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« Pour comprendre, il faut raconter l’histoire de l’humanité » déclare le journaliste Hervé Kempf, alors que le dessinateur Juan Mendez bondit « En une page ? Il est dingue ! » Après un passage par la dernière période glaciaire, nous voilà arrivés à la Révolution industrielle.
Apres son best seller, traduit en 12 langues, Comment les riches ravagent la planète , paru en 2007, voila que le fondateur de Reporterre se met à la BD et ajoute à son titre: et comment les en empêcher (Le Seuil).
Beaucoup de choses se sont passées en 2007, dont les Accords de Paris, le combat climatique de Greta Thunberg et de la jeunesse… Mais plus encore, les riches se sont enrichis, et le paradigme capitaliste s’est renouvelé. Comment transformer alors notre éco-angoisse, , comme dirait un certain Alain Deneault, bien connu de nos services, en éco-espoir ? À vos crayons, le dessin vous explique tout !
Point de bavardage journalistique, la narration par l’image porte ici tout son sens. C’est là où le travail de Juan Mendez intervient, lorsqu’il s’agit d’illustrer un concept, une statistique, de porter une information au public de manière claire et incisive. Pour le dessinateur belge, la BD a une grammaire assez contraignante, d’où une confrontation permanente avec les idées d’Hervé Kempf qu’il faut réinterpréter et traduire en images.
Ce que j’aime bien, en tant que scénariste ou penseur, c’est d’arriver à exprimer l’idée avec la complicité du dessin, à employer le moins de mots possibles. Et ça c’est vraiment intéressant.
L’autre contrainte est le besoin de concision, de garder une dynamique et une énergie en n’excédant pas un certain nombre de pages. Au fil de la collaboration, Mendez dessine à partir de paquets de quelques « scènes » que lui envoie Kempf. Il en résulte parfois de petites surprises, un choc entre les idées du scénariste et l’iconographie qui n’est pas toujours ce qu’il avait en tête.
L’étude du comportement des riches implique une définition précise de cette catégorie sociale, basée sur un indicateur principal : le niveau de revenus. L’observatoire des inégalités, en accord avec l’INSEE, prend pour référence le salaire médian (il y a autant de gens aux revenus supérieurs au salaire médian que de gens aux revenus inférieurs), qui est d’environ 2 200€ nets en France. Selon leur définition, un individu est pauvre s’il gagne moins de 60% du revenu médian, tandis qu’un individu est considéré comme riche s’il gagne plus de deux fois ce revenu.
Si les inégalités augmentent entre les pauvres et les riches, c’est également le cas au sein-même des 10% les plus riches depuis les années 1980. Kempf prend l’exemple de Carlos Tavares, PDG du groupe Stellantis. Ce dernier gagne 500 fois le revenu moyen de ses employés, un chiffre considérable par rapport à son prédécesseur, Jacques Calvet, dont le revenu était 40 fois plus élevé.
Pour le journaliste, nous sommes dans une véritable oligarchie. Les libertés n’y sont pas inexistantes, mais lourdement limitées par l’influence des puissances financières envers les classes politiques et le débat public. En témoignent les cas très récents Macron-Arnault et Trump-Musk. Ces mêmes puissances financières, pour qui les inégalités sont un jeu de la nature et ne voulant rien céder de leur mode de vie, sont entrées dans une forme de radicalisation, en poussant les extrêmes-droites à pointer les minorités ethniques et religieuses comme la source des problèmes.
Elles sont également adeptes d’un nouveau paradigme techno-capitaliste prôné par l’historien Yuval Noah Harari, précurseur selon Kempf du néocapitalisme et de ses idées de surhomme, d’homme augmenté ou d’élite du progrès. Une doctrine finement illustrée dans la BD par un robot géant écrasant l’allégorie de la justice, jugée comme caste inférieure.
Une des images phares de la BD représente un manège à plusieurs étages, avec de bas en haut des chevaux de plus en plus sophistiqués. Selon son dessinateur, cet univers enfantin correspond parfaitement à la théorie de la rivalité ostentatoire et d’un concept proposé par Thorstein Veblen, sociologue et économiste américain de la fin du XIXème siècle : quand l’on fait partie d’une couche sociale, on tend systématiquement vers les couches supérieures. Il ne s’agit pas selon Kempf de gravir les couches mais d’imiter celles au-dessus, afin d’affirmer une forme de supériorité au sein de sa propre couche.
Cette théorie s’inspire des potlatchs, cérémonies de débauches, de cadeaux et de banquets organisées par des chefs de tribus dont l’intention est de se montrer plus riche que les autres tribus. Pratique qui, selon la sociologue Ashley Mears, serait toujours en vogue dans nos sociétés modernes occidentales.
