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Taous Merakchi : « C’est un miracle qu’on n’ait pas encore tué tous les hommes »
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Sauvage

Taous Merakchi : « C’est un miracle qu’on n’ait pas encore tué tous les hommes »

3 h 3226/02/2024
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Pour la première de « Bonjour colère », Pauline Todesco reçoit l’autrice féministe en colère Taous Merakchi. En colère. Ce qualificatif, elle y tient. Une colère assumée adolescente et viscérale, qui rompt avec le discours plus académique de bien des féministes.

Après avoir officié 5 ans sur Madmoizelle sous le pseudonyme Jack Parker, Taous Merakchi entame une œuvre marquée par un goût immodéré pour tout ce qui se tait, pour tout ce qui fait peur, pour tout ce qui est défendu. Lancer un blog en 2015, « Passion menstrues » ou écrire deux ans plus tard le livre « Le grand mystère des règles » pour lever les tabous sur les menstruations, écrire des livres sur la sorcellerie comme « Witch Please », et des BD « Coven », écrire encore sur le paranormal avec « Feu de camp », ou encore lancer un podcast « Mortel » pour se parler de la mort en face : la transgression, pour Taous Merakchi, c’est un art de vivre.

Si ces précédentes productions recelaient une pédagogie certaine, son dernier ouvrage « Vénère, être une femme en colère dans un monde d’hommes » (Flammarion, 2022) en est loin : c’est un livre de rassemblement, un livre confessionnel, un livre pour faire jaillir le volcan, avant de repartir au combat. L’un des chapitres est intitulé « Je ne veux plus être désolée ». Et si cela fait peur, c’est tant mieux.

La causerie en quelques mots

« Ce livre est né d'un trop-plein. Chaque fois que j'allais chez ma psy, je lui demandais "comment je fais pour exister avec cette colère ? Je n'y arrive pas, ça me rend malade, quand je prends le métro, au bout de cinq minutes j'ai envie de tuer tout le monde. Comment je fais pour vivre avec ça ?". Alors j'ai écrit. »

Chez Taous Merakchi, cette colère vient d'une enfance vécue dans le rejet et la peur. « J'ai grandi avec un père tyrannique et j'ai vite compris que je ne serai jamais assez bien, ni pour lui, ni pour le reste du monde. » S’en suit une adolescence dans un monde assénant en permanence « que tout ce qui était lié à la féminité était nul », lui faisant intérioriser la misogynie et le racisme de la société.

La colère de Taous Merakchi est inextricablement liée à une honte inoculée à la naissance. Elle raconte le combat permanent entre « je veux être validée par la société, par les hommes, et en même temps je rejette la société et je rejette les hommes. » Une honte du genre mais aussi une honte du nom, des origines algériennes, qui la feront choisir pendant longtemps un pseudo de mâle américain "Jack Parker".

Si la colère vient de la honte, elle est née avant tout dans l’expérience de la violence de genre. Celle de deux fillettes de 13 ans, harcelées par des hommes dans un parc public, réussissant à leur échapper, qui pleurant à chaude larmes, répètent, sidérées "mais on avait dit non". Une histoire quotidienne.

Taous raconte tout ce qui a été volé aux femmes. La sécurité, la liberté de profiter de l'espace public, surtout la nuit, surtout à Paris, où l’on est « regardées décortiquées, analysées et commentées constamment », la sororité aussi, avec une sociabilisation féminine entièrement axée par rapport à leur relation aux hommes.

Résister à un homme, c'est risquer de réveiller la bête assoiffée de sang [...] Le problème c'est que je suis un chihuahua qui se prend pour un rottweiler. 
Taous Merakchi

Ne pas réagir, ne pas contre-attaquer, pour Taous Merakchi, c'est mission impossible, qu'il s'agisse de se défendre ou de défendre d'autres femmes.

« Aimons-nous les uns les autres mais... tout de même, un peu de violence » rit-elle. Cette violence, ce sont ses fantasmes violents de destruction, actualisés depuis l'enfance, qu'elle raconte dans Vénère, ce sont des méditations, une soupape de décompression.

Face à une émotion souffrant d’une image sclérosante « ça fait foule pas éduquée qui braille », Taous considère sa colère comme une évidence, et le signe d’une certaine clairvoyance. Il est en effet assez simple de mettre les effusions de rage et les émotions vives sous « le grand chapiteau de l'immaturité et la stérilité du débat. » Il faudrait ne parler que calmement. Encore faudrait-il avoir le privilège d'être écouté.es. Doublement difficile, lorqu'on est une femme et racisée.

Je suis en train de constater un vrai changement de communication entre femmes, que je trouve hyper encourageant, et qui je pense peut être une des clés du changement pour les générations à venir.
Taous Merakchi

On le sait, nous les femmes, on ne s'excuse que trop. Maintenant, Taous ne le fait plus. Sauf lorsqu'elle se sent en danger. « Le nombre de fois où on répond poliment à des hommes parce qu'on se dit "potentiellement, là, je me fais tuer” est incroyable. »

Aux hommes qui demandent “que faire ?”, elle répond « faire mieux et reprendre ses potes. Relever la barre, parce que là, elle est en enfer. » Accepter aussi de ne pas comprendre : « sois heureuse, sois en vie, ait droit aux mêmes choses que moi, ce n'est pas une position si difficile à atteindre je crois. »

Je pense que sans ma colère je ne serai plus ici. Je reste en vie non pas par joie de vivre mais par mesquinerie, par vengeance. Je vous gêne ? Alors je vais rester et parler plus fort !
Taous Merakchi

Aujourd'hui, confiant qu’elle ne serait sans doute plus en vie sans la colère,  elle se félicite d’avoir "son diplôme de thérapie", et de vivre avec cette colère en elle.

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Justice | Dans son film « Le procès du 36 » (France 2), la réalisatrice Ovidie ausculte la notion de consentement sexuel. En 2014, Emily Spanton, touriste canadienne, accuse deux policiers de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de l’avoir violée dans les bureaux du célébrissime 36, quai des Orfèvres. En première instance (2019), ils sont condamnés à 7 ans de prison. En appel, en avril 2022, ils sont acquittés. Elle nous en parle, en ce matin de 19 mai 2022.

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