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Guerre à la guerre : France, complice de crimes de guerre

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Transcription de l’émission

Intervenante
C’est une soirée Guerre à la guerre organisée de façon bénévole par des organisations collectives partie prenante de Guerre à la guerre qu’on va prendre le temps de vous représenter. Vous avez à côté de vous normalement tout un tas de petits papiers comme des tracts et un petit papier blanc dont je vais expliquer l’utilité un tout petit peu plus tard. Alors, le programme, je ne vais pas pouvoir vous donner des horaires fixes, j’ai essayé de vous donner des tranches horaires, mais en gros, on est parti pour une soirée en trois temps. J’ai plus de mains. Un premier temps où on réfléchit, probablement on s'énerve aussi. Un deuxième temps où l’on chiale, mais pas de tristesse. Enfin, ça dépend. Et un troisième temps où on danse. Et du coup, le premier temps, ça va être une espèce de giga table ronde divisée en trois temps que la camarade va vous présenter ensuite. Ensuite, il devait y avoir normalement un truc, et c’est là que j’ai eu une bonne et une mauvaise nouvelle. Est-ce que vous voulez que je commence par la bonne nouvelle ou la mauvaise nouvelle ? Ok, public très pessimiste, ça, pour la mauvaise nouvelle. Alors, la mauvaise nouvelle, c’est qu’on devait avoir la participation de l’humoriste Florence Mendes. Mais… Je sais que tout le monde est venu pour ça ici, en fait. Mais en fait, elle a un problème familial, elle ne peut pas venir. Et du coup, c’est une mauvaise nouvelle. Mais c’est aussi un peu une bonne nouvelle parce que ça veut dire qu’on va avoir plus de temps pour les questions de la table ronde. De toute façon, on est déjà en retard. Voilà. Plus de temps pour réfléchir. Donc ça, c'était la première fois. Ça va durer à peu près une heure trente. On va dire qu'à 22 heures, on a à peu près fini, puis il y aura une performance artistique en soutien à la Palestine du collectif Artistes pour la Palestine. Ça va durer 15, 20 minutes. Et après, vous pourrez vaquer à vos occupations. Qui allait manger des frites au bar, qui allait boire un coup, mais surtout danser à partir de 23h sur le DJ set jusqu'à 1h ou 2h du matin, s’il vous plaît. Je regarde ce que j’ai encore à vous dire. Oui, j’avais encore à dire tout un tas de petits trucs organisationnels, logistico-politiques. Alors écoutez bien et ouvrez vos oreilles. Ici, nous sommes dans le chapiteau. De l’autre côté, c’est le bar, c’est aussi là où il y a des stands à manger, à boire, et c’est aussi là où il y aura les DJ sets. La table ronde et la performance vont se passer ici même. Et on vous redira quand vous aurez ramené. Deuxième chose, cette soirée, elle est à prix libre. Donc vous donnez ce que vous pouvez, ce que vous voulez. Tout l’argent récolté servira à éponger les frais de cette soirée et aussi à financer un peu le matos pour la coalition Guerre à la guerre. Ensuite, la table ronde va être filmée par Au Poste de David Dufresne qui n’est pas là mais qui va faire ça à distance, c’est pour ça que je suis masqué. Et seule la scène va être filmée, donc pas de panique pour vos jolis petits minois que je vois bien, gentiment. Dernière chose, on aura pendant toute la soirée des camarades qui seront visibles avec un gilet jaune qui feront de la veille anti-violence sexiste et sexuelle. Parce qu’on sait très bien que notre camp politique n’est pas immunisé par rapport à ça. Et du coup, ouais, les gilets jaunes. Voilà, du coup n’hésitez pas à les voir, à leur dire des choses. Si vous avez besoin, ils sont là, ils seront invisibles normalement. Dernier truc. Ça va, c’est trop long. Vous êtes toujours branchés. Super, non, mais ça va. Du coup, deux petits trucs pour la table ronde, pour que vous puissiez. Branchez vos cerveaux, donc vous avez des tracts à côté de vous, mais vous avez aussi un petit papier blanc et ce petit papier blanc il va servir pendant les différentes parties de la table ronde à écrire si vous en avez des questions on s’est dit que c'était pas toujours facile de prendre la parole devant un public pour poser sa question et que des fois on a une question et en fait on peut pas la poser bref donc vous allez pouvoir écrire vos questions quand vous voulez. Et à la fin de chaque partie de la table ronde, donc la première, la deuxième, la troisième, des camarades vont venir récolter vos petits papiers et les trier, et, je ne sais pas comment dire, suer à mort pour en faire une espèce de synthèse. Et ça nous permettra un petit peu d’orienter les questions. S’il y a 10 personnes qui se posent la question, peut-être que c’est une question intéressante. Voilà. Et du coup, la table ronde, elle va être agrémentée de petits extraits d’un film que vous avez peut-être vu. C’est « Nous sommes des champs de bataille » de Mathieu Rigouste. On va en diffuser trois petits extraits. Et sans plus tarder, je passe la parole à ma camarade qui va animer la table ronde. Merci et bonsoir.
Intervenante
Salut, bonsoir à toutes et tous, merci d’avoir fait le déplacement jusqu’ici. C’est trop bien, on est un peu en famille aussi, c’est cool. Tant mieux, parce que du coup, on va discuter de choses profondes avant de faire la fête. Pour vous présenter rapidement, laissant les gens s’installer au fur et à mesure, la coalition Guerre à la guerre. C’est une coalition d’organisations et d’individus qui voient l’urgence d’agir autour de la notion de la guerre et du militarisme, parce que non, ce n’est pas nul de spécialistes, ça concerne tout le monde. Voilà, donc ça tend à vouloir construire un antimilitarisme populaire. C’est des collectifs qui se battent contre les choses qu’on connaît déjà, parce qu’on parle des luttes de terrain, comme l’extrême droite, le racisme, la répression, le colonialisme et le patriarcat. Ouais ! Il y a les boussoles féministes en face, on les voit, ouais, ouais. Et il y a cette idée de rassembler autour de plus petits dénominateurs communs, malgré nos différences, parce qu’on n’est pas là pour… Polir toutes les différences et créer quelque chose de super carré, tout ça, tout ça. On essaie de construire quelque chose dans l’urgence, mais aussi dans la durée. Donc on n’est pas forcément d’accord sur des termes, les définitions de l’antimilitarisme par exemple ou d’autres problématiques, mais on est quand même bien d’accord que la tenue du salon du Bourget est problématique. On est quand même d’accord qu’il y a un problème à régler voilà donc on va parler de cette notion de guerre, on va essayer de trouver nos propres termes avec les expériences de personnes qui vont venir en parler depuis le terrain et aussi du militarisme et de l’antimilitarisme et comment ça se reproduit aussi dans nos propres luttes mais bon ça on va parler après. On va présenter un petit extrait du film de Mathieu Rigouste en attendant et puis on va passer au tableau rond. Voilà bienvenue à toutes et tous.
Audio
Parce que jusqu'à aujourd’hui, on dénigre le continent africain. Mais pourquoi est-ce qu’il y a encore des bases militaires en Afrique ? Il y a l’intérêt de la France là-dedans, rien que par rapport à ses armes.Bonjour tout le monde, tous les régimes africains qui ont essayé de se libérer du joug du colonialisme, du néo-colonialisme, se sont fait massacrer. Le Burkina Faso avec Thomas Sankara, le Cameroun avec Umie Ebi dès le départ, il a été éliminé dans des conditions terribles. Donc voilà, la situation est très, très difficile et la France, elle justifie tout ça au nom du terrorisme, de la lutte anti-djihadiste. Et ne soyez pas dupes, c’est les mêmes astuces, les mêmes pratiques qui sont utilisées d’abord contre des populations africaines, et ensuite ça revient vers vous. La violence policière, tout ce qui se passe aujourd’hui, on teste tout là-bas. Les armes françaises sont testées là-bas sur des populations africaines. La présence militaire en Afrique, c’est un terrain d’entraînement, l’Afrique. La France est une puissance militaire. C’est parce qu’elle est en Afrique, parce que c'était un théâtre d’opérations. La majorité des militaires français aujourd’hui font leurs premières opérations militaires sur le terrain saharien. Donc c’est quelque chose de très important à souligner. Deuxièmement, il y a des intérêts économiques et géostratégiques dans la zone.
Intervenante
Voilà, c'était le premier petit extrait, et puis on va commencer donc la première table ronde. Je me permets de m’asseoir, je suis fatiguée, et le TGV m’abîme la voix, voilà, comme ça vous le savez. On va faire des efforts. Les tables rondes vont être partagées en trois temps. On a donc plus ou moins une heure et demi devant nous pour réfléchir mais on aura des petites pauses entre chaque table ronde avec de nouveaux extraits et donc les petites questions que vous aurez écrites sur les papiers pour chaque table ronde vont être récupérées à la fin de chaque table pendant le visionnage du film. Donc on aura une première partie qui va se centrer sur les opérations extérieures de la France. Et les coopérations militaires, avec un petit peu cette problématique qu’on va essayer de poser de jusqu’où la France, en fait, est prête à aller pour maintenir son air d’influence colonial. Donc ça sera avec Marc-Antoine Pérouse et le collectif Survie que j’invite du coup à s’asseoir. Et la deuxième partie, donc, ça sera la dépendance aux exportations d’armes et la complicité de crimes de guerre. Et du coup, se concentrer un petit peu sur les dessous de la souveraineté militaro-industrielle française. Et une troisième partie, donc, qui va se concentrer plutôt sur les ennemis de l’intérieur, comment tout ça, tout ce qu’on aura vu dans les deux premières parties, aura une répercussion, a déjà une répercussion, sur les individus ici, sur le territoire français, et donc sur nos luttes. Voilà. Des perspectives plutôt migrantes et féministes sur la répression des corps et des esprits sur le territoire français. Ça va comme programme, non ? C’est pas mal. Et après, on danse, on chante et on apprend à marcher ensemble. Eh ben, super. Je vais vous mettre un peu en décalé parce qu’on est vraiment coincés comme des sardines. On se dit qu’on a plus ou moins 20, 30 minutes devant nous, tranquillement, pour se présenter un petit peu. Tac, tac, tac. Donc Marc-Antoine Pérouse, tout le monde le connaît, sauf moi, du coup. Directeur de recherche pour l’Institut de recherche pour le développement, que je ne connaissais pas jusqu'à aujourd’hui. Politiste, auteur d’ouvrages comme Déconstruire la guerre, c’est ça 2018. T’as un micro, t’as pas le micro.
Marc-Antoine Pérouse
La guerre perdue de la France au Sahel qui parle justement des interventions militaires de la France au Sahel.
Intervenante
Super, ça va bien nous servir. Et Survie, qui est une association qui milite contre le néocolonialisme. C’est ça ?
Camille
Oui, contre le néocolonialisme français en Afrique et contre d’autres situations coloniales comme dans les territoires dits d’outre-mer, comme en Kanaky, à Mayotte, etc.
Intervenante
Donc ça reste quand même sur le territoire français aussi avec ce prisme intérieur. Ok, on est prêt à partir. Est-ce que sur les questions de jusqu’où est prête à aller la France, vous voulez peut-être commencer ?