Plus il y a d’inégalités, plus le modèle de surconsommation et de prestige qui est tout en haut va inspirer l’ensemble de la société, et on va tous être tirés, avec ce mécanisme de paliers successifs, vers une surconsommation. Cela a un effet global écologique énorme. […] Leur surconsommation inspire l’ensemble de la surconsommation mondiale. Selon moi, une des façons de changer ça, c’est de réduire très fortement les inégalités pour que le modèle culturel change.
Pour Hervé Kempf, la catastrophe environnementale, directement liée à ces formes d’expression et de manifestation de la richesse, ne doit pas seulement être battue sur le plan économique mais aussi sur le plan culturel :
À la page 62 de la BD, nous sommes en Alberta au Canada, à Fort McMurray, une des premières réserves mondiales de pétrole. Dans ce vaste terrain intoxiqué par l’exploitation de schiste bitumeux et où les incendies ravagent les villes, un chasseur s’est enrichi en vendant du Coca Cola aux ouvriers. L’auteur décrit sa cave remplie d’une collection de carcasses d’animaux tués à travers le monde. Avec cette image qui fait froid dans le dos, Kempf expose l’idée selon laquelle les riches ne seraient pas indifférents à la destruction du monde, mais prendraient réellement plaisir à le détruire.
Alors que Mendez rappelle que les 10% les plus riches émettent la moitié des gaz à effet de serre. Il ne s’agit donc pas, insiste Kempf, de ne regarder que les milliardaires : à l’échelle mondiale, 40% des Européens font partie des plus riches, dont ceux avec un salaire de 2000€ ou plus. Si le problème doit donc être pris par tout le monde, les changements doivent venir du haut pour que la société puisse changer, toujours selon le principe de Veblen et du manège.
Après une grande partie consacrée au constat, reste à proposer les solutions. Kempf et Mendez n’y vont pas par quatre chemins : taxons les riches.
C’est l’outil politique premier par lequel on fait de la politique […]. Et c’est le cœur de la révolution américaine de 1776 et de 1789 en France, on remet en cause la fiscalité. La bagarre politique est là, elle doit être centrée là-dessus et l’objectif, c’est le changement de la fiscalité.
Le journaliste ajoute que l’on doit à tout prix récupérer cet argent auprès des 500 plus grandes fortunes qui, comme le souligne Thomas Piketty, sont passées de 200 milliards d’euros à 1 000 milliards d’euros en 10 ans. Mais les choses avancent ! L’idée de taxer 2% de la fortune des milliardaires dans le monde, proposition que l’on associe à l’économiste français Gabriel Zucman, permettrait de fournir environ 500 milliards de dollars qui répondraient à la base des besoins. Cette idée, reprise au Brésil avec le gouvernement de Lula et qui fait parler d’elle au G7, montre une certaine pression internationale sur les grandes fortunes et nous fait avancer petit à petit.
L’autre enjeu se trouve au sein-même de la gauche. Selon Naomi Klein, il faudrait réussir à mettre en place une écologie populaire. Autrement dit, penser l’écologie comme un bien collectif, qui impliquerait d’avoir de bons systèmes de transport, une bonne école, une bonne santé. Cela se pratique notamment en marginalisant dans le débat public la gauche démocrate (équivalente du Parti Socialiste en France) qui aurait intégré le paradigme néolibéral et capitaliste. La discussion, à présent, devrait être centrée sur le populisme écologique. Autant d’idées illustrées par Juan Mendez en mode “cowboy“, pour une BD dense et passionnante.
Qu’est-ce que l’effet Veblen ?
Il s’agit d’un phénomène social mis en évidence par le sociologue Thorstein Veblen, selon lequel les individus désirent des biens dont le prix est élevé pour se démarquer de sa propre classe socio-économique. C’est une forme de consommation ostentatoire qui vise à imiter les classes au-dessus.
Où se trouve Fort McMurray ?
Fort McMurray est une terre d’exploitation agricole située en Alberta au Canada. Elle constitue la plus grande réserve de sable bitumeux, qui sont des sables imprégnés de pétrole nécessitant beaucoup d’énergie pour l’extraire. L’exploitation engendre une déforestation importante et de nombreux incendies.
Qu’est-ce qu’une oligarchie ?
L’oligarchie est une société où le pouvoir est détenu par une classe minoritaire et dominante, en l'occurrence celle des plus riches.
Qu’est-ce qu’un potlatch ?
Un potlatch est un type de festin pratiqué par les peuples autochtones de la côte nord-ouest du Pacifique au Canada et aux États-Unis, au cours duquel sont mis en valeur des objets de richesse pour affirmer la fortune de l’hôte auprès des autres clans.
Qu’est-ce que l’écologie populaire ?
C’est un concept qui vise à rendre les questions environnementales accessibles à toutes les catégories sociales, en particulier aux classes défavorisées. L’écologie populaire vise à prendre en compte les besoins et les capacités des personnes les plus vulnérables.
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Comment les riches ravagent la planète, Hervé Kempf, Juan Mendez : Feuilleter un extrait
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