Mince alors ! Les régimes ne fonctionnent pas
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Voilà un sujet qui me passionne. Ben oui, je sais bien. Donc Ariane, tu es diététicienne, féministe, gourmande et anti-régime. C’est très important. On spoile, non, on spoile directement. Elle est là, t’es membre référencée du GROS, le Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids aussi. Alors avant de commencer, deux choses importantes. D’abord, on n’est évidemment pas ici pour juger les personnes qui veulent maigrir. Je le dis, c’est important, donc on n’est pas là pour stigmatiser quoi que ce soit. Et ensuite, je préviens les gens qui nous regardent et qui nous écoutent et que ça pourrait trigger, comme on dit. À un moment, on va parler des troubles des conduites alimentaires. Donc, s’il y a des gens qui, voilà, pour qui ça fait quelque chose, on en parlera, donc soyez au courant. Si vous regardez les replays, il y aura un chapitrage à un moment où vous pourrez peut-être sauter cette partie-là. On va commencer, il y a du monde dans le chat, dis donc, c’est trop bien. Et oui, The25BAM, on se suit depuis un temps que les moins de 20 ans ne connaissent pas, c’est incroyable. L'époque des blogs, l'époque des premiers pure players aussi évidemment. Ma première question, Ariane, elle est simple et pas simple. Mais bon, tu vas me dire, qu’est-ce que c’est qu’un régime ? Alors pas régime, j’entends régime amaigrissant évidemment, c’est quoi un régime ?
Oui, bien sûr, parce que le mot régime, il est un peu employé à toutes les sauces et on va mettre de côté ce qui est une façon de manger comme les régimes végétariens ou des choses comme ça, qui sont des choix qui n’ont rien à voir avec la perte de poids. Je dirais qu’un régime, c’est une façon de décider de contrôler son alimentation en vue de perdre du poids, donc contrôlé, ça veut dire que la tête va décider, alors soi-même. Soit en allant voir un spécialiste ou en lisant quelque chose dans un bouquin, un magazine, de contrôler son alimentation et en général ça consiste à dire « je vais supprimer le gras, je vais supprimer le sucre, je vais me fixer des règles, supprimer des aliments, supprimer le sucre, supprimer les féculents ou se fixer des règles ». Je fais des repas tous équilibrés, en plus en parlant de nutriments, je mange des protéines, des légumes, des féculents, les tâches fruits, et c’est le principe de définir une alimentation contrôlée par la tête et en vue de perdre du poids. Et donc, quand on emploie le mot régime, il y a aussi souvent l’idée que c’est temporaire. C’est-à-dire, on va se fixer un objectif de perte de poids ou d’un chiffre de poids qu’on veut atteindre. On va se fixer des règles ou on va les faire donner en vue d’atteindre cet objectif et puis après, on parlera de ce qui se passe une fois qu’on a atteint l’objectif.
Et donc on entend par régime amaigrissant forcément quelque chose de restrictif ou pas, de contraignant ?
Alors, de contraignant, c’est-à-dire que ça va être restrictif dans le sens où on ne va pas manger de façon complètement libre et naturelle, on va forcément se fixer des règles. Alors, certaines personnes vont manger très sainement et ne pas forcément se dire que c’est restrictif, mais il va quand même y avoir une part de contrôle et très souvent de culpabilité. C’est-à-dire, on se fixe des règles, puis, on va au restaurant, on se lâche et donc on va souvent culpabiliser de faire ça. Donc il y a des personnes qui considèrent qu’elles mangent « normal ». J’avais rencontré une fois par hasard une dame qui faisait Weight Watchers depuis 25 ans. Donc ça faisait 25 ans qu’elle comptait les points Weight Watchers, donc ça occupe quand même beaucoup de place dans la tête.
Ça colonise l’esprit quoi, c’est le comptage des calories.
Absolument, absolument. Mais donc, des fois, ça peut durer longtemps. Effectivement, waouh, j’ai 25 ans. Ouais, bah justement, très bonne transition pour la question suivante parce que cette femme qui poursuivait un régime depuis 25 ans, donc qui payait, parce que oui, il faut être sûr qu’on rappelle que c'était payant, c'était pour ça que je parlais des applis de rencontre, c’est-à-dire que sur les applis ou les programmes minceur, il n’y a pas grand intérêt à ce que vous perdiez du poids durablement, parce que sinon leur modèle économique… S’effondre et on appelle ça le revolving door, du coup les portes battantes, vous partez, vous rentrez, vous partez, vous rentrez. Donc justement, tu parlais de cette femme, pourquoi à 90-95 % du temps on dit que les régimes sont, enfin la presse féminine ne le dit pas, mais les régimes sont largement inefficaces. Voilà, quand tu dis effectivement 90-95 %, le mot « largement » est un petit peu gentil, en fait. Alors, ces chiffres-là, ils viennent de ce qu’on appelle une méta-étude, c’est-à-dire une étude qui a été faite il y a quelques années, qui a repris une grande partie des études existantes en prenant en compte plein de régimes différents et qui a conclu que même du principe du régime… On va expliquer pourquoi. Et c’est ça le problème, c’est qu’il y a beaucoup de culpabilité et de problèmes de se dire « oh là là, je suis nulle, je manque de volonté » quand on ne réussit pas le régime alors que c’est le principe même du régime qui fait que ça ne marche pas. Et ça ne marche pas en fait pour deux raisons : il y a vraiment un aspect psychologique et un aspect physiologique. L’aspect physiologique, c’est le principe, en fait, comme on disait juste avant, en général, on se met en restriction, c’est-à-dire on supprime des aliments ou on les limite. Et en fait, il y a un mécanisme corporel qui, ça paraît bizarre tellement le monde a changé, mais qui est préhistorique, c’est-à-dire qu’à la préhistoire, on alternait des phases d’abondance, où l’on trouvait beaucoup à manger, et des phases où l’on n’avait plus beaucoup à manger. Et donc, dans ces moments où on n’avait plus beaucoup à manger, le corps s’habitue, en fait, à modérer ses besoins. Et du coup, quand il y avait beaucoup à manger, il stockait pour la prochaine phase de nourriture rare. Donc dans le principe du régime, c’est exactement ce qui se passe.Dans le mode, disons, restriction, le corps se dit « bon, j’arrive quand même à fonctionner comme ça ». Ce qui veut dire que quand on remange ne serait-ce que comme avant le régime, le corps se dit « toute cette nourriture, je vais la stocker pour la prochaine fois parce qu’on va peut-être me priver ». Il se met en mode famine, quoi. Il se met en mode stockage, c’est-à-dire qu’il se met en mode « finalement, comme j’ai réussi à vivre sans tout ce surplus qu’on me donne maintenant, je veux le stocker pour des temps plus difficiles ». Donc il y a vraiment cet aspect physiologique et c’est ça qui intervient dans le yoyo où les personnes qui ont fait plein de régimes grossissent de plus en plus facilement parce que le corps s’est vraiment habitué à modérer ses besoins énergétiques.Après, il y a un aspect psychologique, c’est-à-dire qu’après le régime, on a perdu du poids, donc on est content. Enfin, au mieux, on remange comme avant, mais donc, comme je viens d’expliquer, on va reprendre un peu de poids. Et au pire, et c’est ce qui arrive quand même très souvent, on va se lâcher sur tout ce qu’on s'était interdit ou qu’on avait diminué. Je me rappelle, par exemple, d’une patiente qui, en plus, n’avait pas beaucoup de kilos à perdre et qui s’est lancée dans un fameux régime qui est moins à la mode, le régime Dukan. Ah là là, le fameux Dukan. Le régime Dukan, c'était un régime qui consistait à manger énormément de sources de protéines, donc beaucoup de viande et de poisson. Et au début, on ne mange évidemment pas de féculents, donc pas de pain, pas de riz, etc., et même pas de fruits et légumes. Donc on mange du poisson, de la viande, des œufs, du fromage blanc 0 % et puis, Dukan avait même commercialisé ça, du son d’avoine, parce qu’il faut bien un peu de fibres quand même, sinon la constipation guette. Et donc, c’est un régime effectivement où on pouvait manger à volonté, mais que des sources de protéines. Il y avait des pertes de poids spectaculaires. Et donc, cette personne avait perdu ses kilos. Et après, alors qu’elle mangeait à peu près normalement, elle se jetait sur les paquets de gâteaux, mais elle dévorait des plaquettes de gâteaux, ce qu’elle ne faisait pas avant, et elle était rentrée dans vraiment des compulsions qui n’existaient pas avant. Donc il y a cet aspect psychologique de sortir de la restriction et de se jeter sur la nourriture.Et puis, il y a un aspect aussi de cercle vicieux, c’est-à-dire qu’on se dit « mince, j’ai raté, je reprends du poids, je suis nulle ». Donc, au fur et à mesure, parce que souvent, on recommence un autre régime, au fur et à mesure, on ne réussit pas, et donc ça mine vraiment l’estime de soi. C’est-à-dire qu’il y a toute une période, alors qu’elle va durer plus ou moins longtemps chez les personnes, où on recommence, on se dit « cette fois, je vais y arriver », et on n’y arrive pas, puisque le principe, c’est que ça ne marche pas. Et donc, petit à petit, on se trouve de plus en plus nul. En plus, on est aussi dans un monde de la performance, de la volonté, où « quand on veut, on peut ». Et c’est un truc complètement faux pour l’alimentation. Du coup, on se dit « mais pourquoi les autres y arrivent ? Pourquoi moi, je n’ai pas de volonté ? Pourquoi moi, je n’arrive pas à me discipliner ? ».
Oui, la main me sort dans mes bouquins. J’avais écrit que c'était la méritocratie du corps, quoi.
Mais c’est exactement ça. C’est vraiment cette question de discipline. Cette personne, on disait, qui faisait Weight Watchers depuis 25 ans, ou je me rappelle d’une personne qui est venue me voir, qui avait 69, 70 ans et qui avait été dans la restriction toute sa vie. Mais tout à coup, elle avait découvert des, je ne sais plus si c'était des perles de lait ou des gervitas, enfin, des trucs comme ça. Et alors qu’elle ne mangeait que des trucs zéro pour cent, elle se dit « mais c’est vachement bon en fait ». Une catastrophe, quoi. Donc, elle a cette discipline, et donc elle avait repris genre trois kilos. Cette discipline peut durer très longtemps. En fait, des fois ça lâche, on s’arrête à la fin quand on a atteint son poids, et puis il y a aussi le fait que des fois, on s’arrête parce qu’il y a un événement de vie, c’est-à-dire qu’on va réussir à contrôler pendant très longtemps et ça occupe quand même beaucoup d’espace mental. Ce qui veut dire qu’il va arriver un truc important dans la vie personnelle ou professionnelle, et tout à coup, on n’a plus cet espace mental pour ça et on va tout lâcher. Et des fois, il y a des reprises de poids, des fois très brutales, de 15-20 kilos, parce que c’est toute cette période de restriction qui tout à coup lâche et on se jette sur la nourriture.
Juste dans le chat, il y avait quelqu’un qui demandait si on allait parler du fameux médicament qui fait maigrir. Bien sûr qu’on va en parler. Mais oui, mais oui. Évidemment qu’on va en parler. Quelqu’un parlait, alors je n’ai pas vu le message d’avant de diététique, etc. Mais on parlera vraiment de plein de choses, donc n’hésitez pas à poser des questions ou à recommencer si je n’ai pas vu vos messages. Valtina60 qui dit : « On interdit la pub pour la malbouffe et plus de problèmes d’obésité ». Eh ben si seulement c'était si simple que ça. Ce ne sont ni la pub, ni la malbouffe qui sont responsables à 100 % de l’obésité.
Et en fait, c’est ce qu’on commence, j’ai l’impression, un petit peu à comprendre, enfin je dirais surtout dans le monde scientifique, parce que même pas politique, c’est que c’est complexe. C’est complexe, c’est multifactoriel, il ne faut surtout pas ni diaboliser les choses, ni culpabiliser les personnes, donc ce n’est pas aussi simple que « on supprime la pub ».