Marc-Antoine Pérouse
Je voudrais revenir sur les opérations Serval et Barkhane qui ont été un petit peu effacées de nos mémoires par ce qui se passe en Ukraine ou en Palestine. Donc rappelez-vous, la France intervient début 2013 au Mali, puis ensuite avec l’opération Serval, puis ensuite son action militaire aux pays voisins, 5 en tout, à partir de 2014 jusqu'à 2022. Où elle doit partir précipitamment, ça c'était l’essentiel de l’opération Barkhane officiellement pour combattre des groupes qualifiés de djihadistes et de terroristes même si c’est beaucoup plus compliqué que ça. Donc je voudrais un peu revenir sur cette opération qui a été notre plus grosse intervention militaire outre-mer depuis la guerre d’Algérie, on a eu jusqu'à 5000 hommes qui ont été engagés sur le terrain, on en a perdu près de 60 et ça nous coûtait 1 milliard d’euros par an. Tout ça pour un résultat qui laisse un peu pantois puisque finalement les gros djihadistes eux ils sont toujours là, ils se sont étendus et que c'était bien l’objectif initial de cette opération militaire. Ce qui est assez étonnant quand on compare cette opération avec d’autres interventions militaires américaines ou britanniques en Irak et en Afghanistan, pour n’en citer que quelques-uns, c’est qu’une fois qu’on assiste à une déroute où l’armée américaine part dans les conditions qu’on sait de Kaboul avec l’arrivée au pouvoir des Talibans, il y a quand même des questions très sérieuses qui sont posées par les parlementaires américains ou britanniques, avec des rapports au vitriol qui dénoncent effectivement les erreurs de diagnostic des gouvernements en place, la mise en œuvre de ces opérations, la façon dont on a dramatisé indûment la menace. Chez nous… Pendant 10 ans, 1 milliard d’euros par an, 5 000 hommes engagés sur le terrain, il n’y a pas de commission d’enquête parlementaire pour savoir ce qui s’est passé et quel était finalement le fondement, les raisons profondes de cette intervention. Alors moi je ne parle pas de guerre coloniale ou de guerre impérialiste, mais je parle de guerre présomptueuse, asymétrique, préventive et ingagnable. Alors je vais revenir sur chacun de ces termes, mais ils ne sont pas tellement brillants.Alors je n’emploie pas le mot de guerre coloniale parce que ça renvoie dans notre imaginaire à des guerres de conquête territoriale comme au XIXe siècle, au moment de la colonisation de l’Afrique. Et là il est clair que quand François Hollande décide d’envoyer 5 000 hommes au Mali en 2013, début 2013, l’idée n’est pas de reconquérir ces territoires et de restaurer une souveraineté française perdue sur ces pays du Sahel qui ne présentent pas un grand intérêt économique pour la France. Donc pour moi ce n’est pas, de ce point de vue en tout cas, une guerre coloniale, même si dans les imaginaires militaires, ça peut renvoyer effectivement au passé colonial et on le voit bien quand au début l’armée française remonte sur Tombouctou, ça renvoie aussi à la prise de Tombouctou à la fin du XIXe siècle. Il y a tout cet imaginaire colonial qui joue, mais ce n’est pas une guerre de reconquête territoriale puisque, vous le savez, les gouvernements français, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont vraiment obsédés par la question de l’immigration, donc avoir maintenant recoloniser l’Afrique et rétablir une souveraineté française sur ces pays, il n’en est absolument pas question. Par contre, ce sont des guerres présomptueuses, préventives, ingagnables et asymétriques. Et je voudrais revenir sur chacun de ces termes qui nous questionnent et questionnent aussi l’inaction de nos parlementaires, qui apparemment ont plein d’autres chats à fouetter, mais qui ne posent pas de question sur l'échec de Barkhane.
Marc-Antoine Pérouse
Guerre présomptueuse, pourquoi ? Parce que, quand on intervient, François Hollande est peut-être effectivement sincèrement convaincu qu’il peut régler les problèmes du Mali. Mais on peut se poser la question : comment se fait-il que l’ancienne puissance coloniale serait mieux placée pour résoudre les problèmes des Africains ? Donc il y a là quand même des imaginaires qui renvoient aussi à une phrase qui était assez connue d’un ancien ministre des Affaires étrangères de Giscard d’Estaing dans les années 70, qui disait qu’avec 300 militaires français, on pouvait changer le cours de l’histoire en Afrique. Non, je suis désolé. Vous pouvez en envoyer 300, vous pouvez en envoyer 1 000, 5 000, 10 000. Non, on n’en est plus là. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Et en fait, le fond du problème, et à l'époque j’y trouvais quelques tribunes dans la presse française début 2013, quand cette opération a démarré. Le fond du problème est d’abord politique, en fait. Pourquoi ces groupes djihadistes sont apparus ? Alors, on n’aura pas le temps, dans les 15 minutes que vous m’avez généreusement accordées, de revenir un peu sur toute cette histoire. Mais en tout cas, le fond du problème, il est d’abord politique, la solution n’est pas militaire. Il a fallu du temps pour qu’on admette ça, mais en tout cas, clairement, dès le départ, ça partait du mauvais pied.
Marc-Antoine Pérouse
Donc des guerres présomptueuses, parce qu’on imagine que la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, serait mieux que d’autres pour résoudre les problèmes des Africains. Donc c’est ça que j’entends, moi, par guerre présomptueuse. Alors, des guerres asymétriques, ça, c'était assez classique, c'était dire qu’en face, à des groupes, c’est de la guerre contre-insurrectionnelle. On l'étiquette comme guerre contre le terrorisme, mais en attendant il s’agit bien de combattre des mouvements, qu’on aurait pu appeler du temps de la guerre froide, des mouvements de guérilla, qui évoluent dans les campagnes pendant que les forces gouvernementales tiennent les villes. C’est ça, des guerres asymétriques, parce qu'évidemment il y a aussi une question qui se pose. Les moyens ne sont pas du tout les mêmes. Les groupes qu’on combat, ils sont extrêmement peu nombreux. Donc on voit 5 000 hommes qui sont… super bien équipés comparés à ceux qu’ils vont combattre, et néanmoins ils n’arrivent pas à bout de ces groupes djihadistes.
Marc-Antoine Pérouse
Alors ça, ça renvoie aussi à des questions qui ne sont pas spécifiques à la France, et qu’on retrouve dans toutes les guerres contre-insurrectionnelles. Effectivement, c’est de la dissymétrie dont les groupes insurrectionnels savent jouer. Ils vont jouer sur les frontières poreuses, parce que les frontières, elles ne s’appliquent qu’aux forces gouvernementales qui ne peuvent pas les franchir pour exercer un droit de poursuite. Il faut négocier à chaque fois, alors qu'évidemment les groupes insurrectionnels, eux, s’en fichent. Donc en fait, on retrouve beaucoup de tactiques guerrières de la part des groupes djihadistes qui rappellent en fait celles aussi de groupes de guérilla qui eux se revendiquaient du marxisme du temps de la guerre froide.Et dans le cadre de ces guerres contre-insurrectionnelles, on a un souci, c’est que le mandat de la France dans l’opération Barkhane, c’est uniquement de taper sur les groupes terroristes, qualifiés terroristes en fait, ce qu’ils appellent les GARS, parce que vous savez que comme dans toute profession on adore inventer des acronymes, donc là c'était les Groupes Armés Terroristes qui sont la cible. Le problème, c’est qu’on est dans des zones où il y a plusieurs strates de violence. Il n’y a pas que les groupes djihadistes qui interfèrent et qui vont tuer des civils. Il y a aussi des trafiquants de drogue, des trafiquants d’armes, des milices ethniques, des milices para-gouvernementales, les armées gouvernementales qui se comportent aussi très, très mal vis-à-vis des civils. Tout ceci a, d’ailleurs, contribué à exacerber les conflits. Et donc, on se retrouve dans des situations un peu bizarres où, finalement, l’armée française intervient, mais avec le mandat uniquement de taper sur les djihadistes. Vous êtes trafiquant de drogue, trafiquant d’armes, non, c’est bon, voleur de bétail, passez, allez-y, vous n'êtes pas dans la focale. Donc déjà on se dit, il y a quand même un problème de mandat s’il vous plaît, c’est ridicule. Et à chaque fois qu’on en parlait, nous chercheurs avec des militaires, on nous disait : « Nous, on s’en tient au mandat. » Alors nous on disait : « Oui, mais ce que veulent les civils, eux, c’est que vous les protégiez, c’est que vous fassiez un travail de police. » Ah non, ce n’est pas dans notre mandat, donc déjà on voit bien le décalage.
Marc-Antoine Pérouse
Surtout que ce phrasé d’une guerre contre le terrorisme, c’est intéressant parce que le mot « terrorisme » n’existe pas dans les langues vernaculaires africaines. Par exemple, en pays Kanuri, j’ai beaucoup travaillé moi sur le nord du Nigeria vers la frontière du Niger, où il y a Boko Haram. En fait, en Kanuri et en Haoussa, on parle dans les langues locales des « mauvais garçons ». Dans le centre du Mali, là où il y a la Katiba Macina, dans les langues locales, en Peul, en Poufoudé, vous allez parler des « enfants de la brousse », parce qu’ils sont dans les maquis, vous voyez ? Donc en fait, déjà, le mot terrorisme, on va aider les Africains pour les aider à lutter contre le terrorisme… On voit bien le décalage entre la façon dont c’est pensé à l'Élysée et la façon dont ça peut être compris localement.Vous savez, ces histoires de langues, ce n’est pas complètement anodin. Quand l’armée française s’est rendu compte à partir de 2020-2021 qu’elle perdait la bataille des cœurs et des esprits, ils ont commencé à balancer des tracts qui étaient traduits dans les langues locales, en Tamachek, en Bambara, au Mali, etc. Et puis c'était mal traduit, donc l’idée c’est qu’on est là pour vous protéger, mais comme c'était mal traduit, c'était traduit en fait « on est là pour vous surveiller », ce qui n’est pas exactement le même sens. Donc on voit tous ces décalages.
Marc-Antoine Pérouse
Et dans les guerres asymétriques, ce qu’on voit, c’est que très vite il y a un phénomène d’usure. Et encore une fois, ce n’est pas que la France. Il y a eu les mêmes choses avec les Américains en Afghanistan, avec les Britanniques. En fait, au début, quand la France débarque en 2013 au Mali, elle est accueillie avec des drapeaux tricolores. François Hollande est à Tombouctou, il dit que c’est le plus beau jour de sa vie. Donc au début, les troupes sont bien accueillies. Ce sont des forces de libération. Mais quand ça s'éternise, très vite ça devient des troupes d’occupation. Et en fait, ce qui va se passer aussi, c’est que le ressenti va être de plus en plus négatif sur une opération qui ne répond pas aux attentes locales. « Ah bah non, nous on est là que pour combattre les groupes djihadistes et terroristes », ça ne répond pas aux attentes locales.Et puis il y a plein de problèmes qui vont se poser, je n’ai pas le temps de les exposer, notamment l’affaire de Kidal dès 2013, qui très vite va montrer les limites de la coopération militaire entre la France et ses alliés de ce qu’on appelle le G5, le groupe des cinq, le G5 Sahel. Donc, guerre asymétrique avec des phénomènes d’usure qu’on voit et puis toutes les difficultés de dégâts contre-insurrectionnels en général, et ce n’est pas que la France, j’insiste là-dessus.Donc des guerres aussi ingagnables. Alors, on fait dire aux talibans qui ont finalement obtenu gain de cause et chassé l’armée américaine d’Afghanistan, on leur prête cette phrase mais qui vaut tout à fait aussi pour ce qui s’est passé avec les groupes djihadistes au Mali, dans les pays voisins, Niger, notamment cette région qu’on appelle la région des trois frontières avec le Burkina Faso, le Liptako Gourma, et cette phrase : « Vous avez la montre et nous on a le temps. » Et c’est là que se décline tout phénomène d’usure aussi. On voit bien que, bon, ils sont chez eux. C’est-à-dire que, au début, les groupes djihadistes venaient d’Algérie au Mali, mais très vite, ils vont recruter des autochtones et finalement, les gens vont se battre pour leurs problèmes locaux. Ils ne vont pas se battre pour la lointaine figure d’Oussama Ben Laden. On ne va pas risquer sa vie pour ça. Ils vont se battre parce qu’il y a de vraies raisons de se battre localement, y compris contre des gouvernements autoritaires et corrompus, et donc décriés comme impies, puisque l’islam sert aussi à légitimer ces insurrections.
