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Le philosophe Michel Feher publie ces jours ci un livre stimulant, positivement dérangeant, un livre qui pense contre nous-mêmes : le vote RN étant désormais un vote d’adhésion, de désirs, comment comprendre son imaginaire ?
Au cœur de cette attirance, le rapport au travail, aux richesses, à la frontière (!) entre les «producteurs» et les «parasites». Passionnant voyage dans le temps où les Nobles d'antan, honnis par les pauvres et les Révolutionnaires, sont devenus les voisins de palier immigrés. L'ouvrage de Feher s'intitule «Producteurs et parasites - L'imaginaire si désirable du Rassemblement national» (La Découverte).
Son but: garder à l'esprit que dans la résistance au RN, il est nécessaire de dénoncer son imaginaire producériste radicalisé, autant que de reconnaître l'attrait qu'il exerce. Ainsi l'on pourra redonner toute sa force au combat antifasciste. Préparez le café.
«Les gens ne votent pas mal», déclare Feher. Dès les premières minutes, il soulève une idée aux allures provocatrices : le vote pour le RN n'est pas une simple protestation, mais un choix positif. Selon lui, ce vote est motivé par un imaginaire puissant qui oppose l’électorat frontiste, considéré comme les producteurs, travailleurs et méritants, aux “parasites”
D’après Feher, le racisme du parti est donc déguisé derrière le “désir de justice sociale” de l’électorat RN, qui trouve ses racines dans une vision du monde où le travail est érigé en valeur suprême : le producérisme. Cette lutte des classes ancrée dans une vision moraliste oppose ceux qui produisent de la valeur, et de l’autre, ceux qui la parasitent, c’est-à-dire ceux qui ne travaillent pas ou, pire encore, ceux qui profitent sans mérite.
Feher revient sur l’origine de cet imaginaire, qu'il fait remonter au XVIIe siècle, lors de la révolution anglaise. À cette époque, le producérisme est de gauche, les travailleurs étant opposés aux "parasites" aristocrates. Cette opposition a traversé les siècles pour être adaptée par le RN, qui y a ajouté ses propres cibles : les élites financières et les immigré.es.
Cet imaginaire ne s’inscrit pas dans une lutte des classes marxiste. Ici, la division se fait entre ceux qui produisent (ouvriers, indépendants, entrepreneurs) et ceux qui parasitent (spéculateurs, fonctionnaires, assistés). Cette vision crée une solidarité au sein du peuple producteur, tout en dressant une barrière infranchissable avec les "parasites".
Feher détaille minutieusement l’héritage historique du producérisme dans les discours modernes, comment sa structure narrative a été remodelée par les néolibéraux américains puis européens, tout en la liant aux mutations économiques et politiques du RN.
Marine Le Pen a méticuleusement remodelé le discours de son père. Elle a notamment opéré deux changements stratégiques. Remarquant que l’électorat lepéniste était assez peu néolibéral, elle a écarté l’antisémitisme traditionnel de Jean-Marie Le Pen pour construire une nouvelle figure du "parasite d'en haut" : la finance internationale et la technocratie européenne. Le RN, désormais, tape sur la mondialisation et la déshumanisation du travail par les élites financières. Ce changement stratégique permet à l’héritière lepéniste de moderniser l'image du parti tout en conservant son essence producériste.
Mais cela ne suffit pas. Il faut un second ennemi : ce sera l’Islam. Si dans le discours racialiste du père, l’islam est affecté aux “parasites d’en bas”, chez la fille, il est désormais dévolu aux deux pôles, ceux d’en bas, mais aussi ceux d’en haut : il est un élément central du "complot islamiste mondial". Ainsi, «l'islamo gauchisme va être le digne successeur du judéo bolchévisme d'antan.»
Chez Jean-Marie Le Pen, l’immigration était la cause du socialisme rampant. Alors que chez Marine Le Pen, cette même submersion migratoire va être la cause du capitalisme débridé. C'est un basculement sans frais. Parce que si le diagnostic est inversé, les mesures sont exactement les mêmes.
«Le RN n’est pas un parti d’extrême droite, c’est un parti du juste milieu.» Cette phrase, lancée par Feher, surprend. D’après lui, c’est exactement ainsi que se pense le RN : le parti du "bon peuple", celui qui est pris en étau entre les parasites d’en haut (les élites mondialisées) et ceux d’en bas (les assistés et les immigrés). La séduction de ce "bloc central" viendrait de son inscription dans une logique populiste, qui ne serait ni trop à droite ni trop à gauche.
Marine Le Pen se voit comme centriste, contre le cynisme libéral et contre le collectivisme confiscatoire.
D’après Feher, cette présentation permet au RN de passer pour modéré tout en rassemblant un électorat large, allant des ouvriers aux petits entrepreneurs. Surtout, alors que la droite comme la gauche provoque un imaginaire lié à l’effort, individuel ou collectif, Marine Le Pen propose une solution “clé en main”, sans sacrifice, sans exigence pour les électeur.ices. «C’est un projet diabolique», commente le taulier.
