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Guerre à la guerre : ennemi.e.s de l’intérieur
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Société

Guerre à la guerre : ennemi.e.s de l’intérieur

2 h 2724/05/2025
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Guerre à la guerre : Ennemi.e.s de l’intérieur Perspectives migrantes et féministes sur la répression des corps et des esprits sur le territoire français.

« Ce qu’elles veulent, ce n’est pas notre liberté, c’est notre discipline »

« C’est pas du féminisme, c’est du colonialisme avec du blush. » Voilà le ton, direct, déterminé, radical, de cette prise de parole signée Nous Toutes, lors de la rencontre « Guerre à la guerre », avec les Jeunes de Belleville et le Réseau Entraide Vérité et Justice. Au poste est en direct de la Grande soirée au Cirque électrique à Paris ce 24 mai, on écoute, on témoigne, on tremble aussi. Il y est question de répression, de corps contraints, de luttes menées au cœur des quartiers populaires. L’émotion est là, souvent contenue, parfois rageuse, mais jamais stérile. Ensemble, les invité.e.s croisent leurs expériences de terrain, décortiquent les logiques coloniales d’un État sécuritaire, et dessinent un horizon de résistance, où l’autodéfense politique et la solidarité communautaire reprennent leurs droits.

« Le climat s’est particulièrement tendu ces derniers temps et les manifs deviennent de plus en plus dangereuses. »

On sent que le sujet touche un point sensible. Depuis la Palestine jusqu’au lycée du coin, les formes de répression s’enchaînent. Et à la base, toujours les mêmes cibles : femmes voilées, migrants, militants antiracistes, jeunes racisés, corps trans, quartiers . Dans les mots des intervenantes, pas de victimisation. Mais un constat froid, chirurgical, sur les effets d’un continuum de la répression, qui va de l’école aux médias, des tribunaux aux trottoirs. Le tout sous couvert de valeurs dites universelles.

« Quand certains parlent des ennemis de l’intérieur, on sait très bien de qui il s’agit. » 
Collectif Nous Toutes

L’ennemi intérieur, c’est nous

Ce qui est nommé ici n’est pas nouveau. Mais le dire à voix haute, c’est déjà un acte de courage. Une intervenante déroule : expulsion pour une jupe longue, dissolution d’associations, gazages, criminalisation des slogans… On pense à tout ce qu’on a vu passer sur les réseaux ces dernières années. Et soudain, tout prend une cohérence. Cette guerre-là n’a pas besoin de chars, mais elle a ses zones : lycées, foyers, manifs, commissariats.

« Il faut qu’on en finisse avec le fantasme xénophobe, qu’on arrête de croire au récit d’État. » À ce moment-là, dans le tchat, un certain Idir écrit : « Le vrai séparatisme, c’est le leur. » L’animatrice le cite. Dans la salle, on opine. On sent que la phrase percute.

L’arme de la joie et de l’analyse

Mais pas question de rester les bras croisés Les voix s’élèvent aussi pour dire la force des alliances. Les bonnes celles qui n’écrasent pas la parole des concerné.e.s, celles qui épaulent, qui écoutent, qui marchent. On entend : « On ne veut pas qu’on parle à notre place. Juste qu’on lutte avec nous. »

Et là, les éclats de rire arrivent. Oui, même dans la colère. On parle d’un féminisme décolonial, radical, mais aussi joyeux. « Contre toute attente », dit l’une. Parce que se battre, c’est aussi vivre, respirer, danser. On pense à ces manifs nocturnes, aux slogans partagés, aux gestes d’autodéfense qui se transmettent. On parle stratégie, aussi : se rendre ingouvernables, organiser la protection, occuper le terrain.

« Elles ne veulent pas notre liberté, elles veulent notre discipline. » 
Intervenante Nous Toutes

Exporter des armes, interdire les pancartes

Le contraste est flagrant, presque grotesque. « On nous accuse d’importer un conflit alors qu’ils exportent des missiles. » La salle se fige. L’image est parfaite, implacable. D’un côté, des familles à genoux devant des blindés, dans une manif. De l’autre, des salons militaro-industriels, au Bourget, avec champagne et drones de combat.

