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Phallers : le titre du dernier livre de Chloé Delaume (Points). Phallers : c’est le nom que se donnent ces femmes, de 17 à 70 ans, dans cette courte fable anti-masculiniste à l’humour misandre, lorsqu’elles se découvrent le pouvoir de faire « imploser les pénis. »
L’ouvrage est une arme féministe pour penser la force de la sororité. Celle de Violette, Sidonie, Eulalie, Dahlia et Marcia, découvrant elles-mêmes d'autres camarades, de Valérie Solanas et son SCUM Manifesto, à la poétesse Renée Vivien en passant par Virginie Despentes. Ensemble, elles fondent un groupe : les Purple Bubble.
C’est un texte à part. Un ovni dans l'imposante production littéraire de l’autrice. Conte initiatique, pamphlet cathartique, Phallers s’attaque aussi bien à l’impunité des stars de la télévision et du cinéma accusés de viol, aux groupuscules masculinistes qu’aux faux-alliés du féminisme.
Si la forme nous plonge dans la fable à la frontière de la fantaisie et du gore, le fond est le plus sérieux du monde : comment fait-on pour que les hommes arrêtent de violer ?
«C'est une réponse grand guignolesque, mais j'ai pas trouvé d'autres modes d'expression ni d'autres pistes sur la question» commence Chloé Delaume, avant de se lancer dans le récit des Phallers, ses supers-héroïnes post-metoo.
«Le postulat, c'est que soudain, sans qu'on sache pourquoi, est-ce les déesses qui interviennent, est-ce une sorte d'évolution darwinienne qui fait qu'à force d'être victime, il y a le corps qui réagit et qui apporte un super pouvoir? Toujours est-il que soudain, des filles et des femmes, alors qu'elles sont agressées, ont le super pouvoir de faire imploser le phallus de l'agresseur et du prédateur. Et donc ces femmes vont s'organiser en sororité, en communauté et vont mener des actions de vendetta, à petite échelle d'abord, puis à très grande» raconte Chloé Delaume en préambule.
Le récit commence par la fugue de Violette, 17 ans, issue d’un milieu social plutôt précaire et d’une famille dysfonctionnelle, incestée par son beau-père. C’est justement sur lui que se manifeste pour la première fois le pouvoir de Violette, ce qui la terrifie. L’autrice glisse «autant, quand ton pouvoir est maîtrisé, c'est jubilatoire, autant la première fois que ça arrive, ça peut être déstabilisant d'avoir l'agresseur avec le phallus en viande hachée.»
Adolescente, je n'étais pas rétive à la violence.
Perdue dans un mall où elle se fait agresser par un Importunator - un «maxi relou» comme le résume Delaume - , Violette récidive, avant de se faire retrouver par les Phallers, et emmenée dans leur QG. Problème : Violette, n’est ni très fan de la sororité, ni de la violence, ni de la loi du talion. Chloé Delaume pose les mots ainsi : «finalement, à 17 ans, le patriarcat, elle l'a toujours subi, mais sans trop s'en rendre compte. Et comme la mère est toxique aussi, Violette n'a pas une vision aussi misandre que l'autrice du livre.» Si Violette est rétive à la violence, c’est aussi qu’elle refuse de s’assigner au mot “victime” - du grec victima, «la bête à sacrifice» rappelle Delaume.
Est-ce qu'on peut faire une société avec des victimes? Je ne suis pas sûre. Donc qu'est-ce qu'on fait de ce réel, de cette souffrance, de ce risque ? Et surtout, en tant que femme ou personne sexisée, comment est-ce qu'on récupère le lead ?
La communauté des Phallers, réfugiée dans la grande maison bourgeoise de Sidonie, la doyenne, est une «sorte de Poudlard» décrit Delaume, avec des entraînements et des cours théoriques. Les entraînements consistent à apprendre à maîtriser le pouvoir, sur des «gros salopards impunis» capturés et ligotés sur un diable. «Quand le pouvoir se manifeste, elles baissent le front, et lentement, comme une bête cornue qui va charger, les yeux deviennent tout noirs et les pupilles dévorent les iris» interprète Delaume en plissant les yeux.
Les cours théoriques permettent à l’autrice de glisser dans ses pages le poème Les litanies de la haine de René Vivien, et de nous partager un objet culturel grand public symbolisant à lui seul la banalisation extrême de la culture du viol : un épisode de Maguy, la sitcom des années 80 réunissant 7 millions de téléspectateurs sur TF1 le dimanche soir.
