Guerre à la guerre : ennemi.e.s de l’intérieur
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On appelle « Nous Toutes » à venir nous rejoindre. Nos réseaux Entraide Vérité et Justice et les jeunes de Belleville. Alors sur cette troisième partie, on va se concentrer un petit peu sur ce qu’on nomme les ennemis de l’intérieur, les répercussions de tout ça sur notre territoire à travers des perspectives migrantes et féministes sur la répression des corps et des esprits sur le territoire français. Un petit peu se poser la question du continuum, tu vois quelles sont les attaques du corps réactionnaire sur nos luttes ici, sur les solidarités communautaires construites par les concernés eux-mêmes. Et puis quelles alliances pour faire front ? Qu’est-ce qu’on peut apprendre de vos résistances ? Qu’on peut apprendre de nos organisations ? Comment faire pour marcher ensemble aussi ? Ce sont des trucs sur lesquels on peut parler. Parce que bon, on ne va pas parler de répression sans parler de résistance la base et du coup, pour présenter un petit peu, Nous Toutes, Action féministe, tout le monde connaît plus ou moins, mouvement féministe populaire né en 2018, tu me dis si je dis n’importe quoi, pour dénoncer l’inaction face aux violences sexistes et sexuelles, notamment de nos gouvernements, qui est composé de ministres accusés. Et il y a donc le national, les antennes locales. Qui sont aussi indépendantes, c’est un petit peu sur tout le territoire, ça fait des grosses manifs aussi ces dernières années. Avec beaucoup de réflexions aussi, donc pas juste au l’orgasme de rue, beaucoup de réflexion aussi sur le racisme décolonial aussi cette année, ça a rejoint le mouvement pour la Palestine encore. Réseau Entraide Vérité et Justice depuis 2007. On va dire. Réseau de comité, collectif et association, du coup, qui se renforce au gré des luttes, donc aussi qui continue à s’agrandir, qui rencontre les victimes et leurs proches, du coup, de violences policières, blessés et mutilés de forces de l’ordre, contre les violences militaires, mais aussi psychiatriques. On aura le temps de revenir dessus. Et Mamadou pour les jeunes de Belleville du coup ? Ou que tout le monde connaît ici ? Voilà ! Pareil, organisation par le bas, par la jeunesse, par les concernés, par vous, voilà, gros, gros mouvement sur Paris. Du coup, peut-être que peut-être on va faire l’inverse, tu vois, peut-être qu’on va commencer par le fond, là-bas, par Nous Toutes. Allons-y, bonsoir à tous. Du coup comment, comment, euh, comment avec tout ça, parce que là on part un petit peu sur la guerre extérieure ? La complicité de la France avec la colonisation. Là on parlait du Sahel, la Palestine, l’impact que ça a sur le racisme en France, et du coup sur les luttes sociales et féministes avec cette perspective-là.
Bah ouais, j’ai pris quelques notes parce qu’effectivement, la question que tu nous poses, elle est hyper transverse. On parle à la fois des ennemis de l’intérieur, à la fois effectivement de cet aspect de guerre et de façon réflexe de se défendre. Donc effectivement, j’ai écrit un texte pour pouvoir balayer tout ça et à ne rien oublier. Donc effectivement je représente le collectif Nous Toutes. Nous Toutes, c’est un collectif féministe. Qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles, c’est vrai, mais pas seulement, parce qu’en fait ces violences, elles tombent jamais seules, elles s’emmêlent avec le handicap, le racisme, l’islamophobie, la pauvreté, la solitude, les politiques migratoires et la violence d'État. Quand certains personnages publics évoquent effectivement les ennemis de l’intérieur, on sait très bien de qui il s’agit. Malheureusement, il s’agit des femmes voilées, qu’on vire d’un lycée, par exemple pour une jupe trop longue, des militantes qu’on gaze pour avoir crié « cessez le feu ». Des collectifs antiracistes dissous pour avoir osé s’organiser entre personnes concernées, des militants qui risquent leur intégrité physique pour nous protéger en manif des répressions policières. D’ailleurs, je voudrais les remercier parce que le climat s’est particulièrement tendu ces derniers temps et les manifs deviennent de plus en plus dangereuses. C’est ça, en fait, le continuum de la répression. La question que tu poses sur le continuum, c’est un fil rouge entre l'école, la rue, les tribunaux et les médias. C’est-à-dire qu’on devient visé de toute part, jugé de toute part et instrumentalisé de toute part. C’est ça qui est particulièrement compliqué pour tenir bon, tout en gardant l’esprit ouvert pour se remettre en question. Et donc, c’est intéressant d’avancer dans ce climat-là, effectivement. Les premières visées. Et les premiers visés de ce continuum de répression, c’est bien sûr les personnes racisées, migrantes, musulmanes, trans, pauvres, organisées. La bonne nouvelle, c’est évidemment que les nouvelles possibilités de communication nous ouvrent les yeux. Il ne faut plus compter sur le récit étatique qui est donné, sur la dilution de notre responsabilité ou sur un fantasme xénophobe. On voit les victimes, on voit la violence, on voit la guerre en face. Et ça, c’est assez nouveau. Pendant ce temps-là, effectivement, au Bourget, on organise un salon de l’armement. Les familles y vont le dimanche, on y vend des drones, des tanks, des missiles, on y sert la main de ceux qui bombardent des enfants, et nous on nous interdit de manifester pour la Palestine. On nous accuse d’importer des conflits quand eux ils exportent des armes. Quand moi j’entends ennemi de l’intérieur, c’est marrant parce que je pense plutôt au féminisme nationaliste. Celles qui parlent des droits des femmes pour mieux justifier la guerre, les lois islamophobes et les frontières fermées. Elles ne veulent pas notre liberté, elles veulent notre discipline. Elles veulent choisir pour nous ce qu’on porte, ce qu’on pense et comment on se bat. Et ça ce n’est pas du féminisme, ça c’est du colonialisme avec du blush. Nous, on porte un féminisme de terrain décolonial, radical et contre toute attente, assez joyeux en fait. Avec quelles alliances peut-on faire front ? Des alliances qui ne parlent pas à notre place, déjà c’est pas mal, mais qui militent à nos côtés. Parce que ce sera la seule solution pour construire ensemble une résistance qui profite au plus grand nombre, et que normalement le projet de départ, c’est un système qui profite au plus grand nombre. On agit dans des espaces de domination. Où le corps de la femme est un enjeu de conquête, voire un butin de guerre. Et c’est à ce titre qu’il est important que notre collectif se positionne au sein de Guerre à la guerre. Merci.