« La guerre est partout, mais elle ne dit pas toujours son nom. » L’analyse va loin : on parle aussi des alliances féministes qui déraillent. De ce nationalisme soft, à la sauce République, qui prétend libérer les femmes à coups de lois islamophobes. « Ce n’est pas du féminisme, c’est du colonialisme avec du blush. » Là encore, le tchat s’enflamme. Rosa, pseudo d’une habituée, balance : « À force de vouloir sauver les autres, elles ne se rendent pas compte qu’elles font juste le sale boulot. »

Tisser les résistances

Comment tenir bon quand la répression est partout ? En faisant réseau en soignant les blessé.e.s, en hébergeant les sans-papiers, en veillant les camarades, en déjouant les pièges de l’État. Des exemples concrets fusent : actions de rue, veilles collectives, cantines solidaires, autodéfense féministe, ateliers juridiques. « La solidarité est une arme », dit une autre.

L’ambiance est grave, mais porte, on sent une détermination. Celle des collectifs qui savent que l’État n’est pas là pour les protéger. « On n’a plus le temps d’attendre la reconnaissance, on construit nos propres outils. »

On repart de cette soirée avec des certitudes ébranlées, mais aussi de nouvelles directions. « Ce qui nous sauvera, ce ne sont pas les institutions, ce sont nos complicités. »

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En quoi consiste le « continuum de la répression » ?

C’est l’idée que les violences policières, judiciaires, médiatiques ou institutionnelles sont liées. Elles ciblent les mêmes personnes, avec les mêmes logiques : contrôle, exclusion, punition.

Qui est derrière le Réseau Entraide Vérité et Justice ?

Le Réseau Entraide Vérité et Justice (REVJ) est un collectif national fondé à partir des luttes des familles de victimes de violences policières. Il regroupe des collectifs de quartier, des proches de personnes tuées, mutilées ou criminalisées par les forces de l’ordre, mais aussi des soutiens engagés dans des formes d’auto-organisation populaire.

Pourquoi l’expression « colonialisme avec du blush » est-elle si percutante ?

Elle dénonce les discours pseudo-féministes qui défendent les femmes tout en imposant une vision raciste, autoritaire et néocoloniale de l’émancipation. Le féminisme y devient un outil de contrôle, non de libération.

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Cet article est le fruit d'un travail humain, d'une retranscription automatique de l'émission par notre AuBotPoste revue et corrigée par Rolland Grosso et la rédaction.

