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« Si on s’arrête, tout s’arrête » : la grève féministe comme arme politique
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Féminisme

« Si on s’arrête, tout s’arrête » : la grève féministe comme arme politique

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Des millions de femmes nettoient, soignent, éduquent, cuisinent — et le PIB fait comme si elles n’existaient pas. Avec « Le cœur du capital », l’historienne Fanny Gallot et le sociologue Hugo Harari-Kermadec mettent des chiffres, des noms et une stratégie politique sur ce travail invisible qui fait tenir le monde.

Historiquement les femmes ont été assignées dans les foyers aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, à tout ce qui permet donc la reproduction de la force de travail dont le capitalisme a besoin mais dont il refuse de se charger.
Historiquement aussi, un continuum s’est construit entre ses assignations genrées et la dévalorisation de ces mêmes taches lorsque quittant le foyer, elles étaient assurées par des salariées – surtout des femmes, quelques salariés aussi.
Historiquement enfin, les femmes, les féministes ont réfléchi à ses assignations, aux entraves qu’elles dressent contre l’émancipation des femmes, comme à la déqualification des métiers qui en découle. Elles ont réfléchi, cherché des solutions et se sont mobilisées en grève féministe.

L’historienne Fanny Gallot et le sociologue et économiste Hugo Harari-Kermadec ont pris à bras le corps la question de ce travail reproductif, démontrant, chiffrant sa centralité dans le capitalisme, dénonçant son invisibilisation et nous invitant à repenser la société, le travail à partir de tou.tes ces invisibilisées pourtant essentiel.les.
Rendez-vous le 16 avril à 9h du matin (donc après avoir préparé le petit dej, conduit les enfants à l’école et avant de faire un brin de ménage !) Au poste pour en parler et réinventer le monde ensemble pour renverser et le patriarcat, et le capitalisme.
Mathilde Larrère