Et même si on supprimait le fast-food, ce n’est pas non plus forcément comme ça que les gens se nourriraient mieux, parce que si les gens ne se nourrissent pas comme ils et elles aimeraient se nourrir, c’est aussi parce qu’ils n’en ont pas les moyens et qu’on ne leur donne pas les moyens, et on a beaucoup parlé de ça dans les émissions précédentes. Puis il y a aussi des facteurs génétiques sur l’obésité et ce n’est pas rien que l’obésité touche principalement les classes populaires.
Notamment les femmes des milieux populaires. J’ai fait une dernière newsletter, t’as écrit des livres, t’as écrit un dernier livre, enfin un avant-dernier livre là-dessus, Manger les riches, mais sur, effectivement, la question de qui peut bien manger. Et où j’essaie d’inverser le choix, c’est pas « quand on veut, on peut », mais plutôt « quand on peut, on veut », donc il y a vraiment des aspects d’argent, de temps, d’accessibilité à la nourriture, dont parle Karine Jacquemart que tu as reçue.
Dans le tout premier épisode de Bouffe de là. Je salue aussi Marie-Pierre Mambrif qui nous dit « merci d’avoir invité la géniale Ariane Grumbach » et merci Marie-Pierre d'être là. Oui, on va parler du jeûne aussi, B.C. Fabrica, on va en parler. Tu parlais justement des dangers des régimes, des dangers d’une reprise de poids aussi, de ce cercle vicieux que tu décrivais. Et tu parlais aussi au niveau santé mentale de ce que ça peut faire. Donc c’est quoi les dangers des régimes ? Et après, on parlera aussi des dangers d’une perte de poids rapide, comme on voit avec « perdre 5 kilos avant l'été » et compagnie. Mais alors, d’abord déjà, les dangers que tu avais un peu évoqués, des régimes restrictifs, amaigrissants, qu’est-ce que c'était ?
Alors donc, il y a ces dangers dont je parlais de reprise de poids, c’est-à-dire qu’il y a quand même moi, je vois beaucoup de grosses personnes qui me disent « mais quand je revois les photos, je n’étais pas grosse au départ ». Donc il y a des personnes qui arrivent dans l’obésité, malheureusement, par cette spirale de régimes. Donc, il y a tout cet aspect de prise de poids qui n’est pas grave mais qui souvent rend quand même la personne malheureuse et inconfortable. Oui, pour juste une parenthèse par rapport à ce que tu disais dans ton… Moi je suis pour la liberté. Donc que chaque personne peut décider pour elle, en essayant quand même de se détacher peut-être des standards de beauté, si elle a envie de retrouver un poids où elle se sent bien ou d’accepter son poids. Donc il y a un danger psychologique et physique. On parlait de la reprise de poids, il y a aussi un danger de la spirale de perte de poids. Donc, par exemple, si on prend la question de l’anorexie, c’est là aussi un sujet très complexe, mais il y a des personnes qui vont tomber dans l’anorexie parce qu’il y a cette euphorie de la perte de poids et ça, des personnes qui étaient un petit peu rondes dans l’adolescence et qui commencent à se restreindre, à manger presque rien et elles perdent du poids vite et c’est génial. Les personnes qui n’ont peut-être jamais été minces de leur vie, tout à coup elles sont minces et là il y a une espèce de spirale et d’engrenage qui fait qu’on mange de moins en moins et on tombe dans un comportement anorexique dont après il est extrêmement difficile de sortir, parce qu’on est après dans une espèce de terreur de reprendre du poids.
On le rappelle, une maladie qu’on peut traîner toute sa vie, je connais beaucoup de femmes qui toute leur vie seront malades. Donc il y a cet aspect-là. Donc tu veux dire que le premier aspect, le premier danger, ce serait de développer des troubles des conduites alimentaires.
Tout à fait, parce qu’il y a l’anorexie, ou après on parlait des compulsions, c’est-à-dire que l’interdiction de certains aliments, la restriction du régime, la diabolisation des aliments fait qu’on peut développer des questions d’hyperphagie, de se jeter sur la nourriture. Autre trouble, la boulimie. En fait, c'était ce qu’on disait tout à l’heure, on ne peut pas être dans le contrôle permanent. Donc on va rentrer des fois dans une espèce de contrôle qui va tenir et puis tout à coup, on va se jeter sur la nourriture parce qu’on n’en peut plus de se contrôler, de s’interdire des aliments, parce qu’il faut avoir en tête que plus on s’interdit quelque chose, plus on va y penser. Ça peut devenir obsessionnel et donc on peut tomber dans un comportement boulimique, soit l’hyperphagie, c’est-à-dire manger vraiment beaucoup, avoir des crises où on mange vraiment beaucoup ou la boulimie où on se fait vomir. Parce qu’il y a quand même, une fois qu’on a fait un régime, cette idée qui présidait au régime que l’on veut vraiment contrôler son poids, et donc il y a vraiment cette peur de grossir et donc du coup, des fois, il y en a effectivement qui peuvent… Moi, j’ai vu des femmes qui faisaient ça depuis des années avec une… une obsession mentale, une honte, c’est-à-dire de chercher toujours à se cacher, à manger beaucoup en se cachant, à aller vomir en se cachant, parce qu’il y a à la fois l’impossibilité de se retenir, de faire des crises et en même temps l’obsession de ne pas grossir. Un autre danger, puisque c'était de passer un peu d’un contrôle C’est-à-dire, on n’est plus dans le régime, mais on est dans l’obsession de manger sainement qui est liée aussi à tout un contexte effectivement de diabolisation de la bouffe industrielle.
L’orthorexie, d’ailleurs, AlimaneFR nous en parle.
Alors ce n’est pas considéré comme un trouble des conduites alimentaires officiellement, on va dire. Disons, voilà, il y a un questionnaire qui existe en ligne avec quelques questions pour savoir si on se souvient d’orthorexie, mais ce n’est pas encore défini dans le DSM, qui est un peu le manuel de définition des maladies mentales. L’orthorexie, c’est l’obsession de manger sain, c’est-à-dire qu’on va vouloir avoir une alimentation totalement pure et qui est un danger là aussi de devenir complètement obsessionnel et de se désociabiliser complètement. C’est-à-dire qu'à partir du moment où on veut contrôler toute son alimentation, on ne peut plus aller chez des amis, on ne peut plus aller au restaurant, on ne peut plus manger à l’extérieur. Donc ça, ça entraîne un repli sur soi qui là aussi est terrible et en général ne peut pas durer.
Oui, donc on a, comme tu le disais, des TCA, donc troubles des conduites alimentaires, perte de sociabilité, tu parlais aussi tout à l’heure d’une forme de dépression, en tout cas de très grosse déprime, si ce n’est pas de la dépression. Comme tu le disais, culpabiliser, se dire « c'était de ma faute si je n’y arrive pas, j’ai regrossi, je ne maigris pas suffisamment vite, etc. ».
Quelque chose qui est vraiment présent, qui est l’envahissement mental, c’est-à-dire ne penser qu'à ça. J’ai des personnes qui me disent ça. C’est-à-dire, elles se lèvent le matin, disent « je vais faire attention, je vais manger, je vais bien manger, je fais attention, je vais me discipliner ». Et elles y pensent toute la journée, toute la journée, donc ce qui veut dire que ça ne laisse pas beaucoup de place pour le reste.
Et pour le reste, et pour se rebeller et pour cramer le patriarcat par exemple. Tu viens d'évoquer ça, ça me fait penser à ces magazines qui disent « maigrissez sans y penser ». Enfin je veux dire, en fait, quand on est au régime, on ne pense qu'à ça, comme tu le disais un peu en permanence.
Oui. Alors en même temps, je suis totalement contre les régimes et pour la liberté. Mais ce que j’observe et que me racontent des fois des patientes, puisque moi, j’ai une démarche qui est un peu plus durable mais complexe, c’est que le régime, finalement, c’est facile, surtout le régime où on te dit quoi manger. Tu vas voir un nutritionniste, un diététicien, il te donne une feuille en disant « voilà, il faut manger 100 grammes de poisson, 30 grammes de ceci ». Ça, c’est reposant, en fait. Et donc, suffisamment, tu le fais, sauf que ça va tenir un temps, ça ne peut pas être toute la vie comme ça.
Oui, on ne peut pas décider pour toi toute ta vie.
Il y a un côté quand même reposant du régime hyper cadré où justement on n’a pas à penser, et ça, des fois, on n’a pas envie de penser. Je veux dire, après, bon, on va en parler, il y a une telle charge mentale, et on voit que si en plus il faut réfléchir à la nourriture, « qu’est-ce que je vais manger, etc. », ça rajoute…
Il y a Schizokish qui dit : « Il y a aussi une autodiscipline qui fait presque peur, qui empêche, selon moi, les moments de bonheur ». C’est ce que tu décris justement, qui empêche de sortir, qui empêche d’avoir du plaisir.
Qui va soit faire qu’on va se limiter, une des personnes qui va dire « je m’interdis d’aller au restaurant ». Beaucoup de femmes qui, par exemple, ne mangent pas comme leur conjoint, c’est-à-dire que le conjoint a envie de manger des féculents, bah non, moi je vais me faire des légumes ou je vais manger une petite salade, ou qui s’interdisent. J’ai déjà vu des personnes qui ne mangeaient plus de pâtisserie depuis 15 ou 20 ans. Après, ça devient une espèce de deuxième nature.
Il y a des gens qui disent « mais j’ai jamais aimé les frites, mais je n’ai jamais aimé le chocolat », et moi je suis là « quand on s’est connues à 20 ans… ».
Cognitivement, c’est compliqué quoi. Non mais voilà, vraiment d’y penser tout le temps et de consacrer beaucoup, beaucoup d’énergie mentale à ça. Alors après, tu voulais parler de la perte de poids rapide.
Oui, les pertes de poids rapides, c’est quoi le risque des gens qui ont perdu 5 kilos en deux semaines, 10 kilos en un mois ?
C’est plus un danger nutritionnel, c’est-à-dire qu’on a quand même besoin de nutriments qui vont apporter une alimentation variée. Donc si on mange que de la soupe aux choux, enfin que des pommes, ou même une alimentation qui est très très limitée en type d’aliments.Alors le régime Dukan, il a présenté d’autres problèmes. Il y a des gens qui ont vraiment eu des problèmes digestifs, des problèmes rénaux liés à l’excès de protéines. Enfin, il y a eu vraiment des problèmes assez graves avec le régime Dukan.Mais par exemple, la soupe aux choux, c’était très à la mode à une époque. Mais voilà, manger effectivement une alimentation hyper pauvre… Alors, je dirais qu’on n’a pas de… Si ça a duré une semaine, on n’a pas vraiment de risque de carence. Mais souvent, les personnes, elles vont faire ça quand même à répétition parce qu’elles se disent que c’est le seul truc qui marche. Donc, au fur et à mesure, on peut quand même, effectivement, avoir des carences puis avoir vraiment des problèmes digestifs, enfin, divers problèmes physiques. Donc il y a vraiment un danger.Il y en a un, parce qu’en fait, le problème, ce n’était pas tant de maigrir. En fait, ces régimes permettent de maigrir. Donc la question, c’est pas ça, c’est : « qu’est-ce qui se passe après ? » En termes de santé, en termes de reprise de poids, en termes psychologiques, oui, c’est logique.
C’est-à-dire qu’on perd 10 kilos en deux mois, bonjour, l’effet rebond quand on recommence à manger derrière. Exactement. Hector Inkoop demande : « Que pensez-vous des méthodes de Glucose Goddess ? ». On en parlera évidemment de Glucose Goddess, vous pensez bien, enfin on ne va pas se priver.
Tout à fait. Juste auto-promotion, j’ai une newsletter…
Une personne, Eucalyptus, dit qu’elle te suit ou qu’il te suit depuis très longtemps.
Et donc, j’avais fait une newsletter où j’analysais vraiment en détail le bouquin de Glucose Goddess, voilà, pour ne pas en dire que du mal, mais essayer d’avoir un avis équilibré. « Qu’est-ce que c’est cette merde encore ? ».
Quel enfer, vous allez voir, on va quand même plutôt dans ce sens-là, on ne va pas encenser… Qu’est-ce que Goddess ?