Transcription de l’émission

Intervenante
On appelle « Nous Toutes » à venir nous rejoindre. Nos réseaux Entraide Vérité et Justice et les jeunes de Belleville. Alors sur cette troisième partie, on va se concentrer un petit peu sur ce qu’on nomme les ennemis de l’intérieur, les répercussions de tout ça sur notre territoire à travers des perspectives migrantes et féministes sur la répression des corps et des esprits sur le territoire français. Un petit peu se poser la question du continuum, tu vois quelles sont les attaques du corps réactionnaire sur nos luttes ici, sur les solidarités communautaires construites par les concernés eux-mêmes. Et puis quelles alliances pour faire front ? Qu’est-ce qu’on peut apprendre de vos résistances ? Qu’on peut apprendre de nos organisations ? Comment faire pour marcher ensemble aussi ? Ce sont des trucs sur lesquels on peut parler. Parce que bon, on ne va pas parler de répression sans parler de résistance la base et du coup, pour présenter un petit peu, Nous Toutes, Action féministe, tout le monde connaît plus ou moins, mouvement féministe populaire né en 2018, tu me dis si je dis n’importe quoi, pour dénoncer l’inaction face aux violences sexistes et sexuelles, notamment de nos gouvernements, qui est composé de ministres accusés. Et il y a donc le national, les antennes locales. Qui sont aussi indépendantes, c’est un petit peu sur tout le territoire, ça fait des grosses manifs aussi ces dernières années. Avec beaucoup de réflexions aussi, donc pas juste au l’orgasme de rue, beaucoup de réflexion aussi sur le racisme décolonial aussi cette année, ça a rejoint le mouvement pour la Palestine encore. Réseau Entraide Vérité et Justice depuis 2007. On va dire. Réseau de comité, collectif et association, du coup, qui se renforce au gré des luttes, donc aussi qui continue à s’agrandir, qui rencontre les victimes et leurs proches, du coup, de violences policières, blessés et mutilés de forces de l’ordre, contre les violences militaires, mais aussi psychiatriques. On aura le temps de revenir dessus. Et Mamadou pour les jeunes de Belleville du coup ? Ou que tout le monde connaît ici ? Voilà ! Pareil, organisation par le bas, par la jeunesse, par les concernés, par vous, voilà, gros, gros mouvement sur Paris. Du coup, peut-être que peut-être on va faire l’inverse, tu vois, peut-être qu’on va commencer par le fond, là-bas, par Nous Toutes. Allons-y, bonsoir à tous. Du coup comment, comment, euh, comment avec tout ça, parce que là on part un petit peu sur la guerre extérieure ? La complicité de la France avec la colonisation. Là on parlait du Sahel, la Palestine, l’impact que ça a sur le racisme en France, et du coup sur les luttes sociales et féministes avec cette perspective-là.
Intervenante
Bah ouais, j’ai pris quelques notes parce qu’effectivement, la question que tu nous poses, elle est hyper transverse. On parle à la fois des ennemis de l’intérieur, à la fois effectivement de cet aspect de guerre et de façon réflexe de se défendre. Donc effectivement, j’ai écrit un texte pour pouvoir balayer tout ça et à ne rien oublier. Donc effectivement je représente le collectif Nous Toutes. Nous Toutes, c’est un collectif féministe. Qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles, c’est vrai, mais pas seulement, parce qu’en fait ces violences, elles tombent jamais seules, elles s’emmêlent avec le handicap, le racisme, l’islamophobie, la pauvreté, la solitude, les politiques migratoires et la violence d'État. Quand certains personnages publics évoquent effectivement les ennemis de l’intérieur, on sait très bien de qui il s’agit. Malheureusement, il s’agit des femmes voilées, qu’on vire d’un lycée, par exemple pour une jupe trop longue, des militantes qu’on gaze pour avoir crié « cessez le feu ». Des collectifs antiracistes dissous pour avoir osé s’organiser entre personnes concernées, des militants qui risquent leur intégrité physique pour nous protéger en manif des répressions policières. D’ailleurs, je voudrais les remercier parce que le climat s’est particulièrement tendu ces derniers temps et les manifs deviennent de plus en plus dangereuses. C’est ça, en fait, le continuum de la répression. La question que tu poses sur le continuum, c’est un fil rouge entre l'école, la rue, les tribunaux et les médias. C’est-à-dire qu’on devient visé de toute part, jugé de toute part et instrumentalisé de toute part. C’est ça qui est particulièrement compliqué pour tenir bon, tout en gardant l’esprit ouvert pour se remettre en question. Et donc, c’est intéressant d’avancer dans ce climat-là, effectivement. Les premières visées. Et les premiers visés de ce continuum de répression, c’est bien sûr les personnes racisées, migrantes, musulmanes, trans, pauvres, organisées. La bonne nouvelle, c’est évidemment que les nouvelles possibilités de communication nous ouvrent les yeux. Il ne faut plus compter sur le récit étatique qui est donné, sur la dilution de notre responsabilité ou sur un fantasme xénophobe. On voit les victimes, on voit la violence, on voit la guerre en face. Et ça, c’est assez nouveau. Pendant ce temps-là, effectivement, au Bourget, on organise un salon de l’armement. Les familles y vont le dimanche, on y vend des drones, des tanks, des missiles, on y sert la main de ceux qui bombardent des enfants, et nous on nous interdit de manifester pour la Palestine. On nous accuse d’importer des conflits quand eux ils exportent des armes. Quand moi j’entends ennemi de l’intérieur, c’est marrant parce que je pense plutôt au féminisme nationaliste. Celles qui parlent des droits des femmes pour mieux justifier la guerre, les lois islamophobes et les frontières fermées. Elles ne veulent pas notre liberté, elles veulent notre discipline. Elles veulent choisir pour nous ce qu’on porte, ce qu’on pense et comment on se bat. Et ça ce n’est pas du féminisme, ça c’est du colonialisme avec du blush. Nous, on porte un féminisme de terrain décolonial, radical et contre toute attente, assez joyeux en fait. Avec quelles alliances peut-on faire front ? Des alliances qui ne parlent pas à notre place, déjà c’est pas mal, mais qui militent à nos côtés. Parce que ce sera la seule solution pour construire ensemble une résistance qui profite au plus grand nombre, et que normalement le projet de départ, c’est un système qui profite au plus grand nombre. On agit dans des espaces de domination. Où le corps de la femme est un enjeu de conquête, voire un butin de guerre. Et c’est à ce titre qu’il est important que notre collectif se positionne au sein de Guerre à la guerre. Merci.

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