Marc-Antoine Pérouse
Donc là, ces phénomènes d’usure jouent dans le temps, et ils vont jouer effectivement contre les forces françaises, mais qui ne mesurent pas un peu les conséquences. Je me souviens, une fois j’avais fait un débat, je ne sais plus sur quelle chaîne de télévision, et j'étais face à un militaire, et on lui objectera que quand même la France était en train de perdre la bataille des cœurs et des esprits, et il a dit : « Oh, tout ça c’est de la foutaise, ce n'était pas important. » Ce qui est important, c’est la capacité militaire et technique, on va dézinguer les chefs, les têtes de pont des réseaux djihadistes.Et ça, ça a été aussi une des raisons de l'échec de Barkhane, c’est de mettre en œuvre des stratégies qui finalement ne sont pas adaptées, qui ne répondent pas aux demandes locales. C’est ce qu’on appelle les stratégies de décapitation. Parce que dans les guerres contre-insurrectionnelles, vous êtes face à un ennemi qui est invisible, il est mêlé dans la population, donc à moins de tirer dans le tas et de faire des dégâts collatéraux absolument abominables, du coup, par défaut en quelque sorte, on a eu une guerre de drones où il s’agissait de tuer à chaque fois les commandants, les têtes de pont des réseaux. Sauf que ça ne résout rien, parce que vous les tuez et les seconds couteaux prennent la suite. Et que du coup, en plus, à partir du moment où la France est intervenue, les groupes djihadistes, qui au départ avaient un discours très islamiste, ont pu aussi se présenter comme des forces de résistance nationale, un peu comme le Hamas en Palestine, si vous voulez. C’est-à-dire qu’ils étaient là aussi pour bouter les colonisateurs, les croisés, etc. Et donc ils ont pu acquérir plus de légitimité, d’autant plus que les armées nationales maliennes et Burkinabès apparaissaient associées à l’armée française, donc à l’ancien colonisateur.Plus finalement ce discours pouvait entrer en vigueur, un discours aussi de rejet de l’ancien colonisateur, et plus les armées nationales tuaient des civils, plus ça légitimait aussi les groupes insurrectionnels comme étant les protecteurs des musulmans de la zone. Au contraire, on a toutes ces complications qui expliquent aussi pourquoi ce sont des guerres ingagnables.Et puis le quatrième terme que j’utilise, moi, c’est le…
Intervenante
Il te reste 2-3 minutes, je te dis ça.
Marc-Antoine Pérouse
Ok, c’est bon. Je vais tenir le temps. Trois minutes pour parler des guerres préventives. Ça, je suis sûr, ça va résonner chez vous par rapport à votre mobilisation contre le salon du Bourget. Quand les Américains interviennent en Afghanistan en 2001, après les attentats du World Trade Center, ce n’est pas du tout la même chose qu’en 2003 en Irak, c’est une guerre de représailles, ils viennent de subir quand même une attaque monstrueuse sur les tours du World Trade Center à New York, donc ils interviennent pour chasser Al-Qaïda d’Afghanistan. Il n’y a pas grand-chose à redire là-dessus, il n’y a pas eu de protestation énorme. Après, il y a eu des protestations sur les phénomènes d’usure, sur le fait que les Américains ont tué un grand nombre de civils, mais sur le moment, là, il s’agit de réagir à une attaque sur le territoire national, et ça, les conventions des Nations unies l’autorisent, chapitre 5 et 6 de la Charte des Nations Unies.Bon, ok, la France, excusez-moi, il y avait eu un attentat ici qui était mené par des groupes djihadistes au Sahel ? Non, il n’y en a pas eu, c’est dingue qu’il faille quand même le rappeler et que nos parlementaires n’aient pas levé la main en disant : « Mais écoutez, vous envoyez 5 000 hommes, c’est notre plus grosse opération militaire depuis la guerre d’Algérie, outre-mer, j’entends, et il n’y a pas eu d’attentats sur le territoire. » Donc c'était une guerre préventive. Et donc le discours, c'était : « Oui, mais il y a eu des prises d’otages et donc on va préventivement empêcher que la gangrène djihadiste ne s'étende sur cette zone du monde, n’est-ce pas ? » Ok, mais c’est une guerre préventive à ce moment-là. Or, vous pouvez retourner l’argument en disant : « Bah si vous les attaquez, ils vont peut-être être tentés de monter des attentats sur le territoire national pour se venger du fait que les Français vont les combattre. » Donc on peut très bien retourner cet argument.
Marc-Antoine Pérouse
En tout cas, je tiens à le rappeler : contrairement à ce qui s’est passé en Afghanistan en 2001, quand on est intervenu, il n’y avait pas, et il n’y a jamais eu depuis, d’attentats sur le sol national qui ont été montés par ces groupes djihadistes qu’on nous a présentés comme une menace de toute urgence. Il fallait absolument déployer là, en quelques semaines, 5 000 hommes sur le terrain. Et puis après, en 2022, on a été chassés de la zone et là tout d’un coup, la menace avait disparu, alors qu’elle est toujours là. Donc ça pose des questions et je vous laisse en débattre puisque j’ai cru comprendre que mon temps de parole était écoulé. Voilà, s’il y a des questions, je suis très ravi d’y répondre.
Intervenante
Bah, peut-être une dernière punchline, alors ! Est-ce que tu arrives à résumer sur un point précis jusqu’où la France est prête à aller pour maintenir son art d’influence ? Alors nous on dit colonial.
Marc-Antoine Pérouse
Le message que je veux faire passer, c’est que je ne comprends pas que nos parlementaires soient aussi attentistes sur cette question. Il faut qu’il y ait une commission d’enquête parlementaire. Il y en a eu en Grande-Bretagne, il y en a eu aux États-Unis. Posons les questions à Monsieur François Hollande, à Monsieur Jean-Yves Le Drian, qui était quand même le grand maître d'œuvre de ces interventions militaires, et demandons-lui : « Mais qu’est-ce qu’on allait faire exactement là-bas, puisqu’on n’avait pas eu d’attentats sur le sol national ? » Des guerres préventives ? On nous a montré un scénario en disant que si on n’intervient pas, Bamako va tomber entre les mains des djihadistes. Ce qui était complètement faux. Et d’ailleurs certains l’ont reconnu en sous-main ou même dans des interviews. C'était une légende. Donc je pense que voilà, le message que je veux faire passer, c’est : écrivez à votre député et demandez-lui qu’il mette en place une commission d’enquête parlementaire. Mettre en face les responsabilités, quoi ? Il y a peu de chance que ça aboutisse mais on ne sait jamais.
Intervenante
Allez sur un malentendu. Eh ben merci, c’est bien. Peut-être qu’on peut se déplacer un petit peu en arrière, parce que tu vois, du coup j'étais embêtée là, tout cet axe là, vous voyez ma tête au lieu des vôtres. Comme ça on peut se déplacer d’arrière, on peut être au même niveau pour se regarder mais…
Marc-Antoine Pérouse
Vous me demandez de procéder à une retraite.
Intervenante
Une retraite volontaire, ouais.
Marc-Antoine Pérouse
Bonne hospitalité.
Intervenante
Eh bien, trop bien. Du coup, peut-être, Camille, avec Survie, tu peux rebondir un petit peu sur ces axes-là, en connaissant un petit peu le terrain de Survie et son expérience, peut-être notamment avec les problématiques génocidaires, au Rwanda, sur lequel ça fait quand même l’expertise de Survie, puis peut-être sur le terrain d’aujourd’hui et pourquoi vous avez accepté de rejoindre Guerre à la guerre aussi quelque part, notamment avec le génocide en ce moment sur la Palestine.
Camille
Merci beaucoup d’avoir donné la parole à Survie ce soir et donc je vais totalement aller dans le sens donc de Marc-Antoine et donc merci d’avoir fait ce bilan de l’opération Barkhane parce que c’est vrai qu’aujourd’hui c'était un peu consensuel le fait que les ingérences militaires américaines au Moyen-Orient ont été désastreuses et que ça a été une débâcle, mais on a vraiment du mal en France à faire ce retour sur notre propre impérialisme et sur nos propres guerres coloniales. Donc voilà, les voix critiques de cet interventionnisme militaire français se font rares et je pense que vous avez les deux principales voix critiques ici ce soir justement.Donc voilà, comme ça a été dit, Survie, c’est une association qui milite contre le néocolonialisme français. Il y a plusieurs volets : il y a le volet économique, j’en profite pour embrasser nos camarades qui sont en train de débarquer sur l'île de Bolloré en ce moment même. Il y a aussi le volet culturel et, au final, le pilier militaire est un peu celui qui est le plus central, c’est celui qui permet vraiment d’asseoir le système asymétrique, inégalitaire et violent qui est au cœur des relations entre la France et ses anciennes colonies africaines, mais c’est celui qui est le plus naturalisé. C’est « normal » que l’armée française soit présente sur le continent depuis les indépendances. C’est quand même une cinquantaine d’interventions militaires depuis les indépendances juridiques en Afrique. Donc oui, il y a une tolérance totalement généralisée à ces interventions.Et ce qui est intéressant, c’est qu’en fait, les justificatifs à cette présence, ils ont dû être renouvelés au fil du temps. Et donc la doctrine de la guerre contre le terrorisme, c'était une des dernières et une des plus récentes. Mais au début, il fallait… former les armées et les appareils répressifs de ces pays qui étaient nouvellement indépendants. Ensuite, il fallait donc défendre les valeurs démocratiques sur le continent. Et ensuite, il fallait donc préserver la stabilité de ces régimes. Et enfin, on est arrivé avec cette doctrine donc empruntée aux néolibéraux américains de la guerre contre le terrorisme.
Camille
Et juste pour abonder dans le sens aussi de ce que disait Marc-Antoine un peu sur les impostures de cette doctrine. Elles sont vraiment visibles à l'échelle du quinquennat de François Hollande. Donc voilà, cette doctrine de la lutte contre le terrorisme à l’extérieur du pays, c’est une décennie de guerre au Sahel qui a été contre-productive et qui a même limite alimenté la menace qu’elle prétendait vouloir neutraliser. Et à l’intérieur du pays c'était aussi des mesures liberticides qui étaient donc utilisées pour des arrestations arbitraires. Et aussi une façon, encore une fois, de stigmatiser les populations, principalement musulmanes.Et aussi, pour comprendre un peu la rationalité derrière cet interventionnisme au Sahel, c’est François Hollande lui-même qui le résume. Donc, ce sont des propos qui ont été rapportés par Le Canard enchaîné. Il aurait dit à des pilotes : « Merci pour votre double mission, à la fois opérationnelle… et commerciale. » Parce qu’en fait, quand l’armée française arrive au Sahel donc en 2013-2014, on a du mal à vendre nos Rafale et une fois qu’ils ont été donc comme vous l’avez vu dans l’extrait du film de Mathieu Rigouste, éprouvés au combat, c’est-à-dire qu’ils ont prouvé leur potentiel et leur efficacité dans le fait de donner la mort, ils ont trouvé des acheteurs, et notamment le régime ultra démocratique égyptien.
Camille
Donc voilà, Guerre à la guerre, on a choisi de s’attaquer aux salons du Bourget un peu comme cible de lancement de notre mobilisation. Parce que ces salons de l’armement matérialisent la convergence d’intérêts qu’il y a entre les États et les industriels de l’armement puisqu’ils collaborent ensemble, ils vont donc désigner les menaces et désigner les solutions à leur apporter et ensuite ce sont les États qui vont créer ces conditions d’utilisation de ces nouvelles technologies.Donc voilà, l’Afrique et le Sahel ont été utilisés comme des laboratoires d’expérimentation, de doctrine, de technologies, mais aussi comme des vitrines pour pouvoir ensuite les vendre. Et c’est un peu la rationalité et la logique qu’il y a derrière la plupart des déploiements militaires et policiers, donc dans les anciennes colonies africaines et dans les territoires d’outre-mer mais aussi dans les quartiers populaires. Et donc c’est ce que le sociologue Mathieu Rigouste appelle un « boomerang impérial ». Qui permet donc à la France de maintenir son rang de puissance. Et comme je disais donc, voilà, le militaire et les ventes d’armes sont l’un des piliers du néocolonialisme français.
