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Le Venezuela bombardé, Maduro enlevé, la sidération comme arme politique. Christophe Ventura décrypte une opération américaine sans précédent en Amérique du Sud, où pétrole, Chine et restauration impériale s’entremêlent. En miroir, Simon Grysole raconte comment enquêter sur le pouvoir local peut mener au tribunal. Deux récits, un même fil rouge : la brutalisation du politique et la pression croissante sur l’information indépendante.
Trump, sans foi ni loi, sans surmoi ni limite, a-t-il déclaré la guerre au monde entier, en bombardant Caracas? Que penser de la capture de Maduro, et de la mise en scène mondiale des bombes sur le Vénézuela. Pour cette première matinale 2026, France Déter est fier d'avoir reçu Christophe Ventura, journaliste du Monde Diplomatique, fin connaisseur de l'Amérique latine, auteur notamment ce mois-ci de M. Trump, pirate des Caraïbes. Et à 8h30, Simon Grysole du journal l'Empaillé, attaqué pour «injure» par le directeur de la police municipale de Perpignan (audience jeudi), était avec nous pour nous narrer les tenants et les aboutissants d'une sale procédure.
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. «France Déter» accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent. C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!
L’intervention américaine à Caracas marque une rupture historique : « c’est la première fois que les États-Unis militairement interviennent directement sur un territoire sud-américain », avec un déploiement aérien massif et une opération éclair visant l’enlèvement de Nicolas Maduro. Ventura décrit une action préparée de longue date, fondée sur un maillage militaire régional et un renseignement infiltré au plus haut niveau de l’État vénézuélien.
L’effet recherché est aussi médiatique que militaire : « tout est minutieusement calibré et scénarisé », afin de focaliser l’attention sur la performance technologique et non sur le fond stratégique de l’opération. Trump revendique lui-même cette logique spectaculaire en parlant d’une opération faite « pour faire de la good television ».
Le cœur du conflit dépasse largement le Venezuela : « cette opération s’inscrit dans une stratégie de restauration impériale des États-Unis en Amérique latine », avec un objectif central de containment de la Chine. Ventura souligne que Pékin est désormais le premier partenaire commercial de la majorité des pays sud-américains.
Le pétrole vénézuélien est un levier clé mais non unique. Depuis Chavez, Caracas a diversifié ses alliances énergétiques, et « aujourd’hui, 80 % du pétrole vénézuélien part en Chine », y compris via des circuits de contournement des sanctions. Les sanctions américaines ont, selon Ventura, produit mécaniquement contrebande et flottes fantômes.
Le régime de Maduro ne relève pas d’une dictature classique : « on ne peut pas qualifier Nicolas Maduro de dictateur », mais d’un pouvoir devenu autoritaire sous pression constante. L’autoritarisme est décrit comme « à géométrie variable », fonction directe des ingérences extérieures et de la conflictualité interne.
L’exode de huit millions de Vénézuéliens s’explique d’abord par l’effondrement économique : « le pays a perdu 75 % de son PIB en dix ans ». Ventura insiste sur le rôle déterminant des sanctions énergétiques américaines dans l’asphyxie du pays.
La lutte contre le narcotrafic sert de justification permanente à l’ingérence : « Trump considère qu’il faut détruire l’offre pour faire disparaître le problème », une logique jugée illusoire après des décennies d’échec. La demande mondiale, et d’abord américaine, demeure le moteur central du trafic.
À Perpignan, Simon Grysole (du journal L'Empaillé) décrit une autre forme de pression : « ce procès est une procédure bâillon », visant à épuiser financièrement et humainement un média indépendant. L’attaque judiciaire porte sur un détail lexical, révélateur selon lui d’une volonté d’intimidation.
L’article incriminé documente un dispositif policier agressif et médiatisé, mais « ils veulent nous faire perdre du temps et de l’argent », pas débattre du fond. Grysole souligne que d’autres enquêtes, plus sévères encore, n’ont pas été poursuivies lorsqu’elles venaient de médias plus puissants.
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