Joanie Lemercier
Joanie Lemercier est un artiste visuel français dont le travail se situe à la croisée de l’art numérique, de la technologie et de l’engagement écologique. Formé au code informatique et nourri par la culture du hacking, il s’impose dès le milieu des années 2000 comme l’un des pionniers du mapping vidéo et des projections monumentales. Ses premières œuvres transforment architectures, friches industrielles et espaces publics en surfaces vibrantes de lumière.
À travers des compositions géométriques en noir et blanc, des paysages numériques et des univers inspirés de la science-fiction, il développe une esthétique marquée par le sublime, la dystopie et une fascination critique pour la technologie.
Pendant plus de quinze ans, son travail est présenté dans des musées, des biennales et des festivals internationaux. Il collabore avec des institutions culturelles majeures et s’inscrit pleinement dans le champ de l’art numérique contemporain. À cette période, son œuvre interroge déjà les imaginaires technologiques, mais demeure principalement centrée sur l’exploration formelle et perceptive de la lumière, du mouvement et de l’architecture.
Un tournant décisif survient à la fin des années 2010 lorsqu’il découvre la mine de charbon de Garzweiler, en Allemagne, l’une des plus vastes d’Europe. Face à l’ampleur du paysage extractiviste villages rasés, forêts détruites, machines géantes creusant un cratère de plusieurs kilomètres l’artiste prend conscience du lien direct entre infrastructures énergétiques, destruction environnementale et production culturelle. Cette confrontation agit comme une fracture : les paysages dystopiques qu’il concevait numériquement existent déjà, bien réels, à quelques heures de chez lui.
À partir de 2019, il engage une transformation profonde de sa pratique. Il réalise un audit complet de l’empreinte carbone de son atelier, réduit drastiquement ses déplacements en avion, diminue sa consommation énergétique et cesse de renouveler systématiquement son matériel informatique. Il défend une approche low-tech de l’art numérique, démontrant qu’il est possible de créer des œuvres exigeantes avec des ordinateurs reconditionnés ou des dispositifs à faible consommation. Certaines de ses installations récentes utilisent directement la lumière du soleil, des miroirs motorisés ou des lasers économes en énergie, affirmant une esthétique plus sobre et connectée au vivant.
Parallèlement, il met ses compétences techniques au service des luttes écologistes. À l’aide de drones et de dispositifs de projection portables, il documente des actions de désobéissance civile contre les industries fossiles et réalise des interventions lumineuses sur des bâtiments symboliques. Ces projections, souvent éphémères et sans dégradation, sont pensées comme des actes visuels d’amplification : l’image produite, photographiée et diffusée devient l’œuvre elle-même. Son travail se situe alors à la frontière entre art, documentation et contre-narration médiatique. Lors des mobilisations contre les méga-bassines à Sainte-Soline en 2023, ses images aériennes jouent un rôle central dans la compréhension publique des événements. Il entreprend un travail minutieux d’analyse vidéo, de géolocalisation et de chronologie afin d’éclairer le déroulement des faits. Cette expérience marque une nouvelle étape : l’artiste se retrouve impliqué dans un débat judiciaire et politique où l’image devient potentiellement une pièce à conviction.
Depuis des années, il s’engage auprès d’Extinction Rebellion (Angleterre), Ende Gelände (Allemagne), Dernière Rénovation ou Les Soulèvements de la terre (France).
Aujourd’hui, Joanie revendique une pratique artistique repolitisée. Sans renier son parcours dans les circuits internationaux de l’art, il intègre désormais à ses expositions des films et documents issus de son travail de terrain. Il appelle les artistes à interroger leurs financements, leurs outils et leur impact environnemental, et à reconnecter la création aux enjeux contemporains de justice sociale et climatique.
Entre lumière et engagement, technologie et critique du capitalisme extractiviste, il incarne une figure d’artiste pour qui l’esthétique ne peut plus être dissociée du réel.
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La planète brûle, l’hacktiviste Joanie Lemercier nous allume
#SainteSoline, #SoulevementDeLaTerre, DernièreRénovation. Joanie est partout et il était Au Poste ce matin. Comment les polices d’Europe réagissent à ses actions (et pourquoi la française est la plus brutale) ? Comment lui, artiste jet-setter, s’est radicalisé ? Quels sont ses outils (low tech), ses ruses, ses désirs ?
