« Un roman national » : quand la fiction de Bixente Volet fait barrage
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Amis, amis du café, amis des streams sauvages en plein été, amis de la canicule, amis du cinéma, du cinéma indépendant, du cinéma punk, du cinéma do it Yourself, bonjour, bonjour, comment allez-vous ? Comment allez- vous les unes et les autres ? Quel bonheur de se retrouver ! Alors nous n’avons pas de régie bonjour chère Euryale que je salue et que j’embrasse. Et vous tous les aupostiens et les aupostiennes, où êtes-vous ? Camping de la plage, dans un centre de réinsertion sociale, vous êtes où ? Vous faites quoi ? Dans une banque ? Vous vendez des frites ? Vous faites quoi là ? Qu’est ce que vous faites les uns et les autres ?Bonjour Abay 23, bonjour Glaudioman, ah Glaudioman qui est là, que j’embrasse bien fort ! Alors si vous saviez, j’ai passé quatre jours, quatre jours de rêve avec monsieur Glaudioman et la famille, je n’en dirai pas plus et c'était un bonheur, je t’embrasse bien fort. Glaudioman qui est celui qui depuis quatre ans tient la boutique sur le plan technologique et là on fait des ajustements, on profite de cette émission pour faire des nouveaux réglages, pour notamment la rentrée.Notre invité est là, Bixente est dans les parages, vous allez voir, il a un drôle de décor ce garçon, bah tiens on va la mettre ici, le voilà, bonjour Bixente, comment ça va ? Je te présente comme, je prononce comme Lizarazu, je fais bien ou je déconne ?
Ah c’est très bien, c'était très bien et c’est très rare quand il y a une bonne prononciation donc je suis content.
Tu vois ça sert d’avoir aimé l'équipe de foot de France.
De toute façon, enfant de 2000, donc post-coupe du monde, donc voilà.
Oui enfin moi je suis parent d’enfants de 2000 mais c’est pas grave. Comment vas-tu ? Tu es bien jeune toi.
Ah oui, oui tout à fait, très jeune et ça étonne beaucoup de gens quand je présentais le film donc voilà, mais ouais tout à fait et ça va super, très content d'être ici parce que je regarde moi-même de temps à autre les lives donc très content.
Bon, génial, Bixente Volet, c’est bien ça ?
Oui, tout à fait.
On ne dit pas "volette", enfin je veux dire là, très bien.
On va rester sur Volet.
Tu es l’auteur réalisateur d’un film que nous allons regarder ensemble intitulé un roman national qui dure une heure et 12 minutes qui est fait de séquences assez longues qui sont partagées par des fondus au noir et on s’arrêtera au fondu au noir si tu le veux bien pour discuter non pas de ce que nous venons de voir, enfin on va pas re-raconter ce que nous venons voir mais plutôt essayer de voir comment tu es arrivé à telle ou telle scène, comment tu as écrit telle ou telle scène, comment t’as dirigé telle ou telles acteurs, actrices j entends son nom est Basque, voilà, je lis le tchat, ouais je pense qu’on est bon, je pense qu' on est bon alors micro invité faible, je l’ai un petit peu monté.
Ouais c’est bon, je peux gérer peut-être.
Peut-être que toi tu peux mais sinon j’ai un petit peu monté l’affaire.
Sinon je peux parler un peu plus fort.
Voilà, voilà, ça c’est bien, si tu mets ton micro un peu plus près. Bascule un soir, dans l’irréparable, il va tuer 11 personnes dans une mosquée. L’onde de choc est immédiate, la presse s’emballe, c’est l’excuse parfois, les réseaux s’enflamment et ce monsieur, ce Damien, est un monstre fanatisé peut-être ou un homme broyé par l'époque, c’est la question que tu te poses, une question lancinante qui traverse ton film. Qu’est-ce qui mène un jeune homme cultivé, sensible à l’idéologie de la haine ? Ce n’est pas seulement l’histoire de Damien que tu incarnes, c’est plutôt celle d’une société qui ferme les yeux dans un pays où les fachos ne crient plus, ils recrutent, ils forment, ils façonnent. Est-ce que ce petit résumé vous convient monsieur le jeune réalisateur ?
Oui, tout à fait, c’est parfait.
Mais ?
Peut-être parler pour donner un contexte au genre global sur le film qui est peut-être après le lancer.
Bien sûr, absolument, vas-y
Alors, et vous me dites, si le son est bon, du coup, quand je parle à cette hauteur-là, du coup le film, en fait, il s’ancre dans plusieurs années de travail sur la question de l’extrême droite. En fait, ça fait sept, huit ans que je travaille sur la question notamment de l' identitarisme en France. Et ce projet, c’est vraiment la conclusion de ce travail qui est passé par la fabrication d' un court métrage il y a quelques années, qui aujourd’hui n’est plus disponible car c'était du grand travail amateur. Je suis plus jeune, en fait, donc voilà, il y avait moins de recul sur ce que je faisais. Mais voilà, et le film, en fait, il a été, ce que vous allez voir, c’est un film qui est totalement auto produit. On n’a pas eu de financement public ou privé. C’est de l’argent personnel ou c'était grâce à un crowfunding. Mais on l’a fait, en fête, avec sur le tournage, on l’a fait avec 6000 euros. Et après, le reste, ça a été, on a grappillé pendant deux ans sur la postproduction en payant les cafés, les séances de montage, etc.
Alors, 1000 balles en budget café, c’est petit joueur, je tiens à te le dire. Ah ouais ? Ah bah oui, c’est le plus gros budget.
En vrai, c’est fou, la régie en postproduction. Il fallait y aller parce que ça a duré beaucoup de temps. Enfin, on a été très soigneux sur la postproduction et j’ai travaillé avec des gens très exigeants et exigeantes. Donc, c’est vrai que ça a duré longtemps, mais voilà. Et puis, en fait, on avait fait le choix de l’auto diffusion à la fin. Déjà, parce que c'était un tout petit projet et moi, je n’avais pas envie de le donner à un diffuseur parce que je voulais gérer la diffusion, en fait. J’avais envie de découvrir ce monde-là. Et aussi, on trouvait ça plus cohérent par rapport au sujet. Et finalement, ça a été trop cool. La phase de diffusion, on est allé à la rencontre des publics avec trois fois rien, il y a plein de cinémas qui nous ont ouvert leurs portes. Et voilà, c'était vraiment passionnant. Passionnant aussi parce que, en fait, ce que je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait tout un tas de publics qui soient autant intéressés par le sujet. Au-delà du film, en fait, c'était même plus une question de film. Ce sujet-là interpelle les gens, les fait réfléchir et les inquiète beaucoup. Il y avait beaucoup de gens qui ne s’y connaissaient pas du tout dans la question de l’intérieur des groupes d’extrême droite ou du terrorisme d’extrême-droite. Donc, c'était l’occasion de jouer un rôle informatif, mais aussi peut-être de discuter de quelles réponses on peut apporter à ça. Donc, ça a été très intéressant. Et voilà, pour le contexte global. Et puis après, on rentrera plus dans le film.
Je vais lancer le film. Là, c’est un écran noir, puisque c'était le début du film. Il y a juste une question dans le tchat. Alors, côté Facebook de Noria, qui demande le titre du film, donc il est là, un roman national. Et la date de sortie est peut-être reprécisée parce que tu as parlé d’auto diffusion et tu as parlé de cinéma. C’est-à-dire qu’en fait, le film est disponible sur YouTube. C'était là où on va le regarder maintenant. Et tu fais aussi des projets, des projets au débat. C’est ça en gros.
Ouais, ouais, tout à fait.
Alors, je te propose de lancer le film. On va le regarder. Tu peux vaquer à tes occupations en attendant ou rester là et regarder ce que le tchat nous dit. Et puis l’idée, c’est donc d’interrompre le film, de faire un réact, mais en présence du réalisateur. Et j’expliquerai tout à l’heure pourquoi moi, je tiens à ce qu’on ne fasse pas des réacts à la sauvage. Mais plutôt de cette façon là. Si tu le veux bien, je lance le film. J’espère que le son sera bon. S’il y a un petit souci, je le règle. Sinon, c’est parti. Et grosso modo, on doit faire, je pense, une pause toutes les cinq, six minutes, quelque chose comme ça. Donc peut-être un peu plus. Donc, je ne sais pas. Les scènes du recours, ça dépend. Elles ne sont pas toutes de même longueur, en fait.
C’est ça, ça dépend, mais c’est à peu près ce rythme là, oui.
Donc, l’idée, les camarades du chat n’hésitez pas, si vous avez vu le film, si vous ne l’avez pas vu, à réagir pendant la projo, la diffusion, on se retrouve juste après, avec Bixente, pour en parler. C’est parti !
Monsieur, levez-vous, s’il vous plaît. Approchez-vous. Venez à la barre. Vous êtes bien, monsieur Damien Cordonnier, né le 22 octobre 2000 au Mans, résident au 128 Pierre de la Garde, 92 160 à Antony. Oui, vous êtes accusé, le 24 juin de cette année, d’avoir attenté volontairement à la vie et à l’intégrité de la personne, en l’espèce de monsieur Romuald Dantard, Simon Bouger, Rahim Shafik, Ahmad Daoud, Noé Giraud, Mourad El Khayat, Dodi Mansour, Sophia Tahar, Omar Tamba, Haroun Tifour, Noe Vidal, au moyen d’une arme en lien avec une entreprise terroriste telle que prévue par l’article 421-1 du Code pénal. Il vous est également reproché au terme de l’article 421-2-5 d’avoir provoqué directement des actes de terrorisme ou avoir fait publiquement l’apologie de ces actes sur le territoire français par le moyen d’une diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux, faits non prescrits par la loi. Monsieur, je vous informe de votre droit à garder le silence. Vous pouvez aussi décider de répondre à mes questions. Oui, je vais répondre à vos questions. Monsieur, est-ce que vous reconnaissez les faits qui vous sont reprochés ? Je vais procéder à un rappel des faits en faisant lecture d’un extrait du procès-verbal d’audition mené par les services de police le soir de votre interpellation. Vous retrouverez évidemment une copie de ce document entre les pages 143 et 145 dans l’ordonnance de mise en accusation. Je me suis réveillé et j’ai regardé mon plafond pendant 5 ou 10 minutes. Je me suis levé, j’ai mangé 3 œufs, bu un café froid et j’ai pris une douche. En sortant de mon appartement, j’ai croisé ma voisine. Elle m’a parlé de la chaleur qui faisait fondre le plastique de son balcon. Après, j' ai marché pendant une vingtaine de minutes jusqu’au restaurant La Cascade de Pékin où j' ai mangé pendant une bonne heure. Après, je suis marché dans Paris et je suis passé voir ma tante pour lui faire ses courses. Ça m’a pris du temps et j’ai sué comme un porc mais ça m’a détendu. Étant dans le huitième arrondissement, je suis assez rapidement remonté jusqu’au dixième où je suis arrivé à la mosquée. Je suis passé par la porte qui ouvre sur le couloir d’entrée. J’ai tiré sur tout le monde. Là, je suis rentré dans la zone où il a pris des tatamis et j’ai tiré sur tout le monde. J’ai tué plus d’une matinée d’arabes en visant leur tête ou leur thorax. Il est rappelé à Mr. Cordonnier qu’il a tué onze personnes dont deux ouvriers caucasiens. Réponse. Ah, je croyais plus. Dommage pour les ouvriers. Je n’avais pas prévu leur présence. J’ai tiré sur tout le monde et craché sur eux jusqu'à ne plus avoir de salive. J’ai dit. C’est pour tous les gens que vous avez tués. Tous les gens vous tueront. C’est la guerre.
C’est la guerre. Un roman national. Introduction du film. Alors, voilà, Roadrunner qui vient d’arriver en cours de route et qui demandait. Ah, il n’y a pas d’image. Est-ce que c’est normal ? Ben oui, c’est normal. Effectivement, quand on déboule. Mon cher Bixente, d’entrée de jeu, on comprend que la contrainte économique vous fait déployer un imaginaire de montage. Et d’ailleurs, je crois que c’est Trognon qui dit qui dit puissant le montage. Est-ce qu’on est d’accord ?
Oui, en fait, quand on fait un film comme celui-ci. Alors, il faut savoir qu’il a été conceptualisé d’une façon assez originale par rapport à ce qu’est un film de cinéma. Usuellement, c’est qu’on a écrit le film par blocs. C’est-à -dire, on écrivait en fait des blocs individuels qui pouvaient être montés comme des courts métrages. C’est-à -dire qu’à la fin, on voulait en faire une mini série, par exemple, ça aurait été possible. J’avais fait ça. J’avais fait ce choix parce que je voulais qu’au tournage, quand on arrivait, on puisse vraiment tourner la séquence, le bloc comme si on tournait un film en entier. Et c'était intéressant parce qu’on ne réfléchissait pas à l’avant, l’après, à la cohérence globale du film. On réfléchissait vraiment sur le moment, à qu’est ce qu’on fait. Qu’est ce qu’on fait pour que ce soit le plus efficace, le plus pertinent ? Comment est ce qu’on fait aussi, peut être, pour réinventer la scène collectivement ? Parce que sur le plateau, c'était quelque chose. On a tenté d’instaurer un climat où chacun et chacune pouvait faire ses propositions, contredire, etc. C'était très intéressant. Et en fait, ce qui fait que c’est un film de montage. À la fin, on est arrivé au montage avec la monteuse avec qui je travaille, Maude Girard, qui est peut-être la personne la plus importante dans ce que je fais. Et en fait, ça a permis tout au long de la postproduction de retravailler le film, de le recréer complètement. On faisait des projections test, en fait. On en a fait trois et durant les trois, en fait le film s’est complètement métamorphosé. On l’a complètement réinventé. Et alors, pour cette séquence du tribunal, c’est intéressant parce que pendant six mois, on ne savait pas comment faire. On ne savait pas comment faire, surtout pour que ce soit pertinent visuellement. Et est venu un film qui nous a pas mal marqué, qui s’appelle La zone d’intérêt sur le commandant d’Auschwitz.
Un magnifique film, magnifique.
Un magnifique film et grand film de montage aussi, où au début, on se retrouve avec un noir qui est beaucoup plus dans la suggestion. Mais ce qu’on trouvait assez pertinent dans cette séquence pour mettre cette espèce de grand noir, c’est que ça permettait vraiment d’imaginer l’acte. Mais surtout, c'était une métaphore de ce qu’est le film, c' est à dire sur comment est-ce qu' on va projeter des choses sur des événements médiatiques et politiques. Tout le film, vous allez le voir, c’est souvent par rapport aux autres personnages, des gens qui projettent leur idéologie, leur vision des choses sur un acte qui est souvent politisé, décrédibilisé par tout un appareil médiatique et politique. Et donc, à partir de ce moment-là, on met le public dans un état d’analyse critique et surtout de recul. C’est à dire ce noir, en fait, il perturbe complètement, il permet de faire sortir presque du film. Et nous, c’est vraiment ce qu' on a recherché tout le film. Et c’est assez paradoxal quand on fait un film de fiction parce qu’on a envie de faire rentrer les gens dans la narration. Nous, on a pensé l’inverse, on s’est dit, en fait, on veut vraiment faire sortir les gens du film et les mettre dans une position d’analyse critique, peut-être une position qu’on a quand on regarde un documentaire.
Alors, justement, Morfulk Skank nous dit, et que je salue, qui est un des musiciens d’Au poste, nous dit « Cette sobriété instaure directement un climat documentaire, c’est bien vu, mais avec la lenteur du cinéma ». Alors là, Morfulk tu veux dire du cinéma de fiction, car je rappelle que le documentaire est du cinéma et je rappelle même que la première décennie du cinéma, c'était quasiment que des documentaires, 90 % de la production. Bon, bref, ça m'énerve, mais pour le reste, Morfulk Skank le dit très bien, il dit « Voilà, en gros, cette sobriété instaure direct un climat documentaire, c’est bien vu, mais avec la lenteur de la fiction, c’est très immersif ». Je voudrais juste, après, rentrer dans le vif du sujet, je vais continuer le film. Il y a une question dans le chat qui disait, qui demandait, est-ce que c’est un véritable verbatim de procès, est-ce que ce qui est lu dans ton film s’inspire de faits réels ou pas du tout ? Voilà, une question qui a son sens. Et le deuxième point, il y a une citation de Le Pen qui n’est pas si fréquente, et je voulais savoir d’où tu la sors et pourquoi, toi, le jeune homme, tu vas citer ce vieux mec mort et enterré.
Pour ce qui est du procès, c’est assez exact. Il a été vu par des personnes qui bossent à la justice, notamment un procureur. Et on a travaillé avec des personnes, des avocats, et des avocates, pour faire réexaminer le texte, pour qu’il soit le plus exact possible. Évidemment, il y a des entorses au réel. Déjà, ça ne va pas aussi vite dans un procès. La lecture d’un procès verbal, ce serait vraiment très spectacularisé dans un processus de faire comme ça d’entrée de champ une lecture du procès- verbal d’audition. Mais ça pourrait arriver. Ce n’est pas complètement fantasmagorique. Mais globalement, il n’y a pas d’erreur dans ce qui est dit. C’est plutôt comme ça que ça se passe. Est-ce que c’est inspiré de faits réels ? Oui, c'était inspiré des procès qu’il y a eu pour terrorisme à l’extrême droite. En France récemment, je me suis aussi pas mal plongé, forcément dans le plus connu, mais avec Breivik en 2011, avec ce procès en plus qui, je trouve, catalyse beaucoup d’enjeux politiques qu’ils y ont autour des procès pour terrorismes à l’extrême droite. Mais oui, ça a été totalement inspiré de ce qui peut se passer dans ces procès-là, notamment des procès-verbaux d’audition. C’est assez hallucinant en fait. Alors, on n’y a pas toujours accès, voire même jamais, je ne crois pas en avoir lu un. Par contre, dans les descriptions qui en sont faites, c’est glissant. Les descriptions froides qui sont faites par les auteurs, notamment Breivik, qui calculait absolument tout, qui était dans le fond un politicien. Il a fait de la politique, Breivik en faisant son attentat, il a vu tout calculé. C’est assez intéressant. Et pour ce qui est de la citation de Jean-Marie Le Pen, je trouve que c’est une citation faite lors d’une université d'été du Front National. Alors, je crois que c’est en 1999, je ne me souviens plus, parce que là, le film, ça fait quelques mois, je ne l’ai pas vu, donc je ne suis pas très frais. Je trouve la citation assez intéressante, parce que je trouve qu’elle explique bien la façon dont. Je vais dire l’extrême droite, globalement. Comment dire ? A fondé sa stratégie, du moins en France, depuis la fondation du Front National. C’est-à-dire dans une question d’efficacité politique. Et comment est-ce qu’on infuse les idées ? En fait, c’est une citation qui dit, en fait, le pouvoir, ce n’est pas si important. Ce qui est important, c’est vraiment de faire monter les idéaux, les idées, de créer une tension dans la société française. Et après, le power, on l’aura. Mais ça prend du temps, etc. Il faut être patient. Il y a quelque chose de très machiavélique dans cette citation, parce que, en fait, je ne la vois pas être dite par d’autres gens que Jean-Marie Le Pen. Et pour moi, Jean-Marie Le Pen, alors, il y en a plein pour avoir beaucoup lu, en fait. Alors moi, je suis né en 2000, donc je n’ai pas connu la montée du Front National en France. Par contre, j’ai beaucoup lu dessus et je me suis renseigné autour de moi. Et ce qui est assez intéressant et que je pense avoir compris sur Jean-Marie Le Pen, c’est que, dans le fond, il ne voulait pas tant le pouvoir que ça, en fait. Il ne voulait pas tant le pouvoir que ça, il voulait vraiment, surtout, en fait, s’imposer, imposer ses idées, imposer son calendrier et préparer le terrain, peut-être, à une génération future. Et il a réussi, finalement. On voit comment le travail qu’il a fait, en fait, pendant 40-50 ans, a bouleversé la vie politique française, quoi. Alors, il n’est pas le seul à l’origine de tout ça, mais je pense que c’est une composante majeure.