Transcription de l’émission

00:00:00Mathilde Larrère
Bonjour à tous et à toutes, humains et humaines. Désolée du retard, c’est des choses qui arrivent, voilà. Mais ça y est, on est là, on n’est là et on est contents parce qu’on a sauvé le 1er mai. Enfin, à mon avis, vu comment ils nous le foutent à l’envers, on les met par la porte, ils vont rentrer par la fenêtre. Mais bon, ça, c’est fait. Et aujourd’hui, dans l'émission d’histoire d’auposte, j’invite une historienne, Fanny Gallot. Bonjour Fanny et attention, ça va changer un sociologue économiste. Hugo Harari-Kermadek. Bonjour. Donc, on va parler d’un livre que vous avez fait, tous les deux, que je montre, qui vient de tomber. On le voit, voilà, vous le voyez, le cœur du capital, ces travailleuses de l’ombre qui font tourner le monde. Et j’en profite pour remercier chaleureusement les travailleuses de l’ombre du poste, qui font tourner le monde au poste. Donc, Nayan en studio. Merci, Nayan et Euryale sur le chat. Salut Euryale. Voilà. Et pour parler non pas du capital, mais de ce qui fait qu’auposte peut fonctionner, je vous rappelle que nous sommes financés uniquement par vous, qui nous écoutez, qui vous abonnez, qui faites des dons. Donc voilà, surtout, n’hésitez pas à continuer, parce que sinon, on ne peut pas faire ces émissions. Alors, on va parler de ce livre et je voudrais, pour commencer, Vous lire le prologue. Alors je ne vais pas lire tout le prologue, mais je vais lire des bouts du prologue. J’ai hésité entre le prologue et l'épilogue. Mais finalement, suite à une discussion avec Fanny, j’ai choisi le prologue. Fathia travaille à tout faire briller avant que les cadres de l’entreprise n’arrivent. Pendant qu’il dormait, elle a traversé la ville, puis frotté, bidets, essuyé, lavé les tasses oubliées dans les salles de réunion. Personne n’y pense, le propre, ça ne se voit pas. Lucette habite un petit village là où les commerces ferment les uns après les autres et où le bus ne passe plus depuis longtemps. Retraitée, elle donne un coup de main au centre social du bourg. Elle considère qu’elle ne travaille plus, elle s’occupe. Pourtant, chaque jour, elle arrive à 9 heures dans la salle polyvalente pour préparer l’atelier couture. Elle accompagne les enfants à la bibliothèque et prépare des gâteaux pour la fête du village, entre autres activités. Nadia travaille dans un collège, elle accompagne normalement une, mais en réalité plusieurs élèves en situation de handicap. Elle est présente au fond de la classe, mais ne doit pas prendre de place. Pendant que le prof parle, elle formule, chuchote, note. Elle travaille 24 heures par semaine, son salaire plafonné à 900 euros par mois. En dehors des heures payées, elle prépare du matériel pédagogique et cherche des soutiens pour un élève qui va mal. Après ces trois femmes, vous nous parlez d’Hélène, de Sophia et d’autres encore. Puis vous dites, en France, elles sont des millions, dans le monde, des milliards. Elles sont aide à domicile, nous-nous, accompagnantes d'élèves en situation de handicap, aides soignantes, assistantes sociales, enseignantes mères, grand-mères, grandes-sœurs, manucures, travailleuses de plateformes, bénévoles dans des associations ouvrières et ou serveuses. On croise certaines d’entre elles sans les voir tôt le matin dans le métro, tard le soir à la sortie d’un hôtel, d’un hôpital ou d' un immeuble de bureau. D’autres font tellement partie des meubles qu’on n’y prête pas attention. Certaines viennent du Maroc, des Philippines, du Cap-Vert, de Chine, du Mali, du Portugal, du Sri Lanka ou encore de Turquie. Ces vies ordinaires soutiennent la reproduction matérielle, affective et morale du monde. Elles sont essentielles, indispensables. On l’a dit pendant la pandémie à la télé comme une révélation, mais depuis rien n’a changé ! Pourtant, leur travail, rémunéré ou non, rend possible celui des autres. Ce qu’elles produisent, c’est du temps disponible pour les autres. Elles fabriquent la possibilité même de travailler, d’apprendre, de circuler. Sans elles, tout s’arrêterait. Magnifique prologue, merci à tous les deux. Donc Fanny, tu es historienne tu es spécialiste des femmes des classes populaires, hein ? Du travail, tu est notamment l’autrice de ce livre, je l’ai. Ah, hop, non, là. Je l’ai amené aussi, parce que c’est vraiment un livre que je trouve absolument magnifique. Et Hugo, tu es sociologue, économiste. Alors, je lis moins de socio et d'économie, mais je t’ai beaucoup lu sur la marchandisation de l’enseignement supérieur et tu travailles aussi sur l'économie féministe. Et donc, c'était un essai, on appelle ça un essai, qui est extrêmement stimulant, extrêmement, ça fait réfléchir à un milliard de trucs. Et donc on va avoir tout le temps d’en parler. C’est ça qui est chouette. Et donc on va, je vais d’abord vous poser une question, la question de base, c’est comment on définit les termes. Parce que, alors c'était pas dans le titre, sans doute, parce que justement ce terme n’est pas le plus évident, mais c' est un travail, c' est un ouvrage sur le travail reproductif. Et donc quelles différences faites-vous entre travail ménager, travail domestique, care ? Il y a des moments où vous lisez, je me disais il parle du care en fait et peut-être que celles et ceux qui nous ont écouté, quand je listais Sophia, Nadia, on a un peu l’impression que ça relève du care, et ce sur quoi vous travaillez, le travail reproductif. Moi j’avoue, en cours, j’ose pas trop dire travail reproductif parce que mes étudiants y pensent à droit reproductif et donc uniquement à la reproduction. Donc voilà, je vous laisse la parole pour expliquer ces termes.
00:06:05Fanny Gallot
Merci beaucoup et on est vraiment ravi d'être ici. Merci beaucoup Mathilde pour cette invitation. Alors, effectivement, pour revenir un petit peu sur les définitions de base. Donc, le travail ménager, en fait, ça se rapporte d’abord au cours, au ménage, au fait de s’occuper des enfants. Le travail domestique, c’est plus large. Et ça a fait l’objet de toutes sortes de discussions dans les années 1970, notamment autour du domestic labour debate à l'échelle internationale. Et Christine Delphy en France d’ailleurs écrit un article très précis sur la distinction entre le fait que le travail ménager fait partie du travail domestique, mais le travail domestiques ne s’y réduit pas, au sens où le travail domestique comprend également par exemple tout le travail qui est effectué par les femmes d' agriculteurs, qui n'étaient pas reconnues comme des agricultrices, les femmes des garagistes par exemple, ou encore des femmes de commerçants qui, dont le travail est absolument nécessaire à la survie du commerce, mais qui ne sont pas forcément reconnus comme étant, par exemple, boulangère à part entière. Donc le travail domestique, ce qu’il a comme caractéristique centrale, c’est d'être effectué au domicile, la domus, et donc on l’envisage en termes de lieux, en fait, de travail. Alors que ménager, c’est plus sur les tâches. Alors, ménager, c’est plus une, effectivement, une sorte de liste de tâches, ça fait partie aussi d’ailleurs des discussions, ça se rapporte à différents types de tâches effectuées, mais domestiques ça comprend bien sûr le travail ménager. Et alors le travail de care, évidemment, ça fait partie aussi, donc tous ces éléments, le travail ménager, le travail domestique et le travail de care font partie de ce que nous on appelle le travail reproductif, alors c’est pas nous qui avons inventé ce terme là, mais voilà, on reprend en fait des élaborations qui étaient déjà présentes par exemple dans Marx et Engels, qui ont été ensuite reprises et critiquées par des féministes, notamment Marxiste dans les années 70, pour essayer de rendre compte de la centralité de ce travail, les ouvrières de la maison, comme pouvait l'écrire par exemple Mariarosa Dalla Costa en 1972, dans un livre qui s’appelle Le pouvoir des femmes et la subversion sociale. Mais donc elle utilise d’ailleurs, elle n’utilise pas forcément à ce moment là dans les années 70 la conceptualisation en termes de travail reproductif mais elle reprend l’idée de la fonction de ce travail qui a de reproduire la force de travail, c’est à dire pour d’autres, c' est à dire permettre à d’autre d’aller travailler demain pour se faire exploiter dans le cadre du capitalisme et permettre à des enfants d' aller travailler plus tard, là encore, pour se fait exploiter dans le cadre du capitalisme, c’est-à-dire les deux.