Nora, tout à l’heure, Glucose Goddess, pseudo de Jessie Inchauspé, qui veut votre bien. Elle a mis en place des formations très chères pour former à sa méthode, des compléments alimentaires aussi vendus très chers. Donc, c’est clair que c’est un beau business, c’est un business.
Est-ce que quelqu’un qui dit « je fais attention », parce qu’on entend quand même souvent cette phrase, vu que le mot régime est un peu devenu un gros mot, on va en parler juste après, mais est-ce que quelqu’un qui dit « je fais attention », c’est quelqu’un qui fait un régime, ou qui est en mode régime ?
Qui est en mode contrôle, en tout cas, c’est-à-dire que, comme je disais tout à l’heure, le régime, c’est souvent assimilé à quelque chose de provisoire, « je me fixe un objectif de perdre 10 kilos, j’ai perdu 10 kilos, j’en sors ». Alors que « je fais attention », c’est plutôt un mode permanent, mais qui est quand même un mode de contrôle où on va avoir beaucoup de pensées par rapport à la nourriture. Comme je le disais tout à l’heure, pas forcément manger exactement comme les autres, culpabiliser si on a mangé une part de gâteau au chocolat. Donc c’est quelque chose quand même où la tête va avoir beaucoup de pensées autour du contrôle alimentaire. Donc ce n’est pas complètement tranquille et naturel.
Une expression qui s’appelle la restriction cognitive, et donc c’est « manger à condition de », c’est-à-dire manger « je vais manger ça mais après je fais deux heures de jogging », « je vais manger ça mais après plus de frites ou plus de sucre pendant une semaine ».
La restriction cognitive, c’est un peu ce que je disais, c’est cette espèce de contrôle mental, quand même restrictif dans le sens où on ne mange pas complètement de tout tranquillement et où le sport peut intervenir. C’est-à-dire que, comme il y a beaucoup de culpabilité, il faut forcément une compensation. C’est du marchandage avec soi-même, exactement. Alors que le sport, ce n’est pas le « solde du jour », ça doit aussi être quelque chose qui intègre une notion de bien-être, de plaisir, de se sentir bien et pas de perte de calories.
Il y a donc une nouvelle typologie de non-régime, donc on va en parler, je vais te poser des questions parce que hormis le « je fais attention », hormis les monodiètes dont on va parler, hormis les compléments alimentaires, les coupe-faim, l’Ozempic et compagnie, il y a quand même des termes qu’on n’avait pas vus avant et qui, depuis, il me semble, une dizaine d’années, voilà, un peu plus pour certains, sont partout pour ne pas dire le mot régime. Peut-être que je me trompe et que ce ne sont pas du tout des régimes.Trois questions pour toi. D’abord, qu’est-ce que c’est le jeûne intermittent et est-ce que ça peut être considéré comme une forme de régime amaigrissant ?
C’est complexe, parce qu’il y a une chose que je devrais dire qui est essentielle, si vous devez retenir que ça, c’est qu’on est tous et toutes différents. Le jeûne intermittent, ça consiste à ne pas manger pendant 16 heures, c’est-à-dire d’avoir son alimentation concentrée sur 8 heures de temps, et pendant 16 heures, on ne mange pas. Donc ça consiste soit à supprimer le dîner, en gros, ou la plupart du temps, soit à supprimer le petit-déjeuner. Et en fait, ça n’est pas présenté comme un régime. C’est ce que tu disais, il y a des nouveaux habillages, donc c’est présenté comme surtout quelque chose qui est bon pour la santé. Mais dès que tu regardes, tu creuses un tout petit peu ce qui est derrière, c’est vraiment la perte de poids, puisque c’est ça l’obsession de tout le monde : perdre du poids, être mince. Donc, en fait, on ne peut pas tout à fait dire que c’est un régime. C’est-à-dire qu’il y a des personnes qui découvrent ça parce que c’est hyper à la mode et qui disent « mais finalement, je n’ai pas faim le matin », alors que les chers nutritionnistes, pendant des années, ont dit « le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée ».
Je t’avais interrogée d’ailleurs sur les céréales du petit-déj pour mon ancien podcast Plan culinaire.
Absolument, très bon podcast. Et donc maintenant, il y a des gens qui se disent « mais finalement je n’ai pas faim le matin », et donc ce qui est naturel pour plein de personnes, je dis on est tous différents, de ne pas avoir faim le matin et donc de ne pas manger. Et à ce moment-là, si on mange, je ne sais pas, à 12 heures et à 19 heures, eh bien on a tenu longtemps. Sauf qu’il y a des personnes qui ont faim le matin et donc qui se forcent à ne pas manger et qui sont mortes de faim et qui peut-être, à 10h30, 11h, vont se jeter sur quelque chose. Donc on est tous différents.
Donc, moi, je suis pour l’expérimentation, c’est-à-dire éventuellement essayer de voir quand est-ce qu’on a faim, et dire « effectivement, si je n’ai pas faim, peut-être je ne peux pas manger ». Mais je dis un peu aux gens : « Est-ce qu’on a besoin d’appeler ça le jeûne intermittent ? ». Après, sur l’aspect perte de poids, ce qui compte, c’est la quantité globale que vous mangez sur la journée. Évidemment que si vous supprimez un repas et que vous ne mangez plus, vous allez perdre du poids. Si vous mangez plus le soir, par peur d’avoir faim et de tenir à tout prix, vous n’allez pas forcément perdre. Et tous les arguments santé qui sont mis en avant, moi, je n’ai pas trouvé vraiment de… sérieux scientifique très fort sur le fait que c’était mieux de jeûner 12 heures. Parce qu’en fait, normalement, on jeûne à peu près 12 heures, en fait, entre le dîner et le petit-déjeuner. Donc c’est ça qui est important, en fait. C’est d’avoir un temps de repos de l’organisme, un temps où on ne mange pas. Et le fait de jeûner 16 heures au lieu de 12 heures, il n’y a pas, a priori, de véritable bénéfice à le faire, en tout cas dans l’état actuel des connaissances.
Pour les gens qui sont intéressés par la question du jeûne tout court, il y a plein de ressources, pas sérieuses et sérieuses, sur le web. Faites attention aussi, vraiment, et si vous voulez faire un jeûne tout court, il faut vraiment que ce soit encadré, mais ne faites pas ça tout seul, c’est vraiment important de le dire parce que ça peut être vraiment très dangereux.
C’est vraiment très dangereux. Petite parenthèse, pas le faire pour perdre du poids, parce qu’évidemment que quand on jeûne, on perd du poids et après on le reprend.
Askeep, ça soigne le cancer d’après internet, nous dit Flo13271. Oui, bah voilà. Bon après, il paraît que les jus de fruits, ça soigne le cancer, comment j’ai cru que ça soignait le cancer ?
Il y a des gens qui ont été jugés pour ça, il y a un fameux monsieur qui s’appelle Thierry Casasnovas.
Qu’est-ce qu’il y a, Casasnovas ? Et oui, bien sûr. Bah oui, c’est aussi parce que les gens arrêtent leur traitement, parce qu’on leur dit « c’est mauvais pour la santé de faire de la chimio, de la radiothérapie, mais bois du jus vert ». Ça s’appelle à la fois des escrocs, des gourous et des criminels. Voilà, je le dis. Donc on a parlé du jeûne intermittent. Je vais passer. On va faire le rééquilibrage après, mais parce que justement, l’alimentation intuitive, j’attends que ça rejoint un peu ce que tu disais sur « écoutez, si j’ai faim le matin, je mange pas, si je n’ai pas faim, je ne mange pas ». Alors, alimentation intuitive et manger en pleine conscience.
Alors moi, je peux dire que je pratique un peu l’alimentation intuitive, mais on met tellement de choses derrière tout ça que c’est devenu un concept un peu fumeux, donc je ne sais pas si je dois vraiment m’en réclamer. Après, effectivement, moi j’aurais tendance à parler plutôt de façon un petit peu naturelle, c’est-à-dire effectivement un peu régulée. Normalement, quand on est un enfant, on mange quand on a faim, on sait s’arrêter. Donc ça, c’est un peu… voilà, c’est intuitif. Donc, effectivement, on peut parler d’alimentation intuitive.
Donc il y a cet aspect aussi intuitif qui marche aussi dans le fait de la diversité alimentaire, et où on n’a pas besoin que chaque repas soit équilibré, on a un besoin d’équilibre global. Mais… qui vient quand même de l’éducation. C’est-à-dire qu’on ne peut pas avoir envie de ce qu’on ne connaît pas. Et donc, par exemple, si on prend un exemple un peu extrême, aux États-Unis, il y a quand même majoritairement une alimentation très industrielle, etc., pas beaucoup de fruits et légumes. On ne peut avoir envie de manger effectivement des fruits ou des légumes qu’on ne connaît pas. Donc, si on a eu un peu d’éducation alimentaire, si on est régulé, bah voilà, on peut manger de façon un petit peu intuitive, c’est-à-dire de façon un peu naturelle. Évidemment, ça ne marche pas quand on souffre de troubles des conduites alimentaires.
Parce que c’est une maladie, donc il y a autre chose.
On ne retrouve pas forcément ça naturellement, il faut passer peut-être par une phase d’un peu plus de conscience. L’alimentation, alors moi je n’aime pas l’expression « pleine conscience ».
Oui moi non plus, mais je sais que t’aimes pas, ce n’est pas que je te pose la question.
Mais je dirais qu’après, manger avec attention, c’est important parce que pour l’idée c’était de, alors sans que ça devienne obsessionnel et dans 100 % des cas, ce qui est important c’est de profiter de ce qu’on mange. C’est-à-dire que manger quelque chose dont on a envie et en profiter, ça veut dire qu’on va avoir une satisfaction et on va pouvoir passer à autre chose. Donc c’est vrai que c’était bien, surtout quand on mange quelque chose de bon, la plupart du temps, quelque chose qui a été cuisiné, d’y mettre un petit peu d’attention. Donc ce n’est pas forcément de la pleine conscience, mais de mettre un peu d’attention à ce qu’on mange pour en retirer du plaisir.
Et alors, l’alimentation intuitive, c’est pareil que manger en pleine conscience ?
On peut manger de façon intuitive et puis ne pas faire attention à ce qu’on mange. Enfin, ce sont des choses un petit peu complémentaires, mais disons que j’aime pas trop ces mots trop figés. C’est complexe l’alimentation. Donc mettre des étiquettes, ça devient tout de suite quelque chose d’un petit peu normé, cadré, c’est un petit peu réducteur.
Sur cette nouvelle typologie de non-régime, il y a le fameux, et alors ça vraiment, mais j’entends toutes mes copines beaucoup en parler, surtout des femmes, du coup, le fameux rééquilibrage alimentaire. Est-ce que tu peux nous parler du rééquilibrage alimentaire, Ariane ?
Eh bien alors, le principe du rééquilibrage, c’est qu’on mangeait de façon déséquilibrée. Déjà, vérifier que ce soit vrai. Et puis, puisque les personnes qui parlent de ça ne sont en général pas les personnes qui mangent déjà le plus mal au départ. Et donc, on va rééquilibrer ça. Mais alors, effectivement, comme tu dis, c’est pour ne pas parler de régime. Mais ça, en général, et j’ai beaucoup de collègues diététiciennes qui proposent ça, ça reste quand même une alimentation où on va manger de façon quand même un peu strictement équilibrée, de façon un peu rigoureuse, avec des repas équilibrés.Et moi, je vois beaucoup de personnes qui sont quand même dans quelque chose qu’elles appellent rééquilibrage, mais où c’est quand même assez cadré, alors que donc, ce que je disais tout à l’heure, l’équilibre nutritionnel, il est dans la durée. L’important, c’est d’avoir de la variété globale sur une semaine, dix jours, et pas que chaque repas soit équilibré. Moi, j’entends un peu ça quand même, dans le rééquilibrage alimentaire.
Donc toi, les gens qui souhaiteraient faire un rééquilibrage alimentaire, est-ce que tu as des conseils à leur donner ? Est-ce qu’il y a des avertissements ?
