Mourad Laffite
Mourad Laffite n’est pas du genre à filmer l’histoire en plan large, à distance respectable. Lui, il s’en approche. Il fouille. Il écoute. Réalisateur, scénariste, documentariste, photographe aussi, il travaille une matière brûlante : la mémoire de la Résistance et les luttes sociales. Pas la mémoire officielle, figée dans le marbre. La mémoire vivante, populaire, traversée de conflits, de visages, de voix.
Fondateur de la Compagnie ouvrière de production cinématographique, co-fondateur d’Images contemporaines, Laffite ne fait pas du cinéma pour décorer les vitrines. Il produit, il diffuse, il organise. Le film comme outil. Le film comme arme critique. Le film comme espace de transmission.
Dans le paysage documentaire français, il s’est imposé en allant là où l’histoire transpire encore. Ses films explorent les moments décisifs de l’histoire populaire, mais surtout celles et ceux qui l’ont faite. Pas les statues. Les vivants. Les héritiers. Les anonymes devenus acteurs d’un combat collectif. Le mouvement ouvrier, la Résistance à l’occupation nazie, les engagements communistes : autant de terrains où la mémoire reste un champ de bataille.
En 2013, il co-réalise avec Laurence Karsznia Les FTP-MOI dans la Résistance. Un film nécessaire. Les FTP-MOI Francs-Tireurs et Partisans Main-d’Œuvre Immigrée ces combattants étrangers, souvent communistes, qui ont pris les armes contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Des immigrés, des juifs d’Europe de l’Est, des Espagnols antifranquistes, des Arméniens, des Italiens. La France résistante parlait plusieurs langues.
Au cœur du film : le groupe Manouchian-Boczov-Rayman. Vingt-trois femmes et hommes. Arrêtés. Jugés. Fusillés au Mont-Valérien en février 1944. Avant cela, une campagne de propagande orchestrée par les nazis : l’Affiche rouge. Des visages placardés pour effrayer. Pour désigner l’« étranger » comme ennemi intérieur. Il retourne l’affiche : il redonne des noms, des trajectoires, une dignité.
Son travail ne se limite pas à exhumer des archives. Il met en tension passé et présent. Que dit aujourd’hui l’histoire des FTP-MOI ? Que dit-elle des stigmatisations contemporaines, des discours sur l’« étranger », des combats sociaux toujours relancés ? Chez lui la mémoire n’est pas commémoration. Elle est interrogation politique.
Son cinéma s’inscrit dans une tradition exigeante : celle qui considère l’image comme un outil de transmission et de débat. Un cinéma qui ne sépare pas l’esthétique du conflit social, ni le récit du rapport de forces. Comprendre les résistances armées en France, oui. Mais surtout comprendre ce qu’elles nous obligent à regarder aujourd’hui : la puissance des engagements collectifs, la fragilité des conquêtes, et la nécessité, toujours, de ne pas oublier.
Avec Olivier Azam des Mutins de Pangée il assiste à la projection des son film «Les FTP-MOI dans la résistance» en présence de Lacroix Riz Annie historienne. Lors du débat il fait le parallèle entre les années 30 et la période actuelle, la loi immigration renvoyant aux heures les plus sombres de l’histoire.
Dernières émissions

« Les FTP-MOI dans la résistance ». Au Poste Ciné Mutins Club #6
À l’occasion de la Panthéonisation de Missak Manouchian par Emmanuel Macron, rendons l’hommage qu’il se doit à lui, à celle et à ceux de l’Affiche rouge, à ces FTP-MOI, francs-tireurs immigrés qui ont versé le sang pour un pays, le nôtre, pauvre France, qui, 70 ans plus tard, piétine leur courage, à coups de sales lois immigration. Pas d’hommage sans cohérence !
