sauf que là, il s'écoule en plus presque deux heures, et donc on se rend dans le bureau dans lequel va être précédée l’audition. Pour moi, il y a vraiment une problématique, parce qu’il s’est écoulé deux heures et, généralement, lorsque vous êtes placé en garde à vue, l’inventaire des effets personnels de la personne est fait de façon immédiate. À partir du moment où vous êtes placé, vous avez un inventaire, et là, il s'écoule deux heures pendant lesquelles cet inventaire n’a pas eu lieu et pendant lesquelles la valise, où se trouvent les différentes affaires de Rima Hassan, est restée en possession des enquêteurs, derrière, immédiatement derrière leur bureau. Après, j’ai lu que certaines personnes pensaient que le propos était complotiste lorsque l’on disait que la valise était ouverte, mais en fait, moi, je n’en dis rien, pour le coup. C’est-à-dire que je ne fais que constater quelque chose, objectivement, c’est-à-dire que cette valise, en tout cas, il a été attendu deux heures pour procéder à l’inventaire, la valise est déjà ouverte au moment où nous arrivons dans le bureau. Je ne dis pas que ce sont eux qui auraient fait quelque chose ou autre, mais je dis déjà que, d’un point de vue procédural, ça pose très clairement la question, enfin évidemment, de la sincérité de ce qui va se passer en fonction de l’absence d’immédiateté. Donc déjà, ça avait commencé à se tendre par rapport au fait qu’elle n’avait pas gagné sa geôle, et ça va, en fait, définitivement commencer à se tendre quand ils vont commencer à extraire les différentes affaires qui sont contenues dans la valise de Rima Hassan et que, notamment, ils vont voir ces deux contenants, qui sont en plus, en fait, deux contenants transparents avec un couvercle qui se dévisse et qui sont classiques, en fait, de ce que peuvent vendre des boutiques de CBD. Et en fait, quasi immédiatement, au moment de l’inventaire, les fonctionnaires vont faire le choix d’indiquer, alors même que Rima Hassan dit de façon spontanée « c’est du CBD » et qu’ils auraient pu indiquer « susceptible d'être du CBD, mais nous allons procéder à des tests complémentaires », ils vont faire le choix de dire « de la matière pouvant s’apparenter à des stupéfiants ». Et là, en fait, on voit déjà que ça y est. Enfin, je rappelle qu’on a déjà les premières fuites de presse en lien avec le placement en lui-même en garde à vue, et on se retrouve avec des fonctionnaires qui ne veulent pas faire figurer sur l’inventaire le fait qu’il pourrait s’agir de CBD et qui font le choix immédiatement d’indiquer que ça pourrait être des matières stupéfiantes. Et donc là, en fait, il y a un refus de signer le procès-verbal parce qu’on estime que cet inventaire n’est pas conforme à ce qui est indiqué.
00:47:36David Dufresne
Alors Vincent, l’histoire du CBD, je pense qu’elle est assez connue, mais ce que tu as révélé cette semaine, c’est la surveillance dont t’as fait l’objet, Rima Hassan, ta cliente. Et là, certains ont évoqué des pratiques de police politique. On n’est pas loin de ça. D’abord, son téléphone a été géolocalisé. Et le point qui est, je crois, le plus important, c’est qu’avant d'être entendue, il y a une véritable enquête qui est faite sur elle, qui dépasse de très, très loin l’affaire en elle-même au départ. C’est-à-dire que ce sont des méthodes qu’on emploie plutôt pour des cas très graves où il y a des risques particuliers. Je te laisse nous expliquer la géo localisation, les déplacements qui ont été retracés, etc., parce que c'était quand même assez invraisemblable.
00:48:34Vincent Brengarth
La procédure de flagrance permet, et aussi le placement en garde à vue, des mesures d’investigation qui peuvent être assez intrusives. Je disais tout à l’heure, déjà, elle s’est présentée systématiquement, spontanément. Donc ça veut dire, et en plus, elle a un agenda public. C’est autant d'éléments qui permettent largement de gérer déjà sa collaboration et, en plus, de pouvoir la localiser. Ce que je disais tout à l’heure par rapport à la façon dont ça s’est déroulé, c’est qu’en fait, il va y avoir une indication au moment de la garde à vue. Moi, à ce moment-là, je ne suis pas là. C’est au moment de la notification des droits où il y a un commentaire qui va être fait à Rima Hassan sur ses déplacements. Parce qu’elle ne vient pas avec son téléphone, en considérant que, pour le coup, venir avec son téléphone, là, c'était venir avec un objet qui est au cœur de la question de l’inviolabilité, au cœur de la question de l’immunité parlementaire. Et donc les fonctionnaires font une remarque sur le fait de se dire : « votre téléphone n'émet plus à proximité depuis tant de temps ». Et donc déjà, en fait, ça… parce que dire à ce stade, on n’avait aucune, nous, aucune forme d’indication.
00:49:52David Dufresne
Alors, attends Vincent, j’essaie d’expliquer. Si j’ai bien compris, quand Rima Hassan se rend au commissariat, elle a laissé son téléphone à un collaborateur, et les policiers lui disent : « c’est marrant parce que votre téléphone, il ne matche pas… » C’est ça ? C’est ce qu’on lui dit. C'était en direct. C’est-à-dire que les policiers savent en direct ses déplacements. Exactement. Et là, on est dans quelque chose de complètement dingue.
00:50:19Vincent Brengarth
Exactement.
00:50:22David Dufresne
Et si j’ai bien compris, son collaborateur part à Bruxelles, si ça doit être ça, et donc le téléphone borne ailleurs, c’est ça, ou à la gare du Nord. Enfin, ce n’est pas grave. Mais il borne avec lui, et voilà. Et donc eux, pour qu’on soit bien clairs, ils sont dans le commissariat, et ils savent précisément où est le téléphone d’une opposante politique. Parce que c'était quand même de ça dont on parle. Et donc ils connaissent ses faits et gestes, en tout cas ses déplacements. Allô ? Allô Vincent ? Et là, Vincent ne m’entend plus. Que se passe-t-il ?
00:51:02Vincent Brengarth
C’est coupé.
00:51:03David Dufresne
Ça avait coupé. Ah, je pense qu’il y a quelqu’un qui a branché quelque chose, là. Ha ha ha ha ! Merde ! À l’ancienne ! Alors là, c’est à l’ancienne ! — À l’ancienne, c’est ça. — Ha ha !
00:51:13Vincent Brengarth
Non, enfin là… mais en fait, déjà, si tu veux, ça rejoint, parce que simplement, si je dois terminer très rapidement, c’est la question que tu me posais tout à l’heure, les tensions. Parce que je pense que tout est quand même extrêmement important d’un point de vue chronologique. Je ne reviendrai pas sur le détail de la découverte de la substance, etc. Mais je dis simplement, en fait, que nous, à ce moment-là, on fait déjà des réserves sur les indications qui portent sur le procès-verbal en lien avec le fait qu’il s’agirait de stupéfiants. Et ils font le choix de ne pas le faire figurer. Et c’est ça déjà qui augmente les tensions. Et ensuite, sur le point de la géo localisation, enfin je ne vois pas, en fait, quelle est l’utilité, déjà, pour des enquêteurs, d’indiquer que, sur son téléphone, ils ont une interrogation sur l’endroit où il se trouve, si ce n’est, à un moment où l’audition n’a même pas débuté. C’est-à-dire qu’on est vraiment au stade où il y a uniquement l’indication des droits. Si c’est, en fait, la mettre sous pression, la mettre sous pression et l’interpeller. Et honnêtement, en fait, si je vais vous faire une confidence, moi, je me suis dit, quand j’ai reçu cette indication, que je me suis quand même posé la question : n’y a-t-il pas une part de bluff ? Et surtout, je me suis posé la question de quelle surveillance sommes-nous en train de parler ? Parce que moi, j’ai immédiatement pensé à la surveillance administrative. Parce que pourquoi est-ce qu’il y a aujourd’hui une réelle difficulté juridique ? Elle est double. C’est-à-dire que, je le disais tout à l’heure, il y a la possibilité d’avoir, en matière de flagrance, des pouvoirs d’interpellation et des pouvoirs qui sont supplémentaires. Et par exemple, pour pouvoir… enfin, je veux dire, parce que c’est comme ça qu’ils vont se défendre, je pense. Ils vont dire : oui, mais par exemple, si on veut interpeller, on doit être en capacité d’avoir les informations pour… et autrement dit, éventuellement des indications en lien avec l’endroit où peut se trouver la personne. Sauf que déjà, on a, en fait, dans les éléments, une première exploitation du trafic détaillé qui intervient entre début janvier et le 28 mars.
00:53:15David Dufresne
Alors là, point très important, Vincent, on est bien d’accord, puisque le tchat me rattrape et il a raison : ça, ce dont tu vas parler, c’est avant le tweet.
00:53:26Vincent Brengarth
Alors, en fait, il y a vraiment toute l’enquête de flagrance qui débute et donc, en fait, eux, ce qu’ils demandent, ils demandent auprès des opérateurs le trafic géolocalisé détaillé pour une période comprise entre janvier et mars. Donc, ce qui veut dire que c’est là où, déjà, en fait, on est dans la disproportion, parce qu’il n’y a rien, juridiquement ni judiciairement, qui justifie le fait de remonter sur une période aussi longue que janvier, alors même que la publication date de fin mars. Et en plus, on a des indications par jour, début janvier, en fait, qui retracent extrêmement précisément ses déplacements, les endroits et les endroits où elle se rend. Et en plus, on sait aujourd’hui que ce procès-verbal, qui contient les indications en lien avec les localisations, n’est qu’un procès-verbal d’exploitation. Donc ça veut dire qu’eux ont une donnée brute qui est beaucoup plus considérable et qui peut être encore plus détaillée que les informations qu’on a.