Alors, justement, je te propose qu’on entre dans le film, puisque tu dis la place à une autre génération. Il y a donc ce personnage, ce Damien Cordonnier, que tu incarnes, qu’on va suivre tout le long du film. Je te propose qu’on poursuive le visionnage. Et on se retrouve dans quelques minutes. Voilà, prends un petit peu de gourde. Moi, je vais aller me faire un petit café. C’est parti, un roman national. Je vous rappelle à toutes et à tous, chers amis du dimanche, que le film est disponible sur la chaîne de Bixente. Donc, vous pourrez le revoir intégralement. Mais là, ce matin, on fait un réact de luxe en présence du réalisateur. Et ça me fait bien plaisir.
Ça sent un front. Tu veux ce que je veux dire ? Ça sent un front. Les amis, je vous avais prévenu que j’allais vous faire plaisir. On a déjà testé pas mal de côtes de bœuf. On a fait de l’Angus on a fait celle qui venait du Yorkshire, dans le nord d’Angleterre. On a tenté le Yozzy, le bœuf de Kobe. Mais là, 100 % français, les gars, une petite viande charolaise. Écoute ça, écoute ça. Ça te fait penser à quoi, ça ? C’est là. Pas normalement. Pour tous les vegan qui passeraient par là, c’est le moment de vous barrer, les gars, parce qu’ici, on n’est pas là pour s’enculer avec du tofu. Voilà. Et alors, on va prendre Caroline. Toujours donner un petit nom à sa viande, c' est important. D’accord ? Vous la personnifiez. Si c’est le nom du Next, par exemple, n’hésitez pas. Hop là ! La petite cuisson sympatoche. On voit un petit coup de rouge. On va faire la petite revue de l’actu de la semaine, parce qu’il s’en est passé des choses. Donc qu’est-ce qu’on apprend ? Que la ministre, de je ne sais pas quoi, me rappelle, elle, il faut rien. De toute façon, elle est en train de se doigter à l’Élysée. On n’en brûle pas une. Ayant travaillé avec mon cabinet pour notre prochaine réforme, je n’ai pas pu participer à l’hommage rendu à Napoléon le week-end dernier. Et je vais vous dire, je n’ai pas à me soumettre au dictat de l’extrême droite qui vient de me reprocher mon absence à des événements aux valeurs symboliques douteuses. Alors, madame la ministre. Les valeurs symboliques douteuses, comme vous dites, sont celles-là même qui vous ont permis d’ouvrir votre gueule. Parce que, à la base, c’est quand même Napoléon qui a créé la République. Vous êtes censé la défendre. Bon, je parle trop, je ne goûte même pas la viande. Ce n’est pas possible. Alors, je passe à côté du meilleur. Donc, à un moment donné, à force de chier sur ce qui a fait la grandeur de la France, ce qui fait qu’aujourd’hui, on peut quand même encore se regarder dans une glace, qu’on n’est pas encore le Pakistan ou l’Azerbaïdjan, c’est le révélateur d’une société qui dénigre ses ancêtres. Or, une société dirigée par les morts. Est-ce que, encore aujourd’hui on peut se revendiquer fier d'être français sans être traité forcément de fasciste, etc. Moi, je ne suis pas un fasciste. Rien à voir. Mais voilà, je prône la décroissance, c’est-à-dire revenir à une agriculture locale, une agriculture proche des paysans. Par contre, on l’a vu la semaine dernière avec les assauts de la gauche, en train de militer justement sur la place des mosquées pour qu’elles aient encore du poids sur nos préfectures. Ça va mal se terminer. Un jour ou l’autre, les Français vont se réveiller. C’est inéluctable. Ce jour-là ? Il faudra mieux être armés. Ouais, c’est bien, Damien Cordonnier. Ouais, c’est moi. Ben, c’est Cédric Auclair au téléphone, le président de Barrière Nationale. Ah, OK. Ben, je ne pensais pas que vous m’appelleriez directement. Ben, disons que c’est un peu couillu de me contacter directement sur Facebook. Donc, pour être honnête, ça m’a intrigué. Donc voilà, je t’appelle, je voulais savoir un peu qui t’es. Ben, écoutez, je m’appelle Damien, j’ai 22 ans. Je viens de la Sarthe, du Mans, je ne sais pas si vous connaissez. Ouais, ouais, t’inquiètes, je connais, c’est le mec qui a les 24 heures, c’est ça ? Ouais, voilà, c’est ça. Et du coup, je suis arrivé à Paris il y a 4 ans pour faire des studios de philo. Ouais, le philo, je comprends, ouais. Ben dis, j’ai l’impression que t’es essoufflé. Je te dérange ? Ouais, tout va bien en fait, je rentrerai chez moi en vélo. Ok, super. Dis-moi comment est-ce que t’as entendu parler de barrière nationale ? Alors, c’est en regardant une vidéo de Papa Pierre. Papa Pierre, t’es après Pierre Ross, c’est ça ? Ouais, voilà, c’est ça en fait, j’ai vu hier la vidéo avec toi, enfin avec vous, pardon. Non, attends Damien, entre patriotes, on se tutoie, ok ? Ok, ouais, et du coup, je t’ai envoyé directement un message sur Facebook parce que, en me renseignant sur le groupe, je me suis rendu compte qu’on avait plein d’idées communes, on va dire, et vu que ça fait longtemps que j’ai envie d’agir pour la France, et rapidement, vu le climat actuel, je pense que c'était une bonne idée, voilà. Ouais, bonne idée, intéressant, ouais. Mais dis-moi Damien, qu’est-ce qui me prouve que ne t’es pas journaliste ou juste un gaucho qui veut foutre la mère de mon groupe ? Euh, je ne sais pas. Non Damien, je te taquine, j’ai vérifié, je sais que t’es un gars sérieux. Bon par contre, au début, ce sera des petits trucs, tu vois, du tractage, ce genre de choses, ça te va ? Ouais, bien sûr, pas de souci, bien sur, je comprends. Tiens, à propos, si ca te dit vendredi, on a une soirée au QG, donc tu passes, tu rencontres l'équipe, le chef des bénévoles, et on voit pour la suite. Ok, très bien. Bon, en tout cas, si t’en veux, on va t’en donner. Donc juste ici, on a, mais vous le connaissez déjà, Monsieur Auclair. Cédric est en train de bosser juste là. Et bon, ça va mon Cédric ? Ça va et toi ? Nickel, écoute. Mais écoute, bienvenue, bienvenu chez nous, bien venu à la barrière, comme on dit. Merci. C’est difficile de nous accueillir, c’est cool. Bonsoir. François qu’on dérange depuis tout à l’heure, François qui a un petit souci avec le son désolé, François. François, c’est mon directeur de communication. Juste pour plaire à ces abonnés, vous pouvez nous expliquer en deux mots pourquoi vous bossez. Là, vous êtes sur la chaîne, les gars, vous pourrez dire ce que vous voulez, ça sera… Allez-y. Bah, Jules et moi, on travaille sur la communication du groupe, tout ce qui est stratégie politique, de communication, les médias classiques. Relations presse, exactement. France Exit. On partait un peu boring du truc, mais oui, oui, ils sont en tout cas, c’est les têtes pensantes, quoi. C’est super important. Oui, oui. C'était super important, oui. Donc je m’appelle Cédric, je viens de Picardie. Les amis, je marque une pause parce que avant que vous nous entendiez parler de ça… Un élève qui dit ferme ta gueule à un professeur, à l'époque, il se prenait une grande claque dans la gueule, et tu vois, il n’y avait pas les associations de parents d'élèves et toutes ces conneries, Woke et compagnie, pour dire, ouais, mon enfant, il est HPI, etc., tu vois. J’ai voulu interviewer Cédric Auclair on s’est rencontrés il y a plus d’un an à la boxe, et le courant est tout de suite passé entre nous. Et depuis quelques semaines, j’ai rejoint le groupe en tant que membre d’honneur, et je trouvais ça intéressant de vous montrer l’envers du décor. Qui est ce Cédric Auclair dont tout le monde commence à parler ? Bonne vidéo, les pyrôses ! Je viens de Picardie, voilà, dans un petit village où j’ai grandi. Je suis fils unique. Mes parents ont deux mots très travailleurs, viola, classe moyenne, du sport, la campagne, les copains… Et du coup, tu vas assez rapidement t’orienter vers le handball. C’est un sport qui va te marquer. Oui, alors le hand, ça c’est une immense passion. J’en ai fait beaucoup, j’en fais, alors maintenant j’ai plus le temps, malheureusement. Mais le hand c'était très important dans mon parcours, parce qu’en regardant en arrière, je me rends compte que c’est vraiment là que, quelque part, c'était passé ce qu’on pourrait appeler de d’éveil politique, peut-être. Voilà, cet sens du sacrifice, au service du collectif, avec les différents tournois, les différents déplacements, j’aimais un peu voir ce qui se passait, mais au-delà des frontières, mais je veux dire au-delà d’un peu de mon village, Et ensuite, donc, tu vas militer pour un grand parti d’extrême droite, mais alors pourquoi est-ce que tu en es parti si vite ? Je m’ennuyais. Voilà, je trouvais que c'était une grosse machine, très bien huilée, certes, mais que ça bougeait à une vitesse qui, moi, ne me correspondait pas du tout. Donc, d’où, voilà, j’avais besoin que ça touche, j’ai besoin, je pense, de repartir d’une structure beaucoup plus petite, beaucoup plus mobile, beaucoup plus souple. On se voit un peu comme, à cet égard-là, comme des sentinelles ou des lanceurs d’alerte, en tout cas. On dit aux gens, ben voilà, réveillez-vous. C’est pas parce que vous voyez ça à la télé que c’est la vérité. Après, on a des thèmes. Euh… Peut-être qu’ils sont un peu plus connectés à droite, Ouais, je l’admets aisément. L’immigration. Une sorte de perte de certains repères au niveau de la société française. La notion de travail, la notion d’effort.
Hop, hop, hop. Attention, on a changé de séquence. On revient, on revient au direct. On revient au réel. Alors donc, mon cher Bixente, je fais exprès de ne pas laisser ton film en plein écran pour que chacun ait le bonheur d’aller le revoir dans son écran pour bien montrer le dispositif dans lequel nous sommes là. Alors, évidemment, tout le monde a reconnu Papacito, Raptor Dissident et ainsi de suite. Au début de la scène, je ne sais pas si tu as eu le temps de regarder, mais alors, certains ne regardent pas, mais ne font qu'écouter. Donc, on était extrêmement surpris d’entendre sur un poste le discours de Papapierre, donc Papacito. D’autres, la plupart, heureusement, regardent. Et donc, on comprit qu’on était bien dans le film et on n’avait pas été piraté. Et puis, il y a eu très vite des gens qui ont dit, moi, je suis gêné. Là, je me suis senti gêné. Et alors, je voudrais te parler de bravo, ce chat noir, non, gris. Je voudrais parler de ça parce que où est-ce qu’on met le curseur entre la caricature de ce qui est déjà une caricature..Alors, l’acteur est extraordinaire, il n’y a pas à chier, il est fabuleux. Mais quel est le moment où on ne verse pas finalement dans une forme de fascination-répulsion, mais fascination ?
Alors, c’est ça qui était en fait compliqué. Alors, déjà, au niveau de l'écriture, après, moi, je ne porte pas beaucoup d’attention à l'écriture. En fait, j’aime bien travailler beaucoup avec les comédiens et comédiennes de sorte à fabriquer le rôle collectivement. C’est-à-dire en travaillant sur toute la fabrication d’improvisation. Et donc, il y avait quelqu’un ou quelqu’une qui a dit dans le chat..Est-ce qu’il y avait de l’improvisation ? Oui, le film est à 80 % improvisé à la base d’un scénario qui invite à l’improvisation, justement. Et là, ce qui est intéressant avec ces deux personnages-là, c’est qu’effectivement, il faut jouer entre, comment dire, le grossier, le vulgaire, la crédibilité, le réalisme et en même temps, la souplesse de faire en sorte que ça ne paraisse pas trop. Et en fait, ce qui était assez intéressant, c’est que des personnes nous ont dit.Après les projections, le film en fait trop. Je n’y crois pas à ces personnages et ces personnes-là à qui, du coup, je disais, mais en fait, c’est 10 % de la réalité. C’est-à-dire, on a dû vraiment, au montage, on l’a coupé, mais l’acteur Nicolas qui joue Papapierre…
Alors, Nicolas Jean, parce que lui, comme beaucoup de ton casting, à mon avis, on va le revoir ailleurs, parce qu’il est quand même extraordinaire, il est extraordinaire.
Il a une chaîne YouTube, il fait des vidéos comiques, en fait. C’est un Youtubeur de base, la chaîne s’appelle Poules Braisées. Et en fait, il connaît très bien les codes du YouTube, donc ça facilité le jeu. Et effectivement, moi, c’est l’exemple que je donne souvent par rapport aux Youtubeurs d’extrême droite, mais par exemple, Baptiste Marchais qui s’appelle Bench and Cigars sur YouTube, où il s' appelait, je ne sais plus s’il s' appelle encore comme ça. Il a fait une vidéo qui s’appelait : « Je chasse le sanglier au Texas à bord d’un hélicoptère ». Et en fait, à partir du moment où on dit ça, comment est ce qu’on fait pour rendre le film, comment dire, pas grossier, pas vulgaire, alors que de base, mais c’est délirant. Moi, je me suis tapé tellement de vidéos d’extrême droite et c'était vraiment délirant, quoi. Donc voilà, c’est tout un jeu à trouver.
Moi, il se trouve que quand j’ai vu le film, je me suis marré. C’est à dire que bon, et j’aimais ma gêne à rire, tu vois, parce que évidemment, le fond, le fond de sauce, puisque le mec mange de la barbe avec le fond de sauce est absolument épouvantable et c’est tout ce contre quoi on se dresse. Mais j’avoue, bon et alors ça, par exemple, en montage, puisque tu parlais de ta monteuse tout à l’heure, est ce que ce curseur là de l’humour, vous en avez parlé ? J’imagine que oui. Et à quel moment vous dites là, il va trop loin, c’est trop drôle. On perd le fil du danger que représentent ces mecs là. Ou pas du tout ?
Et si, si, totalement. Alors, en fait, c’est assez marrant parce que de base, on a fait une première sortie de montage pour projection test. Donc, on est voir avec un public. Alors, je crois que c'était un public vierge. Plus quelques personnes de l'équipe, dans mon souvenir. Et en fait on a été étonné parce que les gens rigolaient beaucoup devant le film, alors que nous, on prenait les choses très frontalement au premier degré en se disant non, mais c’est horrible, il est horrible. Enfin, vraiment, c’est une avalanche de commentaires sexistes. Et c’est terrible, quoi. Mais du coup, on s’est dit qu’il faut qu’on arrive à doser un humour, on rigole de lui, on rigole de sa propre mise en scène de stupidité. Parce que pour moi, en fait, ces youtubeurs là ne sont pas stupides. En fait, je ne place jamais le curseur sur la question de l’intelligence. Je place par contre le curseur sur la mise en scène de soi. Et ce que je trouve assez fascinant avec des types comme Papacito ou Baptiste Marchais c’est qu’ils sont dans un triple jeu de mise en scène de soi, c’est-à -dire, je rentre dans un rôle. D’une espèce de franchouillard hyper viriliste, etc. En même temps, je le suis un peu dans le fond. Et mais j’en fais mille fois trop pour les vidéos parce qu’en fait, ça fait cliquer, parce qu’en fait, ça crée tout un imaginaire. Et en même temps je me prends très au sérieux, quand même. Et ces mecs là se prennent beaucoup plus sérieux. Et c’est dans cette scène de dégustation de viande. Le but, c'était de combiner ces trois choses-là. C’est-à -dire au début, il est vraiment dans la blague, dans la mise en scène. Quand il mange de la viande, on sent qu’il redevient un peu lui-même. Et à la fin, il est juste flippant, en fait. Là, il y a déjà le thème de la guerre civile qui commence à arriver dans le film. Donc voilà, c’est assez intéressant. Et je ne sais plus qu’est ce qu'était la dernière question. Je sais qu’il y en avait un…
C’est pas grave, ça va revenir. Un point important, Napoléon. En fait, cette polémique a existé. Ah, tu ne sais pas ?
Je ne savais pas du tout. Alors, il faut savoir que c’est une improvisation à deux au moment du tournage.
Donc, c’est le refoulé de l’actualité qui est revenu dans l’improvisation. Donc, on est au tout début du film. Là, on a la minute 5. Et en fait, c’est là où moi, j’ai totalement embarqué. Parce que, je crois que je te l’ai dit par émail, il y à cette scène de la découverte du QG de Barrières nationales. Et cette découverte, ce filmage, m’a absolument fait penser à quelque chose. Alors, je vais le montrer maintenant. Et tu vas me dire si je me trompe ou pas. Alors, il s’agit d’un gars, je mets en contexte. Il s’agit d’un gars qui s’appelle Mickaël Ehrminger que j’ai eu, on va dire, la chance de rencontrer suite à un travail que j’avais fait en 2017 où j’avais utilisé la fiction pour essayer de raconter le fond national. C’est sur des démarches qui sont propres. C'était un jeu mobile qui s’appelait l’infiltré où, en tant que joueur, on était un infiltré au sein du QG de campagne de Marine Le Pen. Et il se trouve qu’une fois que le jeu est terminé, c’est terminé. Quelqu’un m’a appelé et c'était ce jeune homme. Je vais mettre juste un tout petit extrait. Alors là, pour le coup, on sort du film. Ce n’est pas le film. C’est tout à fait autre chose. C’est une émission que j’ai faite avec Marine Turchi à Mediapart. Nous sommes en 2017. Et vous allez voir, il y a un petit extrait. C’est ce petit extrait dans les locaux de Florian Philippot. Enfin, le QG de campagne de l'époque, c'était Florian Philippot. Je vous mets juste le début de seconde.
C’est Mickaël Ehrminger J’ai travaillé au Front National pendant quelques mois, mais je les ai côtoyés pendant quelques années. Alors Michael, il travaille un peu sur tout, comme tout le monde ici, mais notamment sur la question de santé, parce qu’il est secrétaire général du collectif usagé de la santé. Michael, engagement numéro 69. 69, j’ai fait un cinquième risque de…
Alors voilà, tu dis, oh là là, oh la la, oh la la. Et donc, je me suis dit, mais c’est dingue, comme cette bise de santé, c'était vachement documenté. Parce qu’ici, les mecs sont un peu plus sérieux. Je ne sais pas si tu as vu le documentaire La cravate. Tu avais vu le documentaire..Tu as dû le voir. Eh bien, figure-toi que dans le documentaire La cravate, il y a un des gars qui s’occupe, tu sais, qui va être délaissé totalement, qui s’occupe de ça, du filmage, comme quoi tout ça est un petit monde. Et donc là, on ne voit pas le micro qui pend, comme toi tu fais dans ton film. Mais alors, quand j’ai vu ton film, je me suis dit, c’est incroyable, le mec, il est jusqu’en 2017. Mais en fait, non, j’avais l’impression que tu découvres ces images.
Alors, non, je connais, je ne connaissais pas cette vidéo exactement. Par contre, je connais bien le local de Florian Philippot, notamment grâce à La cravate. En fait, c’est marrant que tu en parles parce que La cravate, ça a été vraiment essentiel pour construire le film, parce que pour moi, c’est en France le meilleur film qui a été fait sur la question de la montée de l’extrême droite en France et sur beaucoup d’autres sujets. Et en fait le local de Florian Philippot qui a été mis en scène et que je trouvais tellement kitsch dans sa construction, sa fabrication, ça faisait tellement faux, en fait, tout fait faux dans ces vidéos-là, ça a servi. Et en fait la chef déco du film qui s’appelle Camille Bon sergent, qui a fait un travail exceptionnel sur la décoration du film, a pioché, notamment dans les locaux du Front National. Moi, je l’ai envoyé à Philippot. Donc si, si, je vois bien. Mais ça fait très carton pâte, en fait, mais même à gauche, souvent, ils ne prennent pas le temps de faire une déco de malade dans leur locaux. Mais, et là, toutes les affiches qu’on voit…
Non mais si tu veux. Il y a la décoration, mais il y a aussi sa façon de, ce Cédric dans ton film, c’est ça, le mec de barrières nationales qui se déplace comme Philippot, qui va mettre la main sur l'épaule de l’autre. Ah oui, alors lui, c' est machin, etc. Voilà, j’ai trouvé des civils utiles. Alors pour ceux qui se réveillent, pour qui ça' allait trop vite, on est en train de regarder le film de Bixente qui s’appelle Un roman national, qui est sorti en avril et qui est aujourd’hui disponible sur YouTube, enfin depuis le début, on regarde le film ensemble, on le décortique. J’ai évoqué un truc de 2017 que j’avais fait, qui s’appelait L’infiltré, qui était un jeu sur téléphone mobile où… En direct, j’utilisais les faits de campagne pour m’amuser parce que j’estimais, on verra si c’est ton point aussi, j’estimais que finalement la fiction… Était peut-être le vecteur le plus intéressant pour aujourd’hui parler du péril fasciste. À ce moment-là, on a parlé de Philippot et on a parlé d’un film documentaire, La cravate 2020, qui était nominé aux Césars en même temps qu’il s’appelait Christian Sage, d' Etienne Chailloux et de Mathias Terry, que je vous conseille, où il y avait cette espèce de fuite d’un jeune homme et ce jeune homme participait à la campagne de Marine Le Pen et il était proche de Philippot à l'époque. C'était juste pour recadrer un peu les choses. Est-ce qu’on est bon ? Oui, je pense que voilà. Alors, on reprend le film. C’est parti.