Et du coup là, tu parlais des manifs, etc. Il y a eu le 8 mars, le 8 mars, qui a été très compliqué parce que le gouvernement a tenté d’imposer des collectifs qu’on ne voulait pas en manifestation. Oui, absolument.
Je pense que ça doit être une des premières manifs où les flics ont autant manifesté et marché du coup, puisqu’ils ont vraiment fait la manif, avec Nemesis notamment, c’est vrai.
Et du coup là, dans ce truc d’ennemi de l’intérieur, moi j’ai envie de poser aussi ce bail de la résistance face au camp réactionnaire qui essaie de dénaturer nos luttes, de les instrumentaliser, tu vois, à des fins racistes et réactionnaires. Et vous avez aussi participé à la féminisme contre l’armement, dans… Ce truc, parce que là tu dis que du coup il n’y a pas que ça, il n’y a pas que les armes, etc. Mais en quoi ça vous a touché la féministe contre l’armement ? C'était quoi le lien entre féminisme et armement ?
Ce que j’explique en fait, c’est-à-dire qu’avec l’armement vient effectivement des enjeux de domination entre les peuples et que malheureusement les femmes, et je peux même l'étendre aux enfants, mais les femmes notamment, deviennent en fait un enjeu, voire un butin de guerre. C’est-à-dire qu'à travers le corps de femme, on va exercer sa conquête, à travers l’enlèvement des jeunes filles, on exerce son pouvoir, et évidemment que ça nous mobilise et encore heureux, bien sûr.
Ok, bah c’est clair, hein ! Tu veux continuer ? Fatou, sur ce lien, il y a Fatou et Sanome qui du coup dans le public à qui on filera le micro.
Alors moi je vais commencer par présenter le réseau d’entraide. Donc c’est depuis 2007 que le réseau de comités, de collectifs et d’associations se renforce au gré des luttes, des procès et des rencontres avec les victimes et leurs proches. En 2021, ce réseau prend une nouvelle forme sous le nom de Réseau d’Entraide Vérité et Justice. Ce réseau rassemble de nombreuses familles de victimes, celles qui ont perdu un proche tué par la police. En prison, à l’institution psychiatrique, ou victime de disparition forcée, ainsi que des blessés mutilés, des forces de l’ordre, donc on lutte contre les violences policières militaires et psychiatriques. Et donc… Et on est un peu dispersé à l'échelle nationale. Et donc moi, je suis une des sœurs de Lamine Dieng, donc tué par la police. Et par rapport à justement ces attaques, donc on peut nous dire que ces attaques ne datent pas d’aujourd’hui, parce que depuis longtemps, elles existent, mais elles ont été officialisées par des lois racistes, xénophobes, comme la loi Asile et immigration, la loi Darmanin-Rouiller, loi séparatiste. Et tout ça à l’encontre de toutes les organisations. Qui, sous l’an eux, ne respectent pas la République. Et par rapport à ces attaques, on peut parler aussi de dissolution, c’est les risques aussi, les dissolutions, les expulsions, comme par exemple la dissolution. La menace de dissolutions plutôt de Palestine Vaincra, Urgence Palestine aussi. On peut parler également de la dissolution des groupes antifa, des attaques contre les groupes antifa. Les fermetures de mosquées par exemple, des expulsions des jeunes ou des squats en lien avec la loi casse-barrière aussi. Le déploiement de l'État policier dans les quartiers, les violences policières, donc le contrôle au faciès, la criminalisation des militants, l’enfermement des corps aussi, via les gardes à vue, les prisons, les CRA, sans parler de chancellement judiciaire, des amendes abusives. Et les manifs sous contrôle maintenant, comme on a déjà vu dans le passé qu’on soit contrôlé par des drones, comme là, par exemple, pour la marche du 15 mars que le réseau d’Entraide Vérité et Justice organise depuis des années, il y a eu des drones. Et pour l’expulsion aussi, des jeunes…
Comment ça, des drones ? Y’a eu des drones ?
