Urgence Palestine et La Jeune garde : débat croisé avant dissolution
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Bonjour et bienvenue à toutes et à tous dans ce nouveau live de Horizon XXI, une émission qui vous est proposée par les deux médias indépendants en ligne Orient XXI et Afrique XXI, accueillis par nos chers camarades de Au Poste, qu’on remercie. Donc cette semaine, enfin ce mois-ci plutôt, puisque c’est un épisode tous les mois avec Orient XXI. Et où nous allons parler de dissolution. La guerre génocidaire à Gaza ne s’arrête pas, cette nuit encore les bombardements se sont poursuivis. Notamment dans le nord de la bande de Gaza en faisant plus de 36 morts, au moins, ça c'était le bilan. Dans la nuit, on attend encore le bilan définitif. Rien que pour cette nuit. Les ordres d'évacuation, de déplacement de population. On continue aussi en France, plusieurs villes se sont mobilisées dimanche dernier contre l’islamophobie, à la suite de l’assassinat d’Aboubakar Cissé le 25 avril. L’islamophobie, c’est un terme, un mot, que la droite extrême et les extrêmes droites. Les Français ont du mal à prononcer ou à reconnaître. Et au milieu de tout ça, on a donc le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qui décide de la dissolution de deux organisations : Urgence Palestine et la Jeune Garde antifascisme. On signale légalement, mais on y reviendra plus tard, que le comité contredit l’homophobie en Europe a aussi fait l’objet, en fait, de perquisitions et d’interpellations, d’arrestations, hier, mais ça on reviendra tout à l’heure.
Donc le collectif contre l'État, c’est le thème de notre émission aujourd’hui. Pour en parler, on a deux invités, alors il y en a un des deux qui n’est pas encore… Là, je commence avec le premier, Raphaël Arnault, bonjour vous êtes député LFI depuis juillet 2024, vous avez été élu en juillet 2024, mais vous êtes aussi membre fondateur de la Jeune Garde antifasciste, qui est un collectif fondé à Lyon en 2018 dont vous avez été le porte-parole. Et donc notre deuxième invité qu’on attend, qui va arriver j’espère, dans pas trop longtemps, alors oui, on me demande combien de morts. Donc le bilan qu’on a jusqu'à à peu près trois heures du matin c’est 36 morts mais en général, voilà ça, il faut ensuite attendre le bilan définitif des hôpitaux. Donc notre deuxième invité, ce sera Omar Alsoumi qu’on attend, qui est membre fondateur du collectif Urgence Palestine et qui en est aussi le porte-parole. Donc Urgence Palestine, c’est ce collectif qui a été fondé au lendemain du 7 octobre pour mobiliser en solidarité avec la population palestinienne et contre le génocide en cours à Gaza. Première question ça peut sembler un peu superficiel, mais je pense que c’est important. Comment allez-vous, comment vont vos camarades dans ce contexte ? Et où on en est, ça c’est peut-être plus essentiel pour entrer dans le vif du sujet. Où en est aujourd’hui la procédure de dissolution qui a été lancée contre la Jeune Garde antifasciste ?
Écoutez, ça va, faut rester lucide dans ces cas-là, faut prendre un peu de hauteur sur la situation. On a toujours considéré la Jeune Garde comme étant un outil pour lutter contre l’extrême droite, ce n’est pas une fin en soi. Comme toute organisation politique. Après, évidemment, ça dénote de quelque chose, quand même, politiquement et faut rappeler le contexte, dans un contexte islamophobe qui pète les scores. On n’a jamais attendu un tel niveau, encore une fois, de racisme. Depuis je pense à l’après-guerre mondiale. On a effectivement ce génocide à Gaza qui vient de toute façon faire miroir avec l’islamophobie actuellement relayée à tous les étages dans notre pays et c’est à ce moment précis que le gouvernement décide donc de s’en prendre à nos deux organisations. À la fois à la Jeune Garde, organisation antifasciste, qui aussi de fait lutte sur la question du racisme. Même si notre combat principal c’est de lutter contre l’extrême droite sous toutes ses formes, évidemment que la question du racisme aussi est centrale.
Bonjour, Omar Alsoumi.
Tu veux un café ?
Je suis archi-preneur, je te remercie.
Bonjour, bon alors bonjour encore une fois, bonjour Omar, donc je disais que j’avais fait la présentation et je t’avais présenté comme porte-parole d’Urgence Palestine et membre fondateur. Je laisse Raphaël finir de répondre à la première question que je te reposerai ensuite.
Du coup, effectivement, sur la situation de façon générale, c’est très inquiétant. Et à la fois on est serein dans notre capacité à poursuivre le combat. D’une part, on va se battre pour protéger ces organisations, encore une fois, pas parce que c’est une fin en soi. Mais parce que c’est un outil formidable et on l’a vu depuis des années, nous on a un certain bilan d’ailleurs, c’est ce pourquoi on a été attaqués. On a réussi à faire fermer près d’une dizaine de locaux d’extrême droite.