00:54:35David Dufresne
Alors, si j’ai bien suivi, les enquêteurs ont effectué des recherches en sources ouvertes pour établir son emploi du temps. Bon, ça, c’est assez facile, c’est une personnalité politique. Mais ils ont aussi sollicité Air France pour savoir quand et où elle avait prévu de voyager dans les jours à venir. Ils ont effectué des recherches auprès de l’Agence nationale des données de voyage pour savoir où elle avait circulé depuis janvier. Ils ont réquisitionné les sociétés ferroviaires SNCF et Thalys pour obtenir l’intégralité de ses voyages effectués entre le 1er janvier et le 28 mars. Ils ont consulté un certain nombre de fichiers. Est-ce que tout cela est légal et courant ?
00:55:21Vincent Brengarth
Pour une publication, c’est-à-dire que courant, on va dire que, si on se place dans le cadre d’une enquête de flagrance et pour des faits d’apologie du terrorisme, si, en fait, il peut y avoir des doutes d’un point de vue de la sécurité, s’il peut y avoir des doutes du point de vue de l’identité, de l’endroit où se trouve la personne, on peut penser que c'était possible. Mais là, on parle, en fait, d’une eurodéputée dont l’emploi du temps est public, qui s’est déjà présentée aux différentes auditions libres. Donc, en pratique, il n’y a rien qui justifie le fait de vouloir investiguer sur ses déplacements depuis le mois de janvier. Surtout qu’en plus, non seulement elle s'était présentée aux auditions libres, mais en plus, elle a répondu systématiquement aux questions qui étaient posées, et le matin même, encore une fois, elle se présente. Donc il y a déjà, en fait, cette problématique de cette exploitation de son trafic de janvier à mars 2026. Et en plus, il y a un autre élément, c’est qu’en plus de cette exploitation détaillée, je trouve que, pour moi, l’un des points juridiques qui sont peut-être les plus cruciaux, c’est la géo localisation en temps réel. Parce que moi, aujourd’hui, je ne m’explique pas les raisons pour lesquelles, en fait, ils ont besoin de faire une réquisition auprès des opérateurs pour obtenir les données de janvier à mars et que, le jour de la garde à vue, on se retrouve avec une géo localisation en temps réel qui ne fait pas figurer la question d’une demande et une réquisition qui aurait été faite directement auprès de l’opérateur. Et là, je pense que vraiment ça suggère, en fait, une collaboration entre services administratifs et judiciaires. Et moi, en tout cas, c’est vraiment le sens des démarches que je vais accomplir dans les prochains mois.
00:57:11David Dufresne
Alors précisément, Vincent, il nous reste, on va dire, trois minutes. Je suis désolé, mais on a un autre invité qui arrive, enfin ça se bouscule. On en est où exactement ? Vous en êtes où exactement sur cette histoire de garde à vue, sur cette plainte ? Est-ce que l’enquête est en cours ou est-ce qu’elle est classée ? Qu’en est-il également des fuites ? Est-ce que vous avez réussi à en savoir un petit peu plus ? Je crois que les affaires internes, les enquêtes internes au ministère de la Justice ont été classées. Quelles sont les suites, globalement, que vous allez donner à cette affaire ? Et après, une question d’ordre plus philosophique, mais d’abord, factuellement, on en est où ?
00:57:52Vincent Brengarth
Alors, les suites, sur la question de la violation du secret de l’enquête, il y a une enquête qui était ouverte par le ministère de la Justice. Nous, on a également déposé plainte et nous souhaitons qu’une information judiciaire soit ouverte. Nous le demandons parce que j’estime, moi, qu’on ne peut pas confier cette enquête au parquet compte tenu de ce qui s’est passé. Ensuite, il y a une partie de la procédure qui a été classée sans suite, c’est la procédure en lien avec les stupéfiants, mais pour l’autre, il y aura une audience en juillet concernant l’apologie du terrorisme. Évidemment que j’entends, à cette occasion, soutenir l’illégalité de la flagrance et l’illégalité des mesures de localisation qui ont été prises à l’encontre de Rima Hassan. Et enfin, troisième temps, j’ai en cours d'étude, pour ce qui concerne le dernier temps de la localisation en temps réel, de savoir, en fait, quelles initiatives on pourrait prendre. Il y a des vérifications qui sont en cours d'être faites par moi-même et par mon cabinet pour voir si, étant donné qu’il y ait eu des évolutions évidemment extrêmement récentes, notamment en matière de lutte contre le terrorisme, si on peut être catégorique sur le fait qu’en réalité on n’est pas du tout dans le judiciaire mais on est dans l’administratif, et en fonction de la réponse que ça permettra, nous nous ménageons la possibilité de pouvoir déposer plainte, pourquoi pas pour des faits de violation de la vie privée de Rima Hassan, compte tenu du caractère parfaitement arbitraire et illégal de cette deuxième partie d'écoute, qui est aujourd’hui la partie d'écoute pour laquelle on a le plus, encore une fois, d’interrogations, parce que la première, on est dans la gestion, on est dans la surveillance. Mais malheureusement, la seule voie qui, en temps réel, s’offre à nous, c’est la contestation de la légalité devant le tribunal correctionnel. Donc c’est un peu l'état… et puis on attend aussi de la part du Parlement européen qu’il réagisse, parce que la présidence du Parlement européen a la possibilité aussi d’interpeller les autorités françaises sur ce qui est, en fait, un contournement de l’inviolabilité et un contournement de l’immunité. Parce qu’il y a juste un point, et pardon, je sais que ça se bouscule, mais que je veux vraiment mentionner, parce que c’est là où on voit que toutes les choses, quand même, répondent à un séquençage. C’est que, dès le début, en fait, encore une fois, il y a les auditions libres. Dès le début, les enquêteurs ont indiqué que ce sont des auditions libres parce que inviolabilité, parce qu’immunité, par conséquent, nous ne pouvons pas placer en garde à vue. Subitement, alors même que ce soient des mêmes publications, on se retrouve avec une procédure de flagrance qui n’avait jamais été appliquée par le passé, et alors même que, par le passé, les signalements étaient tout aussi proches de la publication elle-même que dans ce dossier. Et ce qui interpelle aussi, c’est qu’on n’a jamais eu la moindre indication sur les décisions prises par le parquet sur la dizaine de procédures qui étaient existantes, et notamment sur les procédures pour lesquelles il y a eu des auditions libres depuis 2024 et pendant lesquelles Rima Hassan s'était présentée. Et curieusement, le soir même de l’annonce du renvoi devant le tribunal de Rima Hassan, le parquet va aussi faire le choix de communiquer directement, sans même nous en aviser au préalable, du fait que 13 procédures ont été classées sans suite. Moi, je pense qu’en fait, ils ont voulu solder le contentieux Rima Hassan. Ça fait aujourd’hui que, en fait, tout le monde parle… enfin, personne, ou presque, ne parle de ces 13 décisions de classement sans suite intervenues pour des propos comparables, qui ont totalement été effacés par cette annonce du renvoi devant le tribunal.Quand on voit les fuites qui sont survenues pendant la garde à vue, quand on voit l’annonce des 13 classements sans suite le soir même, quand on voit le recours volontaire à une mesure de flagrance pour des propos pour lesquels c'était systématiquement des enquêtes préliminaires, moi, je pense qu’en fait tout était tendu, depuis le départ, vers l’objectif qu’un procès puisse avoir lieu contre Rima Hassan. Et honnêtement, moi, je trouve que c’est scandaleux et que cette seule chronologie, en fait, permet de voir ce que révèle cette procédure et permet de voir l’intention qu’il y a derrière à l’encontre de Rima Hassan.
01:02:15David Dufresne
Merci beaucoup, Vincent Brengarth, le tchat te dit : « Oh, il a l’air sympa et pro, son avocat ». Voilà, je te le dis. Bonne journée à toi, bonne semaine à toi, et puis surtout, on se tient au courant de la suite, voilà.
01:02:32Vincent Brengarth
Évidemment, et puis moi, je serai ravi, en tout cas, de revenir, notamment lorsqu’ils auront identifié les auteurs des fuites et lorsqu’il aura été fait toute la lumière, notamment sur cette deuxième mesure de surveillance en temps réel, parce que je trouve que là, on est vraiment au cœur de ce qu’il y a de plus liberticide et on est au cœur, en fait, de ce qui est le plus antidémocratique.
01:02:52David Dufresne
Merci beaucoup, Vincent, d'être venu ce matin au poste, d'être notre premier invité de la matinale. Deux autres arrivent, merci beaucoup, bonne journée et à très vite. Voilà, notre deuxième invité, Thierry Discepolo, est en régie. Et je crois qu’il n’a pas tout à fait l’habitude de faire ce genre d’exercice, m’a-t-il dit hier. C’est pour moi la première fois que je vais lui parler. Dieu sait pourtant que ça fait longtemps que je lis les ouvrages qu’il publie aux éditions Agone. Nous allons, à partir de maintenant, parler pendant un petit peu, 30 minutes à peu près. Nous allons parler de l’affaire Bolloré, de l’affaire Grasset. Alors, je me dois évidemment de dire que je suis, d’une certaine manière, juge et partie. Je vais vous mettre un petit extrait d’une émission à laquelle j’ai participé la semaine dernière. Pas du tout pour revenir sur cet extrait, mais simplement pour dire d’où je parle, puisque, il y a encore quelques jours, je travaillais avec la maison Grasset. Si vous voulez, on pourra un petit peu détailler ça. Je vous montre juste un petit extrait, et ensuite nous serons avec Thierry, qui est probablement l’un des plus radicaux de la presse indépendante. Je ne le vois pas sourire, je ne sais pas si ça lui plaît d’entendre ça. Si, si, si. Il sourit, il sourit en régie. Ouf, purée, parce qu’après, ça démarre mal. Bon alors, 3, 4, je vous envoie le petit extrait, un peu plus long que celui qui a beaucoup tourné sur les réseaux, et ensuite on parle donc de Bolloré, de Grasset, du monde de l'édition, des grandes majors, des indépendants, et de comment on peut faire en sorte de sortir de ce merdier. Attention, 3, 4, c’est parti. Ah, c’est parti, c’est parti. (diffusion extrait C’est à vous) Bonjour Thierry, est-ce que tu m’entends ? Est-ce qu’on t’entend ?
