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Urgence Palestine et La Jeune garde : débat croisé avant dissolution
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Urgence Palestine et La Jeune garde : débat croisé avant dissolution

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Demain, lors d’un conseil des ministres exceptionnel, il y a de fortes chances que les décrets de dissolution d’Urgence Palestine et de la Jeune Garde soient signés. Que signifie cette répression ? Quelles conséquences ? Nous en discutons avec Omar Al-Soumi, porte-parole d’Urgence Palestine, et Raphaël Arnault, député LFI, membre fondateur et ancien porte-parole de la Jeune garde.

Un an et demi de guerre génocidaire et plus de deux mois de famine à Gaza, pilotés par un gouvernement suprémaciste d’extrême droite, qui vient d’annoncer une opération militaire pour occuper Gaza. En Europe, la même extrême droite, invitée d’ailleurs dernièrement par Benyamin Nétanyahou à Jérusalem, connaît une montée fulgurante. Tandis que les crimes racistes se multiplient, la priorité du ministre de l’intérieur Bruno Retailleau est de s’attaquer à deux organisations : Urgence Palestine, collectif constitué au lendemain de la réponse israélienne aux attaques terroristes du 7 octobre 2023  et la Jeune Garde, organisation antifasciste. Bien que le décret de dissolution des deux collectifs n'ait toujours pas été signé en conseil des ministres, cette dynamique interroge. Que signifie cette répression ? Quelles conséquences ? Nous en avons discuté autour d'un bon café avec Omar Al-Soumi, porte-parole d’Urgence Palestine, et Raphaël Arnault, député LFI, membre fondateur et ancien porte-parole de la Jeune garde.

Des dissolutions sans fond ?

Qu'est-il réellement reproché aux deux organisations ? Qu'ont-elles fait qui soit susceptible de motiver une dissolution ? À en croire nos deux invités, rien... Si ce n'est d'exister. En effet, à la lecture des lettres annonçant les intentions du gouvernement de dissoudre Urgence Palestine et la Jeune Garde Antifasciste, les porte-parole des organisations respectives apprennent qu'on leur reproche d'être des militants pro-palestiniens et antifascistes. Ni plus ni moins. Bien sûr, ce n'est pas écrit tel quel (quoique). Chez Omar Al-Soumi comme chez Raphaël Arnault, on reproche notamment des incitations à la haine et à la violence. Mais rien de bien renseigné, ni de très concret. Beaucoup de spéculations du reste, et particulièrement pour Urgence Palestine, accusée d'être un vivier de recrutement pour tous les islamistes qui souhaiteraient combattre au Proche-Orient. En réalité, pour Raphaël, l'action du gouvernement vise à leur refuser "le droit d'exister politiquement. C'est une existence sociale d'exister politiquement aussi".

Mais sans fond réel, pas de réelles raisons de s'inquiéter (normalement). Comme nous le confie Omar: «il est clair qu'ils utilisent des armes policières et administratives, mais le droit, en réalité, la justice est de notre côté. Et c'est pour ça (...) que y a eu cet élan extraordinaire de solidarité». D'autant plus que la Jeune Garde et Urgence Palestine sont des organisations qui, dès leur création, ont eu pour objectif de se lier avec d'autres collectifs, leur permettant aujourd'hui, face à cette menace de dissolution, de ne pas se retrouver isolés. Et, comme le note Darth dans le tchat : "S'enrichir des expériences d'autres organisations qui, comme elles, ont été visées par des procédures de dissolution, et qui en ont réchappé " (Soulèvements de la Terre, Défense collective de Rennes, Comité Palestine de Bordeaux).

Pourquoi maintenant ?

Comment comprendre ces mesures de dissolution ?  L'hypothèse la plus probable avancée par les convoqués Au Poste est celle d'un pur produit de la tambouille politicienne interne au gouvernement, à la droite et à l'extrême-droite. Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, était candidat à la présidence du parti Les Républicains. Également, et on peut le dire sans trop s'avancer, candidat de la droite, et très probablement de l'extrême-droite après la condamnation en inéligibilité de Marine Le Pen, à la présidence de la République en 2027. Dissoudre une organisation antifasciste et une organisation de défense du peuple palestinien, c'est se poser en homme fort. Idéalement en candidat de l'Union des droites. Et dissoudre par le même coup l'organisation néofasciste Lyon Populaire, c'est montrer son impartialité, sa capacité à gouverner avec justesse.