Nous reviendrons plus tard sur les actions, que ce soit de la Jeune Garde antifasciste ou les actions d’Urgence Palestine aussi, parce que c’est important de rappeler que ce n’est pas juste appeler à des manifestations. Mais du coup, pour revenir, où en est aujourd’hui la procédure de dissolution ?
Urgence Palestine comme nous, je pense que ça a été la même chose, c’est-à-dire qu’on a reçu une lettre de grief indiquant les motifs de procédure de dissolution. Et a priori ce serait donc ce matin, en conseil des ministres, probablement en fin de matinée qu’on aurait une annonce.
Là on est en live. Il n’y a pas de conseil des ministres aujourd’hui. Ah oui, c’est repoussé. Et donc c’est repoussé à demain et donc il y a un sursis. Voilà, on en parlera plus tard, mais, on a encore une journée, c’est vrai.
D’accord, et vous, enfin, du point de vue de la procédure judiciaire, c’est-à-dire de votre défense, j’imagine que vous préparez aussi votre défense avec vos avocats, etc., où est-ce que ça en est ? C’est bien, on entend même le bruit de la machine à café, donc on est vraiment comme à la maison !
Ouais, je ne sais pas ce que disent les gens sur le live là, mais ça veut dire qu’on est même en train de moudre du grain. Pour l’invité retardataire, vraiment mes excuses.
Du coup, donc, la procédure judiciaire.
Nous, il y a quelques heures de décalage, je crois que vous avez reçu la notification le 28, c’est annoncé en grande pompe. Et voilà, on a le souvenir du ministre de l’Intérieur qui sur un tweet en fait annonce à des organisations militantes qu’elles vont être dissoutes. Moi ce qui s’est passé, lundi soir j'étais à un événement ici à Paris, on était à la table de Gaza, c'était un événement pour l’accueil des rescapés du génocide. Et j'étais donc voilà, avec ces personnes qui sont arrivées récemment de Gaza. Toute une série d’invités, des artistes, et je reçois un appel de mon épouse à 22 h. Qui me dit que les policiers viennent de repartir de la maison. Les enfants étaient paniqués et en pleurs. Ils sont rentrés, voilà, dans notre intimité en fait. Certains en civil, certains en tenue, enfin ils ont cru en fait à une agression puisque nos domiciles et il faut le dire aussi nos visages, nos familles et nos lieux de travail sont ciblés régulièrement, non seulement fichés par le gouvernement français. Mais en réalité nous on a déjà vu des ordres de militants pro-israéliens qui nous menacent de mort, j’ai reçu des appels de Tel Aviv ou de Netanyahu, de gens Donc, mon épouse, elle avait déjà en tête que notre domicile n'était pas à l’abri. L’agression est donc en réalité quand elle voit des lampes torches et des gens inconnus à l’heure où on couche les enfants débarquent. Elle croit honnêtement à une agression des milices de l’extrême droite sioniste.
Et bon, ce n’est pas ça, c’est la police. Ils parlent d’un document qu’ils doivent absolument me remettre. Vous pouvez vous passer des détails, mais en fait, il y en a un… On comprendra peut-être plus tard. À nous remettre la notification dans des délais… Je pense que c'était lié aux besoins du ministre de l’Intérieur d’annoncer avec force et virulence que c’est quelqu’un qui est costaud dans son rôle régalien. Et on sait qu’on a à faire aussi à un candidat potentiel du camp d’une droite extrême et d’une extrême droite qui, après l’inéligibilité de Marine Le Pen mais surtout là, après le meurtre terrible d’Aboubakar, si c’est cet attentat islamophobe, il se retrouve pris à défaut en fait sa réaction ou plutôt son absence de réaction est critiquée par les médias, mais même dans son gouvernement.
Et puis il faut rappeler, ce week-end, il y a le Congrès des Républicains, donc il faut peut-être aussi mettre ça dans le contexte justement de l'élection interne et de qui va prendre la présidence aussi du parti, donc peut-être aussi que c’est plus grand de la politique interne en fait.
C’est-à-dire qu’on parle d’un attentat islamophobe. 57 coups de couteau dans une mosquée. Par la situation internationale où nous on reçoit cette notification le jour où le Programme alimentaire mondial annonce qu’il n’y a plus un sac de farine dans la bande de Gaza. Ça fait plus de deux mois.
Ça fait plus de deux mois que l’aide humanitaire ne rentre plus à Gaza, ils n’ont plus rien. Plus rien, absolument plus rien, il y a la famine, déjà.