Camille
Et je fais un petit crochet pour mentionner le fait que la francophonie, c’est aussi un vecteur qui permet donc à la France de créer un marché de consommateurs qui vont se tourner vers les armes françaises. Donc en fait, le français, c’est la langue de la guerre. Et de la répression d’une certaine façon. Depuis les indépendances juridiques, la France a signé des accords de coopération et de défense avec ses anciennes colonies. Mais dans le cadre de cette coopération militaire et policière, la France forme et fournit en matériel les forces de l’ordre et de répression de ses « amis » dictateurs qui se maintiennent au pouvoir pendant des décennies en réprimant dans le sang.Donc en fait, les dispositifs et le savoir-faire de maintien de l’ordre français, dont on est si fier, qui vont donc, par exemple, éborgner les gilets jaunes, eh bien ici, pardon, c’est aussi les mêmes dispositifs matériels qu’on envoie à nos amis au Togo, au Cameroun, et qui vont être utilisés pour réprimer les manifestants pacifistes dans ces pays-là. Et ce, malgré le fait que la France, en 2014, a ratifié le traité de commerce des armes de l’ONU qui interdit d’exporter des armes et du matériel s’il y a des preuves qu’elles peuvent être utilisées contre des civils.Malgré tout ça, on a l’impression que le droit, c’est un cadre qui régit moins le commerce des armes que l’appât du gain au final. Et en fait, nous, à Survie, ça nous tenait à cœur de porter ce mot d’ordre de Guerre à la guerre, parce que justement, la France, à travers cette coopération-là, elle a une longue tradition de complicité de crimes envers les populations africaines qui sont réprimées par les régimes non-démocratiques sur lesquels on s’appuie pour préserver nos intérêts. Mais aussi, actuellement, l'État français soutient le régime génocidaire israélien. Mais ce n’est pas la première fois qu’on est complice de génocide.Il y a un des combats historiques de l’association Survie, c’est la reconnaissance de la complicité de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda, parce que l'État français a soutenu diplomatiquement, politiquement, militairement, financièrement, l'État génocidaire rwandais à l'époque. Il faut savoir que le 27 avril 1994, donc 20 jours après le déclenchement du génocide, la France a été… Paris a été la seule capitale à recevoir une délégation du gouvernement génocidaire à l'époque. Il faut savoir qu’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, a reçu son homologue à l'époque, alors que le génocide était déjà en cours, que les idées extrémistes de ce gouvernement ne pouvaient pas être ignorées. Et jusqu'à ce jour, il n’a jamais exprimé aucun regret.
Camille
Donc voilà, l’histoire se répète et c’est un mécanisme qui se répète. Je citerai également les mots du président de l'époque, François Mitterrand, qui aurait dit : « Dans ces pays-là, un génocide, c’est pas trop important. » Donc voilà, on voit bien que le pays des droits de l’homme protège son rang de septième puissance mondiale au prix de la complicité de génocide et au prix des pires violations des droits humains et internationaux.En plus d’avoir facilité de manière directe ou indirecte la perpétration du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, une bonne partie des autorités politiques et militaires françaises ont prolongé l’action des génocidaires en alimentant une forme de négationnisme à la française, parce que nier le crime, c’est aussi nier les complicités qui l’ont rendue possible. Et sauf qu’aujourd’hui, la classe politique française continue de se déshonorer de manière décomplexée cette fois-ci, parce que là, il n’y a même plus cette idée de faire de la stratégie indirecte ou d’arrondir les angles. Aujourd’hui, on soutient un génocide qui est annoncé, proclamé et internationalement toléré, celui des Palestiniens et des Palestiniennes, comme en 1994 au Rwanda.Les grands industriels du secteur de la sécurité et de la défense bénéficient des débouchés créés par les membres du parti d'État. Ils sont unis aussi par une relation d’actionnariat, parce que voilà, l'État français est quand même actionnaire de tout ce qui est Thales, Safran, etc. Donc voilà, il y a vraiment, c’est ce que Mathieu Rigouste appelle une consanguinité entre l'État et les industriels de l’armement. Et donc, aujourd’hui, on fournit des équipements qui sont décisifs au fonctionnement des armes israéliennes.Pour nous, à Survie, on s’engage dans Guerre à la guerre parce qu’il est inacceptable que de telles politiques continuent d'être menées en notre nom et en absence de tout contrôle parlementaire, comme le disait Marc-Antoine, et dans la plus grande opacité. Parce qu’il y a un rapport sur les ventes d’armes qui est fait chaque année par le Parlement, mais on n’a pas du tout le détail du matériel qui est fourni dans le cadre de l’appui aux forces de l’ordre des pays non-démocratiques.
Camille
Donc voilà, il est temps de mettre fin à la coopération militaire et policière de la France avec des régimes criminels, rendue possible aussi par la déshumanisation raciste et la hiérarchisation des vies des populations des pays du Sud. Et ça, c’est totalement un héritage colonial qu’il faut d’abord nommer, qu’il faut dénoncer et donc qu’il faut combattre.
Intervenante
Je pense qu’on peut les applaudir bien fort, oui. Merci, c'était extrêmement synthétique, c'était très bien, ça fait du bien d’entendre les mots en fait sur nos réflexions qu’on a, chacun aussi, de nos côtés dans les collectifs. Alors vous l’aurez compris, j’ai l’impression que là aussi c’est une suite de diffusion d’expériences aussi sur les génocides passés. C’est important de prendre acte aussi pour le présent, du coup, quand il y a un déni comme ça, qu’il soit parlementaire ou médiatique comme tu le disais. Et qui encourage l’installation de l’extrême droite, bien sûr, le narratif génocidaire.Du coup, vous l’aurez compris aussi, la Palestine est au cœur des problématiques de Guerre à la guerre cette année. Et du coup, j’en profite pour dire aussi que c’est une coalition, et une coalition justement pour permettre à plein de gens différents de rentrer. J’en nomme quelques-uns et quelques-unes ici. Il y a des féministes révolutionnaires, des lectures anti-impérialistes, les Soulèvements de la Terre, Relève féministe, Palestine Action, la marche de solidarité, l’Assemblée féministes Paris-Banlieue, Survie, CEDEC, QGFP, Urgence Palestine, Young Struggle et tout le monde est sur le site internet. Ouais, ouais, ouais ! Donc bienvenue et Tachia Palestine !
Stop Arming Israël
Bonjour, merci de nous donner la parole ce soir. Comme tu l’as dit, Stop Arming Israël France, c’est un collectif assez jeune. On s’est monté pour répondre à un appel qui a été lancé par les syndicats palestiniens le 16 octobre 2023 et qui disait : « Mettez fin à toute complicité, arrêtez d’armer Israël. » Et comme c'était un appel de syndicats et de syndicalistes, il s’adresse avant tout aux syndicats et aux travailleurs de l’armement qui sont sur la chaîne d’approvisionnement des armes qui arrivent en Israël. Moi, d’abord, je voudrais rappeler que la France, c’est quand même le deuxième exportateur d’armes au monde. Pour un si petit pays, un pays qui prétend être en paix, ça vaut le coup de le rappeler. Pour la France, les exportations d’armes, c’est plus de 30 milliards d’euros par an. Il me semble qu’on est vraiment sur des chiffres énormes. Et on est en droit de se demander pourquoi ce petit pays… qui n’est soi-disant pas en guerre, exporte et fabrique autant d’armes.Dans mon collectif, forcément, on lutte contre l’armement d’Israël. Et donc, je voudrais revenir un peu sur l’historique de la relation entre la France et Israël en termes d’armement. Depuis la création de l'État d’Israël, dès 1948, la France a armé Israël. C'était un des premiers pays à armer Israël. C’est le pays qui a fourni vraiment la première flotte d’avions de combat à Israël. Et qui a même aidé Israël à se doter de l’arme atomique.
Stop Arming Israël
Mais en 1967, au moment de la guerre des Six Jours, ça a un peu changé parce que le général De Gaulle a décidé qu’il fallait imposer un embargo. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que cet embargo, il n’a pas tout de suite été suivi des faits. Et que des entreprises qui fournissent des armes à Israël comme Dassault, qui a été un des premiers fournisseurs, qui a fourni toute cette flotte d’aviation dont je vous parlais, a pu contourner cet embargo en fournissant à Israël toutes les pièces pour fabriquer eux-mêmes les avions de Dassault.Et on a aussi, par exemple, des entreprises comme l’ancêtre de Safran, qui s’appelait Turbomeca ou quelque chose comme ça, il me semble, qui a permis à Israël de construire ses propres usines aéronautiques pour fabriquer eux-mêmes les moteurs d’avion dont ils allaient avoir besoin pour continuer de fabriquer leurs propres armes. Donc la France a fourni les premières armes à Israël, mais aussi permis à Israël de construire ses premières armes par elle-même. Donc suite à cet embargo, forcément, la France a un peu reculé dans son rôle d’armement d’Israël. Maintenant, on sait très bien que ce sont les États-Unis et l’Allemagne qui sont les principaux fournisseurs d’armes à Israël. Mais la France continue de faire partie de ces fournisseurs. Ça a pris des formes différentes. On sait qu’aujourd’hui, officiellement, la France vend pour environ, en moyenne, autour de 20 à 30 millions d’euros par an de matériel militaire à Israël. Mais ces 20 millions d’euros d’export, c’est un peu la surface, la partie émergée de l’iceberg, parce qu’après, il y a tout un réseau de coopération, de co-entreprises, de recherche commune entre des entreprises d’armement françaises et israéliennes.Ce qu’il faut savoir, c’est que la France actuellement ne vend pas à Israël des avions de combat comme elle le faisait à l'époque, ne vend pas des chars, des canons Caesar ou des F-35 comme les États-Unis, mais la France continue de vendre des composants d’armement à Israël comme des pièces détachées de drones, comme Thales qui vend des composants radio, des radars, des transpondeurs qui aident les drones israéliens à voler et sans lesquels les drones israéliens ne pourraient tout simplement pas bombarder, surveiller, voler au-dessus de Gaza actuellement.
Stop Arming Israël
Donc ça, ça fait partie des composants qui ont continué d'être vendus pendant le génocide en Palestine. On a le média d’investigation Disclose qui a prouvé des ventes jusqu’en 2024 de ce type de composants par Thales pour plusieurs millions d’euros. Donc effectivement, la France, via ses entreprises, contribue activement au génocide à Gaza actuellement.Mais il faut aussi savoir qu’Israël n’est pas un lapin de six semaines qui dépend complètement des entreprises d’armement étrangères. Parce qu’Israël, c’est aussi lui-même très bien positionné sur le marché de l’armement. On a parlé tout à l’heure avec Survie de la façon dont la France se positionne sur le marché international des armes en montrant ses armes testées au combat au Sahel, dans ses anciennes colonies. Eh bien, Israël fait un peu la même chose.Il faut savoir qu’Israël s’est quand même positionné, on va parler de petits pays qui sont quand même très bien placés dans le top 10 des vendeurs d’armes au monde. Israël, selon les années récemment, était le 9e exportateur d’armes au monde et ce n'était pas très étonnant, parce qu’Israël, c’est un pays qui depuis sa création… a développé et perfectionné ses technologies d’armement, ses technologies de destruction, de surveillance et de contrôle grâce à l'état de guerre permanent qu’ils maintiennent eux-mêmes sur les territoires palestiniens.
Stop Arming Israël
Donc on peut parler, il y en a qui parlent régulièrement de la Palestine comme laboratoire de technologies d’armement, parce qu'à la fois les entreprises d’armement israéliennes testent, développent leurs technologies là-bas, sur les territoires palestiniens, mais aussi tous les vendeurs d’armes internationaux qui vendent des armes à Israël. Mais il ne faudrait pas oublier non plus, en parlant de la Palestine comme laboratoire d’armement, que la destruction et le contrôle de la population palestinienne, c’est bien le but premier d’Israël et, au final, son rôle de cobaye, c’est plutôt seulement un avantage supplémentaire qu’en tire Israël.Donc comme je le disais, Israël s’est très bien positionné depuis les années 2000 sur le marché du drone. Et donc, la France qui, elle, était assez en retard sur ces technologies-là dans les années 2000, a acheté à Israël des technologies de drone. Airbus, par exemple, a co-développé sa ligne de drones avec des entreprises israéliennes comme Elbit Systems ou Israël Aerospace Industries. Et donc les drones d’Airbus, qui s’appellent les drones Harfang, sont basés sur des modèles israéliens.De la même façon, Thales a développé, et cette fois-ci carrément en coentreprise avec Elbit Systems, une ligne de drones, c’est le drone Watchkeeper. Et ces drones-là sont, entre autres, vendus à des armées étrangères, vendus à l’armée britannique, mais aussi déployés sur la Méditerranée dans le cadre du programme Frontex. Et donc ils ont été co-développés sur la base de drones israéliens.