Antifascistes, pro-palestiniens : tous antisémites

Jeune Garde, Urgence Palestine : des organisations caractérisées par leur antisémitisme, selon le ministère de l'Intérieur. Pour des collectifs par définition antiracistes, antifascistes, l'accusation d'antisémitisme fait mal... très mal. Pour le porte-parole d'Urgence Palestine, "c'est une accusation qui défait toute la substance de cette exigence, pourtant très importante, de lutter contre le racisme sous toutes ses formes". Se joue ici un renversement sémantique, où les antisionistes seraient les vrais antisémites, brouillage qui profite largement à l'extrême-droite. Confondre les repères existants est un des traits caractéristiques de ce courant politique. Ici précisément, se réhabiliter en tant que meilleur défenseur des juifs, après des années à être confiné politiquement justement en raison de cet antisémitisme caractéristique.

«C'est une accusation qui défait toute la substance de cette exigence, pourtant très importante, de lutter contre le racisme sous toutes ses formes»

Prendre pour prétexte l'antisémitisme supposé de ces organisations comme motif de dissolution, c'est précisément s'attaquer au travail d'éducation populaire qu'elles accomplissent au quotidien, et particulièrement de débunkage des clichés et des stéréotypes. Travail qui a porté ses fruits notamment dans les luttes pour la cause palestinienne qui, comme l'observe l'antifa Raphaël Arnault (par ailleurs député LFI), "n'ont jamais été aussi saines qu'aujourd'hui" par rapport aux années 2010-2015 où des individus comme Soral et Dieudonné avaient utilisé la lutte antisioniste pour faire avancer leurs idées antisémites. Travail d'éducation populaire également mené par des collectifs juifs décoloniaux comme Tsedek et l'Union Juive Française pour la Paix, notamment sur la question du philosémitisme.

Mais surtout, ces accusations d'antisémitisme à la volée masquent la raison profonde qui motive les annonces de dissolution d'Urgence Palestine et de la Jeune Garde, à savoir un profond racisme envers les populations arabo-musulmanes. Cette forme de racisme, qu'on peut également qualifier d'islamophobie, semble avoir pris le pas sur l'antisémitisme du 20ème siècle, faisant ainsi des musulmans d'aujourd'hui les juifs d'hier. Et c'est précisément ce qu'on observe avec la connexion entre suprémacistes blancs israéliens et européens, notamment illustrée par la tournée de Jordan Bardella en Israël en mars dernier , sur invitation du gouvernement Néthanyaou. Mais ne nous méprenons pas ! Cette extrême-droite européenne n'a pas renié son antisémitisme d'antan, elle l'a juste mis de côté pour s'adapter à l'agenda politique du moment : la chasse aux musulmans. C'est cette islamophobie qui tue en France et à Gaza, et c'est contre cette dernière que luttent les deux organisations aujourd'hui menacées de dissolution.

La dissolution, et après ?

Dissolution annoncée n'est pas dissolution exécutée. Tout cela va dépendre des jeux et enjeux internes au gouvernement, notamment pour Urgence Palestine, entre un Retailleau chef des droites extrêmes et des extrêmes-droites, et un Macron voulant se poser en faiseur de paix, comme alternative à Trump et Nétanyahou. Mais si dissolution il devait y avoir, nous perdrions deux outils de luttes importants et plus que nécessaires au vu de la période à laquelle nous sommes confrontés. Et cela créerait un précédent plus qu'inquiétant. Pour Raphaël : "(...) il ne faut pas leur laisser cette victoire là aussi, la possibilité de dire que si on a dissout Urgence Palestine et la Jeune Garde, ça veut dire qu'on peut aller encore plus loin et (...) dissoudre possiblement toute organisation qui se revendique un temps soit peu d'égalité, de progressisme et de solidarité internationale".

Pour éviter cela, nos invités nous enjoignent à nous battre, à s'engager pleinement dans cette campagne contre la dissolution, à utiliser tous les outils à notre disposition pour lutter contre cet agenda autoritaire et raciste. À faire front, collectivement.

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Qu'est-ce que la Jeune Garde Antifasciste ?