Et le jour où Netanyahu annonce qu’il embrigade des dizaines de milliers de réservistes supplémentaires pour lancer un assaut final, c’est-à-dire en gros pour finir sa campagne génocidaire et son nettoyage ethnique. On ne s’attendait pas honnêtement à recevoir une notification de dissolution d’une organisation antifasciste comme la Jeune Garde. Et d’un mouvement palestinien comme Urgence Palestine. Donc voilà, on est pris un peu de court, mais en fait c’est le genre de claque qui réveille le dragon de la solidarité. Qui réveille l’envie de se battre contre l’injustice et l’arbitraire. Et de toute évidence pour nous, il est clair qu’ils utilisent des armes policières et administratives. Mais le droit en réalité, la justice. Et les deux autres côtés. Et c’est pour ça que je crois qu’il y a eu vraiment cet élan extraordinaire de solidarité et de soutien.
Alors, il y a justement quelqu’un sur le tchat qui demande, donc c’est DARTH, qui demande si vous êtes confiant et inspiré après la tentative de dissolution ratée de la défense collective à Rennes. J’aimerais juste inscrire ça dans le contexte actuel, je le rappelais brièvement au début. Hier, pour ceux qui ne le savent pas, le CCIE, donc le Collectif contre l’islamophobie en Europe, a vu ses salariés en France perquisitionnés. Dans les domiciles de ces salariés en France. Ils ont été placés en garde à vue, libérés en fin de journée. Certains d’entre eux n’ont toujours pas récupéré leur téléphone et leurs ordinateurs. Et je rappelle le CCIE, donc on parle de l’héritier du CCIF qui a été dissous sur ordre de Gérald Darmanin à l'époque en 2020. Il y a aussi, voilà, donc là on parle de défense collective à Rennes, est-ce que vous êtes confiant ? On m’a dit que la justice est de votre côté, est-ce que légalement vous pensez que vous avez toutes vos chances et puis peut-être inscrire aussi les procédures par lesquelles vous êtes visés, dans ce contexte plus large aussi ?
Ouais, en vrai, je pense qu’on est confiants parce que à la fois Urgence Palestine, à la fois la Jeune Garde, on est sérieux dans ce qu’on fait ? Manque de peau, ils se sont aussi attaqués à des organisations qui depuis nous moins un peu plus longtemps, mais Urgence Palestine s’inscrit là-dedans. On réussit à faire du lien autour d’eux, avec tout un tas d’organisations avec lesquelles des fois on n’est pas tout à fait d’accord sur toute la ligne. Et pour autant, on a réussi à créer, on parle souvent d’unitaire, mais à créer, entouré, une dynamique collective autour de nous. Et en s’attaquant à Urgence Palestine, à la Jeune Garde, on n’est pas seuls quoi. Nous réduire à un état groupusculaire, je pense que c’est la plus grosse erreur de Bruno Retailleau à ce moment-là. On n’est pas un état groupusculaire, preuve qu’on est avec Urgence Palestine, qui peut être chaque semaine a réussi à produire des événements immenses avec des milliers et des milliers de personnes qui se sont rassemblées. Évidemment, au vu de l’urgence en Palestine, d’où le nom d’ailleurs. Mais voilà, on n’est pas du tout dans cette situation, on est isolé politiquement et d’ailleurs tu l’as rappelé, le nombre de soutiens qu’on a reçus est juste phénoménal ! Et derrière pour cette bataille juridique. Effectivement, il y a deux organisations qui nous ont prouvé qu’il était possible de faire reculer le gouvernement dans sa dérive autoritaire, c’est les Soulèvements de la Terre. La défense collective qui était en plus petite, plus petite, pardon, organisation. Mais les Soulèvements de la Terre, je crois que c’est celle qui a fait le plus de bruit. Et bien évidemment qu’on va s’en inspirer. On est en contact aussi avec les Soulèvements de la Terre, d’ailleurs au meeting ils avaient été invités, ils avaient pris la parole. On souhaite s’inscrire dans tout ça. Et devant le Conseil d'État, je pense que quand même, ça va être difficile pour le gouvernement et ses services de renseignement de le dissoudre.
Moi je pense à deux éléments en complément.
Alors on nous dit les micros plus près de la bouche s’il vous plaît, pour qu’on vous entende bien.
Deux éléments supplémentaires, c’est effectivement déjà que les dossiers sont vides. Enfin, alors que je dis les dossiers, je peux parler de celui d’Urgence Palestine, la notification qu’on reçoit mises bout à bout de clichés finalement l’ensemble du mouvement de soutien aux Palestiniens. En gros, on est accusés d'être violents, antisémites et terroristes. C’est finalement ce dont on affabule les étudiants et étudiantes qui se mobilisent sur leur campus, les syndicalistes qui osent dire le mot de droit international face à l’arbitraire israélien. Fondamentalement, dans cette procédure, nous on est aussi extrêmement confiants et tranquilles sur le fait qu’il n’y a rien. Et en même temps du coup, ça révèle le fait que fondamentalement, la seule chose qui nous est reprochée, c’est d'être ce que nous sommes, c’est-à-dire d'être des Palestiniens-Palestiniennes avec les alliés de la lutte anticoloniale qui sont rassemblés autour de nous. Dans une posture politique qui est exigeante et qui est effectivement sur une ligne et qui est différente et distincte de la plupart de la gauche traditionnelle en France, on est des Palestiniens effectivement on porte donc une voix singulière dans cet espace.