Stop Arming Israël
Ces modèles basés sur des drones israéliens, on peut vraiment parler d’un « blanchiment » de technologies qui sont testées et développées sur les Palestiniens. Ces technologies sont dites combat proven – prouvées au combat – et sont ensuite réexportées à d’autres armées, à la fois donc pour le profit des entreprises d’armement israéliennes et de l'économie israélienne, mais aussi pour le plus grand profit des entreprises françaises d’armement comme Airbus, Thales ou Safran, et donc pour l’enrichissement militaire de la France.Et ce qu’on voit, c’est qu’Israël est vraiment dépendant des exportations d’armes pour faire tourner son économie. La France est aussi assez dépendante des exportations d’armes pour sauver son économie. D’ailleurs, la France et Israël ont un peu ce point commun : elles ont énormément développé industriellement l’industrie d’armement, au détriment, au final, d’autres industries. Parce que si on est aussi « addicts » en France aux ventes d’armes, c’est aussi parce que c'était un choix stratégique et c’est un choix qu’on fait au détriment d’autre chose. On préfère développer l’industrie d’armement plutôt que d’autres industries qui sont utiles à la population. Israël a ce même problème, de façon encore plus exacerbée.Les vendeurs d’armes israéliens comme Elbit Systems sont parmi les premiers employeurs en Israël. Et donc, Israël a besoin d’exporter ses armes. Et donc Israël adore venir exposer ses armes et commercer dans des salons d’armement internationaux. On a vu Milipol dans le film de Mathieu Rigouste. Nous, aujourd’hui, on est aussi réunis pour préparer une mobilisation contre le Salon du Bourget et c’est ce type de salon dont on parle. C’est une autre façon dont la France contribue au commerce des armes avec Israël mais aussi au commerce d’armement international, c’est justement en organisant ce type de salons.
Stop Arming Israël
La France est assez spécialiste de ces salons, puisqu’elle compte parmi les plus grands salons d’armement au monde : Milipol, Eurosatory, Euronaval, Le Bourget, tout ça c’est une façon dont la France facilite et se positionne comme un intermédiaire dans le commerce des armes. Et d’année en année, Israël a pris une place de plus en plus importante dans ces salons. Il y a de plus en plus de stands de vendeurs d’armes israéliens chaque année dans ces salons d’armement. Il y a le ministère des Armées israélien qui est représenté, et en particulier son service dédié aux exportations d’armes.Et bien sûr, Israël n’est pas le seul vendeur d’armes problématique au Bourget. D’ailleurs, les vendeurs d’armes français sont parmi les plus problématiques. Mais il y a des entreprises de façon générale au Bourget qui fournissent des armes utilisées au Yémen, au Soudan, au Congo, en Ukraine. Nos entreprises françaises, elles n’ont pas de problème à vendre au pire régime du monde. Les premiers clients de la France en matière d’armements, ce sont les Émirats Arabes Unis, l'Égypte, l’Inde.Et nous, on nous vend qu’on va augmenter les budgets militaires pour défendre l’Ukraine en ce moment. Mais en fait, on parle d’entreprises qui n’ont aucun problème à également fournir des composants à la Russie. On retrouve des composants de certaines entreprises dont STMicroelectronics dans des drones russes.
Stop Arming Israël
Donc, en conclusion, ce qu’on voit, c’est que les entreprises d’armement, pour elles, le commerce des armes c’est vraiment une question de profit. Les crimes de guerre, les génocides, ce n’est pas des freins, c’est parfois même plutôt un argument de vente pour dire : « Regardez comme nos armes tuent bien. » Et on a des patrons qui sont des profiteurs de guerre qui s’enrichissent sur le dos des peuples. Thales, par exemple, a fait, comme tous les vendeurs d’armes français, des profits record l’année dernière en 2024. Et en plus, on peut le dire, ils ne distribuent absolument pas les richesses à leurs propres salariés de façon qui correspond à cette croissance permanente de leurs profits.Donc, ni les peuples ni les travailleurs n’ont quoi que ce soit à gagner sur le commerce des armes. Et nous, à Stop Arming Israël-France, la conclusion qu’on en tire, c’est que la seule solution pour lutter contre ça, c’est de construire une solidarité internationale conséquente par en bas, en partant des peuples et en partant des travailleurs. Selon nous, il faut vraiment utiliser les moyens de la lutte des classes dans ces entreprises complices et contre ces entreprises complices. On peut s’opposer en tant que travailleurs, en tant que militants, nous, toutes et tous, et pas seulement en faisant appel aux droits, aux parlementaires, à l'État. On peut, en tant que travailleurs, s’y opposer à nos patrons et à leurs intérêts, pour faire valoir nos intérêts à nous, nos intérêts à la fois en tant que travailleurs et nos intérêts en tant que peuple solidaires les uns des autres. Et voilà, je rappelle que nous, on s’est monté pour répondre à un appel des syndicats palestiniens. Et que donc pour nous ça fait complètement sens de rejoindre une coalition comme Guerre à la guerre qui vise à lutter par en bas contre le commerce d’armement.
Intervenante
Bravo ! Voilà. Voilà, sans respirer, tout a été dit d’une traite, bravo, franchement, merci. Ouais, du coup, la complicité directe, la France arme un génocide actuellement et Israël se sert du peuple palestinien pour exporter des armes, notamment sur un terrain d’expérience pratique pour plus de valeur. Est-ce que, du coup, avec tout ça, Boussole Palestine, tu veux continuer par un mot sur la Palestine, du coup ?
Boussole Palestine
Ouais, je peux continuer. Tu l’as très bien dit, l’objectif premier n’est pas d’expérimenter des armes et le but premier, c’est vraiment de détruire la population palestinienne et de s’inscrire dans une colonisation de la terre. Mais si je reviens au sujet, moi je ne vais pas l’aborder de la manière dont l’a fait la camarade de Stop Arming Israël parce que c’est un sujet qui est pointu, qui est large. Je vais l’aborder d’une manière avec un prisme palestinien, avec un prisme de peuple en voie de décolonisation.Nous, ce qu’on constate, c’est que la dépendance aux exportations d’armes et la participation en fait de la France dans ces crimes-là ne se résument pas seulement à des questions matérielles, à des questions financières et économiques. C’est d’abord, ça s’inscrit d’abord dans un cadre de continuum colonial, la vente d’armes entre la France et Israël. Ce n’est pas un enjeu vital pour la France. Tu as dit que c'était 20 millions en surface. 20 millions, ce n’est pas une économie dont la France est dépendante. C’est une économie dont on peut se passer.Le continuum colonial et l’échange de méthodesLà où l’intérêt est, c’est qu’il y a un besoin dans les échanges de méthodes de gestion coloniale. Un exemple pour illustrer ça, c’est qu’entre 48 et la fin des années 60, comme tu l’as dit, la France était le premier fournisseur d’armes à Israël. Parce qu’Israël était un des seuls soutiens de la France dans la colonisation de l’Algérie. Israël était demandeur de ces méthodes, de cette gestion coloniale. Dans ce besoin d'échange, la France, elle, a été un des inventeurs des méthodes contre-insurrectionnelles, et elle les a exportées, pas seulement en Israël, mais aussi en Amérique du Sud, et aux Bérets Verts, donc les brigades, les forces spéciales américaines dans leur gestion au Vietnam, et ainsi de suite.
Boussole Palestine
Il y a un exemple qui est très parlant pour ce point-là, c’est que La Bataille d’Alger, je ne sais pas si vous avez vu le film… La Bataille d’Alger a été présentée à des officiers américains pendant la guerre d’Irak, pour justement apprendre à mater des révoltes dans les cités arabes, apprendre comment on gère ces révoltés-là et comment on gère les insurrections des peuples arabes. C’est toutes des méthodes qui sont beaucoup plus larges que la simple quantité d’armes. La France est en réalité une école de la guerre coloniale, des méthodes coloniales. C’est une école des méthodes contre-insurrectionnelles et ça se traduit ici en France. Pourquoi colonial ? Colonial, c’est quand on considère qu’un peuple est inférieur. Ça se traduit en France, par exemple, quand il y a eu les révoltes suite à l’assassinat de Nahel, les méthodes qui ont été utilisées, elles ont été directement conseillées par la police israélienne. Il y a des articles à L’Humanité qui en parlent, l’officier de police israélien l’a même évoqué devant la Knesset. Ce sont des méthodes qui ont été directement conseillées par la police israélienne.En réalité, ça prouve que la manière d’agir avec les populations issues de l’immigration ici en France est pensée comme une conflictualité coloniale. On considère que ces peuples-là sont inférieurs. On considère que, par rapport aux autres mouvements sociaux, les gilets jaunes, les retraités, on doit les mater d’une certaine manière. Et c’est ce qui fait qu’on a des images de conquête, on a des images de blindés qui rentrent dans les quartiers, on a des tourelles, on a des armes violentes, des tirs avec des espèces de petits sacs dans des fusils à pompe qui sont beaucoup plus destructifs en réalité que des flash-balls, etc.
Boussole Palestine
Tout cela, ça s’inscrit dans un cadre, c’est un cadre colonial. C’est ce qui permet aussi qu’aujourd’hui, Israël ait autant de soutien dans la politique française. C’est qu’on s’est inspiré de l’aspect sécuritaire israélien. Dans un premier temps, on l’a dépolitisé. On a dit que l’aspect sécuritaire, c'était la sécurité. Il n’y a pas de politique dedans. On gère des révoltes, comme ils l’ont dit tout à l’heure. On parle de terrorisme, on parle d’islam, on trouve des boucs émissaires. On vient et on attaque ce point-là, on attaque ce biais-là, et en instrumentalisant ces forces-là, on dépolitise la question et on agit avec des gens qu’on considère inférieurs.Il y a aussi ce discours sécuritaire qui permet aussi, il est inspiré d’Israël directement, dans sa manière de gérer les intifada. Pendant les années 2000, les deux intifadas, ce discours a façonné la manière de réprimer. En réalité, c’est ainsi qu’on en arrive à ce discours-là en France où on permet l’islamophobie, on permet tous ces discours-là. Ce sont des discours qui sont issus du colonialisme. On traite ces peuples-là d’inférieurs, on les dénigre, on les stigmatise, on leur colle une étiquette sur le dos.Et c’est tout ça qui fait que la France a un rapport colonial aux quartiers et aux populations issues de l’immigration. Comme je l’ai dit, c’est une différence flagrante avec les mouvements qui sont considérés comme « blancs ». Moi, si je sors manifester dans la rue, je ne risque pas la même chose que certains parmi vous. Parce que j’ai une couleur de peau, je suis palestinien, je suis musulman. Et qui plus est encore dans les temps qui courent, où hier encore il y a une femme qui s’est fait arracher son voile à Nanterre, etc. Il y a tout ce discours islamophobe qui s’inscrit dans ce continuum colonial-là, et dont la France est très demandeuse, notamment maintenant, via un certain ministre qui veut dissoudre Urgence Palestine.
Boussole Palestine
Ils sont très demandeurs parce que cela permet d’instaurer un climat de répression, un climat de haine et un climat très sécuritaire pour le coup. Tous ces éléments-là, pour moi, traduisent ce continuum colonial. S’opposer à l’armement aujourd’hui, ce n’est pas simplement s’opposer à l’exportation des armes et à la participation aux crimes de guerre, aux génocides. C’est aussi s’opposer à notre propre répression, à nos propres assassinats, à nos propres génocides ici, nous, en tant que population issue de l’immigration coloniale ou postcoloniale. Donc c’est tout cela que ça traduit, et c’est pour ça que dans la manifestation de demain qui aura lieu à République, je ne sais plus à quelle heure, 15 heures, je crois, il y a la demande d’Urgence Palestine de mettre un embargo sur ces armes-là. Mais quand on dit un embargo sur l’export des armes, c’est aussi un embargo sur l’exportation et l'échange des méthodes coloniales.
Intervenante
Bravo à Boussole Palestine avec toutes les leçons qu’on a tirées justement. Là, du coup, on aimerait voir un petit peu la résistance par la base à travers l’usine en Isère, c’est ça ? C’est comment le nom de la ville ? Le nom de la ville ? Croix-le, c’est un micro. Est-ce que tu veux bien nous raconter un petit peu comment ça s’est passé là-bas ? Du coup, il y a eu une grève avec tout ce que raconte le camarade là. C'était une union en fait, un petit peu pour ces problématiques. Qu’est-ce qui s’est passé cet avril, non ? C’est ça ?
