Yasmine Motarjemi
Yasmine Motarjemi est une scientifique et lanceuse d’alerte spécialisée dans la sécurité alimentaire, née en 1955 à Chiraz (Iran). Elle est connue pour avoir dénoncé des défaillances sanitaires au sein du groupe agroalimentaire Nestlé, combat qui l’a opposée pendant plus de quinze ans à la multinationale.
Issue d’une famille liée au domaine médical ( père chirurgien, mère sage-femme) elle développe très tôt un intérêt pour les questions de santé publique. Elle poursuit ses études en chimie et biologie à l’université Claude-Bernard Lyon-I, puis se spécialise dans les technologies des industries alimentaires à l’université de Montpellier. Elle obtient ensuite un doctorat en technologie alimentaire à l’université de Lund (Suède), où elle commence sa carrière académique comme assistante de recherche.
En 1990, elle rejoint l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève. Pendant une décennie, elle travaille sur les maladies d’origine alimentaire et les politiques internationales de prévention des risques sanitaires liés à l’alimentation.
En 2000, elle est recrutée par Nestlé au siège mondial de Vevey (Suisse) comme directrice mondiale de la sécurité alimentaire. Sa mission consiste à identifier les risques sanitaires, prévenir les contaminations et garantir la sécurité des produits vendus par le groupe.
À partir de 2003, elle signale en interne plusieurs problèmes concernant des produits alimentaires, notamment des biscuits pour bébés susceptibles de provoquer des étouffements et d’autres dysfonctionnements dans la gestion des alertes sanitaires. Selon elle, certaines alertes sont minimisées ou ignorées. À partir de 2006, sa situation se dégrade : elle est progressivement écartée de ses responsabilités, isolée dans l’entreprise et soumise à un harcèlement moral, avant d’être licenciée en 2010 pour « divergence d’opinions ».
Elle engage alors une procédure judiciaire contre Nestlé pour harcèlement psychologique. Après plus d’une décennie de procédure, la cour d’appel du canton de Vaud reconnaît en 2020 l’existence du harcèlement et la responsabilité de l’entreprise. En 2023, Nestlé renonce à tout recours et doit lui verser environ deux millions de francs suisses pour perte de salaire et dommages, ainsi qu’une indemnité symbolique pour tort moral.
Depuis, elle est devenue une figure du combat pour la protection des lanceurs d’alerte et la transparence dans l’industrie agroalimentaire. Elle participe notamment à des initiatives de soutien aux employés dénonçant des pratiques dangereuses et milite pour une meilleure protection juridique des lanceurs d’alerte.
Avec ce numéro de la boîte noire de juin 2025 Marc Endeweld et son invitée vont plonger au cœur d’une histoire digne d’un film hollywoodien, entre Révélations et La Firme.
Parutions
Encyclopedia of Food Safety, Academic Press, 2013
Food Safety Management: A Practical Guide for the Food Industry, Academic Press, 2013
Dernier ouvrage
Ce que l’empire Nestlé nous cache, avec Bernard Nicolas, Robert Laffont 2025.
Dernières émissions

Ce que l’empire de Nestlé nous cache : la parole d’une lanceuse d’alerte
Pour ce huitième numéro de la « Boîte noire », rencontre avec une lanceuse d’alerte sur le scandale Nestlé et un journaliste qui a travaillé avec elle. L’occasion de les interroger à la fois sur le fond du dossier (Yasmine Motarjemi a occupé pendant dix ans le poste éminemment stratégique de « directrice Monde de la sécurité des aliments » chez le géant suisse de l’agroalimentaire), mais également sur la manière dont un scandale sanitaire de ce type peut être révélé au grand public, et par le journalisme.