01:04:57Thierry Discepolo
J’espère, et toi ?
01:04:58David Dufresne
On t’entend, c’est merveilleux. Thierry, es-tu matinal ou pas ?
01:05:04Thierry Discepolo
Pour le premier lundi des vacances, oui, on va dire que je le suis, puisque je suis là.
01:05:07David Dufresne
Je suis désolé, merci beaucoup, ça me fait très plaisir de converser avec toi ce matin. Je le disais, tu es le fondateur des éditions Agone, dont nous recevons de temps en temps certains auteurs, certaines autrices, maison créée en 1990, si je ne m’abuse. Tu es aussi l’auteur de La Trahison des éditeurs, ouvrage que tu réactualises maintenant, même sous forme de billets de blog sur le site des éditions Agone. Tu parles de tragicomédie éditoriale dans ton dernier billet, j’aimerais connaître le fond de ta pensée. Et voilà, on a une vingtaine de minutes, vingt-cinq minutes ensemble pour parler du monde de l'édition que tu connais sur le bout des ongles et du chandail que tu as sur les épaules.
01:06:04Thierry Discepolo
Alors, déjà, tu m’as présenté tout à l’heure comme le plus radical de la presse, et je suis obligé de préciser que ce n’est pas exactement la presse puisque c’est l'édition. — Oh pardon, excuse-moi, édition, je voulais dire. — Non, non, bien sûr, mais ce petit défaut est particulièrement bienvenu puisque l’une des choses que j’essaie de défendre, qui me semble importante, c’est qu’il est temps d’arrêter de couper comme on le fait systématiquement les médias de l'édition, comme si les médias ne participaient pas de manière active à fournir les éléments des débats publics, à fournir une information fondamentale pour les débats publics au titre de médias, comme le font les autres médias. Et ça nous permettrait aussi, et ça, c’est un point qui est également fondamental pour moi, ça nous permettrait aussi d’installer dans l'édition un certain nombre de différenciations, de ruptures entre ceux qui vendent que du divertissement et ceux qui vendent de l’information. Pour revenir à ta question, oui, effectivement, on s’est retrouvés pendant quelques jours littéralement noyés par un flux d’informations sur le départ d’abord d’Olivier Nora et ensuite de 115, 130 et maintenant paraît-il bientôt 200 auteurs de Grasset, ce qui est à la fois un événement majeur pour le monde éditorial, mais, du point de vue d’un éditeur indépendant, c’est presque un non-événement. Au sens où ça ne changera pas grand-chose pour nous. Les auteurs qui sont partis vont très certainement, c’est comme ça que ça se passe, se retrouver dans d’autres groupes, donc ça va être un changement de présence d’un groupe d’auteurs aussi important soit-il, passage d’un groupe à un autre groupe. Or, pour des observateurs comme moi, la question de l'édition, c’est essentiellement la question de la concentration éditoriale. Je crois qu’on n’aura pas le temps de rentrer dans les détails, mais quand on observe l’ensemble des fonds des grands groupes qui, rappelons-le, produisent 90 % du chiffre d’affaires de l'édition française, c’est-à-dire dix groupes, 90 %, c’est colossal. Donc c’est ce que montre la carte qui s’affiche à l'écran.
01:08:35David Dufresne
Édition qui possède quoi… Voilà, le lien va être donné sur notre site. C’est une carte que vous mettez à jour, les éditions Agone, avec Les Liens qui libèrent, je crois, et Le Monde diplomatique. Il y a la carte des médias qui est fort connue, mais vous, vous avez cette carte de l'édition. Je vais zoomer dedans, mais je trouve qu’elle a presque plus d’effet sans zoom, c’est-à-dire que là, on voit très, très bien le champ de bataille, on peut le dire comme ça ?
01:09:04Thierry Discepolo
Oui, absolument. L’intention de cette carte, c’est, au premier coup d'œil, de montrer l’ampleur, on va dire, du rapport de force. Avec une donnée qui est un peu particulière, c’est que ce qu’on voit là, ça ne concerne, du moins pour l'édition indépendante, que la littérature générale. C’est-à-dire producteurs d’essais, producteurs de littérature, bien sûr, histoire, sciences sociales, philo. Donc, si on devait faire une carte complète, elle devrait faire trois fois cette taille, c’est-à-dire avec trois fois plus d’indépendants, mais les mêmes grands groupes. Il ne manquerait que deux groupes sur cette carte, qui sont des groupes plus spécifiquement BD et presse, qui sont Média-Participations et Delcourt. Voilà, donc ça, c’est une image, une image aussi précise que possible de la situation. Moins de dix groupes, 90 % du chiffre d’affaires, et tous les autres se contentent des 10 % qui restent, dans un jeu de rapport de force qui est évidemment dépendant, principalement, du fait que les quatre principaux grands groupes possèdent les plus grosses diffusions et distributions, et donc tiennent toute la part commerciale du champ éditorial.
01:10:16David Dufresne
Oui, alors parce que ça, c’est un point important. Il y a d’un côté les éditeurs, et puis il y a les groupes qui possèdent les maisons d'édition, mais également la distribution, c’est-à-dire l’acheminement des livres. Et là aussi, il y a une situation d’oligopole, avec le plus gros, c’est Editis, donc Bolloré, Hachette, excuse-moi. Donc ça, c’est un point important. Mais alors, tu regardes ces choses-là depuis des années, et tu ne trouves pas qu’il y a un moment incroyable qui est en train de se passer et qui pourrait justement permettre aux éditeurs indépendants de tirer leur épingle du jeu, par exemple ?
01:11:17Thierry Discepolo
Alors, je crois que c’est un rêve, ça. Vraiment, dans l'état actuel du rapport de force, c’est un rêve. D’abord parce que, même si, effectivement, 200 auteurs, et 200 auteurs de ce calibre, de cette notoriété, c’est important, comment vont-ils se répartir ? On pourrait presque commencer à demander à l’un d’eux : où est-ce que David Dufresne va faire paraître ses prochains livres ? Va-t-il faire paraître ses prochains livres dans un autre grand groupe ? Dans ces cas-là, rien n’a changé du point de vue de l'édition indépendante. Si, en revanche, les 200 auteurs se répartissent du jour au lendemain chez l’ensemble des éditeurs indépendants, oui, ça, ça va changer les choses, ça va même changer les choses pour au moins les éditeurs indépendants de manière massive. En revanche, ça ne changera pas l’essentiel, c’est-à-dire l'état objectif du rapport de force entre les grands groupes et l'édition indépendante, qui demande, à mon sens, autre chose que des petites actions individuelles. Ça demande l'émergence, déjà, c’est ce qu’on commence à demander, d’un statut d'éditeur indépendant qui permet de montrer, de clarifier cette chose qui est fondamentale : il y a deux niveaux de production. Il y en a un de production industrielle, les quelques grands groupes, et il y a une production artisanale, appelons-la comme on veut, mais tout simplement, il y en a qui continuent à faire ce métier d'éditeur, et il y en a qui ne le font plus. Dans la description qui a été faite du rôle important qu’avait Olivier Nora comme éditeur de l’ensemble des auteurs qui sont partis, on avait vraiment l’impression que cet éditeur était un artisan. D’ailleurs, un des auteurs l’a comparé à un chaudronnier qui était licencié, qui était viré par un maître de forges. Je ne crois pas qu’on puisse comparer Olivier Nora à un chaudronnier, ne serait-ce que sur un point : Grasset, c’est 150 ouvrages par an. Imaginez-vous ce que ça signifie, 150 ouvrages par an pour un éditeur. Imaginons Olivier Nora suivre réellement, comme on doit suivre un livre, 150 ouvrages par an : non. Nora, c’est un PDG, et c'était un PDG qui a, en l’occurrence, je crois, presque 40 employés qui travaillent pour lui.
01:13:39David Dufresne
Alors, l’auteur en question, c’est Sorj Chalandon, dans un billet Facebook. J’ai mis à l'écran ta demande, ton souhait d’un statut d'éditeur indépendant, publié dans le livre « Déborder Bolloré », sorti l’année dernière avec une farandole, le best-of, on pourrait dire, des éditeurs indépendants. Et donc, tu plaides pour un statut d'éditeur indépendant. Puisque tu m’as posé la question, eh bien, je vais faire comme d’habitude. Je ne vais pas, en tout cas j’espère, c’est-à-dire j’irai voir des éditeurs indépendants et d’autres moins indépendants. On va peut-être, tout à l’heure, expliquer pourquoi. Mais ce que le tchat nous dit, c’est qu’il y a une prise de conscience, d’après ce que je comprends. Voilà, à la fois une prise de conscience chez les lecteurs, chez les libraires, dans le monde médiatique. Parce que tu parles des 200 auteurs de chez Grasset qui ont signé la lettre à titre personnel. Je ne l’ai pas signée d’emblée parce que j’ai trouvé qu’il y avait un côté entre-soi qui était assez désagréable, et moi, je ne voulais pas faire partie de ce truc-là. Mais néanmoins, je salue le geste. Il y a aussi une fronde chez les auteurs de Stock. Il y a aussi une tribune d'éditeurs qui a été publiée. Il y a aujourd’hui une tribune d’auteurs qui évoque la clause de conscience. C’est-à-dire qu’il y a quand même, alors peut-être considères-tu que c’est trop tard, mais il y a quand même, semble-t-il, une fronde qui va tout à fait… enfin, qui va en partie dans le sens des indépendants, me semble-t-il. Où là, il y a la découverte de la brutalité du monde des affaires, non ?