L’histoire d’une bourgeoise d'une cinquantaine d'années, à qui il arrive toutes sortes d’aventures, comme un dégât des eaux ou un cours de yoga… «Et parmi ces ressorts narratifs classiques de sitcom, il y a un épisode où elle est violée. Voilà, c’est un ressort comique comme un autre.» Au fur et à mesure, l’épisode nous donne à voir tous les clichés de la culture du viol, de la tenue qu’elle n’aurait pas du porter, à l’agression qui serait en réalité une séduction, aux femmes de tout le quartier qui finalement s’amourachent de l’agresseur et se disputent son attention.
Il y a cette phrase magique du «prenez un petit cognac madame Maguy, il n'y a rien de tel quand on a été violée»
Voici le moment d’un petit tour de la classification Delaumienne des prédateurs et autres «relous». D’abord, l’Importunator, «parce que je n'ai toujours pas digéré la tribune de la liberté d'importuner» explique l’autrice. Et puis il y a les Purple fuckers, ceux qui ont les signes extérieurs des alliés : «ils ont un Despentes ou un Delorme qui dépasse du sac, ou Sorcières de Mona Chollet quand ils sont vraiment débutants. Ils tiennent un discours féministe d'allié. Et en fait, c'est une couverture pour pouvoir infiltrer la bergerie.»
Delaume poursuit sa typologie avec une nouvelle catégorie, sur la génération X, dont elle confie avoir croisé pas mal de spécimens ces derniers temps : «le Repenti, celui qui est plus royaliste que le roi.» Celui qui intervient et mène l'enquête à la place des femmes. Ceux-là se sont réveillés en 2017 en ayant perdu le pouvoir sur les femmes : «ils prennent donc le pouvoir sur les copains en devenant le pseudo super allié, exercant une supériorité hiérarchique sur le voisin.»
Quand j'étais jeune, le terme de patriarcat n’était pas utilisé, on disait “phallocratie”. Ce que j'aime bien dans “phallocratie”, c’est qu’on entend que c'est “phallus tout-puissant”. On entend aussi l'utilisation de la b*te comme arme de guerre, et vraiment, le totem au milieu du monde. Le patriarcat, c'est l'organisation, la façon dont ça va devenir systémique, comment est-ce que cette sainte b*te va s'organiser pour pouvoir se la fourrer partout et rester bien droite et dominante.
Et puis il y a ces nombreux hommes qui ont découvert de bonne foi en 2017 «que les femmes étaient livrées en pâture à leurs semblables et que parfois ils avaient pu opérer un forçage.» Elle décrit alors en quelques mots ce qu’est un vrai allié : «un vrai allié est discret, ça bosse dans l’ombre. Un vrai allié est dans les actes et dans la pédagogie envers ses camarades. Un vrai allié ne va pas demander une médaille.»
«On n'est pas dangereuses, c'est ça le problème aussi. C'est pour ça qu'ils n'ont pas peur de violer» déclare Delaume. Rappellant l’explosion des cours d’autodéfense, elle exprime à quel point les choses pourraient être différentes si les femmes étaient perçues comme un potentiel de réponse. Puis elle énumère les options des femmes pour se faire entendre : on ne peut pas compter sur l’empathie du camp des dominants, ni sur leur honte, qui ne change pas de camp, le frontal ne marche pas, la morale non plus, «parce qu’ils n’ont pas la même que nous.»
À celleux qui crierait alors au “notallmen”, Delaume répond «on sort du procès Pélicot, on voit bien qu'on a toutes les sept minutes un viol dans ce pays et c'est pas le même Monsieur, donc le notallmen, sur moi, il fonctionne, mais carrément pas. Ça ne veut pas dire qu'il y a une suspicion a priori sur toute créature dotée d'un phallus, évidemment, mais il y a un problème.» Que reste-t-il alors ? «Peut-être remettre du grotesque et désacraliser cette b*te» propose Delaume.
Je suis intimement persuadée que si le Scum Manifesto est un texte efficace encore maintenant et qui le sera toujours, c'est parce que Valérie Solanas a le sens de l'humour.
Delaume reste optimiste : la très récente condamnation du comédien Nicolas Bedos pour agression sexuelle est un signal nouveau, fort : «c'est assez agréable de se dire qu'effectivement la justice dit “bah non, les corps ne t'appartiennent pas, tu ne poses pas ta main où tu le souhaites.”» L’autrice confie attendre beaucoup des procès sur «PPDA, Depardieu et compagnie».