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Sources, liens & références

Fanny Gallot 

Publications de Fanny Gallot diffusées sur Cairn.info ou sur un portail partenaire

shs.cairn.info
Hugo Harari-Kermadec 
@hugo-hk.bsky.social
Bluesky

Hugo Harari-Kermadec 

Publications de Hugo Harari-Kermadec diffusées sur Cairn.info ou sur un portail partenaire

shs.cairn.info
coucou EURYALisation et bravo davduf pour le geste symbolique pendant CàVous bsky.app/profile/ccesoir.bs... 
Kirceis
Wahoo l'équipe au poste, les semaines sont chargés, bravo ❤️
tmorofil

En découdre - Fanny Gallot - 2015 

: Les ouvrières de l'après-68 n'ont plus grand-chose de commun avec leurs mères : elles ne sont ni fatalistes ni soumises. Et, de fait, grâce à leurs combats, de nouvelles lois ont révolutionné le travail et, plus largement, la société. Fanny Gallot a recueilli les témoignages précis des femmes engagées dans cette lente et profonde révolution. Des histoires surprenantes et émouvantes, en particulier celles des ouvrières de Chantelle et Moulinex, dont les luttes ont marqué l'actualité. Alors que depuis la fin des années 1990, le monde ouvrier revient sur le devant de la scène avec des luttes de plus en plus dures (occupations, séquestrations, grèves de la faim, menaces de faire " sauter l'usine ", etc.), le rôle joué par les femmes a été passé sous silence. À la différence des hommes, elles ont souvent effectué leur carrière entière dans la même usine et subissent de plein fouet l'épreuve des restructurations ou de la liquidation pure et simple. Qui sont ces femmes décidées à " en découdre " ? Ayant commencé à travailler après 1968, elles n'ont plus grand-chose de commun avec leurs mères : elles ne sont ni fatalistes ni résignées. Grâce à leurs combats, de nouvelles lois ont révolutionné le travail et, plus largement, la société. Elles ont obtenu d'être reconnues comme des salariée à part entière, et non pas comme des subalternes devant se contenter d'un salaire d'appoint. Elles ont mis en cause le pouvoir des petits chefs disposant d'un quasi-droit de cuissage. Elles ont donné sa dignité au travail en usine jusqu'alors considéré comme dégradant pour une femme. Elles ont changé le fonctionnement syndical en refusant de tout déléguer aux hommes. Les syndicats ont été obligés de prendre en charge des questions comme la contraception, l'avortement ou le partage des tâches familiales. Fanny Gallot s'est appuyée, entre autres, sur les témoignages précis des femmes engagées dans cette lente et profonde révolution. Elle raconte leurs histoires surprenantes et émouvantes, comme celles des ouvrières de Chantelle et Moulinex, dont les luttes ont marqué l'actualité.