01:15:22Thierry Discepolo
Oui, tout à fait. Non, il n’est pas trop tard, il n’est jamais trop tard. C’est un point qui est un point fondamental. Je crois que les leçons que donne l’histoire, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour un changement radical.
01:15:35David Dufresne
Voilà !
01:15:35Thierry Discepolo
C’est un premier point. J’ai remarqué effectivement que ton nom était absent de cet appel. Ce que je me suis dit aussi, peut-être une des raisons pour lesquelles il était absent, en dehors de celle que tu donnes, qui est tout à fait juste, c’est peut-être que l’environnement n’est pas tout à fait, on va dire, convenable pour toi. Ce que je me suis imaginé, c'était qu’un certain blogueur ne voulait pas se retrouver coincé entre Beigbeder, BHL, Bruckner, Alain Minc. Ben oui. Une des choses qui est assez étonnante, d’ailleurs, dans cette liste qui s’affiche et qui a été qualifiée, évidemment, de germanopratine, comme une suédoise, ce qu’on voit, c’est des mélanges qui n’ont pas à avoir lieu. Donc, ce qu’on voit, ce qui semble être une vertu pour les grands groupes littéraires, une sorte de souplesse de ligne éditoriale où l’on va de l’extrême gauche à l’extrême droite très tranquillement, comme s’il était normal que tout ça se mélange dans un chiffre d’affaires et dans une image publique. Non, peut-être qu'à ce moment-là, pour un lecteur un petit peu politisé, on doit se dire : mais est-ce que ça marche comme ça, vraiment ? La grande édition fonctionne comme ça ? Tous ces auteurs-là sont mélangés, tous ces auteurs qui sont, pour moi, certains des adversaires politiques, des alliés politiques. Est-ce que tous sont dans le même bateau ?
01:16:54David Dufresne
Mais sur la prise de conscience, sur le fait que ça peut être un moment déterminant. En tout cas, de mon point de vue, c’est un grand moment de clarification.
01:17:06Thierry Discepolo
Tout à fait. Alors, évidemment, pour un éditeur qui, depuis 2011, présente le même modèle, qui aujourd’hui semble être évident, ou du moins un modèle sur lequel une prise de conscience émerge, oui, oui, c’est très bien. Mais si cette prise de conscience ne débouche pas sur ce qui est fondamental, en tout cas, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas seulement des outrances politiques, des comportements patronaux brutaux de Bolloré, mais d’une structure, c’est-à-dire la concentration éditoriale, un dysfonctionnement, la concentration éditoriale, encore, qui a permis que ce groupe émerge, à la tête duquel il est venu, eh bien ça ne changera rien. Évidemment, tu as cité toutes les tribunes et textes et prises de position tout à fait salutaires, qu’il s’agisse des universitaires et historiens qui en appellent à une clause de conscience comme il en existe dans les médias. Et je trouve ça, encore une fois, fondamental, parce que ça permet de rapprocher l'édition des médias et montrer à quel point l'édition aussi participe à cette chose si précieuse qui est de fournir de l’information dans le débat public. Mais si ça ne débouche pas, en même temps, sur la prise de conscience que le problème, c’est la concentration et que le problème, ce serait de réduire la taille de ces groupes, alors de quelle manière ? C’est un certain nombre de propositions que je fais dans le texte sur le statut des indépendants, bien sûr, mais cette prise de conscience doit être réelle, avec une suite de décisions, elle ne doit pas être dans l’air.
01:18:38David Dufresne
Alors, pour terminer sur les tribunes, il y en a une qui a été publiée hier et je crois que c’est une première. C’est une tribune anonyme. Donc la première, c'était le fait que Le Monde publie une tribune anonyme tout en disant que Le Monde a veillé à l’identité des signataires. Salariés du groupe Hachette, nous constatons que la liberté de nos éditeurs est gravement mise en cause. C'était plus de 100 salariés de différentes maisons d'édition du groupe, détenteurs de la maison d'édition Grasset, qui expriment dans une tribune leur souhait d'être au service des auteurs et des lecteurs. Pourquoi je dis ça ? Parce que là, tout d’un coup, ce ne sont pas forcément la classe ouvrière, mais en tout cas, ce sont les invisibles de cette industrie qui sortent du bois, alors que pour eux, la liberté est plus difficile à acquérir. Ils sont salariés, il n’est pas sûr qu’ils soient courtisés, etc. Là aussi, je trouve que c’est quand même une forme de moment assez intéressant. Mais toi, tu voudrais quoi exactement ? Qu’est-ce qui ferait, d’après toi, qu’il y aurait des effets dont tu parlais à l’instant ? Qu’est-ce qu’il faudrait ? Péter la concentration ?
01:19:49Thierry Discepolo
Absolument, ça, c’est ça, voilà, évidemment. C’est préalable. Je me repose les mêmes questions, je vais donner les mêmes réponses comme un perroquet, donc on va essayer de faire un petit pas en avant. Mais d’abord, revenir sur cette tribune que je n’ai pas encore lue, que je n’ai pas encore découverte. Oui, effectivement… Voilà, enfin tu l’affiches là, donc je ne vais pas la lire là.
01:20:14David Dufresne
Non, non, tu la liras tranquillement, et il se trouve d’ailleurs que, et là je remercie Le Monde, elle est… parce que maintenant les journaux ont une fâcheuse tendance à mettre le paywall sur les tribunes. Alors qu’ils ne paient pas les gens quand même, je veux dire, c’est gratuit, et il faut être abonné pour lire les tribunes. Eh bien celle-ci est en accès libre. Voilà, à mon avis c'était une demande des signataires. Bref, donc tu pourras la lire tranquillement tout à l’heure, mais je trouve que, si tu veux, là, on sort du schéma classique pétitionnaire. Voilà, c’est ça que je voulais dire, et je trouve ça intéressant.
01:20:56Thierry Discepolo
La seule chose qui est un petit peu étonnante dans toute cette affaire, c’est que c’est un PDG qui est licencié et qu’on trouve tout un tas de mobilisations derrière un PDG. Tu évoquais la classe ouvrière. Je ne suis pas complètement sûr que, dans la tradition de la classe ouvrière, la mobilisation suive le limogeage d’un PDG. On a appris récemment le salaire…
01:21:20David Dufresne
Oui, le salaire…
01:21:24Thierry Discepolo
C’est un peu embarrassant.
01:21:28David Dufresne
Alors, l’honnêteté commande de dire que moi, j’ai découvert le truc et que je suis sur le cul. Mais en lisant Libération de ce matin, en fait, je crois que dans les revenus, parce que c’est Bolloré qui a balancé dans son propre journal le salaire d’Olivier Nora. Alors évidemment, il y a un million de revenus. Mais justement, d’après Libération, ce n’est pas… Mais ça nous fait une belle jambe. Ce n’est pas que le salaire, c’est aussi les dividendes et compagnie. C’est aussi ça, visiblement, il y a du pognon.
01:22:01Thierry Discepolo
C’est aussi un peu de pudeur, David.
01:22:03David Dufresne
Ah non, mais c’est horrible !
01:22:05Thierry Discepolo
On va arrêter de pinailler sur ce point-là, d’autant que ce qui est intéressant dans les données, ce n’est pas seulement ce salaire.
01:22:14David Dufresne
Un million d’euros l’année dernière.
01:22:19Thierry Discepolo
C’est le montant qui se répartit entre salaire et dividendes, un peu de pudeur. Ce qui est intéressant, surtout, c’est quand on compare les résultats de Grasset. Grasset a divisé par deux son résultat dans la même période où les émoluments…
01:22:43David Dufresne
Fais gaffe, tu parles comme Bolloré, parce que c’est l’argument de Bolloré. Non, moi, ce que je trouve dingue, c'était un million.
01:22:51Thierry Discepolo
Ça s’appelle des faits. Ou alors ces faits sont faux. D’ailleurs, tu viens de dire que, sur Libération, ils ne sont pas faux, ils sont juste imprécis. Mais on va dire que, dans l’escarcelle d’Olivier Nora, rentre ce montant. Mais on s’en fiche de ça. C’est encore que le montant… — Ouais ! On pourrait partager, ce serait pas mal. — Mais surtout, si c'était réparti entre les gens qui ont signé la tribune en défendant Olivier Nora, après, ça serait un peu plus intéressant. Mais c’est surtout le différentiel. Derrière la bataille culturelle que mène Bolloré, on voit qu’il y a aussi, lui et ses employés, on va dire un souci économique. Donc un résultat de Grasset divisé par deux et un passage des émoluments du PDG de 800 000 à 1 million, c’est un dysfonctionnement qui peut justifier un licenciement. Tout ça pour dire que, quand on ramène à la réalité économique un débat qui a fait beaucoup de bruit sur les questions de liberté d’expression, moi, ça me pose problème.
01:23:52David Dufresne
Bien sûr !