Voilà, de ne pas penser que chaque repas soit équilibré parce que ça met des contraintes et de la culpabilité dès qu’on ne mange pas équilibré. Parce qu’en fait, il y a quelque chose dont on n’a pas tout à fait parlé, qui est qu’une personne qui a fait des régimes, elle est souvent dans un mode tout ou rien. Et donc, quand elle est dans un rééquilibrage alimentaire et que tout à coup elle va manger un truc qui ne rentre pas dans le rééquilibrage, bah elle va se dire « j’ai fait n’importe quoi, donc autant y aller ». Enfin, l’expression que j’entends beaucoup : « foutu pour foutu »
Donc, dès qu’on est dans une alimentation un peu contrôlée et qu’on lâche, il y a aussi, c’est quand même un peu genré, cette question de l’alimentation. Tu connais bien le sujet et donc, il y a quand même aussi, chez un certain nombre de femmes, beaucoup de perfectionnisme qui se matérialise aussi dans la question de l’alimentation. Et donc, on veut manger parfaitement, on veut manger de façon hyper équilibrée. Et dès qu’on sort de ça, on voit un petit peu tout lâcher. Donc, je vois un petit peu ça comme risque aussi dans le rééquilibrage.
Et puis la charge mentale que t’as un petit peu évoquée, c’est-à-dire qu’on sait que dans les ménages hétérosexuels, c’est à plus de 80 % les femmes qui font les repas du quotidien. Et donc il y a une charge à la fois mentale, mais aussi une charge nutritionnelle, diététique, pour nourrir tout le monde comme il faudrait, en suivant les injonctions, 5 fruits et légumes par jour, l’écologie, etc.
Et les enfants, c’est-à-dire surtout bien élever mes enfants, leur donner une bonne alimentation et toute la charge effectivement, comme tu dis, qui rejaillit beaucoup sur la femme et qui, des fois, peut durer jusqu’à ce que les enfants soient très grands, où on continue à vouloir leur faire des repas équilibrés pour prendre soin d’eux.
On parlera un peu de ça justement, aussi des enfants et de la nourriture quand on est parents. Skizokie demande par rapport à ce que tu disais juste avant : « Donc, est-ce qu’on peut manger que des légumes le midi et que des pâtes le soir ? Puisque tu disais les repas n’ont pas besoin d’être tous forcément équilibrés avec la part de protéines, la part des légumes et tout ».
Je dirais, par rapport à ce que je disais en théorie, oui. Après, il y a aussi le fait qu’un repas doit rassasier, un repas doit donner de l’énergie, un repas doit permettre d’avoir suffisamment de nourriture et d’énergie pour tenir jusqu’au repas d’après. Donc, pourquoi ne pas manger des légumes le midi. Il faut vérifier que ça vous rassasie. Les légumes, c’est quand même 90 % d’eau. Donc ce n’est pas très nourrissant.Donc, en général, manger seulement des légumes le midi… Alors on va en manger beaucoup, beaucoup, pour essayer de se sentir calé. Mais en fait, on va avoir une sensation trompeuse de ventre plein parce qu’on va manger une énorme salade, une énorme quantité de courgettes, d’haricots verts, etc. Sauf que, comme c’est très peu nourrissant, on va avoir faim deux heures après. Mais moi, je ne suis pas dogmatique. Donc pourquoi ne pas expérimenter. Je suis vraiment pour expérimenter sur vous parce qu’on entend beaucoup de choses et c’est vraiment, moi, le travail que je fais, c’est d’essayer de redonner confiance à la personne. Donc, pourquoi pas manger des légumes le midi et des pâtes le soir. Faites l’expérience sur vous pour voir si ça vous convient.
Parce que je pense que que des légumes, au niveau glucides et énergie, ça va être compliqué pour tenir tout l’après-midi. Je vais te faire un petit vrai ou faux, alors plus ou moins rapide évidemment, tu peux développer, c’est le but aussi. Mais il y a beaucoup de questions et pour les aupostiens-aupostiennes qui avaient regardé l’épisode sur l’antispécisme avec les formidables Victor Durand Le Peux et Régis Gauthiere, de L214, j’avais fait aussi un truc comme ça. Pour un peu debunker, pour avoir un peu une boîte à outils, des contre-arguments que les gens qui méprisent les vegans et les antispécistes ont.
On a tous et toutes un poids de forme.
Vrai, alors qu’on appelle poids d’équilibre, poids naturel. Alors c’est vrai, c’est notre poids naturel, après il peut bouger, c’est-à-dire qu’il y a des choses qu’on ne va pas pouvoir développer sur la cellule graisseuse. Qu’est-ce qui se passe quand on fait un régime, quand on perd du poids, quand on en reprend ? Et donc ce poids peut bouger dans la vie. Si on a beaucoup de variations de poids, il y a un moment donné où notre poids d’équilibre ou votre poids de forme, qui était peut-être à 60 ou 70 kilos au départ, peut se situer à un autre niveau. Mais on a tous effectivement un poids d’équilibre.
C’est-à-dire que malgré les régimes qu’on peut faire amaigrissants, le corps va essayer quand même de se rapprocher, quand on reprend son normal, de se rapprocher de ce poids-là et que malheureusement, on n’est pas tous et toutes égaux.
En fait, ce qu’on appelle le set point en anglais, ce poids d’équilibre, simplement il peut bouger, c’est-à-dire que peut-être qu’avec des petites variations je revenais naturellement au bout de 60 kg, mais avec ces variations, en fait, quand on regrossit et qu’on stocke, comme on disait tout à l’heure, il y a un remplissage et une multiplication de nos cellules adipeuses, de notre masse grasse, et donc il y a un moment donné où, pour certaines personnes, on ne comprend pas tout encore à tout ça. On ne va pas revenir en arrière, c’est-à-dire qu’on va avoir un nouveau poids d’équilibre qui va se situer à un autre endroit et on va naviguer autour de ce poids-là, du coup, de peut-être 80 kilos et plus 65, 70.
Bonjour aux gens qui nous ont rejoints et merci beaucoup de nous suivre. Deuxième question, les pâtes et le pain, ça fait grossir ?
Aucun aliment ne fait grossir en soi, c’est l’excès général qui fait grossir.
L’indice glycémique, donc c’est là qu’on va pouvoir parler de Glucose Goddess, l’indice glycémique c’est l’alpha et l’oméga, tout doit tourner autour de l’indice glycémique, c’est crucial, c’est l’essentiel.
Non. Alors en plus le problème, l’index glycémique, c’est la vitesse à laquelle le sucre d’un aliment va pénétrer dans le sang. Donc on parle beaucoup d’IG bas, c’est-à-dire des index glycémiques bas, c’est-à-dire quelque chose qui va pénétrer lentement dans le sang et donc ne pas faire un pic de glycémie. Si on mange quelque chose de très sucré, ça c’est une réalité, c’est pour ça que tout n’est pas mauvais dans ce que dit Glucose Goddess, eh bien on va avoir un pic de sucre.C’est-à-dire qu’on mange quelque chose de très sucré. Il y a le sucre qui arrive dans notre sang et qui nous fait un pic de sucre. Et le résultat fréquent de ça, c’est que quand ça monte très vite, ça redescend très vite et on a ce qu’on appelle une hypoglycémie réactionnelle. Et donc, si on a mangé alors, ce n’est pas vrai pour tout le monde, mais c’est assez courant. Si on mange une tartine de confiture le matin, peut-être qu’à 10h30, on a faim parce que ça ne nous a pas rassasiés.Après, les études les plus récentes, parce que moi, je continue à me former, à m’informer, montrent que l’index glycémique, c’est quand même une notion assez complexe parce que, d’abord, on mange souvent plusieurs aliments à la fois. Donc, qu’est-ce qu’on fait avec l’index glycémique des différents aliments ? Ça change la digestion. Et puis, il y a vraiment, par rapport aux types d’aliments, la façon de digérer le sucre, l’amidon qu’il y a dans les féculents, il y a vraiment des choses très complexes qui se passent au niveau digestif qui sont plus complexes que la pure question de l’index glycémique.
Ceci dit, là aussi, il faut expérimenter, c’est bien d’essayer de ne pas faire des repas trop sucrés, de vous observer. Alors, quand je dis « on est tous différents », un exemple : la pomme, la fameuse pomme des régimes. La pomme, c’est, pour résumer, du sucre, des fibres et de l’eau. Pour certaines personnes, elles vont manger une pomme et ça va les rassasier. Ça va être super en cas, parce qu’il y a des fibres et ça les fait tenir. Et pour d’autres personnes, parce que la glycémie est différente pour chaque personne, eh bien elles vont manger une pomme et ça leur fait un pic de sucre et elles vont dire « j’ai encore plus faim après la pomme ». Et d’ailleurs, Glucose Goddess, dans son fameux livre (que je ne vous recommande pas d’acheter), à la fin, elle se tire une balle dans le pied, puisqu’elle est obsédée de mesurer sa glycémie avec un capteur. Elle mange la même chose que sa copine et elles ont une glycémie complètement différente.
Est-ce que tu veux nous dire un petit mot sur Glucose Goddess, puisque justement j’avais consacré une newsletter à ça, parce qu’il y a des gens qui attendent dans le tchat aussi qu’on en parle et moi ça m’intéresse évidemment.
Ce qui est très positif dans son livre, c’est qu’elle dit des choses qui étaient connues mais qui n’étaient peut-être pas assez largement diffusées dans le grand public, et qu’elle dit de façon assez claire sur cette question du fonctionnement de la glycémie, de comment notre corps réagit par rapport aux aliments. Donc il y a un côté pédagogique qui est intéressant.Et effectivement, ce que j’explique, c’est que souvent on mangeait… je ne sais pas, par exemple, un pain de mie très blanc et de la confiture, c’est peut-être pas le meilleur petit-déjeuner. Mais là encore, expérimenter, expérimenter. Donc, elle dit des choses très pertinentes sur cette question de la gestion du sucre.Mais après, elle rentre… Et là aussi, il y a toujours un habillage santé « c’est pour votre santé et ce n’est pas que pour le poids », alors qu’en fait, c’est pour le poids. Des règles du type : « il faut manger les légumes avant les féculents, il faut boire une cuillère à soupe de vinaigre de cidre avant, il faut faire ci… », enfin, des règles qui sont très strictes. Mais pourquoi pas expérimenter. En fait, moi je ne suis pas contre ça, mais l’idée, c’est toujours de prendre du recul et de dire : « Tiens, ce qu’elle propose, est-ce que ça m’intéresse ? Je vais le tester sur moi pour voir si ça me correspond ». Et effectivement, il y a des personnes qui ont besoin d’un petit-déjeuner salé. Il y a effectivement des variations de glycémie, mais c’est toujours revenir à soi.
C’est génial, il y a des personnes qui ne savent pas qui est Glucose Goddess, restez…
Glucose Goddess, restez dans cette ignorance.
Ah ouais, j’allais le dire, ne googlez pas Glucose Goddess, bien heureux que vous êtes de ne pas connaître cette personne.
Le problème, c’est que, donc je répète, cette obsession de la minceur, de la perte de poids, elle est tellement présente dans toute la société que quand il y a quelqu’un qui a l’air de proposer des solutions simples, eh bien on a envie d’y croire. Et donc, elle propose des solutions, elle vous dit quoi faire, et du coup on a envie. Donc son livre, il s’est très bien vendu, elle a fait un deuxième livre, et comme on disait, maintenant elle a des formules.
Et puis elle fait une série docu sur BBC ou Channel 4.
En fait, les solutions simples, c’est séduisant. Après, il y a quelqu’un qui parle d’habillage scientifique, en fait, effectivement… Il y a un certain nombre de livres comme ça où il y a, je ne sais pas, 40 pages de références scientifiques. Mais il faut savoir que les études scientifiques sur l’alimentation, il y en a très peu de sérieuses, c’est très compliqué parce qu’en fait, en gros, il faudrait prendre deux populations et dire : « Bon, eh bien vous, je vais vous faire manger d’une certaine façon pendant 15 ans, et puis vous, je vais vous faire manger d’une autre façon et on va voir à la fin ce qui se passe ». Et personne n’a les moyens de faire ça.Et puis, comme tu le rappelais, on est tous différents.