Représentant CGT – STMicroelectronics
Je peux revenir sur le début de comment tout ça a commencé.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Du coup, moi je représente aujourd’hui tous les syndicats et sections de la CGT STMicroelectronics, notamment Grenoble, Crolles, Rennes, Rousset et Tours. On voudrait commencer par dire ce qu’on a écrit dans notre tract du moins en cours : que tous nos syndicats et sections sont solidaires d’Urgence Palestine contre la demande de dissolution par la ministre de l’Intérieur. Et donc maintenant, je vais essayer de vous raconter un peu ce que nous, on a fait, la lutte qu’on essaye de mener dans notre entreprise.STMicroelectronics, c’est une boîte qui fabrique des semi-conducteurs, des composants, comme vous en avez tous dans vos téléphones et dans plein d’appareils électroniques. C’est une boîte du CAC 40, c’est une des boîtes les plus subventionnées en France, avec plusieurs centaines de millions d’euros de subventions. Parmi les actionnaires principaux, il y a l'État français, l'État italien et, après, des fonds de pension, notamment. Le premier enjeu pour une entreprise comme ça, c’est de récolter des informations. Et en fait, c'était quelque chose qui est très difficile parce que tout est très segmenté. Donc, savoir concrètement à quoi nos produits vont servir, c’est une première étape et, en fait, c’est très difficile.Donc, pour ça, on s’appuie notamment sur l’aide d’organisations comme Urgence Palestine, Palestine Stop Arming Israël France, l’Observatoire de l’armement, Amnesty International, qui, eux, font des enquêtes. Évidemment, des journalistes aussi font des enquêtes. Parce que nous, on n’a littéralement aucune info. On peut s’imaginer que les travailleurs et les travailleuses savent le produit sur lequel ils travaillent, à quoi il va servir derrière. Mais en fait, comme ce sont des composants qui peuvent autant être dans un drone que dans une machine à laver, c’est très dur de savoir exactement quelle sera l’utilité à la fin.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Ce qui est sûr, c’est que notre centre de R&D à ST a des liens assez forts avec Israël. Il y a un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros fait en Israël, notamment avec un centre de R&D et tout un tas de partenariats. C'était plutôt des partenariats de recherche et développement. Mais de fait, on sait qu’Israël est un pays qui est extrêmement militarisé avec une industrie et une économie militarisées. Donc en fait, j’allais dire, presque même par hasard, c’est quasiment impossible d’imaginer qu’il n’y ait aucune collaboration qui soit en lien avec de l’armement. Alors, avec de l’armement, on ne sait pas, mais en fait il n’y a pas que l’armement. Il faut vraiment voir au-delà, parce que tout ce qui est la surveillance, les télécommunications, tout ça, ce sont des choses qui permettent de maintenir l’occupation de la Palestine. L’apartheid. Et ça ne rentre pas dans la catégorie armement. Pourtant, ce sont des choses qui sont littéralement vitales au maintien d’Israël en Palestine. Donc, voilà, on sait quand même qu’il y a probablement des choses. Et donc, on s’est dit, bon, il faut qu’on fasse quelque chose. Un peu par hasard, on a rencontré Stop Arming Israël France en 2024. Et suite à cette rencontre, on s’est dit : « On va travailler sur quelque chose » et on a décidé de commencer par écrire, le 3 juin 2024, une lettre ouverte au PDG de l’entreprise à propos de la situation à Gaza, dans laquelle on lui demande de prendre des mesures fortes et urgentes pour garantir que notre entreprise ne participe ni de près ni de loin au massacre en cours à Gaza.Contenu de la lettre ouverte En particulier, on lui demande de : communiquer au CSE (Comité social et économique), donc l’organe où il y a les syndicats et le patronat, l’ensemble des partenariats avec le secteur de la défense israélienne ; s’engager à ne plus travailler avec des intermédiaires commerciaux qui détournent les composants, parce qu’en fait, pour détourner les interdictions d’exportation d’armes vers Israël, ce qu’ils font, c’est qu’ils vendent à des grossistes, par exemple en Asie, qui, eux, vont revendre à Israël. Parfois, il y a une dizaine de grossistes qui masquent quelque part le réseau ; suspendre immédiatement toute collaboration avec des entreprises du secteur de la défense, y compris hors armement.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Suite à ça, le 20 juin 2024, la direction a fait une réponse en CSE central, où ils mettent le sujet sous le tapis en disant : « On respecte toutes les conventions internationales », ce qui évidemment ne veut pas dire grand-chose. Et donc, ça a pris un peu de temps, mais finalement, en avril de cette année, on a organisé, avec Urgence Palestine, un rassemblement devant l’usine, avec le soutien de plein d’organisations, Stop Arming Israël en particulier.Donc, on a appelé les travailleurs et les travailleuses à la grève, à l’occasion de ce rassemblement. Il y avait environ une centaine de personnes rassemblées devant l’usine : des militants de la CGT et des militants d’organisations de solidarité avec la Palestine, d’organisations politiques, etc. C’est donc une des premières expériences comme ça de grève dans une entreprise directement liée à Israël qui a été réalisée.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Maintenant, je voudrais vous parler un peu de la méthode syndicale et de ce qui est spécifique aux syndicats. Déjà, ce qu’il faut, c’est avoir un syndicat, comme les nôtres, qui se positionne clairement sur des enjeux qui dépassent le simple cadre des conditions de travail, donc du salaire, etc., et qui fait de la politique. C’est quelque chose qui n’est jamais évident, et il y a beaucoup de syndicats qui, encore aujourd’hui, ont peur de faire ça. Ensuite, nous, le syndicalisme qu’on défend, c’est un syndicalisme où on fait toujours avec les salariés, et en particulier avec les syndiqué·e·s. Les syndiqué·e·s, ce ne sont pas des salarié·e·s à part, ce sont des salarié·e·s qui sont dans l’entreprise, qui, au quotidien, sont avec leurs collègues, et on veut toujours faire ensemble. Notre idée, c’est que ça ne sert à rien d'être un kilomètre devant tout le monde si derrière, on n’est pas suivi de manière massive. Et donc, pour ça, ça prend du temps. Ça veut dire que, quand on veut faire une action, quand on va faire une lettre, eh bien, on fait en sorte d’en discuter avec tout le monde, mais vraiment avec tout le monde. Vous imaginez : même, en fait, à dix personnes autour d’un communiqué, je ne sais pas s’il y a probablement plein de militants politiques ici, qui ont déjà essayé d'écrire un communiqué même à deux, c’est difficile. Vous imaginez à plusieurs centaines de personnes, avec toutes les opinions, tous les gens qui veulent rajouter une virgule, un point, etc. Voilà, mais c’est hyper important.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Et du coup, des fois, c’est long. Et je sais que les camarades de Stop Arming Israel France, qui nous sollicitent souvent, doivent énormément nous relancer parce qu’en fait, ça prend un temps fou pour nous de mettre en place des choses. Mais il y a une vraie raison : on veut vraiment faire les choses collectivement et avancer avec tous les salariés.Et donc, typiquement, la lettre ouverte qu’on avait écrite, elle n’a pas été signée juste par le secrétaire général du syndicat, elle est signée par tous les syndiqués CGT de STMicroelectronics en France. Un truc intéressant, c’est que ces discussions-là sur la Palestine, elles ont permis d’ouvrir le champ sur de nouvelles questions. Et en fait, des camarades, assez spontanément, ont commencé à se dire que, pour la Palestine, le truc est assez évident, mais en fait, il y a plein d’autres situations dans le monde où, potentiellement, nos composants sont utilisés pour réprimer.Notamment la situation de la Kanaky a émergé, en se disant : « En fait, oui, on ne veut pas fournir du matériel à Israël, mais est-ce qu’on veut fournir du matériel à notre propre armée si c’est pour continuer la colonisation de la Kanaky ? » Donc, dans nos textes, un truc qu’on veut aussi, c’est qu’on prend le temps de sourcer de manière hyper précise tout ce qu’on dit, d'être hyper prudents sur les mots. Même si nous, des fois, on voudrait aller plus loin spontanément, on se dit que le but c’est d’emmener tout le monde, donc voilà, on est prudents et on source tout ce qu’on dit. Ça, c’est vraiment important pour nous.Et ça nous permet en fait d’avoir finalement de très bons retours des salariés. On pourrait imaginer, en France, qu’il y a un genre de clivage énorme entre pro-palestiniens et anti-palestiniens. Mais en fait, nous, on a… Franchement, c'était rarissime des gens qui n'étaient pas contents ou qui venaient râler, dans l’immense majorité. Et même des fois, on était surpris. On s’attendait à un truc, on s'était préparé un peu en mode : « Il y a des gens qui vont râler », il y en a même qui sont éveillés, parce qu’on sait que le sujet est compliqué. Et en face, pas du tout. Globalement, les gens étaient hyper contents.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Des gens dont on ne s’imagine pas qu’ils s’intéressent au syndicalisme, sont venus nous voir pour nous remercier. Et vraiment des salariés de l’entreprise. Depuis, on a été contactés par plein d’autres syndicalistes en France et à l'étranger qui, pareil, se posent des questions, voudraient reproduire des choses. Alors, ça ne sert à rien d’essayer de copier-coller ce qui a été fait dans une entreprise. Ça dépend énormément du rapport de force localement, des conditions, voilà, il y a plein de paramètres à prendre en compte. Mais ça montre qu’il y a vraiment des volontés et qu’il y a encore beaucoup de craintes : « Comment vont réagir les gens ? Est-ce que… »Il y a plein de questions, juste quand il y a des élections qui arrivent dans trois mois : « Bah, oui, les syndicalistes, ils ont peur de perdre des voix. Est-ce que si je parle de la Palestine, je vais perdre des voix ou pas ? » Et donc, voilà, le fait que nous, on ait une première expérience, ça permet de répondre à ces questions.Évidemment, sur tout ça, il y a vraiment la question des moyens de production : à qui ils appartiennent et, du coup, qui prend les décisions sur la production ? Qu’est-ce qu’on produit et à quoi va servir notre production ? On est obligés de poser la question de : « Qui possède les moyens de production ? » Pour reprendre le contrôle, si on veut reprendre le contrôle sur ça, ça peut passer par là.
Représentant CGT – STMicroelectronics
Finalement, je vais conclure en disant qu’il faut construire un mouvement par en bas, par les travailleurs et les travailleuses. Il faut continuer, en tant que syndicalistes, à mettre en commun nos expériences de lutte, nos réussites et aussi nos difficultés, qu’on reprenne confiance en nous pour avoir notre mot à dire en tant que travailleurs et travailleuses sur notre production.
Intervenante
Merci pour ces bonnes nouvelles. Il se passe des choses, des choses trop bien, les gens se parlent, du coup il faut continuer à coordonner les luttes entre les personnes du terrain, que ça soit syndiqué ou pas, parce que j’imagine que du coup, si t’habites à côté, tu peux ramener à manger, soit pour un piquet de grève. Il faut se coordonner, on ne peut pas tout leur laisser aux ouvriers. Je rappelle quand même qu’il y a 2 500 exposants de 48 pays, c’est ça, la dernière fois au Salon du Bourget. Ça aura lieu le 21-22 juin, en tout cas pour nous, puisqu’on y sera, pour continuer à parler de tout ça, etc. Vous avez des petits tracts à vos pieds. Et du coup, j’en profite aussi pour… En fait, quelque part, ça résume un peu la table ronde pour dire que du coup on est un peu d’accord à Guerre à la guerre, et notamment autour du Salon du Bourget, pour dire… On s’oppose à l'économie de guerre.
Intervenant
Quelle surprise !
Intervenante
De quoi ? De quoi, de quoi ? Quelle surprise ? Je suis fatiguée. Que du coup, on s’oppose à l'économie de guerre, du coup ce que tu disais, Laura, l’austérité, prendre de l’hôpital pour mettre dans l’armement, c’est toujours non, qu’on s’oppose du coup au business fait sur les populations, business de la guerre, un petit peu ce que tu disais aussi, et puis du coup on s’oppose au Salon du Bourget tout simplement. Voilà, c'était un petit coup les trois bases. Et qu’effectivement, il y a toujours des choses qui clochent. Enfin, on voit bien que là, on parle de construire des choses par la base, mais du coup, par le haut, ils s’organisent aussi. En fait, ils vendent quand même du matériel pour les drones russes, par exemple. Surprise, pour en dire. Merci. Du coup, merci. Ce sera tout pour cette table ronde. On va passer à la troisième.
Intervenant
C’est le premier teaser qui a été mis en rotation dès que l’on a établi la salutation en fait, 6 paires en ce qui est fait 6-2 en 2006 et qui vient d'établir la salutation.