01:23:52Thierry Discepolo
Ce qu’il faut ramener, c’est à la réalité. C’est un gestionnaire. C’est-à-dire, surtout ne pas défendre l’idéologie de ce grand patron, mais surtout noter qu’il se comporte comme un patron. C’est-à-dire comme les autres patrons des grands groupes, avec une autre tribune que tu n’as pas citée, qui est la tribune, évidemment, d’Antoine Gallimard, qui, elle, est particulièrement édifiante sur un point. Quand il annonce en titre, on va dire que « notre solidarité avec Olivier Nora et ses auteurs doit être totale ». Une offre d’emploi sous le signe de la solidarité, c’est pour le moins curieux. Ça ressemble vraiment à un slogan orwellien : la solidarité, c’est la rapine. Et surtout, quand on lit le texte dans le détail, ce qu’on découvre, c’est qu’Antoine Gallimard pratique une sorte de, on va dire, d’érection comme vertu absolue : la souplesse politique, au nom de la neutralité, au nom d’une diversité. Au nom de la neutralité et de la diversité, eh bien on prend tout le monde, on prend de la gauche à la droite, de l’extrême gauche à l’extrême droite, du moment que ça rapporte. Mais pas seulement : du moment où ça permet de construire une forme d’hégémonie, qui est celle aujourd’hui de Gallimard, et pas du tout ni d’ Editis ni de Hachette, une hégémonie indépendante des positions politiques. Il n’y a pas de couleur dans la religion du profit. Est-ce que c’est clair ?
01:25:20David Dufresne
Ah mais parfaitement, parfaitement, et c’est la raison pour laquelle je suis très heureux de t’entendre et de t’inviter ici, Thierry. Maintenant, tu as dit au tout début, voilà, ce qu’il faudrait, c'était des faits. Et parmi les faits que tu citais, tu parlais, d’une certaine manière, de transfert d’auteurs Hachette, enfin qui sont sous contrat Hachette, vers les indépendants. Est-ce qu’on peut dire comment un éditeur indépendant travaille avec les auteurs ? Est-ce qu’on peut parler des pourcentages, des à-valoir ? Est-ce que c’est une question qui te semble secondaire, comme certains éditeurs indépendants qui considèrent qu’on peut payer les auteurs à la vente en caisse de livres, ou avec des pourcentages absolument dérisoires, qui sont les plus petits de toute la chaîne de la vente du livre ? Comment on fait pour attirer à soi des auteurs dont, parfois, il leur faut quelques années d’enquête quand il s’agit d’essais ? Et c’est une véritable question : comment peuvent faire les indépendants par rapport à ça ?
01:26:35Thierry Discepolo
Vraiment, c’est une question importante, qui est fondamentale. Mais ce sont les vieilles façons de présenter ces problèmes. Qu’est-ce qui avance ? C’est l'œuf ou la poule ? Qu’est-ce qui avance ? Est-ce que ce qui avance, c’est la possibilité pour d’autres éditeurs que les quatre grands groupes qui dominent le marché de pouvoir, effectivement, salarier correctement leurs auteurs ? Ou est-ce qu’il faut commencer à imaginer un système dans lequel, sans avoir aucun moyen, dans une machine où l’ensemble des gains sont captés par dix auteurs… Les deux choses vont en même temps. Il faut d’abord commencer à lutter contre la concentration pour que, en même temps, d’autres éditeurs qu’une poignée de grands groupes puissent avoir les moyens de payer des auteurs. Ça, c’est le premier point. Le deuxième, qui est évidemment important à rappeler, c’est que le monde de l'édition indépendante, ça fait beaucoup de monde. Ça fait des éditeurs. Nous ne payons pas nos auteurs avec des caisses de livres. Nous payons nos auteurs avec des pourcentages qui sont effectivement dépendants de la réalité des ventes, parfois qui sont modestes, mais pas tout le temps. Le best-seller des éditions Agone, c’est un ouvrage qui s’appelle Une histoire populaire des États-Unis d’Amérique. C'était 90 000 exemplaires vendus. Je crois que l’auteur s’en est plutôt bien sorti en matière de rémunération. Le contrat finissait à 12 %. Pour parler du chiffre que tu connais, et à 12 % de 28 euros, vendus à 90 000 exemplaires, tu m’accordes que ça devrait suffire.
01:28:19David Dufresne
Alors Thierry, 12 %, c’est plus que convenable et bravo. Mais tu sais très bien que ce n’est pas le cas de tous les éditeurs indépendants. Certains, qui sont très en vue, sont autour de 5 %, et donc l'œuf est…
01:28:35Thierry Discepolo
On n’a pas eu de contrats à 5 %. Les plus bas, c’est 6 % pour les poches, mais c'était plutôt la question de l'évolution. Howard Zinn lui-même, ou d’autres auteurs de cette ampleur on a aussi publié, il ne faut pas faire la liste, ça va ressembler à de l’autopromotion mais on commence à 6, 8, voilà, mais quand on dépasse 5 000 ventes, ça passe à 8, quand on dépasse 10 000 ventes, ça passe à 10, et quand on est passé 50 000 ventes, ça passe à 12.
01:29:06David Dufresne
Alors, pour informer ceux qui nous écoutent, on est en dessous, mais pas si loin, des chiffres de Grasset ou La Découverte ou autres, qui sont de l’ordre de 8, 10, 12 ou 10, 12, 14 %. On a l’impression que c’est des comptes d’apothicaires, mais quand on vit de sa plume, ça compte. Donc là, ce que Thierry nous dit, tu n’es pas très loin. Ce n’est pas le cas de toute l'édition indépendante, et d’ailleurs, oui, voilà. Ce n’est pas le cas de toute l'édition indépendante, et je le dis parce que c’est quand même un point qui est important. Personne n’est là pour devenir millionnaire avec des bouquins, sinon on ferait autre chose, ou alors c’est accidentel. Mais disons qu’il y a… Voilà, c’est quand même quelque chose qui est important et je suis heureux qu’on l’aborde.
01:29:54Thierry Discepolo
Évidemment, c’est un point important, mais si je sais, c’est quand même le niveau boutiquier de ces métiers, mais c'était important. Un autre point qui est important, surtout pour moi, c’est de rappeler une chose : c’est que le métier d'éditeur n’a pas besoin, pour faire de bons livres, de ces énormes machines, on va dire, avec des dizaines d’employés, des dizaines de représentants, des dizaines de commerciaux, des dizaines de spécialistes marketing. Surtout d’ailleurs, c’est-à-dire qu’avec un différentiel, plus le groupe est grand entre le travail éditorial et le travail de marketing. La principale différence entre l'édition indépendante et l'édition de groupe, c’est le nombre de personnes qui sont en charge d’autres choses que l'édition. Pour faire un livre, il y a besoin d’une poignée de personnes. Une demi-douzaine de personnes suffisent : un éditeur, un correcteur, un maquettiste, les relecteurs, ça suffit largement. Il n’y a pas besoin. Et pas seulement pour faire des petits livres. Les éditions Agone font des livres qui aujourd’hui, assez régulièrement, encore maintenant, alors que c’est de moins en moins possible, dépassent les 600, 700 ou 800 pages. Le dernier, qui s’appelle « Prendre la parole » d’Alessandro Portelli, traduit de l’italien, fait 700 et quelques pages. Et on n’a besoin de rien d’autre qu’une demi-douzaine de personnes pour le faire, et pour faire un travail sérieux. Je dirais même que, dans ces grands groupes qui sont de plus en plus soumis à leurs contrôleurs de gestion, il y a une édition indépendante dans laquelle l'équipe, du dernier arrivant au fondateur, et l’ensemble de ceux qui travaillent, connaissent exactement les conditions économiques de chaque production. Avec des points qui sont importants, on va revenir au point de la rémunération : les traducteurs sont payés au même taux et même, parfois, je l’ai compris, mieux que dans certaines maisons. La rémunération des traducteurs chez Gallimard est notoirement, disons, un petit peu sans générosité. C’est assez connu pour parler boutique. Les traducteurs pourront dire que, quand ils travaillent pour les maisons d'édition indépendantes, en fait, ils s’en sortent plutôt mieux, notamment grâce aux règles du CNL qui imposent, pour les ouvrages aidés, un minimum de montant par feuille qui soit payé. Tout ça pour dire que nous n’avons pas besoin de ces monstres pour vraiment faire de l'édition. On peut même dire que ces grands groupes sont de moins en moins cohérents avec le travail éditorial qui est nécessaire.
01:32:36David Dufresne
J’aime beaucoup, sur le site d’ Agone, un de tes derniers billets, où tu expliques que tu ne veux pas te rendre désirable. Enfin, que les éditions Agone ne veulent pas se retrouver à être approchées par des grands groupes. Et que, d’une certaine manière, ça m’a rappelé ce que nous, nous faisons au poste. C’est-à-dire que la croissance, ce n’est pas voulu, ce n’est pas cherché, parce qu’on sait que c’est le début des emmerdes. Et ça, c’est quelque chose, par exemple, que je trouve extrêmement intéressant dans le monde de l'édition indépendante. Peut-être qu’on peut terminer là-dessus. Et après, je voudrais dire qu’on essaie de monter une émission plus complète avec tout un tas d'éditeurs et d'éditrices indépendants, et ce sera avec grand plaisir que je t’inviterai à poursuivre la conversation. Mais d’abord, sur cette histoire de non pas d’anticroissance, mais de non-croissance, est-ce que ce n’est pas là l’antidote et, finalement, la grande différence qu’il peut y avoir entre les indépendants et les grands groupes ?