Ça va, excusez-moi. Excusez-moi, madame. Vous avez quelques secondes pour parler ou pas du tout ? Ouais. Ah, d’accord. Non, mais c'était juste pour parler, voilà. Je voulais parler un peu de l'état politique actuel, on pense, et je voulais savoir ce que vous en pensiez. Politique. Quelque soit vos opinions, voilà… Je n’en ai pas, je ne suis jamais trouvé dans aucun. Ni à droite, ni à gauche,moi, moi, je suis un créatif et c’est vrai que j’essaye de voir ça de loin. Je la subis comme tout le monde. Je ne trouve pas ça très beau à l’heure actuelle. Je trouve qu’elle est très sale et très moche, la politique générale. Il est individuel en fait, le climat est individu. Chacun a sa vision. Selon où il habite, selon… Je crois que c’est individuel, en fait. On a tous une sensation différente. Ok, non, mais il n’y a pas de souci, merci. C’est… Ça dépend des jours. Moi, ça fait 50 ans que je vois des vies s’est montées et je me dis que ça va jamais s’arrêter, au moment où ça va exploser. Parce qu’on sait, les problèmes, tout le monde il faut éviter et puis ça monte toujours, ça monte. Macron, c’est un fumier, ce n’est pas un fumier. Et qu’est-ce que vous pensez du fait qu’il a été élu deux fois, Macron ? Il a été réélu parce qu’i n’y avait personne à mettre. Mais non, c'était pour contrer le front national, c’est tout. C’est pour vous. Bah ouais. Parce que la moitié des Français qui votent front national. C’est tout, c’est pour ça. Sinon ça va passer, ça, là-bas. Enfin, vous votez la front national. Ça fait longtemps ou vous avez depuis longtemps, 30 ans, ouais. D’accord. Je ne votais pas avant. Ah non, vous ne votiez pas ? Non, avant d'être à la retraite, je ne votai pas de politique. Il y a beaucoup trop d'étrangers en France, quoi. Il y en a beaucoup de roms, hein. Vous vous rendez compte, en Paris, par tous les squats qu’il y a par tous, à la chapelle, à la Villette, on ne peut pas endiguer ça. Qu’est-ce que c’est grand, ça ? C’est une problématique qui m’en prend beaucoup personnellement. Moi, je me fais soigner à la Riboisière. À la Riboisière, d’accord. Je ne peux plus y aller maintenant, parce que les salles de shoot, tout ça, c'était réservé à eux. Nous, nous, citoyens français, pourquoi pas ? On a créé un groupe, enfin, il y a un groupe qui a été créé, un groupe politique pour parler d’identité, etc. Je peux vous donner un tract, si vous voulez aller consulter le site Internet, hop, voilà. D’accord. Si jamais vous voulez y aller voir, ça s’appelle Barrière nationale. Et en fait, notre but, c’est de discuter autour de la question d’identité, qui est en fait une question polémique en France. Ouais, il y a un gros problème, on est d’accord avec ça. Bonne chance. Je maintiens que Macron, c’est un fumiste et un fumier. Très bien, restons là-dessus. Je vous invite à consulter ça. On vous souhaite une belle fin de journée. Merci, au revoir. Je reste en arrière mais on est bien ici. Merci. Je voulais juste te remercier pour m’avoir incrusté dans le groupe. Normal. En fait, ça fait trop de temps que je ne sais pas où me situer au milieu de tout ça et j’ai l’impression de trouver enfin une sorte de repère où je peux me développer et rien que faire du tractage, même si ce n’est pas grand-chose pour vous. T’as déjà tracté ? Oui, j’avais fait une section de tractage. T’en as déjà fait une ? Oui, exactement. Oui, elle est sympa. On va continuer un petit peu sur le grand remplacement. Il faut vous choquer. En fait, je… Vas-y, on est entre nous. Non, mais je pense que… En fait, ce n’est pas eux, c’est nous, en fait. Si t’avais une baguette magique… Tu ferais quoi ? Là, si tu pouvais… Moi, je les dégage tous, quoi. Bien évidemment, je suis d’accord avec toi. Dans la posture qui est la mienne, aujourd’hui, en tant que leader de Barrière nationale, bien sûr, c’est un discours qu’on a, qu' on peut avoir avec Novembre, dans nos soirées, entre nous. Après, on est quand même résolument tournés vers l’extérieur. On doit s’inscrire dans un contexte médiatique, notamment. C’est très important. Ouais, non, mais enfin Mais on n’en pense pas moins. En 2027, je ne sais pas pour qui voter. Par exemple. La patronne, elle est beaucoup trop tendre. L’autre, c’est un chroniqueur télé. Je n’y crois pas une seule seconde. Alors, premièrement, je pense que tu l’as déjà bien saisi, mais c’est important que tu comprennes, on n’est pas un parti politique. On reste un groupe d’action, avant tout. Et puis d’un autre côté, on a évidemment tout ce qui est avec papa Pierre, vulgarisation, tu vois. On essaye de disséminer les idées. Qu’est-ce que tu répondrais à quelqu’un qui dit qu’on est déjà remplacé ? Je sais pas, regarde. C’est tout ce que je veux dire. Je vois ce que tu veux dire, je sais où j’habite. Tu vois, les mecs, sur ce niveau-là, c’est des génies. Ouais. Je vois que tu changes de tête, mais regarde, suis un peu mon raisonnement. Les mecs étaient armés au niveau prod, au niveau production de leur contenu, dissémination des contenus. C’est incroyable ce qu’ils ont fait. Après, ils ont été, si tu prends l’exemple des talibans, etc. Ils ont été aidés par les Russes. Ils ne sont jamais tous seuls, ces mecs-là, en vrai. Mais oui, je vois ce que tu veux dire en termes d’organisation, mais… Ils avaient des sous, voilà. Il y a le pétrole, il y a tout ça, mais je veux dire que c’est du domaine du… Voilà. C’est ça, c'était vers ça qu’on doit attendre. En termes… Attention, ne me faites pas dire ce que j’ai pas dit. C'était là-dessus qu’il faut attendre, en termes oui, de force de communication. En fait, à quel événement récent, moderne a été aussi impactant et important d’un point de vue publicitaire que le 11 septembre ? En fait je vois ce que tu veux dire, tu vois, j’y avais jamais réfléchi, mais c’est vrai qu’ils réfléchissent, les mecs. Ils ont fait ce que toute marque aimerait faire, en fait. C’est-à-dire une grande vitrine qui touche tout le monde, absolument tout le monde. Putain, quand est-ce qu’on arrive à faire un truc aussi fort.
Je retrouve la scène qu’il faut avec Bixente, voilà. Là, on devrait s’entendre. Ça fait rêver, dit-il. Alors, là, je voudrais te demander, puisque tu nous as expliqué que tu as fait un gros travail de recherche, et ça se sent, cette fascination pour Daech, pour des attentats spectaculaires, par l’extrême droite, tu la documentes comment ?
Alors, c’est assez intéressant, parce que en fait, moi, j’ai passé quelques mois dans un groupe identitaire, en infiltration, il y a plusieurs années, maintenant, pour en fait faire des recherches justement pour ce court-métrage dont je parlais au départ, et en fait ces informations-là m’ont permis de un peu comprendre de l’intérieur comment ça fonctionne. Et quelque chose qui m’a frappé dans ces groupes-là, c’est qu’ils avaient une vision, parfois, du terrorisme. Et d’actes extrêmes, en fait, comme une espèce d’absolutisme. Et là, je voyais quelqu’un qui mettait dans le chat, qui se souvenait d’une intervention de Zemmour où il disait que, en fait, les terroristes dits islamistes, au moins eux, vont au bout de leur projet politique. Et je trouve ça assez intéressant, parce qu’il y a un fantasme, ça catalyse tout le fantasme de violence, pardon, de l’extrême droite. Et surtout leur vision d’une politique de la terreur qui serait transformatrice pour la société. C’est-à -dire, passer par un moment de violence pour ensuite aller vers une utopie raciale. Ce qui est, en fait, exactement ce que les nazis voulaient, par exemple, ce que le fascisme voulait. Donc c’est assez intéressant. Et en fait, cette séquence, bon c' est… Pour revenir dessus, peut-être rapidement, c'était juste qu’elle est totalement improvisée, elle n'était pas du tout dans le scénario. En fait, il nous restait deux heures sur un tournage dans un décor et on s’est dit on va improviser cette séquence là. Et moi, j’avais juste en tête, en tant que réalisateur, le fait qu’il invitait Cédric à boire un verre chez lui, ce jeune Damien Cordonnier. Et Cédric tentait de l’appâter vers le terrorisme. Et je lui ai dit, il faut que ce soit un jeu de danse où les deux, Cédric le renifle, Damien, il ne sait pas sur quel pied danser. Je voulais un peu créer une espèce de danse entre les deux et jusqu’au moment il va commencer à dire, mais en fait Daech et en parlant de Daech, pas du tout en termes d’horreur ou quoi, mais en terme d’efficacité. C’est à dire de dire, bah en faite les attentats terroristes sont des mouvements publicitaires absolus qui permettent une diffusion massive d’une idéologie et surtout une diffusion de terreur qui va scinder la société, qui va permettre de créer des lois autoritaires qui vont encore plus créer des tensions c’est exactement ce qu’ils veulent et en faîtes c'était des plans politiques et je trouve ça assez glaçant et en fait on voit que l’extrême droite dès qu’il y a un attentat terroristes d’extrême droite, sur les groupes Telegram ça balance des horreurs, de toute façon c’est très bien documenté par Mediapart, Blast, StreetPress, etc. On voit les horreurs qui sont balancés sur plein de groupes et des groupes qu’on pourrait penser parce que j’ai l’impression qu’en France, dans cette espèce d’inconscient politique qu' on a, il y aurait l’extrême droite hégémonique qui est une horreur en fond et il y a l' extrême droite des extrémistes, c' est à dire vraiment les militants très durs à l’extrême droite, c' est à dire les violents. En fait moi je vois pas du tout les choses comme ça, je vois ça comme une constellation de gens qui s’interconnectent en fait et ce qu' on voit sur certains groupes Telegram par exemple du FN RN, etc, c est une ovation des meurtres de musulmans, etc comme il y a pu en avoir récemment.
Quand tu disais tout à l’heure que tu avais infiltré donc en gros, tu étais un voyeur dans certaines boucles Telegram ou autre, c’est ça ? Ou tu as collé des affiches ou tu t’es infiltré physiquement ? Est-ce que tu as fait de l’infiltration participative ou pas ? Bon, alors tu peux rester.
Non, non, j’ai pas fait d' infiltration participative, par contre c'était de l' observation dans un premier temps, c' était un travail de recherche sur internet et ensuite c' était traîné dans les lieux où il traînait c' est à dire à Paris en fait, à l' époque ça centralisait tout un mouvement militant identitaire et le but c' étaient, voilà, être extérieurs peut-être potentiellement un peu discuter, et c’est ce qui s' est passé, d’ailleurs j' ai beaucoup discuté et c' est intéressant. Après j' étais très jeune, aussi très inconscient donc c' était on va dire qu' il n' y avait pas de structuration dans ce travail je leur ferais aujourd’hui, alors déjà je ne leur ferai pas parce que c’est inconscient, mais au-delà de ça si je leur faisais, je pense que j' aurais une démarche aujourd’hui peut-être plus de sociologues en fait c' est à dire vraiment prendre des notes cohérentes, etc parce que à l' époque j’avais un carnet et je notais tout ce qui passait, mais ça était important pour le film parce que par exemple au niveau du style vestimentaire, comment est-ce qu’on construit un style d’extrême droite, ça c'était hyper intéressant. Voir la façon dont ils parlent, la façon dont ils se comportent, leurs expressions, etc et leurs origines sociales aussi, c'était assez intéressant de voir. Après c’était pas du tout exhaustif ou quoi, mais c'était intéressant oui, les coiffures, exactement.
À propos d’origines sociales, vous venez d’où Monsieur Bixente Volet ?
Alors moi je viens de la ville du Mans je viens de la classe moyenne, alors de base supérieure
Les 24 h du Mans là, tout ça, c’est ça ?
Exactement
Ah je connais !
La ville de la rillette.
Je paraphrase ton film ! Dis donc !
Ben oui ! J’avais complètement oublié !
Tu vois !
Vraiment il est frais dans ma tête là !
Je vois, je vois ! Tout va bien ! Non, je voulais dire socialement ! Tu as baigné dans un milieu syndicaliste, antifa, pas du tout, plutôt à droite, centriste. D’où venez-vous, camarade ?
D’un côté de ma famille, on est sur une droite conservatrice, filloniste, à peu près, c’est à peu près comme ça que, comment dire ? C’est un peu la doxa de la famille, on va dire. Après il y a des petits éléments perturbateurs, anarchistes de gauche, mais ils sont vraiment reculés et c’est grâce à eux que j’ai fait ma formation politique. Et d’un autre côté de mes parents, on est plus sur une certaine gauche molle, peut-être parti socialiste. Par contre, j’ai une mère notamment qui votait ouvrier, qui votait, entre guillemets, à l’extrême gauche. Donc, en fait, j’ai grandi dans ce milieu là, classe moyenne, donc je disais supérieure après, je dirais plus inférieure parce qu’il y a eu un déclassement, mais bourgeoisie culturelle, enfin petite bourgeoisies culturelle très clairement, c’est pour ça que je suis devenu réalisateur, parce qu’on m’a dit tout petit que c'était légitime, que je pouvais y aller. Donc j’ai eu de la chance à ce niveau là et je suis d’ailleurs très content. Et sinon, ma formation politique, c’est au lycée, je suis arrivé dans un lycée artistique assez connu au moment, qui s’appelle Bellevue, qui est un lycéen fait qui est une véritable usine à gauchiste, très clairement. C’est là où j’ai fait toute ma formation politique, que ce soit avec mes professeurs, avec mes camarades, dans les ateliers, c'était là où je fais mes premiers films aussi. Et voilà.
A propos de Capital Culturel, et après on poursuit le film, la scène, la scène du micro-trottoir. J’ai le sentiment qu’elle est improvisée et en même temps je me dis que c’est quand même extraordinaire parce que le jeu avec le poteau est fabuleux, c'était dire que voilà, ça a été souligné dans le tchat, mais je voulais te poser une question là au réalisateur. Comment fait-on un film aujourd’hui quand tout est archi-codé ? Que ce soit le papa Pierre de tout à l’heure avec sa façon YouTube de s’exprimer, que ce soit ici le micro-trottoir volé à la BFM, France 2, etc. Tu vois ce que je veux dire, c’est à dire que tous les régimes d’images sont tellement essorés, comment fait-t-on quand on est réalisateur pour apporter quelque chose de frais ?
Alors, je pense, moi là on rentrerait dans des considérations, alors pardon, excuse-moi, je reformule ma pensée je pense qu’il faut
Il n’aime pas la question, le gars, il n’aime pas la question. Ça se voit tout de suite, il y a une vraie gêne.
En fait, dans le film, par exemple, on a fait des expérimentations avec les caméras à 360 ° et pour moi, c’est assez intéressant ces dispositifs-là, notamment Parce que je m’intéresse beaucoup comme toi à la question de comment aujourd’hui est-ce qu’on utilise le médium cinématographique comme contre-offensive contre les pouvoirs autoritaires, etc. Et je pense que c’est une des questions, par exemple, de ton documentaire, Un pays qui se tient sage, avec ce visionnage d’images. Ce que j’ai toujours trouvé intéressant, ce sont ces nouvelles technologies qui sont en fait de base totalement créées par le capitalisme pour être un nouveau mode de divertissement, un nouveau mode de filmage, mais que nous, on se réapproprie. De sorte à filmer ceux qui nous filment dans une espèce de contre-panoptique que tu connais bien aussi. Et c’est pour ça, par exemple, qu’on a utilisé une caméra 360, donc c'était deux séquences après celle-ci, pour par exemple traduire des états mentaux qui ne pouvaient pas être traduits autrement qu’avec une nouvelle technologie. J’espère que c'était clair, mais en fait, moi j’ai l’impression que l’extrême droite a de plus en plus contrôlé les villes. C’est ce qu’on voit à Lyon, la puissance qu’ils ont, heureusement qu’il y a une contre-offensive antifasciste, mais une espèce de surveillance, de quadrillage des villes que l’extrême droite opère, comme une espace de nouvelle milice qui va chercher les migrants, qui va chercher les manifestations de gauche, etc. On dirait qu’elles sont un peu partout, et surtout, elles réutilisent aussi les outils de la gauche, c’est-à-dire les téléphones, filmer les manifestations, etc. C'était hyper intéressant, c'était une espèce de bataille des images au sein du champ militant. Alors, du coup, je…
Tu n’as pas répondu à ma question, mais ta réponse était vachement intéressante. C’est pas grave !. Vas-y !
Non, non, je clôture la réponse, mais c’est vrai qu’elle est… J’essaie de trouver des réponses intéressantes, en fait, c’est surtout ça.
Celle-là était bien, ce n’était pas la réponse à ma question, mais elle était bien. On peut la ressortir.
je vais répondre. Mais en tant que réalisateur, je pense qu’il faut… Enfin, moi, j’adore utiliser tout un tas de médiums différents pour, justement, arriver à, comme je le disais au départ, à faire sortir les gens du film. Et pour moi, ça peut potentiellement répondre à la question, parce que, par exemple, cette séquence-là en caméra cachée, pour moi elle est dans la diégèse, c’est-à-dire la caméra n’existe pas. Et pourtant, ce qui est assez paradoxal, c’est qu’il y a un floutage, donc on voit qu’il y a tout un montage pour empêcher de voir les gens, on voit qu’il y à un sur cadrage pour effectivement cacher le visage des interlocuteurs et interlocutrices. Donc, en fait, j’essaie, on essaie de mettre le public dans une double position qui crée une position d’analyse critique par rapport au film. Et c’est un peu comme ça que je me réapproprie, en fait, des outils qui sont peut-être un peu éculés, par exemple les vidéos YouTube. C’est toujours de faire sortir, en fait, le spectateur du film. Et puis, en fait, deux séquences après, on le réintègre avec des séquences très immersives. Par exemple, la séquence du communiqué qu’on va voir tout à l’heure, elle est très cinématographique. Enfin, pour moi, en tout cas, je ne sais pas
Absolument.
C’est la même chose, mais elle est très cinématographique. Et voilà, cette alternance permet peut-être de créer pour moi un… Je ne sais pas si je le crée parce que je pense que plein d’autres réalisateurs l’ont fait, mais en tout cas, de remettre au goût du jour des dispositifs filmiques très appuyés.
Question de l’Insurgé. Après, on revient dans le film. Il y avait quoi sur le tract dans la séquence de la caméra cachée ?
Eh ben, il y avait un vrai tract avec un site qui s’appelait barriernationale.fr. Je n’ai pas eu l’argent de le coder, mais ça m’aurait fait rire pour la promotion d’en faire un vrai, mais on ne l’a pas fait, c'était trop long. Mais voilà, ces gens, enfin, les gens à qui j’ai donné le tract, parce que je l’ai donné à d’autres gens ont peut-être cherché le soir et n’ont rien trouvé. Voilà.
Retour au film.