Et on est tous différents, donc c’est encore plus compliqué.
Donc elle prend plein d’études qui sont souvent des études qu’elle interprète d’une certaine façon ou sur une toute petite population ou sur une courte durée, et elle prend ce qui lui convient. Le fameux cherry picking, comme on dit. Et effectivement, quelqu’un dit : « Mais sur un habillage scientifique… ». En fait, elle sort des règles, mais testées sur elle et après elle sort des règlements qu’on ne peut pas forcément avoir avec ce qu’elle dit.Mais après, la glycémie, c’est compliqué, la façon dont le sucre fonctionne dans le sang, c’est compliqué. Donc c’est intéressant de s’intéresser à soi, mais là aussi en expérimentant sur soi.
Tu pourrais me remonter un peu le tchat parce qu’il y avait deux personnes, deux choses que je voulais lire. Si tu as l’occasion, vas-y, vas-y, vas-y, c’est bon ! Alors descends un tout petit peu, pardon, excusez-moi tout le monde. Olevene qui dit : « Ça fait 30 ans que mon poids yoyote de 3 kilos entre l’hiver et l’été. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ça me convient ». Bah oui, c’était ce que tu disais, moi c’était pareil, 2 kilos environ, de différence.
Ce n’est pas automatique, mais il y a plein de raisons. Je prendrai la question de Supermurgeman après. Alors si ça vous convient, c’est génial, parce que du coup, si vous l’avez observé sur plusieurs années, ça vous a rassuré que ça ne montait pas, mais que ça variait.Il peut y avoir le fait qu’on mange plus riche, ce qui n’est pas une obligation, parce qu’il y a souvent l’été, il y a les apéros, l’hiver, il y a les soupes, donc ce n’est pas automatique. Peut-être qu’on bouge un peu moins, peut-être qu’on mange un peu plus riche, peut-être qu’effectivement on va manger plus léger l’été parce qu’il fait chaud. Mais si cette variation est régulière et qu’elle vous convient, il n’y a aucun souci.
Et je prends aussi la question de SuperMurgeman, d’ailleurs j’adore ce pseudo parce que j’ai la ref, lisez la BD. « Si on a tous et toutes un poids d’équilibre, a-t-on tous et toutes une évolution différente, personnelle, normale avec l’âge ? » Qui est la fameuse question enfin, plutôt c’est, oui, quand on vieillit.
On grossit, point. Alors je me bats contre cette croyance, ça n’est pas une fatalité et peut-être connaissez-vous des personnes qui ont maintenu leur poids toute leur vie. Je dirais peut-être plus des hommes que des femmes, parce que les femmes elles sont quand même beaucoup rentrées dans la spirale des régimes. En fait, il n’y a pas de fatalité à grossir mais c’est très facile de grossir. Donc si on mange selon ses besoins, qu’on s’écoute effectivement au fur et à mesure de la vie, on va avoir des besoins énergétiques un peu moins importants parce qu’on perd un peu de masse musculaire qui joue sur nos métabolismes et nos besoins. Donc, si on mange un peu moins, on va maintenir son poids.Si on mange à 60 ans comme à 20 ans, eh bien là, effectivement, on prend du poids, donc ce n’est pas une fatalité, mais c’est très facile. Je donne souvent l’exemple : il suffit de manger un tout petit peu trop, mais vraiment un tout petit peu, en un an on prend un kilo, en 10 ans on prend 10 kilos, en 20 ans on prend 20 kilos. Donc c’est très facile de grossir, mais ça n’est pas une fatalité.
Merci beaucoup. Il y a énormément de commentaires et de questions dans le chat. Malheureusement, je ne peux pas tout prendre parce que j’ai encore plein de questions pour Ariane. Mais vraiment, merci, merci beaucoup. Je vois que ça intéresse beaucoup de monde, je n’en doutais pas. Autre question. Les coupe-faim, ça fait maigrir ?
Oui, sur le moment, mais qu’est-ce qui se passe après ? Comme toute restriction. Et puis tous les dangers… enfin il y a eu tellement, moi j’ai des patientes qui ont 40, 50, 60 ans qui, des fois, me disent « mais j’ai eu les amphétamines, j’ai eu le Mediator », enfin je veux dire, il y a eu beaucoup de choses et des choses qu’on interdit après coup. Donc il y a des choses qu’on fait avec un manque de recul et qui s’avèrent dangereuses. Et on en parlera juste après.
C’est semaglutide : sauter des repas, ça fait maigrir.
Se priver, ça fait maigrir. Après, sauter des repas alors qu’on a faim, c’est de la restriction. C’est un truc que j’essaie quand même souvent aussi d’expliquer à mes voisins. Sauter un repas parce qu’on a trop mangé au repas d’avant et qu’on n’a pas faim du tout, non ça c’est normal, c’est juste de l’écoute. On s’écoute, voilà, on s’écoute. Donc effectivement, on fait un super déjeuner, on n’a pas faim le soir, on saute le repas, c’est normal. Mais sauter un repas alors qu’on a faim, on se dit « oh là là, il ne faut pas que je mange, il ne faut pas que je mange ». Ça, ça ne va pas pouvoir tenir dans la durée, mais ça va faire maigrir très ponctuellement.
Vous la reprenez dès que vous mangez le lendemain. Bravo à Eberle, qui est actuellement sur une série de cinq visionnages d’Au poste. Bah voilà, c’est incroyable. Ah oui, alors c’est intéressant la question d’Elora Lillie. Merci Euryale. Bonjour, je pense que la première question à me poser, c’était « Pourquoi les gens doivent perdre du poids ? Personne n’en parle. Est-ce qu’il faut vraiment que des gens perdent du poids ? ». C’est une bonne question. Est-ce que tu peux très rapidement, non ? Parce qu’on n’aura pas le temps sinon de tout faire.
En fait, c’est important, il y a perdre du poids alors qu’on a un poids normal, qu’on est à son poids d’équilibre, et donc là on est rentré dans des standards de minceur, mais comme ce n’est pas naturel, ça va être de la restriction. Et après, il y a perdre du poids parce qu’on est au-dessus de son poids, parce qu’on a grossi, et là, c’est une liberté de voir, est-ce qu’on ne se sent pas bien à ce poids-là ? Donc moi, je suis vraiment pour la diversité. Donc on peut avoir pris du poids, avoir dépassé son poids d’équilibre, mais se sentir bien, que ça corresponde à son mode de vie.En fait, c’est intéressant de comprendre pourquoi on a envie de perdre du poids et puis en quoi le poids empêche quelque chose. Hier, j’avais une patiente qui a, je ne sais pas, peut-être, elle est à 5-6 kilos au-dessus d’un poids dont elle rêve. Mais en fait, en passant tout en revue… ça n’empêche en rien par ses kilos, c’est juste une question de regard sur elle et donc c’était plutôt changer le regard que vouloir à tout prix perdre du poids. Donc c’est vraiment comprendre pourquoi on a envie et que ce ne soit pas pour se conformer à des standards de beauté irréalistes.
Quelqu’un posait aussi la question de l’IMC, c’est vrai que je ne l’ai pas notée. Merci, parce que j’avais presque oublié. Donc l’indice de masse corporelle, le fameux… Est-ce que tu peux parler très rapidement, nous dire, est-ce que c’est l’alpha et l’oméga ?
Je ne peux pas rentrer dans les détails, l’IMC est une notion collective de standard et ça ne sert à rien au niveau individuel, je ne peux pas rentrer plus dans les détails.
Voilà, merci beaucoup. Peut-être qu’on fera une deuxième session avec toi, s’il y a encore plein de questions, etc. Le sport, ça fait maigrir ?
Le sport, c’est pour le bien-être, pour le plaisir, pour se sentir en forme, pour se sentir bien, voire pour la performance, mais pas pour maigrir.
Les régimes hyper protéinés, ça fait maigrir ?
Oui, sur le moment, avec toutes les conséquences dont on a parlé.
Le régime Keto, c’est génial ?
Ah ça, c’est très à la mode, le régime Keto, c’est manger beaucoup, beaucoup de gras et pas de sucre, pas de féculents. C’est très à la mode. Je pense que c’est un régime qui inquiète les médecins et sur lequel on a un manque de recul pour l’instant, mais manger à ce point gras, ce n’est probablement pas très, très bon pour la santé.
Et manger autant de viande rouge, non plus. David qui dit « plus de MC Nora, moins d’IMC ». J’aime beaucoup, merci. Et Marie-Pierre, merci Ariane, qu’il plaise cet IMC. Ensuite, autre chose que je rappelle, le régime Keto, régime cétogène aussi. Faites attention, il y a beaucoup d’influenceurs d’hommes, parce que c’est quand même un régime qui est très plébiscité par les hommes. On verse rapidement dans une forme de masculinisme, en plus avec ce régime, puisque on mange beaucoup de viande, on arrête les légumes, on arrête les fruits, donc il y a un truc de « moi vrai bonhomme, moi viandard ».
En fait, c’est un régime qui fonctionne, où il a été prouvé fonctionner pour les enfants qui souffrent d’épilepsie. En fait, comme c’était très contraignant, ce n’est même pas prouvé pour les adultes parce qu’on n’a pas réussi à mettre en place des expérimentations suffisamment longues. Mais voilà, c’est par rapport à l’épilepsie, parce que la question cétogène, il y a des choses qui se passent aussi au niveau du cerveau. Enfin, c’est très compliqué, mais en tout cas, pour les enfants qui souffrent d’épilepsie c’est recommandé, mais pour l’instant, c’est la seule recommandation de santé pour laquelle ça existe.
Je sais qu’il y a vraiment beaucoup, beaucoup de grand n’importe quoi sur internet, sur le régime Keto, donc vraiment, vraiment je vous en supplie, faites attention à vos sources. Toujours, exactement, regardez les sources qui parlent. Bah voilà, Hector Ingop dit Leverking, LeverKing, qui est donc un influenceur. Enfin si vous voulez aller vous rigoler un peu ou vous faire un facepalm sur Youtube et Instagram, allez voir ce qu’y poste Lever King, qui d’ailleurs en plus, on l’a appris, je crois que c’est lui… On vient d’apprendre qu’en fait, non, son muscle, c’est pas uniquement la viande, c’est qu’il prend des anabolisants et de la poudre et tout.On continue. On peut maigrir avec des tisanes et des compléments alimentaires ?
Si on ne mange rien, on maigrit. Si on boit de l’eau, on maigrit. C’est toujours important vraiment de penser : « maigrir et ne pas regrossir ». Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer son alimentation ? Quelque chose de durable qui va permettre de perdre du poids. Pour revenir à ce qu’on disait, si on a envie, besoin de perdre du poids, mais qu’est-ce qu’on va faire pour ne pas reprendre de poids ? Tout ce que l’on dit là, ça permet de maigrir, mais ça fait regrossir ensuite.
Et donc les compléments alimentaires, c’est quand même un énorme marché, qui est en train de prendre une place hallucinante. Et d’ailleurs, il y a eu des alertes de la part de l’ANSES, d’ailleurs, très récemment, sur l’utilisation non encadrée des compléments alimentaires. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui pensent qu’on peut remplacer une alimentation équilibrée par des compléments alimentaires.
Il ne faut pas qu’on vous vende des compléments alimentaires censés « brûler du gras », « couper l’appétit ». Ce qui revient à prendre des minéraux dont on peut avoir besoin (du magnésium, etc.), ou de la B12 pour les végans, pourquoi pas. Mais tout ce qui est « je vais vous faire perdre du gras, ça va brûler vos calories », ce sont des escroqueries. Économisez votre argent, il n’y a rien qui marche là-dedans, donc ce n’est pas la peine de dépenser de l’argent.
Les jus détox et les monodiètes, donc manger un seul aliment, la soupe au chou par exemple, c’est super pour détoxifier le corps. Je sais que tu adores cette question.