Des drones en manif pour nous surveiller, c’est pour ça que je parle justement de manifestations sous contrôle. Et donc par rapport à ces drones qui nous surveillent, donc de là il y a eu un tweet du préfet là, comment il s’appelle, pardon, Nuñez, voilà, oui Nuñez on va l’appeler juste ouais, même Laurent, voilà. Et justement donc par rapport à Donc on a vu que c'était eux justement qui avaient repéré une banderole qui était déployée lors de notre manif. Et donc c’est le tweet du préfet qui justement, parce que je crois qu’il y avait les flics aussi, qui étaient montés au créneau disant que c'était une insulte, ceci, cela, mais ce n’est pas une insulte. C’est juste qu’ils ne veuillent pas reconnaître la réalité et la vérité. Parce que c'était quoi ? C'était une banderole qui représentait le flic qui avait tiré sur Nahel. Donc si c’est insultant, ben il faudrait qu’ils aillent dire ça au flic qui a tiré sur Nahel. Et du coup, par rapport à ça, donc, il y avait aussi la mise à main sur les cagnottes, donc avec cette cagnotte aussi de la honte par rapport aux tueurs de Nahel, donc le mieux ce serait qu’ils rendent l’argent de la cagnotte, quoi, tout simplement, parce que la famille en a besoin justement pour… Merci. Que la famille en a besoin pour les frais judiciaires justement et donc je continue peu
Donc si on revient sur ces dirigeants de l'État français, parce qu’on parle souvent de Macron, mais il ne faut pas oublier qu’il y a les pères de Macron avant ça. On a parlé tout à l’heure de Charles de Gaulle. Voilà, ces héros qui ne sont pas des héros dans tous les pays, qui ont tous du sang sur les mains. Donc si l’on doit commencer par Macron, c’est vraiment d’aller jusqu'à beaucoup plus loin. C’est comme parler du racisme. On ne peut pas parler de racisme sans parler de négrophobie. On ne peut pas parler de racisme sans remonter jusqu'à l’esclavage. Littéralisation aussi de l'état policier, comme on a dit tout à l’heure, l’armement de la police municipale comme à Saint-Denis, mais pas que. Ça fait penser à cette loi L435-1, légitime défense, ou le refus d’optempérer, qui a juste en référence avec l’assassinat à Loussen Kamara, 19 ans, jeune guinéen, abattu à Angoulême dans sa voiture le 14 juin 2023 et le 14 juin prochain ça fera deux ans donc il y a une commémoration à Angoulême. Ça fait penser aussi à Nahel Merzouk, 17 ans, abattu le 27 juin 2023 à Nanterre. Et ça renvoie aussi à Rayana, la vingtaine, qui a été abattue en juin 2022 à Paris dans le 18e. Et justement par rapport à cette loi soi-disant légitime défense qui a été mise en place sous Hollande et c'était en février 2017. Donc voilà, souvent les forces de l’ordre, ce sont ces cartes qui brandissent, soit la carte du refus d’obtempérer ou sinon la légitime défense, donc qui excuse tout. Et je vais peut-être passer la parole à Salomé pour qu’elle complète.
L’idée pour répondre à une des questions posées pour cette table ronde que c'était quelles sont les attaques du camp réactionnaire et raciste et sur les solidarités et moi j’aimerais revenir sur un terme qu’on a beaucoup entendu ces derniers mois et c’est la mexicanisation de la France et ce n’est pas par une envie soudaine de la population française de manger des tacos et porter des chapeaux mais ça se situe au même niveau raciste. Donc… Ce terme, utilisé par le ministre de l’Intérieur en novembre dernier à Rennes, révèle deux choses. Révèle d’abord la logique coloniale, raciste et classiste qui caractérise l'État français. Une logique qui ne tombe pas seulement vers l’extérieur mais aussi vers l’intérieur. Vers l’extérieur parce que l’expression en elle-même est raciste à l'égard des Mexicains, et par extension à l'égard de l’Amérique Latine. Je cite : « Les narco-racailles n’ont plus de limites, c’est une fusillade, ça ne se passe pas en Amérique du Sud, ça se passe à Rennes, à Poitiers, dans cette France de l’Ouest que je connais bien. » Et au-delà du racisme, du colonialisme et du classicisme qui se cachent derrière ces mots, ce qui est important de souligner c'était vraiment l’intention d’utiliser ce parallélisme avec le Mexique en France. Et la première fois que j’ai entendu le terme, tout de suite j’avais compris qu’on était face à l’annonce des mesures répressives et des dispositifs répressifs. Parler de la mexicanisation de la France, c’est établir un parallélisme infondé mais qui permet de préparer les esprits, de façonner l’opinion publique pour qu’elle accepte les mesures de plus en plus répressives. Un parallélisme fondé, mais bien travaillé, parce que si le ministre de l’Intérieur a utilisé les termes en novembre 2024, déjà en mai 2024, lorsque le rapport de la Commission d’enquête du Sénat sur l’impact du narcotrafic en France a été publié, c’est le rapport qui a précédé la loi qui vient d'être adoptée en avril, on parlait déjà de mexicanisation dans la presse, et il y avait un article sur France Info qui montrait comment une délégation de magistrats mexicains s'était rendue en France, et je vais citer à nouveau, pour appeler la France, et je cite, « à prendre des mesures d’urgence pour ne pas se retrouver d’ici quelques années dans la même situation qu’au Mexique. » L’un des magistrats mexicains qui est venu disait, « Les crimes organisés s’internationalisent, s'égalisent. La France peut encore proposer des modifications législatives et donner plus de pouvoirs au parquet. à la police et aux juges pour intervenir de manière efficace, des peines plus fortes sont nécessaires. » Cette délégation de magistrats a oublié de préciser quelque chose et c’est que justement au Mexique, quand on a commencé à instaurer des mesures plus répressives et quand on a décidé de mettre l’armée dans la rue pour lutter contre la sécurité liée au trafic de drogue, c'était en 2016 dans le cadre de la guerre contre la drogue. Mais c’est pile à ce moment-là, quand l’armée était dans la rue, que la violence au Mexique est devenue massive et extrême. On compte maintenant plus de 100 000 personnes disparues et plus de 450 000 homicides. Ils ont oublié de préciser ça. Donc, les dispositions contre le narcotrafic, tout comme la camarade de Survie parlait tout à l’heure dans la première partie de la table ronde de la guerre contre le terrorisme… Mais bon, les propositions contre le narcotrafic, maintenant… Tout comme cette disposition antiterroriste, introduisent un arsenal juridique et judiciaire qui, à terme, sera utilisé contre les actions militantes. Donc, dans ce cadre, et pour répondre à une autre question qui était posée dans le cadre de cette troisième partie, c’est-à-dire quelles sont les alliances pour faire front, je dirais, tout comme les réseaux d’entraide Vérité et Justice, que tout comme les États ont globalisé la répression. À nous d’internationaliser la résistance et la solidarité.