Cathy Robin
Bonjour, je suis Cathy Robin, je suis la directrice France pour Axon, société américaine basée aux États-Unis qui fabrique notamment les pistolets à impulsions électriques Taser, les caméras piéton comme celle-ci, Axon. Et on fait aussi des caméras embarquées, des systèmes avec des drones et des logiciels de traitement des données vidéo. Et on est sur un marché notamment des caméras qui continue de se développer. On utilise les caméras par les forces de l’ordre.
Intervenant
Ou à déployer…
Cathy Robin
En grandeur nature, les caméras piéton. En France, on a le secteur des transports, la SNCF, la RATP et l’Enfant Génial. Il y a le secteur des pompiers, il y a aussi le secteur pénitentiaire, donc en fait il y a de plus en plus d’utilisateurs de nos produits, tant caméra, comme je vous le disais, caméras piétonnes, mais aussi pistolets à impulsions électriques Taser. Donc c’est des marchés qui sont en croissance, aussi bien en France que partout dans le monde. Et de ce fait, on a beaucoup de polices à travers le monde qui maintenant adoptent le Taser, ce qui n'était pas le cas avant. C’est vraiment un marché en croissance. Et c’est corrélé aux caméras. En fait, quand vous allumez le Taser, ça met en route les vidéos des caméras piéton. Ce qui permet d’avoir des images, aussi d’avoir un retour en arrière avec la minute ou les deux minutes qui précèdent. On a le contexte avec le son et l’image. Et du coup, pourquoi j’ai eu recours à la force en m’engageant ? Quelle était la situation ? Des preuves, le son et l’image de l’utilisation d’un Taser. Ce qu’on souhaite, c’est vraiment avoir des vidéos de l’ensemble des scènes pour pouvoir expliquer ce qui s’est passé et, au besoin, défendre aussi l’agent : pourquoi il a recours à tels et tels outils.
Intervenant
Les vendeurs de caméras portatives prétendent aider à faire la vérité, mais comme vient de l’affirmer la directrice de Taser France, elles servent surtout à couvrir les policiers. En novembre 2010, Mamadou Marega est mort après avoir été traité 16 fois. La caméra intégrée au pistolet le montrait au sol, hurlant, avec en fond les crépitements typiques du Taser. La justice a rendu un non-lieu. Derek Chauvin, le policier qui a étouffé George Floyd sous son genou en 2020 aux États-Unis, utilisait souvent cette technique, comme le montrent les images des caméras portatives, gardées jusque-là secrètes.Est-ce que vous travaillez, j’imagine, sur l’acceptabilité du produit ?
Cathy Robin
Tout à fait.
Intervenant
Dans quel sens ?
Cathy Robin
Par exemple, avec les mairies, quand elles décident de s'équiper soit en caméras piéton, soit en Tasers, il y a des communiqués qui sont faits auprès des citoyens pour expliquer la démarche. Ça, c’est en corrélation avec les maires en général. Et après, nous, on fait aussi de la communication en propre. Alors ce qu’on fait, c’est qu’en fait, on explique qui on est, quelle est notre mission. Parce que notre mission principale, c’est de protéger la vie. Et Milipol, cela nous va rencontrer énormément de gens qu’on connaît, français ou délégations étrangères. Donc soit ce sont déjà des clients, soit des prospects qui viennent découvrir nos produits et aussi les nouveautés.
Intervenant
Le salon Milipol, c’est aussi une occasion d’avoir accès à l’utilisateur final. Est-ce que vous, ça vous permet d’avoir un retour en termes d’innovation ?
Cathy Robin
Parce qu’on a beaucoup de policiers qui passent, en fait, des utilisateurs de nos produits et, bon, ils sont en général très, très, très contents. Nous, ça nous fait plaisir d'équiper les gens avec des produits qui fonctionnent, qui fassent qu’ils travaillent en confiance et qu’ils recommandent notre marque, en fait. Donc oui, c’est un très bon salon pour nous.
Intervenant
Vous avez confiance dans l’avenir du secteur ?
Cathy Robin
Réexaminon -le ! Alors là, en fait, c’est un de mes tout premiers clients en France. Donc, on avait fait un photoshoot avec eux et donc, je suis contente qu’ils soient là aussi, parce que c'était aussi comme ça qu’on récompense nos clients, c’est un partenariat, et donc on équipe de plus en plus de polices municipales sur le territoire France, mais aussi à l'étranger, en Italie et ailleurs. Et donc, oui, c’est une stratégie aussi d'être avec eux et d'être au-delà simplement de la relation client, d'être partenaires. Et de les écouter sur leurs besoins et aussi remonter au niveau de notre recherche et développement, pour des futurs développements, quels sont les besoins du terrain. Ça, c’est important aussi. Moi, je garde toujours un contact avec le terrain. Je pense que c’est essentiel, en fait.
Intervenant
Et si, avec un simple claquement de poignet, je passe en rouge longue, et là je peux traiter un individu. Ça va, hein ? Voilà, hein !
Intervenant
Va-y
Intervenante
J’ai l’impression d'être dans deux mondes différents. D’un côté, il y a de la demande qui se crée, il y a de la concurrence, du business autour d’armes que… Donc ça veut dire quoi ? Que la France achète toutes ces armes-là pour la France, pour après venir les utiliser ici ?
Intervenante
Allô, allô, ouais, ça marche, super. On va commencer un troisième tableau rond, du coup, j’appelle Nous Toutes à venir nous rejoindre. Le Réseau d’entraide vérité et justice. Et les jeunes de Belleville.Alors sur cette troisième partie, on va se concentrer un petit peu sur ce qu’on nomme les « ennemis de l’intérieur », les répercussions de tout ça sur notre territoire à travers des perspectives migrantes et féministes sur la répression des corps et des esprits sur le territoire français. Un petit peu se poser la question du continuum : quelles sont les attaques du camp réactionnaire sur nos luttes ici, sur les solidarités communautaires construites par les concernés eux-mêmes ? Et puis, quelles alliances pour faire front ? Qu’est-ce qu’on peut apprendre de vos résistances ? Qu’est-ce que l’on peut apprendre de nos organisations ? Comment faire pour marcher ensemble aussi ? Ce sont des trucs sur lesquels on peut parler. Parce que bon, on ne va pas parler de répression sans parler de résistance.
Intervenante
La base… Et du coup, pour présenter un petit peu, Nous Toutes, Assos féministe, tout le monde connaît plus ou moins, mouvement féministe populaire né en 2018, tu me dis si je dis n’importe quoi, pour dénoncer l’inaction face aux violences sexistes et sexuelles, notamment de nos gouvernements, qui est composé de ministres accusés. Et il y a donc le national, les antennes locales. Qui sont aussi indépendantes, c’est un petit peu sur tout le territoire, ça fait des grosses manifs aussi ces dernières années. Avec beaucoup de réflexion aussi, donc pas juste l’organe de rue, beaucoup de réflexions aussi sur le racisme, les luttes décoloniales aussi cette année, ça a rejoint le mouvement pour la Palestine.Le micro ne marche pas encore. Réseau d’entraide vérité et justice depuis 2007. On va dire. Réseau de comités, collectifs et associations, du coup, qui se renforcent au gré des luttes, donc aussi qui continue à s’agrandir, qui rencontre les victimes et leurs proches, du coup, de violences policières, blessés et mutilés de forces de l’ordre, contre les violences militaires, mais aussi psychiatriques. On aura le temps de revenir dessus. Et Mamadou pour Jeunes de Belleville, du coup ? Que tout le monde connaît ici ? Voilà ! Pareil, organisation par le bas, par la jeunesse, par les concernés, par vous, voilà, gros, gros mouvement sur Paris.
Nous Toutes
Du coup, est-ce que, peut-être, on va faire l’inverse, tu vois, peut-être qu’on va commencer par le fond, là-bas, par Nous Toutes. Allons-y, bonsoir à tous. Du coup comment, comment, euh, comment avec tout ça, parce que là on part un petit peu sur la guerre extérieure. La complicité de la France avec la colonisation. Là, on parlait du Sahel, de la Palestine, l’impact que ça a sur le racisme en France, et du coup sur les luttes sociales et féministes avec cette perspective-là. Quelque chose à dire et je… Des commentaires ? Bah ouais, je vais essayer. J’ai pris quelques notes parce qu’effectivement la question que tu nous poses, elle est hyper transverse. On parle à la fois des ennemis de l’intérieur, à la fois effectivement de cet aspect de guerre et de façon réflexe en fait de se défendre.Donc effectivement j’ai écrit un texte pour pouvoir balayer tout ça et ne rien oublier. Donc effectivement je représente le collectif Nous Toutes. Nous Toutes, c’est un collectif féministe qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles, c’est vrai. Mais pas seulement, parce qu’en fait ces violences, elles ne tombent jamais seules. Elles s’emmêlent avec le handicap, le racisme, l’islamophobie, la pauvreté, la solitude, les politiques migratoires et la violence d'État.
Nous Toutes
Quand certains personnages publics évoquent effectivement les « ennemis de l’intérieur », on sait très bien de qui il s’agit. Malheureusement, il s’agit des femmes voilées qu’on vire d’un lycée, par exemple pour une jupe trop longue, des militantes qu’on gaze pour avoir crié « Cessez le feu », des collectifs antiracistes dissous pour avoir osé s’organiser entre personnes concernées, des militants qui risquent leur intégrité physique pour nous protéger en manif des répressions policières. D’ailleurs, je voudrais les remercier parce que le climat s’est particulièrement tendu ces derniers temps et les manifs deviennent de plus en plus dangereuses.C’est ça, en fait, le continuum de la répression. La question que tu poses sur le continuum, c’est un fil rouge entre l'école, la rue, les tribunaux et les médias. C’est-à-dire qu’on devient visé·e·s de toutes parts, jugé·e·s de toutes parts et instrumentalisé·e·s de toutes parts. Et c’est ça qui est particulièrement compliqué pour tenir bon, tout en gardant l’esprit ouvert pour se remettre en question. Et donc, c’est intéressant d’avancer dans ce climat-là.Effectivement, les premières visées et les premiers visés de ce continuum de répression, ce sont bien sûr les personnes racisées, migrantes, musulmanes, trans, pauvres, organisées. La bonne nouvelle, c’est évidemment que les nouvelles possibilités de communication nous ouvrent les yeux. Il ne faut plus compter sur le récit étatique qui est donné, sur la dilution de notre responsabilité ou sur un fantasme xénophobe. On voit les victimes, on voit la violence, on voit la guerre en face. Et ça, c’est assez nouveau.
Nous Toutes
Pendant ce temps-là, effectivement, au Bourget, on organise un salon de l’armement. Les familles y vont le dimanche, on y vend des drones, des tanks, des missiles, on y serre la main de ceux qui bombardent des enfants, et nous, on nous interdit de manifester pour la Palestine. On nous accuse d’importer des conflits quand eux, ils exportent des armes.Quand moi j’entends « ennemie de l’intérieur », c’est marrant parce que je pense plutôt aux féministes nationalistes. Celles qui parlent des droits des femmes, celles qui parlent des droits des femmes pour mieux justifier la guerre, les lois islamophobes et les frontières fermées. Elles ne veulent pas notre liberté, elles veulent notre discipline. Elles veulent choisir pour nous ce qu’on porte, ce qu’on pense et comment on se bat. Et ça, ce n’est pas du féminisme, ça, c’est du colonialisme avec du blush.Nous, on porte un féminisme de terrain décolonial, radical, et contre toute attente, assez joyeux en fait.
Nous Toutes
Avec quelles alliances peut-on faire front ? Des alliances qui ne parlent pas à notre place, déjà, c’est pas mal, mais qui militent à nos côtés. Parce que ce sera la seule solution pour construire ensemble une résistance qui profite au plus grand nombre. Normalement, le projet de départ, c’est un système qui profite au plus grand nombre. On agit dans des espaces de domination où le corps de la femme est un enjeu de conquête, voire un butin de guerre. Et c’est à ce titre qu’il est important que notre collectif se positionne au sein de Guerre à la guerre. Merci.
Intervenante
Et du coup, là tu parlais des manifs, etc. Il y a eu le 8 mars, le 8 mars, qui a été très compliqué parce que le gouvernement a tenté d’imposer des collectifs qu’on ne voulait pas en manifestation.
