Clément Perrot
Né au Mans et ayant grandi entre plusieurs petites villes de l’Ouest avant une installation à Tours, Clément Pérot développe très tôt un sentiment de déplacement permanent. Cette mobilité nourrit un désir de fuite et d’exploration qui structure son parcours. Il s’inscrit d’abord en faculté de lettres et cinéma à Paris, puis intègre une école de cinéma à Toulouse.
Il y éprouve toutefois un certain enfermement, se sentant en décalage avec un cadre qu’il juge trop étroit pour son ambition artistique : décloisonner les genres, faire dialoguer documentaire et fiction sans hiérarchie.
De retour à Paris, il poursuit une double formation exigeante à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et aux Beaux-Arts, dont il sort diplômé l’année dernière. Cette trajectoire académique hybride reflète déjà une pratique transversale, à la croisée des médiums et des traditions esthétiques.
Un épisode marque particulièrement son rapport au territoire : la découverte d’un quartier HLM insalubre en périphérie de Calais. Cette vision agit comme une réapparition. Elle lui rappelle des espaces abandonnés similaires où ont vécu ses aînés près de Rouen, aujourd’hui détruits. Chez Pérot, les lieux ne sont jamais de simples décors ; ils sont des strates de mémoire sociale, des vestiges chargés d’affects. Cette attention aux marges urbaines et aux espaces en sursis constitue l’un des socles de son regard cinématographique.
Son premier choc au cinéma est Hiroshima mon amour d’Alain Resnais. Il y découvre une manière de faire coexister l’intime et l’Histoire, la mémoire et le présent, dans une forme à la fois rigoureuse et sensible.
En photographie, il revendique l’influence de Walker Evans, figure majeure de la photographie vernaculaire américaine, et de Valérie Jouve, dont l’approche des corps et des espaces urbains irrigue son travail. Cette double filiation documentaire, mais jamais illustrative se retrouve dans son rapport à l’image fixe, au cadre et à la présence humaine.
Avec Dans la tête un orage, film estival dépouillé et lumineux, Clément Pérot propose le portrait d’une jeunesse qui s’ennuie, s’interpelle, pêche, circule à vélo et s’installe dans les champs de blé pour discuter. Les images, souvent fixes, privilégient la durée et l’observation. Le travail sonore, construit avec soin, participe d’un dispositif qui s’éloigne des représentations sociales misérabilistes.
Plutôt que de modeler ses personnages selon un fantasme extérieur, il pose sur eux un regard doux, attentif, laissant affleurer leur complexité sans surplomb. Son cinéma refuse l’effet spectaculaire au profit d’une présence discrète mais intense, à l’image de sa propre posture : silhouette sobre, parole mesurée, regard habité.
Son film documentaire «Kümedungun» est projeté lors de l’événement Au Poste Ciné-Mutins Club : Chili, 50 ans après l’autre 11 septembre, le 7 septembre 2023 à Césure, à Paris. Le film a été coprésenté par Jacques-Henri Bidermann à l’issue de la projection, un débat en public a eu lieu avec l’historienne Eugénia Palieraki et Claudia Soto Mansilla.
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Au Poste Ciné-Mutins Club #1 : Chili, 50 ans après l’autre 11 septembre
Du rêve socialiste à la dictature. Coup d’Etat au Chili, 50 ans après.
