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Sebastian Roché, sociologue : fractures et permanences dans la police
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Sebastian Roché, sociologue : fractures et permanences dans la police

1 h 5923/02/2021
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Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, est le tout premier invité du tout premier Au Poste, pour présenter son film réalisé pour la chaine LCP/Sénat "Police attitude, 60 ans de maintien de l’ordre".

Ce documentaire retrace l'histoire du maintien de l'ordre dit «à la
française». Des prémices à une forme de maturité qui se voulait
exemplaire, pour finir dans la répression et le recul que nous vivons
aujourd'hui. L'invité d'aujourd'hui nous explique l'évolution du
maintien de l'ordre en France.

La police est toujours la même en France depuis 40 ans.
Sebastian Roché

Sebastian Roché constate que malgré la tentative de mise en place d'une police de proximité au tournant des années 2000, la police conserve le même
fonctionnement que dans les années 80. Elle n'a pas réussi à s'adapter à
la sensibilité, aux attentes de la population française.

L'ouverture à la recherche, à la police en tant qu'objet.

L'invité évoque le début des années 80. Sous le premier mandat de Mitterand,
Gaston Defferre, ministre de l'intérieur, enterre un rapport préconisant
la construction d'une police au service du citoyen, évaluée localement.
Plus tard, son successeur, Pierre Joxe, réfléchit à l'éthique dans la
police avec le soutien des syndicats. En 1989, Joxe crée l'Institut des
hautes études de la sécurité intérieure (IHESI) pour impulser une
réflexion sur l'appareil policier et ses problématiques.

C'est que j'ai envie que cette émission soit un succès, c'est purement égoïste, j'ai envie de voir les prochaines éditions :D 
SadRunner | Dans le tchat
Ton égoïsme a une jolie forme, Sad!
Euryalisation | dans le tchat

Le Beauvau de la sécurité

Sebastian Roché écarquille les yeux lorsque David Dufresne lui parle de l'espoir que susciterait aux yeux de certains le «Beauvau de la sécurité» à
venir. « Lorsque l'on a constaté la congélation d'un organisme complexe
pendant une quarantaine d'années, imaginer la décongélation, c'est
compliqué! ». Malgré cela, l'idée d'une véritable discussion autour de
la police avec tous les acteurs concernés est positive si elle augurait
un vrai dialogue. Une ouverture aux associations contre les violences
policières, aux journalistes, aux avocats serait bénéfique à tous.

Dufresne déplore que dans le débat du Beauvau «Police, population, sécurité»,  seuls des intervenants en accord avec le maintien de l'ordre actuel sont présents. Ils n'ont fait que discuter de la communication pendant trois
heures, sans remettre en cause les pratiques de la police. Sebastian
Roché rétorque que ce débat était mené dans l'entre-soi policier, sans
réelle opposition, on n'y a pas échangé, par exemple, sur les 30 mutilés
en 6 mois, épisode sans précédent dans l'histoire de la police.

J'imagine que c'est pour régler ce "problème de com' " qu'ils ont recruté des Community managers qui les représentent en stormtroopers?Bolchegeek | dans le tchat

Sebastian Rocher regrette que l'on ait pas souhaité faire intervenir l'usager.
Selon lui, cela aurait été novateur. C'est une occasion manquée de
reconnaitre l'usage des armes, le contrôle au faciès...

L'encadrement

L'invité déplore le manque de contrôle du management sur ses agents. Il
distingue le contrôle interne et externe. En local, il y a un
laisser-faire des contrôles au faciès, par exemple, car l'encadrement ne
considère pas que ce comportement est problématique.

Quand un gouvernement ne veut rien changer, mais prétend qu'il souhaite le faire pour avoir des soutiens internationaux, il fait trois choses.
Premièrement, il dit avoir mis en place un code éthique. Il change les
noms et les uniformes, puis la formation. Pourtant, ce n'est qu'un
changement de façade. Pour vraiment changer les choses, il faut
redéfinir les missions, changer les méthodes d'encadrement puis changer
la formation.

Que pensez-vous de la théorie du "chèque en gris" du criminologue canadien Jean-Paul Brodeur sur les relations police/politique?
GaucheTama | Dans le tchat

L'invité explique ce concept : les politiques proposent un cadre à la police qui
ne peut pas faire ce qu'elle veut. Elle n'a pas de "chèque en blanc".
Cependant, la police a une grande marge de manœuvre pour réaliser ses
objectifs, c'est le "chèque en gris". Elle se fait taper sur les doigts
lorsqu'elle dépasse les limites.

Il prend comme exemple les gilets jaunes. On n'a pas donné l'ordre aux policiers de tirer sur les gilets jaunes au niveau de leurs visages, mais le monde politique a laissé faire. Nous sommes dans la zone grise.

La santé mentale des policiers n'est pas abordée dans le Beauvau de la Sécurité, regrette Sebastian Roché. Le métier n'est pas reconnu par la population, ce qui peut impacter leur vie quotidienne et leur vie de couple, jusqu'à les conduire au suicide.

Roché conclut en résumant la loi de sécurité
globale : plus de pouvoirs à la police locale et privée et plus de
moyens techniques à la police nationale. Le problème, c'est que cette
loi, en empêchant les citoyens de filmer la police, empêcherait de fait
le contrôle externe de ces mêmes citoyens sur la police.

La police n'est-elle pas à l'image du gouvernement? Violente quand il est libéral, de bon usage quand il est social?
AnthonyCaille | Dans le tchat

Il considère que la gauche est prise dans une "cage de fer" avec la devise
"Plus de policiers, plus de cellules de prisons est la réponse pour
bénéficier d'une meilleure sécurité." Motto qui empêche tout débat,
bloque toute réflexion.

L'objectif du documentaire réalisé par
François Rabaté est de comparer les chemins suivis par différents pays.
Ceux-ci résultent d'un compromis entre le politique et la police
définissant les limites de l'acceptable. La voie choisie par la police
française n'est pas la seule possible.

Transcription de l’émission

David Dufresne
Bonsoir tout le monde, il est 18h03, c’est la première au poste, donc après plein d’essais hier soir, à midi, etc. Je remercie infiniment tous ceux qui m’ont aidé pour faire cette première émission qui va avoir lieu avec Sebastian Roché que je vais vous présenter dans quelques instants.
Sebastian Roché
Et il y a une petite tentative de changer la police aux alentours des années 95-2000. C’est le fameux épisode de la police de proximité où on a dit qu’on allait essayer de faire la police autrement. Donc on devait la réorganiser pour la rapprocher de la population. Mais ça a été un petit épisode, compris entre 2000 et 2002. Et en dehors de cet épisode, la police est toujours la même en France. Depuis 40 ans, elle ne s’est pas adaptée à son environnement, elle ne sait pas adapter la transformation des aspirations, elle ne sait pas adapter à la transformation de la sensibilité, les comportements violents de la police qui étaient mal vécus en 1980, apparaissent aujourd’hui complètement insupportables. Donc la police est la même. Elle n’a pas trouvé les moyens d'écouter les citoyens. Elle n’a pas trouvé les moyens de définir ce que c’est qu’un service de qualité et d’essayer de le rendre. Elle s’est refermée sur elle comme une sorte de citadelle. Et les policiers d’ailleurs parlent comme s’ils étaient assiégés par une société très violente, très agressive à leur et que c'était les derniers espoirs de cette société. Donc voilà, il y a aujourd’hui une sorte de mentalité de subir un siège. Donc la police qui est censée secourir la société serait aujourd’hui assiégée par la société.

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Sources, liens & références

Sebastian Roché
@sebastianjroche.bsky.social
Bluesky

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