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« L’idée de transition énergétique nous enfume » — Jean-Baptiste Fressoz
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Saison 10

« L’idée de transition énergétique nous enfume » — Jean-Baptiste Fressoz

1 h 3402/12/2025
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Dans cet Écoloscope, Jean-Baptiste Fressoz pulvérise une idée devenue centrale dans le débat public : la transition énergétique. Historien des techniques, il démontre que jamais, dans l’histoire, une énergie n’a remplacé les autres — elles ont toujours crû ensemble, en symbiose. Le récit séduisant d’un passage harmonieux vers un monde décarboné n’est pas seulement faux : il est dangereux. Derrière ce slogan, se cachent illusions technologiques, erreurs de diagnostic et intérêts industriels bien présents dans la construction du GIEC. Pendant une heure, Fressoz dévoile l’ampleur réelle du défi climatique. Une discussion sans fard, qui repolitise radicalement la question écologique.

En matière d’écologie, la « transition énergétique » est partout. Des ministères aux grandes entreprises en passant par les rapports du Giec, c’est le paradigme dominant de la lutte contre le changement climatique : pour sauver la planète, il faudrait remplacer les énergies fossiles par des énergies décarbonées, renouvelables ou nucléaire. Et ce récit repose en partie sur l’histoire de l’énergie, avec l’idée qu’il y aurait eu par le passé d’autres transitions, du bois au charbon, puis du charbon au pétrole. Mais cette histoire est-elle réelle? D’où vient cette idée de transition énergétique et comment est-elle devenue l’horizon incontournable de la lutte contre le dérèglement climatique? Et si la « transition énergétique » n'était qu’un mythe qui nous illusionne sur la volonté des dirigeants à prendre en compte l’urgence climatique?

Jean-Baptiste Fressoz est historien des sciences et techniques, chercheur au CNRS et auteur de plusieurs ouvrages dont Sans transition, une nouvelle histoire de l'énergie. A travers un retour sur l'histoire des énergies et une analyse critique de la notion de "transition énergétique", il pointe les limites du tout-technologique et appelle à la lucidité sur le défi climatique.

La rencontre avec Jean-Baptiste Fressoz

  • La transition énergétique est présentée comme un slogan plus que comme un concept scientifique : installer des renouvelables ne remplace pas les fossiles, cela ne fait que diminuer l’intensité carbone de l’économie. «Ce n’est pas une notion scientifique, ce n’est pas une notion rigoureuse»
  • Le terme «transition énergétique» est né chez des savants atomistes américains issus du projet Manhattan, qui imaginaient une bascule très lente vers le nucléaire, sans rapport avec le climat actuel. «Elle aura lieu dans 3, 4, 5 siècles»
  • Dans les années 1970, le mot sert avant tout à renforcer la souveraineté énergétique : il s’agit de réduire la part du pétrole, quitte à augmenter l’usage du charbon. «Le charbon peut faire partie de la transition énergétique»
  • Les premiers économistes du climat ont cru qu’il suffirait d’innover plus tard, en sous-estimant la réalité matérielle et la destruction de capital nécessaire à un vrai basculement. «C’est grotesque»
  • L’innovation ne remplace pas les matières : même les grands progrès technologiques ne réduisent pas leur usage, qui continue d’augmenter année après année. «Les matières premières ne sont jamais obsolètes»
  • L’idée d’«âges» énergétiques est fausse : dans l’histoire, les énergies ne se remplacent pas mais s’additionnent et croissent ensemble. «95% du charbon a été sorti après 1900»
  • Le bois reste une énergie majeure : centrales biomasse, papeterie, emballage et industrie continuent d’en augmenter la consommation. «Le bois n’est pas du tout obsolète»
  • Les pays riches affichent de bonnes performances climatiques en externalisant la pollution, grâce aux importations de biens et de technologies fabriquées ailleurs. «C’est assez facile de décarboner une économie quand vous envoyez toutes les choses un peu polluantes à l’étranger»
  • Le groupe 3 du GIEC a intégré des solutions technologiques promues par l’industrie fossile, comme la capture du carbone, révélant une forte perméabilité entre expertise et intérêts industriels. «Il y a une porosité très forte»
  • Le véritable enjeu consiste à hiérarchiser les usages du CO₂ : distinguer ce qui est vital de ce qui est superflu et repenser les infrastructures matérielles, très émettrices et consommatrices de ressources. «La question clé, c’est pour faire quoi?»

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Sources, liens & références

Jean-Baptiste Fressoz 

Jean-Baptiste Fressoz est auteur d’une thèse en histoire à l’École des hautes études en sciences sociales et à l’Institut universitaire européen de Florence, sous la direction de Dominique Pestre ; Chargé de recherche au CNRS, membre statutaire du centre de recherches historiques (EHESS), il a été maître de conférences à l’Imperial College de Londres. Ses recherches portent sur l’histoire environnementale, l’histoire des savoirs climatiques, l’Anthropocène. Il tient une chronique mensuelle dans Le Monde.

ihedate.org

La nature en révolution - Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Thomas Le Roux, Corinne Marache & Julien Vincent - 2025 

: Révolutions, industrialisation, colonisation : ce livre propose un nouveau regard sur la France de 1789 à 1870. Comment cette nation paysanne a-t-elle entretenu la fertilité de ses sols avant les engrais chimiques ? Pourquoi les questions que l'on qualifierait maintenant d'écologiques étaient-elles centrales dans les Assemblées révolutionnaires ? Comment le capitalisme français est-il parvenu à drainer des matières premières à l'échelle mondiale ? Comment les risques et les pollutions furent-ils normalisés pour qu'advienne l'industrialisation en dépit des plaintes et des procès ? À qui profitaient les émissions de CO2 ? C'est à ces questions et à bien d'autres encore que ce livre fournit des réponses surprenantes, modifiant en profondeur notre compréhension de la France du XIXe siècle.

editionsladecouverte.fr

Harrison Brown 

Université Johns-HopkinsUniversité de Californie à Berkeley

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Encore passionnant ce soir. Merci AuPoste piaille.fr/@auposte/1156513...
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