Juan Mendez
Juan Mendez n’est pas un illustrateur décoratif. C’est un dessinateur politique au sens plein du terme. Formé aux arts plastiques à Bruxelles, il a développé une pratique graphique où le trait n’est jamais neutre : il découpe le réel, le caricature parfois, mais surtout il l’expose. Son travail s’inscrit dans une tradition européenne de la bande dessinée critique, attentive aux rapports de pouvoir et aux mécanismes économiques qui structurent nos sociétés.
Avec « Comment les riches ravagent la planète (et comment les en empêcher) » réalisé avec le journaliste Hervé Kempf, Mendez met son dessin au service d’une démonstration radicale : la crise écologique n’est pas le produit d’une humanité abstraite, mais celui d’un système dominé par une minorité ultra-riche. Le livre démonte une idée tenace « nous serions tous responsables » pour la remplacer par une analyse de classe : ce sont les plus fortunés qui polluent le plus, influencent les décisions politiques et retardent les transformations nécessaires.
Graphiquement, il opère un choix clair : lisibilité et efficacité. Son trait est direct, sans surcharge inutile. Les personnages sont expressifs, parfois satiriques, toujours incarnés. Les chiffres deviennent des images. Les concepts économiques se transforment en situations concrètes. Là où un essai accumule les données, lui condense, synthétise, frappe. Il rend visible l’invisible : jets privés, yachts, spéculation financière, industries extractivistes autant de réalités souvent abstraites qui prennent corps sous son crayon.
Son apport dépasse l’illustration. Il crée une dramaturgie. Les riches ne sont pas seulement mentionnés : ils sont représentés dans leurs excès, leurs contradictions, leur entre-soi. Les logiques de prédation apparaissent dans leur dimension systémique. Le lecteur ne reçoit pas une leçon, il assiste à une démonstration visuelle. Le dessin agit comme révélateur.
Ce travail s’inscrit dans une trajectoire cohérente. Il s’intéresse depuis longtemps aux tensions sociales, aux fractures démocratiques, aux rapports de domination. Son dessin fonctionne comme un outil d’enquête graphique : il simplifie sans appauvrir, vulgarise sans édulcorer. Il sait que la bande dessinée peut être un espace de pensée, un média capable de porter des analyses complexes sans renoncer à la puissance esthétique.
Dans Comment les riches ravagent la planète, il participe à une relecture politique de l’écologie. Le message est frontal : sans remise en cause des inégalités extrêmes et de la concentration du pouvoir économique, aucune transition sérieuse n’est possible. Le dessin devient alors une arme douce mais précise. Pas de neutralité feinte. Pas de faux équilibre. Une ligne claire, au service d’une critique assumée.
Il appartient à cette génération d’auteurs pour qui la bande dessinée n’est pas un simple divertissement, mais un champ d’intervention. Son travail rappelle que l’image peut documenter, accuser, expliquer et parfois, faire basculer un regard.
Au Poste l'a convoqué le 15 novembre pour un entretien dans lequel il présente sa bande dessinée engagée qui reprend et actualise l’analyse du livre «Comment les riches ravagent la planète.» Il explique avec Hervé Kempf comment les ultra-riches, par leur mode de vie et leur influence, amplifient la crise écologique et les inégalités sociales, et montre que ces deux crises sont intimement liées. La BD illustre ces mécanismes avec humour et pédagogie, tout en soulignant l’urgence de réduire les inégalités et de repenser notre système économique pour freiner le désastre environnemental.
Dernier ouvrage
«Comment les riches ravagent la planète (et comment les en empêcher)» Seuil 2024
https://juandessin.jimdofree.com/
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Comment les riches ravagent la planète
« Pour comprendre, il faut raconter l’histoire de l’humanité » déclare le journaliste Hervé Kempf, alors que le dessinateur Juan Mendez bondit « En une page ? Il est dingue ! » Après un passage par la dernière période glaciaire, nous voilà arrivés à la Révolution industrielle.