Pour conclure, Michel Feher partage une vision nuancée de la manière dont la gauche peut contrer cet imaginaire séduisant du RN. Il prévient que l'imitation des discours du RN par certains mouvements de gauche, en tentant de récupérer la rhétorique sur les "parasites", est contre-productive. «Ce terrain ne peut pas être conquis», affirme-t-il.
L’entretien s’achève sur une note mélancolique, bien que le philosophe reste optimiste quant à la capacité de la gauche à proposer une alternative. Cependant, pour lui, cela ne sera possible qu'en s'attaquant aux véritables racines des inégalités, sans chercher à flatter les fantasmes producéristes du RN. L’antifascisme reste, selon lui, une arme mobilisatrice, mais la gauche n’avancera que lorsqu’elle aura accepté qu’elle est structurellement minoritaire.
Pourquoi Michel Feher parle-t-il de "vote de désir" pour le RN ?
Feher explique que les électeurs du RN ne votent pas par protestation, mais par adhésion à un imaginaire où les producteurs sont valorisés et les parasites sont détestés, dans une vision moraliste du monde.
Comment le RN de Marine Le Pen a-t-il évolué par rapport à celui de son père ?
Marine Le Pen a remplacé l'antisémitisme de son père par une critique de la mondialisation et de l’Islam, tout en conservant l’imaginaire producériste des "producteurs contre les parasites".
Comment la gauche peut-elle contrer cet imaginaire du RN ?
Feher recommande à la gauche de ne pas imiter la rhétorique producériste du RN. Elle doit se concentrer sur la lutte contre les inégalités et accepter d'être minoritaire pour proposer une alternative crédible.
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: Le RN est rarement crédité d'un vote d'adhésion. Jugeant l'hypothèse trop décourageante, ses détracteurs préfèrent évoquer le désaveu qui frappe ses rivaux, la toxicité de l'espace médiatique ou le délitement des solidarités ouvrières. Producteurs et parasites entreprend au contraire d'examiner la popularité de l'extrême droite à la lumière des satisfactions que sa vision du monde procure à ses électeurs. Le parti lepéniste divise la société française en deux classes moralement antinomiques : les producteurs qui n'aspirent qu'à vivre du produit de leurs efforts et les parasites réfractaires à la " valeur travail " mais rompus à l'accaparement des richesses créées par autrui. Les premiers contribuent à la prospérité nationale par leur labeur, leurs investissements et leurs impôts, tandis que les seconds sont tantôt des spéculateurs impliqués dans la circulation transnationale du capital, financier ou culturel, et tantôt des bénéficiaires illégitimes de la redistribution des revenus. Ancrée dans la critique des privilèges et des rentes, l'assimilation de la question sociale à un antagonisme entre producteurs et parasites n'a pas toujours été la chasse gardée de l'extrême droite. Sa longue histoire révèle toutefois que le désir d'épuration auquel elle donne naissance passe toujours par une racialisation des catégories réputées parasitaires. Pour résister au RN, il est donc aussi nécessaire de dénoncer son imaginaire que de reconnaître l'attrait qu'il exerce.
Antifa | La fournaise ambiante nous invite à convoquer à nouveau Félicien Faury, jeune et talentueux sociologue sur l'extrême droite. Six années durant, Félicien a vécu (ou fait de longues incursions) dans une commune frontiste du Sud-Est de la France. Il en est revenu avec Des électeurs ordinaires, Enquête sur la normalisation de l'extrême droite (Le Seuil), un ouvrage fort remarqué, par sa justesse et sa précision.
: Qui sont ces hommes et ces femmes qui continuent d'habiter dans les campagnes en déclin ? Certains y fantasment le " vrai " peuple de la " France oubliée ", d'autres y projettent leur dégoût des prétendus " beaufs " racistes et ignorants. Mais " ceux qui restent " se préoccupent peu de ces clichés éculés. Comment vit-on réellement dans des zones dont on ne parle d'ordinaire que pour leur vote Rassemblement national ou, plus récemment, à l'occasion du mouvement des Gilets jaunes ? Parmi les nouvelles générations, ils sont nombreux à rejoindre les villes pour les études, puis il y a ceux qui restent, souvent parce qu'ils n'ont pas les ressources nécessaires pour partir. Ceux-là tiennent néanmoins à ce mode de vie rural et populaire dans lequel " tout le monde se connaît " et où ils peuvent être socialement reconnus. Comment perçoivent-ils alors la société qui les entoure ? À qui se sentent-ils opposés ou alliés ? À partir d'une enquête immersive de plusieurs années dans la région Grand-Est, Benoît Coquard plonge dans la vie quotidienne de jeunes femmes et hommes ouvriers, employés, chômeurs qui font la part belle à l'amitié et au travail, et qui accordent une importance particulière à l'entretien d'une " bonne réputation ". À rebours des idées reçues, ce livre montre comment, malgré la lente disparition des services publics, des usines, des associations et des cafés, malgré le chômage qui sévit, des consciences collectives persistent, mais sous des formes fragilisées et conflictuelles. L'enquête de Benoît Coquard en restitue la complexité.
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Comment comprendre les succès du RN à travers une analyse localisée des transformations de l’emploi et des stratégies résidentielles ?
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