Ça c’est pour ce qu’il y a dans le dossier, pour ce qui est de la procédure et des précédents qui nous inspirent ! C’est vrai que les Soulèvements de la Terre, c’est effectivement un exemple de mobilisation très large, très forte, et qui permet de mettre en échec le ministère de l’Intérieur. Il y en a une, dans le cas de la Palestine, qui est importante aussi à nommer. C’est le Comité Actions Palestiniennes de Bordeaux. Dans l’histoire des mouvements de l’immigration postcoloniale, et on a parlé du CCIF, il y a beaucoup d’organisations musulmanes notamment qui n’ont pas su ou pas pu échapper à la dissolution, souvent parce que quand on dit que les musulmans sont des terroristes, beaucoup de gens croient en fait le gouvernement. C’est-à-dire que cette islamophobie dont on parle, ce n’est pas que les génocidaires à Gaza ou le méchant Retailleau. Il y a des choses qui, hélas, traversent le champ politique français, y compris dans une certaine gauche.
Une demande de l’optimisation sur le tchat pour développer ce qui fait la singularité chez Urgence Palestine. Qu’est-ce qui fait la singularité de ce collectif ?
Ça, c’est un point important, c’est que Urgence Palestine, c’est d’abord une coalition fondée par des Palestiniens et Palestiniennes en exil. Donc, nous, Palestiniens, sommes des héritiers de la longue histoire de résistance de notre peuple. Héritiers de cette lutte de libération. Exilés en France avec des parcours très différents. Il y a des personnes qui sont d’anciens prisonniers politiques, des détenus déportés, je pense bien sûr à Salah Hamouri et Rami Chahine, mais aussi des personnes comme moi, nées en France. Moi je suis un Palestinien en Paname, c’est comme ça que je me définis.
Je fais la note de bas de page ici, donc Salah Hamouri est, pour rappel, avocat franco-palestinien qui a passé des années en prison, en détention administrative, c’est-à-dire sans motif, etc., en Israël, et qui a été finalement renvoyé de chez lui. Aujourd’hui, il n’a plus le droit de mettre les pieds à Jérusalem en Palestine. Et Rami Shaheen, qui est en fait le fondateur de la campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) au Caire et qui, lui, a été emprisonné par le régime égyptien d’Abdel Fattah Al-Sissi et qui a fait exactement la même chose, qui l’a donc renvoyé en France. Donc c’est bien que la seule démocratie au Proche-Orient a finalement les mêmes méthodes que les plus grands régimes dictatoriaux du Proche-Orient aussi.
Et donc voilà, des parcours de vie très différents de Palestiniens, Palestiniennes qui, en fait, de Gaza, de Cisjordanie ou d’ailleurs. Après le 7 octobre, se sentent investis d’une responsabilité historique et on pourrait citer Fanon ou d’autres. Mais effectivement, notre mission à chaque moment de notre lutte, à chaque moment de notre vie, c’est de découvrir quelle est notre responsabilité historique et de toute évidence en octobre 2023, notre responsabilité c'était de faire en sorte que les Palestiniens dans leur résistance soient reconnus comme des acteurs légitimes et de plein droit. Non seulement bien sûr en Palestine et à Gaza. Mais aussi ici en France ça, c’est une réalité qui n’est pas que franco-française, en fait partout à travers le monde, les diasporas palestiniennes en réalité ont pris le lead de la mobilisation parce que de façon organique, en réalité, nous sommes, notre peuple, nos familles sont là-bas, nous connaissons cette histoire, nous en sommes porteurs, nous sommes les héritiers, nous parlons cette langue qui est la langue de la résistance à l’impérialisme dans cette région qui est la nôtre par conséquent on peut échapper à la propagande médiatique.
On peut avoir d’autres regards que ceux qui sont proposés dans les médias dominants et dans l’espace occidental. Et donc on a ce rôle de courroie de transmission d’un souffle de résistance qui vient de Gaza. On a ce rôle en réalité de traducteur, de la langue de la résistance. Et de cette méthode héritée du long bagage des luttes contre le colonialisme et là je ne parle pas seulement de la Palestine, je parle du Vietnam, je parle de l’Algérie, je parle de cet héritage qui est celui des diasporas du Sud global en général et donc en France la singularité d’Urgence Palestine c’est celle-là, c’est celle d'être un mouvement qui s’est construit autour des premiers concernés en réalité ça je pense que c’est ce qu’il y a de plus fondamental. Il y a un autre point important aussi concernant Urgence Palestine, c’est que l’on parle souvent des manifestations, c’est la partie la plus visible et effectivement c'était la partie à laquelle on a eu accès. En fait, la réalité, c’est qu’on n’avait rien et du coup on n’avait que la rue, et même la rue nous a été interdite au début de la mobilisation.
