Anselm Jappe
Anselm Jappe est un philosophe et théoricien critique né en 1962 à Bonn, en Allemagne. Formé en philosophie à Berlin puis à Rome, il s’inscrit dans le courant de la critique de la valeur, une relecture radicale de l’œuvre de Karl Marx centrée sur l’analyse des catégories fondamentales du capitalisme : marchandise, valeur, travail abstrait et fétichisme. Installé entre la France et l’Italie, il enseigne l’esthétique dans des écoles d’art, notamment à l’Accademia di Belle Arti de Rome.
Il se fait connaître en 1993 par la publication de « Guy Debord », un essai devenu une référence pour la compréhension de l’auteur de « La Société du spectacle ». À rebours des lectures réductrices qui limitaient Debord à une critique des médias ou de la société de consommation, Jappe en restitue la profondeur théorique. Il montre que la notion de « spectacle » désigne une forme historique de la domination capitaliste, enracinée dans le fétichisme de la marchandise analysé par Marx. Ce travail contribue à réinscrire l’Internationale situationniste dans l’histoire de la théorie critique et à souligner la cohérence philosophique de l’œuvre debordienne.Par la suite il développe une œuvre personnelle structurée autour de la critique de la valeur, influencée par les travaux de Robert Kurz et du groupe Krisis. Il défend l’idée que le capitalisme ne peut être compris uniquement comme un système d’exploitation entre classes, mais comme une forme sociale globale fondée sur la valorisation abstraite. Selon lui, la crise contemporaine est d’abord une crise interne de la forme-valeur, marquée par l’autonomisation des structures économiques et l’épuisement des bases sociales et écologiques de l’accumulation.
Ses travaux interrogent également les dimensions culturelles et anthropologiques du capitalisme tardif : montée du narcissisme social, brutalisation des rapports humains, artificialisation des milieux de vie. Il propose une critique de la modernité capitaliste comme totalité historique en voie d’autodestruction, insistant sur la nécessité de dépasser les catégories mêmes de travail, d’argent et de marchandise.
Sa trajectoire intellectuelle se caractérise ainsi par un double apport : avoir contribué à une redécouverte exigeante de Guy Debord et avoir participé au renouvellement de la critique marxienne à travers la théorie de la valeur. Son travail, traduit en plusieurs langues, occupe une place importante dans les débats contemporains sur la crise du capitalisme et les perspectives d’émancipation.
Le 21 juin 2023 pour Au Poste il a défendu une lecture radicale de Guy Debord en affirmant que le « spectacle » n’est pas une dérive médiatique, mais la forme même du capitalisme contemporain, où les individus sont séparés de leur puissance d’agir ». Selon lui, la politique n’est pas un contre-pouvoir à l’économie mais un gestionnaire de l’accumulation du capital, rendant illusoires les solutions réformistes qui prétendent moraliser ou réguler le système sans en sortir. Si le capitalisme traverse aujourd’hui une crise profonde, Jappe estime qu’aucune issue émancipatrice n’est garantie, mais que la critique globale de la marchandise, de la valeur et de l’État demeure indispensable.
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«Écologie ou économie, il faut choisir» 2025 l'Echappée
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Debord, Guy : Politique du spectacle et spectacle de la Politique. Avec Anselm Jappe.
Anselm Jappe est l’un des biographes de Debord parmi les plus solides. Dans « Un complot permanent contre le monde entier » (L’échappée), le professeur de philosophie repense et re-situe ( !) certaines idées-force de l’homme de la Société du spectacle.