J’adore dire que la détox est de l’intox. C’est-à-dire que la punchline : « le corps est détoxifié ». On a un foie, on a des reins, donc on n’a pas de problème, on n’a pas besoin de faire une détox.Ceci dit, moi je n’ai rien contre le fait… Mais ce n’est pas du tout dans une optique de perte de poids. De temps en temps, si on a l’impression qu’on a eu une alimentation un peu riche pendant plusieurs jours, qu’on a effectivement une digestion un peu difficile… On peut faire un jour de monodiète, mais dans une optique de reposer le système digestif. Et donc de faire une monodiète de pommes, de ce qu’on veut, mais en se disant « voilà, je mets un petit peu au repos, parce que ce sont des choses faciles à digérer, qui font que mon corps va un petit peu se reposer pendant un jour ».
Oui, genre pendant les fêtes, on mange beaucoup pendant plusieurs jours avec la famille. On se dit « oulala, voilà, je me sens vraiment pleine et tout, donc demain ça va être soupe, bouillon, j’en sais rien ».
Exactement. Mais pas, encore une fois tu le martèles et tu as bien raison, et donc je le répète ce n’est que dans une optique de repos et de digestion, après les huîtres, le pâté, le foie gras qu’on a mangé la veille. Après, c’est toujours faire confiance à son corps, c’est-à-dire que bien sûr qu’on a peut-être pris un kilo, un kilo et demi pendant les fêtes. Bah si on revient à son alimentation normale, on va les reperdre, il ne faut pas s’inquiéter.
Alors il nous reste 30 minutes. C’est incroyable, ça passe tellement vite. J’ai mille trucs à te poser, donc je suis désolée. Je vais poser mes questions et je vais en prendre quelques-unes dans le chat. Mais alors, j’aimerais vraiment qu’on finisse parce que, notamment, la prochaine question, elle porte sur les fameux semaglutides. Les semaglutides, l’Ozempic, Wegovy et compagnie, c’est la solution pour maigrir durablement, Ariane ?
C’est le nouveau marché gigantesque, c’est-à-dire, ça va prendre une place phénoménale parce qu’il y a un poids des labos. En fait, comme je répète encore, mais il y a une telle obsession de la minceur dans toute la société que quand les labos pensent avoir trouvé quelque chose, tout le monde se jette dessus.Alors, l’Ozempic, c’est un médicament pour le diabète au départ, sauf que les gens arrivent à le détourner, donc il y a eu beaucoup de trafic aux États-Unis, etc., jusqu’à ce que les gens qui en avaient vraiment besoin ne puissent plus en avoir. Le Wegovy, c’est la même molécule, mais plus dosée. Et le Wegovy, lui, est vraiment défini pour perdre du poids.Il y a deux problèmes avec ça, enfin deux principaux problèmes, parce qu’il y en a plus. Il y a tous les effets secondaires, c’est-à-dire que, ok, on perd du poids, mais il y a des problèmes digestifs, des problèmes en termes de santé mentale, des problèmes physiques, enfin, monumentaux. Donc, ce n’est pas du tout confortable.Et puis, la deuxième chose, ça coûte énormément cher. Donc, il y a un pressing des labos pour faire rembourser. Donc, ça coûte très cher. Et c’est qu’il faut le prendre à vie, puisque le principe de ces médicaments, c’est que ça coupe la faim. Donc, évidemment, quand on a beaucoup moins faim, on mange très peu, sauf que dès qu’on arrête le médicament, on mange et on reprend du poids. Donc, prendre un médicament comme ça, qui est un médicament quand même très, très puissant pendant toute sa vie, c’est complètement faux.
Et on a, encore une fois, pas assez de recul.
Il n’y a pas de recul. Est-ce que c’est un nouveau scandale à moyen terme ? Comme le Mediator dont tu parlais tout à l’heure. Et puis les personnes qui le prennent sont souvent des personnes qui ont très peu de poids à perdre, en fait. Là on en revient toujours à pourquoi on veut perdre du poids. Donc toutes les vedettes, toutes les personnes qui sont dans le monde de l’image utilisent ça, mais c’est en train de prendre le pas sur la chirurgie bariatrique qui était l’ancienne solution magique telle qu’elle était perçue pour perdre du poids.Donc, toujours, dans ma démarche, j’essaie toujours d’aider la personne d’abord à comprendre pourquoi elle a pris du poids, travaillé un peu sur son histoire et puis pourquoi elle veut en perdre, et pas se lancer dans un truc tête baissée.
Merci à World Company qui vient de se réabonner, imitez-le, imitez-la, n’hésitez pas, vraiment, ça fait toujours du bien et plaisir. Tout le monde peut maigrir, c’est une question de volonté, enfin !…
Alors ça n’est pas du tout, on en parlait tout à l’heure, ce n’est pas du tout une question de volonté, même si la société met ça en avant. Et je reviens à ce que je disais tout à l’heure, tout le monde peut, alors il y a trois catégories mais je vais redire parce que si on est à son poids naturel, on peut maigrir, mais ça ne va être qu’au prix de la restriction. Si on est au-dessus de son poids, on peut peut-être maigrir, mais on ne va pas forcément maigrir autant qu’on veut.Mais déjà, moi, ce que je travaille et que je fais beaucoup, des fois on ne maigrit pas beaucoup, mais on sort de ces obsessions alimentaires, on retrouve une alimentation tranquille et tout. Et donc il y a une part. Mais quand on a beaucoup de poids en trop, des fois, on a envie d’un confort physique et ça peut passer aussi par une reprise d’activité physique. Enfin, c’est toujours pareil, chaque personne est différente. Mais non, tout le monde ne pourra pas maigrir.
Autant qu’on veut, grossophobie, que ce soit discrimination à l’embauche, discrimination dans le public, discrimination en relation amoureuse, enfin c’est quand même le regard aussi et la manière dont la société est construite.
Moi je respecte toutes les personnes grosses, celles qui veulent s’accepter et celles qui veulent mincir. Il y a quand même un truc important parce que, des fois, moi je respecte toutes les militantes anti-grossophobie, mais on a le droit de vouloir mincir pour son confort physique. C’est-à-dire que, des fois, on est grosse et puis on ne se sent pas bien, on a du mal à marcher, on a mal aux articulations, donc on a droit de vouloir mincir, moi je suis vraiment pour la liberté de choix.
Nous aussi, Au poste, on sait que les femmes subissent davantage, on en a parlé un peu, les normes sociales et médicales grossophobes. Je dis médicale parce que c’est important, il y a quand même une grossophobie médicale.
Terrible.
Terrible ! D’après plusieurs enquêtes, à silhouette similaire, les femmes se trouvent plus grosses que les hommes et donc elles font plus de régimes qu’eux et elles commencent plus tôt, d’après les données françaises. Alors on a une enquête de 2014 par l’OMS, je n’ai pas trouvé de données plus récentes, si vous avez des données plus récentes, n’hésitez pas. Plus de 13 % des collégiennes de 11 à 15 ans ont déclaré être au régime et c’est deux fois plus que les garçons.Et donc tout ça fait dire à la chercheuse Solenne Caroff, dont je vous conseille absolument le livre sur l’agrophobie, qu’elle dit que le régime est une pratique socialement différenciée. Est-ce que toi, Ariane, t’as un patient ou une patiente type en termes de genre, en termes de classe sociale, en termes d’âge, en termes de, entre guillemets, race sociale, en termes de silhouette ? Rapidement, qu’est-ce que tu peux nous dire sur ce portrait-robot ou non ?
Dans notre monde capitalisto-patriarcal, le corps des femmes est objectivé, donc elles doivent répondre à des normes de minceur, qui sont actuellement des normes de minceur, de beauté, donc c’est pour ça que c’est beaucoup plus une préoccupation pour les femmes que pour les hommes.
Les hommes se préoccupent moins de ça parce que c’est moins valorisé comme un élément indispensable de la réussite des femmes. Et désirable. Je recommande aussi beaucoup les travaux de Camille Froidevaux-Metterie, qui a beaucoup réfléchi sur la question du corps.Donc, les femmes, elles sont objectivées, donc elles doivent se conformer à des normes. Et ça, ça commence à 7-8 ans. Ça commence très, très tôt. Donc à 7-8 ans, on ne fait pas forcément un régime, mais il y a vraiment une notion, mais qui est même peut-être à 6-7 ans : c’est mieux d’être mince. On a envie, on est juste normal, si on peut dire, ça ne veut rien dire « normal », et on a vu la brindille, l’asperge, enfin la pique et tout, même parce que, je ne sais pas, on a intégré que c’était mieux d’être comme ça.Et donc, de ce fait-là, je dois avoir 90 % de femmes dans ma clientèle, parce que les femmes ont cette contrainte de maîtriser leur poids. Alors dans ma clientèle, il y a beaucoup de personnes qui ont fait beaucoup de régimes et qui veulent sortir de ça, donc c’est très majoritairement des femmes. Et les hommes ? Bon, ils sont moins préoccupés par leur corps, donc ils vont souvent attendre d’avoir pris beaucoup de poids ou attendre vraiment une raison de santé. Et puis les hommes sont plus… je caricature forcément un petit peu, hein, mais dans un truc : « je vais me débrouiller tout seul, je vais faire du sport à fond, je vais supprimer la charcuterie, le fromage ». Donc dans un truc très volontariste, donc ils sont quand même un peu plus là-dedans et moins enclins à se faire aider.Donc, très majoritairement des femmes. En termes d’âge, c’est tout le monde, je dirais que la prise de conscience des méfaits des régimes peut intervenir très tôt. Donc j’ai des femmes, entre elles je dirais 25 et 60 ans, beaucoup autour de 30-40. En termes de classe sociale, je dirais qu’aller voir une diététicienne, ça a quand même un coût. Ce n’est pas remboursé par la sécurité sociale, c’est pris en charge en partie par pas mal de mutuelles. Donc évidemment, je n’ai pas des personnes de milieux extrêmement modestes.Après, il y a des personnes quand même qui, enfin je veux dire, je peux avoir des assistantes maternelles, des gens qui sont vraiment des classes populaires. Donc, ils vont venir peut-être moins souvent, mais pour qui c’est important, en fait, de faire ce travail. Mais je dirais que j’ai donc des personnes de classes différentes. La différence, je dirais que souvent, c’est… Socialement, c’est encore plus mal vu de grossir dans les milieux favorisés.
Oui, on sait que par exemple l’anorexie touche beaucoup plus les filles…
…Mais surtout les filles et les femmes qui sont dans des classes sociales dominantes. Voilà, disons qu’il y a vraiment une question de… Quand on grossit, il y a plus une question de « ne pas se conformer aux normes féminines », mais il y a aussi une question de déchoir, comme effectivement il y a plus de grosses personnes… En fait, on a vraiment changé, c’est-à-dire avant, il y avait le gros banquier, enfin je veux dire c’était valorisé, maintenant ce qui est vraiment valorisé c’est la minceur ostentatoire. Voilà, ostentatoire. Des questions de discipline, de maîtrise de soi. Donc effectivement, grossir, c’est vraiment très mal vu.Et donc, j’ai vraiment différentes classes sociales. Je dirais que dans les classes sociales les plus favorisées, il y a sûrement plus d’envie et de facilité d’accès au savoir nutritionnel, mais ça ne sert pas forcément. C’est-à-dire qu’au contraire, je n’ai personne qui me dise : « Mais je sais tout sur la nutrition, je pourrais écrire un bouquin ». Mais savoir, ça ne veut pas forcément dire faire. Des fois, elles sont trop envahies, au contraire, par les connaissances, alors qu’une personne qui sait moins, finalement, va peut-être plus facilement retrouver une alimentation.
Comme tu disais, entre guillemets « naturels », de pouvoir s’écouter, etc.