Oui, on rappelle que les manifestations n’ont été autorisées qu'à partir de fin novembre en fait.
Et donc cette singularité d’Urgence Palestine a commencé dès le début, c’est-à-dire qu’il y a un discours sans concession, je pense, sur l’exigence d’une lutte ferme contre le colonialisme. Ce n’est pas que la dernière exaction d’un gouvernement qu’on combat, mais c’est un système d’oppression qui est ce colonialisme sioniste que nous combattons en réalité. Deuxièmement, c’est dans l’action, effectivement, vu la responsabilité que nous avons. Vu l’immensité du sacrifice de notre peuple, on ne peut pas accepter que les manifestations soient interdites par un gouvernement aussi peu légitime en réalité donc, là où certaines organisations attendaient que ça se tasse, pensaient qu’en étant gentils en fait avec ce gouvernement, on allait pouvoir peut-être obtenir nos droits. On a dit : le droit, il se conquiert. Le droit, c’est une lutte sociale, ce n’est pas en étant gentil seulement, et quand je dis ça, ce n’est pas qu’on a été méchants, mais c’est juste qu’on a désobéi quand ils nous interdisent de manifester à la place du Châtelet ou à la place de la République. Bon, en réalité on a assumé. Et c’est comme ça qu’on a cassé le siège qui a été imposé à la lutte ici à Paris.
Tout en utilisant l’arme du droit, parce que justement, les manifestations de Châtelet ou République, les manifestants étaient là, et on attendait en parallèle la décision du Conseil d'État pour voir s’il allait y avoir autorisation de manifester.
Je le dis, c’est important d'être clair parce que c'était vrai qu'à chaque fois qu’un Arabe ou un Palestinien dit « on s’est battu », les gens ont un imaginaire avec des couteaux.
Oui, légalement en fait, non, parce qu’on était, enfin là, on se rappelle, en fait les manifestants sont là et ils attendent en fait la décision et là, enfin voilà, les CRS reculent parce que la manifestation est enfin autorisée…
Je vous le disais très rapidement, mais en gros dans la notification, on nous reproche d’avoir dit « par tous les moyens nécessaires », c’est une référence à Malcolm X. Et comme si quand on dit « par tous les moyens nécessaires », ça veut dire nécessairement qu’on va utiliser la violence ou la force on est un mouvement qui est non-violent. Ici, en France, on a utilisé les moyens pacifiques d’une mobilisation citoyenne. On est un mouvement qui a utilisé les recours juridiques à chaque fois que c'était nécessaire. Donc oui, je dis comme ça mais par rapport à certains mouvements sociaux, quand on pense à la longue histoire syndicale, aux luttes des mineurs, aux affrontements qu’il y a pu y avoir entre des paysans et les CRS, la réalité c’est qu’on est des gentils citoyens qui veulent juste faire entendre une voix de solidarité internationale, une voix d’exigence de justice.
Quelques rappels avant de donner la parole à Raphaël, tu parlais de colonialisme, on rappelle effectivement qu’il y a eu aussi, on voit les drapeaux qu’on voit dans les manifestations d’Urgence Palestine, il y a le drapeau de la Kanaky, il y en a vraiment, voilà. Ça rassemble toutes les causes. Sur la question de la diaspora, on rappelle aussi que les Palestiniens sont les seuls qui gardent le statut de réfugiés de père en fils pour rappeler justement le droit au retour et pour rappeler l’importance de la diaspora. Tout à l’heure, je disais qu’il était important de rappeler dans quel contexte ces dissolutions se font. Il y a aussi une volonté, là en tout cas ça a été annoncé, la volonté de dissoudre aussi Lyon Populaire, qui est une organisation d’extrême droite. C’est dû en même temps on imagine que c’est aussi, enfin c'était un écran de fumée et voilà, enfin on pourra commenter ça. Mais est-ce que aussi ça, et là je pose aussi un peu la question aux députés, est-ce que ça ne pose pas question, ça n’interroge pas le procédé de dissolution en soi ? C’est à partir du moment où c’est une arme qui peut être utilisée à la fois contre l’extrême droite mais aussi contre les militants de cause légitime. Est-ce que ça ne pose pas question sur cet outil-là comme arme de lutte ?