Merci, c'était très clair. On va continuer du coup avec toi, du coup pour le jeune de Belleville, Mamadou. Tu veux bien nous expliquer la répression, la résistance, un petit peu le mouvement, où vous en êtes là maintenant ?
Bonsoir, moi c’est Mamadou. Je fais partie des jeunes du collectif de Belleville et je suis l’un des délégués du collectif. Je vais rappeler un peu le collectif Belleville, c’est un collectif des jeunes mineurs isolés qui a été créé il y a de cela un an et demi maintenant. Et l’objectif de ce collectif c'était de revendiquer le droit des mineurs, si le soit, à la France. L'école, l'éducation, la santé, le logement et le droit. Bon, c’est les bases des revendications, mais d’une manière générale, le collectif maintenant est devenu un collectif qui lutte pour l'égalité des droits pour tous et pour toutes. Avant de parler du collectif, j’aimerais un peu revenir sur la raison pour laquelle un jeune quitte son pays, les raisons du départ de nos pays d’origine, pour venir ici en France, pour parler juste de la France-Afrique un peu, d’une manière générale. Vous savez que l’Afrique, c’est le continent qui a subi 300 ans d’esclavage. C’est un continent qui a subi plus d’un demi-siècle de colonisation. L’Afrique, actuellement, c’est le continent qui subit encore la colonisation jusqu'à présent. Il faut rappeler que l’Afrique a des défis, des défis économiques et des défis sécuritaires. Les jeunes que vous voyez ici qui vient, aucun jeune ne souhaite quitter papa et maman. Se donner dans une aventure que tu ne sais pas si tu vas arriver à destination ou si tu vas périr, tu vas mourir. Un jeune ne va pas penser affronter une mer où tu vas durer au minimum trois, quatre jours, une semaine dans l’océan qui n’est pas dans un grand bateau, c’est juste des zodiacs ou des pirogues. Et la raison pour laquelle nos jeunes quittent chez lui, c’est une raison… Les défis, c’est un défi sécuritaire. Vous savez, ce qui se passe au Sahel, ça touche toute l’Afrique de l’Ouest, je dirais, et généralement toute l’Afrique. Mais on va parler du Sahel parce que moi, je viens du Sénégal. Pourquoi un jeune sénégalais, malien, burkinabé va quitter son pays ? Qu’il va aller en France, en Espagne, en Italie et qu’ils vont aller en Europe ? Un, c’est d’abord accepter l’autocritique, dire que la mauvaise gouvernance chez nous, critiquer ça d’abord parce que nous avons des présidents qui sont corrompus, qui sont à la merci des… Des Européens, qui signent des contrats qui ne nous arrangent pas et que ce jeune qui va voir son avenir, qui est hypothéqué, qui n’a pas d’autre solution que de quitter là-bas. Aux jeunes qui vont fuir les guerres parce que tu ne veux pas avoir tu ne vas pas t’engager à côté des terroristes tu ne peux pas t’engager dans l’armée parce que non seulement l’armée est affaiblie. Et la raison pour laquelle ces jeunes quittent là-bas, c’est ça, c’est que nous avons en face de nous des groupes terroristes, ce n’est pas des terroristes parce que ce sont des bandes armées qui font le bordel partout au Sahel, ils ne savent pas ce qu’ils revendiquent, ils sont là, ils sont armés par des puissances occidentales et qui font du bordel partout au Sahel. Vous voyez ce qui se passe au Mali. Au Mali, ce qui s’est passé là-bas, c’est que c'était après la déstabilisation de la Libye que le Sahel a subi tout ça. Et que là, nous avons des bandes armées qui sont là, qui foutent le bordel, qui vont dans des villages, qui ravagent tout, qui tuent, qui tuent, qui ne pensent même pas à ce qu’il va, ce qui va se passer après. Qui tirent sur tout ce qui bouge, qui sèment la terreur. Au moment, ils ont fait appel à la puissance. Il faut appeler les… Les Occidentaux pour nous sauver de ça. Ils les ont appelés, ils ont échoué. De toute façon, l’objectif n'était pas… De combattre les terroristes. La France a les capacités logistiques pour combattre les terroristes. Ça, tout le monde le sait. Mais pourquoi avec toute l’armée qu’ils ont déployée