Exactement. Il y a beaucoup de gens, je vais quand même te poser la question, parce qu’il y a plusieurs personnes, déjà, Rob le Blob et Anis Graffiti qui nous disent qu’ils et elles sont sobres depuis 2 ans et 14 mois. Bravo à vous, c’est très difficile. Force à vous. Courage à vous !Mais il y a deux personnes qui ont posé la question. Des garçons, est-ce que tu peux nous en parler ? Très rapidement, vraiment nous dire, des gens demandent et j’ai l’impression que les garçons sont de plus en plus exposés à ça, de plus en plus de garçons qui développent soit des troubles de l’alimentation, soit qui se mettent au régime. Est-ce que toi, c’est quelque chose que tu as pu voir ? Est-ce qu’il y a des parents qui viennent te voir par rapport à leurs enfants, ou bien des ados ou des jeunes adultes ?J’avais créé un blog en 2008, donc c’est vieux, et il y a au moins 10 ans, j’avais écrit un billet de blog, « L’homme est-il une femme comme les autres ? ». C’est-à-dire où j’avais l’impression, effectivement, que les hommes étaient de plus en plus soumis aussi à des normes de beauté. Et je dirais que dans certains milieux, quand on est cadre en entreprise, PDG, etc., vaut mieux être fit, comme on dit, que gros. Donc il y a quand même des pressions aussi sur les hommes.Mais je dirais que les femmes, c’est la minceur, les hommes c’est quand même plus les muscles, la force, l’énergie, la prise musculaire. Et donc, j’ai eu de temps en temps des ados ou très jeunes adultes qui sont venus me voir, maigres. Et en fait, l’homme maigre, il est mal dans son corps. Et donc ils me disent : « Mais qu’est-ce que je peux faire côté alimentation ? ».
Et je leur dis : « Si vous mangez plus, vous allez prendre du gras, vous ne pouvez pas forcément… ». En fait, c’est un truc important pour les femmes et pour les hommes, on ne peut pas changer sa morphologie. Son métabolisme, sa forme, c’est-à-dire qu’il y a des personnes grandes, des personnes petites, des personnes qui ont des épaules, des personnes qui sont fines, il y a des choses qu’on ne peut pas changer.Donc par rapport à ça, des hommes vraiment minces, je leur dis « vous pouvez prendre un peu de masse en faisant du sport, mais ça aura quand même ses limites ». Il y a même un jeune homme qui était venu me voir qui voulait grandir, il voulait dire « comment manger pour grandir ».
Mange de la soupe !
(rires) Donc voilà, il y a une part d’acceptation qui est importante.
C’est dur, c’est ça qui est difficile, tu en parles depuis le début, de se dire qu’en fait on ne peut pas avoir prise sur tout. Il y a des gens qui ne pourront jamais perdre…
Ce qu’ils idéalisent, ce qu’ils aimeraient perdre. Et puis il y a d’autres morphologies, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de femmes qui se sont mises au régime, en fait. Des fois à l’adolescence, au moment où elles commençaient à avoir des hanches, des hanches, des fesses, etc. Et on ne peut pas se raboter les hanches.Donc il y a une part, effectivement, si on a pris du poids, il y a une part qu’on pourrait perdre, mais il y en a une part de morphologie qu’on ne pourra pas changer et là aussi, en fait, il y a un travail à faire qui est compliqué, qui est d’essayer de trouver d’autres images, de sortir des images de minceur qu’on voit quand même un petit peu partout. Trouver d’autres modèles pour dire que la richesse est dans la diversité. Moi j’aimerais avoir des seins plus gros, mais bon…
Moi j’aimerais être plus grande, mais bon, ça c’est pareil, mon mètre soixante, en concert, c’est compliqué.
Il reste 15 minutes donc je vais essayer de poser toutes les questions que j’ai envie, on va peut-être un peu moins développer. Qu’est-ce qui a changé, toi ça fait 15 ans que tu fais ce métier, 17, 18, 17, oh là là, waouh ! Qu’est-ce que tu as observé comme changement dans peut-être le discours des gens qui viennent te voir, en tout cas dans ta pratique ?
Il y a quelque chose qui a vraiment changé. C’est la connaissance du sujet, c’est-à-dire le vocabulaire. En fait, les personnes, elles arrivent. Et ça, ce n’était pas le cas il y a 15 ans. Elles disent : « Je souffre de TCA, je fais de l’hyperphagie, je mange, j’ai un manger émotionnel ». Enfin voilà, les personnes s’auto-étiquettent, en fait. Beaucoup plus.
Autodiagnostic, un peu quoi.
Exactement, et ça n’existait pas. Alors il y a du bon et du mauvais là-dedans parce que des fois ça enferme un petit peu trop. Donc il y a ça qui a changé. Après, je dirais, la diabolisation du sucre, elle était peut-être moins forte quand même il y a 15 ans. Elle se développe, elle varie, etc. Mais donc elle est quand même très présente. Et ce qui a changé vraiment, enfin peut-être tu veux creuser un peu ça, c’est quand même internet, les réseaux sociaux. Alors, il y a vraiment du pour et du contre. Ce qui a changé, c’est vraiment l’accès de tout le monde à l’information et à la possibilité de diffuser de l’information. Ce qui veut dire que ça a quand même créé tout le mouvement body positive. C’est-à-dire le fait quand même que les personnes grosses avaient accès à pouvoir diffuser de l’information, faire comprendre ce qu’elles subissaient. Avant, bon, il y avait les livres, les magazines, mais donc là, il fallait quand même pouvoir montrer d’autres choses. Donc il y a quand même ça qui a changé.Par exemple, le mot « grossophobie » est rentré dans le dictionnaire. Donc il y a quand même une compréhension, une connaissance de ces sujets-là et de ce que vivent les personnes grosses, où on a quand même avancé, même si, enfin, il y a une grossophobie, même internalisée chez les personnes grosses, c’est une grossophobie de tout le monde. « Ah, mais quand même, c’est pour ta santé », enfin tout ça, quand même. Il y a eu une prise de conscience, ça ne veut pas dire qu’on n’est pas grossophobe. Mais donc, ça, c’est quand même une évolution.
Sur les réseaux sociaux, j’estime qu’il y a un manque de régulation qui est quand même énorme. En ce moment, on parle beaucoup du skinny talk, c’est-à-dire, ça vient de TikTok, mais c’est partout, ce n’est pas nouveau du coup. Parce que moi j’ai connu, et toi aussi, les blogs pro-ana, pro-anorexie dans les années 2000. Puis vraiment cette valorisation des corps très maigres. Pile, l’écart entre les cuisses. Voilà, le thigh gap challenge et tout. Mais là on voit une résurgence sur les réseaux sociaux des comptes de femmes, parfois de femmes très jeunes, qui valorisent vraiment une maigreur extrême et qui diffusent des discours du genre « t’es pas moche, t’es juste grosse », et puis du « quand on veut on peut », et manger vraiment toutes les stratégies.
Et puis en fait avec beaucoup de culpabilisation et vraiment être, comme tu dis, beaucoup, beaucoup sur « quand on veut, on peut », « c’est une question de discipline, tu vas y arriver ». Et c’est ça un peu la difficulté des réseaux sociaux, c’est que, elle, elle y arrive, pourquoi moi je n’y arriverais pas ? Et ça, c’est vraiment un gros inconvénient des réseaux sociaux.Et puis le gros, gros inconvénient c’est l’algorithme. C’est-à-dire, je regarde un truc et bah au moment, j’en vois de plus en plus, de plus… Et ça, c’est une folie pas du tout régulée.
Et d’ailleurs, petite info, je ne sais pas si vous le savez, pour les gens qui sont sur Instagram notamment, vous pouvez aussi dans votre explorer, là où justement une fois que vous avez vu des bébés loutres on vous montre que des bébés loutres et ça c’est super, mais quand c’est du skinny talk, ce n’est pas super. Vous pouvez mettre « pour vous » et puis il y a aussi l’option générale quoi, donc vous ne verrez pas des choses que vous avez déjà vues.Il y a aussi le hashtag LSI, mais bon, ça n’empêche pas mal d’influenceurs de percer.
Comme revue scientifique danoise, le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, le risque d’être concerné par un trouble alimentaire augmente de 2,2 à 2,6 fois plus chez les jeunes après une importante exposition aux réseaux sociaux. Et on sait qu’Instagram notamment, je pense qu’il faudra mettre TikTok dans le lot, mais les études ont été faites avant TikTok. Je me rappelle qu’Instagram est le pire réseau social pour l’estime de soi et la représentation de soi et la culpabilité.
Il y a un aspect positif de donner que tout le monde puisse parler et montrer d’autres corps, mais il est peut-être mineur par rapport effectivement à tout ce que ça permet. Je dirais que c’est toujours intéressant, si vous êtes sur Instagram, d’observer ce que ça vous fait de regarder tel compte, telles images, etc. Est-ce que ça génère plutôt des émotions agréables, oui, c’est bien, c’est sympa, c’est intéressant, c’est agréable, cette personne a l’air sympa.Mais est-ce que ça génère de la culpabilité, de l’envie, de la jalousie, etc. ? Si ça génère toutes ces émotions un peu désagréables, peut-être que ce n’est pas la peine de suivre cette personne.
La journaliste Constance Villanova, dont je vous conseille le travail, les enquêtes, a travaillé sur la téléréalité mais aussi sur… Elle a fait un documentaire sur France Inter, sur le skinny talk, justement. Puis elle a été interviewée là-dessus et elle disait que même elle, en travaillant journalistiquement, en investiguant ce sujet… Elle a 32 ans, elle est mince, et elle a dit : « Même moi, j’ai commencé à développer des idées que je n’avais pas avant en voyant tous ces corps, etc. ». Donc en fait, ça va très vite, même quand on se pense solide sur ses appuis en termes peut-être d’acceptation de son corps, ça va vraiment très vite.T’en as un peu parlé tout à l’heure, mais je voudrais… Il me reste quelques questions. Pourquoi est-ce qu’on se tourne vers des influenceurs, influenceuses ou des solutions miracles comme celles dont on a parlé tout à l’heure avec l’Ozempic, les tisanes diurétiques, les coupe-faim, les brûle-graisses… ?
Je pense qu’il y a toujours… On est dans un monde quand même qui va vite, donc il y a l’idée d’une solution un petit peu rapide, miracle, où on va perdre très vite. C’est pour ça que c’est vraiment changer d’état d’esprit. Il y a tout ce qu’on a dit sur « est-ce qu’il faut perdre du poids », etc. On ne peut pas redire tout, mais maigrir et ne pas regrossir, c’est-à-dire se situer vraiment dans une démarche durable.Et du coup, toutes ces solutions miracles est-ce que je veux les adopter pour toute la vie ? Comme tu disais, si on supprime les gâteaux, les chocolats, les frites, les pizzas, bah ok, peut-être on va perdre du poids. Mais est-ce qu’on a envie de se priver de ça toute sa vie ? Et sinon, bah non, quand on les réintroduit, peut-être qu’on va regrossir ou se jeter dessus. Donc toujours, voir une solution comme : « Est-ce que cette façon de manger, j’ai envie vraiment de l’adopter pour toute la vie, à long terme ? ».
Très bien, enfin on sait très bien. Non, parfois on a envie de croire à ça parce qu’on voit des célébrités qui sont minces depuis qu’elles ont 20 ans et elles le sont encore à 70 ans. Mais il faut se rendre compte que ces personnes ont déjà de l’argent.
Bah oui, quel mode de vie elles ont.
Voilà, elles ont des coachs, des diététiciens et diététiciennes, elles ont des chefs à domicile, elles ont peut-être un métabolisme comme tu le disais et un poids de forme, et elles sont contraintes toute leur vie en fait.
Voilà, une contrainte mais qui est entre guillemets facile à vivre puisque tout est cadré. C’est-à-dire que quand on te fait tes repas, tout à l’heure je disais que ce qui était facile dans le régime c’était de ne plus penser. Quand on te fait tes repas, que tu as ton rendez-vous avec le coach sportif, que tout va être organisé, que tu peux te le payer, finalement c’est facile.
C’est littéralement le mot « régime » d’ailleurs, le régime, régime de vie quoi. Salut Rob le Blob qui dit : « C’était super, merci beaucoup et ça fait du bien de parler de sobriété ». D’ailleurs on avait fait un épisode sur l’alcool, l’addiction à l’alcool et le problème français avec l’alcool, si ça vous intéresse. Il y avait beaucoup de gens dans le chat qui racontaient leur histoire avec l’alcool. C’était très émouvant et très intéressant. Donc salut Rob le Blob, à bientôt.
Là-dessus, enfin, parce qu’on en parle beaucoup, moi dans l’état actuel des recherches, il n’y a pas d’addiction au sucre, il n’y a pas d’addiction au sens physique.