La Jeune Garde Antifasciste est une organisation antifasciste créé en 2018 à Lyon. Elle est désormais présente dans 7 villes : Lyon, Paris, Strasbourg, Montpellier, Lille, Aix-en-Provence et Marseille. Son porte-parole actuel est Cem Yoldas.

Que n'ont plus le droit de faire les membres d'une organisation dissoute ?

Ces personnes n'ont plus le droit de se mobiliser sous le nom de l'organisation dissoute et de revendiquer des actions en son nom. De plus, même si elles se mobilisent sous une nouvelle appellation elles encourent le risque d'être poursuivies pour reconstitution de ligues dissoutes.

Transcription de l’émission

Sarra Grira
Bonjour et bienvenue à toutes et à tous dans ce nouveau live de Horizon XXI, une émission qui vous est proposée par les deux médias indépendants en ligne Orient XXI et Afrique XXI, accueillis par nos chers camarades de Au Poste, qu’on remercie. Donc cette semaine, enfin ce mois-ci plutôt, puisque c’est un épisode tous les mois avec Orient XXI. Et où nous allons parler de dissolution. La guerre génocidaire à Gaza ne s’arrête pas, cette nuit encore les bombardements se sont poursuivis. Notamment dans le nord de la bande de Gaza en faisant plus de 36 morts, au moins, ça c'était le bilan. Dans la nuit, on attend encore le bilan définitif. Rien que pour cette nuit. Les ordres d'évacuation, de déplacement de population. On continue aussi en France, plusieurs villes se sont mobilisées dimanche dernier contre l’islamophobie, à la suite de l’assassinat d’Aboubakar Cissé le 25 avril. L’islamophobie, c’est un terme, un mot, que la droite extrême et les extrêmes droites. Les Français ont du mal à prononcer ou à reconnaître. Et au milieu de tout ça, on a donc le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qui décide de la dissolution de deux organisations : Urgence Palestine et la Jeune Garde antifascisme. On signale légalement, mais on y reviendra plus tard, que le comité contredit l’homophobie en Europe a aussi fait l’objet, en fait, de perquisitions et d’interpellations, d’arrestations, hier, mais ça on reviendra tout à l’heure.
Sarra Grira
Donc le collectif contre l'État, c’est le thème de notre émission aujourd’hui. Pour en parler, on a deux invités, alors il y en a un des deux qui n’est pas encore… Là, je commence avec le premier, Raphaël Arnault, bonjour vous êtes député LFI depuis juillet 2024, vous avez été élu en juillet 2024, mais vous êtes aussi membre fondateur de la Jeune Garde antifasciste, qui est un collectif fondé à Lyon en 2018 dont vous avez été le porte-parole. Et donc notre deuxième invité qu’on attend, qui va arriver j’espère, dans pas trop longtemps, alors oui, on me demande combien de morts. Donc le bilan qu’on a jusqu'à à peu près trois heures du matin c’est 36 morts mais en général, voilà ça, il faut ensuite attendre le bilan définitif des hôpitaux. Donc notre deuxième invité, ce sera Omar Alsoumi qu’on attend, qui est membre fondateur du collectif Urgence Palestine et qui en est aussi le porte-parole. Donc Urgence Palestine, c’est ce collectif qui a été fondé au lendemain du 7 octobre pour mobiliser en solidarité avec la population palestinienne et contre le génocide en cours à Gaza. Première question ça peut sembler un peu superficiel, mais je pense que c’est important. Comment allez-vous, comment vont vos camarades dans ce contexte ? Et où on en est, ça c’est peut-être plus essentiel pour entrer dans le vif du sujet. Où en est aujourd’hui la procédure de dissolution qui a été lancée contre la Jeune Garde antifasciste ?

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Sources, liens & références

Face aux menaces de dissolution de collectifs internationalistes solidaires, anti-coloniaux et antifascistes, face aux volontés d’extrême-droitisation des termes du débat public, face à la médiocrité cuistre et aux mensonges d’un chef tribal béarnais, grosse journée caféinée en perspective pour Au Poste ! Bien le bonjour et chapeau bas !
supamurgeman
Bonjour et merci pour ce que vous faites au Poste!
Belzebuthomas
le vol noir des corbeaux - Les néonazis défilent dans Paris, 80 ans après la chute du IIIème Reich par Reflets reflets.info/articles/c9m-l...
C9M

RN pas content - 19 juillet 2024

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