là-bas, avec toutes les logistiques qu’il y a, pourquoi cette armée n’arrivait pas à tuer même pas 30 terroristes ? Parce que l’objectif n'était pas de tuer les terroristes. Il faut rappeler que le Mali est le 3e producteur d’or après le Ghana et l’Afrique du Sud. L’objectif, c’est de piller ces ressources. L’objectif, ce serait de piller les Africains. Ce qui s’est passé depuis la nuit des temps. Il faut rappeler que ce ne sont ni les Européens, ni les Russes, ni les Chinois. Personne ne va sauver l’Afrique. Personne ne veut sauver l’Afrique d’ailleurs. Tout le monde est là pour les ressources premières parce qu’il n’y en a pas chez eux. Les ressources primaires, ça n’existe que chez nous. L’or, le cuivre, l’uranium, tout ça, ça n’existe que chez nous. Alors, pour exploiter ça, il faut foutre le bordel dans tout ça. Pour exploiter les ressources, il faut créer la guerre, il faut créer des guerres entre eux, des guerres tribales, des guerres religieuses, la guerre. Ethnique, c’est tout ce qu’ils font là-bas.
Et ici, du coup, t’avais parlé des drones aussi ?
Je vais revenir après sur les raisons pour lesquelles on a quitté là-bas et je vais parler aussi du collectif dont on peut parler pour quand. Et moi, ce qui s’est passé au Sénégal, c’est que l’Union européenne a signé des contrats de pêche avec le Sénégal. Vous imaginez, l’Union européenne qui signe des contrats de pêche pour cinq ans, pour 8 millions d’euros. Ces gens qui vont aller pêcher là-bas, ils ont des gros bateaux qui vont ravager tout ce qu’ils vont trouver. Vous savez qu’au Sénégal, la plupart des gens, c’est des pêcheurs et ces pêcheurs-là, ils n’ont pas les moyens de pêcher avec des gros bateaux, c’est avec des pirogues. Ils n’osent pas aller jusqu'à l’intérieur du ciel pour pêcher. Et là, ils sont obligés de se limiter à quelques kilomètres. Mais en réalité, tu es dans les larges d’à Cap, tu vois les bateaux occidentaux qui pêchent, qui vont ravager tout. Et le petit pêcheur qui va retourner, il n’aura rien à donner à sa famille et il est obligé de nourrir sa famille. La solution qui reste, c’est de prendre la pirogue et dire, je vais rejoindre les côtes espagnoles. Vous savez combien ça dure entre Dakar et Las Palmas entre 6h et 10h. Une fois que tu es arrivé ici, tu te dis, en espace de celui-là, il y a la barrière linguistique, je ne peux pas, je viens d’un pays où on parle français, je vais me débrouiller pour aller en France. C’est un pays, je parle un peu le français, je vais aller en France. Tu arrives ici avec tes documents que tu as, tu passes à moi, tu fais ton évaluation, tu n’es pas reconnu mineur, même si tu as ton passeport de ton pays avec toi, ils s’en foutent de ça. Ils te posent des questions pendant l’année de temps et là, dès que tu parles une question, ils vont se baser sur ça pour dire tu as été re-visé par le département, tu as le droit de le faire demander en recours auprès du juge des enfants, parce qu’après les années il n’y a pas de problème.Mais si tu déposes le recours auprès du jugement des enfants, la durée c’est entre 6 mois et 8 mois et pendant ce temps tu n’as plus de jugement, ni d’accord. Que tu te retrouves dans la rue, et moi que je te retrouve dans la rue, tu es exposé à tous les dangers, c’est en ce moment que le collectif des jeunes de Belleville a été créé, c'était des mineurs qui étaient dans la rue, avec le soutien de Belleville, des parents qui ont soutenu. Et là, l’objectif a été créé. L’objectif, c’est de faire des occupations. C’est des occupations, ils ont occupé les Métallos, les 5-4. Les 5-4. L’Hôtel de ville, tout ça au-dessus, c’est avec hésitation. Jusqu'à tout dernièrement, le 10 décembre, on a occupé la Gaîté Lyrique.
Tu veux nous toucher un mot là-dessus sur la résistance et après on passe au petit paquet de la récupérer et aux questions avec la salle ? Comme ça on finit sur la résistance et on passe aux questions publiques, ça va ? Alors ça s’est passé comment la résistance là-dessus ?
