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Le racisme dans les médias
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Le racisme dans les médias

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Le racisme fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des médias, via les personnes invitées, qu’elles soient des politiques ou non. La peur du “grand remplacement”, démographique ou culturel est (trop) souvent au cœur des débats. Mais qu’en pensent les principaux concernés ? À quoi ressemble le quotidien d’une personne racisée dans une France où l’extrême droite bat des records ?

Avec Ulysse Rabaté (chercheur); Danièle Obono (Députée); Iris Ouedraogo (Association des Journalistes Antiracistes et Racisé·e·s). Modération: Hugo Boursier (Politis) et, dans un dispositif spécial, Au Poste et sa communauté.

Un grand merci aux organisateurs du Festival et à l'Atelier du Stream pour son incroyable implication.

Transcription de l’émission

Hugo Boursier
On peut déjà s’interroger en tant que médias indépendants à la politique sur cette pratique qui consiste pour les journalistes qui composent le jury à célébrer des personnalités politiques. Mais surtout, cette année, c’est Jean -Philippe Tanguy que le jury a voulu honorer. Jean -Philippe Tanguy, député Rassemblement national de la Somme et président délégué du groupe RN à l 'Assemblée nationale. De l’autre côté de la frontière en Belgique, il existe un cordon sanitaire médiatique qui empêche l’extrême droite d 'avoir ses rondes serviettes dans les médias. Il a été lancé par la radio publique, la RTBF, il y a 30 ans. Preuve que ça existe et que la pratique journalistique peut être ferme sur la question du racisme. Comment vit -on ce racisme médiatique lorsqu 'on est sa cible privilégiée ? Quels effets ce racisme produit lorsque l 'on en est victime ? Qu 'est -ce qu’il transforme dans notre regard sur certaines populations stigmatisées ? Et comment, en tant que journaliste, peut-on résister face à ces biais racistes ? On va essayer de répondre à toutes ces questions, à vos questions et à celles du chat de David. Merci beaucoup, David Dufresne, de mobiliser aussi ce chat pour appréhender dans cette table ronde avec vous, Danièle Obono. Bonjour, vous êtes députée dans la 17ème circonscription de Paris et ce depuis 2017 pour la France Insoumise. Iris Ouedraogo bonjour. Vous êtes journaliste, documentariste radio. Vous préparez cette année, je crois, une série de podcasts pour Arte radio sur votre grand -père Burkinabé, qui a été engagé dans l 'armée française en 1940. Et vous êtes également la coprésidente de l 'AJAR, l 'Association des journalistes antiracistes et racisés. Et enfin, Ulysse Rabaté, bonjour. Vous êtes chercheur en sciences politiques à l 'Université Paris 8 et vous enseignez à Rennes. Vous avez créé Kidam, une formation gratuite pour les jeunes des quartiers populaires. Et vous êtes aussi l’auteur de Street Ology, Savoir de la rue et culture politique, aux éditions du commun. Je voudrais commencer avec vous la discussion, Danièle Obono, pour comprendre comment, en tant qu’élue noire, vous êtes confrontée aux attaques racistes de certains médias. Et je voudrais revenir à cet épisode de juin 2017. On était quelques jours seulement après votre investiture, je crois même six jours, donc moins d’une semaine. Vous étiez invitée aux Grandes Gueules de RMC, émission connue pour sa nuance. Et vous avez été sommée dans cette émission de dire Vive la France, puisque vous aviez signé une tribune de soutien au rappeur Saïdou, auteur d 'un titre antiraciste intitulé Nique la France. Vous n’étiez évidemment pas la seule signataire dans cette tribune, mais c 'est à vous qu 'on a demandé de proclamer Vive la France en plateau. Une question simple, comment avez-vous vécu cet événement et quels effets a -t -il eu dans votre rapport aux médias, alors que vous commenciez tout juste votre mandat ?
Danièle Obono
Bonjour à tous et toutes, merci pour l’invitation à ce festival que je découvre et qui a l 'air passionnant. Et sur ce sujet en particulier, pour moi il y a deux dimensions de l 'expérience du racisme dans les médias. La première qui est illustrée par l’épisode, le premier parmi de nombreux autres épisodes que vous avez mentionnés, mais je voulais aussi parler d 'une deuxième dimension, c 'est -à -dire qu 'il y a la sur médiatisation et la manière dont on va être surmédiatisé, et il y a une forme d 'invisibilisation aussi sur laquelle je voulais revenir. Mais sur la sur médiatisation, effectivement, ce qui est particulièrement violent, outre le fait que Primo Député, il y a peine d’arriver, s 'installer, c 'est un des premiers plateaux que je fais, et à ce moment -là, y compris quand je suis interpellée, je suis un peu désarçonnée par la question, je comprends pas vraiment le sens, et y compris je me rends pas compte à ce moment -là de la violence du propos. Je sors du plateau