C’est temps de vous le présenter, Antoine de La Grande Charette. Comment ça va mon Antoine ? Ça me fait bien plaisir de te voir. Écoute, je suis content d'être là et hop là tiens ! Oh oh, le bâtard ! Ah bah, c’est bon, c’est bon ! Bon les gars, comme vous voyez, j’ai pas ramené une petite lopette, mais pour ceux qui connaissent pas, en gros je précise, Antoine, voilà, il fait du survivalisme, donc il apprend à pister du fac au chair, à se démerder… Ça ne sert à rien de prendre la non-violence et toutes ces conneries, parce qu’en fait, quand on se fait attaquer, si on est non-violent, eh ben on meurt. C’est simple. C’est utilisé… Ah bah là, c’est du russe. C'était utilisé par l’armée et la police russe, ça désigne de l’Occidental dans le Dombas, c’est pas compliqué. Je voulais parler du MP443, c’est un petit bijou, c’est une fabrication russe… Évidemment. Si t’es une espèce de petite tantouse aux cheveux bleus qui a tiré qu'à la foire de Gaston-Bury au stand de tir pour gagner un panda fabriqué par les enfants chinois pour que ta gonzesse soit contente et qu’elle suce du tofu dès le matin, eh ben t’as quand même une chance d’atteindre ta cible, en gros. Donc cette arme-là, moi je la conseille vraiment pour tous les abonnés qui veulent se préparer à l’effondrement. Tu vois, notre société elle est individualiste aujourd’hui. Elle est très individualiste. Et quand ça va péter, je pense que ça va exacerber cet individualisme et on va vraiment être chacun pour sa gueule, tu vois. Donc, peut-être qu’il y en a qui vont réussir à monter des petites équipes. Nous, je me dis peut-être qu’on va réussir à faire fond commun, peut être, mais après… Ben peut-être, ouais, et encore, mais tu vois… Après, pour un galon de flat, est-ce que tu ne me tires pas une balle dans le dos ? Tu vois, Pierrot, je suis désolé, mais on sait jamais. Si jamais il ne reste plus qu’un point d’eau avec un kit de service, c’est clair que ce sera toi ou moi qui… C’est ça, tu vois, parce que… Ce sera soit toi, soit moi. Tu viens d’où, toi déjà ? Tu m’as dit… J’viens, j’viens d’une honte. Ouais, ben la monte doit être plus propre, non ? Oh, c’est dégueulasse. Ouais, c’est dégueulasse ? Qu’on veut ? Un peu de gnôle, là ? Ouais, ça ne peut pas être pire que le gamin, non. Tiens, tu tombe à pique ? Est-ce que tu peux obtenir ça vite fait ? Ouais. Bien, c’est parti. T’en pense quoi, du petit Damien, là ? Il est bon, là. Un quartier de montagne, ici, non ? Ouais, c’est… Ouais, là, c’est le quartier… T’es jugé, Charles ? Putain, regarde, elle fait un signe, là. Elle a très vu où ils sont sortis, là ! C’est ce qu’on a qui met son poing dans le cul du culte. Ouais, tu peux le faire grimper rapidement, j’imagine ? Ouais, j’aimerais. Bon, le petit cul… Alors, je l’ai fait fort, fort. Hé, la Damien, prends serré. Tu sais quand que t’as qu’est la dernière fois que t’es venu ? Ah, je viens de se mettre dans l’ombre. Ouais, il y a le gros style de l'œuvre de ça qui m’arrête quand même. C’est bon, ça. C'était quoi, d’ailleurs, la prochaine année ? Alors, c’est l’Ombre. Section ado viscéme, tu vois un peu le topo. Ouais, ouais. Damien avec un mégaphone qui crie les noms des victimes du Bataclan. Ah, putain ! Non, en vrai, c’est fort, t’es trop affreux. Ah, ouais ? Non, si je passe…Je te donne des clercs. Les héroïdes, il y a un humain pétocrate, là. Où ça, là ? Vas-y, arrête-toi, là ! Arrête-toi, arrêtais la balle, là, mais si, si ! Arrête-toi là, là ? ! Ouais ! Je ne vais pas m’arrêter là, c’est carrément ça ! Vas-t’en, arrêt-toi ! Arrête -toi, putain ! Mais je ne vais pas arrêter là ! Arrête-toi là, la, la ! Allez, rentre dans la rive, allez ! Va, va, va ! Ouais. Putain, mais c'était bon, il se le fait, il est tout seul, là… Personnellement, voilà. Mais non, mais ce n’est pas ça, là, putain… Mais non, mais c’est pas ça, moi ! Mais j’ai pas laissé la caisse là, comme ça, là, il y a du monde ! Tu viens avec nous, là ! Avec Damien, viens ! Non, mais allez-y tous les deux, c'était bien ! Faut que je garde la caisse ! Il y a mon petit passe ! Pourquoi tu me gardes comme ça ? T’es vraiment une pédale ! Ok, viens, on se casse Ça n’a rien à voir avec ça ! C’est juste que je gare la voiture ! Allez, viens on se le fait ! Allez viens, putain, on s’en fiche ! Vas-y, avec Damien là ! Faut le chauffer, là le petit ! C'était bon, vas-y ! Vas-lui avec lui ! Ouais, je suis chaud ! Allez, viens, on se le fait ! Allez, ça part, putain ! Go ! Discret, putain, et rapide les gars, là ! Allez, Damien, putain ! Allez ! C’est bon, c’est mon truc ! Viens, on le pisse dessus ! On le piste dessus ! Fais quoi, Cédric ? Vas-y, on bouge ! Casse-le, il y a du monde ! Vas-y go, on bouge ! Qu’est-ce que tu fais, là ? C'était pour demain ! En plus, c’est même pas un putain de négro ! C'était un vieux craquette défoncé, là ! Vas y, ça bouge, Cédric ! J’ai envie qu’on voit ma plaque ! Viens Damien ! Viens ! Viens-toi de cul,-toi aussi, là. Alors, Cédric, je ne vais pas te mentir, mais votre groupe est souvent taxé de racistes. Qu’est-ce que t’as à répondre à ça ? Alors, oui, la question du racisme… Alors, personnellement, ça me fait beaucoup rire. Voilà. Parce que le racisme, historiquement, c’est les mecs qui mesuraient les crânes, tout ça. Je ne sais pas si vous avez vu un cas de racisme. Moi, je n’en vois pas. D’ailleurs, je tiens à souligner que le racisme est puni par le code pénal. D’accord ? C’est un crime. Ce n’est pas un avis d'être raciste, c’est véritablement un crime ! Et à ma connaissance, aucun membre ou aucun adhérent, aucune adhérence de notre groupe n’a été ; ; personne n’a reçu de condamnation pour incitation à l’aile raciale ou… Voilà. Qu’est-ce que je dis ? Par contre, maintenant, je vous regarde droit dans les yeux en disant ça, si être raciste, c’est vouloir défendre une certaine idée de la France, vouloir défendra une certaine idée de son histoire, de son patrimoine, de l’identité… Alors, voilà, vous en tirez les conclusions que vous voulez, mais voilà.
Trop forte, cette scène nous dit Ramonazarate que je le salue. Trop forte cette scène. Question qui est posée également par Breizh de 85. Est-ce que c'était lors d’un 1er mai le tournage de la scène ?
Oui, c'était le 1er mai 2023.
Alors, on a la scène du baptême de feu avec la violence faite sur ce gars qui est mal en point, on va dire. Il y a ensuite cette séquence d’attentats qui ne va pas au bout. Là, de la même manière que tout à l’heure, comment ton travail de documentaliste, de documentation, a influé sur à la fois le montage, sur l'écriture de ces scènes-là ? Est-ce que tu considères que finalement, ces étapes sont des étapes obligées dans la vie réelle ? Et là, je salue Sentier Battant, que je n’ai pas vu depuis fort longtemps. Salut Sentier, je t’embrasse bien fort. Bixente !
Alors, pour la séquence de la voiture, de cette consommation de drogue et ce tabassage dans la rue, cette ratonnade en fait, en un sens, évidemment, c’est inspiré de, comment on dit, de cette espèce de rituel de virilité dans les groupes d’extrême-droite qui est en fait centrale dans beaucoup de groupes de l’extrême-droite. Évidemment, ce sont des groupes où il y a beaucoup d’hommes. Je parle des groupes alternatifs, des groupés plus en marge, on va dire. Ce sont des groupes qui sont majoritairement composés d’hommes et qui vont être dans une structuration très hiérarchique où il y a des battants, il y à ceux qui sont un peu moins forts. Et en fait, pour entrer dans ces groupes-là, il faut faire ses preuves la plupart du temps. Et il faut, évidemment, rentrer dans des cercles de violence. Il y avait une personne dans le tchat qui avait souligné le fait que dans les groupes d’extrême-droite, par exemple, ils organisaient des combats. Ça, il y a des journalistes qui ont sorti ça plusieurs fois ou parfois ils se retrouvent dans des forêts et ils se battent. Et il y a des gagnants, il y à des perdants. Donc c’est très étonnant. Mais il y aussi évidemment cette question de la violence contre l’autre. Et là, évidemment, il fallait une séquence dans le film où l’on voit comment, en fait, ils vont chercher une personne à agresser. Ce que je trouve intéressant dans la séquence de la voiture, et si elle a été faite dans la voiture. C’est que métaphoriquement, c'était un peu un travail de policiers qui font en fait. C’est-à-dire des espèces de rondes pendant des heures où ils vont chercher entre guillemets un délit, un crime, qui finalement la plupart du temps vont soit aboutir sur rien, soit aboutir sur une situation de violence qu’ils vont en fait eux-mêmes créer. Une situation qui ne méritait pas une intervention. Passé ce plan métaphorique là, évidemment, le côté cocasse de la séquence, c’est qu’en fait, ils cherchent une personne racisée à tabasser. Finalement, ils pensent en avoir trouvé une parce qu’ils sont remplis d’un imaginaire qui imagine le migrant comme une personne qui marche en boitant dans la rue, machin. Alors qu’en fait, ironiquement, c’est entre guillemets un Français blanc qu’ils ont tabassé. Donc en fait, j’ai l’impression, en tout cas, qu’on voit dans cette séquence vraiment l’imaginaire d’extrême droite et surtout comment ils plongent dans la violence, dans une jouissance à peine assumée. En fait, on sent, j’ai l’impression dans la séquence que ça leur fait du bien, ça les défoule, il y a quelque chose vraiment à exprimer dans ces moments de violence là.
Oui, vas-y, continue. Non, justement, il y a Florent Calvez, je ne sais jamais si je veux dire le Z, qui te demande est-ce que la rapidité de montée en puissance du passage à l’excitation dont tu viens de parler, entre le passage à tabac et l’option de l’attentat, est- ce qu’elle te semble documentée ou réaliste ou alors est- qu’il faut la voir comme une ellipse fictionnelle ?
Alors, pour moi là, on va pointer un des défauts du film, en fait, et je peux en parler, parce que du coup, pour l’avoir vu beaucoup de fois après le montage, je me suis rendu compte de ce défaut là, c’est que temporellement, il est assez mal fichu en fait. Parce qu’entre cette séquence du tabassage et cette séquence de l’attentat, pour moi, il y a 3-4 mois en fait qui se sont écoulés. Ce qui ne se ressent pas dans le film. Alors en fait il y a des personnes qui ont compris cette ellipse temporelle là, et d’autres personnes qui n’ont pas du tout compris, et c' est un problème, voilà. Parce que normalement, il y a quand même pas mal de temps qui passent, et c’est surtout, ça crée tout un hors champ qu’on va découvrir par la suite, qui est déployé par la suite. En fait, on comprend ce qui s’est passé entre ce tabassage là et cette tentative d’attentat là. Parce qu’évidemment, il faut se procurer l’arme, il faut préparer l’attentat. Maintenant, pour cette question de l’attentat. Alors, en France, il n’y a pas eu d’attentats comme ça à l’arme lourde dans une manifestation de gauchistes. Par contre, ce que je trouve assez pertinent dans la séquence…
Là, on voit quand même que ton éducation te joue un tour, parce que parler de gauchistes, quand il s’agit de la manifestation du 1er mai… Bon, enfin, passons monsieur…
Attention, on était dans le carré du PCF. Bon, alors là, il va y avoir débat. Oh malheureux ! Mais si vous entendez bien, il y en a un qui chante l’international. Absolument. Et ça, ce ne sont pas des acteurs, ce sont des gens dans la manifestation. Et en fait, le plan a été fou parce que vraiment, il commence à chanter l’International, il enlève son sac et tout, et je trouvais ça…on dirait vraiment qu’il lutte contre un symbole, presque, qu’il a fantasmé. Et le son vient rappeler aussi ce côté très dans sa bulle de ce personnage, parce qu’en fait, il n’est pas du tout en rapport au réel. Il se construit par rapport aux vidéos YouTube, par rapport à une espèce de mec qui va le faire rentrer dans cette sphère identitaire. Mais on n’a pas son rapport au monde à ce personnage et c’est peut-être cette zone sombre que j’essaie d’exploiter dans cette séquence-là. PC gauchiste, tu fuis inversement
Perrache te demande sur le chat de YouTube, est-ce qu’on peut voir ce film au cinéma ? Est-ce qu’un DVD sera édité ? Je dis juste ce qu’on est en train de faire et puis je te laisse répondre à la question. Nous, nous sommes en train d’en regarder le film en présence de Bixente Volet qui est donc le comédien qui incarne Damien Cordonnier dans le film et le réalisateur. On regarde ensemble ce film que vous pouvez ensuite voir ailleurs et autrement. Quelle est votre conscience et vos bien-aimés ? Est-ce que le film sortira en DVD ? Est-ce qu’il y a des séances de cinéma qui sont prévues ? Et bien entendu, on demande à tous les gens qui sont en train de regarder maintenant d’aller faire des vues, des pouces et des machins pour affoler l’algo de YouTube. Je te laisse répondre pour la question où est ce qu’on peut voir le film ?
Alors, le film est disponible sur YouTube. Du coup, en accès libre, vous pouvez le découvrir par ce biais-là. Maintenant, on essaie d’organiser des projections à partir de la rentrée. Alors, il y en a déjà qui sont en train d'être organisées. Pour l’instant, on a Rennes, Strasbourg et Le Mans. Voilà, mais on aimerait en organiser d’autres. En fait, il suffit juste qu’on soit accueillis par des cinémas. On a un visa du CNC qui nous permet encore de faire une quinzaine de projections dans des cinémas. Et après, si le milieu associatif veut s’en emparer, c’est évidemment avec plaisir. Notamment parce que ça crée de très chouettes discussions après les projections. Donc, en fait, il suffit de me suivre peut-être sur mon site Internet personnel ou sur mes réseaux sociaux. Voilà, vous trouverez toutes les informations ou en tapant un roman national sur Internet, vous trouverez à un moment les dates. Mais il faudra plus regarder ça à la rentrée si vous voulez le découvrir en salle.
Viakal Luta te demande en mettant la focale sur ce qui pousse au mode d’action violent. En gros, je le résume autrement. Dans l’Extrême-Droite ? Est-il qu’il n’y a pas un risque que le film vise désamorce tout moyen de lutte politique radicaux-violents en général, y compris révolutionnaire de gauche au détriment d’une critique de fond de la violence du bloc bourgeois autoritaire, du groupuscule identitaire, à l'état-nation instituée, bien au-delà du terrorisme entre guillemets, notion de disqualification politique par le droit étatique. En gros, je le résume autrement. Est-ce que c’est pas une façon de disqualifier tout ce qui pourrait être lutte armée ou lutte violente, qu’elle soit de gauche ou de droite, même si évidemment les finalités changent tout par le film ou par la réalité par le discours ambiant.
Du coup, je pense qu’il y a un vrai combat politique à mener sur la question de la notion de terrorisme. C’est un combat qu' il faut mener au niveau de la loi, de ce qu’on peut qualifier de terroriste ou non, et je trouve la loi trop ambiguë aujourd’hui, et c’est ce qui permet à l’État de faire de la disqualification politique dont tu parles, notamment, contre les groupes d’extrême-gauche ou des groupes écologistes, etc. Quand on lit les rapports au niveau européen sur la question du terrorisme, ils mettent vraiment à la même hauteur les attentats d’extrême-gauche, anarchistes, etc. Donc, ce sont des attentats matériels contre des infrastructures, des sabotages, et à côté, des meurtres contre des personnes. C’est hyper ambigu politiquement, parce qu'évidemment, ça va permettre de créer tout un arsenal judiciaire, c’est ce qu’on voit avec l État depuis de nombreuses années maintenant, où ils vont mettre sur la même échelle l'écoterrorisme, entre guillemets, et le terrorisme d’extrême-droite. Moi, je bataille, justement, à travers ce film, pour montrer le terroriste de l’extrême-droites, enfin, tenter déjà de visibiliser le sujet, en disant, en fait, c’est une urgence. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, il y a des personnes qui s’arment en France, il y des personnes qui préparent des attentats, il y a beaucoup d’attentats déjoués, il y à des procès. Contre le terrorisme d’extrême-droite. Il y a eu des morts, là, depuis le début de l’année, enfin, il y en a eu quand même beaucoup. Donc, en fait, ça devient une urgence, d’autant plus à un moment où il y a une montée du racisme, il y à une monté de l’antisémitisme, de l’islamophobie. Donc, on arrive, je pense, en tout cas à un point de rupture, et je n’ose pas imaginer qu’est-ce qui se passerait si un parti d’extrême droite remporterait la présidentielle. Et je pense sincèrement que ça permettrait de libérer beaucoup de choses, cette accession au pouvoir, là. Donc, voilà, moi, c’est ce qui me fait peur à titre personnel, et je pense vraiment qu’il faut se battre pour dire l’importance qu’y a à traiter le terrorisme d’extrême-droite et l’important qu’il y a à faire une distinction entre ce qu’ils appellent l'écoterorrisme et le terroriste d’extrême droite, ultranationaliste, néo-fasciste, on l’appelle comme on veut. Et ça, ça se joue dans les médias, ça se joue dans les sphères militantes, et ça se joue au niveau politique aussi.
Excusez-moi, j’ai un petit problème de micro sur l’autre scène, j'étais en train de dire à Bixente qu’on va avancer, on va poursuivre le film, évidemment à sa vitesse, pour avoir bien sa sensation, son essence, son montage. Mais je vais peut-être l’interrompre un tout petit peu moins afin qu’on puisse avancer un tout petit peu plus dans l’histoire, dans la narration. N’hésitez pas à mettre vos commentaires pendant le filmage, pardon, le visionnage, et puis on va y répondre après, mais je vais peut être pas couper à chaque fondu au noir, sinon on y est encore jusqu'à ce soir. J’espère que l’exercice vous plaît, je me régale, je trouve que c’est super de pouvoir voir comment une œuvre s'écrit, se construit, se déconstruit, s’improvise, se pense, se dépense, se repense, voilà. Je vous mets le film en continuant l'été, je disais donc à la minute 28. Le film dure 1h12, donc je vais l’avancer un petit peu, enfin quand je vais avancer, on reprend là où il était, mais on va le laisser un petit peu plus filer pour avoir le temps de bien le regarder.
