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Guerre à la guerre : Ennemi.e.s de l’intérieur Perspectives migrantes et féministes sur la répression des corps et des esprits sur le territoire français.
« Ce qu’elles veulent, ce n’est pas notre liberté, c’est notre discipline »
« C’est pas du féminisme, c’est du colonialisme avec du blush. » Voilà le ton, direct, déterminé, radical, de cette prise de parole signée Nous Toutes, lors de la rencontre « Guerre à la guerre », avec les Jeunes de Belleville et le Réseau Entraide Vérité et Justice. Au poste est en direct de la Grande soirée au Cirque électrique à Paris ce 24 mai, on écoute, on témoigne, on tremble aussi. Il y est question de répression, de corps contraints, de luttes menées au cœur des quartiers populaires. L’émotion est là, souvent contenue, parfois rageuse, mais jamais stérile. Ensemble, les invité.e.s croisent leurs expériences de terrain, décortiquent les logiques coloniales d’un État sécuritaire, et dessinent un horizon de résistance, où l’autodéfense politique et la solidarité communautaire reprennent leurs droits.
« Le climat s’est particulièrement tendu ces derniers temps et les manifs deviennent de plus en plus dangereuses. »
On sent que le sujet touche un point sensible. Depuis la Palestine jusqu’au lycée du coin, les formes de répression s’enchaînent. Et à la base, toujours les mêmes cibles : femmes voilées, migrants, militants antiracistes, jeunes racisés, corps trans, quartiers . Dans les mots des intervenantes, pas de victimisation. Mais un constat froid, chirurgical, sur les effets d’un continuum de la répression, qui va de l’école aux médias, des tribunaux aux trottoirs. Le tout sous couvert de valeurs dites universelles.
« Quand certains parlent des ennemis de l’intérieur, on sait très bien de qui il s’agit. »
Ce qui est nommé ici n’est pas nouveau. Mais le dire à voix haute, c’est déjà un acte de courage. Une intervenante déroule : expulsion pour une jupe longue, dissolution d’associations, gazages, criminalisation des slogans… On pense à tout ce qu’on a vu passer sur les réseaux ces dernières années. Et soudain, tout prend une cohérence. Cette guerre-là n’a pas besoin de chars, mais elle a ses zones : lycées, foyers, manifs, commissariats.
« Il faut qu’on en finisse avec le fantasme xénophobe, qu’on arrête de croire au récit d’État. » À ce moment-là, dans le tchat, un certain Idir écrit : « Le vrai séparatisme, c’est le leur. » L’animatrice le cite. Dans la salle, on opine. On sent que la phrase percute.
Mais pas question de rester les bras croisés Les voix s’élèvent aussi pour dire la force des alliances. Les bonnes celles qui n’écrasent pas la parole des concerné.e.s, celles qui épaulent, qui écoutent, qui marchent. On entend : « On ne veut pas qu’on parle à notre place. Juste qu’on lutte avec nous. »
Et là, les éclats de rire arrivent. Oui, même dans la colère. On parle d’un féminisme décolonial, radical, mais aussi joyeux. « Contre toute attente », dit l’une. Parce que se battre, c’est aussi vivre, respirer, danser. On pense à ces manifs nocturnes, aux slogans partagés, aux gestes d’autodéfense qui se transmettent. On parle stratégie, aussi : se rendre ingouvernables, organiser la protection, occuper le terrain.
« Elles ne veulent pas notre liberté, elles veulent notre discipline. »
Le contraste est flagrant, presque grotesque. « On nous accuse d’importer un conflit alors qu’ils exportent des missiles. » La salle se fige. L’image est parfaite, implacable. D’un côté, des familles à genoux devant des blindés, dans une manif. De l’autre, des salons militaro-industriels, au Bourget, avec champagne et drones de combat.