A la fin du livre, on a un petit QRcode qui renvoie à l'album Sentiments négatifs, un disque composé «de spoken dépressifs très poétiques» et des titres interprétés par les Purple Bubble, le groupe de musique servant de couverture aux Phallers. Le disque est disponible sur les plateformes d'écoute et sur le label Dokidoki. Initialement, rappelle Delaume, le projet des Phallers est un court-métrage, finalement avorté par le CNC. Mais, revanche pour les supers-héroïnes, début décembre se tournera l'un des morceaux de l'album, Ouin Ouin Boogie.
On n'a pas voulu que les b*tes explosent à l'écran, donc j'en ai fait un livre, mais comme je suis épouvantablement têtue, nous allons avoir des phallus qui sautent à l'écran, on va avoir des entrejambes de méchants masculinistes réduites en bouillie avec des jets de sang et de viande hachée à l'écran.
Malgré une aide du CNC, la production a du lancer une campagne de mécénat participatif sur la plateforme Proarti, «nous avons de chouettes contreparties pour essayer de motiver les troupes» décrit Delaume, enthousiaste, avant d’ajouter dans un rire «c'est vrai que j'ai été très étonné de voir que le gore coûtait si cher. Figurez-vous que le faux sang a augmenté !»
De quoi parle l'ouvrage de Chloé Delaume Phallers ?
«Le postulat, c'est que soudain, sans qu'on sache pourquoi, est-ce les déesses qui interviennent, est-ce une sorte d'évolution darwinienne qui fait qu'à force d'être victime, il y a le corps qui réagit et qui apporte un super pouvoir? Toujours est-il que soudain, des filles et des femmes, alors qu'elles sont agressées, ont le super pouvoir de faire imploser le phallus de l'agresseur et du prédateur. Et donc ces femmes vont s'organiser en sororité, en communauté et vont mener des actions de vendetta, à petite échelle d'abord, puis à très grande» raconte Chloé Delaume.
Pourquoi Chloé Delaume parle de "phallocratie" ?
Pour Delaume, le terme "phallocratie" est intéressant parce que «on entend que c'est “phallus tout-puissant”. On entend aussi l'utilisation de la b*te comme arme de guerre, et vraiment, le totem au milieu du monde.»
Qui sont les Phallers ?
Les Phallers, autodésignées comme telles en référence à Scanners, de Cronenberg, sont une communauté, de 17 à 76 ans, qui se sont découvertes le don de faire imploser les phallus des agresseurs. Elles habitent ensemble, et vivent cours théoriques et entraînements au don, dans une sorte de «Poudlard contre la phallocratie.»
Que signifient "l'Importunator", "le Repenti" et le "Purple fucker", néologismes créés par Chloé Delaume ?
L’Importunator désigne le «maxi-relou». Il est désigné ainsi «parce que je n'ai toujours pas digéré la tribune de la liberté d'importuner» explique l’autrice. Et puis il y a les Purple fuckers, ceux qui ont les signes extérieurs des alliés : «ils ont un Despentes ou un Delorme qui dépasse du sac, ou Sorcières de Mona Chollet quand ils sont vraiment débutants. Ils tiennent un discours féministe d'allié. Et en fait, c'est une couverture pour pouvoir infiltrer la bergerie.» Enfin, il y a le «Repenti» dont Delaume confie avoir croisé pas mal de spécimens ces derniers temps. «Le Repenti est plus royaliste que le roi » : il intervient et mène l'enquête à la place des femmes. Ceux-là se sont réveillés en 2017 en ayant perdu le pouvoir sur les femmes : «ils prennent donc le pouvoir sur les copains en devenant le pseudo super allié, exercant une supériorité hiérarchique sur le voisin.»
Quel est le projet de l'album de Delaume Sentiments Négatifs ?
A la fin du livre, on a un petit QRcode qui renvoie à l'album Sentiments négatifs, un disque composé «de spoken dépressifs très poétiques» et des titres interprétés par les Purple Bubble, le groupe de musique servant de couverture aux Phallers. Le disque est disponible sur les plateformes d'écoute et sur le label Dokidoki. Initialement, rappelle Delaume, le projet des Phallers est un court-métrage, finalement avorté par le CNC. Mais, revanche pour les supers-héroïnes, début décembre se tournera l'un des morceaux de l'album, Ouin Ouin Boogie.
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