Je pense qu’en fait, c’est comme tout outil, toute arme. C’est tout dépend par quel biais politique on l’utilise. Évidemment que pour la dissolution d’une organisation néo-fasciste comme Lyon Populaire, je m’en fous quoi. On s’en fiche à priori, on n’a pas fait campagne pour une dissolution de ce type d’organisation parce qu’en réalité c'était une organisation qui était en fin de vie, de toute façon on les avait bien contrées aussi dans la rue, c’est aussi à ça que ça sert les antifascistes. Et donc, de ce point de vue-là, qu’ils soient dissous ou non, ça a peu de répercussions en réalité sur la situation.
Donc ce n’est pas une organisation importante qui mobilise.
Au moment de Génération Identitaire nous, on a mené campagne pour la dissolution et je me souviens qu’il y avait ces débats à gauche et qui sont légitimes en disant : attention parce qu’en demandant la dissolution de Génération Identitaire, un jour ça pourrait vous retomber dessus. Mais non, en fait, on n’avait pas cette analyse. On avait l’analyse que de toute façon, le tournant autoritaire et raciste est déjà là. Et quoi qu’il arrive, à un moment donné, la question de détruire nos organisations et de porter des dissolutions à l’encontre de nos organisations allait être effective. C'était encore une fois dans la continuité, c'était sûr qu’on allait se faire attaquer là-dessus maintenant, c’est comment est-ce qu’on mène une bataille politique à la fois pour que ces organisations néo-fascistes ne puissent pas avoir pignon sur rue, ne puissent pas avoir des locaux, ne puissent pas exister politiquement. Et je pense notamment à la manifestation de ce samedi. Enfin je veux dire, ça vient rajouter quand même un truc sur nous, on est dissous quand même pour des trucs complètement dingues, on a accusé les mouvements palestiniens d’antisémitisme dans tous les sens, on parle quand même de gens qui ont des tambours, des jeunesses hitlériennes, reproduits à l’identique, évidemment de tatouages néonazis.
Il y a dans le tchat quelqu’un qui dit, à juste titre, que justement sur les volontés de dissoudre donc à la fois vos collectifs et à la fois donc Lyon Populaire, c’est sans doute une manière de renvoyer les "extrêmes" dos à dos et de continuer à vouloir assimiler l’extrême droite et l’extrême gauche sur justement les motifs de dissolution. Alors il y a les motifs de dissolution, mais aussi c’est une accusation qui revient souvent. Nous, quand on a annoncé l'émission, on a eu ça aussi sur les réseaux sociaux : l’accusation d’antisémitisme notamment pour Urgence Palestine.C’est important, je veux dire là, c’est vraiment important, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de minimiser l’antisémitisme, que ça existe et que voilà, il ne faut pas minimiser ça, mais aussi, c’est important de répondre à cette accusation.
Je pourrais faire une réponse très longue en fait, mais je préfère être rapide. Je dis c’est triste et drôle à la fois, parce que déjà la réalité de notre mouvement. D’emblée, on est créé sur une charte qui dit : contre le colonialisme et toutes les formes de racisme. Et quand on dit toutes les formes de racisme, ce n’est pas un slogan. Ce n’est pas un paravent qu’on met. La réalité de notre mouvement, depuis le début en fait, c’est qu’il y a parmi nous des personnes qui sont porteuses de différentes identités, confessions, histoires, dont des personnes qui se revendiquent comme juives. Souvent qui disent de façon explicite qu’elles sont antisionistes. Et nous, on ne demande pas aux personnes de montrer patte blanche, on a juste cette base commune. Et on construit après une dynamique dans laquelle les gens se découvrent. Après on a fait confiance, en fait on a construit un petit bout de Palestine libre en fait. Donc notre antisionisme, c’est ça. C’est le refus d’un projet colonial et l’ouverture d’un espace de lutte dans lequel des personnes, quelles que soient leurs identités, leurs histoires, construisent ensemble un combat antiraciste authentique. Et donc oui, il y a des musulmans avec des barbes, avec des hijabs, avec des pratiques religieuses diverses, il y a des juifs antisionistes, il y a des personnes qui sont nées en Palestine qui ont un passeport israélien mais qui aujourd’hui ont décidé de quitter la colonie, il y a des personnes chrétiennes, athées, anarchistes, marxistes, trotskistes, écologistes, féministes. Fondamentalement, la vraie question, je pense, c’est : d’où vient l’accusation ?
Oui, effectivement on rappelle que l’antisémitisme est puni, comme toutes les formes de racisme justement, c’est puni par la loi, donc effectivement s’il y a des accusations d’antisémitisme, il faut porter plainte dans ce cas.