01:33:35Thierry Discepolo
En effet, c’est le point fondamental. Ce que tu cites, si je ne me trompe pas, ce n’est pas sur le site d’ Agone, je crois que c'était sur Politis — Ah pardon, Politis ! — C’est un entretien avec Olivier Doubre, paru dans Politis, qui finit par une question : comment fait-on pour résister à la croissance, pour résister, pardon, comment fait-on pour résister aux grands groupes et à la concentration ? Ma réponse a été : restez maigres. Quand on est entouré d’ogres, il faut rester maigres. Mais bon, au-delà de l’image, oui… Ce n’est pas du tout ce qu’on pourrait penser, faire de nécessité vertu. On n’est pas petits parce qu’on ne peut pas grossir. On est petits parce que l’on continue simplement à faire ce métier qui est un métier d'éditeur, et pas un métier de marketeur, pas un métier de commerçant des idées du livre, en tenant une ligne éditoriale, en produisant des ouvrages qui respectent l’ensemble des métiers de l'édition, en évitant qu’il y ait aussi cette espèce de disparité totalement obscène de salaires que l’affaire Nora vient de révéler.
01:34:46David Dufresne
Ah non, c’est monstrueux ! Arrête, arrête, ça devient cruel, monsieur Thierry, là, ça fait deux fois !
01:34:55Thierry Discepolo
Quand on pense qu’après qu’a été rendu public le montant des émoluments d’Olivier Nora, on trouve encore des employés qui se mobilisent pour sauver sa liberté d’expression, sa liberté de création, d’une poignée de divas de l'édition, c’est ça le problème. Essayons de ramener à un niveau qui est un niveau fondamental : nous avons des métiers, et ce métier, ça n’a rien à voir, ou plutôt de moins en moins à voir avec le métier qui est fait par les gens dont on parle, et notamment par des gens comme Olivier Nora, dont on a beaucoup parlé la semaine dernière.
01:35:37David Dufresne
Thierry, je dois te saluer parce que Francine, notre prochaine invitée d’une association Ciné Bastide à Carcassonne, qui a retiré sa demande de subvention auprès de la mairie RN de Carcassonne, fait un festival du film politique. Il faut qu’on lui donne la parole. Je te souhaite de bonnes vacances, je te remercie d’avoir pris le temps de te lever tôt pour faire cette interview dont c'était une première pour toi, c’est ça ? Tu m’as dit que tu n’avais pas trop l’habitude. C’est génial, c’est… c’est génial.
01:36:12Thierry Discepolo
C’est un homme de l'écrit, pas du spectacle, c’est un homme de l'écrit.
01:36:16David Dufresne
L'écrit peut être du spectacle aussi, non ?
01:36:20Thierry Discepolo
Pas le même, juste pas le même.
01:36:23David Dufresne
Merci Thierry Discepolo, merci beaucoup. Très intéressant, dit Plume d’oie, joli titre, qui nous parle de Carcassonne. Oui, ça, c’est autre chose. Merci pour cette interview, on en veut d’autres, etc. Voilà. Et merci à ton hôte d’avoir accepté aussi de prêter la pièce pour pouvoir faire ce studio mobile improvisé. C'était un plaisir. Je voudrais juste un tout petit truc, interdit petit truc. On reçoit mercredi matin un nommé Dominique Pinsolle. Pourrais-tu nous en parler, pour un ouvrage qui paraît aux éditions du Détour, mais c’est un auteur Agone ?
01:37:05Thierry Discepolo
Auteur et directeur de la collection « Sens social » et d’histoire chez Agone, Dominique Pinsolle, historien du sabotage, auteur chez Agone d’un ouvrage, un gros ouvrage encore une fois.
01:37:19David Dufresne
Super, super bouquin.
01:37:21Thierry Discepolo
Sur l’import-export des théories du sabotage en France et aux États-Unis. Et donc, c’est à ce titre-là que Le Détour lui a commandé une préface pour un petit livre sur ces questions-là. Excellente préface, d’ailleurs.
01:37:32David Dufresne
Excellente préface.
01:37:38Thierry Discepolo
Un point sur le niveau de l'édition : on aime bien, éditeurs indépendants, partager les mêmes auteurs, tant que l’on découvre Agone en l’occurrence.
01:37:48David Dufresne
Oh là là, c’est beau comme du Antoine Gallimard. Merci, merci Thierry, à très bientôt, à très bientôt. C'était un plaisir. Voilà, pardon Francine, vous devez m’entendre là, j’imagine. Oh là là, ça se bouscule, vous savez, je suis tout seul, ici, à la régie. Attention, Francine. Hop, hop, hop. Bonjour, Francine. Ça y est, on vous entend. Merci, merci beaucoup, c’est un plaisir de discuter avec vous, de faire votre connaissance. Vous êtes Francine Raymond, vous êtes la présidente de Ciné Bastide, c’est bien ça ?
01:38:31Francine Raymond
C’est exactement ça. Ciné Bastide, c’est l’association qui gère et organise le Festival international du film politique de Carcassonne, qui existe déjà maintenant depuis 8 ans, depuis 2018.
01:38:44David Dufresne
Alors, je dois vous dire, je dois vous dire…
01:38:47Francine Raymond
Je ne suis pas seule, comme vous l’avez dit précédemment, c’est juste l’association qui gère le festival, qui est dirigée par ailleurs par des personnes très talentueuses.
01:38:59David Dufresne
Vous avez reçu un e-mail, c’est le maire de Carcassonne qui vous demande d’arrêter. Donc vous avez retiré votre demande de subvention il y a quelques jours auprès de la mairie de Carcassonne, puisque cette mairie est dirigée dorénavant par un Trump local qui est donc du Rassemblement national. Une décision que vous avez prise à l’unanimité par le conseil d’administration de votre association. Pouvez-vous nous en dire plus ? Ou peut-être, attendez, ou alors est-ce que vous voulez que je mette une petite bande-annonce ? Je crois que j’ai la bande-annonce de votre festival. Quand même, ce serait pas mal, bah oui, excusez-moi, pour voir de quoi on cause. Attendez, voilà, attendez, je vais mettre ça. Alors attendez, qu’est-ce qui se passe ? Voilà, c’est bon. Attendez, je repars à zéro, c’est parti.
01:40:18Vidéo
Bonsoir à toutes et à tous, merci d'être là ce soir pour cette 8ᵉ édition. Un engagement qui permet de porter haut les couleurs de ce festival, année après année, ici, à Carcassonne. Le film est excellent en soi et est excellent parce qu’il nous pousse à réfléchir. Un des outils qu’on a, parce qu’on est tous sidérés à la recherche d’outils, moi je crois beaucoup à l’identification des corps, des voix, des vécus. C'était assez admiratif de votre engagement et de votre passion pour ce type de cinéma. C’est une première fois qu’on va montrer le film à un public. Je suis curieux de voir comment vous allez le recevoir. Qui est dévoilé de la notion de film politique, c’est super excitant pour moi, et je ne peux pas attendre le festival dans le futur, avec le reste de vous. On a envie que ce festival soit pérenne, indépendant. On a envie, à chaque fin d'édition, de pouvoir vous donner rendez-vous avec assurance l’année suivante. Alors je vous invite, toutes et tous, à vous aussi.
01:42:24David Dufresne
Alors voilà, c'était quand même la moindre des choses que de mettre la table, comme on dit au Québec, pour expliquer ce dont nous allons parler. Ce festival où le champagne coule à flots, dites donc !
01:42:41Francine Raymond
Merci d’avoir passé cette bande-annonce, parce que je crois qu’elle résume en images et en sons à peu près l’intensité et la ferveur qui règnent pendant ces quelques jours du Festival international du film politique à Carcassonne. Alors, pour revenir sur la question que vous me posiez, la décision, effectivement, de ne pas solliciter de subvention de la municipalité du Rassemblement national a été une décision prise à l’unanimité du conseil d’administration de Ciné Bastide, qui gère donc et organise le festival, comme je vous l’ai dit. Mais je crois que c’est un choix de cohérence, de clarté, de responsabilité. Alors, vous venez de le voir sur les images, mais je voudrais vous dire quand même trois petits mots de ce festival qui existe depuis 2018, qui est né en 2018 sur une idée à la fois simple et forte, c’est-à-dire montrer la vie de la cité. Le mot politique est pris ici au sens premier, le sens de la vie de la cité. Donner à des artistes, à des cinéastes, le loisir, le plaisir de nous donner leur regard d’artiste sur les réalités de ce monde, ce qui nous permet de forger, de nous forger des opinions, de bousculer parfois nos idées reçues et surtout d’introduire, dans toutes ces questions importantes que sont la guerre, le dérèglement climatique, la résistance à l’oppression, les violences faites aux femmes je vous parle rapidement de quelques thèmes qui, par exemple, ont été traités et évoqués lors de la précédente édition autour de tous ces thèmes, ça nous donne de la complexité, de la nuance. Et on a toujours dit qu’on en avait besoin face à la montée des populismes d’extrême droite, qui ont plutôt tendance à nous enfermer dans des débats binaires, à hiérarchiser les êtres humains les uns avec les autres, à monter des frontières. Ça, c’est une chose. L’autre chose, c’est que le festival porte des valeurs très fortes, des valeurs qui sont clairement affichées dans sa charte éditoriale : de tolérance, d’inclusion, de lutte contre les discriminations. Et donc, au nom de tout ça, au nom de cette ligne éditoriale, de cette charte éditoriale, ça aurait été un contresens total, une incohérence d’accepter de continuer à travailler avec le Rassemblement national. Je pense que cette clarification, nous la devions à nos partenaires, qui nous l’ont déjà d’ailleurs demandée au lendemain de l'élection de M. Barthès. Nous la devons à nos publics, qui nous suivent justement précisément sur cette ligne éditoriale depuis le début. Et nous la devons aussi aux artistes que nous accueillons, qui nous soutiennent. Et je vous rappelle, au premier rang desquels, Costa-Gavras, quand même.
01:45:29David Dufresne
Absolument. Alors lui, c’est évident que ma question ne s’adresse pas à lui : il n’y a pas de réalisateur d’extrême droite ?