Bonjour à tous, je m’appelle Damien Cordonnier, j’ai 22 ans et je suis étudiant en science de philosophie à Paris. Au moment où vous verrez cette vidéo, j’aurais tué plusieurs vermines de la République. J’aurais passé ce qu’on appelle un coup de balai. Ça fait trop d’années que nous, français, subissons les humiliations permanentes des gouvernements successifs. La droite, la gauche, ces clivages insignifiants entretenus pour se soumettre aux États-Unis, à Bruxelles et à l’Otan. Trop d’années que nous nous soumettons aux idéaux féministes Allô papa ? Ouais, ça va ? Ben non, écoute, parce qu’il y a beaucoup de travail, beaucoup de choses à faire, donc voilà. Je m’occupe. Ouais, ouais, c’est ça. Ça, il y a les partiels bientôt, donc..Bon, voilà. Euh, ben écoute, je vois les copains, je sors un peu, mais Ouais, ben tu lui fais un gros bisou, tu fais un bisou à Papier Mamie et je sais pas si les cousins sont là dans le coin, mais tu leur passes la bise aussi. Euh, écoute, je bosse sur un exposé pour mes partiels, mais je ne pense pas que vous en serez forcément fiers. Voilà. Bisous, à plus. Bonjour à tous, je m’appelle Damien Cordonnier, j’ai 22 ans et je suis étudiant en licence de philosophie à Paris. Au moment où vous verrez cette vidéo, j’aurais tué plusieurs vermines de la République, nuisibles, j’aurais passé ce qu’on appelle un coup de balai. En faisant ce geste, je me distingue en tant que citoyen français, en empêchant une radicalisation de la France, mais aussi en tant que patriote, en défendant les fondations de notre civilisation chrétienne. Trop damné que nous laissons notre culture s’effacer au profit d’une charia qui a servi nos femmes et violé nos enfants. Trop damné qu’on supporte les simagrées féministes et totalitaires des défenseurs de la morale qui détruisent toute possibilité de réflexion chez les jeunes générations. Trop damnée que nous regardons impuissant la disparition de notre civilisation, la disparation de nos mœurs, la disparition de notre culture. Il est temps d’agir, de nous responsabiliser, de prendre les armes. Mon action prouve qu'à l'échelle individuelle, nous pouvons changer les choses. Ne vous méprenez pas, la violence vient du camp d’en face. Je n’ai fait que rendre justice aux futurs millions de victimes du grand emplacement. Salut papa, je t’appelle rapidement. Est-ce que tu penses que tu pourrais venir me chercher après le travail ? Il y a eu la fusillade à côté du lycée et je t’avoue que je ne me sens pas très à l’aise de prendre le métro là, donc est-ce que tu pense que tu pourrait venir me chercher après le travaille ? Donc voilà, rappelle-moi, bisous. L’appareil n’est pas disponible pour le moment. Merci de laisser un message après le vide. À la fin de votre message, si vous souhaitez le modifier, tapez bien. Coucou ma puce, on se rappelle parce que là je suis en direct dans une minute. Arrête d’avoir peur de tout à chaque fois, c’est rien, les lieux publics ne sont pas visés. N’attendez, comment on fait ça ? Pour ce soir, je ne peux pas venir te chercher, désolé, j’ai yoga. Merci. Appelle ta mère, elle va pouvoir sûrement. Allez, bisous. Jean-François, t’entends la régie depuis tout à l’heure ou pas ? Ah mais je n’ai pas allumé le boîtier. En même temps, on me dit rien là. OK vas-y, ce n’est pas grave. Du coup, comme je t’expliquais, il faut que tu sois enjoué, souriant, enfin bref, comme d’habitude, t’es calme. Comme tu le fais si bien, par rapport à la fusillade, ils sont en train d’en faire un truc, comme quoi c’est le deuxième Bataclan. Bref, toi tu t’en fous, tu restes souriant. Tu fais ton truc, je te fais confiance. OK, je vois. Voilà, de toute façon, ils vont tout t’expliquer. C’est bon, je vous entends. Cinq, quatre, Mesdames, Messieurs, bonjour. Une journée ensoleillée aujourd’hui dans toute la France et un nouveau record de battu dans l’Hexagone avec la barre historique pour un 24 juin de plus de 39 degrés à Lille et 40 degrés à Paris. Un pic de chaleur inattendu qui dépassait toutes nos prévisions. Dans la vallée du Rhône, on surveille des grappes courageuses qui vont apparaître cette nuit à partir de 23 heures. À 4 heures du matin, elles vont se déplacer progressivement vers les… Attends mais je ne comprends pas, je pensais qu’il fallait qu’ils soient souriants. Parce qu’on m’a dit dix minutes. Moi je ne fais que mon taf L’Ouest sera balayé par de rares averses mais qui ne suffiront pas pour faire descendre les températures. Pour la journée de demain. Je pensais qu’on s’en foutait de cette mosquée. Ce n’est pas de ma faute, ils sont en train de se pisser dessus là. Et enfin, mercredi, une journée ensoleillée pour tout le monde. Aujourd’hui, nous fêtons les Baptistes et les Jean-Baptiste. Je vous souhaite à tous une excellente soirée. Merci d’avoir regardé. Les réseaux sociaux s’enflamment après la découverte par les internautes d’une vidéo de revendication publiée par un utilisateur nommé Damien Cordonnier. La vidéo publiée ce jour à 10h30, soit environ 10h après la fusillade, laisse supposer qu’il est en effet l’auteur de cette attaque meurtrière. Dans cette vidéo, on distingue un individu sur fond blanc face caméra, justifiant son acte par une lutte contre je cite, l’immigration et l’ensauvagement de notre société. La prudence est cependant de mise, car le lien entre l’auteur de cette vidéo et le ou les assaillants ne sont pas encore confirmés par les autorités qui refusent pour le moment de répondre à nos questions. Alors, est-ce que vous pouvez nous dire si Damien Cordonnier, à la vue de cette vidéo évidemment, présente des pathologies psychiatriques susceptibles d’expliquer en partie son geste et de l’avoir poussé à cet acte ? Dès l’annonce de l’attentat, il était évident que la presse allait essorer l’affaire au maximum, puis la laisser tomber en deux semaines. Le coupable était trop blanc. Durant ce laps de temps, les journalistes ont fouillé dans les moindres recoins de la vie de Damien Cordonnier. Ils ont cherché le traumatisme, l'échec, la claque de trop, la balle dans le cœur qui l’a mené à l’inéluctable, devenir un monstre. Pourtant, Damien n’est ni un monstre ni un fou. Ses expertises psychiatriques le prouvent. La presse a alors rétorqué qu’il n'était qu’un toxicomane ou, comme l’ont dit sans preuve certains de nos collègues, un ancien scout caressé entre deux buissons. Nous ne savions rien de lui et pourtant, il était déjà et toujours une victime. Merci beaucoup. Merci beaucoup. J’avais hâte de ne pas devenir un bon médicament d’ennemi. Merci. Donc là vous allez en mode OK Tu me tiens en courant ou quoi ? Il ne veut pas te faire de dessin, on est dans la merde. Non mais je sais, j’y ai réfléchi pour la soirée. Personne ne sait ce qui s’est passé, on a rien vu. Comment ça personne ne sait ce qui s’est passé ? On s’en fout de savoir si personne ne sait ce qui c’est passée. Toi et moi on va être arrêtés, ? C’est clair et net. C'était clair et nettoyé en moins de 24 heures. Alors maintenant tout dépend de ce que Damien va raconter aux enquêteurs. Et puis la DGSI, ils s’en foutent. De savoir ce qui est passé, si on a été joué au foot ou à la piscine, ce qu’ils veulent savoir c'était si on l’a aidé. Si on l’a inspiré, si l’on l’a conduit à un endroit si l’on lui a donné du matériel ou quoi. Putain, et la réponse c’est non. Je t’ai reçu tout de suite. Putain mais lui au moins il a le couille de le faire. Il l’a fait seul surtout. Le gars s’est organisé, motivé, armé depuis chez lui. Je n’en reviens toujours pas. Et il y a… Il a tué 11 mecs ? Arrête de faire l’hypocrite, ça fait des années que tu réclames ça sur ta chaîne. Qu’est-ce qui t’arrive-toi ?
Alors, je propose qu’on coupe ici, si tu veux bien, Bixente on continuera tout à l’heure. On est à la 48e minute du film. On en a pris 20 minutes d’un coup. Parce que cette scène, elle est particulière. En fait, on est dans le camp d’en face. On va y venir. D’abord, je voulais te demander, qu’est ce que ça te fait de voir en temps réel ce qui se passe dans le cerveau des spectateurs à travers le chat ?
Alors, déjà, ça me fait beaucoup rire. Vous êtes toutes et tous très drôles. Cette séquence, c’est vraiment la séquence où les gens rigolaient dans le cinéma. Les gens vraiment. Pour le coup, je reviens sur la question du rire parce qu’on en avait parlé au tout début. Il y avait un commentaire qui disait que le rire ne va pas, en fait, banaliser des idées. En fait, moi, ce que toutes les personnes qui ont vu le film m’ont dit, c'était qu’en fait, on rigole vraiment d’eux et déjà de leur saloperie, de leur… De leur extrémisme, de leur violence. Et en fait, de leurs ridicules, quoi dans cette séquence, ce qui est assez fou, c’est que c'était trois niveaux de lâcheté différents, trois niveaux de fuite différents, et avec un mec qui déraille complètement et qui est dans une sûre théorisation de comment on s’en sort, comment est-ce qu’on va faire une stratégie pour rebondir tout de suite alors que… Enfin, il y a quand même eu des morts, quoi, pas une seule seconde, ils parlent des victimes, quoi qu’ils s’en foutent complètement, eux, ils sont déjà dans le coup d’après, mais c’est très juste Le champ politique fonctionne comme ça, quoi. Malheureusement, c’est le jeu. Mais voilà, oui, je trouve ça très drôle de lire les commentaires.
Mais est-ce que cette question de l’humour. Je vais y aller direct. Est-ce-que c’est pas aussi là une des grandes victoires des fachos ? C’est d’avoir pris l’humeur qu’on ne leur connaissait pas comme une arme de dissuasion massive, comme une arme de séduction massive, puisqu’on sait que derrière cette humour, c'était une idée absolument détestable et qu’on va combattre… Et à pied, évidemment, mais est-ce-que quand même là, ils ne nous ont pas foutu un quand je dis nous, à gauche, un coup de pied au cul ?
Si, si, c’est hyper fort. Ils utilisent déjà, en fait, enfin, ce qui est assez étonnant, c’est que quand on regarde une vidéo, par exemple, de Papacito ou Baptiste Marchais en fait par un moment, ça peut faire rire, en fait. C’est-à-dire qu’ils réfléchissent vraiment leurs blagues, etc. Et parfois, il y a des blagues qui sont dépolitisées, qui sortent vraiment du champ politique. Et effectivement, ce qu’il est très, très fort, c’est d’arriver à séduire les jeunes avec un humour qui n’est pas toujours politique, justement pour les amener vers des contenus qui vont être vecteurs de politisation. Donc effectivement, c’est une bataille politique qui, je ne sais pas s’ils l’ont gagné, en tout cas, je le sais qu’ils l’utilisent beaucoup en termes de stratégie, notamment rien qu’au FN RN. Ils utilisent, tu sais, les effets de montage, là, qu’il y a où tu vois Bardella avec des musiques sexy sur Instagram et TikTok et ça fait des millions de vues où il est drôle parce qu’il tape dans un buffet, il fait des blagues et tout. Ça, c’est très, très fort, en fait. C’est une banalisation de la vie politique. C’est la dédramatisée aussi, en un sens. C’est sûr. Dépolitiser, en fait, les réseaux sociaux. Ce qu’on voit, c’est qu’il y a vraiment une dépolitisation au niveau de l’extrême droite de beaucoup de vidéos qu’ils font. Après, dans la vie…
Ce que je veux dire, c’est que est-ce que nous, on est capable d’avoir cet humour ? Quand, par exemple, tu fais dire à un de tes comédiens que tu veux monter une ZAD, ça fait hurler de rire, mais c'était aussi une façon, quand même, de connaître de leur point de vue l’adversaire, c’est-à-dire nous, d’aller là-dessus. Est-ce-que nous, tu as vu dans ta documentation, dans tes recherches, est-ce que tu as vu des gens de gauche être capable de nous faire rire de fachos ? Et finalement, pour se moquer, il faut bien connaître. Or là, ce que tu nous montres, c’est qu’ils nous connaissent bien.
Alors, je pense que oui et non, je pense qu’ils connaissent en surface ce qui est assez intéressant.
Oui, on est dans le cliché absolu, bien sûr.
Et en fait, ils ne connaissent pas tant que ça, finalement, les nuances à gauche. Alors nous, on utilise le mot facho. Facho, pour moi, dans ma définition, c’est pour dire néo-fasciste, c’est-à-dire héritier de des idéologies fascistes. Mais en fait ça englobe plein de choses. Par contre, quand ils disent wokistes, finalement, ça englobe tout un tas de courants politiques à gauche, qui sont en fait extrêmement contradictoires, extrêmement différents. Donc, finalement, leur connaissance, oui et non, ils connaissent des codes. Je ne sais pas si à gauche, ce qui est hyper malin dans ce qu’ils font, c’est qu’ils savent rigoler d’eux-mêmes, en fait. Et en fait, c’est ça aussi qui nous coupe l’herbe soufflée. C’est que, Papacito, il rigole de lui-même.
Alors, ton papa Pierre, à toi, je ne sais pas si à ce moment-là, il se démarque totalement du Papacito, qui est l’une de ses influences dans l'écriture, évidemment. Là, tu en fais à deux reprises, en fait, un pleutre, un lâche, un mec qui se barre dans la bagnole, déjà. Il ne veut pas participer à la violence. Et puis là, on voit bien qu’il tout de suite, il se déporte, sans jeu de mots, il ne veut absolument pas rentrer dans le cadre,. Alors, ça d’où ça sort ? Toute licence en art, c’est toi, réalisateur, qui a décidé d’en faire un sale lâche. Où est-ce que tu as décelé ici ou là, chez certains youtubeurs, de la diffamation ? Donc, on élargit le propos. Une forme, finalement, de lâcheté de ne pas assumer ce qu’ils charrient à travers leurs vidéos, qui font des millions de vues.
Oui, alors, moi, ce que j’ai repéré chez certains youtubeurs d’extrême droite, alors je m’en suis tapé beaucoup, et notamment des youtubeurs d’extrême-droite, qui sont en marge, c’est qu’il y en a vraiment. Je pense que, entre guillemets, ils font les choses par opportunisme. Pour moi, il y a beaucoup d’arrivistes. Alors, il y en a qui croient profondément en leur idéologie, et je pense, par exemple, qu’un type comme Papacito, il croit profondément. Et finalement, là, le personnage se décale. Pour moi, Papapierre, je l’ai conçu comme étant un type qui surfe sur la mode de l’extrême-droite, mais qui, en fait, dans le fond, pourrait passer d’un coin à l’autre. Aussi, la nuance qu’il y a au niveau du personnage, c’est qu’effectivement, il parle beaucoup. Il en fait énormément dans son personnage dans les vidéos, mais en fait quand il se retrouve face à une situation où il va pouvoir être violent, finalement, il ne le fait pas. Parce que je pense que c'était quelqu’un qui se fantasme dans une position de virilité et de violence qui n’a pas, ou qui n’a pas envie d’aller. Peut-être par l’acheter, peut-être je ne sais pas quoi. J’essaie de ne pas trop psychologiser non plus. Le personnage. Et en fait, ce qui est intéressant dans cette séquence du communiqué, c’est que c' est le seul, entre guillemets, qui va être, entre guillemet, vraiment humain. C’est-à-dire que c’est le seul qui fait mention des victimes, en disant, non mais attendez, les gars, il y a eu 11 morts, est-ce qu’on peut poser les choses ? C’est grave quand même, il y a de la gravité, tu vois.
Mmh, mmh.
Des arabes, il y a de la gravité. Et finalement, ça va peut-être même, il va se montrer humain, dans cette séquence. Et moi, je voulais un contre-point, et justement, un contre point qui change, c’est peut- être un des seuls personnages dans le film qui a le temps d’avoir une évolution. Alors, on n’avait pas le temps de faire de vraies évolutions de personnages, comme dans un cinéma plus conventionnel, surtout que le dispositif ne s’y prête pas. Mais je voulais quand même, voilà, un décalage au niveau du personnage, et je ne sais pas si c’est réaliste ou pas, en tout cas, c’est ce que je voulais.
Je vais revenir au fond, mais dans la forme, tu nous as dit tout à l’heure que la scène où tu te retrouves chez Cédric, à la BIT, oh non, que tu invites Cédrick chez toi, elle est totalement improvisée. Or, dans cette scène, il est question de la petite Julie, elle est pas mal la petite Julie, qui en fait, dont on comprend 40 minutes plus tard, pourquoi il y a eu cette phrase, mais alors ce que je voudrais comprendre, c' est, cette scène où il parle de Julie, elle est improvisée, mais pas tout à fait, parce qu' en fait tu nous annonces. Ce qui va se passer là, au moment du débrief, oui, à quel moment vous nous mentez, Monsieur ?
C’est très simple, c’est que on a tourné la scène du balcon avant la séquence du communiqué, et du coup, on a vu comment ça s’est passé à l'époque, mais il devait y avoir un script ou moi-même qui avions noté. Alors, cette histoire de Julie, je sais plus s’il y avait son prénom au scénario, il faudrait le relire, il y a son prénom dans la séance du communiqué, et je pense que le comédien a cité le nom qu’il avait vu dans la séquence plus tard pour la remettre dans la séquence d’improvisation, et du quoi, effectivement, ça crée un lien. Presque de système de prédation dans ce groupe où, voilà, on va organiser des rencontres entre les adhérents et les adhérentes, voilà, c’est aussi un principe de fidélisation pour le groupe. Effectivement, ça crée un lien, et voilà. C’est un autre tournage qui a fait ça.
Je t’ai vu répondre en direct sur le tchat d au poste canal, YouTube, en direct que les images d’archives de toi, enfant, enfin, oui, c’est ça, sont réelles. Tout à fait. Ce qui a permis à chacun de dire qu’il était né un mois avant, un mois après, dix ans avant. Enfin, tout d’un coup, il y a eu tout un truc. Et maintenant, je voudrais t’aborder une scène qui peut-être mérite qu’on s’y attaque. C’est celle du bain. Donc, il prend son bain, on a bien compris, il essaie de se laver de ses crimes, de s’expliquer, enfin, je pense que c’est comme ça que tu veux qu’on l’entende. Cette scène que ta monteuse t’a aussi fait mettre au tout début du film comme un pendant, et il se brosse les dents, et là, il y a cette trace de sang, de gencives, etc. Et là, je t’envoie ce que certains camarades et copains, sociologues, chercheurs, historiens d’extrême droite, avec qui nous faisons Extrémorama, et ça revient à la rentrée, étaient très dubitatifs sur la démarche du film. Ils ne l’avaient pas vu, donc leur question c'était mais attends, tu sais comment ils sont, c’est des chercheurs… Voilà, si t’as pas été déjà cité par les copains, c’est dangereux, je déconne. Et eux, leur crainte c'était attention, est-ce que le film n’est pas trop didactique, est ce que le film n’est pas trop pédago, genre est-que ça va pas un peu trop dans les gros sabots. Et là, je me demande si ce petit sang de gencives n’est pas un poil en trop.
Un poil en trop ? OK, ben peut-être, je ne sais pas, je n’ai pas trop de recul sur la séquence. En fait, ce qui est assez étonnant avec ce film, c’est que, alors déjà, à chaque fois que des chercheurs ou des journalistes qui s’intéressent à L’extrême droite l’ont vu, donc il y en a eu quelques-uns, notamment qui ont présenté des séances, ils avaient toujours peur de voir le film, parce qu’en fait, je pense que l’extrême-droite, on peut très vite tomber dans un poncif, dans l’extrême, dans la grossièreté, et je ne citerai pas de film, mais il y en a beaucoup français qui en font..
Absolument.
Qui transmettent une vision de l’extrême-droite qui, pour moi, est faussée, c’est-à-dire les skinheads, et l’extrême violence, etc. En fait, le côté institutionnalisé, le côté stratégique, le côté oui, vraiment, l’extrême droite des papiers, du costard, elle est très peu montrée au cinéma, en fait. C’est hyper rare, notamment dans la fiction. Enfin, ça n’est presque jamais arrivé. Il y a eu un film de Lucas Belvaux, qui est belge en plus, mais qui a fait un film il y a quelques années avec Émilie Dequenne qui parlait un peu métaphoriquement du front national. Et c’est le seul, en fait, en fiction, en tout cas, qui montre vraiment de l’intérieur un parti d’extrême-droite, quoi. Et le film, pour moi, est assez critiquable, mais je le trouve intéressant quand même. Mais du coup, je comprends ce truc de sang. Je n’ai pas de…
Non, mais c'était juste par rapport donc, tu as répondu, puisque effectivement, je pense que ta réponse est très bonne. C’est-à-dire qu’effectivement, on va dire, les connaisseurs, les spécialistes, les chercheurs, les chercheuses, les journalistes, et d’ailleurs, je salue, au passage, Plottu et Macé de Libération, qui ont fait un petit papier sur ton film.
Macé te salue, il m’a dit de te saluer.
Oh bah merde, alors ! Parce que c’est comme ça que j’ai appris l’existence du film et que je t’ai contacté, et je t’ai dit, tiens, si on pouvait monter une petite séance du dimanche matin, etc. Et justement, ce qu’ils disent d’entrée de jeu, j’en ai plus le titre exact en tête, je vais essayer de retrouver Libération. En gros, c'était de dire, ça n’est pas un film manichéen, un film engagé, mais sans caricature, sur le terrorisme d’extrême-droite. Voilà le titre, comme s’il fallait, avec l’extrême-droite ; Euh, prendre des gants.