Là du coup, dès qu’on a occupé la Gaîté Lyrique, on s’est dit, là il faut organiser des manifestations, des rassemblements, chaque jour il fallait faire face à cet État raciste qui était là, qui avait le seul objectif de faire peur à ces jeunes parce qu’ils ont vu que le collectif avait une ampleur. Il fallait à tout prix écraser ça, il fallait faire peur aux jeunes et le 18, avant le 18 on faisait des manifestations à chaque fois qu’il y a des manifestations on faisait face à des policiers qui provoquaient les jeunes et dès qu’il y avait une réaction des jeunes, tu te fais matraquer, on te tabasse. Parce que l’objectif était de leur faire peur, faire peur. L’objectif est de tout faire pour que les jeunes abandonnent ce qu’ils font. Jusqu’au 18 décembre, ils ont expulsé la Gaîté d’une manière très violente. Et les jeunes ont subi tellement de violences. Il y a plus de 25 jeunes qui sont sortis du Quai de l'Église avec des œufs qui taffent. Euh, vu que les occupations n'étaient pas basées sur des trucs solides, à chaque fois, il y a des occupations qui sont annulées par le même parti que… À chaque fois il y en a un jeune qui, euh, euh, qui, qui vont… Voir là et s’ils ont filé, il faut à tout prix annuler l’occupation avant l’urgence. Et là, jusqu'à là, il n’y a personne qui a annulé les occupations, alors qu’il n’a pas eu à l’occurrence. S’il vous plaît, abonnez-vous ! Leur objectif, c'était de faire peur aux jeunes. La répression ce n’est pas limité à la police, c'était la répression judiciaire, c’est ce qu’ils ont pensé. Le but, c’est de faire tout pour faire plier, que nous, ils ne nous laissent pas faire, on va continuer à se battre, on va réclamer nos droits et on va gagner.
C’est bien ça, comme conclusion ça. Merci beaucoup.
Merci. La gauche, la gauche est là !
Bon, dans cette réalité impérialiste, en fait, depuis le cœur du monstre, depuis ici, depuis nos territoires, ce continuum extérieur, intérieur, c’est pas pour la Palestine, c’est pas pour ailleurs, c’est aussi pour nous. En fait, ce continuum, il nous touche parce que ça a un impact sur nos camarades, sur nous, sur nos luttes et puis sur ce qu’on veut. Là, on est à un virage, un virage de narratif génocidaire, ça tombe sur notre génération. On n’a pas de protocole, on n’a pas de menu, on ne sait pas comment faire, ce n’est pas écrit dans les bouquins. C’est pour ça qu’on se retrouve contre l’armement, contre les guerres en termes généraux, mais du coup, notamment contre le Salon du Bourget. On aura le temps justement au village de discuter de tout ça, de vraiment continuer à travers des tables rondes, mais aussi d'échanges malgré des différends politiques. Ça s’appelle le débat et c’est sain. La camarade nous a rappelé le besoin internationaliste de la solidarité. Pour un antimilitarisme populaire, on ne fait pas sans les concernés, sans les premiers concernés. On ne fait pas sans la base du coup, on construit tout par en bas, comme ce soir. Et puis, avant de passer aux questions, on dédie quand même cette soirée aux camarades voyageurs Romney, Tsikhan. Qui commémorent ce soir même, au Cirque Romanès, en ce moment-même les 81 ans de la résistance romani du soulèvement du camp de Birkenau, donc de l’intifada romani, ok ? Voilà, donc gloire aux résistants. Gloire aux Résistants, qui dans les camps de concentration, les prisons, asiles ouvertes, que ce soit impérialistes ou nazis, ont tenu tête. Donc on pense à eux et on va passer aux questions. Et vive la lutte anti-impérialiste, les gens !
Excusez-moi, je voulais passer un message. En fait, c'était un rappel, on a un meeting le mardi vingt-sept pour un meeting de soutien contre les OQTF et nous invitons tout le monde à la Bourse du travail, tous ceux qui seront disponibles, ça va. C’est ce que nous voulons.
C’est pour ça qu’on est là.
Je crois que c’est de 18h30 à 18h20.
Alors moi je voulais juste vous réciter un extrait de la charte du Mandingue faite par les chasseurs sous Sundiata Keïta, donc au XIIème, XIIIème siècle, donc c’est pour ça que quand certains disent que l’homme noir n’est pas encore entré dans l’histoire, il faudrait que cette personne retourne à l'école. Et donc… Ou plutôt connu sous la charte du Manden dont il vise à abolir toute atteinte à la liberté, l'égalité et la dignité. Donc c’est « Toute vie est une vie. Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie, mais une vie n’est pas plus ancienne, plus respectable qu’une autre vie. De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre, toute vie étant une vie, tout tort causé à une vie exige réparation. Par conséquent, que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin, que nul ne cause de tort à son prochain, que nul ne martyrise son prochain. Toute vie est une vie. »
Merci.
Juste une petite annonce par rapport à un événement qui va se faire le 31 mai à la Parole errante.
Mais c’est une annonce, on parlait tout à l’heure d’internationaliser les solidarités, les résistances à la Parole errante samedi et dimanche prochain. Il y aura tout un week-end de solidarité avec les luttes mexicaines et avec un camarade qui a été assassiné par l'État mexicain. Et dimanche, une journée en soutien aux communautés zapatistes. Il y a des rencontres internationales cet été avec des communautés zapatistes au Mexique. Donc si vous voulez venir, c’est à partir de 14h à la Parole errante à Montreuil, samedi et dimanche.
J’ai deux micros, voilà, si, c’est bon, on va faire un temps de 10 minutes de questions parce qu’en fait il fait chaud et on a écouté des trucs passionnants et terrifiants pendant deux heures, donc on est un peu éprouvés, mais avant un tout petit point d’une camarade qui est là pour la veille anti-VSS.