« La guerre est partout, mais elle ne dit pas toujours son nom. » L’analyse va loin : on parle aussi des alliances féministes qui déraillent. De ce nationalisme soft, à la sauce République, qui prétend libérer les femmes à coups de lois islamophobes. « Ce n’est pas du féminisme, c’est du colonialisme avec du blush. » Là encore, le tchat s’enflamme. Rosa, pseudo d’une habituée, balance : « À force de vouloir sauver les autres, elles ne se rendent pas compte qu’elles font juste le sale boulot. »
Comment tenir bon quand la répression est partout ? En faisant réseau en soignant les blessé.e.s, en hébergeant les sans-papiers, en veillant les camarades, en déjouant les pièges de l’État. Des exemples concrets fusent : actions de rue, veilles collectives, cantines solidaires, autodéfense féministe, ateliers juridiques. « La solidarité est une arme », dit une autre.
L’ambiance est grave, mais porte, on sent une détermination. Celle des collectifs qui savent que l’État n’est pas là pour les protéger. « On n’a plus le temps d’attendre la reconnaissance, on construit nos propres outils. »
On repart de cette soirée avec des certitudes ébranlées, mais aussi de nouvelles directions. « Ce qui nous sauvera, ce ne sont pas les institutions, ce sont nos complicités. »
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En quoi consiste le « continuum de la répression » ?
C’est l’idée que les violences policières, judiciaires, médiatiques ou institutionnelles sont liées. Elles ciblent les mêmes personnes, avec les mêmes logiques : contrôle, exclusion, punition.
Qui est derrière le Réseau Entraide Vérité et Justice ?
Le Réseau Entraide Vérité et Justice (REVJ) est un collectif national fondé à partir des luttes des familles de victimes de violences policières. Il regroupe des collectifs de quartier, des proches de personnes tuées, mutilées ou criminalisées par les forces de l’ordre, mais aussi des soutiens engagés dans des formes d’auto-organisation populaire.
Pourquoi l’expression « colonialisme avec du blush » est-elle si percutante ?
Elle dénonce les discours pseudo-féministes qui défendent les femmes tout en imposant une vision raciste, autoritaire et néocoloniale de l’émancipation. Le féminisme y devient un outil de contrôle, non de libération.
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Cet article est le fruit d'un travail humain, d'une retranscription automatique de l'émission par notre AuBotPoste revue et corrigée par Rolland Grosso et la rédaction.
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noustoutes.orgFéminisme | Trois heures de débat, de parole libre, quelques vannes, de la souffrance, des mots durs comme la réalité, quelques voix blanches, des mains qui se lèvent dans le public et du courage --- beaucoup.


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Sauvage | Comme chaque dimanche, c'est le rassemblement devant la Gaité Lyrique, occupée depuis deux mois et demi par (désormais) 440 mineurs-migrants. Sauf que ce dimanche a une couleur particulière. Inquiets, les salariés de la Gaité ont fait valeur leur droit de retrait. Certaines structures ont quitté les lieux. C'est Ramadan, et les mineurs sont fatigués. Au Poste était présent pour retransmettre leur détermination.
| Ce vendredi 7 février, les mineurs non reconnus qui occupent la Gaîté Lyrique à Paris depuis bientôt deux mois étaient convoqués au tribunal administratif de Paris. Ils ne sont pas que des mômes en lutte. Ils sont un collectif, celui des jeunes du parc de Belleville, convaincus que les mineurs concernés doivent défendre leurs droits par eux-mêmes, pour eux-mêmes. En autogestion face aux menaces d'expulsion, ils sortent manifester le même jour pour faire valoir leurs droits. Une décision du tribunal est attendue dans les prochains jours.
| Après l’expulsion violente de la Gaîté Lyrique (Paris) le 18 mars dernier,les jeunes exilés du parc de Belleville, soutenus par des syndicats de l'Éducation, réclament l’annulation des OQTF infligées à vingt-quatre d’entre eux. Ensemble, ils dénoncent une politique raciste menée à l'encontre des jeunes, au mépris de leurs droits et, à l'approche des jugements, appellent à une mobilisation citoyenne.
Quelle journée ! MAGNIFIQUE ! Merci encore pour ce live AuPoste !!
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