En fait, je pense que c’est juste une question de construction d’un imaginaire autour de la représentation de l’extrême-droite. C’est du coup ce que je disais avant, mais vraiment, il suffit de taper sur Google film sur l’Extrême droite, et c'était presque que des films sur des skinheads. Alors, qui peuvent être intéressants, et pour moi, les Français ne sont pas les plus intéressants. C’est plus des films anglais, notamment avec Tim Ross, qui s’appelle Made in Brittany, qui est vraiment génial, et qui pose la question de l’extrême-droite, du néonazisme, etc., sous un angle structurel, et pas sous un angle individuel. Mais le problème, c’est qu’il va y avoir une tendance dans ces films-là à individualiser la position du militant d’extrême-droites, en fait. C’est-à-dire de dire, en fait, il est fou, ou alors il se fait battre par papa et maman, ou alors il est devenu skinhead parce qu’il est en colère contre la société, etc. En fait, le film, peut-être maladroitement, je pense qu’y a des défauts au niveau de la construction du personnage, mais j’assume quand même le dispositif…
Ben tout va bien, il est super le film, t’inquiètes !
Je suis très critique par rapport à mon travail, et j’aime bien en parler parce que c’est intéressant, parce qu’on voit aussi à post-héroïque comment je vois le film, aussi les critiques que j’ai eues en salle m’ont permis de détailler ma pensée dessus, mais je pense qu’en fait, il est trop théorique. C’est-à-dire que ce qu’il veut, c' est créer un nom-personnage. C’est-à dire que, en fait, dans le fond, Damien Cordonnier, à la fin du film, on n’est pas trop capable de dire s’il y a eu quelque chose dans sa vie, dans son enfance, qu’il l’a mené à ça, en fait, finalement. C’est-à-dire, il y a forcément des explications psychologiques à pourquoi est-ce qu’on devient d’extrême droite, etc. Il y a beaucoup de sociologues qui travaillent ces questions-là, avec l’origine sociale, avec peut-être des traumatismes, avec un rapport à la famille, un rapport, donc ce sont plein de questions qui s’imbriquent pour arriver à montrer comment un individu vient à faire ce qu’il doit faire, quoi. Et en faite, Damien, finalement, à la fin du film, on n’en sait pas plus, et en faîte, cette séquence de la salle de bain, pour moi, il avait quelqu’un qui disait que le plan est très long, ça fait très film d’auteur. Alors, je vous invite, du coup, à le revoir, si vous pouvez vraiment, dans sa continuité, et de voir au niveau du rythme, parce qu’en faîte, les gens nous disaient, ce plan-là, il permet vraiment, justement, et c’est exactement ce qu’on voulait faire, c'était de sortir du film et de se dire, mais attends, mais il y a eu tellement d’informations, qui est Damien ? Pourquoi est-ce qu’il fait ça ? En fait, cette séquence de mise à nu, paradoxalement, ne raconte rien sur le personnage. À part qu’effectivement, il y a une espèce de représentation mystique du personnage, comme s’il expliquait ses péchés dans une espèce de nettoyage, de pureté. Moi, je voulais vraiment cette image de la pureté raciale, quoi. C’est-à-dire, presque leur image mentale de l’homme qui se lave après avoir assassiné des personnes, etc., qu’on retrouve dans la mythologie, en fait, de l’extrême droite. Je voulais un peu faire ça. Et finalement, on n’apprend pas grand-chose sur ce personnage. On pourra en reparler par la suite, mais.
Oui, on va en reparler. Je voudrais juste, avant de relancer la suite du film, je voudrais, quand même, parce qu’il me fait toujours plaisir de critiquer la presse. Là, on vient de voir une séquence. Alors, on voit que la journaliste, qui lit son papier, va avoir quelques petits problèmes dans quelques instants. Mais il y a une critique. De bonne à moi, je dirais, du monde médiatique. Est-ce que tu ne crois pas qu’il faudrait être plus dur que ça envers ce monde médiatique ? Eux, dans ton film, tu leur fais dire la presse traditionnelle de gauche ? Une phrase comme ça. D’ailleurs, qu’elle soit de gauche ou de droite. Ce que tu montres dans le film, immédiatement, on psychologise le geste. Et finalement, en faisant ça, on dévitalise l’aspect politique. C’est-à-dire qu’on enlève l’aspect politique du geste de Damien Cordelier pour dire est-ce que ce gars est tout à fait normal, etc. Comme si c'était ça le vrai problème et non pas l’acte en tant que tel. Mais est-ce que tu ne penses pas que… Voilà, est-ce que tu penses que tu es au bon niveau de la critique ou est-ce que finalement tu aurais pu aller un peu plus loin ?
J’aurais aimé aller plus loin. D’ailleurs, il y avait des séquences qu’on n’a pas pu tourner par manque de budget. Mais évidemment, moi, les médias, c’est un sujet qui me passionne, notamment dans cette question de la construction de l’imaginaire autour du terrorisme d’extrême-droite, ce que les médias labellisaient gauche.
Oui.
Qui n' y ait pas de contresens comme tout à l’heure avec la manif, mais de droite vont participer même dans des subtilités différentes à cette construction du fou qui est passé à l’acte, qui effectivement a dit des choses racistes, mais qui dans le fond n’ait que fou, en fait, finalement. Ce qui va permettre effectivement, comme tu disais, de dévitaliser l’acte. Moi, j’aurais aimé rentrer dedans, mais je n’ai pas pu par manque de budget parce que pour filmer les arcades d’un média..Il faut pouvoir accéder à des grands décors, il faut que ce soit crédible. Et en fait, le film, je ne voulais pas qu’il fasse justement sans trop de budget. Alors il le fait déjà, mais on est vraiment à la limite que ça fasse ridicule, quoi.
Ah non, pas du tout. Ah non franchement, pas du tout. Non, non, moi, je trouve qu’avec 7000 balles, tu ridiculises les films qui font 4 millions, quoi. T’as reçu de demandes ? Bon, bref.
C’est gentil. Mais on a fait au mieux pour jouer hors champ. Enfin, par exemple, le fond vert. On avait juste besoin d’un studio avec un fond vert et finalement, on recrée tout un univers sonore du plateau de météo, etc. Et pareil, pour la radio, finalement, on ne voit pas la télé, mais on l’entend quand même. Donc, ouais, c’est de l’astuce. Mais j’aimerais bien faire un film là-dessus à l’avenir, si jamais j’ai l’opportunité de réaliser un nouveau long métrage. J’aimerai travailler sur la question des médias, notamment des médias télévisuels, les chaînes d’infos en continu, etc..
Puisqu’on est sur la question des médias. Ensuite, j’envoie le film. Sur la question de la production. Des gens arrivent en cours de route, donc demandent comment ce film a été financé, etc. Est-ce que, même s’il a été autofinancé, il est quand même dans un registre. Tu parlais tout à l’heure du CNC, Centre national de la cinématographie et de l’image animée. Tu parles de ça, c’est-à-dire que tu es dans un secteur qui est celui du cinéma, cinéma d’auteur. Est- ce que tu penses qu’un projet comme celui-ci aurait été ? Immédiatement refusé ou dénaturé par les chaînes de télévision, si t’avais voulu en faire, je dis ça sans que ce soit malveillant, un film télé, un téléfilm, tu penses que ça n’aurait pas été possible ?
Je ne sais pas trop. Alors, moi, j’ai un ami qui travaillait au CNC, qui m’avait dit qu’il y avait des projets sur l’extrême droite qui sont souvent proposés. Et en fait, il y en a très peu qui passent, voire quasiment pas. Et souvent, c’est sous des angles psychologisants. Le dernier, en date, on m’a raconté, c'était un film sur un supporter de foot qui se radicalise à l’extrême droite et son père tente de le sortir de sa phase extrême-droite. L’histoire est ridicule. Et je dis ça parce qu’en fait, c’est dépolitisation. Et je pense que sur ce sujet-là, on ne pourrait pas être trop extrême non plus, c'était dire trop rentre dedans. Et vu que le film, en fait, est très frontal dans son propos, je ne sais pas, sachant qu’il y a l’improvisation pour un premier film. Si on avait accepté le projet, jamais j’aurais eu autant de liberté que j’ai eue sur le film avec mon équipe. Il n’y avait pas que moi qui avait des libertés, il y avait aussi toute l'équipe. On n’aurait jamais eu autant de liberté si on nous avait donné des financements. Puis là de ça, le sujet, je ne sais pas. Franchement, je ne sais pas, peut-être. Une exception qui marche, on arrive à trouver des petits financements, des co-financeurs. Mais je ne le sais pas…
J’adore le tchat, puisque Shadow of the Tree nous donne la baseline du film dont le scénario a été déposé. Son équipe de foot a perdu. Et bim, il passe à l’extrême droite. Allez, on regarde ton film, un roman national à la 48e minute et 38 secondes. Le film dure 1h12, donc je pense qu’on va faire encore une coupure. Et ensuite, on se retrouve dans une dizaine de minutes à peu près. Et puis, on se retrouvera évidemment à la fin. J’ai coupé exprès à ce moment-là du film parce que là, on bascule de l’autre côté. Et donc, ça me semblait intéressant de faire une petite pause par rapport à ça. Tout va bien, mon cher Je peux te sortir de l'écran si tu veux aller te chercher du café, voilà.
J’ai le chat sur mon téléphone.
Je vois, c’est super, c’est super. À tout de suite. C’est parti.
La position, ça va pas changer. Et oui, ça va déplaire à certains. Mais je pense qu’on doit réagir avec sobriété face à ce qui vient de se passer. D’abord, on fait un communiqué. Et il faut le faire très vite. Un communiqué dans lequel on condamne l’attentat et on vient en soutien aux familles des victimes. Oui, OK. Ça, je pense que tout le monde est OK. Bah, levez de main qui… Allez, on enchaîne. Mais je pense qu’on doit s’interdire de faire toute action sur le terrain. Comme d’hab. Bah, comme dab, excuse-moi, ce serait irrespectueux pour les familles. Ce serait totalement contre-productif. Ouais. Par contre, j’ai autre chose à proposer. On pourrait faire un débat avec différents fachos. Oui, je sais ce que tu vas dire, Liz. Que t’appuies un câble. Tu vas dire que c’est une perte de temps, de ressources. Et bien sûr que les fachos vont profiter de ce débat pour créer une bataille générale. Bah voilà. Bah quand tu veux, t’es pas si con. Oh, merci. Non, mais les gars, c’est des fachos… C’est des fachos. Je pensais qu’on était tous d’accord pour dire qu’on ne parlait pas aux fachos. On fait ça sur les réseaux sociaux. Sur Insta, sur Facebook, sur YouTube. Quelle connerie. Non, c’est pas une connerie. Écoute, si on réagit violemment, on ne sera pas différent d’eux. Ce qu’il faut, c’est les mettre sur la place publique, montrer aux gens que c’est eux qui sont responsables de l’attentat. Ah non, merci. Alors là, déjà, pardon, déjà. Première chose, Lise, ce n’est pas ton tour. Désolé. Mais non, mais tu sais comment ça fonctionne. On a dit tour par tour. Oui. Et en plus de ça, non. Tout le monde ne le sait pas. Faut arrêter de se placer moralement au-dessus d’eux. C’est une question d’intelligence, une question de rapport de force. Non, enfin oui, mais il faut qu’on garde une valeur morale. On n’est pas des barbares. On ne va pas répondre à la violence par la violence. Ça, c’est de la surenchère, c’est inutile. Enfin, notre rôle, notre mission, c’est d’informer les gens. Donc, quand on a décidé de faire des actions, à la base, c’était pour défendre les universités, les manifestants, les militants, les minorités. C'était juste ça. On est des lanceurs d’alerte. Excuse-moi, Juan, mais est-ce qu’ont peut… On est 24 heures après l’attentat. On n’a toujours rien décidé. Il faut qu’on avance, là. Ok, ok, ok. On va mettre les choses au clair tout de suite. On va s’enlever tout discours pacifiste de la bouche, en fait, je pense, parce que je trouve ça inutile. À un moment, les fachos, il faut les prendre au corps. Il faut qu’on y aille. Il faut que l’on aille dans la rue. Il faut qu’on se batte avec eux. Franchement, on n’en a rien à foutre. Qu’ont crame leur locaux. Qu’on crame leur voiture. Je m’en branle. À un point, les gars, on ne fait rien. Il y a tellement d’autres groupes anti-fa qui fait tellement mille fois plus que nous. On est là, on ne fait rien du tout. À part agresser les autres..Je ne parle pas, je parle. Et si vous êtes brusqués pour ça, vous n'êtes certainement pas prêts à faire des lives Instagram avec des fachos. On ne va pas faire d’action concrète. On ne va rien faire. Il est long. Avec les gars, on est d’accord, je pense, là-dessus. Les garçons. Mais attends, concrètement, tu proposes quoi ? Qu’est-ce que t’as insinué ? Pourquoi on hésite alors que c’est justement le moment où on doit batailler, là ? Batailler ? Mais attendez, les filles.. Vous parlez de quoi ? De rentrer dans le tas, de rentrer dans l’arme, et ça veut dire quoi ? Attendez, l’action la plus directe qu’on ait faite jusqu'à maintenant, c'était rayer la bagnole d’un connard de royaliste. Le truc, ces classes que vous proposez, c’est juste une déclaration de guerre qu’ont va perdre. D’accord ? Les FAF, ils sont organisés, militarisés, armés, ils ont internet avec eux, ils connaissent mieux le terrain que nous, putain, mais on va se faire défoncer, en vrai. Tu comprends que là, on a aucune utilité publique ? On fait quoi par foutre le feu ? Tu crois vraiment qu’en 43, on organisait des sit-in contre les nazis ? Maintenant, on leur tirait une balle dans la nuque ? Elle a raison, je vous rappelle que la fachosphère, elle ne condamne même pas l’attentat. Mais franchement, les filles, vous êtes… Arrête de nous appeler les filles… Je te jure, ça me fait péter un câble, franchement. Arrêtes de nous appeler les filles. S’il vous plaît, on tente d’organiser le débat parce que là, c’est n’importe. On est parti sur les nazis en 43, c’est n’importe quoi. Ok, on pose les bases. Dario ? Ok, ok, d’accord. Alors, je ne pense pas que ça plaise énormément à Lise, mais est-ce que ça fait tellement d'épiloguer ? Tu me laisses parler, deux secondes, d’accord ? Mais recommencez pas… Ok, moi, je suis pour qu’on prenne le temps pour développer nos réseaux de propagande. Merci. On essaye d’informer le public à coups de campagne choc. Et d’ailleurs, exactement comme le fait l’extrême droite depuis toujours, d’accord ? C’est eux qui utilisaient les moyens de com.' pour influencer l’opinion des gens. Et nous, on est complètement à la traîne. D’accord ? Oui, bah oui, on est bien à la traîne. On est bien d’accord sur ça, Dario. Putain, mais il y a autre chose que la violence, d’accord ? On peut prendre le temps de réfléchir, c’est bien aussi. Je pense que tu devrais t’inspirer un peu des grands faiseurs de paix. Gandhi, Luther King… putain, mais attends…putain, mais attends. Nahel, on va mettre ton petit argument d’autorité de côté de deux secondes aussi. Ouais, ton argument d’autorités. Vas-y, ta gueule, laisse-moi parler. Ta gueule ! Ta gueule ! Arrête un peu ! S’il vous plaît ! Pourquoi tu agresses tout le monde comme ça ? Nahel ! On arrête ! Non, mais… On arrête ! On arrête… Vas-y, je t'écoute ? Non, je l'écoute… Non, même pas ! Oui, vous allez m'écouter. Tu vas arrêter de citer Martin Luther King, déjà, cité par les petits mecs dans ton genre pour justifier et cacher leur passivité. Voilà, les petits chiens-chiens de l'État, Nahel. Parce que c’est ce qui les chien chiens de L'État, mais t’es un petit chien de l'État. T’es docile. T’as pas envie que les choses, elles changent. Parce que la société, elle est faite pour toi, d’accord ? Va en manif, Nahel. Sors de ta petite bulle un petit moment. Mais je te jure, juste deux secondes. Vas-y, vas voir ce que c’est. Moi, j’y suis allée ! Je ne vais pas me battre ! Putain, mais moi, les fachos, ils m’ont touché, Nahel. Ils m’ont frappé. Franchement, ils m’ont bloqué dans des coins. J’en ai vu. Je sais ce que, c’est la violence. Donc, va expérimenter ça. Va expérimente juste 1 % de la violence que moi, j ai pris dans la gueule. Et puis, après, on verra si t’es toujours là à dire… Oh, ben, faisons des lives Instagram et puis faisons des communiqués pour parler avec les familles. Ça fait du bien à qui ? Ça aide qui ? Ça, ça permet de passer un message. Nahel, tu n’as pas envie que les choses, elles changent. C’est facile d'être pacifiste quand on est comme toi et qu' on n' a rien à faire à part poser le cul sur un canapé. Voilà, c’est bon, j’ai fini, vous pouvez parler maintenant. Non, mais, non, mais j’aime bien, moi, j’aime bien parce qu’on les change. Tu veux que je sois quoi d’autre ? Ok. Alors, il faut raison garder, Moi, dans le fond, je suis d’accord avec Lise et Emma. Mais tu vas pas la lancer non plus ? Attends, 2 secondes, 2 seconds, Erwan, 2 secs. Je suis d accord avec Lise et Emma, mais contrairement à elle, j’ai peur. Non, mais… Non, mais attends, excuse-moi, c’est bien de l’assumer. Je ne sais pas parler. Les fachos me font peur. Voilà, et je l’assume. Et c’est d’ailleurs pour ça que je suis pour les actions indirectes. On va toucher de l’air. Attends, attends, attends. Ça va ? Oui. Non, parce qu’on n’entend pas le son de ta voix depuis le début, donc Jules, si t’as un truc à dire, n’importe quoi, juste pour ajouter à la conversation, n’hésite pas. Je ne sais pas si ça va servir à grand-chose, mais… Ce sera toujours mieux que l’engueulade qu’il y a maintenant. Vas-y, lâche-toi.OK. OK. Je pense que notre groupe se concentre uniquement sur la lutte antifasciste. Et je suis vraiment d’accord avec vous. C’est une lutte qui est méga importante. Mais si notre groupe se concentre pas sur les fondements des problèmes.. Il faut qu’on monte du problème en soi, parce qu’on n’avancera pas. Les fondements du problème qui sont les fondements du problème qui sont l’oppression. Attends, deux secondes. Non, c’est bon. En vrai, non, tu vois, regarde, j’arrête de parler. Comme ça, Lisa peut continuer à gueuler un peu. Lise ! Vas-y, gueule un peu ! Ça fait trois fois que je te rappelle à l’ordre. Juste, arrête, s’il te plaît. Laisse-la parler. Quelle crise d’hystérie ! Parce que je voulais parler de l’oppression dans toutes ses dimensions, en fait, comme ces hommes qui refusent de faire passer des lois écologistes. Euh… Ben c’est ça le problème, en fait ! Non mais en vrai, dans le fond, je suis d’accord, il n’y a pas de problème. C’est juste que déjà, notre groupe, il n’est clairement pas fait pour ça, là. Déjà qu’on a du mal à se battre contre des fachos qui est un problème très concret. Alors l’oppression avec un grand O, tu m’expliques comment on fait, quels outils On a été un groupe révolutionnaire dans le sens où on a réussi à lutter contre le fascisme sans avoir besoin d'être dans la rue, à taper des gens et essayer de tuer des mecs, en fait. C’est vrai. Ouais, donc je suis une fasciste, en fait, c’est ça que t’es en train de dire ? Jean-François. C’est ce qu’elle était en train de dire. Parce que Lise et moi, on veut aller dehors parce qu’on veut agir, on est des fascistes. Mais Emma, toi t’es prête à tuer quelqu’un ? Et si c'était nécessaire, je le ferais. Ok, d’accord. Tuer, t’es consciente que c’est oppressif, c’est fasciste ? Arrêtez à côté de la plaque, en fait. Dario, mais il faut combattre le feu par le feu, qu’est-ce que tu ne comprends pas là-dedans ? Emma, tu ne veux pas combattre le feu par l’eau ? Ok. On va régler des problèmes d'étanchéité. Gâteau de pizza ! Ouais, la couche tourne de pisse, les dents tournent de qui ? Elle fait quoi, la main ? Elle tourne, elle tourne la main. Qu’est-ce qu’elle fait ? On va rester entre gens sérieux, entre gens corrects. Je veux une belle voiture, je veux une bonne voiture. Sur deuxième, sur troisième. Un petit coup de sifflet. Et paf, et paf ! Et bien, je crois qu’on a notre gagnant. Il s’agit bien entendu du petit Nahel. Et tiens, au départ. Au départ. C’est plus qu’un départ, tu vois. C' est une nouvelle bite. Ouais, une espèce de relou. On part là-bas. Et puis, on se forme le plus possible, et la manière la plus sérieuse possible. Et après, les mecs là- bas, je vais regarder un peu, ce n’est pas n’importe qui, c’est vraiment des gens sérieux. Donc on va arriver vraiment des machines de guerre. Je pense qu’on a beaucoup d’entre nous qui sont encore dormants. Tu vois ce que je veux voir ? Mais bien sûr. Cordonnier, ça a réveillé déjà pas mal de monde. Le problème, c’est que là, il se pose en martyr le mec. C’est beau. Tu vois, il y a Jésus avant lui. Maintenant, c’est à nous réveiller les autres. Après, on va voir. Je ne sais pas, comme tous ceux qui vont nier la Shoah ou autre, je ne sais pas là pour dire que c’est un complot des juifs pour mieux asseoir leur culpabilité et qu’on les laisse tranquille. Non, la Shoah existait, voilà. Systématiquement, méthodiquement, on a zingué du juif. On en a fait du savon parce que c'était des bêtes. Ça va être dur de quitter la France. À part si les gens se bougent le cul, s’ils peuvent se réveiller et que les gens commencent à se rendre compte qu’il est qu' il faut réagir, tant que ça, ça n’arrivera pas. Ma place est plus ici. Ça me dégoûte de rester dans ce pays. J’ai envie de recommencer à zéro, quoi. Vous entendez ça ? Le bruit dans les réacteurs d’un avion. Ça, c’est le son de la victoire, les copains.