Bonsoir tout le monde, juste pour vous informer que tout au long de la soirée, il y a une équipe de veille contre les VSS, donc les violences sexistes et sexuelles, qui est présente, on est identifiables avec des gilets jaunes ou oranges, on a deux camarades qui vont un peu se promener partout et une autre personne qui est juste à l’entrée du chapiteau, de l’autre chapiteau, enfin à l’entrée de la petite rotonde là, qui a un poste fixe. N’hésitez pas à nous solliciter si vous êtes victime ou témoin de violences sexuelles ou sexistes. Et sinon, je vous souhaite une bonne soirée. Prenez soin de vous et prenez soin les uns des autres.
C’est encore moi alors, du coup, vous avez posé plein de petites questions. Il y a des gens, ils ont écrit des romans explicatifs, sourcés avec des chiffres, avec des questions super pointues. Et il est évident qu’on ne va pas pouvoir traiter l’intégralité de ces questions. Et c’est bien dommage. Et du coup on a dû faire une terrible opération de tri… Entre les questions, j’ai volontairement, avec mes camarades, sélectionné aussi des questions un peu larges, pas forcément ultra-technico-techniques, mais en tout cas, il y a une question pour Marc-Antoine de Pérouse, je lui donnerai après. C’est une question, la première pour le camarade de la CGT STMicro. Je ne sais pas si… Il est encore là ? Là ? Ok. La question, c’est à part la mobilisation STMicro, est-ce qu’il y avait d’autres exemples de mobilisation en France ? Je ne sais pas, je ne sais pas ce que tu veux que je te dise.
À part la mobilisation STMicro, il y a d’autres mobilisations. Il y a les camarades de Décathlon à Paris, par exemple, qui ont aussi fait un mouvement de grève. À Thales, ils ont aussi écrit une lettre. Après, c’est vrai que ce n’est pas encore facile de généraliser le mouvement. Globalement, tout le monde a un peu peur d'être le premier à faire les choses. C’est pour ça que je disais que c'était important de communiquer sur ce qui se fait, plutôt que de dire « ah, ils ne font rien » et tout ça. C'était aussi important de vous syndiquer si vous n'êtes pas syndiqué. Et de militer dans vos syndicats et dans vos unions locales, dans tout l’Interpro. Et peu importe le syndicat, CGT, Sud, FSU, etc. Ce n’est pas un truc boutique. C’est vraiment ensemble qu’on peut construire ça. Et voilà, je sais que dans l'éducation, il y a beaucoup de gens qui font des choses. Évidemment, c’est hyper différent comme type de mobilisation. Mais il y a d’autres choses évidemment ailleurs.
Et du coup, je voudrais rajouter qu’il y a aussi eu des mobilisations dans Solidaires Informatique. Il y a la Solidaires Informatique de l’entreprise Red Hat qui a aussi pris position en soutien à leurs collègues en Irlande, qui se sont eux aussi positionnés contre le fait que Red Hat, c’est une entreprise informatique qui travaille directement pour des unités de l’armée israélienne, et donc ils ont dénoncé ça. Et il y a un syndicaliste de Sud Informatique dans cette entreprise qui s’appelle Peliko, qui a pris position, qui a posé des questions, qui a dénoncé les liens de son entreprise avec une entreprise d’armement américaine qui vend des armes à Israël et qui a subi une répression syndicale et donc c’est important de les soutenir les camarades qui prennent position et qui sont souvent, prennent des risques d'être réprimés par leur patron et donc voilà je voulais faire un petit mot de soutien pour Alexandre de Sud Informatique chez Pellico qui est menacé de licenciement, c’est important de le soutenir. Merci !
Il y a une question, c’est très simple, c’est quel est le titre du film qui a été diffusé, c'était Nous sommes des champs de bataille de Mathieu Rigouste. Il est disponible en accès à prix libre sur internet, il faut payer un truc ou pas, un prix symbolique ou quoi, et après vous l’avez. C’est super cool. Question à 8 000 euros. Pour je ne sais pas qui. Faut-il, attention c’est un devoir de philo, faut-il vendre des armes à des pays pour se défendre ? Marc-Antoine Perros de Monclo, je ne sais pas qui veut répondre à cette question, délivrez-moi ! Faut-il vendre des armes à des pays pour se défendre ? Ouais, en tant que nation, en temps… Non, non, non apparemment ! est-ce qu’on s’amuse ? Alors une question pour Survie, comment expliquer le silence du Rwanda sur le génocide perpétré par l'État d’Israël ?
À Survie, en fait, on dénonce l’impérialisme français donc on ne prend pas la parole au nom des pays africains, on s’inscrit en solidarité avec les populations en lutte mais on ne s’exprime pas au nom de régimes africains.
Ce n’est pas pour la souveraineté.
Oui, il n’y a pas de souci du coup, c’est encore une question pour Survie que je déchiffre en même temps, que je reçois le papier. Que pensez-vous de ce qu’il se passe au Congo avec l’ingérence ? L’influence, l’ingérence des puissances étrangères, donc que pensez-vous de ce qu’il se passe au Congo avec l’ingérence des puissances étrangères ?