01:45:36Francine Raymond
Je ne sais pas, parce qu’on ne leur demande pas leur…
01:45:39David Dufresne
Oh, c'était une blague
01:45:42Francine Raymond
Mais quand ils viennent nous voir je pense qu’il y a une grande diversité de points de vue. Je vois très bien où vous voulez en venir, c’est justement cette diversité de points de vue venue de tous les pays qui est la richesse de ce festival. Vous avez vu les salles pleines, les applaudissements, les débats qui s’organisent après chaque séance. C’est important pour nous et ce sont des moments toujours très intenses.
01:46:10David Dufresne
D’ailleurs, Francine, je dois vous dire que je ne comprends pas que je ne vous ai pas contactée plus tôt et on aimerait beaucoup, au poste, être partenaire l’année prochaine. Je vous le dis comme ça, moi je plante mon petit camion et puis on fait des interviews avec vos invités.
01:46:30Francine Raymond
Avec grand plaisir, vraiment.
01:46:33David Dufresne
Mais revenons quand même à nos moutons. Donc les moutons, c’est 10 000 euros que, finalement, vous ne demandez plus à la ville de Carcassonne du fait du changement de majorité. Je rappelle que le maire Christophe Barthès a quand même été élu avec 40 % des voix au deuxième tour, c’est ça ?
01:46:58Francine Raymond
Oui, c’est ça, absolument.
01:47:01David Dufresne
Et que Bardella avait choisi votre bonne ville je vous fais une blague, cette bague, je l’ai achetée à Carcassonne, vous voyez ? Donc moi, j’ai Carcassonne sur moi depuis 30 ans. Bon, bref, qu’importe Bardella était venu lancer la campagne du RN pour les municipales dans votre ville. Donc c’est dire l’importance de Carcassonne. 10 000 euros, ça n’est que 5 % de votre budget. Donc il y a des gens qui se moquent de vous en disant que vous vous achetez une virginité à peu de frais. Qu’est-ce que vous répondez à ça ? Et par ailleurs, est-ce qu’il y a aussi des salles de cinéma municipales, par exemple, qui vont se voir fermer leurs portes devant vous ou pas ?
01:47:50Francine Raymond
Alors oui, alors pour vous parler du financement du festival, effectivement cette indépendance, elle a été construite depuis plusieurs années, depuis le début. Aujourd’hui, 75 % du financement du festival est assuré par des partenaires et des mécènes privés et par de l’autofinancement, et 25 % par des subventions publiques, dont les subventions de la municipalité jusqu’ici. Mais la municipalité ne donnait pas simplement ces 10 000 euros de subventions, elle donnait aussi des salles publiques qui permettaient de monter des lieux de projection, vous les avez montrés à l’image tout à l’heure. Donc c’est effectivement une nouvelle donne. C'était important pour nous, d’abord, de dire que la co-réalisation, puisque jusque-là le festival était co-réalisé avec la municipalité ça a un sens, le mot co-réalisation ce n'était plus possible avec une municipalité d’extrême droite. Et qu'à partir de ce moment-là, on allait chercher d’autres soutiens, d’autres lieux, parce que c’est peut-être ça le plus important et le plus compliqué, d’autres lieux pour que ce festival vive et existe, et que cet espace culturel continue à prospérer là, dans l’Aude. Parce que je vais vous donner une information, vous allez être un des premiers à l’avoir c’est que…
01:49:14David Dufresne
Attention, il y a 3 millions de gens qui vous écoutent, faites attention. Pourquoi ça vous fait rire ? Allez-y, on vous écoute ! Ah merde, tout d’un coup il y a votre conseil d’administration qui vous dit : attention, qu’est-ce que tu racontes ? On vous écoute, on vous écoute.
01:49:33Francine Raymond
Ce que je voulais vous dire, c’est que, contrairement à ce qui a pu être évoqué dans les jours précédents, nous allons rester à Carcassonne et aux alentours de Carcassonne. Donc cette nouvelle donne, qui n’est pas juste 10 000 euros de subvention, nous oblige à réinventer l'écriture du festival, la distribution de ses lieux, une nouvelle circulation. Se réinventer, finalement, c’est être vivant et c’est être en bonne santé. Et donc on est très heureux de le faire, on va le faire. Voilà, l’information est dite aujourd’hui : nous resterons à Carcassonne et aux alentours de Carcassonne.
01:50:15David Dufresne
Alors, pour que tout le monde comprenne l’enjeu, c’est que vous aviez annoncé qu’il y aurait des annonces. Et donc là, vous venez de faire l’annonce. Donc merci beaucoup. Voilà, dans votre communiqué, vous disiez : on va être obligé de réajuster un peu deux, trois trucs. Eh bien vous venez de nous le dire. Merci de nous en avoir donné la primeur. On vous écoute.
01:50:35Francine Raymond
Oui, ce que je voulais dire, c’est qu’on a beaucoup réfléchi. Évidemment, on a été sollicités par d’autres municipalités, des grandes villes notamment. Ça aurait été très simple de partir ailleurs. Mais depuis 2018, ce festival est né, a été créé à Carcassonne, dans la préfecture de l’Aude. Alors je ne sais pas si vous connaissez apparemment, vous connaissiez bien Carcassonne. L’Aude, c’est un département qu’on connaît un peu pour les vacances, pour le soleil, pour l’histoire, pour le patrimoine, pour les vins. Mais ce que l’on sait peut-être moins, c’est que c’est l’un des départements les moins favorisés économiquement de ce pays. Et qu’en 2018, implanter ce festival-là à Carcassonne, c'était une ambition culturelle réelle, et ce n'était pas un hasard. Donc il était important pour nous de ne pas abandonner ce territoire, parce que ça avait un sens. Il fallait continuer à travailler avec eux. Plus de 150 bénévoles nous accompagnent avec une ferveur extraordinaire tout au long de l’année et en particulier aux périodes du festival. Et nous sommes déterminés à rester là, autour de Carcassonne et à Carcassonne, et à développer, à faire grandir encore une fois ce festival.
01:51:57David Dufresne
Je voudrais juste rappeler que Christophe Barthès, qui est donc le maire de Carcassonne, a signé un arrêté anti-mendicité entre guillemets pour rétablir la tranquillité le soir même de son élection, que la signature a été filmée avec une mise en scène digne de Trump, que lui, qui a bénéficié d’un bon nombre de subventions européennes en tant qu’agriculteur, a aussi retiré le drapeau européen de la mairie. Il a été ensuite suivi par d’autres maires RN. Et il a dit, à propos de votre décision, que vous étiez un festival politique, que peut-être on pourra mettre en place c’est lui qui parle un festival du film apolitique. « On va faire autre chose, on va le réfléchir. » J’aime beaucoup cette notion de festival de films apolitiques. Qu’est-ce que vous avez ressenti, vous et votre équipe, quand la réponse du maire a été celle-ci ?
01:53:03Francine Raymond
Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire ce que j’ai ressenti. Pourquoi pas ? Moi, je pense que plus il y a d’espaces culturels, mieux c’est. Allons-y, qu’ils fassent un festival apolitique. Encore une fois, je redis ce que je disais au début : le mot politique, dans la définition, dans l’essence du festival, signifie bien la vie de la cité, le vivre-ensemble, comment on s’organise et comment on regarde ça. Donc le mot politique n’est pas un mot que l’on doit dévoyer. C’est un très beau mot. C’est la chose publique, c’est ce qui nous intéresse, nous tous, citoyens, citoyens d’ici et d’ailleurs et citoyens du monde. Je rappelle que ce festival est un festival international : il y a 24 nationalités qui ont été présentes lors de la précédente édition. Voilà, donc c’est très important. Moi, ce que je ne veux pas vous dire, c’est ce que j’ai ressenti. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’est pas possible de considérer que l’on co-réalise ce festival avec une municipalité qui porte l’idéologie du Rassemblement national, au-delà de M. Barthès. Et je pense que c’est un débat vous avez un peu illustré ça dans votre séquence précédente qui traverse le pays aujourd’hui. Et qui ne nous concerne pas que nous, acteurs culturels, il concerne l’ensemble de la société. C’est presque devenu une exigence démocratique de dire qu’on ne peut pas travailler ou faire comme si c'était un parti comme les autres. Je pense que la une de Libération ce matin c’est le patron de la MAIF qui, la semaine dernière, a expliqué très clairement qu’il serait de bon ton que le MEDEF ne collabore pas ou ne participe pas à travailler avec le Rassemblement national montre que le débat va devenir de plus en plus vif et intéressant dans les semaines qui viennent. Je pense que, je vous l’ai dit, dans la charte du festival, il y a ce mot « tolérance ». Je crois que c’est très important. Je continue à dire et à redire qu’il n’est pas possible, pour une manifestation culturelle comme la nôtre, en ayant cette ligne éditoriale que je vous ai expliquée, qui est basée essentiellement sur des idées de tolérance, d’inclusion, de lutte contre les discriminations, qui a le souci de regarder le monde sous tous ses aspects, de ne pas diviser les hommes entre eux, de ne plus les hiérarchiser, d'être généreux sur le regard et sur l’analyse, et surtout de donner aux citoyens la possibilité d'écrire leur propre récit. À partir de ce moment-là, à partir du moment où on pose cette ligne éditoriale, il ne nous semble pas possible, je le redis, ni cohérent, de travailler, de collaborer ou d’accepter que ce festival soit co-réalisé par une municipalité qui est porteuse de l’idéologie du Rassemblement national. Je pense qu’on peut se répéter à l’infini : on ne peut pas faire comme si on ne savait pas ce qu'était l’idéologie du Rassemblement national. Et je répète ce que je vous ai dit tout à l’heure : je pense que ce débat va arriver de manière très vive aujourd’hui, dans les prochaines semaines, sur notre paysage médiatique. Parce que beaucoup de gens, qu’ils soient de droite, qu’ils soient de gauche, peu importe, ce n’est pas la question, se posent, se questionnent en ces termes-là. Ce n’est pas une question partisane, c’est presque une question d’exigence démocratique.