Nous revoilà, nous revoilà, mon cher Bixente. Alors attends, je vais changer la scène, voilà. Alors, je suis très, très heureux car Au poste a pu offrir 10 minutes de dépression à tout le monde. J’ai vu que tu répondais dans le chat et que tu remercies chacun pour ses retours. Donc, je parle évidemment de la scène de ce groupe. Donc, scène qui est diversement appréciée et probablement parce qu’elle tape juste, elle fait mal. Comment t’es venue cette idée de mettre ce contrepoint ? Qui n’existait pas jusqu’ici dans le film. Jusqu’ici, on suit Damien et ses copains. Et là, tout d’un coup, il y a ce contrepoint. Pourquoi as-tu senti de l’importance de le mettre ?
Alors, il y a plein de raisons à tout ça. Moi, je m’ancre dans, ça va faire très prétentieux, mais c’est juste sincère parce que c'était quelque chose qui m’a vraiment beaucoup aidé pour comprendre beaucoup de choses, mais c’est le travail de Bourdieu sur la question des champs. Et en fait, je pense que c’est assez intéressant dans le film, la façon dont on va voir comment le champ journalistique influence le chant militant, le champ militant d’extrême-droite parce que ce n’est pas un champ militant, et comment le champ militant aussi de gauche aux positionnels, le champ critique va aussi répondre aux champs de l’extrême-droite. Donc, en fait, on voit des champs qui s’entrechoquent, et je ne voyais pas faire un film sans montrer un contrepoint à ce groupe d’extrême-droite et aussi, peut-être, qu’est-ce qui va fabriquer l’impuissance face à l’extrême-droite. Maintenant, je trouve que c’est une séquence. Alors, c’est peut- être parce qu’elle est mal faite, je ne sais pas, et je ne saurais probablement jamais, mais c’est une séquence qui, finalement, moi, je trouve que beaucoup de gens sont vexés par la séquence. Alors que, finalement, elle dit, quand même, énormément de choses positives sur la question de la gauche. Déjà, la gauche se pose de bonnes questions. Elle se pose des questions éthiques, morales, ce qui, à droite, comme on l’a vu depuis le départ du film, n’est absolument pas une préoccupation. Donc, déjà, moi, je préfère être dans un camp qui est impuissant, mais qui se pose les bonnes questions, des questions humaines, des questions. Ça peut paraître craignos, mais en fait, il faut revenir aussi à ces basiques-là, parce que, en face, on a un camp qui ne pense qu’en terme d’efficacité, qui ne pensent qu’en terme publicitaire. Pour moi, l’extrême-droite, je le vois très cyniquement, en mode, ce sont des publicitaires qui pensent à comment infuser leurs idées, en mettant de côté tout aspect moral, toute réflexion, toute critique aussi des choses sur l’ordre en place. Donc, on voit des personnes qui vont créer des débats, qui aussi, peut-être que ces débats vont mener à des choses concrètes, qui vont peut-être mener à des actions, une transformation du groupe. Il y a aussi tout le hors champ. On ne voit pas ce qui se passe après cette séquence. Ça se trouve, ça a permis de créer quelque chose de fort et de puissant. On n’en sait rien. Moi, je le vois comme ça, en tout cas. Maintenant, il ne faut pas se leurrer non plus, la séquence a aussi montré beaucoup de violence au sein du groupe. Merci pour le commentaire sur les chants de Bourdieu. Je suis désolé, j’ai cité ça comme ça.
La théorie des champs de Pierre Bourdieu conçoit la société comme un ensemble de microcosmes sociaux-autonomes appelés champs politiques, artistiques, scientifiques ou des agents s’affrontent pour des enjeux spécifiques et occupent des positions inégalement dotées en capitaux symboliques propres à chaque champ. Chaque champ fonctionne selon ses propres règles et valeurs qui peuvent sembler insignifiantes ou incompréhensibles à ceux qui lui sont extérieurs. C’est l’illusion. C’est Sentier Battant qui nous donne ces informations et c’est du copier-coller de Bourdieu. Ces espaces sont structurés par des rapports de forces et des luttes entre dominants et dominés, cherchant à conserver ou à transformer la distribution du capital économique, culturelle, sociale ou symbolique nécessaire à la domination dans le champ. La notion de champ est indissociable d’une pensée relationnelle mettant en avant les interactions objectives et subjectives entre agents et capitales plutôt que des catégories sociales jugées. Je le dis, je le répète, au poste on n’est pas chez les cons. Merci Sentier Battant et tout ce qu’on fait, c’est une question de champ magnétique et de répulsion, etc. La scène est très bien faite et c' est parce qu’elle est très bien faite qu’il est vexatoire et tout ce que tu veux. Je te laisse reprendre
Je pense que quand je conçois un film, moi j’ai pas l’hypocrisie de dire c’est tout le monde qui va voir le film, c’est des publics moi je me réfère à mon champ social, à comment le cinéma est distribué, comment le film va être distribué et je savais très bien quel genre de public allait découvrir le film. Notamment les festivals qui allaient nous sélectionner, les salles qui allaient nous inviter, comment le film allait être vendu et en général, les cinémas qui nous ont soutenu ou les festivals, etc, ce sont des salles qui défendent un cinéma dit politique ou alors qui posent des enjeux fondamentaux de société plutôt situés à gauche. Donc je savais de toute façon que le film allait majoritairement être vu par des personnes qui s’intéressent à des questions politiques. A partir de là, je me disais en fait c' est important dans le film justement d' aller de notre côté pour se poser des questions. Et notamment par exemple parler de la misogynie dans les groupes de gauche. La misogynie des groupes d’extrême droite, elle est extériorisée, elle est beaucoup plus visible, c’est à dire que ça va être de là. Elle est revendiquée.
Mm-mm.
Exactement, c’est revendiqué, c’est un modèle de structuration des groupes. Je dis pas qu’il n’y en a pas à gauche, attention, je ne dis pas ça du tout, je dis que ça se voit beaucoup plus. Par contre, à gauche ce qui est un peu plus pervers et insidieux, c’est que en fait c’est vraiment beaucoup plus insidieux, c' à dire c est dans des petites réflexions, des petites remarques, des structurations de groupes qui se veulent égalitaires, dans l'équité, dans une réflexion féministe, etc, alors que dans le fond on voit que c’est toujours les mêmes qui parlent, qui monopolisent la parole, qui sont violents, etc. Et moi ça je l’ai vu dans des groupes de gauche. Et souvent, quand le film a été projeté, notamment auprès de publics qui étaient militants, beaucoup de personnes de genre féminin sont venues nous voir à la sortie de la projection en disant la séquence elle fait du bien, parce qu’on voit ce qui se passe dans les réunions des associations, des groupes militants, ou on s’en prend plein la gueule, on est invisibles. On se prend de la misogynie intériorisée et nous ça nous tétanise, parfois ça nous donne envie de nous barrer, en fait ça empêche beaucoup de choses, cette violence là. Et je pense que c'était intéressant de le mettre dans un film de fiction, parce qu’en fait c’est un sujet qui est pas beaucoup montré, pour tout un tas de raisons structurelles au cinéma, je pense que le cinéma n’est pas porté à parler de la misogynie dans les groupes militants, un film de fictions en tout cas c’est très rare, ou alors dans un cinéma alternatif.
Mais monsieur Bixente, après je lirai une remarque de Vyaka Luta, jusqu’où peut-on insulter son propre public ? De quoi ? Jusqu’où on peut insulter son propre public, jusqu'à on peut vexer son public Moi ça me fait marrer, je pense que c’est une scène extrêmement provocatrice, et en ça elle fait du bien, peut-être pas sur le moment on a envie de dire, mec, tu as réalisé, mais tu te fous de ma gueule, et après tu réfléchis, c’est pas mal, c’est pas mal.Est-ce que tu penses par exemple que c’est lié au financement de ton film ?
Cette liberté ? Mais il faut la voir aussi pour qu’est-ce qu’elle nous renvoie en termes de miroir, passer le côté visionnage, etc. Et moi je pense que, pareil, au-delà de la misogynie, la structuration des groupes, l’hypocrisie qu’il y a derrière les groupes égalitaires mais en fait qui ne sont pas, qui sont très hiérarchisées, l’hypocrisie qu’il y a dans cette violence qui n’est jamais remise en question parce qu’en fait elle arrange beaucoup d’hommes. Alors après je ne dis pas que tous les groupes de gauche fonctionnent comme ça, je dis que la gauche est impuissante, je dis qu’il faut se mettre face parfois à nos défauts. Pour mieux justement les contrer, en fait, en prendre conscience, et le cinéma ça peut servir à ça aussi. C’est-à-dire voir les choses de l’extérieur et se dire ah oui, ça c’est peut-être nous. Et pour le coup, pour avoir entendu des retours critiques de personnes qui ont vu le film, qui sont dans des groupes militaires, ils étaient contents et contentes de voir cette séquence. Et voilà, après, elle n’a pas la prétention de réinventer la gauche mais elle participe à une remise en question qu’il y a de plus en plus d’ailleurs. Enfin j’ai l’impression en tout cas.
Et dont on a sérieusement besoin. Donc, je te lis le message dans le chat de Luta.
Tout à fait. Alors moi, là, je suis d’accord sur cette analyse structurelle et en fait, moi, je disais le mot impuissance mais je ne suis même pas d’accord. Je pense qu’il y a des impuissances mais on n’est pas impuissant. Il y a quand même de la puissance à gauche aussi. Il y a des victoires qui sont gagnées. Il ne faut absolument pas le nier. Alors évidemment, face à nous, il y a un bloc autoritaire de toute façon qui a un tel pouvoir et une telle violence que pour l’instant, on est bloqué. Mais il y a quand même des victoires. On n’est pas qu’impuissant. C’est-à-dire, il y a beaucoup de choses qui avancent, il y a beaucoup de choses qui évoluent et dans le bon sens. Et moi, je ne suis pas du genre à dire que la gauche est incapable. Et surtout, je ne me situe pas sur le terrain de la présidentielle ou des partis politiques. Ça, moi, ça ne m’intéresse absolument pas, même si je me renseigne et tout. Moi, je parle vraiment des champs militants et des victoires qui sont gagnées au niveau de ce champ-là. Et effectivement, il y a une exposition des problématiques. Parce que, aussi, je savais que le film serait vu par des publics qui ne s’intéressent pas forcément à ces questions. Et en fait, ce que j’ai entendu à la sortie des séances, et il y a plein de gens qui ne m’ont pas parlé, donc ça se trouve il y aurait eu des critiques inverses, mais en tout cas, il y en a pas mal de personnes qui m’en disent, notamment des personnes âgées, qui, je sentais, ne s’intéressaient pas forcément à la politique, qui me disaient, ben en fait c’est intéressant, j’apprends des choses, je ne savais pas qu’il y avait du terrorisme de l’extrême droite en France. J’ai vraiment entendu cette phrase. Et en fait, ça prouve bien, déjà, comment c'était pour médiatiser cette question-là, comment elle n’est pas discutée. Et comment le pouvoir politique fait tout pour dépolitiser ces actes-là. Donc déjà, d’un point de vue informationnel, le film sert à ça. Au-delà de ça, je pense qu’une œuvre artistique, elle n’est pas absolue. C’est-à-dire, moi, je ne pense pas que le cinéma soit important. C' est-à-dire, un film, alors il y a des grands films qui peuvent changer beaucoup de choses, mais il faut que ça arrive à des moments précis, que ce soit diffusé massivement, ce qui n' est pas le cas de ce film. Pour moi, un film, dans l’ordre général des choses, je vais juste participer à une réflexion globale, participer à une exposition globale. Et participer à un mouvement culturel global. Et ce film, vraiment, est une toute petite pièce, dans une machine beaucoup plus grande, et qui n’est pas qu’une machine artistique. Il y a une machine médiatique derrière, qui permet aussi de réfléchir à ces questions-là. Voilà. Je ne sais pas si, en fait, on peut contredire ma vision des choses, on peut aussi dire que le cinéma est plus important que ça. Moi, j’ai un regard qui est peut-être plus cynique sur le cinéma. Je pense qu’il est important, mais je pense que ça ne fait pas tout. Et je pense, que le projet politique aujourd’hui, c’est d’arriver à proposer un cinéma qui, justement, qui interroge, qui met en scène des choses qu’on ne voit que trop rarement.
Précisément, le montage de ton film, le séquençage, fait que finalement, en tant que spectateur, on peut se dire que la réponse elle est donnée juste derrière, par ce groupe de d’ivrognes fascistes qui partent, qui part sur le, j’allais dire, sur le front de l’Est. Parce que, tout d’un coup, ces trois ou quatre-là finalement, sont dans l’action. Alors qu’on vient d’avoir une scène d’impuissance, en disant tu vois, il y a tellement d’idées dans un sens, dans un autre, dans le groupe de gauche. Finalement, est-ce que ta réponse, c’est de dire pendant qu’on s’engueule, eux passent à l’acte. Est-ce-que c’est ça qu’il faut comprendre ou pas ?
Ouais, alors, c’est là, en fait, là on pointe un deuxième défaut du film
Mais arrête ! Alors, toi, je vais te dire un truc, tu ne vas pas voir les producteurs, les distributeurs, les diffuseurs, tu te trouves un producteur pour s’occuper de la vente du film. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?
Mais moi, je suis critique après, pas pendant. Vraiment pendant, j’essaie d’avoir de l’assurance.
T’es le meilleur du monde, ouais, c’est bien, c’est bien.
Je pense que c’est important aussi Après, je le suis peut-être un peu trop d’ailleurs, mais en fait, c’est juste un regret. C’est qu’on n’a pas eu le budget, les moyens de montrer une séquence d’action aussi de militants antifa, de confrontation avec des fascistes. Je sais pas de quelle forme ça aurait pu prendre, je sais pas si ça aurait été pertinent, mais je pense que ça me manque dans le film parce que, en fait moi j’ai une conception du cinéma où en fait je prends une chose vraiment avec du second degré, c' est à dire que ce que me montre un film, c' n’est pas la réalité, n' est pas une représentation exhaustive et faut pas le voir comme un truc absolu encore une fois, c' est ce que je disais. C’est-à-dire beaucoup de gens qui me disaient mais t’as pas peur de faire une représentation figée de ce qu’est le paysage politique en France ? Moi je ne pense pas. D’ailleurs quand on est du côté de l’extrême droite, ce n' est pas l' extrême droite que je montre, ce sont les groupes identitaires qui frôlent parfois avec la violence et peut-être éventuellement avec des terroristes qui se faufilent dans ces groupes là. Donc en fait ce n’est pas une représentation allégorique de tout le champ militant etc. Mais après, est-ce que c’est de la candeur et est- ce que le public prendra toujours des choses comme ça, je ne sais pas. Et là je serais curieux d’avoir les retours dans le chat. En tout cas, je pense que la séquence, si on la prend vraiment en tant que telle et on oublie le côté conflictuel etc, elle apporte beaucoup de choses en terme de réflexion de ce qu’il faut avoir sur l’usage de la violence, sur la question de est- qu’on parle aux fascistes ou pas ? Et en fait, chaque personnage, je me souviens, j’avais fait un tableau et j’ai écrit une idée que moi je trouve juste dans les questions des luttes, et une idée que je ne trouve pas très juste et peut-être pas très utile. En fait, j’ai mélangé le tout, j’ai mélangé toutes ces idées là et en fait ça permet d’avoir des personnages nuancés qui ont tous un point de vue, qui en même temps restent sur leur ligne etc, mais qui proposent des choses qu’en fait on peut piocher, qu’on peut réfléchir. Et encore une fois, tous les publics n'étaient pas des personnes qui s’intéressent autant que le public d’Au poste à des questions politiques, il y a aussi des publics qui s’y intéressaient moins, et je pense que ça permettait une ouverture sur ce monde là.
Dernière chose, avant de revenir dans le film, on va aux dix dernières minutes, en fait la scène de ces gars qui partent en Ukraine, moi elle m’a gêné au bon sens du terme, c’est à dire qu’elle m’a fait quelque chose. Elle m’a mis mal à l’aise, et c’est pour ça qu’on va voir un film, c'était pour avoir des émotions, sinon un film qui ne crée aucune émotion, c’est naze. Justement, c’est cette façon aujourd’hui du journalisme qui est à la jonction à la fois de l’investigation, puis finalement de l´écriture télé, et puis finalement un peu de réseaux sociaux etc, est-ce que cette idée, y compris parmi les meilleurs titres que j’aime d’amour comme Mediapart, StreetPress, Basta, Basta non, Blast, cette idée d’aller tout de suite dans les réseaux sociaux pour monter en épingle un truc, est-ce qu’il y a pas un appauvrissement intellectuel là derrière ça, est ce que c’est que tu as voulu montrer ?
Oui, bah les commentaires sur TikTok sont ridicules quoi. C’est à dire que c’est vraiment du storytelling et moi je m’inspire de médias qui font ça sur les réseaux sociaux, maintenant ils prennent une vidéo très border
C’est ça !
Qui va fabriquer la polémique, et qui vont créer un storytelling vite de sens, qui n’est pas critique, et ils vont juste participer à une exposition de personnes qui n’auraient pas eu d’exposition initialement. Et ça je pense que c’est une réflexion qu’il faut qu’on ait à gauche, c’est que parfois on a tendance, alors moi je parle sur les réseaux sociaux notamment, ou chez les critiques YouTube, à critiquer des gens qui font des vidéos, par exemple des Youtubeurs d’extrême droite, ou des polémistes etc, mais en fait en faisant ça, on leur donne tellement de puissance, et l’exemple c’est Louis Sarkozy. Par exemple, moi je n’ai pas compris pourquoi tous les médias critiques de gauche à un moment on parlait de Louis Sarkozy, ou en parlait autant, parce que c’est ça aussi qui lui a donné de la force d’un point de vue médiatique, c’et que tout le monde en parlais, et c’est comme ça qu’on a fabriqué un monstre médiatique. Parfois je me dis qu’il faudrait peut-être, alors ça dépend des moments, ça dépend de comment on fait ça etc, mais peut-être pas parler de certaines personnes, pas parler des certaines choses, ou alors en parler de manière détournée dans des articles etc, enfin je ne sais pas comment faire mais pareil, quand on partage en story Instagram une vidéo qui nous a insupporté en la critiquant, finalement les gens cliquent sur la vidéo, donc ça fait faire des vues, les commentaires de haters, ça les montait dans les algorithmes, en fait on donne de la puissance à des gens qu’on déteste. Alors le travail critique est encore hyper important, mais je trouve que c’est un manque de stratégie. Et là ce que fait le faux média dans TikTok, c’est exactement ça, c' est donner de la puissance et de la visibilité à des gens qu' on n’aurait pas forcément eu. Alors effectivement, c' est grave ce qu’ils font, ils font parler dans les médias. Mais pas sous cette forme là, sous une forme critique et en ne montrant pas leur tête surtout. Bon je ne sais pas si dans la vraie vie ils auraient été montrés sans être floutés. Ça je ne le sais pas trop, mais de toute façon, cinématographiquement, il fallait qu’on voie leur visage pour que la scène soit plus puissante.