et en disant à mon collaborateur qui était venu avec moi que j’espère qu 'ils vont pas m 'accrocher la veste, parce que j 'ai dit à un moment donné un mot un peu familier, donc vraiment complètement pas du tout dans le moment ce qui est ressenti. Et en fait, c 'est a posteriori, mais comme d 'autres épisodes de ce même registre, que ce soit par rapport à l 'article de Valeurs Actuelles quelques années plus tard, etc., c 'est toujours avec un certain décalage qu 'on se rend compte de l 'ampleur et qu 'on intègre, y compris l 'impact du propos ou du comportement raciste, mais je pense que c 'est aussi une expérience de toutes les personnes qui sont victimes d 'une forme ou d 'une autre d 'agression, d 'oppression, etc. Donc voilà, on le vit comme quelqu 'un qui subit une violence et qui, à retardement, se rend compte personnellement et aussi politiquement de ce qui se passe. Et donc, on va dire que c’est un apprentissage accéléré du monde médiatique, des biais du monde médiatique et surtout du fait que c 'est un espace qui n 'est pas neutre et qui est un champ de bataille politique, parce que je pense que ce propos, au -delà de l 'individu qui le tient et du moment, c 'est un choix politique de le tenir. Donc il y a un récit et une narration qui dit qui a le droit d’être là, à quelle condition on a le droit d 'être là, et si on ne respecte pas et on ne rentre pas dans ces cases, ce qu 'on subit est ce qu 'on va subir, en fait, et ce qui va se traduire aussi dans l 'autre versant par l 'invisibilisation et la disparition. Et oui, de manière assez frappante, on peut à la rigueur accepter que je sois présente si je me soumets à l 'injonction et si je monte littéralement patte blanche en expliquant à quel point je suis reconnaissante qu 'on ait bien voulu que j 'existe dans cet espace -là. Donc voilà, il y a tout ce message et ce récit, mais qui est là aussi pas anecdotique, mais qui est celui qui est tenu, ce discours qui est tenu à l 'encontre de toutes les personnes racisées pour faire vite dans tous les espaces, pas simplement l 'espace médiatique, mais dans le quotidien, dans les espaces professionnels, mais aussi dans les espaces familiaux, intimes. Et j 'allais dire, en fait, toutes les personnes qui vont être opprimées d 'une manière ou d 'une autre, c 'est le discours dominant qui explique quelle est la place des uns et des autres, et il ne faut surtout pas remettre en cause cette place -là. Tout ça prend un certain temps à s 'analyser, à se comprendre, et puis surtout, ce qui est difficile dans ce moment -là, c 'est quelles réponses on peut apporter, en étant en fait, y compris quand on est une figure politique, un ou une responsable politique, ou d 'une certaine manière, on va considérer que ça fait partie du jeu, entre guillemets, et c 'est normal qu 'on fasse l 'objet d 'interpellation et qu 'on doit accepter un peu ces règles. Je trouve qu 'il y a quelque chose d 'assez pernicieux dans cette mentalité. Et puis, en fait, il y a un côté vis -à -vis de l 'espace médiatique où on ne contrôle pas et on n 'est pas du tout dans le même rapport de force, c 'est -à -dire que la capacité des médias à pouvoir dire, produire et reproduire une même séquence, y compris commenter. Et en fait, vous avez beau vous exprimer sur vos réseaux ou dans des écrits, ça n 'a aucune comparaison avec la force de frappe médiatique où les uns et les autres peuvent commenter et revenir. Le discours, c 'est très difficile de pouvoir réagir à ce discours dominant, massif, mais c 'est l 'engagement politique en soi et l 'engagement politique antiraciste et la réponse collective à apporter à ça et le rapport de force à produire face à ce type d 'événement, parce que ce n 'est pas une question. C’est moi, ma personne, qui est ciblé, mais le message s’adresse plus largement et donc la réponse doit être du même ordre, je crois.

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Sources, liens & références

Hugo Boursier pour Politis

Journaliste et responsable de la rubrique Société à Politis depuis novembre 2021. C'est en 2017, alors en stage, qu'il croise pour la première fois la route du média indépendant. Il fera par la suite un détour par France Culture, comme programmateur et producteur adjoint d'émissions d'actualité, tout en écrivant pour Mediapart et Libération / X : @HugoBoursier / Bluesky : @hugoboursier.bsky.social

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Je suis dans la salle, c'est un chouette festival bsky.app/profile/optimistiq...
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le terme "racisé" ne renvoie pas à une identité mais à un processus politique de structuration raciale de la société
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après le mot "racisé" faut le voir comme une reconnaissance d'une discrimination systémique, pas comme un adjectif discriminant un individu
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