01:58:53David Dufresne
Merci beaucoup, Francine Raymond, d'être venue d’aussi bon matin au poste. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, on serait ravis de couvrir votre événement en janvier prochain. On vous félicite pour votre décision. Et je voulais terminer en vous demandant si vous avez vu The Mad Dog of Europe, qui est sorti mercredi dernier, non ?
01:59:16Francine Raymond
Non, non, non. Désolée, non.
01:59:19David Dufresne
C’est un film politique, je vais montrer la bande-annonce. En 1932, Mankiewicz, qui deviendra célèbre dix ans plus tard pour son scénario de Citizen Kane, écrit The Mad Dog of Europe, un script visionnaire dénonçant la menace hitlérienne. Entre pressions diplomatiques et intérêts économiques, les studios hollywoodiens préfèrent se taire et enterrer le projet. L’histoire de ce film jamais produit résonne avec les fractures de notre époque. Ils vont devoir lutter contre les éléments tandis que le désespoir et la folie menacent de les emporter. Voilà le pitch, je vais montrer la bande-annonce. Comment ça se passe pour vos films ? Ce sont que des inédits ? Il y a des rétrospectives ? Comment vous faites dans votre festival ?
01:59:59Francine Raymond
Ce sont des avant-premières, la plupart du temps. Ce sont des films qui n’ont pas été projetés, des inédits, pour la plupart, qui n’ont pas été projetés en France.
02:00:07David Dufresne
Eh bien, c’est bien.
02:00:08Francine Raymond
Par exemple, nous avons, vous avez montré les images, projeté en avant-première le documentaire qui a été oscarisé de Pavel Talankine, Mr. Nobody Against Putin, qui a été un grand moment de cette neuvième édition du festival. Voilà, donc c’est une sélection très exigeante et très riche en général.
02:00:36David Dufresne
Merci beaucoup. Je vous laisse répondre à votre e-mail de la mairie de Carcassonne, qui n’est pas très contente. Merci beaucoup et bravo à votre attachée de presse d’une efficacité redoutable. Je la salue, merci à elle et merci à vous d’avoir accepté de venir. C'était un plaisir.
02:00:57Francine Raymond
À très bientôt. Au revoir, merci.
02:01:00David Dufresne
Oh là là, ça n’arrête pas, là, les e-mails. Ça n’arrête pas. Je vais vous montrer la petite bande-annonce du film dont je vous parlais. Ensuite, je vous donnerai les convocations de la semaine. Attention, trois, quatre. Mais d’abord, un petit message à caractère promotionnel.
02:01:30Audio
La riposte, c’est vous. Suivez la chaîne, activez la cloche, donnez auposte.
02:01:53David Dufresne
Ta ta ta ta ! Ils sont tous sous-titrés, d’ailleurs ? Oui, je pense qu’ils le sont, les films qui sont projetés dans le festival. Voici donc maintenant la bande-annonce du film Mad Dog of Europe. J’aurais souhaité interviewer la réalisatrice, mais elle n'était pas disponible en promo. Ça n’a pas d’importance. C’est parti, 3-4. Et après, je vous donne le menu de la semaine au poste. Et encore merci au dénommé Samuel Étienne, le roi des pizzas froides à iTélé autour des années 2001. Vous lui ferez le message, vous lui passerez le message.
02:02:36Bande-annonce
(Traduction) Pour les nazis, la ville la plus importante de l’Amérique est Los Angeles, dans l’industrie du cinéma. Ehrman a écrit ce script parce qu’il voulait écrire quelque chose qui aurait un impact sur ce que l’on voit comme un climat politique dangereux et menaçant. Il voulait vraiment tuer Hitler. Goebbels dit que vous ne pouvez pas permettre que ce film soit diffusé en Amérique. Ça semble aussi énormément réel pour notre monde. Mad Dog of Europe est un avertissement au monde.
02:03:33David Dufresne
Voilà, les amis, c’est sorti mercredi dernier, Mad Dog of Europe, produit par Le Bureau Films, que nous saluons. Il s’agit maintenant il s’agirait de quoi ? Il s’agirait des convocations, ouais voilà, les petites convocations de la semaine. Eh bien, nous en parlions tout à l’heure avec Thierry Discepolo, nous allons avoir le bonheur de recevoir mercredi matin à 8 h un dénommé Dominique Pinsolle. Quand un manuel de sabotage publié en 1944 par l’ancêtre de la CIA refait surface et nous réapprend à gripper les rouages sans exploser de pont, sans héroïsme, juste en bâclant le travail, en sabotant les réunions, en faisant semblant de ne pas comprendre les consignes. Ce livre est réédité aux éditions du Détour, avec une préface de Dominique Pinsolle. Et c’est un manuel de 1944, donc, qui avait été distribué en Europe pour essayer de faire de la résistance, on va dire, passive. Et ce qui est très intéressant, et Dominique, historien de la chose sabotée, pourra nous en parler tranquillos, c’est de voir comment des idées, des techniques issues du syndicalisme anarchiste du XIXᵉ siècle ont été réutilisées, reproduites, dévitalisées politiquement de certaines manières, mais en conservant leur aspect fonctionnel et leur efficacité par la CIA, puisqu'à l'époque c'était l’OSS. C’est l’ancêtre de la CIA, puisque la CIA va naître juste à la sortie de la guerre. Voilà la convocation de cette semaine. Étant donné que ce n’est pas nous qui sommes en vacances, ce sont les invités. Le 5 mai, si vous êtes dans les parages, nous jouerons à Fachorama, le jeu des 7 familles qui a tellement énervé les syndicats de police et le ministre de l’Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin. C’est un jeu de 7 familles avec quelques subtilités supplémentaires. Chaque carte présente un faf avec sa catégorie, son type et ses familles. Seulement voilà, Fachorama a fortement déplu à certains syndicats de police, jusqu’au ministre de l’Intérieur même. Le 5 mai, nous jouerons avec Nathan, qui est un des auteurs de ce jeu Fachorama. Et d’ici là, il y aura plein, plein, plein d’autres émissions, surprises, des lives. On se retrouve aussi, je vous le disais en début d'émission, ce week-end, pour ceux qui sont sur Paris. Vous pourrez nous retrouver au Festival des médias indépendants à Ground Control. Ça va se passer samedi 25 et dimanche 26, de 12 h à 19 h. Vous êtes les bienvenus. On parlera d’au poste, on discutera avec vous. Vous êtes tous les bienvenus. Il y a une quarantaine de médias indépendants qui seront là : Afrique 21, Arrêt sur images, Auposte, Basta, Blast, Bon Pote, Charte de Marseille, Combat, Contre-Attaque, Le Média, Courbouillon, Disclose, Facto, Frustration, Grand Format, Histoire Crépue, Hors Cadre, Info OGM, L’Humanité, L’Iceberg, La Déferlante, La Presse libre, La Revue invendable, La Revue Dessinée, Topo, Le Canard réfractaire, Le Média, Le Moment, Le Zéphyr, Les Autres Possibles, Médiacité, Motus, Mouais, Médiane, Next, L’Observatoire des multinationales, Orient XXI, Politis, Quartier Général, Radio Parleur, Reporterre, Rue89, Rural, Science Critique, Socialter, Sparks, Faire, StreetPress, Suffda, Médias, Un bout des médias et d’autres. Vous êtes les bienvenus. Entrée libre. Ça se passe ce week-end à Paris. Voilà, chers amis, je crois qu’on a fait à peu près le tour. Je vous rappelle que si vous voulez être au courant… j’ai plus de souris ! Eh, je ne peux pas arrêter le stream ! La souris est morte ! L’enfer ! Ah, je récupère la souris… Ah purée… c’est la batterie de la souris qui était… Celle-là. Alors ça, des pépins techniques, on en a eu ! Mais non, mais attends, ça re-déconne, là ! Sortez-moi de là ! Au secours ! Ha ha ha ! Merde ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Bon, j’arrête le stream. Ah non, il y a un vrai problème. Qu’est-ce qui se passe ? Mais qu’est-ce que ce truc ? Attendez, là, j’ai bientôt le clavier, j’envoie les crédits… j’envoie… non, les crédits ne veulent pas partir. Oh purée, qu’est-ce que c’est que ce truc ? Ça a commencé ? Oui, ça a commencé. L'émission a commencé ! On est à l’antenne depuis 5 minutes. Je suis vraiment en galère, je ne peux pas accéder au bouton stop. C’est le tchat, c’est le maire de Carcassonne qui a volé les crédits. Oh merde. Ah si… ah non. Putain… comment je vais faire ? Oh la vache… Attendez, je vais peut-être pouvoir envoyer quand même les crédits et puis je vais me débrouiller. Bon allez, à mercredi, je vous embrasse. Qu’est-ce que c'était que ce bordel ? Allez sur le site auposte.media, vous pouvez vous inscrire à la newsletter, vous pouvez vous inscrire au site. Et si vous vous abonnez, ça commence à 2 euros par mois. D’abord, vous soutenez un média totalement libre et indépendant. Et ensuite, vous avez droit à quelques petites astuces : vous pouvez voter pour les émissions du moment, vous pouvez choisir votre player préféré YouTube, podcast, PeerTube, etc. tout un tas de choses. Recevoir la newsletter spéciale abonnés, et on a vraiment besoin de vous. Voilà, et là j’ai besoin de la souris. Oh purée. Bon, j’envoie les crédits, je ne sais pas comment je vais faire. Je vous embrasse, à mercredi.

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