À propos d’actualité, j’ai complètement oublié de dire tout à l’heure notre solidarité envers Sandrine Rousseau, qui visiblement veut passer des vacances ou s’acheter une baraque en Bretagne. Et il y a tout un tas de gens qui sont en train d’organiser je crois qu’elle veut s’acheter une baraque, ils sont en train d’organiser un barbecue géant. Donc là ça rejoint tout à fait la première scène de ton film. Et c’est terrible. Je trouve ça absolument dingue. C’est-à -dire que ça montre à quel niveau de bassesse la politique est arrivée quand même.
Et puis l’utilisation de la viande à l’extrême droite, elle est ridicule. Il y a Samuel Bouron, qui est un sociologue de l’Extrême-Droite qui a présenté une des séances du film, d’ailleurs qui a écrit un très beau passage dans son livre sur les groupes identitaires, sur l’identitarisme. Et justement, il parle de cette force de la viande comme opposition à une espèce de véganisme wokiste, etc.
On termine le visionnage délicieux de ton film. Et moi j’avoue que j’adore l’exercice qu’on est en train de faire c’est à dire du réact dont on parlait un petit peu tout à l’heure. Mais en ta présence, on n’est pas dans le commentaire, on est dans la construction dans l’intelligence collective et ça, ça me plaît beaucoup. J’envoie la suite et on se retrouve dans une dizaine de minutes.
Il est normal de se demander pourquoi la presse française cherche à individualiser cet attentat. Damien n’est qu’un produit. Un produit qui sort des rouages de l’histoire. Dès la première balle, tout était limpide. Damien Cordonnier est raciste. Pas à cause de ses parents, travailleurs et fonctionnaires ayant voté au PS toute leur vie, ni de sa famille, fourmilière à communistes. On pourrait parler de ce nouveau patron maghrébin qui avait accéléré les cadences de l’usine et ainsi brisé la jambe de son père ou de ce franco-sénégalais qui rackettait Damien à la sortie du lycée contre qui il avait porté plainte. Nous sommes au 6ème jour du procès de Damien Cordonnier. Il reste toujours évasif quant à sa radicalisation. Ses parents, cachés des caméras depuis le 25 juin dans une maison de campagne prêtée par des amis, acceptent de nous rencontrer. Ils expliquent le visage boursouflé par la fatigue et les pleurs. Damien est un gamin souriant, joyeux. On a été fermés sans pour autant jamais le frapper ou le punir sévèrement. Il aimait l'école, avait des amis et surtout nous écoutait. Aujourd’hui, après tout ça, le monde se tourne vers nous. Quand je sors, que je fais mes courses, je vois bien cette question dans le regard des gens. Comment avez-vous fait pour que votre gosse déraille autant ? Et qu’au mois 2015, Damien et ses parents s’installent dans une petite maison aux abords du village. Voulant se rapprocher des grands-parents paternels à l'époque malade, c’est une nouvelle vie qui s’offre à Damien. Passant de la ville à la campagne, il va pourtant s’adapter. Secret avec ses parents, il entretient le mystère avec ses quelques amis du village qui eux se souviennent d’un ado plus concerné par les soirées que par la politique ou l’actualité. Au fil des recherches sur son identité numérique, nous avons retrouvé des traces de Damien sur Internet, notamment le contenu qu’il partageait. Plusieurs playlists créés entre 2015 et 2016, remplis de contenus masculinistes d’extrême droite ou de médias alternatifs issus de diverses droites. Mais ni ses parents, ni ses amis n’en ont entendu parler une seule fois. La honte de penser comme un facho, la peur de se faire rejeter, qui lui enseignait la peur d’affirmer ses idées ? Sa famille de gauche ou les vidéastes réactionnaires invitant leurs abonnés à s’isoler intellectuellement du monde ? Une zone de flou, qui se clôt en 2018 par son emménagement à Paris, où il débute ses études de philosophie, matière qu’il aimait par-dessus tout au lycée. Ses camarades de la fac disent de lui qu’ils auraient pu baiser avec la Tour Eiffel à force de crier sur tous les toits qu' il adorait Paris et la France. Damien est passé d’un environnement rural à la plus anxiogène ville de l’Hexagone, et miraculeusement, il s’y est fait. À l’université, il est mis à l'écart à cause de ses considérations politiques, qu’il n’hésite pas à étaler. Par esprit de contradiction avec le gauchisme ambiant, il enrage. Et un beau jour, on se mord. On se compatriote, assassiné au nom d’une idéologie. Certains accuseront cet article d'être trop explicite, trop politisé et donc, selon la morale française, contraire à l'éthique journalistique. La presse doit assumer sa non-neutralité, sa face politisée, surtout dans des temps où les bruits des bottes résonnent aux portes du pouvoir. Des gens comme Damien pullulent, car nous leur offrons depuis des années la possibilité de s’exprimer librement, où ils veulent. En voulant ouvrir le débat et diffuser aux heures de grandes écoutes, nous avons offert au roi de l’action direct un immense terrain de jeu. Toute la presse est coupable, notre journal y compris. Banaliser, c’est tuer à nous d’agir en conséquence. Il y a des passages à reformuler. La structure n’est pas forcément très bonne. Il y a des passages que j’ai envie de reconstruire aussi, mais le fond est là et il y a des formulations qui me plaisent aussi. La presse doit assumer sa non-neutralité, sa face politisée, surtout dans des temps où les bruits de bottes résonnent aux portes du pouvoir. Bravo Suzanne. Ton oncle peut être fier de toi. Tu reprends le flambeau à la perfection. Du coup c’est validé ? Tu sais ce qui se passe, t’es au courant. Le journal va être vendu. Et le seul intéressé pour le moment, c’est Vincent Galet. Le patron des annonceurs ? C’est un soutien du président, pourquoi ça poserait un problème ? Dans le cadre de ton article, si, ça pose un problème. Mais pourquoi ? Ce n’est pas un article de gauchiste, je raconte juste la vérité. Je sais Suzanne, je sais. Et c’est pour ça que je t’ai choisi pour mener cette enquête. D’accord ? Le problème c’est que dans ton papier, t’attaques les autres journaux, les autres médias. Et dans les autres journaux et les autres médias, y a les copains de Galet, voire Galet lui-même. Ça fait un mois qu’on lisse notre discours. Qu’on tente d'être neutre. Qu’on caresse les décisions du gouvernement dans le sens du poil. Le sujet est trop brûlant. Il faut un traitement plus modéré, plus lisse. C’est tout. Tu le sais ça en plus. Ok, je dois faire quoi pour sortir l’article ? Tu compiles les interviews de Damien ? Et puis tu t'écris que c'était un monstre ordinaire. Et puis voilà, ce sera mieux que rien. L’article perd tout son intérêt là, ça ne sert à rien. Écoute Suzanne, ce n’est pas contre toi ! Moi j’aurais adoré le publier en une de ton article. Mais là, ce n’est pas possible. Il faut qu’on sauve notre cul. Tu comprends ça ? T’as compris ce que je t’ai lu ? J’ai la responsabilité économique de ce journal, d’accord ? Et je ne peux pas dire ou faire dire ce que je veux. Ça paraît con mais c’est comme ça. On va boire un coup. Comment vous expliquez qu’il y ait autant d’individus qui aujourd’hui risquent la prison ou sont déjà en prison qui soient passés par la barrière nationale ? Comme on l’expliquait, je pense que ce sont des gens qui n’ont aucune culture, qui je pense ont des soucis psychologiques ou peut-être familiaux ou que sais-je, en tout cas des problèmes dans leur vie et qui du coup reçoivent et déforment les idées qu’ils reçoivent. Et on ne peut pas être responsable de ça si vous voulez. Je travaillais au service d’un mouvement qui défendait une idéologie politique et je me suis mis au service de cette idéologie. Parce que c'était mon travail, tout simplement, comme n’importe quel salarié, dans n’importe quelle entreprise, dans n’importe quel groupe. Il y a certaines idées de barrière nationale effectivement qui peuvent recouper certaines idées qui me sont personnelles, mais non, je n'épouse absolument pas l’entièreté du corpus idéologique de ce groupe, absolument pas. Et si vous voulez, ce n’est pas incompatible avec le fait de travailler pour ce groupe. Je n’ai pas été interrogé par les médias là-dessus, mais évidemment que j’ai été dévasté par ce qui s’est passé. L’attentat de Damien Cordonnier est une atrocité sans nom, enfin je pense que aujourd’hui vous êtes dans le secteur privé, c’est ça, vous êtes… Exactement. Je viens de créer, si vous voulez, un cabinet de conseil en médiation et gestion de crise au sein des entreprises. On va régler les conflits sociaux, aider les entreprises à apaiser les choses, et vous êtes dans les futurs locaux de l’entreprise aujourd’hui. Mon engagement au sein du secteur privé aujourd’hui est la continuation de ma vie politique précédente. Pour moi, il n’y a aucune barrière et frontière entre les deux. Je suis dans la même action.
Mais non, il n'était pas mute le micro, c’est qu’on ne coupe pas, on ne coupe pas un générique !
Merci de laisser le générique.
Alors, il y a un dénommé David Simon qui est cité, et figure-toi que quelqu’un dans le chat (Voilà, le générique est terminé) Quelqu’un, dans le chat, a inventé ton film en disant qu’il coagulait, là, je parle de mémoire, qui coagulent un peu comme The Wire, donc la fameuse série. Donc là, t’es content d'être venu Au poste !
Ça c’est super, je suis ravi ! The Wire, c'était tellement important pour moi. Pour le coup, le film n’aurait pas pu se faire dans cette forme-là, sans avoir vu The Wire qui est une immense œuvre sociologique, cinématographique. C’est incroyable !
Voilà, et donc David Simon, ancien journaliste du Baltimore Herald, je crois, qui va devenir le showrunner de The Wire, en français sur écoute. Effectivement, il y a de ça, et je pense que la fiction, et notamment les séries, notamment américaines… Sont ce qui peut-être se fait de plus… Dans le monde du divertissement, de ce qu’il y a de plus fort, en tout cas la crème de la crème, en termes de sociologie. Finalement, ça raconte la société américaine mieux que les médias, par exemple. Et qui a écrit aussi le bouquin. Oui, oui, absolument. Il était sorti avant, je crois, et il a ensuite fait la série. Bravo à Bixente, merci David et toute l'équipe d’Au poste pour le visionnage partagé. Plusieurs personnes ont dit « je vais regarder le film ». Qu’est-ce que tu conseilles ? De le regarder dans la foulée, ou de laisser reposer, de le regarder à partir de ce soir, demain ? Est-ce-que l’auteur-réalisateur a quelques exigences ?
Peut-être attendre 2-3 heures déjà, ça me paraît pas mal. Le regarder, ouais, avec un casque surtout, je pense que c’est important parce que le son est vraiment hyper important dans le film et c’est le meilleur moyen selon le mixeur son de profiter du film. Et puis au-là de ça, si vous voulez le découvrir en projection, il y a peut-être une petite chance qu’il soit projeté là où vous habitez. Je ne sais pas, on essaiera en tout cas de l’emmener un peu partout en France, on va faire au mieux en tout cas.
Question importante qui est posée par le jeune Trognon, est-ce qu’on peut donner quelque part ? Sous-entendu, en dehors d Au poste, est- ce que la cagnotte est toujours active pour le film ? Comment ça se passe ? Est-ce que tu peux nous dire comment t’aider ?
Non, vous ne pouvez pas donner. Voilà, il n’y a pas de plateforme de dons parce que le film a été réalisé sous bénévolat. Et en fait, personne n’a été payé, pas même moi, sauf que le petit truc, c’est que moi j’ai mis beaucoup d’argent dedans, de l’argent que j’ai économisé grâce à mon travail, grâce à mon maigre salaire. Et du coup, je n’ai pas créé de système de dons parce que je trouvais ça assez injuste. Par contre, aux projections, vous pouvez donner au chapeau si vous le souhaitez. On vend des affiches du film, en fait, et c’est ce qui m’a permis de rembourser le film et de récupérer un peu de sous dessus. Mais non, je n’ai pas créé de plateforme de dons. C’est gentil.
Alors, deux questions rituelles Au poste. J’en perds mes mots parce que ça fait longtemps qu’on n’a pas fait l'émission. As-tu des recommandations à nous donner, à nous faire en termes de lecture, de film à regarder, de musique à écouter ? Je vois que c’est toi qui interprètes Bach. Alors, je ne sais pas. J’ai l’impression que ça décode mon image. Ce n’est pas grave. Est-ce que tu as des recommandations on va dire vite fait culturelles ? Elles peuvent être très anciennes comme toutes récentes.
Alors, par rapport au sujet du film ou globalement ?
Globalement.
Donc, globalement, ben déjà, moi, je recommande The Wire très chaudement. Parce que c’est quand même une série incroyable. Et je reviens là-dessus. Alors, attends, laisse-moi réfléchir. J’aurais dû la préparer celle-ci en plus. Moi, je conseille l'écoute des Bérus parce que je pense que c’est important aujourd’hui.
Ça alors. Là, tu sais que tu fais plaisir au taulier. Quel morceau des Bérus ?
Salut à toi. Moi, c’est celui-là que je pense. En fait, c’est surtout que je repense en ce moment. Alors, j’ai un vieux vinyle des Bérus. Je sais plus quel album c'était. Mais en tout cas, salut à toi et même le live de Porcherie. C’est classique. Mais vraiment, il donne une force, ce live que je trouve assez incroyable. Et je trouve la chanson toujours aussi juste. Je t’ai passé dans une radio anarchiste à Paris à Radio Libertaire. Et il m’avait passé une chanson des Bérus qui était incroyable, je n’avais pas noté le nom. C'était une chanson antifasciste. Mais voilà, plonger dans les Bérus, ça peut être pas mal. Et en termes de films, peut-être vous recommander La cravate en fait. Oh, magnifique. Vous recommander La cravate en lien avec le film.
Tu peux y aller. On a fait un ducking. Quand tu parles, la musique va baisser.
Super.
T’es tout perturbé là.
C’est surtout, je cherche quoi répondre. En ce moment, je me pose beaucoup de questions sur la question du 17 octobre 61. Et je suis en train de découvrir le livre de Jean-Luc Einaudi
Bien sûr.
Là, j’en suis à la moitié. Et je recommande vraiment la lecture de ce livre, qui est hyper intéressant. Et qui soulève aussi beaucoup de questions politiques, structurelles, qui sont encore valables aujourd’hui. C’est ma recommandation.
Merci à vous toutes et tous et merci pour l’invitation.
Salut à toi ô mon frère Salut à toi peuple khmer Salut à toi l’Algérien Salut à toi le Tunisien Salut à toi Bangladesh Salut à toi peuple grec Salut à toi petit Indien Salut à toi punk iranien Salut à toi rebelle afghan Salut à toi le dissident Salut à toi le Chilien Salut à toi le p’tit Malien Salut à toi le Mohican Salut à toi peuple gitan Salut à toi l’Ethiopien Salut à toi le tchadien Salut à vous les Partisans Salut à toi "cholie all’mante" Salut à toi le Vietnamien Salut à toi le Cambodgien Salut à toi le Japonais Salut à toi l’Thaïlandais Salut à toi le Laotien Salut à toi le Coréen Salut à toi le Polonais Salut à toi l’Irlandais Salut à toi l’Européen Salut à toi le Mongolien Salut à toi le Hollandais Salut à toi le Portugais Salut à toi le Mexicain Salut à toi le marocain Salut à toi le Libanais Salut à toi l’Pakinstanais Salut à toi le Philippin Salut à toi l’Jamaïcan Salut à toi le Guyanais Salut à toi le Togolais Salut à toi le Guinéen Salut à toi le Guadeloupéen Salut à toi le Congolais Salut à toi le Sénégalais Salut à toi l’Afro-cubain Salut à toi l’Porto-ricain Salut à toi la Haute Volta Salut à toi le Nigéria Salut à toi le Gabonais Salut à toi le vieux chtimi Salut à toi Che Guevara Salut aux comités d’soldats Salut à tous les hommes libres Salut à tous les apatrides Salut à toi la Bertaga Salut aussi à la Banda Salut à toi punk anarchiste Salut à toi skin communiste Salut à toi le Libéria Salut à toi le Sri Lanka Salut à toi le sandiniste Salut à toi l’unijambiste Salut l’mouv’ment des Jeunes Arabes Salut à toi Guatemala Salut l’P4 du contingent Salut à toi le Shotokan Salut à toi peuple Kanak Salut à toi l’tchécoslovaque Salut à tous les p’tits dragons Salut à toi qui est keupon Salut à toi jeune Malgache Salut à toi le peuple basque Salut à toi qu’est au violon Salut à toi et mort aux cons Salut à toi le Yougoslave Salut à toi le voyou slave Salut à toi le Salvador Salut à toi le Molodoï Salut à toi le Chinois Salut à toi le Zaïrois Salut à toi l’Espagnol Salut à toi le Ravachol Salut à toi le Hongrois Salut à toi l’iroquois Salut aussi à tous les gosses Des îles Maudites jusqu'à l’Ecosse Salut à vous tous les zazous Salut à la jeune garde rouge Salut à toi le peuple corse Salut aux filles du Crazy Horse Salut à toi la vache qui rit Salut à Laurel et Hardy Salut à toi peuple nomade Salut à tous les "camawades" Salut à toutes les mères qui gueulent Salut aussi à Yul Brunner Salut à toi l’handicapé Salut Jeunesse du monde entier Salut à toi le dromadaire Salut à toi Tonton Albert Salut à toi qu’est à la masse Salut aussi à Fantomas Salut à toi Roger des près Salut à toi l’endimanché Salut à tous les paysans Salut aussi à Rantanplan
Une autre leçon de l’histoire : outre le fait que l’extrême centre s’allie toujours à l’Extrême droite pour les mêmes raisons structurelles C’est que l’extrême centre finit toujours par se faire dévorer par l’extrême droite C’est Macron, on a quelqu’un qui n’est pas fini intellectuellement et psychologiquement, ça c’est clair et qui a une sensibilité de l’extrême droite Je pense profondément que c’et un garçon pas très intelligent très complexé intellectuellement, physiquement aussi espèce de virilisme masculiniste et imbécile qui s’exprime chez lui en permanence et qui l’amène à jouer au petit soldat Je pense à une culture d’extrême droite c’est un gamin issu de la bourgeoisie de province qui a été scolarisé chez les jésuites dans un bahut privé qui n’est jamais sorti de cet univers là qui a des références qui sont pas celles de la République ni de la gauche de manière générale et qui je pense à une fascination immature, adolescente pour la violence Ce qui est une fascination pour ça d’autant plus que c’est un gamin qui a peur pendant les gilets jaunes il a eu très très peur physiquement C’est souvent d’ailleurs l’apanage des gens pas courageux et pas fini et d’autres parlent de la bordélisation du pays. La bordélisation du pays, c’est Macron quand même ! Qu’est-ce qui précipitent les Gilets jaunes ? C’est un petit imbécile qui couvre son petit copain Benalla, un voyou complet qui est couvert par un irresponsable ! Avec Macron, on a quelqu’un qui n’est pas fini ! Qu’avons-nous faits Au poste ? On essaye de mettre un peu de trouble dans l’ordre dominant qui met ensemble les mots et les choses, les mots les images… Parfois, face à la complexité des choses, il faut prendre le temps de s'écouter, de discuter. On peut avoir le temps de réfléchir et c’est rare ! Le temps du débat ici, c’est royal, c’est un luxe ! Je pense qu’on s’est donné le temps de réfléchir et de se donner des éléments de compréhension de ce qui nous arrive