Oui, je me permets sur l’antisémitisme parce que, évidemment, on n’est pas l’organisation qui a été la plus visée. De toute façon, à partir du moment où il y a un drapeau palestinien, la question ne se pose même pas, c’est tout de suite une avalanche médiatique. Mais on avait quand même été aussi mis dans le paquet à partir du moment où, de toute façon, on a soutenu la Palestine. Où on a été aussi de concert en soutien aux luttes contre l’islamophobie, donc de ce point de vue-là, on allait être visés. Je rejoins Omar, en vrai c’est d’une violence, il ne faut pas sous-estimer et je pense que ça a traversé tout le monde sur le tchat, les gens qui nous regardent,. Ça nous a tous traversés, ça nous a tous fait du mal parce qu’en vrai ils s’attaquent à notre colonne vertébrale qu’est l’antiracisme.
Tout le monde n’a pas été accueilli en Israël.
Oui, il n’a pas été accueilli en Israël, pardon, mais il y a eu systématiquement des va-et-vient.
Je précise qu’aujourd’hui plus que jamais, la question palestinienne et la question de l’extrême droite sont liées, alors qu’on aurait eu tendance jusque-là à penser la question de l’extrême droite vraiment de manière franco-française, nationale. Là, on voit bien à quel point c’est lié avec la question palestinienne et justement, fin mars dernier, à Jérusalem, le gouvernement israélien organise un congrès pour lutter contre l’antisémitisme. On invite toute l’extrême droite européenne, donc il y a eu Vox, donc l’extrême droite espagnole, l’extrême droite hongroise, les Démocrates, donc c’est l’extrême droite suédoise. L’AFD n'était pas là parce qu’eux, ils étaient assez réticents à l’idée de vendre des armes à Israël, mais d’autres étaient là et il y avait Jordan Bardella qui était là, qui a fait un long discours avec Arno Klarsfeld, avec Meyer Habib et il y avait aussi Marion Maréchal-Le Pen, et on avait publié en fait, fin mars sur Orient XXI justement, un papier sur ce congrès. Donc justement c’est important je pense aussi de rappeler que le fait que vous soyez là aujourd’hui tous les deux, ce n’est pas juste « on essaye de faire, comment dire, de l’intersectionnalité un peu tirée par les cheveux ». C'était que de facto, les deux questions sont liées aujourd’hui.
Non, c’est très clair. Et sur cette question de l’antisémitisme, je veux dire… On arrive à un stade qui est justement pour la longue lutte dont on se considère être. Je pense à l’ensemble des héritiers. Je suis un Palestinien, je m’inscris aussi dans la longue lutte des peuples du monde arabe. Dans la lutte en particulier de ces Algériens, de ces Marocains qui, pendant que la France collaborait, cachaient des enfants juifs. Ces colonies ont été des espaces d’accueil et de refuge. À l’heure où la Grande-Bretagne et les États-Unis mettaient des quotas sur l’immigration des Juifs persécutés par les nazis et leurs collabos. Le Maghreb ouvrait les portes. La mosquée de Paris a caché des enfants juifs,je me considère comme l’héritier en fait de cette histoire noble où bien sûr qu’une personne persécutée en raison de sa race réelle ou supposée, de sa religion réelle, on lui ouvre les bras, on lui ouvre les portes. C’est ça notre histoire de l’antiracisme et c’est ce qu’aujourd’hui ils sont en train de travestir, d’une façon tellement vulgaire. Et en fait on voit à ce moment aujourd’hui Netanyahu et d’autres qui, pour des raisons de carrière politique et pour des projets coloniaux et suprémacistes, sont en train de détruire la substance même des mots, des idées, pour lesquels on s’est battu et pour beaucoup ont sacrifié leur vie donc pour moi ils sont en train de défaire une lutte contre l’antisémitisme qui est une lutte dans laquelle moi personnellement je m’inscris encore une fois.
Et ce que je veux dire, c’est qu’il faut être vigilant. Ce n’est pas Pierre et le Loup. Mais voilà, moi j’ai des enfants, donc c’est une histoire qui a quand même un écho et une importance. À force d’utiliser cette accusation d’antisémitisme à tort et à travers, y compris contre des gens qui luttent contre le racisme, mais en fait si on écoute Netanyahu, je suis antisémite. Ma mère est antisémite mon voisin est antisémite, toute la gauche, toutes les organisations de droits humains sont antisémites, l’ONU est antisémite, la communauté internationale est antisémite. Je veux dire, c’est une accusation qui finalement défait toute la substance de cette exigence pourtant très importante de lutter contre le racisme sous toutes ses formes. Et je pense qu’aujourd’hui, il faut le dire les Palestiniens, les Arabes et les musulmans sont en train de devenir, dans l’imaginaire raciste de l’Europe coloniale, ce qu’ont été les Juifs dans l’entre-deux-guerres. Pendant la deuxième guerre mondiale. Donc oui, c’est parce qu’on connaît cette histoire qu’on est aussi extrêmement vigilants et qu’avec nos camarades, juifs ou pas, on se bat aujourd’hui en particulier contre l’islamophobie parce qu’elle tue aujourd’hui dans nos mosquées, dans nos quartiers et elle tue aujourd’hui à Gaza parce que c’est cette islamophobie aussi qui arme le génocide contre notre peuple.