Nous Toutes
Oui, absolument. Du fait d’un protégé. Je pense que ça doit être une des premières manifs où les flics ont autant manifesté et marché, du coup, puisqu’ils ont vraiment fait la manif avec Némésis notamment, c’est vrai.Et du coup, là, dans ce truc d'« ennemi de l’intérieur », moi j’ai envie de poser aussi ce bail de la résistance face au camp réactionnaire qui essaie de dénaturer nos luttes, de les instrumentaliser, tu vois, à des fins racistes et réactionnaires. Et vous avez aussi participé à Féministes contre l’armement, parce que là tu dis que du coup il n’y a pas que ça, il n’y a pas que les armes, etc.
Intervenante
Mais en quoi ça vous a touché, la démarche féministe contre l’armement ? C'était quoi le lien entre le féminisme et l’armement ?
Nous Toutes
Ce que j’explique, en fait, c’est-à-dire qu’avec l’armement viennent effectivement des enjeux de domination entre les peuples, et que malheureusement les femmes, et je peux même étendre aux enfants, mais les femmes notamment, deviennent en fait un enjeu, voire un butin de guerre. C’est-à-dire qu'à travers le corps des femmes, on va exercer sa conquête, à travers l’enlèvement des jeunes filles, on va exercer son pouvoir, et évidemment que ça nous mobilise et encore heureux, bien sûr.
Intervenante
Ok, bah c’est clair hein ! Tu veux continuer ? Fatou, sur le réseau d’entraide, il y a Fatou et Salomé qui, du coup, sont dans le public et à qui on filera le micro.
Fatou
Alors moi je vais commencer par présenter le réseau d’entraide. Donc c’est depuis 2007 que le réseau de comités, de collectifs et d’associations se renforce au gré des luttes, des procès et des rencontres avec les victimes et leurs proches. En 2021, ce réseau prend une nouvelle forme sous le nom de Réseau d’entraide vérité et justice. Ce réseau rassemble de nombreuses familles de victimes : celles qui ont perdu un proche tué par la police, en prison, dans l’institution psychiatrique, ou victime de disparition forcée, ainsi que des blessés et mutilés des forces de l’ordre. Donc on lutte contre les violences policières, militaires et psychiatriques. Et donc… et on est un peu dispersé à l'échelle nationale. Et donc moi, je suis une des sœurs de Lamin Dieng, donc tué par la police. Et par rapport à justement ces attaques, donc on peut nous dire que ces attaques ne datent pas d’aujourd’hui, parce que depuis longtemps, elles existent, mais elles ont été officialisées par des lois racistes, xénophobes, comme la loi Asile et immigration, la loi Darmanin, Rota, loi séparatisme, et tout ça à l’encontre de toutes les organisations qui, selon eux, justement, ne respectent pas la République.Et par rapport à ces attaques, on peut parler aussi de dissolution. C’est les risques aussi. Les dissolutions, les expulsions, comme par exemple par rapport à la dissolution, la menace de dissolution, plutôt, de Palestine Vaincra, Urgence Palestine aussi.
Fatou
Donc aujourd’hui, on voit bien que les dissolutions et les attaques judiciaires sont un outil de répression pour étouffer la voix des victimes et de leurs proches, mais aussi des collectifs antiracistes, féministes et solidaires. C’est une manière de casser les mouvements et de créer de la peur, pour éviter qu’on puisse s’organiser. Les lois séparatisme et Darmanin ont été taillées sur mesure pour faire taire les voix dissidentes, notamment celles qui défendent les droits des personnes racisées ou qui s’opposent aux violences policières.Je vais donner un exemple très concret : à chaque fois qu’on demande vérité et justice pour un frère, une sœur, un parent tué par la police, on nous criminalise. On veut nous faire passer pour des fauteurs de troubles. On a connu ça avec le combat pour Adama Traoré, avec Lamin, avec Zineb Redouane, avec Cédric Chouviat, et la liste est trop longue. Chaque fois, on nous dit que la police est exemplaire, que ce sont les familles qui exagèrent ou manipulent l’opinion. C’est un récit qu’on ne peut plus accepter.On est face à une impunité structurelle. Par exemple, sur plus de 100 morts par an dans les mains de la police, combien d’affaires aboutissent à une condamnation ? C’est quasiment zéro. Dans les tribunaux, les familles se retrouvent face à des murs. Et ça, c’est possible parce que la justice travaille main dans la main avec la police, et parce qu’il y a une volonté politique de protéger cette violence d’État.Je veux aussi rappeler que la France exporte ses méthodes de maintien de l’ordre, comme on le disait tout à l’heure avec la Palestine. La France forme des polices étrangères à la répression et à la surveillance des populations. Les armes testées sur les Gilets jaunes ou dans les quartiers populaires, ce sont les mêmes qui sont vendues à l’étranger pour réprimer des luttes populaires.
Fatou
Dans le réseau, on a des familles comme celle de Lamine Dieng, de Gaye Camara, de Yacine, d’Allan Lambin et tant d’autres. On se soutient mutuellement, parce que c’est très dur de tenir face à l’État, à la police et aux médias. On est souvent décrédibilisés, invisibilisés, insultés, mais on ne lâche rien. Parce que tant qu’il n’y aura pas de justice pour nos proches, il n’y aura pas de paix.Ce que je veux dire ce soir, c’est qu’on doit créer des alliances fortes entre tous les mouvements qui combattent la violence d’État : les féministes, les collectifs antiracistes, les militants écologistes, les syndicats. Parce qu’on fait face à un système répressif global qui nous attaque tous et toutes. Et parce que la militarisation de la police en France s’inscrit dans la même logique que la militarisation de nos frontières et que les guerres menées à l’étranger.On voit bien que le gouvernement actuel utilise la peur comme outil de gouvernance. Il y a les lois, mais aussi les pratiques : les violences policières en manif, les gardes à vue abusives, les dissolutions d’associations. Et ça touche toutes les luttes. Hier c’étaient les collectifs pour la Palestine, avant-hier les militants écologistes, demain ce seront d’autres. L’objectif, c’est d’empêcher tout mouvement de contestation de prendre de l’ampleur.Et pourtant, ce que je vois ce soir, avec vous, avec Guerre à la guerre, avec toutes ces organisations, c’est qu’on est là, qu’on s’organise, et qu’on est déterminés. Tant qu’on parlera ensemble, qu’on se soutiendra, on continuera à faire peur au pouvoir. Parce qu’ils ont peur de nous voir unis.
Intervenante
Merci beaucoup Fatou, merci pour ton témoignage et ta force. Oui, je pense qu’on peut vous applaudir. C’est vraiment important de rappeler tout ça. Et du coup, on va donner la parole à Mamadou, des Jeunes de Belleville, pour qu’il nous parle de leurs expériences, de leur résistance et de leurs combats, qui rejoignent complètement ce qu’on disait sur la répression et les « ennemis de l’intérieur ».
Mamadou
Bonsoir à toutes et à tous. Merci de nous donner la parole ce soir. Nous, les Jeunes de Belleville, on est un collectif qui s’est formé dans le quartier après plusieurs épisodes de violences policières et de discriminations. On s’est dit qu’on ne pouvait plus rester silencieux, qu’il fallait qu’on se défende, qu’on raconte notre réalité, parce que personne ne le fait à notre place.Quand on parle des « ennemis de l’intérieur », on parle de nous. On parle des jeunes des quartiers populaires, des descendants d’immigrés, des gens qui vivent dans les cités. On nous montre du doigt comme si on était les problèmes de ce pays, alors que nous, on subit tous les problèmes. On subit le chômage, le racisme, les contrôles au faciès, la violence de la police. Et on en parle rarement, sauf quand il y a un drame comme pour Nahel, Adama, ou d’autres. Là, les médias se réveillent deux jours, et après ils nous laissent tomber.Dans nos quartiers, la police, elle est partout. Elle ne vient pas pour nous protéger, elle vient pour nous contrôler, pour nous intimider. Les violences, elles sont quotidiennes. Je pourrais vous raconter des dizaines d’histoires de potes qui se sont fait humilier, insulter, frapper. Et ce n’est pas des cas isolés, c’est une stratégie. Quand il y a eu les émeutes après la mort de Nahel, on a vu comment ils ont envoyé des blindés, des grenades, des drones, comme si on était en guerre. On parle de nos quartiers comme des zones à pacifier, comme des territoires ennemis.Et pourtant, nous, on n’est pas des criminels. On est des jeunes qui veulent juste vivre dignement, avoir des droits, du respect. On veut que nos vies comptent autant que celles des autres.
Mamadou
On s’est organisés parce qu’on a compris que personne ne le ferait pour nous. On a créé Jeunes de Belleville pour donner une voix au quartier. On organise des manifestations, des rassemblements, on fait des ateliers de sensibilisation, on accompagne les familles qui subissent des violences policières. On est aussi là pour créer du lien entre les générations, parce qu’on sait que la division, c’est ce qu’ils veulent.Mais on ne fait pas ça tout seuls. On essaie de travailler avec d’autres collectifs, comme Urgence notre police assassine, le Comité Adama, les associations de quartiers voisins. On sait qu’on est plus forts ensemble.Ce que je veux dire, c’est que la violence qu’on subit ici, dans nos rues, c’est la même logique que celle des guerres à l’étranger. Les armes, les techniques de surveillance, les méthodes de maintien de l’ordre, tout ça, ça vient des mêmes entreprises, des mêmes États. Les drones qui nous surveillent, ce sont parfois les mêmes qui bombardent des populations ailleurs.Alors oui, on se sent solidaires des luttes comme celles de la Palestine, du Sahel, et d’autres, parce qu’on sait ce que c’est d’être considéré comme des sous-citoyens. Quand on dit « guerre à la guerre », ça nous parle, parce que nous, on la vit tous les jours, cette guerre contre les pauvres, contre les racisés, contre les jeunes.
Mamadou
Je veux dire merci à toutes celles et ceux qui sont là ce soir, parce que ça donne de la force de voir qu’on n’est pas seuls. Et je veux dire aussi qu’on ne va pas lâcher. On va continuer à se battre pour la vérité, pour la justice, pour nos quartiers. Et pour que plus jamais un jeune comme Nahel ne perde la vie à cause d’un policier.
Intervenante
Merci Mamadou, merci les Jeunes de Belleville, franchement c’est puissant ce que tu dis. On voit bien que tout est lié, la répression ici et la répression là-bas. C’est la même logique de domination et de contrôle.
Intervenante
Bon, je pense qu’on peut applaudir tous nos invités de cette troisième table ronde. Ça fait beaucoup de choses à digérer, mais ça nous donne aussi plein de pistes pour agir. On va faire une petite pause, histoire de souffler, et ensuite on aura la performance artistique en soutien à la Palestine, avant de passer à la fête.Avant de passer à la partie festive, on va accueillir une performance artistique en soutien à la Palestine. C’est un moment important pour nous, parce qu’on sait à quel point l’art et la culture sont des armes dans nos luttes. Elles nous permettent de raconter nos histoires, de résister, de créer du lien. Ce soir, le collectif Artistes pour la Palestine va nous offrir une performance. Merci à eux et elles d’être là. (La performance se déroule, ponctuée de chants, de poèmes et de témoignages.)
Intervenante
Merci infiniment pour ce moment fort. On en avait besoin, ça recharge nos batteries. Je voulais juste redire un mot avant qu’on passe à la musique : tout ce qu’on a entendu ce soir, toutes les luttes qu’on a évoquées, ce n’est pas pour rien. C’est parce qu’on croit qu’un autre monde est possible, un monde sans guerre, sans colonisation, sans oppression. Et on sait que ce monde, on ne l’obtiendra pas si on ne se bat pas ensemble.Je remercie encore Marc-Antoine Pérouse de Montclos, Camille de Survie, Stop Arming Israël France, Boussole Palestine, la CGT STMicroelectronics, Nous Toutes, le Réseau d’entraide vérité et justice, et les Jeunes de Belleville. Et merci à vous toutes et tous d’être venus ce soir.Appel à mobilisationAvant de danser, je veux rappeler deux rendez-vous importants : La manif de demain à République, à 15h, pour un embargo total sur les armes et la solidarité avec la Palestine.Et bien sûr, la mobilisation contre le Salon du Bourget en juin. On sera là, on sera visibles, on sera déterminés. Maintenant, place à la fête. Le bar est ouvert, les frites sont prêtes, et on a un super DJ set qui va nous emmener jusqu’à 2 heures du matin. On danse, on chante, on célèbre nos luttes. Merci encore et à très bientôt dans la rue !

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