Justement, on est en train de refaire de la RDC un sujet un peu central dans nos analyses. Donc on est en train de se former en interne sur cette question. Et on condamne bien évidemment toutes les violences perpétrées en RDC. Nous, ce qu’on aime rappeler, c’est que la déstabilisation actuelle en RDC est notamment liée au fait que l’armée française a laissé fuir les génocidaires en 94 au Zaïre, donc l’opération Turquoise a laissé s'échapper les génocidaires au Zaïre, qui ont exercé un droit de poursuite ensuite dans ce qui est l’actuelle RDC, que la France a une part de responsabilité dans la déstabilisation.
Merci beaucoup. Autre devoir de philo, serait-il possible que la France crée du terrorisme afin de légitimer leur présence ? Noter le
Comme je l’ai dit dans mon intervention, l’aspect terrorisme, c’est quelque chose qu’il faut réfuter. Quand quelqu’un est accusé de terrorisme, il faut réfuter cela. C’est un biais sécuritaire. Je vais prendre l’exemple parce que je crois qu’il y a une autre question, j’ai vu passer les questions tout à l’heure. La question c'était, je crois, sur l’influence de la colonisation en Palestine. Est-ce qu’elle a un impact sur l’islamophobie ? En fait, je vais traiter ces deux questions avec celle-là. Il y a environ un an, Netanyahou faisait une intervention en France, et qui disait, « Nous sommes le peuple des lumières et ils sont le peuple des ténèbres. » Quand on dit peuple des ténèbres, on parle d’une population qui est arabe, qui est majoritairement musulmane, pas que, mais majoritairement musulmane. Et quand on attaque, quand on déshumanise, quand on criminalise des gens pour ce qu’ils sont, pour leur croyance, on peut se permettre tout ce qu’il y a derrière. Donc le terrorisme en fait, il s’inscrit dans ce biais-là, il s’inscrit dans cette attaque contre les peuples qui sont issus de l’immigration, qui sont considérés comme inférieurs, qui sont arabes, qui sont noirs, qui sont mexicains, qui sont latinos. C’est tout ça qui fait que oui, il y a une création, il y a un jeu sécuritaire à criminaliser des gens. J’ai plus la question en tête, désolé, tu peux me la répéter ? La première, c’est peut-être la deuxième.
Et cette question, justement, c’est ce continuum colonial. On va chercher des raisons pour aller s’imposer dans des pays. Il y a 100 ans environ, quand la Société des Nations a été créée, un des mandats, c'était le mandat de civilisation, de mener les sociétés du Sud vers la civilisation, un mandat civil, en fait. C’est exactement la même chose qui se reproduit sous deux termes différents. C'était ce continuum colonial.
Merci beaucoup, on va prendre une dernière question. Alors, petit élément de contexte pour introduire la question. Israël forme plusieurs armées en Afrique et y vend du matériel, notamment de surveillance pour leur population civile. Par exemple, le Rwanda, le Gabon, le Togo, le Kenya, l'Éthiopie, le Cameroun, évidemment, entre parenthèses, la garde présidentielle camerounaise parle hébreu. Que sait-on du rôle de la France dans cette place grandissante d’Israël en Afrique ?
Comme je ne suis pas compétent, je le dis franchement, donc je ne pouvais pas répondre à certaines questions. Mais il y avait une question qui était posée sur le consentement du gouvernement malien quand les troupes françaises sont débarquées en janvier 2013. Alors ça je peux en dire un mot, en réalité il faut rappeler la situation, en 2012 vous avez eu un coup d'État mené par un capitaine qui s’appelle Sanogo, et en réalité du coup vous n’aviez plus vraiment de gouvernement légal reconnu par la communauté internationale. Il y avait un premier ministre de transition, on avait fait à l'époque d’ailleurs un bouquin avec Nafet Keïta, qui était un Malien qui malheureusement est mort depuis d’un accident de la route, et dans ce livre qui s’appelle La tragédie malienne, justement, il expliquait qu’en fait, le premier ministre qui a fait officiellement la demande d’intervention militaire de la France n'était constitutionnellement pas en droit de faire cette demande. Donc il y a déjà un problème juridique et en plus de ça, ce qu’on sait maintenant, puisque je connais l’auteur qui a aidé à rédiger la lettre de ce premier ministre, c’est qu’en fait les demandes des Maliens c'était uniquement pour un backup aérien et pas un déploiement de troupes au sol. Donc déjà à l'époque les militaires français ont dit : « Nous, on ne peut pas intervenir si on n’est pas également déployés au sol. » Donc, en fait, cette demande a été réécrite, mais sur le plan du droit international, elle a été complètement couverte par les Nations Unies. Et à l'époque, il faut se rappeler, en janvier 2013, quand la France intervient, il y a vraiment une belle unanimité, c’est-à-dire que tous les pays africains sont aussi d’accord là-dessus, les pays arabes également. Donc, ce n'était pas du tout comme l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, une autre opération militaire de l’armée française, qui, elle, a été très contestée par beaucoup de pays africains. Là, au début, en tout cas, il y a une belle unanimité. Mais encore une fois, le phénomène d’usure, tout ça va bientôt se déliter et ce consensus va aussi s’effriter. Et quand on va dans des questions de droit, et là, je rends hommage à mon collègue Naffet Keïta, effectivement, on se rend compte que constitutionnellement, le gouvernement était illégal.
Merci à tous et toutes de nous avoir écoutés et participé à cette table ronde.