editionsladecouverte.fr

Femmes et subversion sociale - Mariarosa Dalla Costa - 2023 

Les éditions Entremonde s’attachent à la publication de textes de critique sociale, à une manière de questionner les rapports sociaux, au travers d'un projet éditorial d’ouvrages d’histoire et de sciences sociales, d’essais critiques et politiques et de littérature.

entremonde.net

Servir les riches - Alizée Delpierre - 2022 

: Derrière les façades de luxueux immeubles parisiens, les immenses grilles de châteaux, les baies vitrées de vastes villas de la Côte d'Azur, se cache un personnel invisible mais présent quotidiennement au service des grandes fortunes. Gouvernantes, majordomes, femmes de chambre et de ménage, lingères, nannies, cuisiniers ou chauffeurs travaillent du matin au soir, et souvent la nuit, pour satisfaire les besoins et désirs des millionnaires qui les emploient à leur domicile.En s'appuyant sur une enquête immersive de plusieurs années, ce livre lève le voile sur les relations quotidiennes entre ceux qui servent et ceux qui sont servis. Ce faisant, il éclaire les ressorts d'une cohabitation socialement improbable, faite de domination et de résistances. Elle-même prise dans ces relations, en travaillant un temps comme domestique, Alizée Delpierre montre comment une certaine " exploitation dorée " peut faire rêver des femmes et des hommes qui y voient une réelle opportunité d'ascension sociale. Du côté des grandes fortunes, déléguer toutes les tâches ingrates demeure essentiel pour consolider leur pouvoir et jouir à plein de leur capital. Elles sont prêtes à tout pour fidéliser leurs domestiques et conserver ce privilège de classe, pour le meilleur comme pour le pire.

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#AuPoste avec Fanny Gallot 

Fanny Gallot est historienne, maîtresse de conférences en histoire contemporaine et chercheuse française. Elle s’intéresse aux inégalités de genre dans les conditions de travail et la participation des femmes dans les conflits ouvriers.

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Nancy Fraser 

Publications de Nancy Fraser diffusées sur Cairn.info ou sur un portail partenaire

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Imaginez si un jour Euryale fait grève ! Le chat sera perdu !
jolly_miller

Affaire Lip 

Pour les articles homonymes, voir Lip (homonymie).

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#AuPoste avec Michel Feher 

Michel Feher est philosophe, intervenant comme professeur et conférencier dans de nombreuses universités. Ses thèmes d’analyse sont principalement le capitalisme, le néolibéralisme, la finance ou encore la lutte sociale.

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Producteurs et parasites - Michel Feher - 2024 

: Le RN est rarement crédité d'un vote d'adhésion. Jugeant l'hypothèse trop décourageante, ses détracteurs préfèrent évoquer le désaveu qui frappe ses rivaux, la toxicité de l'espace médiatique ou le délitement des solidarités ouvrières. Producteurs et parasites entreprend au contraire d'examiner la popularité de l'extrême droite à la lumière des satisfactions que sa vision du monde procure à ses électeurs. Le parti lepéniste divise la société française en deux classes moralement antinomiques : les producteurs qui n'aspirent qu'à vivre du produit de leurs efforts et les parasites réfractaires à la " valeur travail " mais rompus à l'accaparement des richesses créées par autrui. Les premiers contribuent à la prospérité nationale par leur labeur, leurs investissements et leurs impôts, tandis que les seconds sont tantôt des spéculateurs impliqués dans la circulation transnationale du capital, financier ou culturel, et tantôt des bénéficiaires illégitimes de la redistribution des revenus. Ancrée dans la critique des privilèges et des rentes, l'assimilation de la question sociale à un antagonisme entre producteurs et parasites n'a pas toujours été la chasse gardée de l'extrême droite. Sa longue histoire révèle toutefois que le désir d'épuration auquel elle donne naissance passe toujours par une racialisation des catégories réputées parasitaires. Pour résister au RN, il est donc aussi nécessaire de dénoncer son imaginaire que de reconnaître l'attrait qu'il exerce.

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On a essayé de se comprendre
Manuel Bompard
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