Je pense qu’on fera un épisode avec toi aussi et quelqu’un d’autre sur le sucre, parce que c’est quand même… Il y a beaucoup de publications récemment, on a vu aussi un bouquin. Bon, il y a quand même beaucoup de questions sur le sucre, on en parlait dans un épisode spécial sucre.Il y a aussi, on en a un peu parlé, on n’a pas le temps d’en parler beaucoup là, mais la violence des soignants et des soignantes qui, quand vous venez pour un rhume, vous disent « ah bah, il faut aussi perdre du poids », et t’es là : « Mais je suis venue pour un rhume, laissez-moi tranquille ».
Non mais ça c’est terrible, terrible. En fait, les médecins sont très peu formés à la complexité de la question alimentaire, donc ils vont tout de suite… À la fois ils vont dire « vous n’avez qu’à perdre du poids » et puis on voit tout par ce filtre-là. Et donc ils ont tendance à mettre tous vos problèmes de santé sur la question du poids, même quand ça n’a rien à voir et que c’est une question de rhume, de migraine.
Oui, et puis il y a aussi la dépolitisation de tous ces enjeux, la sur-responsabilisation individuelle, comme on blâme les personnes en précarité de mal manger, c’est « de votre faute, quand on veut on peut », enfin on revient à cette idée dont on parle depuis tout à l’heure.Je voudrais juste dire là-dessus que ça n’est pas qu’une question d’argent, c’est-à-dire que c’est vraiment une question comme je disais, globale et complexe, où il y a aussi la question du temps : le temps de s’informer, le temps de faire ses courses à un certain endroit, le temps de cuisiner, il y a l’espace mental pour ça. Il y a beaucoup de choses qui sont complexes dans la question de l’alimentation et c’est beaucoup plus complexe que juste la question de l’argent. Et donc c’est de dire effectivement par rapport au niveau politique « c’est pas juste je vais donner un panier de légumes à 10 euros qui va changer les choses ». C’est beaucoup plus compliqué que ça. Ou bien « faites du sport ». C’est bon quoi, ça va les gros, allez courir, débrouillez-vous, sortez-vous les doigts. Enfin ça c’était encore un truc qu’on entend énormément. Et puis tu parlais aussi, je voulais le rappeler quand même, de l’alimentation qui est vue comme fonctionnelle et non comme une source de plaisir, parce que toi tu défends le plaisir de manger et la gourmandise.
Tout à fait, c’est ce que je disais tout à l’heure quand on parlait un peu de la conscience et de l’attention. C’était d’essayer de ne pas manger complètement machinalement et de ne pas manger des nutriments, mais des aliments. Se faire plaisir et donc c’est là aussi de manger des choses. Dans la reprise de confiance en soi, ce que je disais, on ne va pas avoir envie de manger toujours les mêmes choses. La variété aussi est source de plaisir et moi je ne diabolise rien, donc je suis pour qu’on mange des pizzas et des frites, mais pour qu’on mange aussi des légumes à condition qu’ils soient bien cuisinés, pas forcément des légumes vapeur.
Les légumes vapeur sans sel, sans beurre, sans rien du tout là. Il me reste deux questions, je vais aller vite. Comment faire pour ne pas transmettre ses névroses à ses enfants et ne pas diaboliser des aliments, et ne pas justement commencer à instaurer un rapport un peu marchand d’obsession, alimentation, de punition, d’interdiction, de récompense ? Parce que je sais qu’avec mes bouquins j’ai beaucoup de parents, notamment des mères évidemment, qui viennent me voir en disant : « Mais je me suis rendu compte que, bah voilà, j’étais terrifiée à l’idée de transmettre mes névroses sur la minceur à ma fille, à mon fils. Donc, est-ce que tu aurais vraiment rapidement peut-être des astuces, des conseils ou des pistes de réflexion ? »
Je dirais que l’important, c’est d’abord de travailler sur son comportement à soi. C’est ça qui est le plus important, parce qu’après, on sait, les enfants, ils sont beaucoup dans l’exemple, ils imitent ce qui se passe. Donc si on voit sa mère se peser tous les jours, la petite fille, tout de suite, elle va dire : « C’est normal, c’est comme ça que je grandis, je vais me peser aussi tous les jours ». Donc c’est très important de travailler pour soi.Alors tout à l’heure je disais que tout le monde ne peut pas aller voir une diététicienne. Alors moi j’ai essayé, j’ai fait un blog, j’ai fait un podcast, je fais une newsletter, enfin plein de choses gratuites pour essayer de diffuser un message. Alors après, on sait que même les podcasts et tout, ce n’est pas assez aussi ciblé.
Démographique, CSP, urbain, etc.
Mais bon, et donc j’avais créé mon podcast justement pour essayer de tranquilliser les mères et casser cette espèce de transmission de mères en filles. Donc, c’est travailler sur soi, c’est-à-dire, du coup, laisser les enfants… Alors je dirais, les enfants, ils sont régulés. Donc un enfant, il mange quand il a faim, il s’arrête quand il n’a plus faim. Donc ne pas le forcer à finir son assiette.Et puis le parent, justement, on parlait du plaisir. S’il montre qu’il mange de tout avec plaisir, s’il propose de la diversité, s’il fait goûter… On sait qu’il faut faire goûter de façon répétée. L’enfant, il va peut-être, voilà, surmonter la néophobie alimentaire et trouver du plaisir à manger. Ce qui me paraît le plus important, c’est d’essayer de ne pas être obsédé soi-même par son poids. De surtout pas faire de remarques sur le poids de ses enfants. Alors ça c’est quand même important, et même à tout le monde : arrêtez de parler de la silhouette des autres. Voilà, arrêtez de faire des commentaires et même « Ah super tu as minci ! ».
Même si c’est dur à entendre.
Mais qu’est-ce qu’il y a derrière ? Et surtout, de ne pas avoir de stress à table, c’est-à-dire d’essayer que le repas à table soit tranquille. Donc après, si l’enfant ne mange pas, toujours essayez de dire « Bah tu goûtes ça, goûte, tu ne peux pas dire que t’aimes pas si tu goûtes pas », mais bon, bah il n’aime pas, il n’aime pas, tant pis, ce n’est pas le moment. Peut-être que dans six mois ou un an, voilà.Moi je vois des patientes qui disent : « Mes enfants, ils aiment autant les brocolis que le chocolat », tellement on leur a pas… En fait, c’était aussi de ne pas classer les aliments en bons et mauvais. Ça c’est hyper important. Pas de « Si tu manges des brocolis, tu auras du chocolat », mais dire « C’est normal de manger de tout ». Parce que sinon, c’est bien de manger sainement. Moi je critique pas les parents qui ont envie de donner une alimentation saine à leurs enfants, mais si c’est trop rigide et qu’il n’y a jamais de biscuits, de bonbons et tout, les enfants vont complètement se lâcher dès qu’ils sont chez les copains. Donc ce n’est pas forcément la solution.
Puis la solution des aliments, ce n’est pas possible, je crois. Il y a Euryale qui a posté un commentaire qui vient du live sur YouTube de Mathilde Rousselot, qui disait qu’elle allait voir quelqu’un pour perdre du poids, un ou une diététicien·ne je crois, et qui lui a demandé : « Pourquoi est-ce que vous voulez perdre du poids ? ». Et elle dit : « Je pense… Il me semble… Donc voilà, j’ai dit que je vais maigrir, elle m’a demandé pourquoi, aussi simplement que ça, et je ne savais pas répondre. C’était bouleversant ».
Alors justement, ça fait le lien avec ma dernière question. Toi, tu écris qu’on peut, je cite, « mincir sans faire de régime ». Alors, si on souhaite perdre du poids, très rapidement, c’est quoi tes conseils ou tes recommandations ? Tu en as déjà évidemment beaucoup donné en une heure et demie d’émission.
Elle dit que c’est bouleversant, mais effectivement, parce que c’est… Enfin moi, c’est ça qui m’intéresse dans mon métier, c’est très complexe, comme on l’a dit, la question de l’alimentation. Donc quand on dit « pourquoi », tout à coup, bah ça ouvre des perspectives. Mais si on ne sait pas, on dit : « Bah je vais y réfléchir, puis on en reparlera ». On a peut-être besoin de se poser et de réfléchir un petit peu.Moi, donc, j’ai une démarche un peu que j’appelle les quatre C : Constater, Comprendre, Changer, Consolider, donc de regarder sa façon de manger et comprendre pourquoi on mange comme ça, pourquoi on a pris du poids, pourquoi on veut maigrir. Et puis après, on travaille, selon les personnes, sur le fait de se reconnecter à ses sensations alimentaires, de comprendre pourquoi on a des difficultés à manger, de remanger de tout, de ne pas être en restriction.Si on mange pour des raisons émotionnelles, se détacher un peu des émotions du fait de manger. Vraiment une approche très globale pour que la personne retrouve une façon naturelle de manger et retrouve une confiance en elle. Donc confiance dans ses sensations : « J’ai faim, je mange, je sais m’arrêter de manger, je suis connectée ». Se reconnecter à son corps. Donc confiance dans ses sensations : « J’ai faim, je mange, je sais m’arrêter de manger, je suis connectée ». Se reconnecter à son corps. Alors il y a un travail aussi sur les émotions. Si je mange parce que je suis triste, stressée ou en colère, il faut se demander ce qui se passe et trouver d’autres façons de s’apaiser que la nourriture. Je travaille beaucoup avec mes patientes sur ça, pour désamorcer les réflexes de compensation émotionnelle.
C’est fou comme tout ce que tu dis paraît simple, mais en réalité c’est très difficile de changer ces habitudes-là.
Oui, parce qu’on est dans un environnement qui ne nous aide pas. La société nous envoie constamment des injonctions contradictoires : « Il faut se faire plaisir, mais pas trop », « Il faut rester mince », « Il faut faire attention ». Ça demande beaucoup de bienveillance envers soi-même et de temps pour se reconstruire un rapport serein à l’alimentation.
Et puis les médias, les pubs, tout le marketing, c’est une machine énorme. Il suffit de regarder les pubs avant l’été, c’est « Perdez 5 kilos avant les vacances », « Faites le summer body ». On ne nous lâche jamais.
Exactement. Et c’est pour ça que je dis souvent : « On n’est pas responsable de la société dans laquelle on vit, mais on peut choisir comment y réagir ». L’objectif, c’est de retrouver un espace de liberté dans sa tête, de ne pas se laisser coloniser par ces discours. On peut manger sainement et avec plaisir, sans tomber dans les extrêmes.
Tu l’as dit plusieurs fois, mais j’aimerais finir sur cette idée : tu parles souvent de plaisir. Pourquoi c’est si central pour toi ?
Parce que le plaisir, c’est le meilleur guide. Si je mange avec plaisir et attention, je suis plus facilement satisfaite, je mange moins, et je ne suis pas dans la frustration. Le problème des régimes, c’est qu’ils coupent le plaisir, ils transforment l’alimentation en une série de contraintes. Alors qu’un repas, c’est aussi un moment social, un moment de partage.
J’ai envie de dire aux gens : ne vous punissez pas. Écoutez votre corps. Il sait très bien ce dont il a besoin. Et arrêtez de croire qu’il y a une solution miracle. Il n’y a pas de baguette magique, mais il y a un chemin vers plus de sérénité.
Merci beaucoup Ariane. On a parlé de régimes, de compléments, d’Ozempic, de grossophobie, des enfants, de la société. Je trouve que c’est une heure et demie qui donne envie de respirer, de dire : « On peut manger normalement, en paix ».
Merci à toutes et tous pour vos questions dans le tchat, c’était passionnant. Merci Ariane, merci pour ta clarté et ton humour. On te retrouve où ?
Sur mon blog, ma newsletter, mon podcast « Poids et moi », et puis sur les réseaux sociaux. J’essaie d’y distiller des messages de liberté alimentaire.
Merci beaucoup. On se retrouve très vite pour un autre épisode de Bouffe, le dernier de la saison. Et surtout, souvenez-vous : prenez soin de vous, mangez ce qui vous fait plaisir, et ne culpabilisez pas. À bientôt !