Et je rappelle justement qu'à Jérusalem, le mantra, c'était donc : les ennemis aujourd’hui, ou en tout cas les véhicules de l’antisémitisme aujourd’hui, ce sont les musulmans, les antisionistes et les immigrés. Raphaël Arnault, sur justement l’extrême droite, l’antisémitisme, c’est quand même un tournant très important, on les a vus défiler en novembre 2023 dans la marche pour dénoncer l’antisémitisme. La semaine dernière, ils ont appelé le RN à voter pour la loi à l’Assemblée nationale sur l’antisémitisme à l’université et je pense qu'à partir de la rentrée on va voir les répercussions catastrophiques, pas juste en termes de mobilisation étudiante, de cette loi c’est quand même un tournant important.
Je peux compléter une question pour Raphaël, justement là-dessus, parce que j’ai vu que c’est passé, et du coup ça c'était un peu la technique parlementaire, les citoyens-citoyennes qu’on est, même quand on est des militants un peu formés, on ne comprend pas trop. Moi j’ai vu, c’est passé en première lecture, ça va au Sénat, enfin c'était quoi la suite du parcours de cette loi ? En gros est-ce que c’est plié, et à la rentrée il y a une nouvelle loi qui…
C’est passé au Sénat et maintenant ça passe enfin voilà, ça a déjà été validé mais je laisse le député répondre.
Il y aura une commission paritaire, c’est-à-dire qu’il y aura une commission entre le Sénat et l’Assemblée nationale parce que ça a été modifié à l’Assemblée nationale, on a gagné quand même des trucs. On a empêché Caroline Yadan de faire passer les amendements les plus horribles sur cette loi, notamment de redéfinition de l’antisémitisme. Pour laisser justement le flou à l’interprétation, de lier cette question à l’antisionisme, etc. Une nouvelle forme d’antisémitisme, bref, on sait bien de quoi ils essayent de retourner. Et donc ça sera à nouveau discuté en CMP et puis après ça va revenir à nouveau à l’Assemblée nationale. On n’en a pas encore fini avec cette loi. Mais effectivement, on sait que l’on s’inscrivait un peu là-dedans. Malheureusement, il y en a encore une autre qui arrive, notamment portée par Aurore Bergé, qui là directement s’attaque à la question de l’antisionisme. D’autant plus, encore une fois, ce que Orban, je l’ai appris du coup durant cette loi, c’est David qui a cherché un peu sur Internet. Qui a trouvé qu’Aurore Bergé en fait avait milité à l’UNI. L’UNI, le syndicat d’extrême droite, dont on a révélé il y a à peine quelques semaines, quelques mois, qu’ils faisaient des jeux de cartes antisémites. Qu’ils faisaient des saluts nazis, donc c’est ce ministre-là et, encore une fois, ça démontre toute l’absurdité de la période. Et oui, c'était un truc de fou ce qui est en train de se passer. Moi, je pense qu’il y a trois objectifs concrets pour l’extrême droite à s’inscrire là-dedans. C’est d’une part de faire du mal à notre camp, c’est-à-dire à l’antiracisme de façon générale, à la gauche sociale et politique, qui essaie de structurer la lutte contre les inégalités de façon générale, etc. Il y a cet objectif-là, de nous isoler en tentant de dire : bah regardez, ce sont eux les racistes finalement, enfin cette espèce d’inversion des valeurs. Il y a aussi une volonté de leur part de réexister politiquement.
J’ai appris en fait que Fatima Ouassak, qu’elle était déjà hier ici Au Poste pour le présenter, mais je n’ai pas encore eu le temps de voir l'émission. Mais effectivement, je suis un des heureux et fiers contributeurs de cet ouvrage qui s’appelle « Terre et Liberté ». C’est un manifeste antiraciste pour une écologie de la libération. On pourrait citer tous les auteurs-autrices parce qu’ils sont tous magnifiques mais je crois qu’on n’a pas le temps de le faire. Je le dis, c’est une modeste contribution peut-être à la question qui était posée sur la colonialité. Souvent il y a des grands concepts, des mots qui sont un petit peu alambiqués. Moi je pense qu’on a un enjeu à puiser dans notre expérience de lutte des concepts et des notions qu’on va pouvoir ensuite propager pour faire en sorte que les gens comprennent la profondeur et la substance et la richesse et la nécessité des messages qui viennent de ces peuples colonisés à travers le monde et en particulier de ce message d’amour et de fraternité, de conscience et de révolution. Une révolution décoloniale dont le nom est Palestine.
